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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Suspense, #Alfred Hitchcock
Les 39 Marches (The 39 Steps - Alfred Hitchcock, 1935)

Que dire de nouveau sur ce film archiconnu, vu plus de mille fois depuis son premier passage à la télévision ?

Tout d’abord que (presque) 90 ans après, cela fonctionne toujours aussi merveilleusement bien.

On y retrouve tous les thèmes chers à Hitchcock, de l’espionnage, en passant par l’innocence accusée sans oublier la sexualité, véritable leitmotiv de ses films jusqu’au « passage à l’acte » de Frenzy. Et j’allais oublier : l’humour!

 

Nous avons donc un jeune Canadien qui répond au nom de Richard Hannay (Robert Donat), enfin pas trop depuis l’assassinat de la mystérieuse Mrs. Smith (Lucie Mannheim) dans son appartement.

Qui l’a tué ? Une bande de malfaiteurs spécialisés dans le vol de secrets d’état répondant au nom de « 39 Marches ».

Nous assistons alors à une traque double : d’un côté un homme innocent poursuivi par la police pour ce crime qu’il n’a pas commis ; de l’autre cet innocent qui poursuit  « le professeur » (Godfrey Tearle), responsable de la situation et surtout chef du sinistre réseau.

 

Tout commence et se finit au music-hall, là où Hannay regarde un numéro « exceptionnel » : Mr. Memory (Wylie Watson) qui a mémorisé (d’où son nom) des informations (50 par jour !) et se propose de répondre aux questions (sérieuses) des spectateurs.

Entre les deux interventions de ce personnage fort étonnant, une aventure pleine de rebondissements où Hitchcock s’amuse et amuse le spectateur, jouant avec les différentes possibilités qu’offre le cinéma : visuelles et sonores.

 

Passons vite sur « l’effet spécial » : un hélicoptère (rudimentaire) qui est utilisé dans la traque d’Hannay. A moins que ce ne fût pour montrer l’éventail des différents moyens de Scotland Yard, cet engin volant est clairement incrusté, et surtout ne sert pas beaucoup l’intrigue.

Par contre, l’utilisation du son est des plus remarquables, une constante depuis Blackmail : la gardienne (concierge) qui découvre le cadavre de Mrs Smith et qui crie alors que nous entendons la sirène du train reste à ce jour (et à mon avis) l’une des plus belles utilisations du son au cinéma.

 

Bien sûr, l’association Robert Donat-Madeleine Carroll (Pamela), fonctionne à merveille : une opposition qui se transforme en jeu amoureux dans une situation de crise contribue au succès du film et à ce qu’on appellera alors la « Hitchcock touch ».

Outre son obsession de l’innocence accusée (1), on retrouve cette sexualité larvée qui émaille son œuvre.

C’est d’abord Mrs. Smith (encore elle), qui s’invite chez elle, sans occulter quelque sous-entendu qui ne sont alors plus équivoque. Mais ce sont aussi les vendeurs de gaines et autres articles féminins qui parlent de leur marchandise avec aisance pendant qu’un voyageur troublé les quitte.

Et puis il y a Pamela. Elle se retrouve enchaînée à Hannay et doit partager son intimité (2), sous l’œil bienveillant d’une aubergiste (Hilda Trevelyan) qui les prend pour un couple d’amoureux qui s’est enfui. Cette histoire n’en est pas vraiment une : ils sont en fuite mais certainement pas un couple d’amoureux. Enfin pas encore.

Alors quand Pam doit enlever ses bas, on voit la main de Hannay qui suit ses mouvements et par la même occasion caresse (involontairement ?) ses jambes.

 

Et puis il y a l’humour, indissociable des films du maître. Il est de plusieurs sortes : du plus vulgaire (l’âge de Mae West, et autres réflexions des spectateurs du music-hall) au plus subtile (les réflexions autour des cantiques), c’est une bonne dose de cet humour anglais si particulier.

 

Bref, Les 39 Marches est un film réussi à plus d’un titre : non seulement il est réalisé de main de maître, mais en plus, le pari des producteurs se révèle payant. Hitchcock confirme qu’il est un grand directeur et que le succès de L’Homme qui en savait trop l’année précédente n’était pas un accident.

Hitchcock est un grand et cela va se savoir. Au point qu’il sera bientôt demandé à Hollywood.

Mais vous vous en doutez bien : ceci est une autre histoire…

 

  1. Enfant, Hitch fut enfermé (très) brièvement au poste de police à la demande de son père : cette expérience traumatisante le poursuivra toujours, et peut expliquer ses nombreux héros qui doivent se disculper, en plus de sauver leur entourage ou leur pays.
  2. Jusqu’à un certain point défini par la morale (stricte) anglaise : et de toute façon, les personnages de cinéma n’ont pas besoin d’aller aux toilettes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #John Emerson, #Mary Pickford
Miss Bengali (Less than the Dust - John Emerson, 1916)

Radha (Mary Pickford) est une jeune Indienne dont le père Ramlan (Mario Majeroni) fabrique des armes et en outre est un des leaders de la rébellion contre la présence anglaise.

C’est une jeune fille pleine de ressources (1) n’hésitant d’ailleurs pas à voler pour arriver à ses fins et obtenir ce qu’elle veut.

Un jour, elle rencontre le capitaine Townsend (David Powell), qui dirige la garnison de la ville. Rapidement, ils tombent amoureux, mais les projets de Ramlan vont compromettre leur amour.

 

Encore une fois, c’est un rôle sur mesure pour Mary Pickford : une femme-enfant débrouillarde et espiègle dans une comédie sympathique aux couleurs exotiques.

En effet, ce film se place dans la mouvance de ces films se déroulant bien loin des studios où ils furent tournés. Les années 1910 ont vu la création de nombreux films exotiques et pas seulement aux Etats-Unis (cf. Die Spinnen de Fritz Lang).

Ici, c’est une Inde à turbans où la présence anglaise est donc contestée. Et où malgré le ton de la comédie, nous avons droit à un soulèvement meurtrier.

 

Bien sûr, c’est Mary Pickford qui fait tout le sel du film, jeune fille indépendante et surtout trop blonde pour être véritablement indienne (2).

On s’amuse de ses manières commerciales qui tournent toujours à son avantage, même si les moyens utilisés sont franchement illégaux. Mais le spectateur lui pardonne, comme d’habitude.


Par contre, on sent Emerson moyennement à l’aise dans cette comédie, n’arrivant pas (encore) à trouver le ton juste par rapport aux (grandes) possibilités du jeu de Pickford. De plus, le pan sérieux – la rébellion – atténue cet aspect comique.

Et ce n’est qu’à la fin que la comédie s’envole, quand Radha arrive en Angleterre chez son grand-père. Ses pratiques indiennes vont compliquer sa vie « occidentalisée » : repas avec « vache sacrée » ; abat-jour pris pour un chapeau ; salutations…

 

Toutefois, cette vision américaine de l’Inde n’échappe pas à certains stéréotypes voire quelques moments de malaise : le tailleur à qui Radha vole du tissu sera fustigé par cette même Radha auprès des autres Indiens en tant que « mahométan ». Non seulement le tailleur est lésé mais en plus il va passer un sale quart d’heure auprès des Hindous pour lesquels a provoqué (enfin pas vraiment) un sacrilège : Radha s’est baignée dans le bassin sacré en gardant ses chaussures !

 

Miss Bengali reste toutefois un film mineur dans la filmographie de Mary Pickford : elle ne tournera pas de nouveau avec Emerson, alors que dans le même temps, Douglas Fairbanks – celui qui fut l’un des amours de sa vie – va collaborer à plusieurs reprises avec lui.

Et l’année suivante (1917 donc), elle rencontrera Marshall Neilan qui saura la faire tourner dans des comédies beaucoup plus enlevées, pour notre plus grand plaisir (3).

 

  1. Comme d’habitude avec Mary Pickford…
  2. Elle ne l’est pas, comme le révèle un (faux) rebondissement du scénario.
  3. Le mien, en tout cas !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #László Benedek, #Marlon Brando
L'Equipée sauvage (The wild One - László Benedek, 1953)

Motos qui pétaradent.

Blousons de cuir (noirs, bien sûr).

Lunettes noires.

Une bande de motards débarquent dans une petite ville américaine, au milieu de nulle part.

Rapidement, la paix est troublée et les esprits s’échauffent, jusqu’à l’irréparable.

 

Le mythe Brando est né : le motard rebelle (1) qui trouble l’ordre et qui n’aime pas les flics.

Bien sûr, ce film fit scandale à sa sortie (il fut même interdit en Grande-Bretagne jusqu’en 1968) : outre le fait que Johnny n’aime pas les représentants de la Loi (inimaginable au cinéma en 1953), les « bons bourgeois » ne sont pas montrés à leur avantage.

Mais surtout, ce film montre un point de vue alors récent au cinéma : celui des adolescents.

En effet, pendant longtemps, on a considéré qu’une fois l’enfance terminée, on devenait adulte, sans transition. Mais depuis les travaux de Tonton Sigmund, on s’est rendu compte qu’il se passait des choses dans l’esprit des enfants qui étaient bien distinctes des deux autres âges humains.

 

Certes Marlon Brando a déjà 29 ans quand le film sort (à Noël, tu parles d’un cadeau !), mais son personnage de Johnny reflète très bien cet âge où le jeune homme – et la jeune femme d’ailleurs – finit de se construire et a parfois certaines pulsions incompréhensibles (pour les adultes et surtout les parents) qui leur font faire des choses inexplicables et inexpliquées.

Certes, de nos jours le thème de l’adolescence au cinéma est très développé et dans beaucoup de pays du monde. Mais en 1953, les ados, comme on ne les appelle pas encore, sont un véritable mystère (2).

 

On va alors voir se développer quelques films emblématiques pendant cette décennie qui, s’ils sont maintenant marqués, n’en donnent pas moins une idée réaliste de cette jeunesse révoltée, rebelle.

Deux ans plus tard, nous assisterons d’ailleurs à une année faste pour ce thème avec la sortie du magnifique Blackboard Jungle (en français : Graine de Violence) de Richard Brooks et de l’inoubliable Rebel without a Cause (La Fureur de vivre) de Nicholas Ray.

Et Johnny synthétise d’une certaine façon les deux aspects qui seront développés dans ces deux films : le côté délinquant juvénile du film de Brooks avec la révolte incomprise des jeunes gens chez Ray.

 

Et le choix de Marlon Brando pour interpréter ce personnage est des plus pertinents : il possède l’attitude cool de nombreux acteurs de la même période avec une aura de scandale qui rend tout de suite Johnny menaçant pour les habitants de la ville envahie.

De plus, son aspect dur-à-cuire s’effrite quand il se retrouve seul, menacé par ces « bourgeois » qui ont recours à la violence face à cet homme qu’ils ne comprennent pas : il pleure !

 

Mais Brando seul ne saurait assurer le succès du film, et on retrouve à ses côtés une actrice improbable (3) : Mary Murphy dans le rôle de Kathy Bleeker. Elle possède dans le regard la mélancolie annoncée par Johnny en voix off lors de la première séquence, et campe cette jeune femme prisonnière de cette ville et de sa morale réactionnaire. Johnny, pour Kathy c’est une bouffée d’air frais dans sa grisaille : un parfum de liberté et d’anticonformisme qui la fait succomber au charme de ce jeune motard. Et cela va même plus loin, parce quelle le comprend : étant tous les deux à peu près du même âge, leurs aspirations se rejoignent, même si elle ne passera jamais à l’acte.

 

Avec ce film, László Benedek crée un mythe, celui de Brando mais surtout met en scène la jeunesse révoltée. Cette jeunesse qui l’a toujours été, même si elle ne l’exprimait pas tout le temps.

En effet, le passage à l’âge adulte est une étape terrible (rappelez-vous) où on quitte l’univers à peu près sûr de l’enfance vers l’avenir des plus incertains des adultes, où les responsabilités sont la norme. Et au bout de l’âge adulte, la mort, quand ce n’est pas le fait d’être adulte et rangé qui n’est pas le début de cette mort (4).

 

Mais Benedek traite cette histoire un peu comme un western, les motards remplaçant les cowboys à cheval, parcourant les grands espaces et s’arrêtant dans une ville qu’ils vont plus ou moins mettre à sac avant de repartir ou d’en être chassés (les pieds devant le plus souvent).

On retrouve la peur des habitants face à cette meute indisciplinée et bruyante qui bouleverse toutes les habitudes et qui fait des ravages. C’est cette peur qui va amener le drame, suite à une pratique qu’on retrouve régulièrement dans ces mêmes westerns : le lynchage.

C’est d’abord un peloton qui s’organise (en VO « posse ») et qui va prendre en chasse le chef de ces « jeunes voyous ». Et sans l’intervention du shérif Bleeker (Robert Keith), le père de Kathy, Johnny serait certainement reparti les pieds devant.

 

Bref, c’est un film qui, malgré sa brièveté (il a été amputé d’une vingtaine de minutes), campe ce qui va devenir avec le temps un véritable problème de société : l’adolescence et par extension la délinquance juvénile.

Mais le vrai scandale du film, pour ces mêmes « bons bourgeois » ce n’est pas Marlon Brando, c’est le fait que c’est que le réalisateur se place du côté de Johnny contre ces adultes qui deviennent alors les méchants, générée – comme souvent – par la peur née, de l’ignorance.

 

Un film devenu culte, et qui ouvre la voie vers l’archétype de l’adolescent révolté qui sera interprété par James Dean, et qui restera longtemps un modèle pour la jeunesse des trente (au moins) années suivantes.

 

  1. Contre quoi ? Réponse dans le film.
  2. Ils le sont d’ailleurs toujours pour beaucoup de parents. Peut-être parce qu’ils ont oublié ce que c’était…
  3. C’est elle-même qui le dit : elle ne voulait pas vraiment être actrice, ni faire du cinéma.
  4. On retrouvera cette idée chez John Braine : (re)lisez Room at the Top, où Joe Hampton, en s’enfermant dans la vie adulte, va devenir un « zombie », un personnage qu’il ne voulait absolument pas devenir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Marshall Neilan, #Mary Pickford
Chacun sa Vie (Amarilly of Clothes-Line Alley - Marshall Neilan, 1918)

Amarilly (Mary Pickford) vit dans Clothes-Line Alley (1).

Où est-ce ? Dans n’importe quelle plus ou moins grande ville qui a un quartier pauvre où le linge sèche au fil entre les deux immeubles qui bordent l’allée.

Amarilly fait le ménage dans un théâtre pendant que sa mère (Kate Price) est lavandière dans ce même quartier.

Pendant ce temps, en haut de l’échelle sociale, le jeune et riche Gordon Philips (Norman Kerry) s’adonne aux fêtes nocturnes arrosées accompagné de sa clique de riches héritiers qui vont même jusqu’à s’encanailler dans les bas-quartiers…

A un moment, ils vont évidemment se rencontrer.

 

L’année 1918 est une année faste pour Marshall Neilan et Mary Pickford. Ce sont quatre des six films qui les réunissent qui émaillent cette année.

On y retrouve un rôle sur mesure pour la belle Mary : une jeune fille de basse extraction pleine de ressources qui se retrouve confrontée à une caste qu’elle ne comprend pas et ne supporte pas plus.

Malheureusement, le scénario – pourtant de la grande Frances Marion - n’est pas à la hauteur des films précédents du duo. Il est un tantinet convenu (mais ça, c’est un peu normal), et surtout on se demande vraiment à quoi sert la séquence qui voit Terry McGowen (William Scott), le fiancé d’Amarilly, se prendre une balle perdue dans le dos : cela n’entrave pas la fin heureuse promise, et le sort du tireur involontaire (Tom Wilson) n’est pas évoqué.

 

Par contre, l’aspect le plus remarquable du film vient du montage. En effet, Neilan use du montage parallèle à différentes occasions pour marquer la différence entre les deux niveaux sociaux concernés.

Alors que Terry et Amarilly vont danser – en tout bien tout honneur – Gordon et sa clique s’enivrent ; le repas chez la tante Philips (Ida Waterman) et celui chez Amarilly…

 

Et si le scénario est un peu faible, la critique de la haute société est tout de même bien rendue. Les intertitres jouent avec les mots et l’humour avec bonheur, accentuant l’issue inévitable : le rejet de cette société convenue et figée à des années-lumière de chez Amarilly.

En outre, Ida Waterman est une riche bien-pensante imbuvable comme on aime les détester.

Et si Norman Kerry, qui est un tout nouveau jeune premier, sort un temps son épingle du jeu avec son personnage amoureux d’Amarilly (3), c’est pour mieux retomber dans l’attitude condescendante de ses pairs envers la jeune femme et sa famille, avec en point d’orgue la réception de cette famille chez les riches : ces derniers n’ayant en tête qu’une idée, celle de les humilier.

 

Bref, un film mineur, mais qui vaut tout de même le coup d’œil, pour Mary Pickford, bien sûr, mais aussi pour la famille d’Amarilly, et en particulier la grande Kate Price qui n’a pas toujours été une mégère infâme (cf. Daddy-Long-Legs, l’année suivante, avec le même duo déjà évoqué au début).

 

  1. C’est ce que dit le titre original.
  2. Celui-ci est le second.
  3. Qui ne le serait pas ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #John Glen
Permis de tuer (License to kill - John Glen, 1989)

Après un épisode précédent un tantinet insipide, Timothy Dalton/James Bond revient deux ans plus tard dans une nouvelle aventure mêlant espionnage, jolies filles et scènes spectaculaires.

Fort des différentes critiques qui avaient pu émailler le film précédent, John Glen dirige pour la cinquième et dernière fois l’autre agent secret britannique le plus apprécié au monde (1).

On retrouve ici la marque James Bond dans une meilleure forme, avec un Timothy Dalton lui aussi aux taquets, donnant un visage plus réaliste de l’agent secret, et par conséquent beaucoup plus noir.

 

Ca commence plutôt bien puisque c’est le mariage de son vieux complice Felix Leiter (David Hedison qui avait déjà eu le rôle dans Live and let die en 1973). En plus, l’infâme trafiquant Franz Sanchez (Robert Davi) a été repéré alentour.

Après l’avoir arrêté et le mariage expédié, James retourne à son boulot. Sauf qu’entretemps le même  s’est évadé, qu’il a fait tuer la femme de Felix et que ce dernier est mutilé gravement.

C’est donc un combat à mort qui va se dérouler entre Bond et l’ignoble Sanchez.

 

Pour leurs adieux au personnage, John Glen et surtout Timothy Dalton nous offrent un spectacle de bonne facture, même si encore une fois, l’intrigue est prévisible.

Mais malgré tout, on s’amuse à voir toutes ces péripéties s’enchaîner sur un rythme soutenu sans être pour autant enivrant, et les deux James Bond Girls – le nombre a doublé depuis l’opus précédent – sont très jolies et pleines de ressources. Surtout Pam Bouvier/Kennedy (Carey Lowell qui a surtout tourné pour la télévision depuis), qui se pose en tenante du titre devant (la très belle aussi) Lupe (Talisa Soto), très habile de ses mains dans différentes situations…

 

Et puis il y a le méchant. Encore une fois, il doit être terrible pour assurer au film un  peu de succès : Robert Davi est ignoble à souhait, entouré de crapules loyales qui ne déparent pas auprès de lui. Bref, on a de quoi avoir un film intéressant, et il n’est pas question de bouder son plaisir.

Ca se bat donc dans les airs, sous la mer et même sur terre avec en prime une séquence de destruction finale – inévitable elle aussi – de haute qualité pyrotechnique.

Et comme c’est John Glen, on a droit à sa petite touche personnelle : ce sont à nouveau des pigeons qui sont sur le chemin de Bond. Où et comment, c’est à vous de le découvrir.

 

Bien sûr, on retrouve Q (Desmond Llewelyn), ainsi que Miss Moneypenny (Caroline Bliss) et M (Robert Brown qui fait lui aussi ses adieux à la série), bien que ces deux derniers soient plus là pour l’anecdote, leurs rôles étant limité au minimum et n’apportent pas grand-chose à l’intrigue.

Et une fois n’est pas coutume, Q se retrouve en première ligne, avec tout le plaisir (visible) que cela lui procure, sans oublier les jeunes femmes qu’il récupère dans le même temps…

 

Bref un épisode qui roule, où  tout le monde prend plaisir à participer et où finalement, on se dit que Timothy Dalton n’est pas si mal dans le rôle. Surtout qu’il est beaucoup plus jeune que son prédécesseur.

Seulement voilà, c’est son dernier épisode. Et le générique de fin a beau annoncer que Bond reviendra, il faudra attendre tout de même 6 ans !

 

Mais ceci est, bien sûr, une autre histoire.

 

(1) Le premier, c’est bien sûr Austin Powers… A moins que ce ne soit Johnny English !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Douglas dans la Lune (Reaching for the Moon - John Emerson, 1917)

« Douglas dans la Lune ».

Vous imaginez bien ma déprime quand j’ai découvert le titre français de ce film de John Emerson, Reaching for the Moon (1).

Surtout qu’une séquence (brève) d’introduction nous montre Douglas Fairbanks sur un escabeau tenant d’attraper l’astre nocturne.

Je ne sais pas qui a dit pour la première fois Traduction=Trahison, mais il devait connaître les traducteurs du cinéma français…

 

Quoi qu’il en soit, nous retrouvons Douglas Fairbanks dans une comédie un tantinet absurde (comme d’habitude, j’aurais tendance à dire…), où il est Alexis César Napoléon Brown (2), fils d’une femme morte en couche qui avait quitté la Vulgarie (« Vulgaria » en VO), le laissant avec ses trois prénoms prestigieux (3).

Alexis travaille chez Mr. Bingham (Richard Cummings) qui fabrique des boutons. Mais cet emploi ne le satisfait pas : il aspire à de grandes choses.

Alors quand le premier ministre de Vulgarie, Sergius Badinoff (Eugene Ormonde) lui propose le trône vacant du pays, Alexis saisit sa chance et part pour cet état lointain.

Bien sûr, cet état n’est rien d’autre qu’un pays d’opérette où  les méchants sont facilement identifiables, et en particulier leur chef, Boris le Noir (Frank Campeau), qui ne rêve que d’une chose : la couronne pour lui, et ce malgré ses sollicitudes fausses.

 

Douglas Fairbanks, ici, est encore dans la construction de son personnage : ça ne bondit pas encore beaucoup, même si ça brette un peu.

Il est avant tout un idéaliste rêveur qui n’a besoin que d’une chose : garder les pieds sur terre. Mais on retrouve déjà la fougue qui ne le quittera plus. John Emerson est lui aussi au début d’une carrière prolixe (7 films) avec la future star, et comme avec Christy Cabanne ou encore Allan Dwan, on sent que le courant passe bien entre les deux hommes.

 

Evidemment, le scénario de John Emerson et Anita Loos – sur une histoire de Joseph Henabery (on est vraiment bien entouré !)– n’est absolument pas réaliste. Mais cela tombe bien : nous sommes au cinéma.

On retrouve la tendance à l’exotisme des années 1910s qui déplace cette intrigue dans un pays méditerranéen qui n’est pas sans rappeler Venise du fait de son canal. De plus, les personnages stéréotypés amènent un aspect comique indispensable dans ce genre d’intrigue : à peine débarqué dans cet état, Alexis devient la cible de conspirateurs qui, heureusement, sont très maladroits : il se fait tirer dessus sans discontinuer, et sans jamais être touché ; agressé dans les souterrains, il se défait aisément de ses adversaires…

Sans oublier un décalage là aussi inévitable entre la fonction et l’homme : Alexis, malgré ses racines, est avant tout américain et règle ses problèmes à l’Américaine, bousculant alors l’étiquette, comme dans la scène du bal et surtout son after party.

 

Cette séquence est l’occasion d’un autre moment comique : l’arrivée de la princesse Valentina (malheureusement, je ne sais pas qui l’interprète).

Promise dès la naissance au futur roi, elle se découvre lors d’un bal en son honneur. Emerson joue jusqu’au bout sur l’anonymat de cette princesse, retardant le plus possible son apparition.

Et l’effet est là : elle apparaît accompagnée d’une suite de laiderons dont elle est – naturellement – la cheffe : grande, maigre et aux formes peu rebondies, c’est un cauchemar pour Alexis. Cette apparition sera le début de a déchéance qui le ramènera à New York.

Par contre, je ne vous dirai pas comment tout cela se passe. Gardons un peu de mystère, que diable !

 

Décrocher la Lune (désolé, mais je préfère ce titre) est une autre de ces curiosités dont recèle le cinéma muet et dont la (re)découverte apporte beaucoup de plaisir au spectateur, montrant que le cinéma muet, ce n’était pas que des tartes à la crème et des coups de pieds au cul (4), le tout dans un rythme effréné.

 

PS : à noter la présence derrière la caméra du jeune Victor Fleming, et aux côtés de Eugen Ormonde, un autre grand, Eric von Stroheim.

 

  1. Décrocher la Lune.
  2. Notez la grandeur des prénoms associée à un nom des plus communs.
  3. Si César et Napoléon sont facilement identifiables, Alexis est le prénom du roi de Vulgarie.
  4. Ces deux éléments comiques n’étant pas non plus à bannir : Keaton Chaplin ou encore Lloyd ayant usé de ces artifices pour faire rire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Fred Zinnemann
Le Train sifflera trois fois (High Noon - Fred Zinnemann, 1952)

Mythique.

 

Dimanche matin à Hadleyville. Pendant que certains vont à l’église, Will Kane (Gary Cooper) se marie avec la belle Amy (Grace Kelly).

C’est aussi ce matin-là qu’arrivent Jack Kolby (Lee van Cleef), Jim Pierce (Robert J. Wilke) et Ben Miller (Sheb Wooley), pour accueillir Frank (Ian MacDonald), le frère de ce dernier.

Frank revient après avoir été libéré. Il retourne à Hadleyville pour tuer celui qui l’a fait condamner : le marshal Kane.

 

Fred Zinnemann, servi par la musique inoubliable de Dimitri Tiomkin, signe ici l’un des plus grands westerns du cinéma, soutenu en outre par une distribution impeccable.

Gary Cooper est – encore une fois – extraordinaire, dans le rôle de ce shérif abandonné de tous, même de sa femme, alors qu’il sait que sa vie ne tient plus qu’à un fil.

Il exprime toute la douleur et toute la solitude humaine face à la mort dans ce rôle, à la croisée des chemins de l’honneur, du courage et du devoir.

Sa position – celle de Kane – n’est pas si simple que ça. Certes, Miller est revenu le tuer, et fuir eût été la solution pour un homme normal, mais Kane n’est pas cet homme-là.

Il ne peut fuir sans cesse son destin – celui d’affronter Miller – car s’il fuit maintenant, ce ne sera que pour déplacer le problème et gagner un léger sursis : l’affrontement doit avoir lieu, alors pourquoi attendre ?

 

En restant affronter Miller, c’est un dernier service qu’il rend à la ville qui l’a vu la protéger pendant de nombreuses années.

Mais qu’en est-il de la ville ? Si certains sont disposés à lui venir en aide, ils ne sont pas les plus nombreux, mais surtout c’est le fait de rester qui amène le danger sur cette même ville : en partant, il aurait déplacé son problème, mais surtout, les habitants auraient certainement été débarrassés de Miller, temporairement tout du moins.

C’est d’ailleurs ce que lui déclare le maire Henderson (Thomas Mitchell, pour une fois sobre dans un western) pendant le débat qui a lieu dans l’église alors que Kane est venu recruter des adjoints.

Il y a dans cette intervention comme dans toutes autres qui émaillent les différentes tentatives de Kane une façon élégante de décliner l’offre sans pour autant passer pour un lâche voire un traître. Mais si les arguments semblent légitimes, ils n’en reviennent pas moins à la même conclusion : Kane sera seul pour affronter les quatre bandits.

 

Mais c’est cet affrontement qui fait la force du film de Zinnemann. En effet, alors qu’on est habitué à des justiciers solitaires qui nettoient la ville sans aide ni hésitation, Zinnemann nous montre ici un justicier malgré lui, obligé de réparer une erreur judiciaire : la libération de Miller (1).

Et surtout, ce justicier se sent faible et abandonné de tous (normal, c’est le cas). Un plan résume formidablement cette idée : Kane sort de son bureau et se retrouve dans la rue, de plus en plus seul à mesure que la caméra prend de la hauteur et révèle cette rue absolument déserte, la hauteur le rendant plus petit et encore plus seul.

 

Mais ce qui ressort avant tout, c’est la gestion de la tension.

Zinnemann mène l’intrigue de main de maître en la graduant en fonction de la solitude grandissante de Kane. C’est à chaque fois un nouvel événement qui va le rendre plus seul et le décourager toujours plus.

Et quand le dénouement approchera, avec l’arrivée imminente de Miller, Zinneman nous renverra à tous ceux que Kane a démarchés et qui ont répondu non à son appel, certains espérant d’ailleurs qu’il n’en sortirait pas…

Cette revue de détail se fait alors que la caméra se rapproche de plus en plus des personnages filmés, pour finir sur le cadran de l’horloge indiquant qu’il est midi (2).

 

Autre composant originale pour un western de 1952 : les femmes.

Elles sont deux (3) et d’une certaine manière sont identiques, ou plutôt complémentaires. De par leur statut et leurs attitudes.

La première, c’est donc Amy que Kane vient d’épouser. C’est une quaker qui refuse les armes, ce qui est un paradoxe quand on connaît le métier de Kane : pourtant, il compte partir avec elle pour établir un commerce !

L’obstination de son mari tout neuf (le film commence à leur mariage, un peu après 10 heures 40) lui est incompréhensible : elle décide donc de partir sans lui.

L’autre, c’est Helen Ramirez (Katy Jurado), l’ancienne « fiancée » du même Kane. Elle fut même fiancée à Miller encore avant. Elle aussi veut partir, mais pour d’autres raisons. Quoi que.

D’un côté, elle craint le retour de Miller, présenté comme un homme détraqué : c’est le genre de personnage capable de tout, et surtout du pire. Mais d’un autre, elle est lasse de cette ville et des hommes qu’elle y a connus, dont le dernier en date Harvey Pell (Lloyd Bridges, le père du Dude) : ce dernier abandonne lui aussi Kane pour des motifs mesquins.

 

Il était indispensable que ces deux femmes se croisent, leurs vies (passée ou future) avec Kane étant leur dénominateur commun. Elles vont d’ailleurs aller ensemble prendre le train, ce qui sera l’occasion de deux éléments très importants de leur impact sur l’intrigue :

  • elles passent devant Kane désespérément seul : l’une regardant le chemin sans détourner la tête (Amy), l’autre fixant et suivant le regard de Kane jusqu’au bout avant de disparaître.
  • Le début de la fusillade qui voit Amy redescendre du train alors qu’Helen reste, imperturbable, ne tournant même pas la tête, qui reste dirigée vers son futur.

La première situation nous ferait presque croire que l’amour pour Kane a changé de camp. Mais la seconde remet les pendules à l’heure (4) : Helen a tiré un trait définitif sur Kane et laisse la place à la belle Amy. Peut-on voir dans ce départ le fait que Kane ne pouvait plus lui revenir, étant marié ?

 

Pour le reste, l’affrontement final tient ses promesses, et si Kane est seul, cela ne l’empêche pas d’être le meilleur mais c’est normal : c’est Gary Cooper.

Mais cet affrontement n’est pas pour autant l’élément le plus important du film Il a lieu, logiquement. Mais c’est tout ce qu’il y a autour qui fait de ce film l’un des plus grands westerns qui soit, par un réalisateur dont ce fut portant la seule incursion dans le genre.

 

PS : A noter la présence (anecdotique) d’un second rôle récurrent du western, Jack Elam…

 

  1. Autre habitude balayée : une erreur judiciaire a toujours lieu contre un innocent. Ici, l’erreur, c’est de ne pas garder un coupable en prison. Et sans toutefois que cela tourne en pamphlet contre une justice laxiste (etc. : refrain connu).
  2. Le titre original : « High Noon » signifie midi, zénith…
  3. Celles qui ont un vrai poids sur l’intrigue, je ne parle pas de celles qui sont les femmes de.
  4. C’est le cas de le dire ici. On remarque d’ailleurs beaucoup de références au temps dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #John Carpenter
Christine (John Carpenter, 1983)

Adapter un livre de Stephen King est souvent un atout pour le succès d’un film. Alors quand John Carpenter s’empare de Christine, avant même sa sortie, on pouvait espérer un thriller intéressant : Carpenter, depuis Halloween, a montré qu’il savait faire peur aux spectateurs, ce que ces derniers sont venus chercher ici.

Et ça marche plutôt pas mal, même si on aurait pu attendre un peu plus de tension autour de cette voiture possédée à plus d’un titre.

 

1957 : fabrication en série de la Plymouth Fury 1958 (1).

Parmi les modèles, une voiture rouge « capricieuse » : le capot avant se referme sur la main d’un technicien pendant ses vérifications. Pire que cela : un autre est retrouvé mort après être passé au volant du même véhicule et surtout avoir fait tomber de la cendre sur le fauteuil du passager.

Vous l’avez compris, Christine est une voiture maléfique et l’intrigue qui va suivre va nous le prouver : Arnold « Arnie » Cunningham (Keith Gordon), amoureux fou de cette voiture à l’abandon, l’achète malgré son passé mortifère (qu’il ne connaît pas).

Cet achat va transformer sa vie : il ne sera plus le même, gagnant en assurance et sortant même avec la « plus jolie fille du lycée », la belle Leigh (Alexandra Paul).

Mais dans le même temps, son attitude se détériore, ce qui désespère ses parents ainsi que son meilleur ami Dennis (John Stockwell).

 

Bien sûr, c’est l’intrigue qui fait le film, même si Carpenter est dans son élément : cette voiture maléfique fascine le spectateur autant qu’Arnie. Il faut dire que le parti pris de Carpenter, de considérer Christine comme un être vivant accentue cette fascination un tantinet morbide. D’autant plus qu’ayant vu ce dont est capable – dès la naissance – cette voiture, on veut savoir jusqu’où ira cette histoire inévitablement macabre.

Cette caméra subjective un tantinet particulière couplée à des effets spéciaux bluffants finit de nous conquérir.

Pas de numérique (nous sommes en 1983) ni de spectaculairement grandiose. Des plans resserrés des différentes parties de la voiture écrasées sous une presse hydraulique, le tout passé à l’envers et le tour est joué : la voiture s’auto-répare sous nos yeux ébahis (2).

 

Bref, c’est un film encore une fois bien léché où Carpenter utilise des acteurs peu connus voire carrément inconnus (John Stockwell, dont c’est le quatrième film est pour la première fois en haut de l’affiche) donnant alors un relief particulier à cette intrigue : l’anonymat virtuel de ces interprètes amène une dimension plus authentique à l’intrigue, la notoriété n’éclipsant pas le jeu des acteurs et actrices.

 

Alors oui, on aurait pu attendre autre chose, avoir plus de place encore pour cette voiture maléfique, mais on est tout de même obligé de saluer le talent de John Carpenter qui est un véritable artisan du cinéma, et qui maîtrise très bien le bricolage qu’étaient les effets spéciaux avant le numérique. De plus, il n’est pas seulement investi dans la réalisation : sa participation (ici) dans la musique originale avec Alan Howarth fait de lui l’un des réalisateurs les plus complets encore en vie.

 

  1. On annonçait l’année suivante pour les modèles afin de persuader le client potentiel qu’il serait en avance sur son temps en possédant un tel produit.
  2. Enfin n’exagérons pas non plus !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Road Movie, #Peter Weir, #Ed Harris
Les Chemins de la liberté (The Way back - Peter Weir, 2010)

Janusz (Jim Sturgess) est envoyé en Sibérie, convaincu (faussement, cela va sans dire) d’espionnage.

Là il rencontre d’autres hommes qui, comme lui ne sont pas là volontairement.

Avec une poignée d’entre eux, il va s’évader, traverser la Mongolie, pousser jusqu’au Tibet puis traverser l’Himalaya pour arriver en Inde.

Bien sûr, tous ceux qui sont partis avec lui n’arriveront pas au bout du voyage.

Qu’importe : ils sont morts libres.

 

Evacuons tout de suite le prétexte à polémique : l’intrigue s’appuie sur un roman de Slawomir Rawicz dans lequel il raconte son périple jusqu’en Inde. Sauf qu’il n’y est jamais allé.

Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Comme le dit le journaliste dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « publiez la légende ! »

Et là, comme c’est Peter Weir, le cinéaste du passage qui est aux commandes, le film devient plus beau que la légende.

 

C’est un road movie particulier (1) qui nous est proposé ici parce que les personnages ne se déplacent qu’à pieds, réalisant une marche de plusieurs milliers de kilomètres qui va les amener au bas des pentes de l’Himalaya, au milieu des plantations de thé.

Mais tout comme n’importe quel autre road movie, les personnages arriveront au terme de leur quête transformés voire transfigurés, sinon, c’est qu’ils ne sont pas arrivés au bout.

Et des huit qui partiront, seuls trois arriveront au bout, dont Janusz bien sûr, puisque c’est supposé être son récit qui est adapté.

 

Et quelle histoire ! C’est un voyage extraordinaire qui est ici raconté, où chacun à un moment ou à un autre aura son heure de gloire, ses espoirs et ses moments de découragement, s’accrochant au cap donné régulièrement par ce même Janusz, descendant toujours plus au sud, vers cette liberté qui n’est donc pas toujours au bout du fusil.

Forcément, les paysages sont grandioses, ce qui transcende l’aspect légendaire du film, accentuant l’aspect surhumain de l’exploit.

 

Mais ce sot tout de même les différents interprètes qui donnent une épaisseur au film, jouant des personnages très humains (voir plus haut).

Si Janusz se retrouve en meneur d’hommes, c’est avant tout parce qu’il est à l’origine du périple, mais aussi parce qu’il possède une qualité fort dispensable dans une telle expédition : la bonté.

C’est Mister Smith (Ed Harris, toujours aussi bon) qui le lui reproche, mais qui va tout de même céder à ce même penchant à mesure que les difficultés vont se multiplier, et surtout avec la venue de LA femme : Irena (Saoirse Ronan).

Smith est un solitaire qui s’st retrouvé dans le communisme par conviction et en est sorti dégoûté et malheureux (allez découvrir son histoire) : il n’accepte qu’à peine ses autres compagnons de route, alors quand Irena les rejoint, il ne peut que refuser sa compagnie.

Pourtant, c’est avec elle qu’il va s’ouvrir.

 

Irena n’est peut-être pas ce qu’elle prétend quand elle rejoint ces hommes, mais sa présence va transformer le groupe, ramener des valeurs humaines à ces hommes dont l’unique idée est d’arriver en Mongolie (2).

Il faut les voir se laver et se raser sur les bords du lac Baïkal (pas le vrai, nous sommes au cinéma) pour avoir le sourire qui apparaît sur nos lèvres, comme un sursaut d’humanité et un désir – naturel ? – de plaire.

 

Et immanquablement, il y a les passages. Ce sont des barrières plus ou moins physiques qui vont être franchies par nos héros dans leur voyage initiatique.

La première, c’est la frontière avec la Mongolie. C’est aussi là qu’un deuxième membre quitte le groupe, et pas des moindres puisqu’il s’agit de Valka (Colin Farrell), un criminel de droit commun très dangereux, mais aussi le seul qui possède un couteau.

Valka, ce sont les instincts primaires de l’homme, ce besoin de survivre à n’importe quel prix : s’il rejoint Janusz c’est avant tout pour éviter d’être tué au camp. A la différence des autres, il n’est pas un prisonnier politique : quand se dresse – moralement – la frontière mongole, Valka choisira de rester en URSS, n’ayant à se méfier que des autres criminels comme lui, la réflexion (politique) n’étant pas son fort.

Mais Valka n’est pas seulement une brute sanguinaire : mais son instinct primaire lui permet de voir qui sont réellement certains, et d’apprécier les qualités des autres.

Un personnage pas si simple que cela.

 

Le deuxième passage, c’est un trou dans la Muraille de Chine qui leur permet de quitter la Mongolie. C’est un autre moment de joie surtout après la traversée difficile et meurtrière du désert de Gobi. Ce passage est le plus dur pour les organismes mais est aussi l’un des plus beaux d’un point de vue photographique.

 

[Attention, une partie de la résolution de l’intrigue va être discutée et donc révélée !]

 

C’est dans ce désert que va les quitter Irena, incapable de survivre dans cet enfer de chaleur. Sa fin a quelque chose de christique dans la forme : non, elle ne permet aucune rédemption, mais c’est son apparence qui va dans ce sens.

Pour se protéger du soleil, on lui a fait un chapeau à partir de végétaux. Ce chapeau sui sera placé délicatement sur la tête, comme une couronne. Mais d’aspect, cela ressemble plus à une couronne d’épines, ce qui annonce(rait) sa fin proche après un véritable calvaire (3).

 

Au final, un très beau film (encore un) de Peter Weir où il suit avec beaucoup de soin et d’attention ces évadés qui deviennent rapidement des vagabonds, fuyant un régime injuste (pour eux et les autres) et s’accrochant à une chimère qui devient leur raison de vivre : la liberté.

Mais cette liberté est au bout du voyage, au-delà de cet horizon qui ne cesse de reculer, la repoussant toujours plus loin, au-delà des limites physiques et humaines, supplice de Tantale auquel seule la moitié d’entre aux survivra.

 

  1. Encore un : ils le sont presque tous !
  2. Le premier objectif était ce pays, mais découvrant qu’il s’agit d’un autre état communiste, les marcheurs décident de descendre encore plus au sud.
  3. N’oublions pas que « passion » signifie aussi douleur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Ben Affleck
The Town (Ben Affleck, 2010)

La « Ville » du titre, c’est Charlestown, dans la banlieue de Boston (Ma.).

C’est une ville où la criminalité n’est pas seulement une idée, où à chaque fois qu’un crime est commis (braquage, cambriolage…) on ferme l’accès à cet endroit criminogène.

Doug McGray (Ben Affleck) a grandi à Charlestown, avec des amis et a évidemment embrassé la carrière de gangster, attaquant banques et fourgons pour le compte d’un chef redoutable parce que calme et froid : Fergie le Fleuriste (Pete Postlethwaite dont c’est l’avant-dernier film).

Parmi ses victimes, Claire Keesey (Rebecca Hall), directrice d’une banque, habite dans cette même « Ville ».
Afin de savoir quelle menace elle représente, Doug la surveille. Et tombe amoureux d’elle.

Pendant ce temps, le FBI essaie de coincer la bande de Doug qui semble la plus apte à avoir entrepris le braquage de la banque de Claire.

 

Deuxième long métrage de Ben Affleck, on y retrouve le côté film d’acteur, avec des personnages bien trempés afin d’assurer un spectacle indispensable dans un genre tout de même bien exploité : le film de gangsters.

D’ailleurs, le modus operandi des braqueurs n’est pas d’une grande originalité, reprenant les masques qui ont fait le succès de pas mal de braqueurs.
C’est donc une suite de braquages pas spécialement spectaculaires mais qui vaut au moins pour les masques du deuxième : des bonnes sœurs !

 

Bien sûr, l’intérêt est ailleurs : c’est ce qui fait la Ville en elle-même : ces jeunes gens prédéterminés à devenir des délinquants de haute volée, sniffant une drogue au rabais entre deux coups plus ou moins fumants.

Aux côté de Ben Affleck, on retrouve Jeremy « Hawkeye » Renner dans un rôle un tantinet inhabituel : Jem Coughlin est un braquer violent qui n’hésite pas à jouer de la gâchette pour imposer ses visions. Il faut dire qu’un séjour à l’ombre (9 ans) ne l’incite pas à vouloir y retourner : il ira donc jusqu’u bout si par malheur un braquage tournait mal.

 

C’est d’ailleurs le cas puisque le dernier braquage est celui de trop, remettant en cause les plans de Doug qui voulait vraiment changer et quitter cette Ville à l’influence néfaste.

Et Ben Affleck (1) réussit à nous donner une fin qui contente tout le monde : la morale est sauve – jusqu’à un certain point – et notre préféré (Doug) s’en sort, mais sans oublier de passer par une (petite) case expiation inévitable puisque nous sommes dans un film américain.

Mais ce n’est tout de même pas la rédemption habituelle, la dimension religieuse était réduite à la plus petite part possible.

 

Alors le film est peut-être convenu, mais il est tout de même bien ficelé et on suit avec beaucoup d’intérêt cette lutte pour se sortir de sa condition : une lutte qui se mord la queue puisque pour sortir de la délinquance, il faut user de ses pratiques.

Alors Doug en sortira.

Mais à quel prix.

 

  1. Avec l’aide de Peter Craig et Aaron Stockard au scénario

 

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