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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jill Sprecher
Thin Ice (The Convincer - Jill Sprecher, 2011)

Mickey Prohasca (Greg Kinnear) est un baratineur. A partir d’une conversation anodine, il en arrive à vous faire douter de votre existence, au point de vous assurer sur tout : normal, il dirige une petite compagnie d’assurance dans le Wisconsin, l’autre pays du froid.

En fait, Prohasca n’est ni pus ni moins qu’un escroc qui vit de la peur des gens et qui, le cas échéant, n’hésitera pas à franchir la ligne de l’honnêteté pour s’enrichir.

Et il semble que cette ligne, il soit bien déterminé à la franchir : un de ses clients (une de ses cibles, donc) possède un violon rare – et surtout coté – qui ne paie pas de mine.

Prohasca va donc s’ingénier à le récupérer.

Malheureusement, un homme est tué par son complice occasionnel, Randy (Billy Crudup).

 

Décidément, l’Amérique dite ‘profonde’ n’a pas toujours les honneurs du cinéma, et surtout sers habitants ne sont pas des plus exemplaires : après le Minnesota des frères Coen (Fargo), voici le Wisconsin de Jill Sprecher, où l’on rencontre des citoyens fort peu recommandables : nous avons l’escroc (Prohasca), à cela s’ajoute le meurtrier (Randy) sans oublier les autochtones un tantinet ruraux : Frank Ritchie (Peter Thoemke) et Gorvy Hauer (Alan Arkin).

Mais là s’arrête la comparaison avec Fargo, le propos étant fort différent et les personnages malgré tout un peu plus sensés (que Carl Showalter).

 

Autant le dire tout de suite, ce film n’est pas un chef-d’œuvre absolu, incontournable du genre, mais il possède malgré tout un certain charme (voire un charme certain), et on s’amuse beaucoup de cette arnaque pas si simple, portée par Greg Kinnear, baratineur invétéré mais surtout menteur patenté, ce qui aide beaucoup dans sa branche.

Mais Kinnear n’est pas le seul à porter le film : Jill Sprecher réussit à en faire un film d’acteurs et laisse beaucoup de place à ses interprètes, avec un Billy Crudup magnifique en tueur psychopathe, et Alan Arkin en client vulnérable. Au quatuor annoncé (plus haut) s’ajoute Bob Egan (David Harbour), embauché par Prohasca après la convention d’introduction, afin de ne pas le faire partir chez un concurrent.

 

Et les femmes ?

Elles sont deux et ne sont pas à proprement parler « faibles . La première est la femme de Prohasca, Jo Ann (Lea « Lorraine » Thompson) qui en a plus qu’assez des frasques et surtout des mensonges de son mari, et la seconde est sa secrétaire, Karla Gruenke (Michelle Arthur), tout aussi exaspérée par Prohasca et sa négligence.

Bref, Prohasca est coincé au milieu de tout ce petit monde et à l’instar des poissons hors de l’eau, a du mal à reprendre son souffle pour survivre.

 

Au final, un petit film plaisant (le troisième et jusqu’ici dernier de la réalisatrice qui signe en outre, avec sa sœur Karen, le scénario) avec une intrigue d’accumulation – de péripéties mais surtout de soucis pour Prohasca – jusqu’au basculement final de la résolution : l’interprétation y est impeccable et le montage bien rythmé.

Que demander de plus ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Superman, #DC Comics, #Richard Lester
Superman III (Richard Lester, 1983)

Il est de retour (encore) !

Superman (Christopher Reeve) revient trois ans après le second opus qui le mettait aux prises à d’anciens habitants de Krypton.

Cette fois-ci, c’est contre un tycoon qu’il doit se battre : Ross Webster (Robert Vaughn).

Ce dernier est accompagné de deux femmes – sa sœur Vera (Annie Ross) et sa fiancée Lorelei Ambrosia (Pamela Stephenson) qui possède en plus de ses charmes ceux de Vera qui en est dépourvue – et surtout un programmateur formidable : August « Gus » Gorman (Richard Pryor). Ce quatuor va tout tenter pour se débarrasser de notre superhéros, mais bien sûr n’y parviendra pas. Normal, c’est tout de même Superman !

 

Le film de trop ?

Le deuxième épisode des aventures cinématographiques de Superman était déjà un cran au-dessus du film de Donner (1978), et il semble que Lester continue à faire péricliter la franchise, le film n’étant pas un immense succès comme précédemment.

Certes, on y trouve les passages obligés : transformation de Clark Kent (Christopher Reeve) ; sauvetages de situation catastrophe et bien sûr les inévitables effets spéciaux – en incrustation écran bleu – qui ont fait le succès es précédents films.

 

Mais cela marche de moins en moins bien, et ce malgré la présence de Richard Pryor – alors le plus grand comique américain – et Robert Vaughn qui était passé du côté obscur depuis quelques films et autres séries télévisées.

On retrouve aussi l’humour de Lester dans quelques séquences dont celle d’introduction qui va amener une série de catastrophes ayant pour origine les formes généreuses de Pamela Stephenson, avec en prime une tarte à la crème qui est appliquée par un personnage de haut vol (1). On notera la présence de Bob Todd (encore un British) dans cette séquence : c’est lui qui reçoit de la peinture sur son veston.

 

Mais outre ces quelques moments comiques, on n’a peu de chose à se mettre sous la dent. Et même Richard Pryor n’est pas au mieux de sa forme, son talent comique faisant défaut tout au long du film. On pouvait espérer mieux.

Lois Lane (Margot Kidder) est en outre pus ou moins retirée du projet (2), n’apparaissant qu’au début et à la fin. Elle est remplacée – dans le cœur de Superman par la belle Annette O’Toole

Quant à notre héros, il est toujours aussi lisse, et éclipsé par le quatuor maléfique et surtout Pryor. On aurait pu penser que le dédoublement de Superman allait amener un plus dans l’intrigue, mais c’est réglé assez rapidement et on se dirige alors tout droit vers la happy end attendue.

 

Alors le film de trop ?

Certainement, mais pas complètement : un quatrième film fut tourné et sortit quatre ans plus tard. Et dire qu’il était même prévu d’en faire un cinquième…

 

  1. Je vous laisse deviner, ou découvrir.
  2. Ses protestations contre le renvoi de Richard Donner du film précédent n’y sont pas étrangères…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Maurice Tourneur
Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922)

Lorna Doone, c’est tout d’abord un roman britannique écrit en 1869 qui reçut un très bon accueil public, devenant alors un incontournable de la littérature anglaise.

On y suit la vie singulière de la jeune Lorna Lorn, riche héritière d’ascendance noble qui a grandi auprès de Lord Ensor Doone, aristocrate déçu et déchu qui dirige une bande de pillards de grands chemins.

On y suit aussi John Ridd, fermier honorable, qui va tomber amoureux de Lorna mais ne pourra l’épouser du fait de leur distance sociale.

 

On retrouve donc ici Lorna (Mae Girai puis Madge Bellamy) et John Ridd (Charles Hatton puis John Bowers), ainsi que le brigand Ensor Doone (Frank Keenan) et sa bande de truands dont Carver Doone (Donald MacDonald), qui a des vues sur Lorna.

On nous explique ici comment Lorna se retrouve prisonnière de la bande et c’est là que l’intrigue diffère du roman : c’est John Ridd qui va aller la sauver.

Mais comme le dit si bien mon ami le professeur Allen John, peu importe la fidélité à l’intrigue puisque nous sommes au cinéma : un film n’est certainement pas un livre.

 

Il semble que Maurice Tourneur fut peu inspiré quand il tourna ce film, dont il participa aussi au scénario - ils étaient quatre ! (1) – et si on retrouve les éléments plastiques qui caractérisent ses productions, on est bien loin e certains de ses films antérieurs.

Certes, cela ne manque pas de péripéties ni d’action, mais il manque tout de même un souffle épique indispensable dans une intrigue où la petite histoire – celle de Lorna et John – rencontre la grande (le baptême du prince héritier) et ses protagonistes plus ou  moins prestigieux tel  le roi James II.

 

A cela s’ajoutent quelques éléments un tantinet incongrus qui concernent ce rapport à cette grande Histoire : l’attitude de John au baptême est non seulement déplacée mais difficilement crédible quand on connaît l’étiquette en vigueur. A aucun moment John n’aurait pu s’approcher du trône et prendre le bébé dans ses bras.

Certes, cette attitude sert l’intrigue puisqu’elle va permettre d’une certaine façon le rapprochement entre les deux amants, mais tout de même.

 

Quant à l’affrontement final qui voit John et Carver en découdre, il a lieu dans une séquence d’attaque du repaire des brigands qui manque cruellement d’inspiration, comme si Tourneur ne faisait que s’acquitter de sa tâche, laissant les choses se faire.

Pire : on a même l’impression que ce ne sont plus des paysans du Devon qui chargent les brigands mais une bande de cowboys qui, le pistolet au poing, vient régler ses comptes : la seule différence étant dans le fait que les mousquets utilisés ne tirent qu’un seul coup avant de devoir être rechargés, ce qui est tout de même respecté.

 

Alors, non, ça ne marche pas comme cela aurait dû. Et si Madge Bellamy est toujours aussi belle et bien dans son personnage, on peut déplorer que ce ne soit que John Bowers qui interprète John Ridd. En effet, on ne peut s’empêcher de penser à Richard Barthelmess qui aurait été parfait pour ce rôle, complètement dans son répertoire. Il manque à Bowers le petit plus que possédait Barthelmess comme on peut le voir dans Way down East et surtout Tol’able David.

Oui mais voilà : Barthelmess n’appartenait pas au même studio.

 

Dommage.

 

(1) Cette (sur)abondance de scénaristes explique-t-elle l’aspect poussif de l’intrigue ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Liberté, liberté chérie (Raymond Bernard, 1934)

 

Dernier volet de la trilogie, ce troisième film est celui des affrontements.

Affrontement des Parisiens contre le pouvoir royal de Louis-Philippe (1), et affrontement – final – entre Valjean (Harry Baur) et Javert (Charles Vanel).

Les grands absents de cet épisode sont bien sûr les Thénardier (Charles Dullin & Marguerite Moreno), Raymond Bernard et André Lang n’ayant pas retenu l’ultime rencontre entre lui et Valjean dans les égouts.

 

On retrouve ici, avec bonheur, le même principe narratif qui avait prévu dans les deux films précédents, les mots étant le plus souvent remplacés par des regards ou des gestes – héritage du cinéma muet – avec un souci de rester au niveau humain alors que cette fresque pourrait encourager à l’exubérance et au sensationnel.

Mais la barricade de la rue de la Chanvrerie – où est Marius (Jean Servais) – n’en demeure pas moins spectaculaire, sans toutefois tomber dans le grandiose comme dans certaines versions ultérieures.

D’une manière générale, c’est la sobriété qui prime dans les trois films, ramenant le propos au niveau de ses protagonistes : les misérables. Les misérables sont ces « petits », ces « obscurs » ces « sans-grades » – pour paraphraser Edmond Rostand – et n’ont pas accès à la lumière.

Et même la barricade reste à leur niveau, même si le combat fait rage et leur donne temporairement un statut de géant.

 

Cette barricade, c’est l’aboutissement de la violence de l’intrigue qui s’installe progressivement : après un premier épisode où elle est plus morale que physique, elle prend plus de place dans le second volet, avec surtout l’agression de Valjean par Thénardier et ses (louches) acolytes, sans oublier le passage (final) de la chiourme.

Ici, c’est un terrible combat de rue qui nous est proposé, avec charge de l’armée, la caméra de Kruger et Portier alternant les plans d’ensemble (restreint) et les cadrages au cœur de l’action, donnant alors un souffle épique à ce qui n’est malgré tout qu’une petite échauffourée.

Et encore une fois, on retrouve la verve de Hugo dans cet épisode tragique.

Tragique pour les morts qui vont tomber dont l’inévitable Gavroche (Emile Genevois), victime on ne peut plus tragique qu’il n’est qu’un enfant.

On retrouve aussi chez les émeutiers les aspirations de Victor Hugo, né trop tard pour faire la révolution ou participer aux campagnes napoléoniennes, mais surtout cet engagement républicain farouche que l’auteur épousera finalement.

 

Mais il y a surtout l’affrontement entre Javert et Valjean, qui permet au premier de réaliser son rêve – arrêter l’autre – et surtout d’apparaître un peu plus que dans l’opus précédent où il n’était que très peu montré.

C’est à nouveau un duel au sommet, mais sans négliger l’aspect réservé de Valjean qui ne s’avance à aucun moment.

Et Javert, autant que Valjean sont les dernières victimes de l’intrigue. Chacun à sa façon est « victime du devoir » :

  • Javert parce que l’attitude de Valjean est en rupture complète d’avec ce qu’il a pu penser toute sa vie : un forçat reste un homme méchant, et relâcher Valjean (qui le mérite pourtant) est une action en total désaccord avec sa fonction. Et Charles Vanel, même à ce moment tragique conserve l’attitude butée et bornée de son personnage.
  • Valjean parce qu’il n’a cessé tout au long de cette vie d’obéir au commandement – intérieur – de monseigneur Miriel (Henry Krauss), refusant autant que possible les honneurs, n’étant malgré tout qu’un ancien forçat en rupture de ban.

 

Et ce dernier affrontement confirme ce que j’ai déjà dit pour les deux autres films : Harry Baur est un Jean Valjean absolument magnifique, restant à sa (basse) place en tant que personnage, et partageant équitablement la scène avec son partenaire, quel qu’il soit.

Oui, Harry Baur était un grand acteur, malheureusement mort et injustement (2), et réduire sa vie d’acteur à la collaboration cinématographique, c’est faire peu de cas de ce qu’il fut réellement.

 

  1. La réplique de Louis-Philippe à propos des émeutes est assez savoureuse, rappelant 1789…
  2. Dénoncé comme juif aux Allemands, il fut incarcéré, interrogé et torturé pendant plusieurs mois pour rien et mourra des suites de sa captivité six mois plus tard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Les Thénardier (Raymond Bernard, 1934)

Ils sont de retour, toujours aussi abjects et hypocrites.

Le temps a passé mais Thénardier (Charles Dullin), qui se fait maintenant appeler Jondrette, et son épouse (Marguerite Moreno) habitent Paris et sont désoeuvrés. Alors ils se sont acoquinés à la truande du quartier, vivant pour le reste de la charité (organisée) publique : les deux filles – Eponine (Orane Demazis) et Azelma (Denise Mellot) ne ratant aucune sortie de messe pour tendre la main.

Mais à Paris vit aussi ce bon monsieur Fauchelevent (Harry Baur) et sa fille Cosette (Josseline Gael) qui vient de fêter ses seize ans.

Vous l’avez deviné, Fauchelevent et Valjean ne font qu’un. Ce dernier est toujours en fuite pour Javert qui veille.

A e petit monde s’ajoute Marius (Jean Servais) qui est amoureux fou de Cosette (qui le lui rend bien), ce qui n’est pas pour plaire à son « père »… D’autant plus que Marius appartient à un groupe de républicains qui n’attend qu’une occasion pour déclencher une nouvelle révolution.

 

Film de transition, tout comme le fait Hugo dans on livre, Raymond Bernard – avec l’aide d’André Lang pour le scénario – installe son intrigue et surtout prépare le troisième volet qui sortira une semaine plus tard.
On y retrouve les mêmes personnages et on en découvre d’autres tout aussi importants : Marius et Eponine, ainsi que le petit Gavroche (Emile Genevois). C’est bien sûr ce dernier qui fait grosse impression, sa gouaille toute parisienne en fait le titi parisien par excellence, véritable personnification du personnage d’Hugo.

Ce film, c’est aussi l’occasion de voir la séquence d’anthologie que tout le monde attendait dès l’épisode précédent : Valjean qui s’en vient sauver Cosette (Gaby Triquet).

C’est d’ailleurs cette dernière qui ouvre le film, devant aller chercher l’eau à la source à l’aide d’un seau presque aussi grand qu’elle. Cette séquence forestière est magnifique (1), les différentes prises de vue de Kruger (et Portier) accentuant la terreur nocturne de la petite fille, les éléments naturels, du fait de l’obscurité ambiante devenant alors des menaces (2).

Et puis il y a LA rencontre : celle de cet homme qui va porter son seau et la tirer des griffes des deux infâmes.

La petite Gaby était déjà une belle Cosette, elle n’en devient que plus magnifique ici, décontenancée par ses bourreaux qui montrent soudainement patte blanche et tiraillée entre sa fidélité envers eux et cet homme inconnu qui débarque pour l’emmener.

 

Encore une fois, Harry Baur est un Valjean/Fauchelevent comme il faut, jouant de la discrétion – obligée – de Valjean avec beaucoup de subtilité, bien loin de la truculence de Champmathieu après le procès.

Mais e sont les Thénardier qui retiennent (presque) toute l’attention, le couple Moreno-Dullin é&tant – à mon avis – le meilleur qu’on ait eu. Certes, Thénardier est plus bavard – c’est a partie, que voulez-vous – mais là encore, Bernard garde la même sobriété qu’au premier opus.

Ces deux personnages sont donc d’affreux particuliers et le maquillage ainsi que la diction des deux interprètes en font de véritables archétypes de la méchanceté et de l’hypocrisie.

On rappelle toujours ce mot d’Hitchcock qui disait que pour qu’un film soit réussi, il faut que le méchant le soit d’abord, et on se dit que Les Misérables est de ce fait un chef-d’œuvre, les deux personnages titulaires y contribuant allègrement.

 

Une dernière chose : la dernière séquence est d’une incroyable pertinence se concluant par une réplique de Valjean qui ne l’est pas moins : on y voit un convoi de forçat, accompagné de la musique (magnifique et) dramatique d’Honegger : c’est un moment de grande violence et d’incommensurable misère, illustrant avec justesse la phrase de Hugo qui ouvre le film. Bien sûr, je vous laisse le soin de découvrir tout ceci si vous ne l’avez toujours pas vu…

 

  1. Encore une fois !
  2. Oui, on pense à Blanche-Neige et les 7 Nains quand on voit cette pauvre Cosette lutter contre sa peur.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Tempête sous un Crâne (Raymond Bernard, 1934)

« Je suis Jean Valjean ! »

C’est par ces mots que monsieur Madeleine (Harry Baur) va sauver Champmathieu (Harry Baur), qu’on avait pris pour Jean Valjean (Harry Baur).

Jean Valjean ? C’est un homme malchanceux qui pour avoir volé un pain pour nourrir sa famille a fait 19 ans au bagne de Toulon (Cinq ans de condamnation auxquels s’ajoutent quatre tentatives d’évasion).

Depuis huit ans (1), Jean Valjean se cache derrière l’identité de M. Madeleine, philanthrope et maire de Montreuil s/Mer, distribuant de la bonté et de la justice, choses qui lui furent longtemps refusées.

Mais il est talonné par un ancien du bagne, Javert (Charles Vanel), qui était alors de l’autre côté de la barrière, garde-chiourme.

 

Comme je l’ai déjà dit ici, il s’agit de la cinquième adaptation du roman de Victor Hugo, et au vu des suivantes – je n’ai pas vu les précédentes – c'est très certainement la meilleure, que ce soit du point de vue de l’adaptation que du jeu des acteurs et de la manière de filmer.

Raymond Bernard, une fois Les Croix de bois sorti, enchaîne directement sur le chef-d’œuvre (le tournage commence en décembre 1932) de Victor Hugo (enfin, un des chefs-d’œuvre…) et, entouré d’une distribution prestigieuse réalise ce qui reste pour moi la version de référence : Victor Hugo est un de ces auteurs français dont on ne peut pas faire n’importe quoi, même quand il y a Lon Chaney, mais ceci est une autre histoire.

Raymond Bernard va alors partager son film en respectant à peu près le découpage de Hugo, arrêtant la première partie à l’évasion de Madeleine/Valjean et son départ vers Montfermeil où il doit aller chercher Cosette (Gaby Triquet).

 

Il y a dans ce film une alliance formidable entre la mise en scène, le jeu des acteurs et les prises de vue qui fait de cette épopée un grand moment de cinéma, réussissant à recréer l’atmosphère du livre mais d’une manière fort curieuse. Nous connaissons tous les fabuleuses descriptions (5) du grand Victor, que certains peuvent trouver longues et bavardes (moins que celles de Balzac, si vous voulez mon avis), et ce qui retient l’attention dans ce film, c’est le silence qui y est aménagé. Même la musique d’Honegger ne parvient pas à le troubler, étant utilisée avec parcimonie.

Mais surtout ce qui est la scène-clé du film, c’est celle qui donne son nom à ce film : Tempête sous un crâne. On retrouve le combat manichéen que livre Valjean avec sa conscience, combat entre le devoir et l’intérêt particulier : se taire, c’est condamner Champmathieu au bagne à perpétuité ; parler c’est s’enfermer définitivement.

Et c’est là que la caméra de Jules Kruger (et aussi celle de Portier) prend vie et remplace en partie les yeux de Valjean/Madeleine. Ce sont les mots Arras (où a lieu le procès) et Montfermeil (où vit Cosette) qui se livrent une bataille, et s’animent sous nos yeux, accentuant l’enjeu du combat qui se déroule dans la tête de Valjean.

Cette caméra nous amènera aussi des cadrages singuliers, de biais alors que la santé de Fantine (Florelle) se dégrade où que Valjean dépose au tribunal : ce cadrage devenant alors le signe de la tragédie qui se joue devant nos yeux.

 

Et puis il y a les interprètes.

Bien sûr, Harry Baur est – encore une fois – impeccable et campe un Valjean fruste et agressif qui se mue en gentleman avec beaucoup de conviction. Et sa prestation est d’autant plus remarquable qu’on ne se dit à aucun moment que c’est Harry Baur qui interprète Valjean, mais bien que c’est Valjean que nous voyons ici se dépêtrer avec a conscience et Javert.

De la même façon, Florelle est une Fantine tragique, dernier instrument du Destin de Valjean : sa dernière vie pourra alors commencer suite à la promesse qu’il fait sur le lit de mort de la malheureuse. Il va s’occuper de Cosette.

Je continue tout de même à trouver que Charles Vanel, malgré son immense talent n’est pas le meilleur Javert que j’ai vu. Mais il n’en demeure pas moins un personnage indispensable à l’intrigue, et Vanel lui confère un aspect borné qui est indissociable du personnage.

Je garde mes préférés pour la fin : Les Thénardier.

Le choix de Charles Dullin (lui) et Marguerite Moreno (elle) fut une magnifique inspiration tant ils personnifient le couple le plus abject e la littérature française. A leur malhonnêteté s’ajoute une malfaisance ignoble, et leur aspect physique n’est pas pour les rendre plus sympathique. Au contraire. Bref, Moreno et Dullin sont à mon avis les pires Thénardier qui soient, et de ce fait les meilleurs qu’on ait vus au cinéma. Mais cela n’engage que moi.

Je terminerai en parlant de la petite Gaby Triquet (qui a eu 95 ans en novembre dernier), qui est une Cosette fort convaincante : elle a huit ans quand commence le tournage et sa petite taille accentue le malheur qui s’abat sur son personnage.

 

Bref, une première partie qui annonce le chef-d’œuvre, au même titre que le roman dont il s’inspire.

 

  1. Parfois c’est seulement sept.
  2. Ils sortiront les 3, 16 et 23 février 1934.
  3. J’adore ce roman.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Dominic Sena, #Robert Duvall
60 Secondes chrono (Gone in sixty Seconds - Dominic Sena, 2000)

 

Le métier de grand frère est un métier rude : pallier l’absence du père ; être un exemple pour ceux qui viennent après ; et bien sûr s’occuper d’eux.

Mais voilà : être grand frère n’est pas un métier.

Randall « Memphis » Raines (Nicolas Cage) est un de ces grands frères, mais s’il a pu pallier l’absence du père, il n’est pas vraiment un exemple, et de toute façon, il a émigré au Canada où il s’occupe d’un circuit de karting et enseigne aux enfants les rudiments de la conduite.

Parce que la conduite, c’est sa vie : il adore les voitures !

Il les adore tellement qu’il est l’un des plus grands voleurs de véhicules connu. Mais ça, c’était avant.

C’était avant, mais c’est de nouveau d’actualité : Kip (Giovanni Ribisi), son petit frère a décidé de reprendre son flambeau et se retrouve dans une situation des plus désespérées : il s’est engagé à livrer 50 voitures de prestige à Raymond Calitri (Christopher Eccleston), caïd très redoutable. Mais Kip n’est pas Randall, et ce dernier doit s’occuper de la livraison pour éviter que son petit frère soit exécuté par les hommes de mains de Calitri.

 

Dès le générique de présentation, la couleur est donnée : nous allons parler de voitures. Mais pas n’importe lesquelles, celles de luxe, celles dont on n’a en général que la possibilité de rêver, le compte en banque ne suivant pas toujours (voire rarement).

Et de ce côté-là, nous ne sommes pas déçus : Porsche, Ferrari, Lamborghini…

Et bien sûr la star (de Randall) : la Ford Shelby Mustang GT500E, qui répond au doux nom d’Eleanor.

Cette voiture a un passé commun avec Randall, devenant son graal qu’il va s’essayer à atteindre, après quelques tentatives infructueuses antérieures.

 

Mais Eleanor est la voiture de cinéma par excellence parce qu’elle va devenir la raison (le prétexte ?) d’une course poursuite tout aussi impressionnante que celle de Popeye Doyle dans The French Connection.

Cette poursuite permet d’apprécier la virtuosité de Randall, et le côté spectaculaire est accentué par la présence au cœur même de l’action de la caméra : dans l’habitacle, des plans de coupe sont alternés au parcours du véhicule, montrant beaucoup d’accélération et d’embrayage mais très peu de frein.

Bref, nous sommes à la fête parce qu’en plus s’ajoute le facteur temps (1) : un retard, même léger, et l’affaire est abandonnée, Kip exécuté et Randall n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

 

Il est clair que si le spectacle est là, on ne peut en dire vraiment autant des acteurs car, outre Nicolas Cage, ce sont essentiellement les voitures les vedettes : si Giovanni Ribisi, dans un rôle un tantinet positif pour une fois, a un rôle important, il n’en va pas vraiment de même pour les autres, dont les apparitions sont tout de même bien courtes, et en particulier Angelina Jolie qui est créditée de la deuxième position dans le générique d’ouverture.

Quant à Robert Duvall, on aurait aimé que son personnage, ô combien riche en promesse, fût un tantinet plus développé.

 

Au final, un film impressionnant, mais qui manque tout de même un peu d’épaisseur.

Nicolas Cage est le centre de l’intérêt, reléguant au second plan (quand ce n’est pas au troisième ou plus) ses partenaires (interprètes et leurs rôles).

Deux ans plus tard, Steven Soderbergh reprendra cette idée d’une équipe réalisant une autre entreprise de vol à grande échelle (avec une équipe hétéroclite), mais à la différence de Dominic Sena, il laissera plus de place à l’entourage de son personnage principal : Ocean’s Eleven (2).

 

  1. Réminiscence lointaine du titre dont on peut se poser la question de la pertinence : mise à part une référence initiale au tout début, on ne voit pas bien pourquoi 60 secondes.
  2. On notera la présence dans les deux films de Scott Caan, le fils de James.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #John G. Avildsen
Rocky (John G. Avildsen, 1976)

Du sur mesure.
Sylvester Stallone, acteur de seconde zone dans les années 1970s, a écrit le scénario de cette histoire on ne peut plus américaine, illustration de ce célèbre – et chimérique – rêve américain : saisir l’opportunité de devenir riche, de devenir quelqu’un (1).

 

Rocky Balboa est une petite frappe de Philadelphie. Petite frappe dans deux sens : petit truand qui sert de coursier à un caïd local et boxeur obscur d’une salle de sport de quartier.

A l’autre bout du sport, on trouve Apollo Creed (Carl Weathers), champion du monde incontesté et qui veut, pour fêter le bicentenaire des Etats-Unis (nous sommes en 1976) donner sa chance à un boxeur inconnu pour un match de gala où sera tout de même mis en jeu le titre.

Et devinez quoi ? C’est Rocky qui est choisi !

Comment ? Par son nom « d’artiste » : The Italian Stallion (2).

 

Si John G. Advilsen a réalisé le film, c’est avant tout parce que Stallone ne se sentait pas de le faire, n’étant pas, à) l’époque, une vedette aussi incontournable que maintenant. Parmi les petits rôles qu’il interpréta auparavant, on notera un voyou qui s’en prend à Woody Allen dans Bananas. D’ailleurs, fort du succès du film, Stallone lui-même réalisera les trois épisodes suivants de la série avant le retour d’Advilsen pour le cinquième.

Bien sûr, comme c’est un film de boxe, ce n’est pas ce sport qui est le plus important dans l’intrigue, mais bien le personnage titulaire.

 

Rocky n’est rien d’autre qu’un minable qui va, par sa persévérance, devenir quelqu’un. Comme je l’ai déjà dit pus haut, nous sommes en plein rêve américain. Mais cette évolution ne se fera pas facilement.

Et ce qui va sauver Rocky, c’est l’amour, cet amour qu’il éprouve pour Adrian (Talia Shire), vendeuse dans une animalerie et surtout sœur de Paulie (Burt Young), vendeur de viande du même quartier.

Sauver Rocky ? Bien sûr, il n’était pas concevable que nous n’eussions pas de rédemption !

En effet, de par ce combat à venir, Rocky va s’éloigner de Gazzo (Joe Spinell), le caïd local. De plus, son entraînement va le voir pratiquer une vie plus saine – ni alcool ni tabac (3) – ce qui est illustré par une séquence devenue depuis « culte », où on le voit monter les marches du Philadelphia Art Museum avec facilité, ce qui nous change de la première fois où il avait plutôt tendance à y cracher ses poumons qu’autre chose !

Cette montée des escaliers est surtout célèbre pour la musique qui l’accompagne : Gonna fly now de Bill Conti.

 

Au final, si le combat est bien sûr l’aboutissement du film, il n’en demeure pas moins accessoire dans l’intrigue. Tout au long du film, Rocky n’a qu’une envie : avoir une vie normale, avec la femme qu’il aime. Mais malgré ses allures de petite frappe, c’est un homme timide avec les femmes, voire carrément gauche : sa soirée avec Adrian est d’ailleurs une bonne illustration de cet état de fait.

Mais une fois l’exploit accompli – tenir 15 rounds et surtout faire vaciller le champion de son piédestal – Rocky n’a qu’une envie : retourner à sa vie quotidienne. Ni match retour (4) ni célébrité passagère (les médias qui couvrent l’événement) ne l’intéressent : la seule chose qui lui importe quand tout est – enfin – fini, c’est de retrouver Adrian, d’où ces appels désespérés devenus eux aussi « cultes », et qui vont au-delà de l’anecdote (5) : Rocky va enfin avoir la vie normale qu’il recherche.

 

  1. C’est bien connu, le monde se divise en deux catégories : « ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien. » Personnellement, je préfère sans hésiter la distinction entre « ceux qui ont un flingue et ceux qui creusent. »
  2. « L’Etalon italien ». A noter qu’étalon se dit « stallone » en italien… Puisque je vous dis que c’est du sur mesure !
  3. Ni sexe non plus, d’ailleurs…
  4. Mais si, il y en aura un !
  5. La première diffusion à la télévision française nous permit d’entendre à longueur de récréation des adolescents plus ou moins boutonneux – et surtout plus ou moins distingués – hurler le prénom de la fiancée de Rocky. La première fois faisait sourire. La millième fois beaucoup moins.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Claude Miller
Garde à Vue (Claude Miller, 1981)

Rencontres au sommet.

Rencontre entre un inspecteur de police et un notable.

Rencontre entre deux immenses acteurs.

Rencontre avec Romy.

 

Nous sommes le 31 décembre, et pendant que le commissaire divisionnaire (Jean-Claude Penchenat) reçoit le gratin de Cherbourg, l’inspecteur Gallien (Lino Ventura) reçoit pour sa part maître Martinaud (Michel Serrault) en compagnie de son adjoint Belmont (Guy Marchand).
A première vue pour préciser son témoignage à propos de la découverte sans vie du corps d’une petite fille de huit ans, étranglée et violée par un tueur en série.

Mais les réponses de Martinaud, trop évasives vont lui valoir une prolongation de son interrogatoire : il est placé en garde à vue.

 

La garde à vue est un vestige d’une pratique médiévale aux résultats redoutables : l’Inquisition, celle qu’on appelle aussi « sainte ». Et pourtant, de sainte, elle n’en a que le nom, au vu des crimes commis en son nom.

Certes, la question n’a plus la même force qu’autrefois, la torture physique ayant été officiellement bannie des commissariats, mais comme le démontre Belmont, certaines pratiques ont la vie dure.

Et Martinaud a droit à sa période de tabassage en règle, derrière un écran bienvenu, cela va de soi.

Et si la violence est (à peu près ?) sortie des établissements de police, la torture morale y est restée qui, ajoutée au confinement réglementaire, pousse même les plus innocents à avouer. Avouer quoi ? N’importe quoi, plutôt que tout se termine.

Et encore, le film se passant en 1981 (environ), les conditions étaient moins souples que maintenant.

 

Mais revenons à nos moutons.

D’un côté, nous avons un fonctionnaire qui fait son travail, même si sa pratique n’est pas des plus glorieuses. De l’autre, nous avons un homme établi, à la richesse avérée et qui a pour objectif de sauver sa peau, la peine de mort ayant été abolie peu de temps après la sortie du film (1).

Mais cet affrontement, c’est avant tout une forme de lutte de classes : Martinaud, du fait des fortes présomptions qui pèsent sur lui n’est plus « maître », il est un suspect comme les autres, voire presque condamné.

Mais il se défend, avec ce qu’il connaît le mieux : le langage. Il parle – c’est ce qu’on attend de lui avant tout – mais sans se livrer, répondant à cet inspecteur qui remet sans cesse les mêmes éléments sur la table (2).

 

C’est une lutte sans merci où le plus fort gagnera, le temps étant le facteur décisif – la GAV pouvait alors durer 48 heures. Mais si le temps joue en faveur du policier, si aucun résultat ne se fait jour, le suspect ne l’est plus et sort libre.

Bien sûr, de cet affrontement, c’est Michel Serrault qui sort le grand vainqueur : Serrault avait l’immense talent de pouvoir faire rire et émouvoir. Ici, il réussit les deux, ayant de belles sorties – il faut que les dialogues sont d’Audiard, e qui aide un peu – mais surtout un jeu d’une grande sobriété qui tranche avec les rôles qu’on lui connaissait, celui de Zaza (La Cage aux folles) « tant le pus emblématique.

 

Dernière rencontre, dernier affrontement, et pas des moindres : Romy.

Romy Schneider était une actrice magnifique, aucun doute là-dessus. Ici, encore une fois, elle est superbe, interprétant la femme de Martinaud, ce notable pas si respectable que ça.

Il s’agit malheureusement de son avant-dernier film, et on peut s’émouvoir de la prémonition de son rôle.

Quoi qu’il en soit, c’est une femme désespérée qui rencontre Gallien, prête à tout pour ne plus rencontrer son mari.

 

Et Ventura dans tout ça ?

Comme d’habitude, il est impeccable. Mais surtout, son jeu subtil et sobre laisse la place aux deux autres interprètes pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Et si son nom est le premier au générique, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas Gallien le centre d’intérêt. Mais c'est aussi à cela qu’on reconnaît un grand acteur : il sait s’effacer pour laisser la place aux autres, ce que fait Ventura avec beaucoup de talent.

 

Bref, un grand huis clos, servi par des interprètes de haut niveau.

Incontournable.

 

  1. Quinze jours : le film est sorti le 23 septembre et la loi fut promulguée le 8 octobre.
  2. Le roman dont est adapté le film s’intitule A Table ! (Brainwash - John Wainwright, 1979).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Michael Cimino
L'Année du dragon (Year of the Dragon - Michael Cimino, 1985)

 

Bien sûr, c’est un dragon qui ouvre le film. Un de ceux qu’on peut admirer lors du nouvel an chinois, période de fête mais aussi – comme en nos carnavals d’antan – une période propice aux règlements de compte.

C’est ce qui arrive à Jackie Wong (Min C. Lee), chef d’une triade puissante dans le Chinatown new-yorkais.

C’est Stanley « White » Wizinski (Mickey Rourke) qui est en charge de ce crime, l’obligeant à affronter les autres chefs de la triade.

Mais comme  Stanley est le flic le plus décoré de New York, ce n’est pas un problème pour lui. Au contraire, il a l’intention de semer une immense pagaille dans le quartier.

Mais si White est un flic hors norme et hors pair, il n’en va pas de même dans sa vie personnelle : son mariage se délite, sa femme Connie (Caroline Kava) passant bien après son boulot.

 

Encore une fois, la critique fut partagée à la sortie du film – ce qui est arrivé souvent à Michael Cimino – et c’est bien dommage, parce qu’on y retrouve le même talent qui transpirait dans ses films précédents. Cela faisait cinq ans qu’on ne l’avait pas vu sur les écrans, La Porte du Paradis, échec injuste, l’ayant tenu loin des studios.

Alors on peut se dire, en voyant le film, que Cimino est revenu à des prétentions plus consensuelles, l’histoire de ce flic qui réussit plus sa vie professionnelle que personnelle étant plus fréquente dans la production hollywoodienne (1).

Mais à cette histoire somme toute banale s’ajoute un aspect un tantinet plus complexe dû à la présence aux côtés de Cimino pour l’écriture du scénario de rien de moins qu’Oliver Stone : le Vietnam.

 

Parce que Stanley White est un ancien du Vietnam, traumatisé lui aussi par cette expérience terrible qui a laissé des traces dans sa vie. Et le fait d’être envoyé à Chinatown ne va pas l’aider.

Parce qu’il faut le dire tout de suite : White est raciste. Il est revenu du conflit mais avec la haine de ses vainqueurs, armée invisible et très nombreuse qui réussit à mettre en échec les soldats de l’Oncle Sam.

Pour White, tous les asiatiques se ressemblent, et les Chinois, de par leur couleur de peau sont rapidement assimilés aux Vietnamiens (2).

Le combat contre la triade et ses chefs devient l’occasion pour White de prendre sa revanche de cette guerre perdue.

 

A cela s’ajoute un personnage essentiel : Tracy Tzu (Ariane) née d’un père chinois et d’une mère japonaise. C’est une journaliste qui suit ce qu’il se passe à Chinatown pour une chaîne de télévision. Rapidement, elle va entrer en contact avec Stanley et inévitablement une histoire d’amour va se créer, amenant une situation paradoxale pour ce flic raciste.

Mais nous sommes dans un film américain, et on peut alors espérer une éventuelle rédemption pour ce personnage trouble.

Ce n’est pas à proprement ce qu’il va lui arriver, mais malgré tout on notera un changement dans l’attitude de White tout au long du film.

Malheureusement, sa dernière réplique fut censurée et remplacée par l’actuelle, les studios trouvant l’originale trop politiquement incorrecte.

Incorrecte, peut-être, mais complètement en rapport avec ce personnage malgré tout sympathique : « Je suppose que si vous faites la guerre trop longtemps, vous finissez par vous marier avec l’ennemi. » (3)

 

Question interprétation, Mickey Rourke est au fait de sa popularité, son physique lui permettant encore de jouer les jeunes premiers (il a 33 ans) et il est très convaincant dans ce rôle de flic à demi raté.

A ses côtés, la belle Ariane fait plus que de la figuration, campant cette jeune femme qui est arrivée essentiellement par son talent et sa volonté. Et comme toujours, c’est du côté des méchants qu’il faut se tourner pour prendre la mesure d’un film : John Lone (Joey Tai) est impeccable dans ce rôle d’infâme très habile.

Joey Tai est un méchant distingué dans ses manières et son apparence, mais d’une redoutable efficacité : il tue sans hésiter celui qui se met en travers de son chemin  ou représente une menace à ses affaires. Un vrai méchant quoi !

 

Je terminerai en disant qu’on retrouve une nouvelle fois une forme de solitude qu touche le héros de ce film comme avant ceux des autres films de Cimino.

Ce n’est pas vraiment de l’égoïsme comme le croit Connie, mais le Vietnam est toujours présent dans la tête de White, l’empêchant réellement d’avancer. Ce n’est que quand il aura défait la triade et son redoutable chef qu’il pourra enfin reprendre une vie normale (4).

Mais là encore, à quel prix.

 

PS : l’année du dragon se produisant tous les douze ans (comme pour les autres signes astrologiques chinois), on peut dater l’intrigue à 1976-77. En effet, Stanley est un vétéran du Vietnam qui se termina en 1974 et l’année du dragon précédente étant 1964-65. La suivante fut donc 1988-89.

 

  1. On en trouve avec Clint Eastwood en vedette…
  2. Autre raison de cet amalgame : la Chine fut un allié de poids pour Ho Chi Minh et le Vietcong.
  3. « Well, I guess if you fight a war long enough, you end up marrying the enemy. »
  4. C’est ça, sa « rédemption ».

 

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