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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Dominic Sena, #Robert Duvall
60 Secondes chrono (Gone in sixty Seconds - Dominic Sena, 2000)

 

Le métier de grand frère est un métier rude : pallier l’absence du père ; être un exemple pour ceux qui viennent après ; et bien sûr s’occuper d’eux.

Mais voilà : être grand frère n’est pas un métier.

Randall « Memphis » Raines (Nicolas Cage) est un de ces grands frères, mais s’il a pu pallier l’absence du père, il n’est pas vraiment un exemple, et de toute façon, il a émigré au Canada où il s’occupe d’un circuit de karting et enseigne aux enfants les rudiments de la conduite.

Parce que la conduite, c’est sa vie : il adore les voitures !

Il les adore tellement qu’il est l’un des plus grands voleurs de véhicules connu. Mais ça, c’était avant.

C’était avant, mais c’est de nouveau d’actualité : Kip (Giovanni Ribisi), son petit frère a décidé de reprendre son flambeau et se retrouve dans une situation des plus désespérées : il s’est engagé à livrer 50 voitures de prestige à Raymond Calitri (Christopher Eccleston), caïd très redoutable. Mais Kip n’est pas Randall, et ce dernier doit s’occuper de la livraison pour éviter que son petit frère soit exécuté par les hommes de mains de Calitri.

 

Dès le générique de présentation, la couleur est donnée : nous allons parler de voitures. Mais pas n’importe lesquelles, celles de luxe, celles dont on n’a en général que la possibilité de rêver, le compte en banque ne suivant pas toujours (voire rarement).

Et de ce côté-là, nous ne sommes pas déçus : Porsche, Ferrari, Lamborghini…

Et bien sûr la star (de Randall) : la Ford Shelby Mustang GT500E, qui répond au doux nom d’Eleanor.

Cette voiture a un passé commun avec Randall, devenant son graal qu’il va s’essayer à atteindre, après quelques tentatives infructueuses antérieures.

 

Mais Eleanor est la voiture de cinéma par excellence parce qu’elle va devenir la raison (le prétexte ?) d’une course poursuite tout aussi impressionnante que celle de Popeye Doyle dans The French Connection.

Cette poursuite permet d’apprécier la virtuosité de Randall, et le côté spectaculaire est accentué par la présence au cœur même de l’action de la caméra : dans l’habitacle, des plans de coupe sont alternés au parcours du véhicule, montrant beaucoup d’accélération et d’embrayage mais très peu de frein.

Bref, nous sommes à la fête parce qu’en plus s’ajoute le facteur temps (1) : un retard, même léger, et l’affaire est abandonnée, Kip exécuté et Randall n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

 

Il est clair que si le spectacle est là, on ne peut en dire vraiment autant des acteurs car, outre Nicolas Cage, ce sont essentiellement les voitures les vedettes : si Giovanni Ribisi, dans un rôle un tantinet positif pour une fois, a un rôle important, il n’en va pas vraiment de même pour les autres, dont les apparitions sont tout de même bien courtes, et en particulier Angelina Jolie qui est créditée de la deuxième position dans le générique d’ouverture.

Quant à Robert Duvall, on aurait aimé que son personnage, ô combien riche en promesse, fût un tantinet plus développé.

 

Au final, un film impressionnant, mais qui manque tout de même un peu d’épaisseur.

Nicolas Cage est le centre de l’intérêt, reléguant au second plan (quand ce n’est pas au troisième ou plus) ses partenaires (interprètes et leurs rôles).

Deux ans plus tard, Steven Soderbergh reprendra cette idée d’une équipe réalisant une autre entreprise de vol à grande échelle (avec une équipe hétéroclite), mais à la différence de Dominic Sena, il laissera plus de place à l’entourage de son personnage principal : Ocean’s Eleven (2).

 

  1. Réminiscence lointaine du titre dont on peut se poser la question de la pertinence : mise à part une référence initiale au tout début, on ne voit pas bien pourquoi 60 secondes.
  2. On notera la présence dans les deux films de Scott Caan, le fils de James.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #John G. Avildsen
Rocky (John G. Avildsen, 1976)

Du sur mesure.
Sylvester Stallone, acteur de seconde zone dans les années 1970s, a écrit le scénario de cette histoire on ne peut plus américaine, illustration de ce célèbre – et chimérique – rêve américain : saisir l’opportunité de devenir riche, de devenir quelqu’un (1).

 

Rocky Balboa est une petite frappe de Philadelphie. Petite frappe dans deux sens : petit truand qui sert de coursier à un caïd local et boxeur obscur d’une salle de sport de quartier.

A l’autre bout du sport, on trouve Apollo Creed (Carl Weathers), champion du monde incontesté et qui veut, pour fêter le bicentenaire des Etats-Unis (nous sommes en 1976) donner sa chance à un boxeur inconnu pour un match de gala où sera tout de même mis en jeu le titre.

Et devinez quoi ? C’est Rocky qui est choisi !

Comment ? Par son nom « d’artiste » : The Italian Stallion (2).

 

Si John G. Advilsen a réalisé le film, c’est avant tout parce que Stallone ne se sentait pas de le faire, n’étant pas, à) l’époque, une vedette aussi incontournable que maintenant. Parmi les petits rôles qu’il interpréta auparavant, on notera un voyou qui s’en prend à Woody Allen dans Bananas. D’ailleurs, fort du succès du film, Stallone lui-même réalisera les trois épisodes suivants de la série avant le retour d’Advilsen pour le cinquième.

Bien sûr, comme c’est un film de boxe, ce n’est pas ce sport qui est le plus important dans l’intrigue, mais bien le personnage titulaire.

 

Rocky n’est rien d’autre qu’un minable qui va, par sa persévérance, devenir quelqu’un. Comme je l’ai déjà dit pus haut, nous sommes en plein rêve américain. Mais cette évolution ne se fera pas facilement.

Et ce qui va sauver Rocky, c’est l’amour, cet amour qu’il éprouve pour Adrian (Talia Shire), vendeuse dans une animalerie et surtout sœur de Paulie (Burt Young), vendeur de viande du même quartier.

Sauver Rocky ? Bien sûr, il n’était pas concevable que nous n’eussions pas de rédemption !

En effet, de par ce combat à venir, Rocky va s’éloigner de Gazzo (Joe Spinell), le caïd local. De plus, son entraînement va le voir pratiquer une vie plus saine – ni alcool ni tabac (3) – ce qui est illustré par une séquence devenue depuis « culte », où on le voit monter les marches du Philadelphia Art Museum avec facilité, ce qui nous change de la première fois où il avait plutôt tendance à y cracher ses poumons qu’autre chose !

Cette montée des escaliers est surtout célèbre pour la musique qui l’accompagne : Gonna fly now de Bill Conti.

 

Au final, si le combat est bien sûr l’aboutissement du film, il n’en demeure pas moins accessoire dans l’intrigue. Tout au long du film, Rocky n’a qu’une envie : avoir une vie normale, avec la femme qu’il aime. Mais malgré ses allures de petite frappe, c’est un homme timide avec les femmes, voire carrément gauche : sa soirée avec Adrian est d’ailleurs une bonne illustration de cet état de fait.

Mais une fois l’exploit accompli – tenir 15 rounds et surtout faire vaciller le champion de son piédestal – Rocky n’a qu’une envie : retourner à sa vie quotidienne. Ni match retour (4) ni célébrité passagère (les médias qui couvrent l’événement) ne l’intéressent : la seule chose qui lui importe quand tout est – enfin – fini, c’est de retrouver Adrian, d’où ces appels désespérés devenus eux aussi « cultes », et qui vont au-delà de l’anecdote (5) : Rocky va enfin avoir la vie normale qu’il recherche.

 

  1. C’est bien connu, le monde se divise en deux catégories : « ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien. » Personnellement, je préfère sans hésiter la distinction entre « ceux qui ont un flingue et ceux qui creusent. »
  2. « L’Etalon italien ». A noter qu’étalon se dit « stallone » en italien… Puisque je vous dis que c’est du sur mesure !
  3. Ni sexe non plus, d’ailleurs…
  4. Mais si, il y en aura un !
  5. La première diffusion à la télévision française nous permit d’entendre à longueur de récréation des adolescents plus ou moins boutonneux – et surtout plus ou moins distingués – hurler le prénom de la fiancée de Rocky. La première fois faisait sourire. La millième fois beaucoup moins.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Claude Miller
Garde à Vue (Claude Miller, 1981)

Rencontres au sommet.

Rencontre entre un inspecteur de police et un notable.

Rencontre entre deux immenses acteurs.

Rencontre avec Romy.

 

Nous sommes le 31 décembre, et pendant que le commissaire divisionnaire (Jean-Claude Penchenat) reçoit le gratin de Cherbourg, l’inspecteur Gallien (Lino Ventura) reçoit pour sa part maître Martinaud (Michel Serrault) en compagnie de son adjoint Belmont (Guy Marchand).
A première vue pour préciser son témoignage à propos de la découverte sans vie du corps d’une petite fille de huit ans, étranglée et violée par un tueur en série.

Mais les réponses de Martinaud, trop évasives vont lui valoir une prolongation de son interrogatoire : il est placé en garde à vue.

 

La garde à vue est un vestige d’une pratique médiévale aux résultats redoutables : l’Inquisition, celle qu’on appelle aussi « sainte ». Et pourtant, de sainte, elle n’en a que le nom, au vu des crimes commis en son nom.

Certes, la question n’a plus la même force qu’autrefois, la torture physique ayant été officiellement bannie des commissariats, mais comme le démontre Belmont, certaines pratiques ont la vie dure.

Et Martinaud a droit à sa période de tabassage en règle, derrière un écran bienvenu, cela va de soi.

Et si la violence est (à peu près ?) sortie des établissements de police, la torture morale y est restée qui, ajoutée au confinement réglementaire, pousse même les plus innocents à avouer. Avouer quoi ? N’importe quoi, plutôt que tout se termine.

Et encore, le film se passant en 1981 (environ), les conditions étaient moins souples que maintenant.

 

Mais revenons à nos moutons.

D’un côté, nous avons un fonctionnaire qui fait son travail, même si sa pratique n’est pas des plus glorieuses. De l’autre, nous avons un homme établi, à la richesse avérée et qui a pour objectif de sauver sa peau, la peine de mort ayant été abolie peu de temps après la sortie du film (1).

Mais cet affrontement, c’est avant tout une forme de lutte de classes : Martinaud, du fait des fortes présomptions qui pèsent sur lui n’est plus « maître », il est un suspect comme les autres, voire presque condamné.

Mais il se défend, avec ce qu’il connaît le mieux : le langage. Il parle – c’est ce qu’on attend de lui avant tout – mais sans se livrer, répondant à cet inspecteur qui remet sans cesse les mêmes éléments sur la table (2).

 

C’est une lutte sans merci où le plus fort gagnera, le temps étant le facteur décisif – la GAV pouvait alors durer 48 heures. Mais si le temps joue en faveur du policier, si aucun résultat ne se fait jour, le suspect ne l’est plus et sort libre.

Bien sûr, de cet affrontement, c’est Michel Serrault qui sort le grand vainqueur : Serrault avait l’immense talent de pouvoir faire rire et émouvoir. Ici, il réussit les deux, ayant de belles sorties – il faut que les dialogues sont d’Audiard, e qui aide un peu – mais surtout un jeu d’une grande sobriété qui tranche avec les rôles qu’on lui connaissait, celui de Zaza (La Cage aux folles) « tant le pus emblématique.

 

Dernière rencontre, dernier affrontement, et pas des moindres : Romy.

Romy Schneider était une actrice magnifique, aucun doute là-dessus. Ici, encore une fois, elle est superbe, interprétant la femme de Martinaud, ce notable pas si respectable que ça.

Il s’agit malheureusement de son avant-dernier film, et on peut s’émouvoir de la prémonition de son rôle.

Quoi qu’il en soit, c’est une femme désespérée qui rencontre Gallien, prête à tout pour ne plus rencontrer son mari.

 

Et Ventura dans tout ça ?

Comme d’habitude, il est impeccable. Mais surtout, son jeu subtil et sobre laisse la place aux deux autres interprètes pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Et si son nom est le premier au générique, il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas Gallien le centre d’intérêt. Mais c'est aussi à cela qu’on reconnaît un grand acteur : il sait s’effacer pour laisser la place aux autres, ce que fait Ventura avec beaucoup de talent.

 

Bref, un grand huis clos, servi par des interprètes de haut niveau.

Incontournable.

 

  1. Quinze jours : le film est sorti le 23 septembre et la loi fut promulguée le 8 octobre.
  2. Le roman dont est adapté le film s’intitule A Table ! (Brainwash - John Wainwright, 1979).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Michael Cimino
L'Année du dragon (Year of the Dragon - Michael Cimino, 1985)

 

Bien sûr, c’est un dragon qui ouvre le film. Un de ceux qu’on peut admirer lors du nouvel an chinois, période de fête mais aussi – comme en nos carnavals d’antan – une période propice aux règlements de compte.

C’est ce qui arrive à Jackie Wong (Min C. Lee), chef d’une triade puissante dans le Chinatown new-yorkais.

C’est Stanley « White » Wizinski (Mickey Rourke) qui est en charge de ce crime, l’obligeant à affronter les autres chefs de la triade.

Mais comme  Stanley est le flic le plus décoré de New York, ce n’est pas un problème pour lui. Au contraire, il a l’intention de semer une immense pagaille dans le quartier.

Mais si White est un flic hors norme et hors pair, il n’en va pas de même dans sa vie personnelle : son mariage se délite, sa femme Connie (Caroline Kava) passant bien après son boulot.

 

Encore une fois, la critique fut partagée à la sortie du film – ce qui est arrivé souvent à Michael Cimino – et c’est bien dommage, parce qu’on y retrouve le même talent qui transpirait dans ses films précédents. Cela faisait cinq ans qu’on ne l’avait pas vu sur les écrans, La Porte du Paradis, échec injuste, l’ayant tenu loin des studios.

Alors on peut se dire, en voyant le film, que Cimino est revenu à des prétentions plus consensuelles, l’histoire de ce flic qui réussit plus sa vie professionnelle que personnelle étant plus fréquente dans la production hollywoodienne (1).

Mais à cette histoire somme toute banale s’ajoute un aspect un tantinet plus complexe dû à la présence aux côtés de Cimino pour l’écriture du scénario de rien de moins qu’Oliver Stone : le Vietnam.

 

Parce que Stanley White est un ancien du Vietnam, traumatisé lui aussi par cette expérience terrible qui a laissé des traces dans sa vie. Et le fait d’être envoyé à Chinatown ne va pas l’aider.

Parce qu’il faut le dire tout de suite : White est raciste. Il est revenu du conflit mais avec la haine de ses vainqueurs, armée invisible et très nombreuse qui réussit à mettre en échec les soldats de l’Oncle Sam.

Pour White, tous les asiatiques se ressemblent, et les Chinois, de par leur couleur de peau sont rapidement assimilés aux Vietnamiens (2).

Le combat contre la triade et ses chefs devient l’occasion pour White de prendre sa revanche de cette guerre perdue.

 

A cela s’ajoute un personnage essentiel : Tracy Tzu (Ariane) née d’un père chinois et d’une mère japonaise. C’est une journaliste qui suit ce qu’il se passe à Chinatown pour une chaîne de télévision. Rapidement, elle va entrer en contact avec Stanley et inévitablement une histoire d’amour va se créer, amenant une situation paradoxale pour ce flic raciste.

Mais nous sommes dans un film américain, et on peut alors espérer une éventuelle rédemption pour ce personnage trouble.

Ce n’est pas à proprement ce qu’il va lui arriver, mais malgré tout on notera un changement dans l’attitude de White tout au long du film.

Malheureusement, sa dernière réplique fut censurée et remplacée par l’actuelle, les studios trouvant l’originale trop politiquement incorrecte.

Incorrecte, peut-être, mais complètement en rapport avec ce personnage malgré tout sympathique : « Je suppose que si vous faites la guerre trop longtemps, vous finissez par vous marier avec l’ennemi. » (3)

 

Question interprétation, Mickey Rourke est au fait de sa popularité, son physique lui permettant encore de jouer les jeunes premiers (il a 33 ans) et il est très convaincant dans ce rôle de flic à demi raté.

A ses côtés, la belle Ariane fait plus que de la figuration, campant cette jeune femme qui est arrivée essentiellement par son talent et sa volonté. Et comme toujours, c’est du côté des méchants qu’il faut se tourner pour prendre la mesure d’un film : John Lone (Joey Tai) est impeccable dans ce rôle d’infâme très habile.

Joey Tai est un méchant distingué dans ses manières et son apparence, mais d’une redoutable efficacité : il tue sans hésiter celui qui se met en travers de son chemin  ou représente une menace à ses affaires. Un vrai méchant quoi !

 

Je terminerai en disant qu’on retrouve une nouvelle fois une forme de solitude qu touche le héros de ce film comme avant ceux des autres films de Cimino.

Ce n’est pas vraiment de l’égoïsme comme le croit Connie, mais le Vietnam est toujours présent dans la tête de White, l’empêchant réellement d’avancer. Ce n’est que quand il aura défait la triade et son redoutable chef qu’il pourra enfin reprendre une vie normale (4).

Mais là encore, à quel prix.

 

PS : l’année du dragon se produisant tous les douze ans (comme pour les autres signes astrologiques chinois), on peut dater l’intrigue à 1976-77. En effet, Stanley est un vétéran du Vietnam qui se termina en 1974 et l’année du dragon précédente étant 1964-65. La suivante fut donc 1988-89.

 

  1. On en trouve avec Clint Eastwood en vedette…
  2. Autre raison de cet amalgame : la Chine fut un allié de poids pour Ho Chi Minh et le Vietcong.
  3. « Well, I guess if you fight a war long enough, you end up marrying the enemy. »
  4. C’est ça, sa « rédemption ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Danny Boyle, #Robert Carlyle
Trainspotting (Danny Boyle, 1996)

Pour un vieil angliciste comme moi, le terme Trainspotting me renvoie directement aux Monty Python – encore eux ! – et leur sketch qui voyait John Cleese interviewer Eric Idle qui faisait de l’observation de chameaux – en Angleterre – mais qui en fin de compte avait plutôt observé des trains, espèce plus fréquente au Royaume-Uni.

Mais ne nous y trompons pas, le « trainspotting » dont parle le titre n’est que le titre du roman d’Irvine Welsh dont il est issu.

Quant à un quelconque train, il ne faut pas compter en voir ici, le thème le plus important étant l’héroïne et surtout son addiction.

[Le terme Trainspotting vient du fait que les lieux privilégiés d’échanges (argent contre drogue) se faisaient principalement sur les quais de gare.]

 

Mark « Rents » Renton (Ewan McGregor) est un junkie qui traîne avec une bande de copains presque aussi défoncés que lui : Spud (Ewen Bremner), Sick Boy (John Lee Miller), Tommy (Kevin McKidd) et Begbie (Robert Carlyle).

Et cette dépendance – forte – l’héroïne n’empêche bien évidemment pas les abus qui vont avec comme la délinquance, ni les périodes de sevrage plus ou moins volontaire.

 

Il est bien évident que l’intrigue – minimaliste – importe beaucoup moins que les comportements des différents protagonistes : c’est plus une chronique qu’une narration habituelle qui nous est ici proposée, le temps n’étant que distorsion, surtout dans les esprits plus ou moins ravagés – dont celui de Rents qui est le narrateur – des différents personnages.

Et d’une certaine façon, on peut déceler quelques similitudes avec le personnage d’Alex Delarge (Malcolm McDowell) dans Orange mécanique (1).

En effet, Alex est un drogué de violence (2), qui amènera la même déchéance et le conduira en prison, ce qu’évite de justesse Rents ici.


Et Danny Boyle, dont c’est le deuxième film, ne nous épargne aucun détail de ce qu’est une vie de drogué.

Il reprend d’ailleurs ici Ewan McGregor qu’il avait dirigé dans sa première réalisation : Petits Meurtres entre amis (3). Et McGregor est un Rents formidable, superbe interprète de ce jeune homme ravagé par la drogue et qui passe d’un état à l’autre ave beaucoup de conviction. Ce fut d’ailleurs le film qui lança véritablement l’acteur.

En plus des différents trips de Rents, nous avons droit à une séquence – inévitable – de sevrage avec angoisse à la clé : c’est magnifique et à mon avis peu éloigné de certaines réactions au sevrage. La pièce prend des dimensions terrifiantes et l’apparition de Dawn (Lauren & Devon Lamb), le bébé d’Allison (Susan Vidler) accentue l’effroi de Rents et donne à cette séquence une dimension surréaliste là encore inévitable.

 

Bref, c’est avec un film comme Trainspotting – plus que Petits Meurtres entre amis – que Danny Boyle va s’imposer comme un réalisateur anglais d’importance, participant grandement au renouveau du cinéma anglais qui prendra son véritable essor dans la décennie suivante.

A voir.

 

PS : Je reviens au Monty Python et leur Camel/train Spotting. Une courte séquence nous montre Rents et Sick Boy faisant de l’observation avec jumelles. Mais à la différence d’Eric Idle, ils ont une carabine à plombs qu’ils utilisent pour toucher l’arrière-train (eh oui !) d’un chien, qui va se ruer sur son propriétaire du fait de l’énervement provoqué par la douleur.

 

PPS : Bien sûr, Lou Reed apparaît dans la bande originale du film. Mais ce n’est pas avec Heroin, c’eût été trop facile…

 

  1. La fin du film (dernière intervention de Rents au public) n’est pas sans rappeler la fin du livre de Burgess, différente du film de Kubrick et qui amena une brouille entre les deux créateurs.
  2.  Il prend d’ailleurs lui-même de l’héroïne avant d’écouter le 2nd mouvement de la 9ème de Beethoven.
  3. Et aussi Keith Allen dans le rôle du dealer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sam Peckinpah
Pat Garrett & Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)

 

Alors que le western continue son lent crépuscule (1), Sam Peckinpah nous propose ici son dernier (le sixième), s’attaquant à l’une des plus grandes légendes de l’Ouest : Billy the Kid (Kris Kistofferson).

Peckinpah qui a vu la version de son aîné (de trois ans) Arthur Penn, reprend l’histoire de la fin de Billy the Kid un tout petit peu avant sa capture par Pat Garrett (James Coburn), après un court siège meurtrier de son repère.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien Pat Garrett qui nous intéresse ici, Billy devenant alors une espèce de chimère qu’il va poursuivre pendant tout le film jusqu’à l’affrontement final et définitif. Le film s’ouvre d’ailleurs par la mort de Garrett, exécuté par un de ses métayers (et ses amis), Peckinpah utilisant un montage parallèle pour nous replonger dans les derniers mois de la vie du Kid, faisant finalement basculer le temps du récit de 1909 (1) à 1881, quelques semaines avant le 14 juillet.

La période entre la capture et l’évasion de Billy est d’ailleurs assez similaire de par les personnages et les situations, et en particulier la mort de Howland (Jack Dodson) abattu par Billy d’un coup de carabine alors que ce dernier est à un balcon.

 

Mais à la différence du film de Penn, celui de Peckinpah jouit d’une liberté de ton et d’action, et surtout d’une exposition de violence fort spectaculaire.

A nouveau, Peckinpah nous gratifie de morts sanglantes au ralenti, une de ses marques de fabrique (2).

Certes, cela ajoute dans le spectaculaire, mais à la longue, c’est un tantinet lassant, cette technique devenant systématique à chaque mort, alors qu’une moindre fréquence aurait permis une gradation dans les différentes morts, selon l’importance du tué.

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une version on ne peut plus réaliste, par rapport à celles dont j’ai pu disserter ici, et la présence de James Coburn incarnant le shérif Garrett est un plus, quand on connaît les autres rôles que fit ce grand acteur dans d’autres westerns, dont surtout Britt dans The magnificent Seven.  Ce rôle lui conférant un recul qu’on va retrouver dans ces interprétations ultérieures qu’on va en partie retrouver ici.

Et cette fois-ci, Billy the Kid n’est pas présenté comme une victime des circonstances mais bel et bien pour ce qu’il est : un criminel.

Ce n’est pas un personnage qu’on peut aisément classer d’un côté des bons ou presque. La première fois qu’on le voit, il participe à un entraînement de tir au pistolet : atteindre des têtes de poulets vivants enterrés. Outre et exercice des plus cruels, son duel avec Alamosa Bill (Jack Elam, incontournable second rôle du western) ne brille pas par sa régularité, même si Bill non plus n’était pas un personnage franchement honnête.

 

Mais à la différence d’un western traditionnel, Pat Garrett n’est pas non plus le héros sans tache qu’on avait (un peu) l’habitude de voir (moins chez Penn que chez Hughes) : pas de costume blanc (Garrett/Denher) ni de costume noir (Billy/Newman). Pat Garrett est un ancien bandit et son élection de shérif est surtout due à Chisum (Barry Sullivan), le grand propriétaire qui embaucha Billy autrefois : il n’y a pas vraiment chez lui cette fibre légale qu’on pourrait retrouver même chez Wyatt Earp.

La traque devient alors question d’intérêt pour Chisum, ce que refuse Garrett malgré tout, faisant de tout cela une affaire personnelle.

Et Peckinpah donne une nouvelle raison pour laquelle Garrett ne toucha pas la récompense pour la mort de Billy the Kid, là aussi beaucoup plus réaliste que Hughes.

 

Notons pour finir que Peckinpah eut les mêmes ennuis que Penn une fois le film terminé : les studios Warner Bros sortant une version qui n’était pas vraiment celle voulue par le réalisateur. Il faudra attendre 15 ans (1988) pour que la version « standard » sorte en vidéo. La version 2005 (celle que je possède) reprend ce montage plus adéquat.

 

PS : La présence ET la musique de Bob Dylan (Alias) qui réalisé la BO, dont l’incontournable hit Knocking on Heaven’s Door. Les paroles d’ouverture de la chanson prennent tout leur sel quand elles s’entendent alors que le shérif Cullen Baker (Slim Pickens) s’écarte pour mourir sous les yeux tristes de sa compagne (Katy Jurado) :

« Mama, take this badge off of me / Maman enlève-moi ce badge

I can't use it anymore / Je ne peux plus le porter

It's getting dark, too dark to see / Il fait beaucoup trop noir pour voir

I'm feelin' like I'm knocking on Heaven's door / J’ai l’impression de frapper à la porte du Paradis. »

 

  1. 1908 serait plus juste, année de la mort de Garrett. Mais on ne peut pas toujours avoir raison…
  2. Je plaisante : western et cinéma sont si intimement liés, qu’on n’imagine plus l’un sans l’autre.
  3. Voir à ce propos Salad Days, un faux extrait de film de Peckinpah par les Monty Python. Un régal.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Arthur Penn
Le Gaucher (The left handed Gun - Arthur Penn, 1958)

14 juillet 1881.

Ce jour-là, Billy the Kid (Paul Newman) est abattu par Pat Garrett (John Dehner), alors shérif de Lincoln.

Avant, c’est l’histoire d’un jeune homme qui ne prit pas toujours les bonnes décisions, même si elles paraissaient tout de même fort judicieuses, tout du moins de son point de vue.

Tout commence dans l’Ouest sauvage, quand le jeune Billy rencontre le convoi de Mr Tunstall (Colin Keith-Johnston). Tout de suite, le courant passe très bien entre les deux hommes.

Alors quand Tunstall est tué par le shérif Brady et trois autres hommes, Billy n’a plus qu’une raison de vivre : venger cet homme bon, victime d’un assassinat.

 

Il s’agit ici de la sixième adaptation de la vie (et surtout la mort) de Billy the Kid. C’est aussi la troisième notable – après celle de Vidor et celle de Hughes – mais c’est surtout le premier film d’Arthur Penn en tant que réalisateur, et qui, malheureusement pour lui, devra patienter quatre ans de plus avant de pouvoir à nouveau réaliser un film.

Le Gaucher, c’est aussi le film qui fait entrer Paul Newman dans la légende (de l’Ouest et du cinéma), réalisant ici une belle performance dans ce rôle de hors-la-loi (à nouveau) malgré lui.

Mais à la différence du film de Hughes, ici Penn utilise de véritables éléments de la fin de la vie de Billy. Sans toutefois oublier d’enjoliver des éléments et d’en modifier pour les besoins du film.

 

Toujours est-il que Paul Newman donne une autre épaisseur à ce personnage fascinant qu’était le Kid, fascinant dans le crime du fait essentiellement de sa jeunesse (1). Nous sommes bien loin du Billy interprété par Jack Buetel, Newman donnant une impression de jeunesse et d’insouciance qui manquait à son prédécesseur.

De plus, cet aspect enfantin est accentué par les yeux clairs du grand Paul (2), qui en outre permettent un grand jeu de regards.

A ses côtés, ou en face, cela dépend du moment du film, on trouve John Denher dans le rôle de Pat Garrett. C’est un homme plus trouble que celui interprété par Thomas Mitchell, et aussi beaucoup plus dangereux (3). Denher campe un Garrett certainement plus proche de la réalité que ne le fut Mitchell.

Et on retrouve le lien qui l’unit à Billy, mais à nouveau d’une autre façon : Pat Garrett devient shérif une fois que Billy est allé trop loin. Avant ils se côtoient et s’apprécient, chacun s’occupant de ses propres affaires.

 

Bref, c’est une nouvelle adaptation beaucoup plus intéressante que celle de Hughes, avec des situations beaucoup plus réalistes et des éléments d’authenticité qui aident l’intrigue : malheureusement, ce fut un échec commercial. Echec qui peut s’expliquer par le fait que Gore Vidal était franchement déçu par le scénario que fit de sa pièce Leslie Stevens, mais surtout parce que Penn n’eut aucun accès au film à partir du moment où le tournage fut terminé : la fin qui nous est proposée n’est pas obligatoirement celle qu’il aurait voulue. De plus, Billy, s’il tue des hommes ici, n’est pas montré comme un criminel, mais plutôt comme une victime dans une quête pour la justice – la sienne, qui n’est pas obligatoirement une référence.

 

Il n’empêche, plus de soixante ans après, Paul Newman reste l’un des plus grands Billy the Kid du cinéma, réussissant de par son jeu à retrouver la jeunesse de Billy et jouant des contradictions de l’adolescence : son arrivée à Lincoln où il écoute de la musique en jouant avec un balai en est une très belle illustration. Une de ses colères va aussi dans le sens que Billy n’était pas toujours bien dans sa tête : mais comment peut-on l’être avec un tel pedigree ?

A voir, donc. Oh oui !

 

  1. Billy a 21 ans quand il est tué.
  2. Qui avait 33 ans quand le film est sorti, alors que Billy était supposé n’en avoir que 18. Quoi qu’il en soit, ça passe très bien !
  3. Cette impression tient aussi au passé d’acteur de Thomas Mitchell, qui eut aussi pas mal de rôles un tantinet plus léger.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hughes
Le Banni (The Outlaw - Howard Hughes, 1943)

Billy the Kid (Jack Buetel), Pat Garrett (Thomas Mitchell) & Doc Holliday (Walter Huston). L’affiche est prestigieuse, ce sont trois légendes de l’Ouest qui évoluent devant nous.

L’Ouest, c’est bien sûr cette région sauvage de la Frontière où la Loi n’est pas la même que dans le reste (civilisé) du pays, et où les choses se règlent à coup de pistolet.

 

Nous sommes en 1881 et Doc Holliday débarque à Lincoln où officie comme shérif son ami Pat Garrett.

Doc se déplace à diligence depuis qu’on lui a volé son cheval. Cheval qu’il retrouve avec son nouveau propriétaire – qui jure ses grands dieux qu’il ne l’a pas volé – qui répond au nom de William Bonney. Malgré cela, une amitié naît entre ces deux hommes, ce qui fait craindre le pire à Pat Garrett qui leur conseille de déguerpir.

Evidemment ils ne partent pas et un duel – inévitable – voit la mort de son responsable abattu par Billy.

Commence alors la traque de ce hors-la-loi (le titre original), lui-même épaulé par Doc Holliday contre Garrett.

Blessé, Billy est soigné par Rio McDonald (Jane Russell), petite amie – plus pour longtemps – de Doc Holliday.

 

A l’origine, c’était Howard Hawks qui devait réaliser (tout) le film. Mais en désaccord avec Hughes, c’est ce dernier qui va reprendre les rênes et compléter le film.

Seulement voilà : Howard Hughes avait beau être un producteur qui avait du nez – et surtout un homme d’affaire doué – il n’était pas vraiment réalisateur… Et si son premier (et avant-dernier) film fut un succès, c’est avant tout pour les spectaculaires scènes de combat aérien.

Et ici, que retient-on de ce western ? La plastique de Jane Russell.

Ce sont ses débuts au cinéma, elle a tout juste vingt ans quand le film est terminé (1) et il faut avouer que ses formes ne laissent pas de marbre… Surtout à une période où le Code Hays était tout puissant, autorisant ou non certaines images, expressions ou encore situations.

Cette bataille contre cette institution n’a rien d’étonnant quand on connaît le caractère de Hughes : jusqu’au bout il pensait qu’il pouvait tout régenter.

 

Evidemment, ce western est entré dans la légende, mais surtout pour la présence de Jane Russell sont les appas furent même un argument de vente : l’affiche du film ne laisse aucun doute là-dessus, tout comme les différentes photos qui servirent à sa promotion.

Parce que si on va voir du côté western, on risque d’être un tantinet déçu par cette débauche d’images. On y trouve tout ce qui constitue un western : grands espaces, duel au pistolet, poursuite, bagarre, Amérindiens (avec signaux de fumée), poker et diligence… Bref, le grand jeu !

Mais c’est aussi cette accumulation qui rend le film un brin lourd, Hughes ayant certainement voulu un western superlatif, mais c’est ce trop-plein qui altère sa qualité.

Et surtout, Hughes n’est pas Hawks.

Si le début du film, quand Holliday retrouve Garrett, nous décrit un Ouest traditionnel voire truculent – le cowboy ivre qui veut que le barman pose un verre de bière sur sa tête – l’apparition de Billy coupe court à ce ton narratif, le sérieux l’emportant (presque) définitivement. Pourtant, la présence de Thomas Mitchell avait de quoi permettre d’exploiter le filon comique, comme on peut le voir chez Ford à la même période.

 

Sans oublier l’intrigue qui se réclame comme une page d’histoire de l’Ouest.

Certes, la mort de Billy the Kid n’a jamais été prouvée par Pat Garrett, et c’est cette particularité qui sert de moteur au film, envisageant une fin – convenue – qui va à l’encontre de ce que nous avons appris de ce terrible personnage. Ce bandit notoire ne l’est plus, et la traque de Garrett ne serait qu’une forme de jalousie d’avoir perdu son ami Holliday.

Quant à la présence de Doc Holliday, elle semble incongrue quand on sait le rôle qu’il joua auprès de Wyatt Earp à OK Corral.

 

Au final, un western moyen, malgré la présence de Thomas Mitchell et Walter Huston toujours impeccables, et même les poses langoureuses de Jane Russell n’empêchent pas la moindre qualité du film.

 

(1) Il sortira deux ans plus tard du fait des problèmes avec le Code, obligeant des coupes sérieuses dans le montage final.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor
Billy the Kid (King Vidor, 1930)

 

Troisième film traitant de ce personnage, c’est aussi le premier western de King Vidor, cinéaste plutôt spécialisé dans le drame.

Il s’agit aussi du premier western parlant sur Billy the Kid, en cette année 1930 qui vit tout de même la sortie une quinzaine de jours plus tôt de The big Trail du grand Raoul Walsh. Et je dois avouer que le Billy the Kid de Vidor ne soutient pas longtemps la comparaison avec cet autre western…

 

John W. Tunston (Wyndham Standing) & Angus McSween (Russell Simpson) arrivent à Lincoln, petite localité du Nouveau-Mexique avec leur bétail et leurs possessions, décidés à s’installer dans ce coin de l’Ouest sauvage.

Mais cette bourgade est dirigée par le colonel William P. Donovan (James A. Marcus) qui cumule les fonctions de shérif et juge, ce qui est bien pratique pour diriger une communauté.

Rapidement, un affrontement se met en place, les nouveaux arrivants étant bien s^pur fort désavantagés par la situation.

C’est alors qu’intervient Billy the Kid (Johnny Mack Brown), qui prend la défense de ces paisibles éleveurs, ramenant un équilibre indispensable à la survie de ces derniers.

 

Il est très clair que cette nouvelle adaptation n’a elle non plus pas grand-chose à voir avec le vrai Billy the Kid, et c’est le gouverneur du Nouveau-Mexique de l’époque (1930) qui l’écrit dans une lettre qui est reproduite en introduction du film.

Mais ce gouverneur se garde bien de dresser un portrait réaliste de ce hors-la-loi devenu légendaire, insistant sur le côté justicier de ce personnage.

Que les choses soient bien claires : Billy the Kid n’était pas un personnage très fréquentable, et certainement pas un justicier.

 

Mais qu’importe, nous sommes au cinéma et tout est permis, même de faire passer un brigand pour un type bien (1). Mais ce qui gêne le plus, c’est que Billy s’en sort !

La vérité semble pencher pour le fait que Pat Garrett (ici Wallace Beery) ait tué Billy le 14 juillet 1881.

Ici, pas du tout : Billy s’en va vers une autre vie, comme il le fera chez Howard Hughes une dizaine d’années plus tard.

Puisque je vous dis que tout est possible !

 

Quoi qu’il en soit, ce qui frappe le plus dans ce film, c’est la violence des différentes situations.

Le Code Hays n’étant pas encore en vigueur (il faudra attendre encore quatre ans), nous sommes dans cette ère « pré-Code » où (presque) tout était encore possible d’être montré.

L’assassinat de Tunston est déjà terrible, mais le siège qui va suive le sera tout autant, avec sa résolution quand les assiégés vont être tirés comme des lapins pendant qu’ils essaieront de fuir.

Mais surtout, ce qui pouvait choquer le plus les spectateurs de 1930 (encore que…), c’est le fait que les représentants de la Loi soient les véritables méchants de l’intrigue, véritable retournement des valeurs sociales.

 

Il est bien clair que Vidor n’est pas vraiment à la fête avec ce nouveau genre pour lui qu’est le western. Surtout quand on compare avec les productions contemporaines ou antérieures à ce film : outre Raoul Walsh, John For nous avait déjà gratifié de quelques magnifiques productions (The iron Horse, Three bad Men…), sans oublier The covered Wagon de James Cruze.

Mais on trouve tout de même des éléments bien propres au genre comme les grands espaces et les incontournables échanges de coups de pistolet. Mais ces derniers ne possèdent pas encore ici la maîtrise qu’on retrouve chez les autres : Vidor fait ses armes (c’est le cas de le dire).

Outre les grands espaces, on trouve ici un microcosme intéressant avec des personnages pittoresques comme on peut en trouver chez les autres (Ford en particulier, mais chez Walsh aussi) :

  • nous avons droit à une collection de moustaches tombante auxquelles il ne manque que le jus de tabac où des haricots qui s’y seraient collés. C’est un trio pittoresque composé de Hatfield (Nelson McDowell) et Butterworth (John Beck) dont les conversations, suivies par le Danois Swenson (Karl Dane (2)), sont des plus absurdes, amenant un élément comique qui n’est pas toujours indispensable.
  • Mrs Hatfield (Aggie Herring), véritable femme-maîtresse qui dirige son monde et surtout son mari à la baguette. Le choix d’Aggie Herring dans ce rôle est très pertinent, sa gouaille et son aspect physique renforçant son personnage.

Je terminerai en signalant la présence de deux visage qu’on va être amené à voir dans les productions hollywoodiennes futures : Chris-Pin Martin (Santiago) au regard qui n’est pas sans rappeler celui e Jack Elam, et Roscoe Ates (Old Stuff), qui est déjà un ressort comique.

Mais si Old Stuff est amusant, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et en même temps tragique du fait de son sacrifice.

King Vidor fera à nouveau appel à lui dans son film suivant, aux côtés du même Wallace Beery déjà présent ici.

 

  1. Ce ne sera pas la dernière fois…
  2. Karl Dane, du fait de ses origines danoises, ne passa pas le cap du parlant à cause son accent. Ici, il n’intervient que très peu, dans un rôle sur mesure. Dane, ignoré/oublié par les studios se suicidera quatre ans plus tard. [Dane retrouve ici Vidor pour lequel il avait déjà tourné dans le magistral The big Parade.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Roger Spottiswoode
Demain ne meurt jamais (Tomorrow never dies - Roger Spottiswoode, 1997)

Un avant GoldenEye (n°17 de la série), c’était Albert Saltzman qui disparaissait. Cette fois-ci, c’est Albert R. Broccoli qui s’en va, l’année avant la sortie de ce dix-huitième opus des aventures de notre agent secret préféré (1).

Et encore une fois, James Bond (Pierce Brosnan) nous revient en force, avec moult poursuites et situations périlleuses, sans oublier les jolies filles et bien sûr un méchant mégalomane et psychopathe (comme d’habitude, quoi) : Elliot Carver (Jonathan Pryce).

 

Cette fois-ci donc, le méchant est un tantinet différent des autres puisqu’il possède un empire médiatique – un tycoon, donc – et en use (et abuse) pour faire l’actualité, dans le but ultime de déclencher un cataclysme mondial dont il retirera tous les bénéfices.

Mais heureusement James Bond veille, et à l’aide de Wai Lin (Michelle Yeoh), des services secrets chinois, elle va déjouer cette lamentable tentative et, comme d’habitude, tout se terminera bien.

Par contre, à nouveau, c’est la façon dont il va y arriver qui retient notre attention, cette fin heureuse étant indissociable des différents éléments de la série.

 

C’est Roger Spottiswoode qui a la lourde tâche de mener à bien cette nouvelle histoire, et encore une fois, on constate que Spottiswoode ne fait pas spécialement dans la dentelle, mais il reste tout de même dans la verve des productions EON (2), renouvelant (un peu) les différentes poursuites. Il faut dire que lors du dernier opus, la poursuite en char d’assaut a laissé des marques : il n’est pas facile d’envisager un engin plus encombrant, alors Spottiswoode revient à la moto, avec les variations dues à l’attachement entre Bond et Lin du fait d’une paire de menottes les reliant. De plus, tout comme Clint Eastwood et Sondra Locke dans The Gauntlet, c’est un hélicoptère qui leur fait la chasse, créant un peu de remue-ménage à Saïgon.

L’autre poursuite (antérieure à celle-ci), concerne un véhicule plus traditionnel : une voiture. Mais la grande différence tient dans le fait que James n’est à aucun moment derrière le volant, couché qu’il est sur la banquette arrière et télécommandant grâce à son téléphone portable : déjà, en 1997, on pouvait (presque) tout faire avec un GSM (3)…

 

D’une manière générale, c’est une débauche de gadgets avec pourtant une courte apparition de l’ineffable Q (Desmond Llewelyn, qui fait ici son avant-dernière apparition au cinéma mais aussi dans ce rôle), qui a donc moins de temps pour pester contre Bond.

Et comme nous sommes en Orient, nous avons droit à une démonstration d’arts martiaux par Michelle Yeoh qui n’a rien à envier à Jackie Chan pour la maestria.

Et d’une manière générale, le film est très (trop ?) rythmé, ménageant très peu de temps morts, sans pour autant nous abreuver de plans consécutifs différents comme ce sera le cas quelques années plus tard au cinéma.

 

Alors oui, c’est spectaculaire, c’est efficace, Pierce Brosnan est un interprète décidément très bien choisi, et même la relation entre Moneypenny, Bond est M (Judi Dench) est savoureuse.

Mais malgré tout, c’est peut-être un peu trop, et on aurait peut-être pu avoir un peu plus de calme et de sérénité.

Mais ça, c’est un peu le péché mignon de Spottiswoode, qui se laisse facilement emporter par l’action, délaissant parfois des éléments plus subtils.

Mais ne boudons pas notre plaisir : l’objectif premier est de passer du bon temps et c’est bel et bien le cas ici.

 

PS : A noter la présence de Vincent Schiavelli, au physique particulier (4), dans le rôle du Dr. Kaufman qui n’est pas vraiment un disciple d’Hippocrate puisqu’il a tendance à faire mal plus qu’à soulager. Son entrevue avec James Bond est une séquence agréable dans ce maelstrom de péripéties.

 

  1. Après Austin Powers, cela va sans dire…
  2. Les propriétaires de la franchise.
  3. Comme disent nos amis Belges.
  4. Il était surnommé « l’Homme aux yeux tristes ».

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