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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Frank Powell
Embrasse-moi, Idiot (a Fool there was - Frank Powell, 1915)

D’un côté une famille américaine heureuse : le père John Schuyler (Edward José) et la mère (Mabel Frenyear) et leur petite fille (Runa Hodges).

De l’autre, une femme fatale, véritable vampire (1) sexuel (Theda Bara).

Bien sûr, l’une va rencontrer le représentant masculin de l’autre pour une descente aux enfers en règle avec aucun recours à une quelconque fin heureuse.

 

Ca commence par un poème de Kipling qui va servir de trame pour le scénario un tantinet décousu desservi par un montage parfois rudimentaire : cette même année Griffith sortirait The Birth of a Nation qui, malgré ses relents racistes, reste tout de même un repère pour cette année 1915 aux Etats-Unis.

Il n’empêche, tout commence bien, avec cette famille unie qui se retrouve après un périple en mer du père. La famille est réunie avec la sœur et son futur fiancé pour admirer le coucher de soleil.

Mais outre le fait qu’un intertitre nous prévient qu’il s’agit du dernier instant de bonheur de ce petit groupe, un détail attire notre attention : si les personnages restent immobiles, les vagues vont et viennent à l’envers !

Nous sommes prévenus : plus rien ne va aller.

 

Et cette annonce tragique va se révéler et nous allons assister à la déchéance programmée de cet « idiot » dont parle le titre. Programmée parce que la belle vampire n’est pas à son coup d’essai : nous rencontrons deux de ses anciennes victimes dans un état fort décrépit.

Le premier est devenu mendiant et ouvre la porte aux gens riches qui descendent de voiture en espérant une petite pièce ; quant au second il va se suicider sur le pont du bateau qui emmène Schuyler vers sa destinée et surtout la jeune femme maléfique.

 

Et question déchéance, Frank Powell ne nous épargne rien, faisant de cet idiot une épave méprisée de tous qui, par faiblesse, succombe dans les bras de ce succube.

La fin de parcours de cet homme seul dans sa maison aux rideaux tirés est certainement le moment le plus beau et le plus fort du film : les rideaux vont être ouverts progressivement, révélant petit à petit l’état de délabrement de la maison et de son propriétaire. Cette lumière crue et blanche qui entre en devient presque cruelle.

 

Et puis il y a Theda Bara.

Il s’agit de son premier long métrage en tant que vedette, même si son rôle n’est pas très reluisant : c’est une femme sans scrupule, croqueuse de diamants assumée et surtout briseuse de ménage. Mais elle est tellement magnifique qu’on lui passe tout… Et surtout, le scénario épouse le parti de la morale de son époque : il n’était pas question qu’une femme libre soit en plus bien présentée.

Mais malgré tout, Powell tient bon et évite la happy end qu’on aurait pu attendre, tant le point de vue de la femme blessée est développé.

Mais non, jusqu’au bout l’idiot le restera et la morale ne sera pas entièrement sauve : la belle vampire s’en sortira.

On notera d’ailleurs l’apparition de Theda Bara alors que l’ami de la famille (Clifford Bruce) a amené la femme et la fille pour une dernière tentative (ratée, évidemment) de réconciliation : elle est tout en superbe et surtout habillée de blanc, symbole d’une pureté qu’elle ne possède plus depuis un certain temps…

 

Un dernier mot sur le titre français. « Embrasse-moi, idiot » fait référence à la réplique la plus célèbre du film : « Kiss me, my fool » que la femme dit à son amant un peu avant qu’il ne se suicide.

 

PS : la vampire chez elle, allongée pendant que sa servante arrive n’est pas sans rappeler Olympia d’Edgar Manet. Mais il n’y a pas de raison de s’exciter, la belle Theda est habillée.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Wes Craven
SCRE4M (Wes Craven, 2011)

On ferme.
Encore une fois, nous assistons à la fin d’un cycle, ou plutôt à la fin d’une franchise. En fait, cette fin est surtout due à la mort de Wes Craven quatre ans pus tard qu’à un désintérêt du public.

Et si ce dernier opus ne gagne pas la première place du box-office, il n’en demeure pas moins rentable puisqu’il dégage plus de 97 millions de dollars pour une mise de fonds de 40.

Bref, si ce n’est pas un hit comme a pu être l’opus 2, ce n’est pas pour autant un échec commercial.

 

Mais reprenons.

Sidney Prescott (Neve Campbell) et de retour à Woodsboro pour y présenter son livre racontant ses mésaventures des trois premiers films. Dans le même temps, Hollywood s’est emparé du thème et en a sorti 7 films (1) tous plus gores les uns que les autres (2).

Mais ce qui nous intéresse le plus dans cette nouvelle intrigue, c’est le retour aux sources : le lieu tout d’abord et le modus operandi.

Avec en prime, comme dans l’épisode 2 une réflexion sur le cinéma et ses sériels. Mais si Randy (Jamie Kennedy) est mentionné, l’intrigue a évolué, tout come le(s) tueur(s) : nous sommes dans l’ère numérique et internet est le premier média pour les vidéos.

 

Donc Sidney retourne là où elle a grandi et retrouve des personnages connus – Dewey (David Arquette), Gale (Courteney Cox) – et ceux qui ont pris sa place ainsi que celles de ses compagnons d’infortune : Jill (Emma Roberts), sa cousine, ou encore Charlie (Rory Culkin, le petit frère de Macaulay).

A nouveau, nous avons affaire à un tueur brouillon qui ne sait pas toujours comment tuer d’un seul coup – d’un autre côté, ça sanguinole plus – mais surtout Sidney n’est pas la cible privilégiée : tout le monde tombe autour d’elle, jusqu’à l’explication finale, rassurez-vous !

 

Et Wes Craven, que tout le monde attendait au tournant (3) nous gratifie ici d’une dernière suite pas si mal que ça. Je l’avais évoquée en conclusion lors de l’article sur Scream 3, mais je dois réviser mon jugement : certes Scream 4 n’atteint pas le niveau de ses deux premiers aînés, mais il n’en demeure pas moins un film intéressant, une nouvelle réflexion sur le cinéma d’horreur et autre, sans avoir pour autant le ton péremptoire de Randy (Jamie Kennedy).

Bien sûr, des similitudes sont là dans la construction et la structure, mais nous sommes tout de même dans une nouvelle intrigue qui va progressivement de détacher de ses modèles antérieurs pour prendre toute sa propre dimension.

 

A l’instar de l’épisode précédent, auquel il ressemble le moins, il reprend l’idée du double qu’il va dérouler jusqu’au bout. Rappelez-vous, ce n’est pas la première fois que nous avons cette idée : en effet, depuis Billy Loomis (Skeet Ulrich) et Steward « Stu » Macher (Matthew Lillard), le tueur de Scream est double, ce qui fait son originalité (4) et surtout sa force.

Et A nouveau, Wes Craven insiste sur cette idée du double en mettant en scène des jeunes femmes comme prologue des épisodes 6 et 7 de Stab, déstabilisant le spectateur qui s’attend avant tout à un nouvel avatar de ce qu’il connaît. Mais le double va au-delà de ce que nous avions vu dans Scream 3 et ce sont les victimes initiales qui sont doubles : dans les films comme dans la « réalité » (5).

 

Bref, Wes Craven rebrasse les cartes sans pour autant changer sa main : Scream 4 est un nouvel avatar de sa série qui, s’il n’atteint pas le niveau des deux premiers opus n’en demeure pas moins un épisode intéressant, et surtout qui se bonifie avec le temps : chaque nouvelle vision amène son lot d’arguments pour en faire un film de qualité.

Et finalement, Scream 4 devient un film testament qui a tendance à tenir la route, dernière occasion pour un réalisateur hors du commun de laisser sa patte un tantinet morbide dans un genre tellement décliné qu’il en a perdu de sa première raison d’être : faire peur.

Wes Craven réussit une nouvelle fois à nous faire sursauter.

Attendions-nous autre chose ?

 

  1. Nous en étions resté·e·s au troisième.
  2. En prime l’apparition d’Anna « Rogue » Paquin dans Stab 7.
  3. Pensez donc : un quatrième volet !
  4. Peut-être pas après 4 films…
  5. Celle du film, cela va sans dire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Greta Garbo
La Légende de Gösta Berling (Gösta Berlings Saga - Mauritz Stiller, 1924)

Grandiose.

Le roman de la grande Selma Lagerlöf (1) est ici adapté avec beaucoup de brio et servi par une interprétation impeccable. Mais surtout, La Légende de Gösta Berling, c’est le film qui a révélé l’une des plus grandes actrices de tous les temps : la Divine, Greta Garbo.

 

Nous sommes au début du 19ème siècle et la propriété d’Ekeby est dirigée avec beaucoup de bienveillance par Margaretha Celsing (Gerda Lundequist), la femme du Major (Otto Elg-Lundberg), et accueille une troupe de convives fort singuliers et bons vivants : les Cavaliers. Ce sont des aventuriers, la plupart du temps en rupture de ban, des nobles déchus. Bref, des SDF comme on dit de nos jours. Parmi ces jouisseurs, se trouve Gösta Berling, un ancien pasteur qui fut révoqué pour son alcoolisme et qui a la malchance de porter malheur à toutes les femmes qu’il touche.

Alors quand le comte Dohna (Torsten Hammarén) revient d’Italie avec sa jeune épouse Elizabeth (Greta Garbo), on sait que le destin (toujours lui) va les faire rencontrer Berling.

 

Il est très difficile de résumer l’intrigue du film sans se perdre dans des méandres littéraires et finalement prendre toute la place de cet article. Il faut dire qu’il y a de nombreux personnages pertinents qui habitent des sous-intrigues autour de l’histoire de Gösta Berling. Le titre original parle de saga et Mauritz Stiller prend son temps pour nous l’’exposer, sans rien occulter, amenant les différents épisodes les uns après les autres pour former un grand film (2).

Mais si le personnage principal est Berling, ce sont tout de même les femmes qui sont les différents révélateurs du film, voire les moteurs de l’intrigue.

Certes Berling est celui qui va grandir et s’améliorer tout au long du film, mais ce sont avant tout les femmes qui vont le faire avancer, amener son changement.

Et la première est étonnamment Elizabeth qui va lui révéler la machination ourdie par l’un des personnages les pus fourbes du film : la comtesse Dohna (Ellen Hartman-Cederström), belle mère d’Elizabeth. Ce sera la dernière fuite de Berling qui deviendra alors un Cavalier.

Autre femme importante, la femme du Major qui va amener à nouveau Berling vers son destin : en brûlant Ekeby elle va définitivement l’amener à se réformer, poussé en prime par Elizabeth (encore elle).

Dernière femme d’importance, la jeune et belle Marianne Sinclaire (Jenny Hasselquist) qui par son audace (punie, ça ne se fait pas dans les milieux aristocrates suédois du début 19ème siècle) envers Berling va l’amener sur la pente ascendante du rachat (3).

Berlin est entouré de femmes qui l’aiment et qu’il aime (les jeunes !), mais il faut attendre le moment des résolutions d’intrigues pour bien comprendre l’implication de ces femmes dans la vie et surtout le renouveau de Berling.

 

Et puis il y a dans cette Légende un souffle épique magnifique, soutenu par un montage impeccable. Si Stiller prend son temps pour raconter cette belle histoire, il n’empêche pas le rythme de s’accélérer quand l’intrigue le demande, donnant au film un tempo varié et surtout qui ne décourage pas le spectateur actuel (4).

De plus, les images de Julius Jaenzon (5) sont superbes (encore une fois), donnant à certains cadrages des allures de tableaux : Margaretha Celsing dans sa prison en est l’une des plus belles illustrations, l’éclairage faisant beaucoup pour la beauté de la scène.

Cette retransmission d’effets picturaux n’empêchent pas la caméra de se déplacer, là encore quand l’intrigue le demande, surtout dans l’épisode qui voit Marianne reniée par son père qui l’abandonne dans le froid. Encore une fois : superbe.

 

Et puis donc il y a Garbo.

Il faut attendre 36 minutes pour la voir enfin, épluchant quelques fruits qu’elle a rapportés d’Italie et qu’elle déguste avec son mari dans le carrosse qui la ramène en Suède.

Elle n’a que 18 ans quand le film sort, mais déjà elle possède ce qui fera sa notoriété : ses beaux yeux tristes et son jeu sobre. Mais elle n’est pas encore la Divine que nous connaissons, ses rondeurs étant bien visibles surtout dans les tenues qu’elle porte. Quoi qu’il en soit, elle ne va pas laisser les gens indifférents puisque l’année suivante on la retrouvera dans La Rue sans joie de Pabst avant qu’elle parte pour Hollywood…

Mais bien sûr, ceci est une autre histoire.

 

  1. Elle a aussi écrit Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1906-1907).
  2. Dans la longueur aussi : 183 minutes !
  3. J’aurais pu écrire « rédemption », n’oublions pas que Berling était pasteur…
  4. Le film sortit en deux parties quasiment de même longueur (à une minute près) à une semaine d’intervalle, permettant au spectateur de souffler dans cette longue histoire, mais donnant irrémédiablement envie de voir la suite une fois la première partie achevée…
  5. Rappelez-vous, La Charrette fantôme, c’est lui !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Paul Powell, #Mary Pickford
Pollyanna (Paul Powell, 1920)

La vie n’est pas facile pour Pollyanna (Mary Pickford).

Après avoir perdu sa mère, c’est son père (Wharton James) qui est terrassé par une maladie. Seule, elle est recueillie par sa dernière famille, sa tante Polly (Katherine Griffith), une vieille fille un tantinet acariâtre.

Mais même ici, ce n’est pas la grande joie, et pourtant, Pollyanna est un véritable rayon de soleil pour ceux qui l’entourent : seule la vieille tante n’est pas vraiment convaincue par la bonne humeur de la jeune fille.

Et puis vient le drame : alors qu’elle sauve une petite fille d’une voiture un peu trop rapide, Pollyanna est renversée : ses jambes ne répondent plus…

 

A l’origine, c’est un roman d’Eleanor H. Porter, et une pièce de Catherine Chisolm Cushing. Mais Pollyanna, c’est avant tout Mary Pickford, encore une fois une toute jeune fille pleine de malice et d’espièglerie, mais surtout une personne qui irradie ceux qu’elle côtoie – sauf la vieille tante, cela va de soi – et amène le sourire jusqu’aux lèvres des spectateurs.

Son maître-mot, c’est « glad » (contente) : même dans les moments les plus difficiles, elle est toujours contente d’une autre chose qui va consoler à défaut de compenser.

A ses côtés, on trouve le jeune Jimmy Bean (Howard Ralston), orphelin lui aussi, et bien un peu amoureux de Pollyanna, véritable complice et ami de la jeune fille.

 

Evidemment, Mary Pickford est da  ns son élément, dans cette adaptation de la grande Frances Marion, même si on ne peut s’empêcher de penser qu’elle a quinze ans de plus que son personnage (1). Et si elle a la teille d’une enfant, elle n’en a pas moins un visage de femme, un petit peu trop grand pour une fille de 12 ans. Mais encore une fois, son enthousiasme balaie cet inconvénient et on s’amuse de c e mode de vie optimiste et surtout des différentes saillies que profère la jeune fille, toujours « contente » quoi qu’il arrive.

Et bien sûr, la tante acariâtre va se révéler aimante – qui aurait pu en douter ? – et l’intrigue se terminer en apothéose de bonheur.

 

Et puis derrière la caméra, outre Paul Powell qui signe ce petit film, on retrouve le grand Charles Rosher qui sait filmer Mary Pickford, depuis le temps qu’il la voit tourner devant lui. Les gros plans qui la présentent ont toujours la même beauté que ce soit ici ou deux ans plus tôt – lors de leur première collaboration – dans The Little Princess.

Mary Pickford est superbe, et Rosher sait cadrer les détails important de son beau visage : son sourire, bien sûr, mais aussi une larme de découragement…

 

Alors même si l’intrigue est convenue, que le film reste très académique, on se laisse emporter par la belle Mary et surtout par l’enthousiasme de son personnage, rayon de soleil dans ces vies marquées par le malheur : l’arc-en-ciel dans le paysage pluvieux qui l’accueille à la descente du train.

 

(1) Mary Pickford a 27 ans pendant le tournage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Thriller, #Lois Weber, #Philip Smalley
Suspense (Lois Weber & Philip Smalley, 1913)

Lois Weber (1879-1939) était la pionnière du cinéma américain. Quand sort Suspense, elle a déjà de nombreuses réalisations à son actif, la plupart codirigées avec son mari Phillips Smalley.

Le film se situe en plein essor cinématographique du couple qui va réaliser l’année suivante un premier moyen-métrage : le Marchand de Venise.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

Reprenons.

 

Alors que la domestique (Lule Warrenton) fuit la maison isolée d’une jeune femme et son enfant, un vagabond malintentionné (Sam Kaufman) va pénétrer dans cette même maison pendant que le mari (Valentine « Val » Paul) sera parti précipitamment au secours de sa femme après que celle-ci lui ait téléphoné.

 

Ici, en 10 minutes, tout et dit : le couple Weber-Smalley nous montre qu’il sait filmer et en plus utiliser des techniques novatrices.

En effet, alors que la majorité de la production se contente de plans d’ensemble ou de plans américains, on est frappé par l’utilisation d’un cadrage en plongée pour montrer en caméra subjective ce que voit la femme (Lois Weber) de sa fenêtre en haut : un vagabond qui rôde dangereusement près de la maison. De plus, l’utilisation d’un gros plan du visage du vagabond va conditionner le suspense du film : on sent la menace que représente ce rôdeur.

Mais surtout, c’est l’utilisation de l’écran divisé qui retient le plus notre attention. Non parce que c’est la première fois que c’est employé au cinéma (1), mais parce qu’on est peu habitué et surtout parce que ce plan triple est d’une grande pertinence narrative.

 

Le premier élément qu’on voit, un triangle qui a pour base le bas de l’écran, c’est le mari au téléphone qui prévient sa femme qu’il sera en retard le soir. Puis, quand on revient sur ce même triangle, il a été complété par deux autres (voir photo ci-dessus) : la femme au téléphone (à droite) et le vagabond qui rôde (à gauche).

Autre effet visuel intéressant : la poursuite en voiture vue à travers le rétroviseur extérieur.

La mari a « emprunté » une voiture et est poursuivi par son propriétaire aidé de la maréchaussée. A plusieurs reprises, nous pouvons apercevoir la voiture de police qui s’approche de celle que conduit le mari. Encore une fois, on retrouve cette idée de caméra subjective qui rend la poursuite plus vivante et accentue le suspense annoncé.

Le tout, bien sûr, intégré dans un montage parallèle qui n’est certainement pas sans rappeler les sauvetages de dernière minute de D.W. Griffith.

A propos de Griffith, cette séquence de sauvetage n’est pas sans rappeler celle de A Woman scorned qu’il a réalisé deux ans plus tôt.

 

Au final, nous avons un film bref mais intense et surtout d’une très grande maîtrise technique. Weber et Smalley donne une dimension supplémentaire à ce suspense en introduisant un principe de caméra subjective pour permettre au spectateur d’être au plus près de l’action (2).

Un grand moment de cinéma.

 

  1. Une présentation du film insère une intervention de Kevin Brownlow qui explique que c’est au Danemark qu’il faut trouver sa première utilisation.
  2. Dès la première séquence, on utilise cette caméra subjective : la domestique regarde par le trou de la serrure et le plan suivant voit ce qu’elle voit à travers une forme de serrure.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fantastique, #Drame, #Victor Sjöström
La Charrette fantôme (Körkarlen - Victor Sjöström, 1921)

Saint Sylvestre, 19…

Sœur Edit (Astrid Holm) est sur son lit de mort. Entourée de sa mère (Concordia Selander) et de sa consœur Maria (Lisa Lundholm).

Avant de mourir, elle veut voir une dernière fois David Holm (Victor Sjöström), un vagabond qui a quitté femme et enfants pour entrer en boisson.

Un an plus tôt, déjà à la veille du jour de l’an, Holm avait franchi le premier la mission qui venait d’ouvrir et avait été recueilli par Edit qui avait prié pour sa situation évolue.

Un an après, donc, pas dévolution. Pire, même.

 

On peut lire (un peu) partout qu’avec ce film, Victor Sjöström est entré par la grande porte dans l’univers restreint des maîtres du cinéma. Et je dois avouer que c’est tout à fait légitime tant cette Charrette fantôme est magnifique.

C’st un véritable festival de cinéma – et nous ne sommes qu’en 1921 – tant du point de vue des images que de l’intrigue, sans oublier le jeu – subtil – des différent·e·s actrices et acteurs, dont le réalisateur lui-même dans le rôle principal masculin.

En effet, Sjöström réussit à fusionner deux éléments qui ne font pas toujours bon ménage : un film édifiant et fantastique (comme le genre).

 

Cette charrette fantôme dont il est question est celle qui vient chercher les morts une fois leur dernier souffle expiré. Elle est conduite par le dernier mort de l’année précédente. Ici, en l’occurrence, c’est Georges (Torre Svennberg), un ami de Holm qui l’a – malheureusement – amené sur la pente fatale alcoolique qui le fit déserter le monde social des hommes et l’a amené toujours plus bas dans sa condition : non seulement il a quitté femme et enfants, mais son frère sous l’emprise de ce même alcool qu’il lui avait fait adopter comme maître, a tué un autre homme et doit payer longtemps en prison.

Bref, Holm est un sale personnage, une espèce de salaud comme on en croise régulièrement dans ce genre de films.

 

Mais c’est bien sûr le côté fantastique qui donne toute sa mesure au film, avec une utilisation superbe des surimpressions : cette charrette apparaît quand quelqu’un meurt, et son cocher emporte avec lui chaque nouvelle victime qu’il croise sur son chemin.

Il y a dans ce personnage mortifère une réminiscence de l’Ankou breton, ce valet de la mort qui passe avec sa charrette pour récupérer les trépassés. Mais alors que la faux du Suédois est identique à celles du paysan, celle de l’Ankou a une lame saillante : l’Ankou ne fauche pas les âmes vers lui, il les pousse de sa lame (1).

 

Et tout le film repose sur une série de surimpressions censées représenter les trépassés – David Holm et Georges, le conducteur du moment – au milieu d’une intrigue des plus complexes.

En effet, Alors que tout commence par l’agonie de sœur Edit, on apprend progressivement comment elle a contracté la maladie qui est en train de la tuer, qui en est le responsable – David, bien sûr – comment ils se sont rencontrés et surtout comment David en est arrivé là. Avec ensuite ce qu’il s’est passé entre la date de la rencontre entre David et Edit, jusqu’à l’issue inévitablement tragique de cette veille de nouvel an.

Et il y a dans cette dimension fantastique une sobriété là aussi superbe, maîtrisée, qui évite de tomber dans la facilité du sensationnalisme. Sjöström maîtrise de bout en bout son sujet, d’autant plus qu’il interprète David et obtient donc facilement l’effet recherché de ce personnage.

A ses côtés, ce sont des interprètes eux aussi dans la nuance, sobre dans leur jeu et leurs actions qui donne une dimension quai spirituelle au film.

 

De plus, la photographie de Julius Jaenzon est de toute beauté, bénéficiant d’une teinte pour chaque lieu différent, et surtout jouant avec beaucoup de bonheur et de brio avec l’éclairage, qu’il soit celui du plateau où parmi les accessoires : la famille debout devant David allongé, terrassé par l’ivresse, est d’une très grande qualité esthétique.

Bref, un film repère dans la carrière de Sjöström.

 

Curieusement, ce film ne connut pas le succès attendu aux Etats-Unis. Cela n’empêcha pas Louis B. Mayer de faire venir Sjöström à Hollywood où il réalisera quelques chefs-d’œuvre, mais  malheureusement quelques-uns ont disparu.

 

(1) Ici, la faux est plus un élément décoratif qu’autre chose puisque son possesseur ne l’utilise jamais. Une simple réminiscence de la représentation universelle de la mort avec cet instrument.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Joseph L. Mankiewicz
Le Limier (Sleuth - Joseph Mankiewicz, 1972)

Milo Tindle (Michael Caine), coiffeur, a été invité par Andrew Wyke (Laurence Olivier), écrivain de romans policiers à succès, à venir le rejoindre dans sa grande propriété isolée.

Après quelques verres, Wyke va entrer dans le vif du sujet et expliquer cette convocation : Tindle a l’intention d’épouser la femme de Wyke avec qui il a une relation.

Bien sûr, Wyke n’est pas très favorable à cette union, mais beau joueur (1), il désire arranger le couple et propose à Tindle de l’aider à démarrer sa nouvelle vie.

Mais si Wyke est un joueur, il n’en est pas obligatoirement beau.

Et derrière ce qui semblait être un gentleman’s agreement se cache une machination terrible qui amènera la mort –inéluctable – de l’un des deux protagonistes.

 

Annoncer la mort de l’un des deux n’est pas spécialement dévoiler la résolution de l’intrigue. En effet, dans les histoires d’adultère (2), il n’y a que deux façons d’opérer : comique ou tragique. Rarement entre les deux.

Comique et on se moque du pauvre cocu ; tragique et on tombe dans le crime passionnel, ce qui semble le cas ici.

Par contre, je ne garantis pas que ce qui va suivre ne va pas donner des indications pertinentes quant à cette résolution. Donc si vous n’avez vu ni le film, ni la pièce ni encore le remake de 2007 de Kenneth Branagh (3), passez votre chemin.

 

Mais le centre du film, c’est avant tout le jeu.

Nous assistons à un duel ludique qui se transforme peu à peu en affrontement pour la vie, un combat à mort entre deux hommes pour une femme : rien de bien nouveau finalement.

Mais l’intérêt réside essentiellement dans le jeu des acteurs. C’est un combat de titans entre deux grands noms de l’écran (et/ou de la scène) britannique.

Cet affrontement se joue en deux manches gagnantes : une première partie puis une revanche et finalement la belle qui verra la victoire de l’un des deux protagonistes. Enfin qui devrait voir cette victoire. Parce que dans les affaires d’amour, cela ne se passe pas toujours comme prévu. Et bien sûr, ici encore moins.


Il faut dire qu’après la première manche remportée (avec brio ?) par Wyke, intervient celui qui donne son nom au titre : le limier, en l’occurrence l’inspecteur Doppler (Alec Cawthorne).

C’est un personnage peu ragoûtant aux méthodes opposées à celles des policiers décrits par Wyke dans ses romans. Non seulement il n’est pas idiot, mais en plus il possède le flair nécessaire à sa fonction et à son surnom (4).

S’ensuit alors un nouveau duel là encore très engagé et surdimensionné entre un policier plus fin qu’on ne pense et un grand esprit qui voit sa machination se retourner contre lui.

Doppler prend alors les commandes et joue – à son tour – avec Wyke qui va expérimenter les mêmes affres que Tindle précédemment.

 

Reste alors la belle qui va résoudre cette intrigue – brillante – avec le résultat tragique que l’on sait. Mais là encore, le résultat ne vaut que par la façon d’y arriver et ses conséquences directes qui découlent du basculement final : le film (comme la pièce) comporte d’ailleurs une suite de rebondissements qui déplacent l’intrigue toujours plus loin vers la tragédie annoncée.

Mais il ne faut jamais perdre de vue le côté ludique de cette intrigue. Et parmi toute cette débauche de jeu, c’est avant tout celui des deux immenses acteurs qui prévaut, donnant à cette intrigue tout son sel.

Par contre, cette même intrigue a tendance à occulter l’aspect cinématographique en tant que tel, faisant de ce film essentiellement du théâtre filmé.

 

PS : je ne résiste pas à partager la première rencontre entre Michael Caine et Sir Laurence Olivier. Caine ne savait pas comment s’adresser à lui du fait de sa particule. Olivier répondit ainsi : « Je suis lord Olivier et vous êtes monsieur Michael Caine. Enfin ça c’est seulement la première fois. Après, je serai Larry et vous serez Mike. »


PPS : si vous avez aimé le film (vous êtes nombreux), je vous encourage à lire Cinéma de Tanguy Viel, où comment un film va obséder un homme au point de ne voir sa vie qu’à travers.

 

  1. fair play, comme on dit en français.
  2. Ca fait mieux que «  histoire de cocu »…
  3. Avec Michael Caine, mais 35 ans plus tard, il ne peut plus interpréter que Wyke…
  4. N’oublions pas que le limier désigne aussi un chien de chasse, donc au flair très sensible.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Billy Wilder
Avanti! (Billy Wilder, 1972)

Wendell Ambruster Jr. (Jack Lemmon) part pour l’Italie : son père vient de mourir dans un accident de voiture.

Arrivé sur place, il se rend compte que son père n’était pas seul quand il est mort : il partageait la voiture avec Katherine Piggott. D’ailleurs, sa fille Pamela (Juliet Mills) est venue elle aussi pour récupérer le cadavre de sa maman.

C’est la révélation pour Wendell Jr. : son père avait une relation avec une autre femme, lui qui était un pilier de l’église baptiste de sa contrée !

Et il semble que l’histoire se répète…

 

A l’origine, c’est une pièce de théâtre de Samuel A. Taylor. Mais avec Billy Wilder, vous pouvez être sûr que nous sommes au cinéma !

Et Wilder sort facilement du cadre figé théâtral pour emmener ses interprètes dans l’île d’Ischia, surtout l’îlot rocheux à quelques brasses de l’hôtel : au petit matin  alors que tout le monde dort, on assiste avec beaucoup de plaisir au lever du soleil quand on y est allongé nu…

Vous l’avez compris, les deux cadavres sont un prétexte à la rencontre de deux êtres fort différents, tout comme leurs parents, mais qui vont vivre une histoire d’amour forte.

Et Wilder a fait appel à son vieux complice Jack Lemmon (4 films ensemble avant celui-ci et deux autres ensuite) pour interpréter cet homme d’affaires qui va de déconvenue en déconvenue à propos de son père mais va finalement se ranger à son avis !

A ses côtés, Juliet Mills est une pétillante Pamela, aussi à l’aise habillée que nue : et pourtant son personnage est une anglaise comme il faut (1).Son enthousiasme rythme avec bonheur cette comédie un tantinet immorale.

Dernier protagoniste, et non des moindres, de cette comédie : Carlo Carlucci (Clive Revill), le patron de l’hôtel qui abrite ces aventures extraconjugales. Carlucci n’est pas l’homme de la situation mais bel et bien l’homme des situations, couvrant avec beaucoup d’à propos cette histoire d’amour bien singulière, facilitant le rapprochement des deux êtres malgré eux. Indispensable.

 

Mais surtout, Wilder nous montre son grand talent pour la comédie, démarrant son film par une séquence muette (4 minutes) faite en plus de non-dit qui nous donne le ton. On retrouvera ce parti pris non sonore quand la belle Pamela se promènera dans Ischia, ou encore à la morgue avec l’employé du service et ses formalités administratives (Pippo Franco).

Et à nouveau, Wilder nous amuse avec une histoire d’infidélité. Mais le temps a passé depuis 7 Year Itch ou Kiss me, Stupid et le public n’est plus choqué par cette histoire extra maritale (1).

Et encore une fois, Jack Lemmon est formidable et cette histoire d’amour insolite qui amène immanquablement (au moins) le sourire au spectateur.

Avec en prime un petit clin d’œil au passé (moins glorieux) italien quand J.J. Blodgett (Edward Andrews) vient démêler la situation et précipiter la séparation des deux amants. Et là encore, on ne peut rester indifférent face à ce fonctionnaire zélé (et nostalgique)…


Certes, Billy Wilder est à la fin de sa carrière (il tournera encore trois films), mais il maîtrise toujours son sujet, dirigeant avec toujours le même talent ses différents interprètes et amenant une certaine sobriété dans une intrigue qui aurait pu facilement être emportée dans un rythme endiablé avec des acteur·rice·s surjouant frénétiquement.

Il n’en est rien. Tant mieux !

 

(1) 1968 est passé par là, même en Angleterre !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Jonathan Demme
Ricki and the Flash (Jonathan Demme, 2015)

Ricki Donzelli, ou plutôt Linda Brummel (Meryl Streep) est une rock star. Enfin plutôt, était une rock star. Ou plus précisément aurait bien aimé être une rock star.
Elle est même partie en Californie pour ça, mais à part un disque, elle n’a pas fait grand-chose. Même ses enfants, elle ne les a pas vus grandir, pendant que son mari Pete (Kevin Kline) se remariait avec Maureen (Audra McDonald) qui a pris sa place. Partout, même dans l’éducation de ces mêmes enfants.

Aujourd’hui, Ricki-Linda a vieilli, pris du poids et travaille comme caissière, animant les soirées du Salt Well, un bar du coin où elle a son public, avec son groupe : The Flash.

Mais sa fille va très mal. Ricki va donc retourner dans cette famille qu’elle a laissée voilà de bien nombreuses années.

 

Encore une histoire familiale où l’un des deux parents est passé à côté de l’éducation de ses enfants ?

Oui. Et un peu non. En effet, cette Ricki est un personnage fascinant, avec dans la tête ce même rêve qui l’habite depuis trente ans, mais aussi dans une réalité des plus minable, comme sa carrière de chanteuse de rock. Il y a un contraste formidable entre son énergie et sa présence sur scène et celle de son travail où elle gagne des clopinettes mais avec le sourire pour ne pas déprimer le client.

Alors quand elle doit retrouver ceux qui furent sa famille, même pour quelques jours seulement, c’est une occasion inespérée de renouer un brin avec ces étrangers.

Avec sa fille, Julie (Mamie Gummer), dépressive qui essaie de sortir d’un divorce dû à un mari minable tout d’abord ; avec ses deux fils, Josh (Stan « Bucky » Sebastian) qui va se marier, et Adam qui est gay ; et bien sûr avec celui qui fut son mari. Sans oublier la belle-mère Maureen qui possède tellement de qualités !

 

Bref, c’est une histoire du genre Mission Impossible qui nous est proposée, mais c’est surtout une comédie (1) douce-amère qui est menée avec beaucoup de sensibilité par Jonathan Demme dont c’est, hélas, le dernier film.

Bien sûr, c’est Meryl Streep qui rayonne tout au long du film, et c’est bien normal, c’est une actrice tellement extraordinaire. Elle a une façon d’assumer son âge qui la rend encore plus merveilleuse. Evidemment, son personnage étant à la poursuite d’une chimère, on ne passe pas à côté de son look qui n’a pas dû beaucoup changer en trente ans : coiffure mixte, blouson noir, bijoux multiples et tatouages. Sans oublier les Doc Marten’s montantes…

Bref, un pur produit des années 1980, dans son allure comme dans ses idées : l’une de ses premières interventions laisse entendre que l’élection de Barack Obama ne l’a pas vraiment satisfaite… Plus tard, on apprend même de son fils Adam qu’elle aurait voté George W. Bush. Et deux fois !

 

Bref, c’est une femme américaine jusqu’au bout des ongles, un tantinet réactionnaire (voir ci-dessus), mais c’est peut-être normal d’une femme qui a perdu son frère au Vietnam.

Mais je ne vais pas juger de son parcours ni de ses idées, parce que ce n’est pas le propos du film.

Il s’agit avant tout d’une belle histoire d’amour. Tardive entre une mère et ses enfants, et récente entre une femme mûre et son partenaire de scène qui l’est tout autant qu’elle (Rick Springfield). Et les deux faces de cette même femme s’interpénètrent avec bonheur, faisant de ce film à l’intrigue un tantinet convenue (2) un film subtil et beau.

Bien sûr, elle retrouvera l’amour des siens, c’est une comédie, donc ça se termine bien, mais ça ne va pas se passer facilement : n’oubliez pas la place indispensable de la Rédemption chère à nos amis américains !

Parce qu’il n’est encore une fois question que de ça : Ricki va devoir expier pour être sauvée. Et cette expiation prendra différentes formes : la belle-mère Maureen qui a pris sa place, mais surtout l’attitude des invités au mariage de Josh et Emily (Hailey Gates). Ce sont des regards désapprobateurs et surtout une réflexion d’une invitée qui ne la « rate pas » !

D’une manière générale, le scénario de Diablo Cody est l’occasion de ces réflexions qui font mouche et qui font dire aux observateurs : « Pfiouuuu ! ». Ou comme disent les anglo-saxons : « Touché ! »

 

  1. Ca se termine bien, c’est déjà ça !
  2. Une mère qui cherche à rattraper le temps perdu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Raoul Walsh
La Charge fantastique (They died with their Boots on - Raoul Walsh, 1941)

De West Point à Little Bighorn, voici la charge fantastique du titre français de George Armstrong Custer (Errol Flynn) : l’un des pires éléments de l’école prestigieuse militaire – pire que Grant (Joseph Crehan), c’est dire – qui s’illustra pendant la Guerre de Sécession avant de participer aux guerres indiennes qui suivirent le conflit. Et bien sûr, il devint l’un des plus grands héros de l’Ouest américain.

Blanc.

 

Autant le dire tout de suite, la vérité historique n’est pas toujours là. La première partie (jusqu’à la 74ème minute) est à peu près correcte, mais à partir de là, nous nageons dans un à peu près historique qui n’est pas pour déplaire à Raoul Walsh, grand conteur et surtout menteur invétéré du cinéma américain.

Mais peu nous importe cette vérité : nous sommes au cinéma, et c’est avant tout le spectacle qui nous intéresse.

Et du spectacle, ici, il y en a !

 

Cinq ans plus tôt, Custer avait déjà été la vedette (secondaire) d’un western qui traitait de la même période : The Plainsman. Mais ici, il passe au premier plan, et comme en plus il est interprété par le grand (et beau) Errol Flynn, on aurait tort de bouder son plaisir !

Et en plus, on retrouve à ses côtés une de ses partenaires mythiques : la belle (et talentueuse) Olivia de Havilland (Libby Bacon Custer) qui vient de fêter ses 104 ans (!) le 1er juillet dernier. C’est d’ailleurs leur dernier film ensemble – le huitième (1).

Et comme nous sommes chez Walsh, on ne peut pas passer à côté de l’humour, qui s’exprime essentiellement pendant la séquence à West Point où Custer y fait une entrée remarquée et est pris en grippe par deux personnages qui auront leur importance dans son destin (cinématographique) : Ned Sharp (Arthur Kennedy) et Romulus Taipe (Stanley Ridges).

 

La première partie (73 minutes environ) voit la montée en puissance d’un personnage hors du commun (en ferait-on un film s’il en était autrement ?) et qui va se révéler dans le point culminant : la Guerre Civile. On découvre déjà une forme d’obstination chez ce général malgré lui (et surtout malgré Taipe !) quand on le voit emmener les différents bataillons du Michigan à l’assaut de l’armée de Stuart jusqu’à ce que cela paye : on ne donne pas le nombre de morts que ces assauts ont engendrés. On retrouvera cette même obstination quand Custer décidera d’affronter les Indiens à Little Bighorn, mais pas dans ce film.

Les différentes scènes de bataille de la Guerre de Sécession ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les débuts de Walsh en tant que réalisateur : il fut l’assistant de Griffith sur Naissance d’une Nation qui voit déjà une très belle séquence de bataille militaire : celle de Gettysburg (1863).

 

Au bout de 73 minutes, donc, apparaissent les premiers Indiens. Custer a été envoyé dans le Dakota du Sud, à Fort Lincoln, en bordure des Collines Noires.

C’est donc là que la fiction prend le dessus de l’Histoire, puisqu’on y découvre un Custer fort humain voire humaniste. On peut croire ce qui concerne la remise en état du célèbre 7ème de Cavalerie pour en faire un bataillon d’élite, ainsi que son hymne : Garryowen. Vous savez cet air entraînant qui retranscrit très bien le rythme d’une galopade (vous pouvez l’écouter ici à partir de 1 min 17).

Par contre, pour ce qui est des relations avec les Indiens, on a le droit d’être très circonspect. Avec en point d’orgue la réplique de « Queen’s Own » Butler (G.P. Huntley) : « les vrais Américains sont derrière les collines et portent des plumes ». Il fait ici référence aux Indiens de Crazy Horse (Anthony Quinn).

 

Et tout comme dans le film de DeMille, nous assistons à la fin héroïque de notre héros. Mais cette fois-ci, ce n’est pas seulement une évocation : Walsh met les petits plats dans les grands et nous offre un dernier souffle épique ainsi qu’un massacre en règle.

Certes, il conserve le point de vue de Custer et Flynn est aussi fantastique que le titre français, mais on assiste tout de même à une boucherie terrible : Comme on dit chez nous : « ça tombe comme à Gravelotte. » Quant à l’assaut final – à pied – il est d’une rare violence pour un film de cette époque. Ca trucide et ça frappe à tout va : heureusement que le film est en noir et blanc et que le sang ne coule pas autant qu’à notre époque parce qu’on aurait un sol bien rouge.

Il n’empêche, ce final est absolument magnifique : pour une fois que les Indiens gagnent !

 

Si la vérité n’est pas vraiment respectée, on ne peut négliger la situation (géo)politique des Etats-Unis en novembre 1941 : la guerre approche (16 jours plus tard aura lieu l’attaque japonaise à Pearl Harbour).

On y retrouve dans les films de cette année de nombreuses références ainsi qu’un encouragement latent à l’intervention contre les nazis (The long Voyage home, Foreign Correspondent).

Et on peut voir dans le travail de Custer pour créer un bataillon d’élite un encouragement national à l’unité dans le conflit à venir. Les valeurs exaltées dans son discours à son état-major  (avec l’adoption de Garryowen) vont dans ce sens. Et derrière Custer et ses hommes qui partent rencontrer leur destin (fatal), c’est l’Amérique (du Nord, entre le Canada et le Mexique) qui se prépare à entrer en guerre pour combattre les ennemis de la liberté.

Hélas, ce sont les Indiens qui en font les frais.

 

(1) Je sais, ils jouent aussi tous les deux dans Thank your lucky Star (1943). Mais ils n’y sont pas réunis comme dans les autres.

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