Il y a cinq ans, Mary McCall (Cleo Ridgely) s’enfuyait pour épouser, contre l’avis de ses parents, Steve Denby (Horace B. Carpenter) son amour de l’été.
Aujourd’hui, c’est une femme malheureuse, prisonnière d’un mari oisif et alcoolique, voire un peu truand. Comme l’argent du ménage passe dans la boisson, elle décide de vendre ses talents de couturière. Elle est engagée par la riche Mrs. Hillary (Edythe Chapman), dont le mari (Ernest Joy) est un homme d’affaires qui voudrait s’assurer le concours du richissime Mr. Manning (Wallace Reid).
Alors que Mrs Hillary se retrouve en manque d’une cavalière pour Manning à son dîner (1), elle propose à Mary de tenir cette place le temps de la soirée.
Manning est subjugué par la beauté de la jeune femme qui devient alors une habituée des Hillary.
Pendant ce temps, Denby, ignorant tout de l’histoire de sa femme, décide d’aller faire une razzia chez les Hillary pour soulager la nouvelle jeune femme qui les visite de ses biens précieux.
Tourné en même temps que le magnifique The Cheat, ce film fut occulté par le succès de ce dernier, au point qu’on ne le mentionne que très peu dans l’œuvre de Cecil B. DeMille (2). Et c’est bien dommage parce qu’il possède de grandes qualités, et une maîtrise technique certaine.
Alors que le tournage avait débuté avec Edna Goodrich dans le rôle de Mary, son problème sérieux avec l’alcool décida DeMille à la virer et tout arrêter. Il dut donc lui trouver une remplaçante. Une fois Cleo Ridgely engagée, DeMille dut retourner les séquences. Or il était déjà sur The Cheat dans la journée : il ne restait que le soir (voire la nuit) pour compléter c ce film. Ceci expliquant aussi le côté économe de la production dont parle mon grand ami le professeur Allen John dans son analyse (3).
Ce film fera d’ailleurs l’objet d’un remake six ans plus tard, le nom Denby devenant Maddock (Forbidden Fruit).
Mais ce qui frappe surtout, c’est la maîtrise technique. Certes, DeMille est en bonne compagnie et Alvin Wyckoff est derrière la caméra comme il l’a déjà été le sera encore souvent. Mais on assiste à une alternance de plans aux cadrages variés montés avec brio par De Mille himself, donnant à son film le rythme et l’équilibre voulus (3). Et surtout, les différents cadrages sont d’une grande pertinence, mettant en valeur certains détails déterminants : le (beau) visage de Cleo Ridgely se prête magnifiquement à cet exercice.
On notera aussi un beau travail sur l’éclairage, dans la lignée de celui entrepris dans The Cheat à la même époque. De plus, la copie est teintée, donnant une autre dimension au film, avec de nombreuses scènes qui se déroulent en soirée voire de nuit, ce qui se comprend aisément (voir plus haut).
De plus, les quelques séquences qui se déroulent chez mary et Steve contrebalancent très bien le côté (un peu) fastueux de la maison Hillary. ON y trouve une atmosphère sordide accentuée par la présence de Raymond Hatton – un habitué des films de DeMille – dans le rôle de Jimmy the Rat, répugnant à souhait.
Sans oublier la violence inhérente au milieu décrit qui va exploser dans la confrontation finale entre Manning et Denby (avec l’aide du Rat) et se soldera tragiquement.
Bref, The golden Chance est un film qui mériterait une forme de réhabilitation tant il est maîtrisé de bout en bout et servi par des interprètes qui jouent au niveau d’exigence demandé par le maître. De plus, c’est une nouvelle occasion de retrouver le grand Wallace Reid dans un rôle qui semble du sur mesure : millionnaire au grand cœur mâtiné de justicier, il est tout bonnement irrésistible.
- N’oubliez pas que Mr. Hillary veut intéresser Manning dans son affaire.
- Aucune trace dans le formidable Behind the Mask of innocence de Kevin Brownlow.
- On retrouve tout de même le milieu (très) bourgeois voire aristocratique des films de DeMille, rassurez-vous.
- On n’est jamais si bien servi que par soi-même !
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