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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Ruggero Deodato
Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980)

Ils sont quatre : Alan Yates (Carl Gabriel York) Faye (Francesca Ciardi), Mark (Luca Barbareschi) et Jack (Perry Pirkanen).

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont bourrés de talents. Bref, ce sont de magnifiques aventuriers modernes.

Enfin c’est ce que veut vendre la chaîne de télévision qui les a engagé·e·s à réaliser un film sur des tribus cannibales de l’Amazonie.

En réalité, ces « reporters » sont de véritables bidonneurs, arrangeant les images – voire provoquant des situations – selon leur propre conception des choses.

Comme on n’a plus de nouvelles d’eux, la chaîne envoie le professeur Monroe (Robert « Bolla » Kerman) pour retrouver leur trace dans « l’enfer vert » (1).

 

Répugnant est le premier mot qui vient à l’esprit une fois le film terminé. Il faut dire que Ruggero Deodato ne fait pas dans la dentelle ni dans la demi-mesure. Rein ne nous est épargné dans l’horreur. C’est bien simple, à côté de ce film, Scream (ou Evil Dead) est une adorable bluette.

En plus de l’horreur sanguinolente annoncée, nous avons droit à quelques séquences de cruauté envers les animaux que semble-t-il Deodato a regretté ensuite. Il n’empêche, des animaux sont tués sous nos yeux avec comme justification du réalisateur : « les quotas de chasse ont été respectés. »

Mais ce n’est pas le seul élément qui retient l’attention de ce film.

 

En effet, en plus de tout ce sang et cette violence plus ou moins gratuite, Deodato ajoute des séquences de sexe : est-ce pour pimenter le film ou pour titiller le spectateur ? Je n’ai pas la réponse. Mais on peut se poser la question de la présence de certaines séquences de nudité dans ce film alors que dan le même temps, Deodato clame qu’il a tourné ce film pour dénoncer le sensationnalisme journalistique.

En effet, le bidonnage dans le reportage du quatuor est absolument scandaleux, et peut renvoyer à certaines dérives de l’époque qui n’ont pas obligatoirement disparu depuis : jusqu’où la télévision va-t-elle pour « faire de l’audience » ? Allumez votre poste et vérifiez par vous-même.

 

Malgré tout cela, on ne peut dénier un certain talent à Deodato : il baigne un réalisme incroyable tout au long du film, soutenu par les séquences animales (voir plus haut) qui augmentent ce réalisme. Les prises de vue pratiquement toujours au cœur de l’action participent grandement à la notoriété (malsaine ?) : la dernière partie qui montre les rushes retrouvés de l’équipe sont incroyablement précis et surtout spectaculaires.

A tel point qu’à la sortie du film, Deodato fut jugé pour meurtre : le public a vraiment cru que les quatre reporters ne sont pas revenus et sont morts pendant le tournage (2).

Cette même partie a d’ailleurs follement enthousiasmé d’autres réalisateurs – à commencer par Sergio Leone – du fait de cet incroyable réalisme (32).

 

Au final, un film à controverse et très certainement scandaleux. Mais ce sera aussi un précurseur des found footage films, qui sont supposés mettre en scène des vidéos supposées récupérées, qui seront popularisés plus tard avec The Blair Witch Project (1999), pour ne citer que celui-là : c’est fascinant (4), mais avec tout de même un aspect malsain inévitable.

Mais on a tout à fait le droit de ne pas aimer ce genre de cinéma.

 

  1. Le titre du reportage qu’ils étaient partis réaliser.
  2. Les noms des acteurs qui constituent le quatuor ne sont pas mentionnés dans le film, laissant planer l’incertitude de leur sort…
  3. Oliver Stone filmera l’incendie du village dans Platoon avec en tête celui de ce film.
  4. Pas pour tout le monde !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Wes Anderson
A Bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited - Wes Anderson, 2007)

Une chambre à Paris, un taxi en Inde et le train qui emmène les trois frères Whitman – Francis (Owen Wilson), Peter (Adrien Brody)  et Jack (Jason Schwartzman) – vers leur mère qui s’est retirée dans une mission au fin fond de l’Inde, sur les contreforts de l’Himalaya.

Ces trois frères ne s’étaient pas revus depuis la mort de leur père l’année précédente et la cohabitation dans le train va être difficile, surtout que leurs attitudes ne sont pas toujours en accord avec le lieu dans lequel ils sont.

 

Bien sûr, le Darjeeling Limited n’existe pas, même s’il existe un train qui se rend dans la ville : le Toy Train, propriété de Darjeeling Hamalayan Railways.

Quoi qu’il en soit, c’est un très beau road movie qui nous est ici proposé, avec trois hommes un tantinet perdus qui vont se retrouver, voire se trouver. Normal, le voyage, dans un road movie se fait extérieurement et intérieurement.

Le film commence par un court-métrage, annoncé comme devant précéder le film en lui-même. On y rencontre le plus jeune des trois frères : Jack. Il est seul dans une chambre d’hôtel à Paris (1) : on y rencontre aussi son ex (Natalie Portman), avec qui il a une relation des plus compliquées.

Mais ce prologue est avant tout l’occasion de retrouver l’univers de Wes Anderson : tous ces petits objets qui font une personne, ainsi que des couleurs vives qui vont perdurer dans la seconde partie.

A nouveau, c’est une comédie douce-amère qui nous est proposée ici, les pérégrinations du trio amenant des situations amusantes qui les mettent en opposition avec le chef du train (Waris Ahluwalia) qui n’aura d’autre choix que de les chasser  du train.

C’est d’ailleurs quand ils se retrouvent seuls au milieu de nulle part qu’ils vont enfin grandir et se rapprocher.

Il faut dire qu’il leur arrive une aventure qui vire au tragique : la mort d’un enfant. Evidemment, cette nouvelle mort va nous ramener à celle du père et le cadre de leur précédente rencontre. C’est aussi l’un des moments les plus émouvants du film, la mort d’un enfant n’étant pas une chose naturelle.

 

A nouveau, Wes Anderson s’entoure d’interprètes connus : outre l’incontournable Owen Wilson (2), on retrouve Anjelica Huston (la maman), Waris Ahluwalia et un autre incontournable, Bill Murray (l’homme dans le taxi). Et les deux nouveaux-venus (Brody & Schwartzman) ont dû apprécier de travailler avec Anderson puisqu’on les retrouvera dans les films suivants. Bref, nous sommes en territoire connu et en bonne compagnie.

Les tribulations de ces trois frères dissemblables sont parsemées de tensions liées à une méfiance réciproque : des secrets s’échangent entre deux avec promesse de ne pas en parler au troisième. Mais au final, tout se sait et les tensions s’accentuent encore plus jusqu’à l’éjection du train.

Il faut dire que le personnage de Francis est le principal artisan de ces tensions : c’est lui qui a convoqué ses frères pour ce voyage sans pour autant leur avouer le véritable objectif de cette expédition. De plus, sa façon de procéder avec les deux autres est assez pénible, mais ne disparaît pas totalement malgré les protestations (légères) de Peter. On découvrira plus tard d’où lui vient cette méthode dirigiste.

 

Bref, Wes Anderson continue à explorer les relations familiales sous couvert d’un vernis comique qui ne fait pas oublier tout de même les tensions inévitables (et indispensables ?) entre les membres d’une même famille. Après Royal Tenenbaum (Gene Hackman) et Steve Zissou (Bill Murray), c’est au tour de Francis Whitman d’essayer de rabibocher tout son monde.

Y arrivera-t-il ? Réponse dans le film.

 

  1. Il s’agit de l’Hôtel Chevalier qui donne son nom au titre du court.
  2. Il est de tous les longs-métrages sauf Isle of Dogs (2018).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Lasseter, #Pixar, #Tom Hanks
Toy Story 2 (John Lasseter, 1999)

Ils reviennent : Woody (voix de Tom Hanks), Buzz Lightyear (voix de Tim Allen), Rex (voix de Wallace Shawn), etc. Mais cette fois c’est Buzz qui va aller sauver Woody : un collectionneur peu scrupuleux (voix de Wayne Knight) l’a volé pour le vendre au musée du jouet au Japon, avec l’ensemble des personnages de la collection (1) : Jessie (voix de Joan Cusack), le Prospecteur (voix de Kelsey Grammer) et le cheval Bull’s Eye.

Une expédition est montée par Buzz à laquelle participent Mr Potato Head (voix de Don Rickles), Hamm (voix de John Ratzenberger), Rex et Slinky Dog (voix de Jim Varney).

 

On prend (presque) les mêmes, et on recommence. John  Lasseter est toujours le réalisateur, les scénaristes sont quasiment identiques au premier opus et Randy Newman signe encore la musique. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Troisième long-métrage des studios Pixar, il participe grandement à la révolution numérique amorcée quatre ans plus tôt par les studios Disney. Mais l’animation « classique » n’est pas encore abandonnée, puisqu’il faudra attendre 2003 pour voir le dernier film Disney utilise la technique traditionnelle (2).

On retrouve le même principe que dans le premier film : les jouets ne s’animent qu’une foi les humains absents ou dans l’impossibilité de les voir évoluer.


Et encore une fois, ça fonctionne. Certes, il n’y a pas le plaisir de la découverte mais on suit avec beaucoup d’intérêt cette intrigue réjouissante et surtout les différentes pérégrinations plus ou moins farfelues du « commando » envoyé à la rescousse du shérif : Rex est toujours aussi stupide ; Mr Potato Head utilise ses différents éléments qui le constituent quand ils ne se détachent pas ; Slinky Dog joue de son ressort et bien sûr Buzz est le chef énergique de cette expédition.

Et à nouveau on retrouve le Buzz du premier opus : l’équipe de secours se retrouve dans le magasin de jouets d’Al et un Buzz tout neuf (et mis à jour) veille sur un immense rayon de ses propres répliques. Sa rencontre avec notre Buzz a de savoureux qu’on retrouve les mêmes attitudes qu’avait le nôtre lors de sa rencontre avec Woody.

De même on retrouve le même débat sur le rôle d’un jouet : alors que nos héros sont convaincus qu’ils existent pour être aimés d’Andy (voix de Paul Nivet après celle de John Morris), Jessie et le Prospecteur voient dans leur exposition au musée du jouet une sorte de consécration ainsi qu’une possibilité de sortir de leur prison (emballage, coffre).

 

A nouveau, John Lasseter truffe son film de références, la plus évidente – et qui se prolonge pendant tout le film) étant bien sûr Starwars, surtout quand Buzz rencontre son ennemi juré, l’empereur Zurg (voix d’Andrew Stanton). On y trouve aussi un clin d’œil à A bug’s Life ou encore à Jurassic Park (avec Rex, cela va de soi).

De plus, avec l’apparition de Jessie, c’est – enfin – un autre personnage féminin qui intervient durablement (on la retrouve dans les deux autres suites) ; jusque là, seuls trois éléments féminins intervenaient : la mère (voix d’Isabelle Ganz qui a succédé à Laurie Metcalf) et la sœur (Hannah Unkrich) d’Andy qui ont un rôle très anecdotique ici, et Bo Peep (voix d’Annie Potts) la bergère fiancée à Woody. Jessie en plus de durer est une femme battante, une cowgirl serait-on tenté de dire qui ne s’en laisse pas compter par ce shérif qui vient d’arriver dans son monde et veut lui refuser de réaliser ses ambitions.

 

Au final, on retrouve avec beaucoup de plaisir ce microcosme ludique et on s’amuse des constantes qu’on retrouve ici, et si le niveau du film n’est peut-être pas aussi haut que le premier, il n’en demeure pas moins une très belle réalisation : les suites souffrent souvent d’une baisse de régime, mais peu de sagas ont connu une baisse aussi légère que celle-ci…

 

  1. On apprend que Woody fut un personnage de série à la télévision, une marionnette à fil qui vivait de grandes aventures avec ses trois acolytes.
  2. Bien sûr, ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #George Stevens
Une Place au soleil (A Place in the sun - George Stevens, 1951)

George Eastman (Montgomery Clift) débarque de Chicago (en stop) et se fait embaucher par son oncle Charles (Herbert Heyes) dans son usine de maillots de bain.

Il y fait la connaissance d’Alice Tripp (Shelley Winters) avec qui il a une relation, à l’encontre du règlement de l’usine.

Et comme George est un Eastman, il est rapidement promu et est invité aux fêtes de la gentry. C’est là qu’il rencontre la (très) belle Angela Vickers (Elizabeth « Liz » Taylor) : ils tombent éperdument amoureux l’un de l’autre.

Mais Alice apprend qu’elle est enceinte et veut forcer George à l’épouser (1).

Ce dernier va l’inviter à une promenade en barque…

 

La « place au soleil » du titre, c’est l’objectif de George. Mais ce n’est pas si simple. En effet, dans les Etats-Unis d’après-guerre, tout le monde espère un jour de trouver cette même place ensoleillée. Mais réduire les envies de George à cette seule réussite sociale, c’est passer à côté d’une belle histoire d’amour (encore !).

Dès l’introduction, Angela va faire tourner la tête de George : elle passe en trombe au volant de sa Cadillac blanche convertible alors qu’il va être emmené par une camionnette antédiluvienne. Mais il faut attendre sept minutes avant de la voir enfin dans toute sa beauté. Mais il faudra attendre encore une très grosse demi-heure avant qu’ils s’embrassent !

Et si cette histoire d’amour est très forte,  on ne peut tout de même pas ignorer que George vient du bas de l’échelle sociale (ses parents sont religieux) et que la situation d’Alice est une menace à cette vie dorée qu’il découvre avec Angela.

 

Ce n’est pas la première adaptation du roman de Theodore Reiser (2) puisque le grand Josef von Sternberg en a déjà réalisé une adaptation qui est sorti vingt ans plus tôt. Mais au contraire de cette nouvelle version, ce fut un échec commercial. Il faut dire que Sternberg avait pris quelques libertés (normal, c’est Sternberg)  avec le roman ce qui fit réagir son auteur. De plus, le contexte social n’incitait pas toujours les gens à aller voir une tragédie annoncée au cinéma.

Certes, Stevens prend quelques libertés lui aussi par rapport au roman, mais il en fait autre chose qu’un film policier, et la mort d’Alice n’est pas aussi tranchée que dans le livre : cet « accident » (plutôt qu’un meurtre de sang-froid) n’entame à aucun moment la sympathie du public pour George.

 

Et puis George Stevens filme magnifiquement cette histoire malheureuse. C’est un festival de fondus enchaînés qui assurent les transitions entre de nombreux éléments de l’intrigue, à la limite de la surimpression : l’enchaînement se fait lentement, la séquence précédente se poursuivant sur la nouvelle.

Et puis il y a le détail. Chez George, on peut admirer sur son mur une reproduction du tableau de John Everett Millais : Ophélie (1852). C’est un élément prémonitoire de l’intrigue. En effet, tout comme l’héroïne shakespearienne, Alice va subir le même sort : malheureuse et noyée. Certes la fiancée d’Hamlet se donne la mort alors qu’ici, ça ressemble plus à un accident.

Il n’empêche, la présence de cette reproduction est le premier marqueur de cette « tragédie américaine » et la noyade reste un élément important de l’intrigue, rappelée à divers moments avant et après la mort d’Alice.

 

Je terminerai en parlant de l’interprétation magnifique des différents interprètes et surtout le trio Clift-Taylor-Winters. Si le duo de stars est formidable, je donnerai une mention spéciale à Shelly Winters pour son interprétation de la terne Alice : la belle Shelley était alors une star « glamour » de la Paramount alors qu’Alice est on ne peut plus quelconque, le genre de fille destinée fondamentalement à George.

Rassurez-vous, elle reçut une compensation pour ce rôle à contre-emploi…

 

PS : on notera la présence d’Anne Revere, dans le rôle de la mère de George. Son film suivant sortira en 1970 : elle fut une des victimes du maccarthysme et inscrite sur la Liste Noire.

 

  1. C’était comme ça en 1949 (année de tournage)…
  2. Une Tragédie américaine (1925).
John Everett Millais - Ophelia (1851-1852) - Tate Britain.

John Everett Millais - Ophelia (1851-1852) - Tate Britain.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Judith de Béthulie (Judith of Bethulia - D.W. Griffith, 1914)

Dernière marche avant de passer au très long métrage, voici Judith de Béthulie, drame biblique de David Wark Griffith, racontant les relations entre Judith (Blanche Sweet) et Holopherne (Henry B. Walthall) jusqu’au meurtre du deuxième par la première.

 

Béthulie est une bourgade de Jérusalem que les armées d’Holopherne – envoyé par Nabuchodonosor (1) – vont assiéger en vue de la piller.

Mais Judith une femme pieuse et révérée à Béthulie va se proposer pour sauver la ville. Non seulement elle va charmer le prince, mais en plus elle va l’enivrer, le rendant inoffensif avant de l’exécuter.

Les Assyriens, sans chef, seront alors vaincus – facilement – par les Hébreux qui rendront grâce à Judith.

 

Quand Judith sort en mars 1914, Griffith n’a pas encore vu Cabiria qui sera projeté deux mois plus tard. Mais on sent tout de même chez lui le besoin de passer à un format plus long, afin de raconter des histoires pus étoffées, de faire vibrer les spectateurs plus longtemps.

Judith, c’est aussi un pari engagé par Griffith avec ses producteurs de la Biograph qui refusaient de sortir du format 2 bobines. Bien sûr, non seulement Griffith va gagner son pari, mais en plus il va quitter la Biograph pour se mettre à son compte et réaliser plus librement. Bref, le studio sera perdant sur tous les tableaux et ne s’en remettra pas.

 

Mais si le format est plus long (72 minutes), la structure reste tout de même assez similaire aux précédentes réalisations du maître. Et surtout, thème biblique ou pas, nous avons droit à un sauvetage de dernière minute, véritable marque de fabrique du réalisateur.

Mais si Griffith va l’emporter avec ce film, il va tout de même perdre une de ses actrices emblématiques de cette période : Blanche Sweet qui s’en va tourner avec DeMille chez Jesse L. Lasky (Paramount). Qu’importe, la relève est assurée par une actrice qui tient ici un petit rôle – une mère qui exhibe son enfant – dans la ville de Béthulie : Lillian Gish.

D’ailleurs, les acteurs principaux de The Birth of a Nation sont déjà là : outre Lillian Gish et Henry B. Walthall, on trouve Mae Marsh (Naomi) et Robert « Bobby » Harron (Nathan, l’amoureux de Naomi).

Bref, tout est en place du grand spectacle, et nous ne sommes pas déçus.

 

Les deux séquences de bataille (la première surtout) sont spectaculaires et montrent bien que Griffith sait diriger les foules, sans arriver toutefois au gigantisme de ses deux immenses films à venir (2). Et le plus impressionnant, c’est le résultat de cet assaut qu’on peut voir quand Judith cherche la force de tuer Holopherne. Encore une fois, la caméra de Billy Bitzer fait des merveilles et les différentes compositions qui nous sont présentées remplissent complètement leur rôle : la mort est partout, que ce soient les soldats sur le champ de bataille, tués autour du puits ou le vieillard qui agonise en donnant sa ration d’eau à Nathan.

Il y a chez Bitzer une propension à trouver le cadrage juste qui se vérifie à chaque fois, donnant une force supplémentaire aux intrigues édifiantes des films de Griffith.

 

Et puis il y  Blanche Sweet qui fait – malgré elle – ses adieux à son mentor (3) en composant une superbe Judith, un tantinet grandiloquente, mais étant chez le maître, rien d’étonnant à cela.

La carrière de Griffith est à un tournant : les (très) longs-métrages vont s’imposer à lui et aux spectateurs qui demandent toujours plus de cinéma. Et si The Birth of a Nation a des côtés insupportables, il n’en va pas de même du suivant, Intolerance, qui consacrera l’art du réalisateur, sans en avoir toutefois le même succès auprès du public.

 

  1. Le célèbre « Nabucco » de Verdi.
  2. The Birth et Intolerance.
  3. Il fut celui de toutes ces actrices qu’on rencontre ici et là à cette période, sauf Mary Pickford, bien sûr.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Pixar, #John Lasseter, #Tom Hanks
Toy Story (John Lasseter, 1995)

C’est l’effervescence à la maison Davis : on fête aujourd’hui l’anniversaire d’Andy (voix de John Morris). Et les plus excités, ce sont les jouets ! Menés par Woody (voix de Tom Hanks), un cowboy désarticulé, ils attendent avec anxiété le déballage, de peur d’être surpassés par un nouveau jouet. Mais pour Woody, pas de souci, il est le préféré du petit garçon. C’est plus pour les autres qu’il a peur, essayant de leur remonter le moral. Et la découverte terminée, tout le monde pousse un ouf de soulagement : pas de nouveau jouet en vedette.

Pourtant, la maman d’Andy a gardé un dernier cadeau (volumineux) : Buzz Lightyear (voix de Tim Allen), un astronaute qui va sauver la galaxie.

Pour Woody, le coup est rude : Buzz prend la place de favori dans le cœur d’Andy.

 

Déjà 25 ans que ce film est sorti ! Et quel film !

Alors que nous assistions à une baisse de qualité des films produits par Disney, l’association avec Pixar remet le géant américain en selle (comme Woody) et par la même occasion signe le renouveau du dessin animé : le passage au numérique !

Il était temps que ce passage ait lieu quand on voit la baisse de qualité de l’animation des dernières productions des studios Disney pendant les années 1990 (voire avant).

Mais surtout, avec Toy Story, c’est le véritable retour du merveilleux !

Pas le merveilleux magique des classiques (Blanche-Neige, la Belle au bois dormant,  Cendrillon…). Non, le merveilleux ordinaire, celui qui touche le plus les enfants, principale cible du film : leurs jouets.

 

Enfants, on a toujours su que nos jouets étaient réels et qu’ils avaient une vie propre dès qu’on les laissait seuls. Je me souviens d’un enseignant d’école maternelle qui expliquait à un élève de laisser son « doudou » à l’entrée de la classe parce que, disait-il, « il est très certainement fatigué d’avoir veillé sur ton sommeil toute la nuit ».

Et la magie « Disney » opère : tous les jouets s’animent et parlent, répondant à la question de Lamartine : oui, les objets inanimés ont une âme. Et en plus, pas toujours très belle.

En effet, l’arrivée de Buzz dans le microcosme ludique d’Andy va amener un sentiment jusqu’alors inconnu : la jalousie. Et en plus, c’est le jouet préféré qui la subit de plein fouet, amenant le déséquilibre nécessaire à l’intrigue. Parce que nous sommes dans une structure classique de conte – puisque je vous dis que nous sommes dans le merveilleux – avec sa situation initiale équilibrée (les jouets heureux) ; l’événement qui précipite le déséquilibre (l’arrivée de Buzz) ; la quête (récupérer Buzz) ; les adjuvants (les autres jouets) ; l’opposant (Sid Philips – voix de Erik von Detten) ; la résolution heureuse et la transfiguration du héros. Et comme nous sommes dans un film américain, cette transfiguration ressemble à s’y méprendre à une rédemption, que voulez-vous…

 

A propos de l’opposant, encore une fois on retrouve notre ami Hitchcock et sa théorie du méchant : plus il l’est et meilleur est le film, si je résume bien. Sid est un sale gosse comme on n’en voit que dans les films (et dans certains supermarchés…), bricoleur et surtout destructeur, ses jouets semblent tout droits sortis de l’imagination (fertile) de Stephen King. Et ce n’est d’ailleurs pas une surprise si la moquette de sa chambre ressemble à s’y p^éprendre à celle des couloirs de l’hôtel Overlook (1).

Mais malgré cette accentuation du personnage, Sid n’est pas bien différent de certains enfants que nous avons pu connaître voire connaissons encore : qui n’a pas, par exemple, coupé les cheveux d’une poupée ? Certes, les « trouvailles » de Sid sont un tantinet extrêmes, mais c’est tout à fait normal : nous sommes au cinéma.

 

Bref, cette association Pixar-Disney pour un premier long-métrage est une réussite totale et si les dessins animés traditionnels ont quand même continué après, cette nouvelle forme d’animation allait s’imposer rapidement, avec en prime une saga autour de ces mêmes personnages-jouets dont la qualité sera au rendez-vous.

Et en plus, la musique est signée Randy Newman : il n’y a donc vraiment pas de raison de bouder ce film !

 

  1. Celui de Shining.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Marcel Pagnol
Le Schpountz (Marcel Pagnol, 1938)

Un schpountz, c’est avant tout un type qui se croit fait pour le cinéma. Mais dans les faits, c’est surtout un jobard un tantinet nombriliste, et toujours persuadé de son talent dans le milieu du 7ème art.

C’est le cas d’Irénée Fabre (Fernandel), bon à rien (1) notoire dans un quartier de Marseille (Éoures), qui vit chez son oncle Baptiste (Charpin) et qui le lui rappelle régulièrement.

Alors qu’un tournage a lieu dans le voisinage, Irénée est victime d’une plaisanterie de l’équipe technique qui lui fait signer un contrat de trois ans.

Aux anges, Irénée décide de partir à Paris, malgré les admonestations de son oncle qui a compris la nullité de ce contrat, et de Françoise (Orane Demazis), la monteuse qui a des remords.

Mais Irénée balaie leurs arguments et s’en va à Paris.

 

Il s’agit ici d’une belle mise en abyme du cinéma où Fernandel est absolument magnifique. Sa tirade « tout condamné à mort aura la tête tranchée » (2), est un très bon exemple de son talent : être capable de soutenir la mise en abyme en jouant ce personnage particulier sans jamais perdre de vue le désir de faire rire le spectateur. C’était son boulot d’acteur ? Oui mais il n’empêche, il le fait très bien ici. Il faut dire aussi qu’il est en territoire connu puisque la plupart des gens qui ont participé à ce film ont dans le même temps tourné dans Regain, qui fut créé en même temps mais sortit l’année précédente.

C’est aussi son troisième film sous la direction de Pagnol, ce qui a de quoi mettre en confiance.

 

Pagnol, d’ailleurs, assure aussi le scénario et le dialogue, ce qui nous amène quelques belles répliques (1), sans oublier le côté méridional, véritable marque de fabrique de l’auteur. Les meilleures séquences se trouvent d’ailleurs dans le midi, le périple parisien n’étant pas toujours très comique, surtout pour Irénée. Chaque confrontation entre Fernandel et Charpin est un moment de haute volée dont les sorties font mouche et prennent une emphase épique amenée (et accentuée) par leur accent méridional, sans oublier l’inévitable exagération intrinsèque à ce genre de personnages. Un régal.

Mais Pagnol était avant tout un auteur, et question réalisation, c’est plutôt basique. Il s’agit plutôt de théâtre filmé, certaines séquences s’enchaînant sans véritable transition (voire pas du tout).

Mais le jeu de Fernandel, à la fois comique et émouvant, emporte tout et on savoure les avatars de ce personnage pas si schpountz que ça. Le retournement de situation dans les studios de cinéma est l’autre versant de ce jeu qu’on a tendance à (trop rapidement) cataloguer dans le comique.

 

Avec Le Schpountz, c’est aussi un hommage au cinéma comique qui est fait. En effet, ce genre a longtemps été considéré comme mineur – Irénée lui-même ne prend pas bien d’être traité de comique – alors qu’on célébrait dans le même temps le génie de Chaplin (cité dans le film) Keaton ou Lloyd (3). C’est une très belle tirade prononcée par Françoise qui bat en brèche les arguments d’Irénée et montre qu’il y a beaucoup de grandeur à faire rire.

 

PS : Le Schpountz est basé sur une histoire vraie. Alors qu’on tournait Angèle, un jeune homme fut victime de la même plaisanterie qu’Irénée par l’équipe du film…

 

  1. « Tu n'es pas bon à rien, tu es mauvais à tout… » (Baptiste Fabre).
  2. Loi du 6 octobre 1791.
  3. Il en existe beaucoup d’autres, mais que voulez-vous, ce sont mes préférés…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Melodrame, #D.W. Griffith
Les Aventures de Dollie (The adventures of Dollie - D.W. Griffith, 1908)

Dollie (Gladys Egan) est une petite fille qui vit en harmonie avec sa maman (Linda Arvidson, Mrs Griffith à la ville) et son papa (Arthur V. Johnson). Un après-midi de campagne, alors que la maman et la petite fille se mettent à pêcher, un Tsigane (Charles Inslee) tente de voler le sac à main de madame. Le père intervient et chasse le vagabond. Ce dernier, pour se venger et en accord avec sa femme (Mrs George Gebhardt) va enlever la petite fille laissée sans surveillance...

 

Ca y est. Après divers métiers dont celui d’acteur, D.W. Griffith est enfin passé derrière la caméra. Avec son complice de toujours, Billy Bitzer, il réalise son premier court-métrage. Alors n’attendez pas le génie qu’on lui connaît ni un montage serré et rythmé : il fait ses gammes.

On y trouve déjà un sauvetage de dernière minute (1), mais c’est à peu près le seul point commun avec les films qui vont venir.

C’est avant tout une série de plans d’ensemble, structurés dans une intrigue qui se renouvellera pendant les années qui vont suivre :

  1. L’équilibre : une famille unie ;
  2. Le déséquilibre : le Tsigane enlève la petite fille ;
  3. le développement : le parcours fluvial du tonneau contenant la petite fille
  4. Epilogue : le sauvetage et le retour à l’équilibre.

 

Si le dernier point est la conclusion logique du film et prend très peu de temps (15 secondes, donc), les trois autres parties elles, sont quasiment de même longueur (environ 4 minutes). De plus, il n’y a aucun intertitre de tout le film, les spectateurs devant se concentrer sur le jeu des différents acteurs pour comprendre cette intrigue (fort) simple.

Les gestes sont donc un tantinet emphatiques mais permettent une rapide compréhension, sans (presque) pour autant en arriver à un surjeu lourd comme on peut parfois le voir dans d’autres productions de la période. Les rares emphases utilisées permettant une meilleure compréhension.

 

Et ce qui ressort du film, c’est avant tout le sens de la composition. La caméra de Bitzer est toujours au bon endroit, offrant un cadrage comme il faut des différents protagonistes, favorisant – encore une fois – la compréhension de l’intrigue par le spectateur. Bien sûr, nous avons droit au cliché des tsiganes voleurs d’enfants, mais n’oublions pas que nous sommes en 1908 et que les mentalités étaient fort différentes de maintenant. De plus, les spectateurs à qui s’adressaient ce film n’étaient pas obligatoirement très sophistiqués (2) : c’étaient des petites gens qui venaient se changer les idées dans les nickelodeons (3).

Et de toute façon, les « méchants » ne l’emportent pas !

 

Non, The adventures of Dollie n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais on y trouve déjà quelques bases de ce qui va être le modus operandi du maître. Et si on peut encore le voir maintenant, c’est avant tout parce qu’il s’agit du premier film réalisé par Griffith. Si ce n’avait été le cas, pas sûr qu’on pourrait encore le voir…

 

 

  1. Il reste quinze secondes quand la petite fille est (enfin) sauvée.
  2. Dans le sens anglais : très bien éduqués.
  3. Petites salles de spectacle où le droit d’entrée coûtait 1 nickel (5 cents).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Frank Lloyd, #Norma Talmadge
Cendres de Vengeance (Ashes of Vengeance - Frank Lloyd, 1923)

Frank Lloyd fait partie de ces réalisateurs aujourd’hui tombés dans l’oubli, à l’heure numérique où chaque geste d’acteur amène un déploiement d’effets spéciaux hors du commun (1).

Pourtant, ce fut – et ça reste – un réalisateur très capable et habile, comme on a pu le lire ici depuis quelques temps.

Avec Cendres de Vengeance, il nous emmène une fois de plus dans un film à costume, et surtout avec l’immense (et belle) Norma Talmadge.

 

23 août 1572 (2) : Henri de Bourbon (le futur monsieur IV) épouse Marguerite de Valois, la sœur de Charles IX (George Beranger) alors roi de France. Sa mère, la terrible Catherine de Médicis (Josephine Crowell) ourdit dans le même temps la fin des protestants qui aura lieu peu de temps après.

A côté de la grande Histoire, se développe une intrigue – qui va nous intéresser – mettant en scène Rupert de Vrieac (Conway Tearle), jeune noble protestant. Depuis toujours, les Vrieac sont ennemis mortels des La Roche : provoqué par le comte de cette maison (Courtenay Foote), il le bat en duel et lui laisse la vie sauve. Vexé, La Roche va lui rendre la pareille en le protégeant de la nuit de la Saint-Barthélemy, en échange de sa soumission comme serviteur pendant 5 ans. Vrieac y consent pour sauver sa fiancée, la belle Margot de Vanceoire (Betty Francisco), protestante elle aussi.

Rupert se retrouve donc à servir dans le château de La Roche, aux ordres de ce dernier et de sa sœur Yoeland (Norma Talmadge).

 

Comme je le disais dans le premier paragraphe, on a malheureusement oublié Frank Lloyd alors qu’il a réalisé de très beaux films. Certains sont tout de même passés à la postérité (Mutiny on the Bounty par exemple) mais peu se rappellent qui il était. Et c’est bien dommage parce que ces Cendres de Vengeance méritent le coup d’œil (et même plus). Et outre Norma Talmadge, on y trouve un autre grand nom du cinéma, encore une fois dans un rôle de méchant : Wallace Beery (Duc de Tours).

L’intrigue de Lloyd (inspirée de H.B. Sommerville) n’est pas aussi simple qu’elle paraît. On y trouve, chose étonnante, deux méchants, à des niveaux forts distincts.

Un méchant conventionnel, voire rationnel, La Roche, dont l’inimitié se perd dans la nuit des temps (3), et qui va provoquer l’intrigue en « sauvant » Vrieac du massacre du 25 août.

Un méchant naturel, voire instinctif, le duc de Tours, donc la méchanceté n’a d’égale que sa couardise. Bref, le véritable méchant de cette histoire.

 

Et au milieu de ce milieu masculin, nous trouvons donc Yoeland, autour de qui tout va s’articuler. Si La Roche est l’instrument du destin de Vrieac, Yoeland est celui de l’intrigue : tout ce qui arrive est dû à sa beauté et sa personnalité.

Mais alors que ces hommes sont tous des fines lames, elle, n’a que sa personnalité pour arriver à ses fins – tout à fait honorables.

Bien sûr, personne ne résiste à ses charmes, et même Vrieac y succombe, malgré la distance imposée par son serment qui le lie au La Roche.

De son côté, le duc de Tours remarque d’entrée cette belle femme, oubliant qu’il est venu pour épouser sa cousine Denise (Mary McAllister).

 

Et encore une fois, Wallace Beery nous montre qu’il est un méchant formidable, sadique et pleutre à la fois (4), un de ces personnages qui assure le succès du film (cf. Hitchcock). A ses côtés (en face plutôt), Norma Talmadge est toujours grandiose, faisant passer la quasi-totalité de ses sentiments par son regard sombre mais aussi triste. Quant à Conway Tearle, il est un Rupert acceptable, chevaleresque à souhait même si on aurait pu préférer un acteur avec plus de charisme.

Bref, c’est un film solide où l’action et les combats à l’épée ne manquent pas, mais dont il ne faut pas trop questionner la vérité historique : les soldats de Tours ressemblent plus à des Suisses qu’à autre chose, et la seule voix qui s’élève contre le massacre annoncé des protestants vient du cardinal de Lisieux (Winter Hall) : je ne suis pas convaincu qu’un homme d’église si haut placé eût pu élever quelque protestation à l’annonce de l’éradication de l’hérésie protestante.

Mais nous sommes au cinéma : ne boudons pas notre plaisir !

 

  1. Je sais, j’exagère.
  2. C’est ce qu’annonce le film.
  3. En fait, on ne sait pas d’où vient cet antagonisme.
  4. Son sadisme est proportionnel à sa lâcheté, et il n’est pas bien courageux.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jim Abrahams, #David Zucker, #Jerry Zucker
Top Secret (Jim Abrahams - David Zucker - Jerry Zucker, 1984)

En 1974, Blake Edwards réalisait The Tamarind Seed (la graine de tamarinier), un drame d’espionnage avec Julie Andrews et Omar Sharif. Le traducteur français du titre avait opté pour une expression plus accrocheuse et reprenant en partie le thème du film : Top Secret.

Alors quand le film s’ouvre sur le même Omar Sharif qui se bat sur le toit d’un train, on pouvait penser qu’on retrouvait Feodor Sverdlov pour une nouvelle aventure.

Mais c’était sans compter sur le point d’exclamation du titre de ce film…

Ici, l’intrigue tourne autour du chanteur américain Nick Rivers (Val Kilmer), invité par le l’Allemagne de l’Est pour un festival culturel.

Mais ce qui devait être une série de concerts devient une histoire d’espionnage et de résistance à ce régime, suite à la rencontre que fait Nick en la personne de Hillary Flammond (Lucy Gutteridge), dont le père (Michael Gough) est prisonnier du régime.

On y rencontrera aussi la Résistance française et leur chef La Torche (Christopher Villiers).

 

Le trio ZAZ (1) a encore frappé !

Deuxième film du trio, Top Secret est, avec Airplane, certainement le plus réussi. On y retrouve le même esprit comique pas toujours léger mais avec un rythme gaguesque plus soutenu, l’arrière-plan étant parfois aussi comique que ce qu’on voit en avant-scène : voir à ce sujet l’arrivée du général allemand au restaurant, ce qu’il se passe derrière est digne d’attention.

Et à propos de général allemand, dans cette intrigue les dirigeants est-allemands sont tous en uniforme. Et ces uniformes ne sont pas sans rappeler la SS, les deux lettres étant remplacées par deux barres sur ces mêmes uniformes : on y retrouve même la distinction vert-de-gris et noire comme du temps des nazis.

Cette militarisation explique alors la présence de la résistance, dont les membres sont français, ou tout du moins leurs patronymes : Du Quois (Harry Ditson), Déjà Vu (2) (Jim Carter) ou encore Latrine (Dimitri Andreas) traduit – bizarrement – en La Treille (3).

Sans oublier bien sûr, les références au cinéma comme dans Airplane, dont l’incontournable Jaws qui est encore une fois utilisé. Outre celui-ci, on trouvera quelques références à La grande Evasion (Val Kilmer à moto), Sherlock Holmes (Peter Cushing et la loupe), les hélices d’avion de Casablanca et en point final The Wizard of Oz (je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait).

 

Bref, ce n’est pas du tout sérieux mais l’objectif étant de faire rire, notre trio y parvient sans problème, utilisant toute sorte de ressorts comiques à leur disposition : jouant sur les mots les situations ou l’aspect psychologique des personnages sans oublier une petite pointe d’autodérision.

En prime, nous avons droit à la belle voix de Val Kilmer qui interprète quelques succès de Nick Rivers qui ne sont pas sans rappeler ceux des Beach Boys (4), et bien sûr Elvis dont le personnage de Nick Rivers est inspiré : le Tutti Frutti de Little Richard est un moment très sympathique avec en final une référence à Jimi Hendrix et the Who. Que du beau monde...

 

  1. Zucker-Abrahams-Zucker
  2. Avec le U prononcé à la française [y]…
  3. On se demande bien pourquoi. Est-ce par crainte que le public français ait oublié la signification de ce mot ?
  4. Le générique final indique d’ailleurs que le tube que nous entendons au début est inspiré de plusieurs chansons des garçons de plage.

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