Une évasion de la Santé.
Trois truands en cavale.
Ca tourne mal et Serge débarque chez Noël Durieux (Yves Montand), ancien truand qui a raccroché et s’occupe avec sa femme (Catherine Deneuve) d’un élevage de chevaux.
Avec Serge débarque aussi Mickey (Gérard Depardieu), dit « Le Dingue », jeune truand un tantinet jusqu’au-boutiste. En face, la police traque. Là aussi deux générations s’affrontent : celle de Bonnardot (Michel Galabru), travaillant à l’ancienne et bientôt à la retraite et celle de Sarlat (Gérard Lanvin), jeune recrue enthousiaste et volontaire.
Dans la lignée de Police Python 357, Alain Corneau tourne un nouveau film policier d’envergure, servi par une distribution impeccable, retrouvant alors Yves Montand et commençant une collaboration avec Gérard Depardieu (2 autres films viendront).
La confrontation Durieux/Mickey, c’est aussi celle entre Montand et Depardieu, à nouveau un affrontement entre deux générations un tantinet similaire à celui du film.
En effet, à la fougue de Depardieu, Corneau avance la retenue et la patience de Montand, tout comme pour Mickey et Durieux.
On retrouve cette même opposition entre Bonnardot/Galabru et Sarlat/Lanvin dans leurs méthodes et leurs interventions.
Et d’une certaine manière, les deux duos sont les négatifs l’un de l’autre, les relations entre leurs deux membres étant transposables aisément.
Alors qu’on a Mickey et Sarlat qui sont dans l’action et sans cesse en mouvement (1), on a deux vieux briscards qui prennent le temps, analysent et étudient avant d’entrer en jeu.
Bien sûr, cette méthode a tendance à déconcerter les deux jeunes loups, mais d’une certaine manière, Corneau penche pour ces deux vétérans du Milieu, derniers vestiges du temps d’avant : celui du code de l’honneur qu’on retrouve dans le cinéma français des années 1950 et 1960, avec en figure de proue des acteurs comme Jean Gabin ou Lino Ventura.
Corneau semble donc avoir choisi le camp des anciens et ce malgré la différence d’âge : Corneau a une vingtaine d’années de moins que Montand et Galabru et est donc plus proche en âge de Depardieu (5 ans) et Lanvin (7 ans).
En effet Corneau maîtrise le tempo de son film avec une grande virtuosité, due à un montage rythmé mais non précipité où chaque séquence est pensée et étudiée, amenant une absence de déchets : rein n’est laissé au hasard.
Et de la même façon, les dialogues (2) sont sobres, laissant la place aux expressions du visage.
Et à chaque fois que le rythme s’emballe, c’est pour une situation qui dégénère et se termine mal.
Et presque à chaque fois, c’est à l’initiative de la génération montante, aux dépens de la génération « Montand » (3).
Au final, cela donne un film policier très bien ficelé, où le choix des armes se transforme en passe d’armes voire en passage de témoin : l’affrontement tournera en faveur des anciens, mais malgré tout, c’est la jeune génération qui perdurera. En attendant la suivante qui la détrônera…
Et ce passage de témoin se fait aussi en vrai : Montand s’efface progressivement (il mourra dix ans plus tard) du paysage cinématographique français pendant que Depardieu qui était déjà sur une pente ascendante et Gérard Lanvin vont s’imposer dans la décennie qui s’ouvre, et avec succès, chacun dans son registre (Lanvin avait tout de même plus le profil « jeune premier » que Depardieu). Et en plus, Depardieu ne surjoue pas encore !
Du grand Corneau, à (re)voir absolument !
- Loin de moi de dire « en marche » !
- Corneau et Michel Grisolia ont construit ensemble le scénario : on peut imaginer qu’ils en ont profité pour en écrire les dialogues.
- Désolé, je n’ai pas pu m’en empêcher…
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