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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Robert Zemeckis
Apparences (What lies beneath - Robert Zemeckis, 2000)

Tout commence par un départ.

Celui de Caitlin (Katharine Towne), la fille de Claire (Michelle Pfeiffer, toujours très belle !) et Norman (Harrison Ford, très beau lui aussi). Elle part à l’université et laisse ses parents dans leur grande propriété du Vermont.

C’est donc une nouvelle vie qui commence pour ces parents sans enfant, qui ont pour voisin un couple qui semble battre de l’aile : Claire surprend même sa voisine Mary Feur (Miranda « Eowyn » Otto) dans une crise de désespoir mêlé à de la peur.

Alors quand de nuit, M. Feur (James Remar) charge dans son coffre une forme qui ressemble à un cadavre, la conviction de Claire est faite : il a tué sa femme !

 

Robert Zemeckis est un cinéaste extrêmement habile, nourri au lait des très grands et capable de tourner – lui aussi – n’importe quel sujet. Avec Apparences, il s’attaque au genre thriller et y réussit avec brio, servi par un duo de stars au même niveau.

Bien sûr, on pense à Hitchcock avec son Rear Window, à propos de cet homme qui se débarrasse de sa femme, mais l’utilisation répétée de la salle de bain nous renvoie aussi à Psycho dans au moins deux plans significatifs : le rideau de douche et l’évacuation (1).

Mais cette salle de bain nous renvoie aussi à Kubrick et son merveilleux Shining, Claire entrant dans la pièce tout comme le fait Jack Torrance dans la chambre 217, la vapeur ajoutant au mystère. Sans oublier la part paranormale de l’intrigue.

Et question ambiance, ce film se rapproche plus de celui de Kubrick, Zemeckis jouant constamment avec les nerfs de ses spectateurs.

 

Mais la force du film tient dans sont titre : Apparences ou en VO What lies beneath (2). Parce que l’intérêt de ce thriller haletant est que nous avançons de fausse piste en fausse piste pour arriver à un final des plus terribles (3).

Le spectateur est sans cesse brinquebalé dans cette intrigue vers des situations qui se révèlent être des impasses, jusqu’à ce qu’un fait nouveau révèle une ouverture dérobée qui l’emmène vers une autre situation apparemment inextricable.

Nous sommes sans cesse en éveil, attendant lez nouvel élément qui va ouvrir sur autre chose, nous demandant si ce que nous voyons est la réalité des personnages – de Claire essentiellement – ou le fruit de leur imagination.

 

Sans oublier les objets qui ont aussi leur importance : j’aurai envie de parler de McGuffin à leur propos, la filiation hitchcockienne du film m’y encourageant, mais chez Hitchcock il n’y a qu’un seul McGuffin (4) alors qu’ici les éléments sont nombreux. Ces différents objets participent à l’intrigue habile de Clark Gregg (et Sarah Kernochan) et vont se révéler déterminants quant à son avancée, amenant la révélation  qui entraîne la résolution finale : la clef et le collier.

 

Bref, un thriller passionnant et haletant à regarder toute porte close cela va de soi, mais avec tout de même le sourire aux lèvres, Zemeckis tirant toujours avec habileté les ficelles de la comédie, son genre de prédilection.

A voir. Oh, oui !

 

  1. La position du visage au sol n’est pas non plus sans évoquer celui de Janet Leigh.
  2. « Ce qui se cache en dessous ».
  3. Dans tous les sens du terme : qui inspire la terreur ou qui est formidable.
  4. Qui n’en est pas vraiment un : nous savons tous qu’un McGuffin est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d’Ecosse…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Noir, #Alan Parker, #Robert de Niro
Angel Heart (Alan Parker, 1987)

Harry Angel (Mickey Rourke) est un privé de deuxième (voire plus) zone, engagé par le mystérieux et inquiétant Louis Cyphre (Robert de Niro) pour retrouver une ancienne gloire de la chanson, Johnny Favorite.

Cette enquête va l’emmener de Brooklyn – là où il est né – à la Nouvelle Orléans, en passant par Coney Island, à la recherche d’un fantôme, alors que tous ceux qui ont connu le crooner sont systématiquement éliminés, amenant la police à suspecter de plus en plus Angel.

 

Trois ans après le très beau Birdy, Alan Parker revient avec un film radicalement différent.

Alors qu’une grande part de son film précédent était laissée au rêve (celui de Birdy, justement), ici, nulle place. Le film est brutal et sans espoir, lourd et oppressant comme le ciel d'un orage qui s’annonce. D’ailleurs, on n’y échappe pas, l’orage éclate, tout comme la vérité, à la fin. C’est d’ailleurs quand cet orage éclate que la résolution de l’intrigue commence, amenant une révélation terrible qui prend de court Angel tout comme le spectateur.

 

Encore que.

Angel Heart fait partie de ces films qu’il ne suffit pas de voir. En effet, une vision multiple est à chaque fois un nouveau plaisir pour le spectateur, révélant certains détails qu’on ne peut pas remarquer du premier coup. Bien sûr, le jeu des acteurs – Mickey Rourke et surtout Robert de Niro – est d’un très haut niveau, mais c’est dans l’ambiance et les détails que se crée la force du film.

Ce sont des leitmotive persistants, des éléments de décor qui se répètent, comme les différentes pièces d’un puzzle qu’on essaie d’imbriquer régulièrement à différents endroits jusqu’à ce qu’il rentre dans le décor final, l’intrigue elle-même. Et c’est bien sûr une fois que tout a été mis en place que la vérité se révèle, ramenant le spectateur à tout ce qu’il a pu voir pendant les 113 minutes que dure le film.

 

Une séquence revient régulièrement, mettant en scène une grille d’ascenseur, dans l’église où commence l’histoire, avec certaines variantes empruntées à la réalité vécue par Angel, par lequel nous l’appréhendons.

Parker joue sur la confusion entre le rêve (1) et la réalité, amenant parfois une dimension surréaliste de bon aloi : les deux jeunes novices dans l’église vide avec la porte qui s’ouvre seule…

Ce sont aussi les pales des systèmes de ventilation qui tournent inlassablement, de Time Square à New Orleans, n’arrivant même pas à chasser l’air vicié qui baigne le film, témoins muets de scènes terribles qui nous seront – heureusement – révélées au final.

Bien sûr le sang coule inlassablement : de la blessure d’Angel après sa rencontre avec Toots Sweet (Brownie McGee) qui nous interprète en prime un superbe blues (2).

Et puis il y a les miroirs, qui s’invitent dans chaque lieu, réfléchissant la réalité ou le rêve, amenant toujours de nouvelles images qui préparent aux chocs finaux : la révélation bien sûr, mais aussi le coup de poing d’Angel contre l’un d’eux, tant ce qu’il y voit lui devient de plus en plus insupportable.

 

Et si le film commence dans une église, cela n’est pas dû au hasard : la religion jouant un rôle important tout au long du scénario, comme élément de décor et de mode de vie des personnages. La Nouvelle Orléans devient alors le centre religieux du film, où se côtoient les baptistes (un baptême a lieu), les catholiques (Angel rencontre Cyphre dans une église) et les adeptes du vaudou (une cérémonie a lieu où participent Epiphany (Lisa Bonet), la fille de Johnny Favorite.

Et au milieu de cet univers ô combien mystique, on retrouve Angel, athée des plus convaincus : normal, il est né à Brooklyn !

 

Angel Heart est très certainement l’un des meilleurs films d’Alan Parker, confirmant son talent certain de metteur en scène, possédant différents niveaux de lecture qui le bonifient à chaque nouveau visionnage.

De Niro y est fantastique (dans tous les sens du terme), et Mickey Rourke à son apogée de « jeune » premier de cinéma, possédant ce charme irrésistible qui faisait (presque) se pâmer mes amies lycéennes à l’époque (3).

 

PS : Je suppose qu’il n’y a pas que moi qui ai remarqué le clin d’œil à la photo V-J Day in Time Square (Alfred Eisenstaedt, 14-8-1945) qui voit un marin embrasser une infirmière…

 

 

  1. Tiens, si, il y a du rêve. Mais on est loin  de l’onirisme attendu…
  2. Qui s’intitule Rainy rainy Day (« pluvieux jour de pluie »), comme quoi rien n’est laissé au hasard…
  3. Je ne donnerai pas de noms, elles se reconnaîtront.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Raoul Walsh
Les Aventures du capitaine Wyatt (Distant Drums - Raoul Walsh, 1951)

Le capitaine Wyatt (Gary Cooper) est un drôle d’homme. Certes c’est un soldat, mais ses manières ne sont pas celles qu’on attend d’un militaire. Tout d’abord, il ne vit pas en garnison, mai sur une île, à l’écart des autres. De plus, il a épousé une Indienne avec qui il a eu un fils. Malheureusement, son épouse a été tuée par d’autres soldats, jeunes et ivres.

Cela ne l’empêche pas de continuer à mener un bataillon de braves pendant la guerre qui opposé le gouvernement américain aux Séminoles entre 1835 et 1842.

Nous le suivons ici dans une opération contre un fort tenu par des trafiquants d’armes et surtout la fuite devant les Indiens dans les Everglades, cette région marécageuse très dangereuse de Floride.

 

Walsh termine 1951 avec un nouveau western (le deuxième), et surtout l’immense (par la taille et le talent) Gary Cooper. Il s’agit aussi du premier film où on peut entendre le cri Wilhelm, poussé ici par Sheb Wooley (le soldat Jessup) alors qu’il est entraîné par un alligator (1). Mais il s’agit aussi d’un film sur les guerres indiennes, qui se déroule plus tôt que les westerns traditionnels avec duel au coucher du soleil ou autre règlement de compte à coup de fusil comme on en trouvait beaucoup à la même époque.

Ici, pas de microcosme des pionniers comme on en a l’habitude depuis The covered Wagon ou the big Trail, mais un univers naturel et sauvage, fatalement hostile où les alligators et autres reptiles sont à leur aise.

 

IL y a chez Wyatt une noblesse indissociable de Gary Cooper : c’est un homme ouvert – il a épousé une Indienne – et bon – il a pardonné aux meurtriers de sa femme – ainsi qu’un soldat très courageux et attentif à ses hommes (dans une certaine mesure). En effet, lors des différentes manœuvres de repli inévitable, il est toujours le dernier) partir, veillant à n’abandonner personne.

Mais comme nous sommes malgré tout chez Raoul Walsh, on retrouve quelques éléments récurrents, et en particulier un  partenaire pour Wyatt : Monk (Arthur Hunicutt). Certes, ce n’est pas Walter Brennan, mais on retrouve tout de même un côté rude chez ce trappeur, qui est avant tout un ami indéfectible de notre héros, amenant de par son attitude quelques éléments comiques dans un film qui n’en a pas tant que ça.

 

Il faut dire que le sujet de l’intrigue se base sut une période historique pas spécialement glorieuse des Etats-Unis : la seconde guerre séminole avait pour origine  la déportation des Amérindiens de Floride. Il y aura une troisième guerre qui ne laissera plus qu’une centaine d’Indiens encore en vie une quinzaine d’années plus tard (1855-1858).

Et si les Séminoles subissent ici de lourdes pertes, il en va un peu de même pour les « tuniques bleues », mais surtout Walsh insiste sur le fait que tous les Indiens ne sont pas les mêmes. Dès le début, alors que le lieutenant Richard Tufts (Richard Webb), le narrateur, rencontre un Indien, son réflexe est de sortir son sabre du fourreau. Il est rapidement stoppé dans son élan par Monk qui lui explique que l’homme qu’il voit est un ami.

De la même façon, Wyatt explique qu’il n’en veut pas aux Séminoles d’avoir tué sa femme puisque ce ne sont pas eux qui ont tué sa femme. Par contre, on ne sait pas trop pourquoi il leur en veut, si ce n’est la logique de la guerre qui perdure (L’intrigue se situe en 1840).

Nous n’en sommes tout de même pas encore au revirement qui s’amorcera bientôt et nous amènera quelques westerns humanistes, mais on sent que tout est prêt pour le changement de point de vue.

 

Et puis il y a LA femme. Elle est belle et ne manque pas d’appas et n’a surtout rien à envier à Jane Russell dans The Outlaw. Et bien sûr, elle va succomber au charme de Wyatt (normal, c’est Gary Cooper !), changeant d’état d’esprit à force de côtoyer cet homme. Mari Aldon (Judy Beckett) ici était une actrice américaine qui ne compta qu’une douzaine de films au cinéma, concentrant sa carrière à la télévision. On se souvient surtout de son rôle dans ce film grâce à la photo célèbre qui en fut tirée et utilisée pour sa promotion (voir ci-dessus).

 

Et les tambours (2) ?

On commence à les entendre quand Wyatt et son équipage pénètrent les marais. Ce sont des tambours d’avertissement tout d’abord, annonçant aux autres Indiens la situation. Rapidement, ils deviennent un accompagnement sonore permanent, qui ne sera interrompu que par l’issue de l’affrontement final (3). Ces tambours indiens seront alors remplacés par celui de l’armée américaine, beaucoup plus martial, et donc beaucoup moins mélodieux.

Mais ceci n’est qu’une question de goût…

 

  1. Un des habitants des Everglades.
  2. Le titre original pourrait se traduire par « Tambours dans le lointain ».
  3. Il y en a tout de même un, nous sommes dans un western !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Policier, #Alfred Hitchcock
Les Cheveux d'or (The Lodger: a Story of the London fog - Alfred Hitchcock, 1927)

TO-NIGHT GOLDEN CURLS : « Ce soir boucles blondes ».

Cette accroche pour un spectacle de music-hall avec perruques blondes peroxydées est surtout un leitmotiv du film, revenant (donc) à plusieurs occasions, et jusqu’à la toute dernière séquence (1). Ces trois mots sont aussi annonciateurs de malheur, et en particulier de meurtre puisque que le Vengeur (« The Avenger ») tue des femmes, et pas n’importe lesquelles : des blondes.

Tout commence par le visage en gros plan d’une femme – blonde – qui crie, une autre femme au regard effrayé, un bobby qui prend des notes, un journaliste qui en fait autant : voici le premier grand meurtre des films d’Alfred Hitchcock.

Nous sommes en 1927, et l’année faste du cinéma qui vient de s’ouvrir (2) compte ce qui fut le premier grand film de Hitchcock. Tout est là : le crime, le sexe, la religion (Hitchcock était un catholique élevé chez les jésuites), l’innocence maltraitée.

Oui, c’est du grand Hitchcock, à mon avis son premier très grand film.

 

Mais reprenons : chaque mardi soir, un dangereux et insaisissable criminel – Le Vengeur, donc – tue une femme. Une autre femme l’a aperçu et décrit : il est grand et il porte une écharpe qui lui cache le bas du visage.

Londres a peur.

Chez les Bunting – la mère (Mary Ault), le père (Arthur Chesney) et la fille Daisy (June Tripp) – arrive un nouveau locataire (3). C’est un jeune homme bien singulier (Ivor Novello) qui porte une écharpe qui lui cache le bas du visage (tiens, tiens…) et demande d’enlever les gravures de sa chambre parce qu’il ne les aime pas du tout : ce sont toutes des jeunes femmes blondes (tiens, tiens. Encore.)

J’ai oublié de préciser : la belle Daisy a les cheveux blonds…

 

A l’origine, Hitchcock voulait que ce locataire ne soit pas identifié, que le doute subsiste jusqu’au bout : il serait reparti – dans la nuit, cela va de soi – sans qu’on en sache plus. Mais vous connaissez les producteurs, il leur faut du tangible et finir un film sur une nouvelle énigme n’est pas très vendeur. Et pourtant, quelle fin cela aurait été !

Le film commence sur les chapeaux de roue, sur ce visage hurlant (silencieux pourtant) et la suite va démontrer le talent de Hitchcock : bien que nous n’ayons rien vu du meurtre qui vient de se commettre, nous savons qu’il s’agit d’un événement dans l’intrigue : on voit alors se mettre en branle la presse et le retentissement que les journaux vont faire de ce meurtre auprès de la population. C’est mené de main de maître, avec un montage dynamique qui suit avec frénésie la transmission de l’information pour arriver là où il le souhaitait : chez les Bunting.

Les images que nous avons vues vont conditionner l’arrivée du locataire. Ajoutons qu’au moment où il arrive, la maison est plongée dans l’obscurité du fait de l’épuisement du gaz (4), accentuant l’aspect inquiétant du personnage.

 

Je l’annonçai plus haut, nous sommes pleinement chez Hitchcock, avec un crime (il y en aura même deux), de la religion et du sexe. Pour le crime, c’est tout vu, mais question religion, on trouve deux belles références qui sont liées : le jeune homme qui regarde à la fenêtre et le sauvetage de dernière minute (merci Griffith !).

En effet, alors qu’il regarde par la fenêtre, la croisée de la vitre s’inscrit sur son visage parfaitement : une croix prémonitoire en plein milieu du visage, la barre horizontale sur ses yeux.

Prémonitoire ? Nous retrouverons le thème christique de l’innocent maltraité quand la foule va se ruer sur le jeune homme qu’on soupçonne d’être le meurtrier, et qui sera décroché d’une grille (où il s’était coincé) et porté à terre, rappelant sans équivoque une pietà.

Et puis le sexe : Hitchcock était fasciné par les femmes (5), et on retrouve régulièrement des références à leur corps, voire à la nudité qu’il ne pourra pas révéler avant Frenzy (en 1971 !).

Si Psychose a sa scène de la douche (et quelle scène !), ici, ce serait celle de la baignoire : Daisy se fait couler un bain et Hitchcock, par l’intermédiaire du montage va aller le plus loin possible dans la révélation du corps féminin sans jamais outrepasser les critères des bonnes mœurs de l’époque. Il va faire se déshabiller la jeune femme alors que la vapeur s’installe dans la pièce, jusqu’à la coupe avant qu’elle ôte tout à fait son haut. Puis il en ira de même lors de la sortie de la baignoire, la jeune femme s’enveloppant d’un peignoir cachant bien ses formes sans pour autant empêcher la suggestion. Avec en prime le visage excité de Novello qui lui parle à travers la porte : est-ce du désir, est-ce son état normal, on ne sait pas.

Du grand art !

 

Ajouter à tout cela des surimpressions habiles – les pas que l’on voit en transparence – et toute une gamme de regards et vous aurez une idée de ce grand film. Sans oublier les éclairages – et les différents filtres pour illustrer les lieux ou/et les moments de la journée – qui ne sont pas sans rappeler l’école allemande, Murnau surtout, avec des jeux d’ombre accentués par le brouillard annoncé dans la deuxième partie du titre original.

Certes, on peut tout de même reprocher une certaine lenteur dans l’action, voire un certain statisme des personnages, mais au regard du film en entier, cela s’intègre parfaitement au reste, lui donnant une teinte très particulière par rapport à ce qui se faisait à l’époque en Angleterre.

 

Bref. Un chef-d’œuvre.

 

  1. Si, si, regardez bien !
  2. Le film sort le 14 février : quelle belle façon de célébrer la saint Valentin…
  3. D’où le titre original.
  4. En Angleterre, les maisons possédaient un compteur qui n’ouvrait la vanne de gaz une fois qu’une pièce y était introduite.
  5. Les blondes certes, mais pas que…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Casse, #F. Gary Gray
Braquage à l'Italienne (The Italian Job - F. Gary Gray, 2003)

De l’or en barre !

C’est le butin de ce braquage « à l’Italienne », appelé ainsi parce que la première tentative (réussie) se déroule à Venise.

Charlie Croker (Mark Wahlberg) a tout minutieusement élaboré de ce qui se révèle être un coup des plus osés et des plus habiles, soutenu par le vétéran John Bridger (Donald Sutherland) et entouré d’une équipe hors pair : « Left Ear » (Yasiin Bey), « Handsome Rob » (Jason Statham), Lyle « Napster » (Seth Green) et Steve « Frezelli » (Edward Norton).

Le braquage se passe donc très bien, jusqu’au moment où Steve décide de fausser compagnie à ses complices, tuant à l’occasion Bridger.

Laissés pour morts (noyés), ses associés floués vont mettre un deuxième braquage, afin de récupérer leur dû, faisant appel en renfort à la fille de Bridger, la (très) belle Stella (Charlize Theron).

Mais tout ceci n’est pas seulement une histoire d’argent…

 

Il paraît évident qu’il y a un avant et un après Ocean’s Eleven. En effet, après le magnifique film de Soderbergh, on a vu revenir avec force les films de cambriolage, rivalisant les uns et les autres d’ingéniosité de technique de pointe et de stars incontournables.

C’est le cas ici de ce film de F. Gary Gray qui met en place on équipe de cambrioleurs de génie, menée par un Mark Wahlberg toujours aussi sobre dans son jeu.

Et à nouveau, l’élément absent de l’intrigue est la police, seulement présente après le premier casse, mais de manière anecdotique : ce sont les braqueurs qui nous intéressent.

 

Mais ce film a trois éléments importants qui ne sont ni des acteurs ni le butin : des voitures. Et pas n’importe lesquelles : des « Mini » !

En effet, le film coïncide avec le retour en force de ces véhicules. Elles sont trois et portent les couleurs des pays d’origine de la production : Etats-Unis, Royaume-Uni et France.  Le raid final (moitié évasion, moitié poursuite) nous renvoie presque à 60 Secondes chrono, l’originalité du parcours ici compensant la virtuosité là-bas.

Alors bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser que c’est un beau coup de pub que réussit ici la marque allemande (1).

Mais ce serait oublier l’origine du film : il s’agit d’un remake d’un autre film sorti en 1969, réalisé par Peter Collinson (et John Glen !) avec Michael Caine dans le rôle de Croker. Ce film déjà utilisait ces mêmes véhicules pour évacuer le butin.

On y retrouve ici d’ailleurs un clin d’œil plus qu’appuyé quand le van qui transporte l’équipe bascule dans l’eau après la trahison de Steve.

 

Certes, on n’arrive pas à l’osmose du film de Soderbergh, mais on passe tout de même un bon moment à suivre l’élaboration (rapide) du nouveau coup, et de son exécution, avec en prime une sous-intrigue ukrainienne dans l’air du temps : une (toute) petite complication du scénario qui aura une grande répercussion sur le résultat final (2). On retrouve dans le personnage de Mashkov (Oleg Krupa) toute la menace de cette mafia terrible qui nous vient de l’Est.

 

Et si la police n’intervient pas, le personnage de Steve suffit à lui tout seul à concentrer la haine de nos braqueurs et celle du spectateur par la même occasion : Edward Norton est (encore une fois) impeccable dans ce rôle d’infâme indispensable au succès du film.

Alors, à voir ?

Oui.

 

  1. Celle aux trois initiales, qui a sorti une gamme entre 2001 et 2006.
  2. Bonne ou mauvaise, cela dépend de quel côté vous vous placez…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Robert Redford
Lions for Lambs (Robert Redford, 2007)

Tout a commencé le 11 septembre 2001 : les avions, les Tours Jumelles… Le choc ! Les Etats-Unis étaient attaqués sur leur territoire.

La réplique de George W. Bush (le fils de l’autre) fut implacable : la guerre en Afghanistan.

Après avoir armé pendant des années les factions ennemies de l’URSS, voilà que ces mêmes factions se retournaient contre leur « bienfaiteur ».

Six ans plus tard, la situation n’a pas (beaucoup) évolué : la victoire promise a du mal à se dessiner.

C’est le moment que choisit le sénateur Irving (Tom Cruise), jeune loup républicain, pour donner une interview exclusive à Janine Roth (Meryl Streep), pour lui annoncer une énième opération stratégique.

Pendant ce temps, le professeur Malley (Robert Redford) reçoit le jeune et brillant Todd Hayes (Andrew Garfield) pour lui parler de son futur et surtout de son implication dans ses études, évoquant deux anciens élèves qui allèrent jusqu’au bout de leurs convictions sur l’engagement et s’enrôlèrent pour aller combattre en Afghanistan : Ernest Rodriguez (Michael Peña) et Arian Finch (Derek Luke).

Ces derniers, toujours dans le même temps, participent à l’opération dont parle Irving. Et cette opération qui devait amener la victoire ne se déroule pas comme prévue, bien entendu.

 

Avec ce film, Robert Redford nous démontre, une fois de plus, la capacité d’analyse dont est capable le cinéma américain sur des problèmes d’actualité : nul besoin d’attendre la fin du conflit pour commencer à l’exploiter, voire à en critiquer les erreurs.

D’une certaine manière, il s’agit d’un film très personnel où Redford expose ses convictions sur l’engagement, qu’il soit personnel, professionnel ou politique, les trois se rejoignant parfois. Redford fait partie de ces acteurs concernés par la situation politique de son pays, et qui se traduit par des rôles proches de ses convictions (All the President’s Men, The Company you keep…).

Bien sûr, le propos développé par l’intrigue, montrant – à nouveau – la faillite de l’Oncle Sam dans une guerre douteuse, n’a pas beaucoup fait pour le succès du film, l’exploitation étrangère permettant à Redford de rentrer dans ses fonds et même d’en tirer un substantiel profit (1).

 

Il faut dire que le conflit débattu est en cours au moment de la sortie du film et même après puisqu’il faudra attendre 13 ans (!) et le deuxième mandat de Barack Obama pour que le conflit soit officiellement terminé (à l’échelle internationale !).

Evidemment, 13 ans (2020) après le film (le temps du conflit, quoi), il est facile de remettre en cause certains éléments, surtout qu’entre temps, la principale cible de ces opérations militaires – Oussama Ben Laden – a été éliminé (2).

Et le film n’en conserve pas moins une analyse de la situation géopolitique très pertinente, sans oublier une critique ouverte de la méthode Bush pour promouvoir ce conflit.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui lie les trois sous-intrigues du film.

En effet, l’engagement est central à toutes ces histoires, qu’il soit personnel (Todd), professionnel (Janine) ou politique (Irving). Sans oublier nos deux soldats qui par leur geste vont conjuguer ces trois niveaux d’engagement (3).

Todd parce qu’il est à un tournant de sa vie, ce que lui rappelle son professeur déçu de sa baisse d’implication et surtout de son discours cynique : à quoi bon faire quelque chose si au final ça n’aura rien amené de plus ?

Janine parce qu’elle est déjà tombée dans le piège de Bush : comme beaucoup de ses confrères, elle a appuyé le second conflit iraquien qui a amené l’élimination de Saddam Hussein certes, mais fut surtout un immense mensonge élaboré par les bellicistes, Bush Jr. En tête.

Quant à Irving, il est certainement e personnage l e plus important de ce film, personnifiant à la fois l’ambition et une certaine forme de malhonnêteté, véritable voix de son maître (le président), et surtout manipulateur habile. Sa déclaration finale à propos d’un avenir présidentiel prenant une teinte ironique et mordante au vu du reste du film, et surtout l’entretien entre Malley et son élève.

 

L’année suivante (2008), Obama était élu et la situation évoluait, la raison ayant tendance à prendre le pas sur les sentiments.

Malheureusement, le successeur de ce grand homme n’a pas continué dans cette direction, arrivant (presque) à nous faire regretter Bush Jr.

 

  1. 35 millions de dollars engagés : 15 millions de recette américaine ; 63 millions de recette mondiale…
  2. Voir à ce sujet Zero dark thirty.
  3. Comment ? Je vous laisse aller voir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Pierre Chenal
L'Homme de nulle part (Pierre Chenal, 1937)

Mathias Pascal (Pierre Blanchar) est un jeune homme un peu bête et qui chasse les papillons, mais surtout qui est amoureux de la belle Romilda (Ginette Leclerc). Il l’épouse même, sans dot !

Et vivre avec Romilda serait l’idéal si sa mère, la Pescatore, (Catherine Fonteney) ne vivait pas elle aussi sous le même toit : ce ne sont qu’humiliations et rabrouements, tandis que les langues se délient à propos de la jeune mariée qui aurait souvent célébré Pâques avant les Rameaux…

A la mort de sa mère (Charlotte Barbier-Krauss), Mathias s’enfuit et va faire fortune. Il revient riche, mais c’est pour assister à son propre enterrement.

Il décide alors de vraiment partir.

 

Le cinéma français de l’entre-deux-guerres est une véritable mine pour les cinéphiles et cette nouvelle adaptation de Feu Mathias Pascal (1) – la deuxième sur les trois existantes – est une belle pépite dans cette production cinématographique. Il faut dire que Pierre Chenal s’est bien entouré pour réaliser ce film, que ce soit devant la caméra comme derrière.

De plus, cette intrigue de faux mort est un thème récurrent du cinéma, la plupart du temps dans un cadre comique.

Mais ici, le cadre comique a tendance à s’effacer devant cette intrigue d’identité où Mathias, ayant agi au final sur un coup de tête se retrouve dans des situations prévisibles mais imprévues, lui faisant jouer un rôle de fugitif, comme n’importe quel bandit de grand chemin.

 

Il faut dire que pour le titiller, on a fait appel à deux interprètes chevronnés : Catherine Fonteney – de la Comédie Française, s’il vous plaît – pour Mathias et Robert Le Vigan (« comte » Papiano) pour Adrien Meis, son pseudonyme romain.

Il y a ans le personnage de la Pescatore tout ce qu’il faut de fiel et de médisance pour la faire rapidement détester (2). Elle représente un archétype de belle-mère acariâtre et obsédée par l’argent, devenant alors facilement détestable.

Quant à Papiano, encore une fois Robert Le Vigan est phénoménal.

Je sais que Le Vigan fut ce qu’on appelé – à juste titre – un « salaud » notoire à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale : sa collaboration pleine et entière parle pour lui. Mais on ne peut nier son talent (immense) d’acteur, interprétant avec beaucoup de brio des personnages souvent abjects et qui ne laissent personne indifférent.

Papiano est un de ceux-ci, hypocrite et retors à souhait : un de ces personnages que vous aimerez haïr (3) et qui entérine le précepte hitchcockien qui veut que pour qu’un film soit réussi, il faut que le méchant le soit lui aussi.

C’est bien le cas ici, et même doublement avec la Pescatore.

 

Mais on a tout de même droit à un moment un peu plus léger – bien que très pertinent – quand Mathias retourne chez lui (ce qui le fut en tout cas), jouant de ses deux situations – celle de mort et celle de vivant – ave beaucoup de sel. C’est un moment très savoureux qui permet en outre de régler son compte à la vieille bique !

Je terminerai en signalant que comme bon nombre de films de cette période on retrouve les figures familières de ces seconds rôles éternels du cinéma français de l’époque : Maximilienne (Scholastique, la tante de Mathias) est là encore une fois, mais c’est surtout l’inévitable René Génin (4) qui retient notre attention, surtout que son personnage de pochard est indispensable à l’intrigue.

Pourquoi ? Allez voir !

 

PS : si Pierre Chenal est le signataire du film, il ne faut pas oublier le travail phénoménal qu’effectua Christian Stengel (1902-1986) pour ce film. Non seulement il le produisit, mais aussi il participa à l’élaboration de son scénario et le coréalisa.

 

  1. Il fu Mathias Pascal, (Luigi Pirandello, 1904).
  2. Sa première intervention donne le ton.
  3. Je sais, cette description concerne Stroheim dans sa période muette, mais elle va très bien aussi à Le Vigan.
  4. Qui n’a jamais d’accent à son nom au générique…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Casse, #John Amiel
Haute Voltige (Entrapment - John Amiel, 1999)

Prenez un cambriolage impossible (et même deux).

Utilisez du matériel high-tech dernier cri.

Ajoutez quelques stars attractives dont une flegmatique.

Saupoudrez de bug de l’an 2000 (compte à rebours) et vous obtiendrez un nouveau film de haut vol (c’est le cas de le dire), un de ces nouveaux exploits dont est friand le cinéma américain (ainsi que le public, la principale cible) !

Voilà résumé le film de John Amiel, énième avatar casse pour virtuose, à ceci près qu’il est sorti deux ans avant Ocean’s Eleven, un des sommets du genre.

 

Il est clair que sorti des deux cambriolages, il n’y a pas grand-chose à dire, l’intrigue amoureuse étant un tantinet difficile à croire, près de quarante ans séparant Sir Sean Connery (Robert « Mac » MacDougal) et Catherine Zeta-Jones (Virginia « Gin » Baker) : leur(s) étreinte(s) étant d’ailleurs considérées comme parmi les pires du cinéma…

Mais malgré tout, l’association improbable d’une jeune ambitieuse et d’un vieux briscard tendance Arsène Lupin fonctionne plutôt bien, le talent des deux interprètes y étant pour beaucoup. De plus, l’enthousiasme de Gin est contrebalancé par l’expérience de type « force tranquille » de Mac pour donner le résultat positif attendu : la réussite des deux entreprises.

 

Un élément de l’intrigue peut faire sourire maintenant.

Alors que Ronald Bass et Michael Hertzbeg avaient daté l’histoire originale au moment de la rétrocession de Hongkong à la Chine, le même Bass ainsi que William Boyle Jr. Ont déplacé le scénario au moment du passage à l’an 2000 qui devait avoir lieu un peu plus de 8 mois après la sortie du film.

Ce détail permet de rappeler qu’un magnifique hoax avait circulé dans les mois qui ont précédé ce changement numérique notable : le bug de l’an 2000.

 

Dernière chose : le titre original parle d’un traquenard qui a disparu dans la traduction française. Et c’est bien dommage, parce que piège il y a bien, et pas seulement dans une conversation entre Gin et Mac, en partance pour l’Ecosse (1). Il faut bien qu’à un moment le titre soit pertinent (2).

Mais ça, on ne le sait que si on voit le film…

 

  1. Eh oui, Mac est doublement écossais : son nom l’indique et en plus, c’est sir Sean…
  2. Le titre français, s’il confirme le haut niveau d’expertise des deux protagonistes, perd tout de même cet élément important de l’intrigue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Badham, #Mel Gibson
Comme un Oiseau sur la branche (Bird on a Wire - John Badham, 1990)

Albert Diggs (Bill Duke) arrive devant la prison : c’est aujourd’hui que Eugene Sorensen (David Carradine) en sort. Leur unique but dès ors : éliminer celui qui a permis qu’il soit incarcéré, Rick Jarmin.

Marianne Graves (Goldie Hawn), avocate d’une grande entreprise, doit se rendre à Detroit pour son travail.

A Detroit, Billy Ray (Mel Gibson) travaille comme garagiste.

A priori, ces trois anecdotes n’ont aucun rapport. Mais si on cherche dans le passé, on se rend compte que Marianne « Muffy » Graves a connu Rick Jarmin dans sa jeunesse. Quant à Billy Ray, il bénéficie du programme de protection des témoins : c’est lui Rick Jarmin.

Alors quand Marianne débarque par hasard dans sa vie, il sait qu’il doit à nouveau disparaître et contacte son référent, Joe Weyburn (Stephen « Ned Ryerson » Tobolowsky), ce sont ses tueurs qu’il avertit.

La fuite devient encore plus urgente.

 

Voilà une vingtaine d’années que John Badham a quitté le grand écran pour se consacrer au petit, et ce film se situe dans la deuxième moitié de sa carrière de cinéaste.

Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais on s’amuse beaucoup à regarder les tribulations de Jarmin et Marianne poursuivis par des tueurs patentés (Carradine & Duke ont souvent été du côté obscur), et qui bien entendu, rallument la flamme de leur amour défunt.

Le duo Mel & Goldie fonctionne très bien, et ce malgré la différence d’âge (onze ans d’écart entre les deux), le regard espiègle de Goldie atténuant cette différence.

 

J’ai une tendresse particulière pour ce film aussi pour le personnage de Jarmin qui détonne dans cette Amérique post-reaganienne où l’argent est le maître mot. Alors que Marianne, qui a épousé un riche héritier au grand dam de Rick, est foncièrement intégrée dans cette société ultra capitaliste, Jarmin conserve ses préceptes et convictions d’autrefois, proches du mouvement hippie des années 1970s. Cette opposition est très bien illustrée quand Rick rencontre un SDF qui fait la manche : Rick va prendre 100$ dans le portefeuille de Marianne (1) pour le lui donner, malgré les protestations de cette dernière, qui balance alors un argument toujours en vogue chez ces mêmes capitalistes que honnit Rick. L’argument de ce dernier est d’ailleurs tout aussi recevable, sinon plus !

 

Bref, on s’amuse, le rythme est soutenu sans tomber dans l’excès même si on peut reprocher la part vraiment minimale laissée aux deux méchants.

En effet, le duo – prometteur – Carradine-Duke n’est que très peu à l’écran, essentiellement au début et à la fin, leur histoire étant en outre contée par Rick à Marianne pendant leur explication concernant les quinze ans d’absence de Jarmin.

De même, la séquence qui les voit aller chez un caïd (avec tueurs costumés en animaux : c’est l’anniversaire de sa fille) n’a que très peu de rapport à l’intrigue. On l’aurait supprimée que ça ne m’aurait pas beaucoup dérangé.

 

Reste le duo vedette qui fonctionne à merveille et nous entraîne – facilement – dans cette comédie un brin échevelée où tout se termine – bien sûr – très bien, même si c’est dans le sang.

Alors à voir ? Oui, pourquoi pas…

 

(1) Elle n’a pas de plus petite coupure…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #William Desmond Taylor, #Mary Pickford
La petite Vivandière (Johanna enlists - William Desmond Taylor, 1918)

Nous sommes en 1918 : quand sort le film (15 septembre) mais aussi quand il fut tourné. De plus, en tête d’affiche on retrouve la pétulante Mary Pickford, alors vous vous dites que si le titre original est Johanna enlists (1), et que Johanna est interprétée par la « petite fiancée de l’Amérique », nous allons avoir droit à un film de propagande.

Et si en pus vous savez qu’au générique on trouve aussi Wallace Beery, vous allez tout de suite penser qu’on va avoir droit à une resucée de The little American qui sortit (presque) un an plus tôt. Ce en quoi vous auriez tort.

Mais en fait, au lieu de dire vous, je ferai mieux d’écrire « je » parce que ce sont les réflexions que je me suis faites en découvrant cette réalisation de William Desmond Taylor dans mon fatras de films.

 

Certes, il y est question d’armée et de jeune fille pure, mais nous sommes bien loin de l’intrigue de Jeanie McPherson, même si les références au conflit européen ne manquent pas.

Johanna vit à la ferme avec ses parents (Anne Shaefer & Fred Huntley), son petit frère (Wesley Barry) et ses deux petites sœurs (Jean & June Prentis). C’est une vie bien monotone et pénible pour elle qui ne rêve que d’une chose : le grand amour.

Elle prie alors le ciel de lui envoyer un fiancé (2). Et non seulement le ciel l’entend, mais il ne lui envoie pas qu’un seul : c’est un régiment en manœuvre qui s’arrête sur les terre des Rensaller et va s’y installer quelques temps.

Bien sûr, une belle jeune fille au milieu de tous ces hommes va amener la convoitise, et bien sûr des conflits. Le plus important concernera le lieutenant Leroy (Emory Johnson) et le soldat Vibbard (Monte Blue), qui ira jusqu’en cour martiale.

 

Nous sommes ici – comme toujours avec Mary Pickford – dans un cadre de comédie, même si on sent tout de même une certaine retenue, l’enjeu final étant tout de même important : rendre hommage à tous ces jeunes hommes qui sont sur le front. Et les soldats qui composent cette troupe de cinéma étaient de véritables militaires – mis à part les quelques acteurs aux rôles déterminants – qui étaient sur le front quand le film est sorti (3).

Et bien sûr, le film est construit autour de Mary Pickford, lui permettant de démontrer (encore une fois) toute l’étendue de son talent comique sous l’œil bienveillant de William Desmond Taylor.

Encore une fois, l’enjeu véritable (voir plus haut) empêche une comédie plus débridée, mais

On ne peut que louer la capacité de Pickford d’arriver à faire (sou)rire même dans les situations plus tragiques (4) ou tout du moins plus sérieuses.

 

Et au final, nous avons une nouvelle pépite pickfordienne, dont on ressort le sourire aux lèvres, ce qui ne se boude pas.

Et bien qu’on n’échappe pas au (court) discours engagé, comme c’est la belle Mary qui le prononce, on lui passe tout…

 

PS : Wallace Beery n’a ici qu’un rôle accessoire et peu influent sur l’intrigue : il annonce que le régiment va s’arrêter, puis va rester plus longtemps et enfin qu’il va repartir. Nous sommes bien loin de cet officier prussien ignoble qu’on avait trouvé chez Cecil B. DeMille.

 

  1. « Johanna s’engage ». Précisons qu’il s’agit d’un engagement plutôt moral.
  2. Elle demande un « beau » terme français qui signifie soupirant, prétendant ou encore fiancé.
  3. Les derniers intertitres précisent même qu’il s’agissait de la 143d Field Artillery dont Mary Pickford était la marraine de guerre.
  4. Il n’y a pas de quoi pleurer non plus.

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