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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Cecil B. DeMille
The golden Chance (Cecil B. DeMille, 1915)

Il y a cinq ans, Mary McCall (Cleo Ridgely) s’enfuyait pour épouser, contre l’avis de ses parents, Steve Denby (Horace B. Carpenter) son amour de l’été.

Aujourd’hui, c’est une femme malheureuse, prisonnière d’un mari oisif et alcoolique, voire un peu truand. Comme l’argent du ménage passe dans la boisson, elle décide de vendre ses talents de couturière. Elle est engagée par la riche Mrs. Hillary (Edythe Chapman), dont le mari (Ernest Joy) est un homme d’affaires qui voudrait s’assurer le concours du richissime Mr. Manning (Wallace Reid).
Alors que Mrs Hillary se retrouve en manque d’une cavalière pour Manning à son dîner (1), elle propose à Mary de tenir cette place le temps de la soirée.

Manning est subjugué par la beauté de la jeune femme qui devient alors une habituée des Hillary.

Pendant ce temps, Denby, ignorant tout de l’histoire de sa femme, décide d’aller faire une razzia chez les Hillary pour soulager la nouvelle jeune femme qui les visite de ses biens précieux.

 

Tourné en même temps que le magnifique The Cheat, ce film fut occulté par le succès de ce dernier, au point qu’on ne le mentionne que très peu dans l’œuvre de Cecil B. DeMille (2). Et c’est bien dommage parce qu’il possède de grandes qualités, et une maîtrise technique certaine.

Alors que le tournage avait débuté avec Edna Goodrich dans le rôle de Mary, son problème sérieux avec l’alcool décida DeMille à la virer et tout arrêter. Il dut donc lui trouver une remplaçante. Une fois Cleo Ridgely engagée, DeMille dut retourner les séquences. Or il était déjà sur The Cheat dans la journée : il ne restait que le soir (voire la nuit) pour compléter c ce film. Ceci expliquant aussi le côté économe de la production dont parle mon grand ami le professeur Allen John dans son analyse (3).

Ce film fera d’ailleurs l’objet d’un remake six ans plus tard, le nom Denby devenant Maddock (Forbidden Fruit).

 

Mais ce qui frappe surtout, c’est la maîtrise technique. Certes, DeMille est en bonne compagnie et Alvin Wyckoff est derrière la caméra comme il l’a déjà été le sera encore souvent. Mais on assiste à une alternance de plans aux cadrages variés montés avec brio par De Mille himself, donnant à son film le rythme et l’équilibre voulus (3). Et surtout, les différents cadrages sont d’une grande pertinence, mettant en valeur certains détails déterminants : le (beau) visage de Cleo Ridgely se prête magnifiquement à cet exercice.

On notera aussi un beau travail sur l’éclairage, dans la lignée de celui entrepris dans The Cheat à la même époque. De plus, la copie est teintée, donnant une autre dimension au film, avec de nombreuses scènes qui se déroulent en soirée voire de nuit, ce qui se comprend aisément (voir plus haut).

 

De plus, les quelques séquences qui se déroulent chez mary et Steve contrebalancent très bien le côté (un peu) fastueux de la maison Hillary. ON y trouve une atmosphère sordide accentuée par la présence de Raymond Hatton – un habitué des films de DeMille – dans le rôle de Jimmy the Rat, répugnant à souhait.

Sans oublier la violence inhérente au milieu décrit qui va exploser dans la confrontation finale entre Manning et Denby (avec l’aide du Rat) et se soldera tragiquement.

 

Bref, The golden Chance est un film qui mériterait une forme de réhabilitation tant il est maîtrisé de bout en bout et servi par des interprètes qui jouent au niveau d’exigence demandé par le maître. De plus, c’est une nouvelle occasion de retrouver le grand Wallace Reid dans un rôle qui semble du sur mesure : millionnaire au grand cœur mâtiné de justicier, il est tout bonnement irrésistible.

 

  1. N’oubliez pas que Mr. Hillary veut intéresser Manning dans son affaire.
  2. Aucune trace dans le formidable Behind the Mask of innocence de Kevin Brownlow.
  3. On retrouve tout de même le milieu (très) bourgeois voire aristocratique des films de DeMille, rassurez-vous.
  4. On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Thomas Gilou
La Vérité si je mens (Thomas Gilou, 1997)

Le Sentier, deuxième arrondissement de Paris.
C’est là que débarque Eddie Vuibert (Richard Anconina) suite à des problèmes rencontrés avec des joueurs de bonneteau. Il y est recueilli par Victor Benzakhem (Richard Bohringer) qui va le prendre sous son aile, n’ayant pas l’habitude de laisser quelqu’un dans le besoin, surtout s’il est, comme lui, juif.

Eddie va alors grimper dans l’entreprise de Victor, devenant un maillon indispensable du marché du textile. Il va même jusqu’à tomber amoureux de la fille de son patron, la (très) belle Sandra (Amira Casar).

Mais voilà : Eddie n’est pas juif.

 

Dans le cinéma français, il semble que chaque décennie apporte sa comédie incontournable qui devient rapidement « culte », avec réplique répétée à longueur de journée dans les lieux publics. La Vérité si je mens appartient à cette catégorie, tant le film fut un succès, confirmant le succès de nombre de ses interprètes.

Parce qu’il faut le dire : il s’agit avant tout d’un film d’acteurs, où les débordements et la truculence l’emporte souvent sur la douceur et la subtilité.
 

On retrouve dans cette fine équipe la tradition française des films d’amitié virile, amplifiée par les origines pied-noir des différents protagonistes, avec en particulier Serge Benamou interprété par le formidable José Garcia qui confirme là le talent qu’on lui avait découvert dans Nulle Part Ailleurs (1) aux côtés d’Antoine de Caune.

Autre transfuge de la chaîne, Bruno Solo (Yvan) s’en donne lui aussi à cœur joie après les années passées à présenter le Top 50 avec Yvan Le Bolloc’h, dans des situations déjà bien déjantées.

 Et alors qu’on peut qualifier ce film d’« énaurme », on notera la sobriété bienvenue de Richard Bohringer, qu’on a connu beaucoup plus expansif, jusqu’à dire de lui qu’il « faisait du Bohringer ».

 

Et puis il y a la religion.

Thomas Gilou réussit à nous faire rire avec cette histoire où  le judaïsme est tout de même omniprésent, devenant même une des bases du comique, ne nous épargnant même pas certains préjugés autour des mariages mixtes. Quant aux errances d’Eddie dans ce milieu qui lui est totalement étranger, elles prennent toute leur saveur dans la préparation de son mariage avec Sandra, au grand dam du rabbin (Victor Haïm).

 

Bref, nous sommes dans une comédie absolument débridée, montrant une bande de trentenaires insouciants où l’argent semble couler à flot, surtout chez Patrick (Gilbert Melki), et où les affaires – indispensables – n’empêchent pas le plaisir.

Ce fut un succès phénoménal et surtout inattendu pour Thomas Gilou qui reprit son équipe (à une exception près) pour une suite dans le même ton quatre ans plus tard.

Vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire.

 

(1) Emission phare de la chaîne Canal Plus. La sortie du film (2 mai) coïncide avec le départ de Philippe Gildas de sa présentation (juin).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Monty Python, #Terry Jones, #Terry Gilliam
Le Sens de la vie (The Meaning of life - Terry Jones & Terry Gilliam, 1983)

Après l’irrésistible Holy Grail (1975) et le magnifique Life of Brian (1979), les Monty Python nous reviennent avec un troisième film prometteur, au moins de par son titre : Le Sens de la vie.

Après avoir malmené la légende arthurienne et ébranlé les bases de la foi chrétienne (1), voici l’équipe de choc qui s’attaque au sens même de la vie, à travers des épisodes incontournables, allant de la naissance – origine inévitable – jusqu’à la mort, elle aussi inévitable.

 

Avec ce troisième film, les six Anglais retrouvent la structure qui faisait leur particularité à la télévision anglaise à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante.

En effet, il s’agit ici ni plus ni moins que d’une succession de sketches plus ou moins absurdes (2), avec comme autrefois un souci de la transition qui amène à chaque fois un nouveau chapitre ou un nouvel aspect du point abordé.

Ce retour vers les années de télévision est d’ailleurs accentué par l’utilisation – brève – du générique original avec les accords de The Liberty Bell de John  Philip Sousa, là encore, un incontournable.

 

Nous sommes donc en plein univers Monty Python, où l’absurde (presque tout, avec en summum le don d’organes) côtoie le mauvais goût (la séquence dans le restaurant), mais où l’humour est omniprésent, tout comme les différents membres qui, comme à leur habitude, interprètent plusieurs personnages tout au long du film, dont certains dans une même séquence.

Bien sûr, le sexe a sa place ici, mais alors qu’à la télévision, la censure était des plus strictes et les mentalités très conservatrices, ici, les vannes sont ouvertes et tout devient possible : j’en veux pour preuve la leçon d’éducation sexuelle dispensée par le professeur Cleese.

Et bien sûr, nous retrouvons celle qu’on a appelé la 7ème Python : Carol Cleveland qui ne fait que de très courtes apparitions (deux). Seul manque à l’appel Neil Innes, ainsi que sa musique, mais qu’on se rassure, Eric Idle y chante quand même.

Il n’est d’ailleurs pas le seul puisqu’on peut aussi entendre Graham Chapman (Dieu/Tony Bennett) dans la dernière séquence (Christmas in Heaven), mais surtout Michael Palin dans le tube du film : Every Sperm is sacred. Je ne vais pas trop insister dessus, mais cette chanson, en plus de critiquer ouvertement la religion chrétienne, se termine en une apothéose qui n’est pas sans évoquer (un peu tout de même) certaines chorégraphies de Busby Berkeley (3).

 

Et puis il y a The Crimson Permanent Assurance, certainement l’un des éléments les plus réussis du film. En effet, le film se présente comme un programme à deux parties, la première étant un court-métrage comme ceux qu’on avait l’habitude de présenter avant le programme en lui-même. Et Gilliam s’en donne à cœur joie, réalisant un film dans la lignée de ceux qu’il fit avant et après Le Sens de la vie. On y retrouve une part de rêve – qui devient réalité – et une utilisation brillante du trucage surtout dans le départ du bâtiment. A cela s’ajoute un emprunt aux galères romaines, analogie flagrante du travail des vieux employés de la compagnie Crimson.

Et la métamorphose de ce bâtiment en vaisseau pirate est des plus savoureuses.

 

Pour le reste, on retrouve l’humour décalé des Python à longueur de film, avec certains détails qui donnent tout leur sel au film : la machine qui fait « Ping ! », la petite confiserie à la menthe et au chocolat ou encore les différents cadeaux offerts par les soldats à leur officier.

Et si ce film a un aspect un tantinet fourre-tout (4), on appréciera avec tout de même beaucoup de plaisir cette dernière occasion de voir les six membres des Python ensemble au cinéma.

Et ça, c’est très précieux.

 

  1. Le film fut interdit en Irlande, pays ô combien catholique.
  2. Le fameux « nonsense » britannique, porté par des chantres parmi les plus habiles.
  3. On retrouvera cette tendance dans un autre moment chanté du film avec entrée dans une piscine.
  4. On dit même que l’un d’entre eux aurait expliqué que le film fut l’occasion de recycler quelques sketches en stock…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Judd Apatow
40 Ans, toujours puceau (The 40-year-old Virgin - Judd Apatow, 2005)

Andy Stitzer (Steve Carell) est un homme bien rangé : il vit seul dans son appartement au milieu de sa collection – impressionnante – de personnages  allant des séries télévisées (Steve Austin), à l’univers Marvel (IronMan, etc.) ou DC (Aquaman) ou d’autres (La créature du Lagon Noir). Il est aussi un passionné de jeux vidéo auxquels il joue très souvent.

Bien sûr, un tel univers domestique présuppose une chose : il est célibataire. Et c’est peut-être là le drame de sa vie car non seulement il est célibataire, mais aussi il n’a jamais couché avec une femme. Et il a 40 ans (1).

Un soir qu’il a été invité par ses collègues à une partie de poker, il va l’avouer.

Dès lors, chacun n’aura de cesse de le conseiller et l’encourager afin que cet état de fait ne soit plus qu’un souvenir.

 

IL faut avant tout passer la trivialité du titre qui, s’il reflète la réalité de l’intrigue ne fait pas spécialement un bon effet. Il y a une connotation dans le « puceau » français qui ne se retrouve pas dans le titre original, même si la réalité décrite est la même.

Une fois cet obstacle franchi (rapidement et facilement), nous assistons à une comédie débridée où le sexe est bien sûr le thème central mais sont traitement y est fait de manière – étonnamment – subtile, voire avec une certaine pudeur.

Et tout ceci grâce surtout au jeu tout aussi subtil de Steve Carell.

 

Il faut dire que ce film est du sur mesure pour lui puisqu’il est à l’origine de l’intrigue et qu’avec Judd Apatow, il a coécrit le scénario de cette comédie.

Et si le sexe est omniprésent, il n’est pas montré, même si bien sûr, nous savons qu’à un moment Andy va se retrouver au lit avec une femme.

En fait l’intrigue se concentre sur la période qui se passe avant les préliminaires et qui est la plus importante : trouver une femme.

Je devrais plutôt dire : « trouver la bonne femme ». Parce que ce n’est pas ce qui manque ici les femmes. Et en plus d’être nombreuses, elles sont toutes très jolies, et beaucoup trouvent Andy à leur goût !

Et comme tout dans la vie (et surtout en amour) c’est le premier pas qui compte. Mais malheureusement, et c’est le cas d’Andy, plus on attend et plus ce premier pas s’allonge ! La distance à 40 ans ne se calculerait d’ailleurs plus en pas.

 

Judd Apatow et Steve Carell nous propose ici une comédie habile, où bien sûr les éléments graveleux ne manquent pas mais ne sont pas le véritable intérêt du film. C’est évidemment Steve Carell qui est ce centre, interprétant un Andy tout en nuances, sorte d’ado attardé du fait de son inexpérience sexuelle (2).

Steve Carell exprime à merveille le malaise ressenti par Andy face à une situation des plus embarrassantes surtout à un âge où ola virginité ne concerne, dans l’opinion publique, que les vieilles filles coincées (3).

Et cet embarras est utilisé avec beaucoup d’à propos par le scénario, désamorçant d’entrée le tragique de la situation. Mieux même, Andy devient vraiment un héros, assumant avec courage cette abstinence aux yeux de tous (au planning familial par exemple).

 

Mais là encore, Steve Carell ne peut réussir son interprétation qu’avec d’autres. Le trio de conseillers – David (Paul Rudd), Jay (Romany Malco) et Cal (Seth Rogen) – compose une équipe de choc où on retrouve les différents stéréotypes de la drague ainsi que les différentes composantes du séducteur qui devrait permettre à Andy, en assimilant les diverses expériences de ses trois collègues et amis de devenir une bête sexuelle au charme irrésistible. Mais bien sûr, cela ne marche pas, ce qui est d’ailleurs indispensable pour le bon déroulement du film.

Quant aux femmes, on en remarque surtout trois : Beth (Elizabeth Banks), Paula (Jane Lynch) et Trish (Catherine Keener).

Ces trois femmes représentent à elles seules trois stéréotypes (4) féminins :

  • Beth a un caractère volage et des pratiques sexuelles qui sont totalement à l’opposé de l’état d’esprit d’Andy, accentuant son embarras ;
  • Paula est la femme d’expérience comme elle l’explique à son employé, ayant attiré très tôt les hommes, et ses différents échanges – verbaux, bien sûr – sont absolument savoureux ;
  • Trish enfin est l’élue, celle qu’Andy attendait sans attendre : ce que tout le monde sait dès son apparition mais que notre héros va mettre un peu plus de temps à comprendre. Normal, il manque cruellement d’expérience dans ce domaine…

Les trois actrices composent chacune leur personnage avec beaucoup de justesse, participant elles aussi à la réussite du film.

 

Au final, une comédie pas aussi lourdingue que le titre le laissait envisager, où l’on rit franchement des différentes péripéties qui arrivent à Andy et où le final qui emprunte à Hair (Aquarius et dans une moindre mesure Let the Sunshine) amène définitivement le sourire aux lèvres du spectateur quand le film se termine.

 

  1. Décidément, le titre est bien trouvé…
  2. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé comme le montre une séquence savoureuse de ses différents échecs passés.
  3. Non, ce n’est pas un pléonasme.
  4. Les stéréotypes sont souvent la base du comique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Comédie, #Clint Eastwood
Bronco Billy (Clint Eastwood, 1980)

D’un côté, vous avez  Bronco Billy McCoy (Clint Eastwood) qui dirige le prestigieux Bronco Billy Wild West Show, allant de ville en ville montrer un spectacle fabuleux où s’enchaînent des numéros prestigieux de lasso, danse indienne du serpent  et autres tirs de précisions.

De l’autre, vous avez la jeune (et belle) héritière Antoinette Lily (Sondra Locke) qui se marie en Idaho avec le veule John Arlington (Geoffrey Lewis) pour jouir – enfin – de la fortune de son père : le lendemain de la « nuit de noces », Arlington s’enfuit avec les possessions de sa femme, la laissant seule et désemparée au milieu de nulle part (1).

C’est exactement là que se produit le Wild West Show qui vient de prendre une nouvelle assistante : Antoinette va alors être embauchée temporairement par ce cirque ambulant, jusqu’à la prochaine grande ville.

 

Il y a dans le cinéma de Clint Eastwood une grande proportion de personnages solitaires, voire marginalisés qui se rencontrent et font même un bout de chemin ensemble. Et Bronco Billy n’échappe pas à cette règle, les deux rôles vedettes en étant une très belle illustration.

On retrouve d’ailleurs le même duo en tête d’affiche que dans son film précédent (The Gauntlet) ainsi que Bill McKinney dans le rôle de « Lefty » (2) LeBow, ou encore William Prince (Edgar Lipton, avocat peu scrupuleux) Dan Vadis (Chief Big Eagle) et d’autres habitués des tournages avec Eastwood, qu’il soit derrière ou devant la caméra…

 

Et à nouveau cette solitude implique un manque de réussite, voire un aspect un tantinet minable des personnages. Certes, le personnage de Sondra Locke est beaucoup plus honorable que celui de Gus Mally (The Gauntlet), mais il n’est pas empreint d’échec : ce n’est plus une jeune fille et malgré ses différents appas (physiques et financiers) elle est toujours seule. De plus son mariage est mort-né ce qui n’améliore pas vraiment sa solitude.

De son côté, Bronco Billy n’est pas aussi formidable que le personnage qu’il interprète pendant son show, véritable idole des enfants petits et grands. Mais il possède malgré tout une générosité et un charisme qui ne peuvent que le faire aimer : malgré la situation financière désastreuse du show, ses compagnons continuent de le suivre à travers cet Amérique profonde où les grandes villes ne sont pas légion.

 

Il faut dire que ces compagnons somme toute truculents sont eux aussi des solitaires, recueillis par ce cowboy de foire : en rupture de ban pour la plupart, il ne leur restait pas beaucoup de choix d’activité, les (ex-)criminels n’étant pas souvent bien acceptés dans la société, qu’elle soit américaine ou d’ailleurs.

Et c’est dans ce show que tous ces personnages se révèlent et donnent le meilleur d’eux-mêmes, ce meilleur se bonifiant avec le temps : comme le dit Running Water (Sierra Pecheur), dans le show, on est ce qu’on désire. (3)

 

Bref, un film à la croisée du western – à cause du show – et de la comédie douce-amère où pendant un moment, des solitudes s’associent et apportent un petit bout de rêve à des spectateurs qui n’attendent que cela. Un dernier répit avant de plonger dans la société des années 1980 avec ses deux mandats présidentiels d’un autre ancien cowboy, où des gens comme Bronco Billy n’auront certainement pas leur place.

 

  1. Je n’ai aucune acrimonie contre les habitants de l’Idaho, il se trouve que l’endroit où se déroule la séquence est franchement perdu.
  2. Il est « le gaucher », sa main droite étant remplacé par un crochet.
  3. Je vous laisse découvrir qui était réellement Bronco Billy avant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ben Affleck
Gone, Baby gone (Ben Affleck, 2007)

Amanda McCready (Madeline O’Brien) a disparu : la télévision se fait le relais du cri de désespoir de Helene (Amy Ryan) la mère et de Bea (Amy Madigan) la tante de la petite fille.

En plus de la police de Boston, cette dernière fait appel à Patrick Kenzie (Casey Affleck, le frère de Ben) et Angie Gennaro (Michelle Monaghan), deux détectives privés spécialisés dans les personnes disparues (1).

Cette association que la police voit d’un mauvais œil (elle n’aime pas beaucoup qu’on empiète sur ses plates-bandes) va se révéler déterminante : Kenzie a grandi dans le même quartier que les McCready, et plusieurs des truands de ce même quartier ont été de grands amis du détective.

 

Trois ans avant The Town, Ben « Batman » Affleck nous avait déjà proposé un film sur Boston et ses habitants, essentiellement d’un point de vue criminel. On retrouve ici, dans son premier long-métrage, ce même environnement, mais à cela s’ajoute la présence du duo Kenzie-Gennaro, clairement identifié comme de l’autre côté de la barrière. Certes, le passé – et surtout la jeunesse – de Kenzie n’est pas très éloignée du quotidien des types qu’il fréquente, mais son honnêteté est sans faille, même si ses pratiques rappellent parfois celles qu’il a abandonnées.

Mais surtout, ici, les enjeux ne se limitent pas à une simple histoire policière ave à la clef une enfant à retrouver.

Ce serait trop simple, mais surtout, ce serait ignorer la complexité des rapports humains et les façons de penser de chacun.

 

Parce que le facteur humain est la clé de l’intrigue, avec ses forces bien sûr, mais surtout ses faiblesses, avec sa grandeur, mais surtout sa bassesse. Il me paraît évident qu’il ne s’agit pas d’un film pour tous les yeux, le thème abordé – la criminalité autour des enfants – est un sujet très dur, et le traitement qui en est fait n’est pas des plus légers. Le film Prisoners (Denis Villeneuve, 2013), traitant du même thème est dans la même lignée, même si un peu plus édulcoré (encore que).

Et Affleck ne nous épargne rien, ajoutant à l’intrigue du kidnapping une sous-intrigue pédophile sordide avec la question de la mort des criminels d’enfants.

Et de là, on en arrive à la justice citoyenne qui est l’un des thèmes privilégiés du cinéma américain.

 

Bien sûr, il ne s’agit pas ‘un réquisitoire pour ou contre la peine de mort pour les pédo-criminels, et nul lynchage n’a lieu ici (2) : nous ne sommes ni chez Lang (Fury), ni chez Wellman (The Oxbow Incident) car il n’est pas question de la culpabilité ou non des accusés. Au contraire, ici la culpabilité est avérée : le pédophile Corwin Earle (Matthew Maher) a tué sa victime (3) et Helene McCready n’est certainement pas une mère exemplaire comme Kenzie va rapidement s’ne rendre compte.

Mais ce même Kenzie est la voie de la raison et va aller jusqu’au bout dans ce sens, luttant même dans son propre « camp » contre une justice expéditive au nom du bien-être tout relatif : « ce qui me semble bien l’est-il pour les autres ? »

 

Aux côtés du duo d’enquêteurs, on retrouve un trio policier éprouvé et efficace : Morgan Freeman (le chef Doyle), Ed Harris (Remy Bressant) et John « Taggart » Ashton (Nick Poole) forment une équipe singulière dont les desseins ne sont pas toujours clairs, et la jalousie policière évoquée plus haut n’en est pas la seule raison.

Mais l’actrice qui tire son épingle du jeu ici, c’est bien Amy Ryan dans ce rôle de mère peu concernée, dont les fréquentations ne sont pas vraiment profitables à une petite fille de quatre ans.

 

Au final, un bau film sombre et dur dans lequel Ben Affleck filme la complexité de la nature humaine, thème qu’il reprendra dès son film suivant, décrivant des gens ordinaires avec leurs limites, le tout dans une région qui lui tient à cœur : il est, comme son frère Casey, originaire du Massachusetts.

 

  1. Mais pas spécialement les enlèvements…
  2. Il semble que cette pratique d’un autre âge ait disparu, mais on sait tous très bien qu’il ne faut pas grand-chose pour la remettre au goût du jour…
  3. Cette révélation n’éclaire en rien l’intrigue : voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Robert Zemeckis
Apparences (What lies beneath - Robert Zemeckis, 2000)

Tout commence par un départ.

Celui de Caitlin (Katharine Towne), la fille de Claire (Michelle Pfeiffer, toujours très belle !) et Norman (Harrison Ford, très beau lui aussi). Elle part à l’université et laisse ses parents dans leur grande propriété du Vermont.

C’est donc une nouvelle vie qui commence pour ces parents sans enfant, qui ont pour voisin un couple qui semble battre de l’aile : Claire surprend même sa voisine Mary Feur (Miranda « Eowyn » Otto) dans une crise de désespoir mêlé à de la peur.

Alors quand de nuit, M. Feur (James Remar) charge dans son coffre une forme qui ressemble à un cadavre, la conviction de Claire est faite : il a tué sa femme !

 

Robert Zemeckis est un cinéaste extrêmement habile, nourri au lait des très grands et capable de tourner – lui aussi – n’importe quel sujet. Avec Apparences, il s’attaque au genre thriller et y réussit avec brio, servi par un duo de stars au même niveau.

Bien sûr, on pense à Hitchcock avec son Rear Window, à propos de cet homme qui se débarrasse de sa femme, mais l’utilisation répétée de la salle de bain nous renvoie aussi à Psycho dans au moins deux plans significatifs : le rideau de douche et l’évacuation (1).

Mais cette salle de bain nous renvoie aussi à Kubrick et son merveilleux Shining, Claire entrant dans la pièce tout comme le fait Jack Torrance dans la chambre 217, la vapeur ajoutant au mystère. Sans oublier la part paranormale de l’intrigue.

Et question ambiance, ce film se rapproche plus de celui de Kubrick, Zemeckis jouant constamment avec les nerfs de ses spectateurs.

 

Mais la force du film tient dans sont titre : Apparences ou en VO What lies beneath (2). Parce que l’intérêt de ce thriller haletant est que nous avançons de fausse piste en fausse piste pour arriver à un final des plus terribles (3).

Le spectateur est sans cesse brinquebalé dans cette intrigue vers des situations qui se révèlent être des impasses, jusqu’à ce qu’un fait nouveau révèle une ouverture dérobée qui l’emmène vers une autre situation apparemment inextricable.

Nous sommes sans cesse en éveil, attendant lez nouvel élément qui va ouvrir sur autre chose, nous demandant si ce que nous voyons est la réalité des personnages – de Claire essentiellement – ou le fruit de leur imagination.

 

Sans oublier les objets qui ont aussi leur importance : j’aurai envie de parler de McGuffin à leur propos, la filiation hitchcockienne du film m’y encourageant, mais chez Hitchcock il n’y a qu’un seul McGuffin (4) alors qu’ici les éléments sont nombreux. Ces différents objets participent à l’intrigue habile de Clark Gregg (et Sarah Kernochan) et vont se révéler déterminants quant à son avancée, amenant la révélation  qui entraîne la résolution finale : la clef et le collier.

 

Bref, un thriller passionnant et haletant à regarder toute porte close cela va de soi, mais avec tout de même le sourire aux lèvres, Zemeckis tirant toujours avec habileté les ficelles de la comédie, son genre de prédilection.

A voir. Oh, oui !

 

  1. La position du visage au sol n’est pas non plus sans évoquer celui de Janet Leigh.
  2. « Ce qui se cache en dessous ».
  3. Dans tous les sens du terme : qui inspire la terreur ou qui est formidable.
  4. Qui n’en est pas vraiment un : nous savons tous qu’un McGuffin est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d’Ecosse…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Noir, #Alan Parker, #Robert de Niro
Angel Heart (Alan Parker, 1987)

Harry Angel (Mickey Rourke) est un privé de deuxième (voire plus) zone, engagé par le mystérieux et inquiétant Louis Cyphre (Robert de Niro) pour retrouver une ancienne gloire de la chanson, Johnny Favorite.

Cette enquête va l’emmener de Brooklyn – là où il est né – à la Nouvelle Orléans, en passant par Coney Island, à la recherche d’un fantôme, alors que tous ceux qui ont connu le crooner sont systématiquement éliminés, amenant la police à suspecter de plus en plus Angel.

 

Trois ans après le très beau Birdy, Alan Parker revient avec un film radicalement différent.

Alors qu’une grande part de son film précédent était laissée au rêve (celui de Birdy, justement), ici, nulle place. Le film est brutal et sans espoir, lourd et oppressant comme le ciel d'un orage qui s’annonce. D’ailleurs, on n’y échappe pas, l’orage éclate, tout comme la vérité, à la fin. C’est d’ailleurs quand cet orage éclate que la résolution de l’intrigue commence, amenant une révélation terrible qui prend de court Angel tout comme le spectateur.

 

Encore que.

Angel Heart fait partie de ces films qu’il ne suffit pas de voir. En effet, une vision multiple est à chaque fois un nouveau plaisir pour le spectateur, révélant certains détails qu’on ne peut pas remarquer du premier coup. Bien sûr, le jeu des acteurs – Mickey Rourke et surtout Robert de Niro – est d’un très haut niveau, mais c’est dans l’ambiance et les détails que se crée la force du film.

Ce sont des leitmotive persistants, des éléments de décor qui se répètent, comme les différentes pièces d’un puzzle qu’on essaie d’imbriquer régulièrement à différents endroits jusqu’à ce qu’il rentre dans le décor final, l’intrigue elle-même. Et c’est bien sûr une fois que tout a été mis en place que la vérité se révèle, ramenant le spectateur à tout ce qu’il a pu voir pendant les 113 minutes que dure le film.

 

Une séquence revient régulièrement, mettant en scène une grille d’ascenseur, dans l’église où commence l’histoire, avec certaines variantes empruntées à la réalité vécue par Angel, par lequel nous l’appréhendons.

Parker joue sur la confusion entre le rêve (1) et la réalité, amenant parfois une dimension surréaliste de bon aloi : les deux jeunes novices dans l’église vide avec la porte qui s’ouvre seule…

Ce sont aussi les pales des systèmes de ventilation qui tournent inlassablement, de Time Square à New Orleans, n’arrivant même pas à chasser l’air vicié qui baigne le film, témoins muets de scènes terribles qui nous seront – heureusement – révélées au final.

Bien sûr le sang coule inlassablement : de la blessure d’Angel après sa rencontre avec Toots Sweet (Brownie McGee) qui nous interprète en prime un superbe blues (2).

Et puis il y a les miroirs, qui s’invitent dans chaque lieu, réfléchissant la réalité ou le rêve, amenant toujours de nouvelles images qui préparent aux chocs finaux : la révélation bien sûr, mais aussi le coup de poing d’Angel contre l’un d’eux, tant ce qu’il y voit lui devient de plus en plus insupportable.

 

Et si le film commence dans une église, cela n’est pas dû au hasard : la religion jouant un rôle important tout au long du scénario, comme élément de décor et de mode de vie des personnages. La Nouvelle Orléans devient alors le centre religieux du film, où se côtoient les baptistes (un baptême a lieu), les catholiques (Angel rencontre Cyphre dans une église) et les adeptes du vaudou (une cérémonie a lieu où participent Epiphany (Lisa Bonet), la fille de Johnny Favorite.

Et au milieu de cet univers ô combien mystique, on retrouve Angel, athée des plus convaincus : normal, il est né à Brooklyn !

 

Angel Heart est très certainement l’un des meilleurs films d’Alan Parker, confirmant son talent certain de metteur en scène, possédant différents niveaux de lecture qui le bonifient à chaque nouveau visionnage.

De Niro y est fantastique (dans tous les sens du terme), et Mickey Rourke à son apogée de « jeune » premier de cinéma, possédant ce charme irrésistible qui faisait (presque) se pâmer mes amies lycéennes à l’époque (3).

 

PS : Je suppose qu’il n’y a pas que moi qui ai remarqué le clin d’œil à la photo V-J Day in Time Square (Alfred Eisenstaedt, 14-8-1945) qui voit un marin embrasser une infirmière…

 

 

  1. Tiens, si, il y a du rêve. Mais on est loin  de l’onirisme attendu…
  2. Qui s’intitule Rainy rainy Day (« pluvieux jour de pluie »), comme quoi rien n’est laissé au hasard…
  3. Je ne donnerai pas de noms, elles se reconnaîtront.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Raoul Walsh
Les Aventures du capitaine Wyatt (Distant Drums - Raoul Walsh, 1951)

Le capitaine Wyatt (Gary Cooper) est un drôle d’homme. Certes c’est un soldat, mais ses manières ne sont pas celles qu’on attend d’un militaire. Tout d’abord, il ne vit pas en garnison, mai sur une île, à l’écart des autres. De plus, il a épousé une Indienne avec qui il a eu un fils. Malheureusement, son épouse a été tuée par d’autres soldats, jeunes et ivres.

Cela ne l’empêche pas de continuer à mener un bataillon de braves pendant la guerre qui opposé le gouvernement américain aux Séminoles entre 1835 et 1842.

Nous le suivons ici dans une opération contre un fort tenu par des trafiquants d’armes et surtout la fuite devant les Indiens dans les Everglades, cette région marécageuse très dangereuse de Floride.

 

Walsh termine 1951 avec un nouveau western (le deuxième), et surtout l’immense (par la taille et le talent) Gary Cooper. Il s’agit aussi du premier film où on peut entendre le cri Wilhelm, poussé ici par Sheb Wooley (le soldat Jessup) alors qu’il est entraîné par un alligator (1). Mais il s’agit aussi d’un film sur les guerres indiennes, qui se déroule plus tôt que les westerns traditionnels avec duel au coucher du soleil ou autre règlement de compte à coup de fusil comme on en trouvait beaucoup à la même époque.

Ici, pas de microcosme des pionniers comme on en a l’habitude depuis The covered Wagon ou the big Trail, mais un univers naturel et sauvage, fatalement hostile où les alligators et autres reptiles sont à leur aise.

 

IL y a chez Wyatt une noblesse indissociable de Gary Cooper : c’est un homme ouvert – il a épousé une Indienne – et bon – il a pardonné aux meurtriers de sa femme – ainsi qu’un soldat très courageux et attentif à ses hommes (dans une certaine mesure). En effet, lors des différentes manœuvres de repli inévitable, il est toujours le dernier) partir, veillant à n’abandonner personne.

Mais comme nous sommes malgré tout chez Raoul Walsh, on retrouve quelques éléments récurrents, et en particulier un  partenaire pour Wyatt : Monk (Arthur Hunicutt). Certes, ce n’est pas Walter Brennan, mais on retrouve tout de même un côté rude chez ce trappeur, qui est avant tout un ami indéfectible de notre héros, amenant de par son attitude quelques éléments comiques dans un film qui n’en a pas tant que ça.

 

Il faut dire que le sujet de l’intrigue se base sut une période historique pas spécialement glorieuse des Etats-Unis : la seconde guerre séminole avait pour origine  la déportation des Amérindiens de Floride. Il y aura une troisième guerre qui ne laissera plus qu’une centaine d’Indiens encore en vie une quinzaine d’années plus tard (1855-1858).

Et si les Séminoles subissent ici de lourdes pertes, il en va un peu de même pour les « tuniques bleues », mais surtout Walsh insiste sur le fait que tous les Indiens ne sont pas les mêmes. Dès le début, alors que le lieutenant Richard Tufts (Richard Webb), le narrateur, rencontre un Indien, son réflexe est de sortir son sabre du fourreau. Il est rapidement stoppé dans son élan par Monk qui lui explique que l’homme qu’il voit est un ami.

De la même façon, Wyatt explique qu’il n’en veut pas aux Séminoles d’avoir tué sa femme puisque ce ne sont pas eux qui ont tué sa femme. Par contre, on ne sait pas trop pourquoi il leur en veut, si ce n’est la logique de la guerre qui perdure (L’intrigue se situe en 1840).

Nous n’en sommes tout de même pas encore au revirement qui s’amorcera bientôt et nous amènera quelques westerns humanistes, mais on sent que tout est prêt pour le changement de point de vue.

 

Et puis il y a LA femme. Elle est belle et ne manque pas d’appas et n’a surtout rien à envier à Jane Russell dans The Outlaw. Et bien sûr, elle va succomber au charme de Wyatt (normal, c’est Gary Cooper !), changeant d’état d’esprit à force de côtoyer cet homme. Mari Aldon (Judy Beckett) ici était une actrice américaine qui ne compta qu’une douzaine de films au cinéma, concentrant sa carrière à la télévision. On se souvient surtout de son rôle dans ce film grâce à la photo célèbre qui en fut tirée et utilisée pour sa promotion (voir ci-dessus).

 

Et les tambours (2) ?

On commence à les entendre quand Wyatt et son équipage pénètrent les marais. Ce sont des tambours d’avertissement tout d’abord, annonçant aux autres Indiens la situation. Rapidement, ils deviennent un accompagnement sonore permanent, qui ne sera interrompu que par l’issue de l’affrontement final (3). Ces tambours indiens seront alors remplacés par celui de l’armée américaine, beaucoup plus martial, et donc beaucoup moins mélodieux.

Mais ceci n’est qu’une question de goût…

 

  1. Un des habitants des Everglades.
  2. Le titre original pourrait se traduire par « Tambours dans le lointain ».
  3. Il y en a tout de même un, nous sommes dans un western !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Policier, #Alfred Hitchcock
Les Cheveux d'or (The Lodger: a Story of the London fog - Alfred Hitchcock, 1927)

TO-NIGHT GOLDEN CURLS : « Ce soir boucles blondes ».

Cette accroche pour un spectacle de music-hall avec perruques blondes peroxydées est surtout un leitmotiv du film, revenant (donc) à plusieurs occasions, et jusqu’à la toute dernière séquence (1). Ces trois mots sont aussi annonciateurs de malheur, et en particulier de meurtre puisque que le Vengeur (« The Avenger ») tue des femmes, et pas n’importe lesquelles : des blondes.

Tout commence par le visage en gros plan d’une femme – blonde – qui crie, une autre femme au regard effrayé, un bobby qui prend des notes, un journaliste qui en fait autant : voici le premier grand meurtre des films d’Alfred Hitchcock.

Nous sommes en 1927, et l’année faste du cinéma qui vient de s’ouvrir (2) compte ce qui fut le premier grand film de Hitchcock. Tout est là : le crime, le sexe, la religion (Hitchcock était un catholique élevé chez les jésuites), l’innocence maltraitée.

Oui, c’est du grand Hitchcock, à mon avis son premier très grand film.

 

Mais reprenons : chaque mardi soir, un dangereux et insaisissable criminel – Le Vengeur, donc – tue une femme. Une autre femme l’a aperçu et décrit : il est grand et il porte une écharpe qui lui cache le bas du visage.

Londres a peur.

Chez les Bunting – la mère (Mary Ault), le père (Arthur Chesney) et la fille Daisy (June Tripp) – arrive un nouveau locataire (3). C’est un jeune homme bien singulier (Ivor Novello) qui porte une écharpe qui lui cache le bas du visage (tiens, tiens…) et demande d’enlever les gravures de sa chambre parce qu’il ne les aime pas du tout : ce sont toutes des jeunes femmes blondes (tiens, tiens. Encore.)

J’ai oublié de préciser : la belle Daisy a les cheveux blonds…

 

A l’origine, Hitchcock voulait que ce locataire ne soit pas identifié, que le doute subsiste jusqu’au bout : il serait reparti – dans la nuit, cela va de soi – sans qu’on en sache plus. Mais vous connaissez les producteurs, il leur faut du tangible et finir un film sur une nouvelle énigme n’est pas très vendeur. Et pourtant, quelle fin cela aurait été !

Le film commence sur les chapeaux de roue, sur ce visage hurlant (silencieux pourtant) et la suite va démontrer le talent de Hitchcock : bien que nous n’ayons rien vu du meurtre qui vient de se commettre, nous savons qu’il s’agit d’un événement dans l’intrigue : on voit alors se mettre en branle la presse et le retentissement que les journaux vont faire de ce meurtre auprès de la population. C’est mené de main de maître, avec un montage dynamique qui suit avec frénésie la transmission de l’information pour arriver là où il le souhaitait : chez les Bunting.

Les images que nous avons vues vont conditionner l’arrivée du locataire. Ajoutons qu’au moment où il arrive, la maison est plongée dans l’obscurité du fait de l’épuisement du gaz (4), accentuant l’aspect inquiétant du personnage.

 

Je l’annonçai plus haut, nous sommes pleinement chez Hitchcock, avec un crime (il y en aura même deux), de la religion et du sexe. Pour le crime, c’est tout vu, mais question religion, on trouve deux belles références qui sont liées : le jeune homme qui regarde à la fenêtre et le sauvetage de dernière minute (merci Griffith !).

En effet, alors qu’il regarde par la fenêtre, la croisée de la vitre s’inscrit sur son visage parfaitement : une croix prémonitoire en plein milieu du visage, la barre horizontale sur ses yeux.

Prémonitoire ? Nous retrouverons le thème christique de l’innocent maltraité quand la foule va se ruer sur le jeune homme qu’on soupçonne d’être le meurtrier, et qui sera décroché d’une grille (où il s’était coincé) et porté à terre, rappelant sans équivoque une pietà.

Et puis le sexe : Hitchcock était fasciné par les femmes (5), et on retrouve régulièrement des références à leur corps, voire à la nudité qu’il ne pourra pas révéler avant Frenzy (en 1971 !).

Si Psychose a sa scène de la douche (et quelle scène !), ici, ce serait celle de la baignoire : Daisy se fait couler un bain et Hitchcock, par l’intermédiaire du montage va aller le plus loin possible dans la révélation du corps féminin sans jamais outrepasser les critères des bonnes mœurs de l’époque. Il va faire se déshabiller la jeune femme alors que la vapeur s’installe dans la pièce, jusqu’à la coupe avant qu’elle ôte tout à fait son haut. Puis il en ira de même lors de la sortie de la baignoire, la jeune femme s’enveloppant d’un peignoir cachant bien ses formes sans pour autant empêcher la suggestion. Avec en prime le visage excité de Novello qui lui parle à travers la porte : est-ce du désir, est-ce son état normal, on ne sait pas.

Du grand art !

 

Ajouter à tout cela des surimpressions habiles – les pas que l’on voit en transparence – et toute une gamme de regards et vous aurez une idée de ce grand film. Sans oublier les éclairages – et les différents filtres pour illustrer les lieux ou/et les moments de la journée – qui ne sont pas sans rappeler l’école allemande, Murnau surtout, avec des jeux d’ombre accentués par le brouillard annoncé dans la deuxième partie du titre original.

Certes, on peut tout de même reprocher une certaine lenteur dans l’action, voire un certain statisme des personnages, mais au regard du film en entier, cela s’intègre parfaitement au reste, lui donnant une teinte très particulière par rapport à ce qui se faisait à l’époque en Angleterre.

 

Bref. Un chef-d’œuvre.

 

  1. Si, si, regardez bien !
  2. Le film sort le 14 février : quelle belle façon de célébrer la saint Valentin…
  3. D’où le titre original.
  4. En Angleterre, les maisons possédaient un compteur qui n’ouvrait la vanne de gaz une fois qu’une pièce y était introduite.
  5. Les blondes certes, mais pas que…

 

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