Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Thriller, #Lois Weber, #Philip Smalley
Suspense (Lois Weber & Philip Smalley, 1913)

Lois Weber (1879-1939) était la pionnière du cinéma américain. Quand sort Suspense, elle a déjà de nombreuses réalisations à son actif, la plupart codirigées avec son mari Phillips Smalley.

Le film se situe en plein essor cinématographique du couple qui va réaliser l’année suivante un premier moyen-métrage : le Marchand de Venise.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

Reprenons.

 

Alors que la domestique (Lule Warrenton) fuit la maison isolée d’une jeune femme et son enfant, un vagabond malintentionné (Sam Kaufman) va pénétrer dans cette même maison pendant que le mari (Valentine « Val » Paul) sera parti précipitamment au secours de sa femme après que celle-ci lui ait téléphoné.

 

Ici, en 10 minutes, tout et dit : le couple Weber-Smalley nous montre qu’il sait filmer et en plus utiliser des techniques novatrices.

En effet, alors que la majorité de la production se contente de plans d’ensemble ou de plans américains, on est frappé par l’utilisation d’un cadrage en plongée pour montrer en caméra subjective ce que voit la femme (Lois Weber) de sa fenêtre en haut : un vagabond qui rôde dangereusement près de la maison. De plus, l’utilisation d’un gros plan du visage du vagabond va conditionner le suspense du film : on sent la menace que représente ce rôdeur.

Mais surtout, c’est l’utilisation de l’écran divisé qui retient le plus notre attention. Non parce que c’est la première fois que c’est employé au cinéma (1), mais parce qu’on est peu habitué et surtout parce que ce plan triple est d’une grande pertinence narrative.

 

Le premier élément qu’on voit, un triangle qui a pour base le bas de l’écran, c’est le mari au téléphone qui prévient sa femme qu’il sera en retard le soir. Puis, quand on revient sur ce même triangle, il a été complété par deux autres (voir photo ci-dessus) : la femme au téléphone (à droite) et le vagabond qui rôde (à gauche).

Autre effet visuel intéressant : la poursuite en voiture vue à travers le rétroviseur extérieur.

La mari a « emprunté » une voiture et est poursuivi par son propriétaire aidé de la maréchaussée. A plusieurs reprises, nous pouvons apercevoir la voiture de police qui s’approche de celle que conduit le mari. Encore une fois, on retrouve cette idée de caméra subjective qui rend la poursuite plus vivante et accentue le suspense annoncé.

Le tout, bien sûr, intégré dans un montage parallèle qui n’est certainement pas sans rappeler les sauvetages de dernière minute de D.W. Griffith.

A propos de Griffith, cette séquence de sauvetage n’est pas sans rappeler celle de A Woman scorned qu’il a réalisé deux ans plus tôt.

 

Au final, nous avons un film bref mais intense et surtout d’une très grande maîtrise technique. Weber et Smalley donne une dimension supplémentaire à ce suspense en introduisant un principe de caméra subjective pour permettre au spectateur d’être au plus près de l’action (2).

Un grand moment de cinéma.

 

  1. Une présentation du film insère une intervention de Kevin Brownlow qui explique que c’est au Danemark qu’il faut trouver sa première utilisation.
  2. Dès la première séquence, on utilise cette caméra subjective : la domestique regarde par le trou de la serrure et le plan suivant voit ce qu’elle voit à travers une forme de serrure.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fantastique, #Drame, #Victor Sjöström
La Charrette fantôme (Körkarlen - Victor Sjöström, 1921)

Saint Sylvestre, 19…

Sœur Edit (Astrid Holm) est sur son lit de mort. Entourée de sa mère (Concordia Selander) et de sa consœur Maria (Lisa Lundholm).

Avant de mourir, elle veut voir une dernière fois David Holm (Victor Sjöström), un vagabond qui a quitté femme et enfants pour entrer en boisson.

Un an plus tôt, déjà à la veille du jour de l’an, Holm avait franchi le premier la mission qui venait d’ouvrir et avait été recueilli par Edit qui avait prié pour sa situation évolue.

Un an après, donc, pas dévolution. Pire, même.

 

On peut lire (un peu) partout qu’avec ce film, Victor Sjöström est entré par la grande porte dans l’univers restreint des maîtres du cinéma. Et je dois avouer que c’est tout à fait légitime tant cette Charrette fantôme est magnifique.

C’st un véritable festival de cinéma – et nous ne sommes qu’en 1921 – tant du point de vue des images que de l’intrigue, sans oublier le jeu – subtil – des différent·e·s actrices et acteurs, dont le réalisateur lui-même dans le rôle principal masculin.

En effet, Sjöström réussit à fusionner deux éléments qui ne font pas toujours bon ménage : un film édifiant et fantastique (comme le genre).

 

Cette charrette fantôme dont il est question est celle qui vient chercher les morts une fois leur dernier souffle expiré. Elle est conduite par le dernier mort de l’année précédente. Ici, en l’occurrence, c’est Georges (Torre Svennberg), un ami de Holm qui l’a – malheureusement – amené sur la pente fatale alcoolique qui le fit déserter le monde social des hommes et l’a amené toujours plus bas dans sa condition : non seulement il a quitté femme et enfants, mais son frère sous l’emprise de ce même alcool qu’il lui avait fait adopter comme maître, a tué un autre homme et doit payer longtemps en prison.

Bref, Holm est un sale personnage, une espèce de salaud comme on en croise régulièrement dans ce genre de films.

 

Mais c’est bien sûr le côté fantastique qui donne toute sa mesure au film, avec une utilisation superbe des surimpressions : cette charrette apparaît quand quelqu’un meurt, et son cocher emporte avec lui chaque nouvelle victime qu’il croise sur son chemin.

Il y a dans ce personnage mortifère une réminiscence de l’Ankou breton, ce valet de la mort qui passe avec sa charrette pour récupérer les trépassés. Mais alors que la faux du Suédois est identique à celles du paysan, celle de l’Ankou a une lame saillante : l’Ankou ne fauche pas les âmes vers lui, il les pousse de sa lame (1).

 

Et tout le film repose sur une série de surimpressions censées représenter les trépassés – David Holm et Georges, le conducteur du moment – au milieu d’une intrigue des plus complexes.

En effet, Alors que tout commence par l’agonie de sœur Edit, on apprend progressivement comment elle a contracté la maladie qui est en train de la tuer, qui en est le responsable – David, bien sûr – comment ils se sont rencontrés et surtout comment David en est arrivé là. Avec ensuite ce qu’il s’est passé entre la date de la rencontre entre David et Edit, jusqu’à l’issue inévitablement tragique de cette veille de nouvel an.

Et il y a dans cette dimension fantastique une sobriété là aussi superbe, maîtrisée, qui évite de tomber dans la facilité du sensationnalisme. Sjöström maîtrise de bout en bout son sujet, d’autant plus qu’il interprète David et obtient donc facilement l’effet recherché de ce personnage.

A ses côtés, ce sont des interprètes eux aussi dans la nuance, sobre dans leur jeu et leurs actions qui donne une dimension quai spirituelle au film.

 

De plus, la photographie de Julius Jaenzon est de toute beauté, bénéficiant d’une teinte pour chaque lieu différent, et surtout jouant avec beaucoup de bonheur et de brio avec l’éclairage, qu’il soit celui du plateau où parmi les accessoires : la famille debout devant David allongé, terrassé par l’ivresse, est d’une très grande qualité esthétique.

Bref, un film repère dans la carrière de Sjöström.

 

Curieusement, ce film ne connut pas le succès attendu aux Etats-Unis. Cela n’empêcha pas Louis B. Mayer de faire venir Sjöström à Hollywood où il réalisera quelques chefs-d’œuvre, mais  malheureusement quelques-uns ont disparu.

 

(1) Ici, la faux est plus un élément décoratif qu’autre chose puisque son possesseur ne l’utilise jamais. Une simple réminiscence de la représentation universelle de la mort avec cet instrument.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Joseph L. Mankiewicz
Le Limier (Sleuth - Joseph Mankiewicz, 1972)

Milo Tindle (Michael Caine), coiffeur, a été invité par Andrew Wyke (Laurence Olivier), écrivain de romans policiers à succès, à venir le rejoindre dans sa grande propriété isolée.

Après quelques verres, Wyke va entrer dans le vif du sujet et expliquer cette convocation : Tindle a l’intention d’épouser la femme de Wyke avec qui il a une relation.

Bien sûr, Wyke n’est pas très favorable à cette union, mais beau joueur (1), il désire arranger le couple et propose à Tindle de l’aider à démarrer sa nouvelle vie.

Mais si Wyke est un joueur, il n’en est pas obligatoirement beau.

Et derrière ce qui semblait être un gentleman’s agreement se cache une machination terrible qui amènera la mort –inéluctable – de l’un des deux protagonistes.

 

Annoncer la mort de l’un des deux n’est pas spécialement dévoiler la résolution de l’intrigue. En effet, dans les histoires d’adultère (2), il n’y a que deux façons d’opérer : comique ou tragique. Rarement entre les deux.

Comique et on se moque du pauvre cocu ; tragique et on tombe dans le crime passionnel, ce qui semble le cas ici.

Par contre, je ne garantis pas que ce qui va suivre ne va pas donner des indications pertinentes quant à cette résolution. Donc si vous n’avez vu ni le film, ni la pièce ni encore le remake de 2007 de Kenneth Branagh (3), passez votre chemin.

 

Mais le centre du film, c’est avant tout le jeu.

Nous assistons à un duel ludique qui se transforme peu à peu en affrontement pour la vie, un combat à mort entre deux hommes pour une femme : rien de bien nouveau finalement.

Mais l’intérêt réside essentiellement dans le jeu des acteurs. C’est un combat de titans entre deux grands noms de l’écran (et/ou de la scène) britannique.

Cet affrontement se joue en deux manches gagnantes : une première partie puis une revanche et finalement la belle qui verra la victoire de l’un des deux protagonistes. Enfin qui devrait voir cette victoire. Parce que dans les affaires d’amour, cela ne se passe pas toujours comme prévu. Et bien sûr, ici encore moins.


Il faut dire qu’après la première manche remportée (avec brio ?) par Wyke, intervient celui qui donne son nom au titre : le limier, en l’occurrence l’inspecteur Doppler (Alec Cawthorne).

C’est un personnage peu ragoûtant aux méthodes opposées à celles des policiers décrits par Wyke dans ses romans. Non seulement il n’est pas idiot, mais en plus il possède le flair nécessaire à sa fonction et à son surnom (4).

S’ensuit alors un nouveau duel là encore très engagé et surdimensionné entre un policier plus fin qu’on ne pense et un grand esprit qui voit sa machination se retourner contre lui.

Doppler prend alors les commandes et joue – à son tour – avec Wyke qui va expérimenter les mêmes affres que Tindle précédemment.

 

Reste alors la belle qui va résoudre cette intrigue – brillante – avec le résultat tragique que l’on sait. Mais là encore, le résultat ne vaut que par la façon d’y arriver et ses conséquences directes qui découlent du basculement final : le film (comme la pièce) comporte d’ailleurs une suite de rebondissements qui déplacent l’intrigue toujours plus loin vers la tragédie annoncée.

Mais il ne faut jamais perdre de vue le côté ludique de cette intrigue. Et parmi toute cette débauche de jeu, c’est avant tout celui des deux immenses acteurs qui prévaut, donnant à cette intrigue tout son sel.

Par contre, cette même intrigue a tendance à occulter l’aspect cinématographique en tant que tel, faisant de ce film essentiellement du théâtre filmé.

 

PS : je ne résiste pas à partager la première rencontre entre Michael Caine et Sir Laurence Olivier. Caine ne savait pas comment s’adresser à lui du fait de sa particule. Olivier répondit ainsi : « Je suis lord Olivier et vous êtes monsieur Michael Caine. Enfin ça c’est seulement la première fois. Après, je serai Larry et vous serez Mike. »


PPS : si vous avez aimé le film (vous êtes nombreux), je vous encourage à lire Cinéma de Tanguy Viel, où comment un film va obséder un homme au point de ne voir sa vie qu’à travers.

 

  1. fair play, comme on dit en français.
  2. Ca fait mieux que «  histoire de cocu »…
  3. Avec Michael Caine, mais 35 ans plus tard, il ne peut plus interpréter que Wyke…
  4. N’oublions pas que le limier désigne aussi un chien de chasse, donc au flair très sensible.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Billy Wilder
Avanti! (Billy Wilder, 1972)

Wendell Ambruster Jr. (Jack Lemmon) part pour l’Italie : son père vient de mourir dans un accident de voiture.

Arrivé sur place, il se rend compte que son père n’était pas seul quand il est mort : il partageait la voiture avec Katherine Piggott. D’ailleurs, sa fille Pamela (Juliet Mills) est venue elle aussi pour récupérer le cadavre de sa maman.

C’est la révélation pour Wendell Jr. : son père avait une relation avec une autre femme, lui qui était un pilier de l’église baptiste de sa contrée !

Et il semble que l’histoire se répète…

 

A l’origine, c’est une pièce de théâtre de Samuel A. Taylor. Mais avec Billy Wilder, vous pouvez être sûr que nous sommes au cinéma !

Et Wilder sort facilement du cadre figé théâtral pour emmener ses interprètes dans l’île d’Ischia, surtout l’îlot rocheux à quelques brasses de l’hôtel : au petit matin  alors que tout le monde dort, on assiste avec beaucoup de plaisir au lever du soleil quand on y est allongé nu…

Vous l’avez compris, les deux cadavres sont un prétexte à la rencontre de deux êtres fort différents, tout comme leurs parents, mais qui vont vivre une histoire d’amour forte.

Et Wilder a fait appel à son vieux complice Jack Lemmon (4 films ensemble avant celui-ci et deux autres ensuite) pour interpréter cet homme d’affaires qui va de déconvenue en déconvenue à propos de son père mais va finalement se ranger à son avis !

A ses côtés, Juliet Mills est une pétillante Pamela, aussi à l’aise habillée que nue : et pourtant son personnage est une anglaise comme il faut (1).Son enthousiasme rythme avec bonheur cette comédie un tantinet immorale.

Dernier protagoniste, et non des moindres, de cette comédie : Carlo Carlucci (Clive Revill), le patron de l’hôtel qui abrite ces aventures extraconjugales. Carlucci n’est pas l’homme de la situation mais bel et bien l’homme des situations, couvrant avec beaucoup d’à propos cette histoire d’amour bien singulière, facilitant le rapprochement des deux êtres malgré eux. Indispensable.

 

Mais surtout, Wilder nous montre son grand talent pour la comédie, démarrant son film par une séquence muette (4 minutes) faite en plus de non-dit qui nous donne le ton. On retrouvera ce parti pris non sonore quand la belle Pamela se promènera dans Ischia, ou encore à la morgue avec l’employé du service et ses formalités administratives (Pippo Franco).

Et à nouveau, Wilder nous amuse avec une histoire d’infidélité. Mais le temps a passé depuis 7 Year Itch ou Kiss me, Stupid et le public n’est plus choqué par cette histoire extra maritale (1).

Et encore une fois, Jack Lemmon est formidable et cette histoire d’amour insolite qui amène immanquablement (au moins) le sourire au spectateur.

Avec en prime un petit clin d’œil au passé (moins glorieux) italien quand J.J. Blodgett (Edward Andrews) vient démêler la situation et précipiter la séparation des deux amants. Et là encore, on ne peut rester indifférent face à ce fonctionnaire zélé (et nostalgique)…


Certes, Billy Wilder est à la fin de sa carrière (il tournera encore trois films), mais il maîtrise toujours son sujet, dirigeant avec toujours le même talent ses différents interprètes et amenant une certaine sobriété dans une intrigue qui aurait pu facilement être emportée dans un rythme endiablé avec des acteur·rice·s surjouant frénétiquement.

Il n’en est rien. Tant mieux !

 

(1) 1968 est passé par là, même en Angleterre !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Jonathan Demme
Ricki and the Flash (Jonathan Demme, 2015)

Ricki Donzelli, ou plutôt Linda Brummel (Meryl Streep) est une rock star. Enfin plutôt, était une rock star. Ou plus précisément aurait bien aimé être une rock star.
Elle est même partie en Californie pour ça, mais à part un disque, elle n’a pas fait grand-chose. Même ses enfants, elle ne les a pas vus grandir, pendant que son mari Pete (Kevin Kline) se remariait avec Maureen (Audra McDonald) qui a pris sa place. Partout, même dans l’éducation de ces mêmes enfants.

Aujourd’hui, Ricki-Linda a vieilli, pris du poids et travaille comme caissière, animant les soirées du Salt Well, un bar du coin où elle a son public, avec son groupe : The Flash.

Mais sa fille va très mal. Ricki va donc retourner dans cette famille qu’elle a laissée voilà de bien nombreuses années.

 

Encore une histoire familiale où l’un des deux parents est passé à côté de l’éducation de ses enfants ?

Oui. Et un peu non. En effet, cette Ricki est un personnage fascinant, avec dans la tête ce même rêve qui l’habite depuis trente ans, mais aussi dans une réalité des plus minable, comme sa carrière de chanteuse de rock. Il y a un contraste formidable entre son énergie et sa présence sur scène et celle de son travail où elle gagne des clopinettes mais avec le sourire pour ne pas déprimer le client.

Alors quand elle doit retrouver ceux qui furent sa famille, même pour quelques jours seulement, c’est une occasion inespérée de renouer un brin avec ces étrangers.

Avec sa fille, Julie (Mamie Gummer), dépressive qui essaie de sortir d’un divorce dû à un mari minable tout d’abord ; avec ses deux fils, Josh (Stan « Bucky » Sebastian) qui va se marier, et Adam qui est gay ; et bien sûr avec celui qui fut son mari. Sans oublier la belle-mère Maureen qui possède tellement de qualités !

 

Bref, c’est une histoire du genre Mission Impossible qui nous est proposée, mais c’est surtout une comédie (1) douce-amère qui est menée avec beaucoup de sensibilité par Jonathan Demme dont c’est, hélas, le dernier film.

Bien sûr, c’est Meryl Streep qui rayonne tout au long du film, et c’est bien normal, c’est une actrice tellement extraordinaire. Elle a une façon d’assumer son âge qui la rend encore plus merveilleuse. Evidemment, son personnage étant à la poursuite d’une chimère, on ne passe pas à côté de son look qui n’a pas dû beaucoup changer en trente ans : coiffure mixte, blouson noir, bijoux multiples et tatouages. Sans oublier les Doc Marten’s montantes…

Bref, un pur produit des années 1980, dans son allure comme dans ses idées : l’une de ses premières interventions laisse entendre que l’élection de Barack Obama ne l’a pas vraiment satisfaite… Plus tard, on apprend même de son fils Adam qu’elle aurait voté George W. Bush. Et deux fois !

 

Bref, c’est une femme américaine jusqu’au bout des ongles, un tantinet réactionnaire (voir ci-dessus), mais c’est peut-être normal d’une femme qui a perdu son frère au Vietnam.

Mais je ne vais pas juger de son parcours ni de ses idées, parce que ce n’est pas le propos du film.

Il s’agit avant tout d’une belle histoire d’amour. Tardive entre une mère et ses enfants, et récente entre une femme mûre et son partenaire de scène qui l’est tout autant qu’elle (Rick Springfield). Et les deux faces de cette même femme s’interpénètrent avec bonheur, faisant de ce film à l’intrigue un tantinet convenue (2) un film subtil et beau.

Bien sûr, elle retrouvera l’amour des siens, c’est une comédie, donc ça se termine bien, mais ça ne va pas se passer facilement : n’oubliez pas la place indispensable de la Rédemption chère à nos amis américains !

Parce qu’il n’est encore une fois question que de ça : Ricki va devoir expier pour être sauvée. Et cette expiation prendra différentes formes : la belle-mère Maureen qui a pris sa place, mais surtout l’attitude des invités au mariage de Josh et Emily (Hailey Gates). Ce sont des regards désapprobateurs et surtout une réflexion d’une invitée qui ne la « rate pas » !

D’une manière générale, le scénario de Diablo Cody est l’occasion de ces réflexions qui font mouche et qui font dire aux observateurs : « Pfiouuuu ! ». Ou comme disent les anglo-saxons : « Touché ! »

 

  1. Ca se termine bien, c’est déjà ça !
  2. Une mère qui cherche à rattraper le temps perdu.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Raoul Walsh
La Charge fantastique (They died with their Boots on - Raoul Walsh, 1941)

De West Point à Little Bighorn, voici la charge fantastique du titre français de George Armstrong Custer (Errol Flynn) : l’un des pires éléments de l’école prestigieuse militaire – pire que Grant (Joseph Crehan), c’est dire – qui s’illustra pendant la Guerre de Sécession avant de participer aux guerres indiennes qui suivirent le conflit. Et bien sûr, il devint l’un des plus grands héros de l’Ouest américain.

Blanc.

 

Autant le dire tout de suite, la vérité historique n’est pas toujours là. La première partie (jusqu’à la 74ème minute) est à peu près correcte, mais à partir de là, nous nageons dans un à peu près historique qui n’est pas pour déplaire à Raoul Walsh, grand conteur et surtout menteur invétéré du cinéma américain.

Mais peu nous importe cette vérité : nous sommes au cinéma, et c’est avant tout le spectacle qui nous intéresse.

Et du spectacle, ici, il y en a !

 

Cinq ans plus tôt, Custer avait déjà été la vedette (secondaire) d’un western qui traitait de la même période : The Plainsman. Mais ici, il passe au premier plan, et comme en plus il est interprété par le grand (et beau) Errol Flynn, on aurait tort de bouder son plaisir !

Et en plus, on retrouve à ses côtés une de ses partenaires mythiques : la belle (et talentueuse) Olivia de Havilland (Libby Bacon Custer) qui vient de fêter ses 104 ans (!) le 1er juillet dernier. C’est d’ailleurs leur dernier film ensemble – le huitième (1).

Et comme nous sommes chez Walsh, on ne peut pas passer à côté de l’humour, qui s’exprime essentiellement pendant la séquence à West Point où Custer y fait une entrée remarquée et est pris en grippe par deux personnages qui auront leur importance dans son destin (cinématographique) : Ned Sharp (Arthur Kennedy) et Romulus Taipe (Stanley Ridges).

 

La première partie (73 minutes environ) voit la montée en puissance d’un personnage hors du commun (en ferait-on un film s’il en était autrement ?) et qui va se révéler dans le point culminant : la Guerre Civile. On découvre déjà une forme d’obstination chez ce général malgré lui (et surtout malgré Taipe !) quand on le voit emmener les différents bataillons du Michigan à l’assaut de l’armée de Stuart jusqu’à ce que cela paye : on ne donne pas le nombre de morts que ces assauts ont engendrés. On retrouvera cette même obstination quand Custer décidera d’affronter les Indiens à Little Bighorn, mais pas dans ce film.

Les différentes scènes de bataille de la Guerre de Sécession ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les débuts de Walsh en tant que réalisateur : il fut l’assistant de Griffith sur Naissance d’une Nation qui voit déjà une très belle séquence de bataille militaire : celle de Gettysburg (1863).

 

Au bout de 73 minutes, donc, apparaissent les premiers Indiens. Custer a été envoyé dans le Dakota du Sud, à Fort Lincoln, en bordure des Collines Noires.

C’est donc là que la fiction prend le dessus de l’Histoire, puisqu’on y découvre un Custer fort humain voire humaniste. On peut croire ce qui concerne la remise en état du célèbre 7ème de Cavalerie pour en faire un bataillon d’élite, ainsi que son hymne : Garryowen. Vous savez cet air entraînant qui retranscrit très bien le rythme d’une galopade (vous pouvez l’écouter ici à partir de 1 min 17).

Par contre, pour ce qui est des relations avec les Indiens, on a le droit d’être très circonspect. Avec en point d’orgue la réplique de « Queen’s Own » Butler (G.P. Huntley) : « les vrais Américains sont derrière les collines et portent des plumes ». Il fait ici référence aux Indiens de Crazy Horse (Anthony Quinn).

 

Et tout comme dans le film de DeMille, nous assistons à la fin héroïque de notre héros. Mais cette fois-ci, ce n’est pas seulement une évocation : Walsh met les petits plats dans les grands et nous offre un dernier souffle épique ainsi qu’un massacre en règle.

Certes, il conserve le point de vue de Custer et Flynn est aussi fantastique que le titre français, mais on assiste tout de même à une boucherie terrible : Comme on dit chez nous : « ça tombe comme à Gravelotte. » Quant à l’assaut final – à pied – il est d’une rare violence pour un film de cette époque. Ca trucide et ça frappe à tout va : heureusement que le film est en noir et blanc et que le sang ne coule pas autant qu’à notre époque parce qu’on aurait un sol bien rouge.

Il n’empêche, ce final est absolument magnifique : pour une fois que les Indiens gagnent !

 

Si la vérité n’est pas vraiment respectée, on ne peut négliger la situation (géo)politique des Etats-Unis en novembre 1941 : la guerre approche (16 jours plus tard aura lieu l’attaque japonaise à Pearl Harbour).

On y retrouve dans les films de cette année de nombreuses références ainsi qu’un encouragement latent à l’intervention contre les nazis (The long Voyage home, Foreign Correspondent).

Et on peut voir dans le travail de Custer pour créer un bataillon d’élite un encouragement national à l’unité dans le conflit à venir. Les valeurs exaltées dans son discours à son état-major  (avec l’adoption de Garryowen) vont dans ce sens. Et derrière Custer et ses hommes qui partent rencontrer leur destin (fatal), c’est l’Amérique (du Nord, entre le Canada et le Mexique) qui se prépare à entrer en guerre pour combattre les ennemis de la liberté.

Hélas, ce sont les Indiens qui en font les frais.

 

(1) Je sais, ils jouent aussi tous les deux dans Thank your lucky Star (1943). Mais ils n’y sont pas réunis comme dans les autres.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Steven Spielberg, #Peter Jackson
Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (The Adventures of Tintin - Steven Spielberg, 2011)

J’ai parlé ici la dernière fois de la difficulté d’adapter les bandes dessinées francophones, ce qui fut déjà le cas pour Tintin au cinéma voilà une cinquantaine d’années. Mais je parlais de film « en chair et en os », ce qui n’est pas le cas de cette (très) belle adaptation des aventures de Tintin (1).

En effet, Spielberg nous propose ici un film entièrement numérique reprenant le jeune reporter du Petit Vingtième, dans une intrigue – complexe puisqu’il y a trois albums concernés – qui permet aussi de présenter Tintin et son univers pour les spectateurs qui ne le connaissaient pas lors de la sortie du film (2) : une sorte de mise à jour.

 

Tintin (voix de Jamie «  Billy Elliot » Bell), après s’être fait tirer le portrait par un dessinateur de rue qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Hergé, découvre au marché aux puces une maquette de la Licorne, un vaisseau du 17ème siècle. Une fois le bateau acheté, Tintin est sollicité pour le revendre, ce qu’il refuse.

Mais le bateau est volé chez lui et Tintin va faire la rencontre de Sakharine (vois de Daniel « James Bond » Craig), un homme trouble et fortement antipathique.

En achetant ce bateau, Tintin a mis le pied dans une affaire qui l’amènera en Afrique et surtout sur la piste d’un trésor fabuleux : le trésor de Rackham le Rouge.

Et surtout, il va rencontrer un marin alcoolique au verbe fort : le capitaine Haddock (voix de Andy « Gollum » Serkis), qui deviendra son meilleur ami.

 

Si l’adaptation de l’univers tintinesque est très réussie, il ne faut pas trop en demander au scénario. En effet, alors que l’intrigue principale concerne l’album Le Secret de la Licorne, on y trouve des références et des personnages qui viennent du Crabe aux Pinces d’or – Allan (voix de Daniel Mays) & Omar Ben Salaad (voix de Gad Elmaleh) – et un final qui rappelle celui du Trésor de Rackham le Rouge. L’utilisation (détournée) du Crabe permet surtout la rencontre entre Tintin et Haddock sur le Karaboudjan, le mythique bateau du capitaine. Parce qu’à la différence d’Alexandre Coffre et ses Aventures de Spirou (voir précédemment), Spielberg et ses scénaristes ne dénaturent pas le personnage de Tintin et le montrent tel qu’il fut imaginé par Hergé, voilà maintenant plus de 90 ans !

Et le résultat est à la hauteur de nos espérances !

 

En effet, si on dévie inévitablement de l’intrigue originale du Secret, Spielberg réussit tout de même à capturer l’esprit de la bande dessinée de Georges Rémi. On y retrouve les rebondissements habituels, des méchants qui le sont beaucoup, un capitaine très imbibé et la paire de détectives Dupond et Dupont, appelés ici (en VO) Thompson (voix de Simon Pegg) & Thomson (voix de Nick Frost) et aussi maladroits et ahuris que leurs modèles de papier. On notera en prime un détail savoureux : les deux acteurs qui doublent ces policiers forment un duo célèbre en Angleterre (et ailleurs) et ont tourné dans une série de trois films dont j’ai déjà parlé ici.

On pourra s’étonner de la présence incongrue à première vue de Bianca Castafiore (voix de  Kim Stengel) mais son rôle est indispensable dans l’intrigue.

 

Et avec Tintin, Spielberg renoue avec la grande aventure celle d’Indiana Jones qui est un héritier assumé de Tintin : Spielberg a toujours été un grand fan du petit Belge et ne s’en est jamais caché.

Tout comme l’archéologue, Tintin est très courageux et il sait se servir d’une arme à feu, n’hésitant d’ailleurs pas à s’en servir quand il le faut. Mais les péripéties qui s’offrent à nous ici ne sont pas sans rappeler celles du professeur Jones : pilotage d’avion en panne d’essence et course-poursuite en side-car en sont les principales ressemblances.

Autre référence à l’univers de Spielberg : un détail qui n’est pas sans rappeler Jaws, dans la sous-intrigue du Crabe.

 

Bref, c’est du grand Spielberg (encre une fois) et on prend beaucoup de plaisir à suivre ces aventures – ô combien improbables – du jeune reporter en culottes de golf, et tant pis si les albums ne sont pas respectés à la lettre : nous sommes au cinéma !

Tel Alfonso Cuarón pour Harry Potter & the Prisoner of Azkaban, Spielberg saisit l’esprit dans lequel évolue son personnage principal et en fait un film de grande qualité sans dénaturer en rien l’histoire originale.

C’est spectaculaire, amusant et bien rythmé (sans tomber dans l’excès) : que demander de plus ?

 

  1. Trois d’un coup, mais à des degrés différents.
  2. Il en existe beaucoup, surtout aux Etats-Unis, pays du comix, à des années-lumière de la ligne claire belge.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Alexandre Coffre
Les Aventures de Spirou et Fantasio (Alexandre Coffre, 2018)

L’immense (et infâme) Zorglub (Ramzy Bedia) veut conquérir le monde et diriger les hommes en en faisant une espèce de zombies obéissant aveuglément à ses ordres. Mais pour ce faire, il a besoin des lumières de Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas comte de Champignac (Christian Clavier). Ce dernier n’étant absolument pas enclin à aider ce fou furieux, Zorglub va donc utiliser la manière forte.

Heureusement, Spirou (Thomas Solivérès), Fantasio (Alex Lutz) et Seccotine (Géraldine Nakache) veillent…

 

Si la bande dessinée et le cinéma sont de proches parents – utilisation du cadrage, story-board – l’adaptation de l’une par l’autre n’a pas toujours donné les résultats escomptés, et surtout dans l’univers francophone (1). Rappelez-vous les deux Tintin avec Jean-Pierre Talbot ou encore les différentes adaptations d’Astérix. Ce dernier nous amenant à ‘exception qui confirme la règle : le magnifique Astérix et Obélix Mission Cléopâtre (2).

Alors avec ces Aventures de Spirou et Fantasio, on pouvait craindre le pire.

Et on n’aurait pas vraiment eu tort.

En effet, Alexandre Coffre et son équipe ont tenté une adaptation des aventures du groom de chez Spirou (le magazine) en gommant toutes les traces qui le reliaient à l’hebdomadaire.

Sans oublier un fourvoiement impardonnable : Spirou est un voleur qui écume un palace et se retrouve engagé dans une histoire qui va le sortir de son activité criminelle.

Mais bon, le mal est fait.

 

Si Spirou et Fantasio n’étaient pas une création de Franquin, Champignac et Zorglub le furent et leur présence dans ce film n’est pas vraiment en adéquation avec ce qu’avait imaginé le grand André (3) : certes Zorglub a des idées un tantinet mégalomaniaques, mais il reste malgré tout un doux dingue, loin de l’image de l’apprenti-dictateur sadique que nous offre le film. S’il existe un personnage maléfique chez le Spirou de Franquin, c’est Zantafio, le cousin de Fantasio qui n’est ici que mentionné, pas vraiment celui que nous connaissons.

Dernière faute de goût – et d’adaptation – la relation amoureuse entre Fantasio et Seccotine.

Certes, on retrouve – un peu – la concurrence que se livrent ces deux journalistes dans la chasse au scoop (4), mais il n’est en aucun cas question d’une quelconque aventure amoureuse entre eux deux.

Et Alexandre Coffre aurait dû aller chercher chez Fournier l’amour de Fantasio : la belle Ororéa (Tora Torapa, Le Gri-gri du Njiokolo-Koba, L’Ankou).

 

Bref, si vous aimez la bande dessinée Spirou (et Fantasio) cous allez avoir du mal à vous y retrouver et encore plus à aimer.

Si j’avais été déçu par l’adaptation de Gaston, j’ai beaucoup de mal à exprimer mon sentiment face à ce film raté qui dénature totalement l’univers mis en place par Franquin.

Décidément, adapter un album de bande dessinée francophone en chair et en os est vraiment un exercice très risqué.

 

  1. Je parle ici d’adaptation en chair et en os et non de long métrage d’animation.
  2. Il faut dire qu’Alain Chabat est plutôt à l’aise dans l’univers de la BD (cf. Sur la Piste du Marsupilami).
  3. Franquin, donc.
  4. Seule bonne trouvaille du film (à mon avis) : Fantasio qui surnomme Seccotine « Scoopotine ».

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning
Les Fauves (White Tiger - Tod Browning, 1923)

Les enfants Donovan, Sylvia (Priscilla Dean) et Roy (Raymond Griffith), ont grandi à part pendant quinze ans, suite à la dénonciation de leur père Mike (Alfred Allen) par l’infâme Bill Hawkes (Wallace Beery). Ce dernier s’occupa de la petite fille pendant que le garçon grandissait persuadé que sa sœur avait été tuée avec son père.

Le destin (1) va pourtant les réunir, ainsi que Hawkes, quinze ans après dans un casse spectaculaire (avec un automate qui gagne aux échecs). Mais seul Hawkes sait qu’ils sont frère et sœur et va tenter de les monter l’un contre l’autre : ainsi il n’aura pas à partager…

 

Le tigre blanc du titre original n’a rein à voir avec un fauve au sens propre, et si la traduction englobe nos trois protagonistes, c’est plus en écho à ce titre initial : « Les Rapaces » aurait été un titre plus convenable et en plus il était libre puisque Stroheim n’avait pas encore sorti son chef-d’œuvre (amputé).

Non, le tigre blanc, c’est une sorte de démon intérieur qui ravage le cœur et l’esprit : le crime.

Il faut dire que les enfants Donovan baignent dans le crime depuis toujours : fils d’un gangster, ils deviennent plus tard eux-mêmes des escrocs : elle vole à la tire pendant qu’il a mis au point un numéro d’automate truqué et faussement mécanique.

 

Nouvelle incursion de Browning dans les bas-fonds, Les Fauves sont l’occasion de retrouver son actrice fétiche Priscilla Dean (2) aux côtés d’une légende du cinéma, encore une fois dans un rôle négatif : l’immense (3) Wallace Beery.

Et comme nous sommes chez Browning, on y retrouve un élément de spectacle qui va perdurer dans les films suivants : la rencontre entre Sylvia, Roy et Hawkes se fait dans un célèbre musée de cire londonien qui possède sa « chambre des horreur » (4) où Roy et un complice exhibent leur automate. Cet automate est habité par Roy qui manœuvre la marionnette de l’intérieur : nous avons déjà un personnage qui n’est pas celui qu’il prétend être comme ce sera souvent la règle dans les films suivants de Browning.

 

Mais cet aspect spectaculaire n’est pas le centre du film, il s’agit plus du « tigre blanc », ce démon du crime qui dévore ses victimes.

Nous assistons à la dégradation d’une association de malfaiteurs en proie à la convoitise : leur coup sensationnel va les faire douter les uns des autres jusqu’à la défiance et l’irréparable.

Et bien sûr, cette défiance sera attisée par le méchant de service, Hawkes.

Evidemment, les mentalités de 1923 ne pouvaient pas laisser se trio s’en sortir avec brio et une fin morale est donc de mise : nous assistons alors à une nouvelle rédemption (double, le frère et la sœur) inévitable.

 

Bref, nous sommes dans une sorte de mélodrame convenu qui aurait mérité d’a voir une intrigue un tantinet plus fouillée. Browning, qui a signé le scénario, a jeté quelques bonnes idées qu’il va malheureusement délayer dans un mélo dont l’issue est prévisible : la morale est sauve, le méchant est châtié et les deux héros sont sauvés.

On aurait pu espérer un peu plus de Browning, mais il manque un atout de taille à ce petit film : Lon Chaney, bien entendu. Ou au moins un méchant qui le soit un peu plus. Wallace Beery interprète un Hawkes qui ne possède pas autant de malveillance que le professeur Echo (Le Club des Trois, 1925) ou The Blackbird (L’Oiseau noir, 1926).

Et un méchant qui ne l’est pas assez, ça n’aide pas à faire un grand film, non ?

 

  1. Toujours lui !
  2. 9 films ensemble
  3. Au sens propre comme au figuré.
  4. Est-il besoin de le nommer ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Jon Avnet
88 Minutes (Jon Avnet, 2007)

88 minutes, c’est le temps qu’il reste à vivre à Jack Gramm (Al Pacino) : un coup de téléphone vient de l’en avertir. Qui ? On ne le saura qu’au dernier moment.

Pourquoi ? Ca on le sait vite : il a fait condamner Jon Forster (Neal McDonough), un tueur en série qui attend son heure dans le Couloir de la Mort. Sauf qu’en ce moment, un nouveau tueur procède de la même façon que Forster : est-ce un imitateur ou le véritable coupable qui aurait dû être condamné ?

Réponse au bout de ces 88 minutes.

 

C’est un thriller haletant que nous propose ici Jon Avnet, avec Al Pacino en tombeur de dames, ce qui va lui amener les ennuis qu’on sait. En effet, ce sont les femmes autour de lui qui jouent un rôle prépondérant. Il faut dire que le tueur est un prédateur qui ne s’attaque qu’aux femmes, à qui il fait vivre des tortures fort insupportables. Le peu que Jon Avnet nous permet de voir – essentiellement un scalpel qui entame une chair – est suffisant pour se faire une idée du genre de « détraqué » (1) auquel on a affaire.

Tout commence le 1 septembre 1997, quand les journaux titraient sur la mort de Lady Di. C’est à ce moment que va avoir lieu le premier meurtre (ce n’est pas le premier du tueur). Nous voyons le meurtrier mais bien sûr les cadrages ne nous permettent pas de distinguer son visage : autrement, le film serait fini, puisqu’on saurait s’il s’agit ou non de Forster.

Et c’est cette ambiguïté qui va perdurer jusqu’à la résolution finale de l’intrigue, neuf ans plus tard, soit au moment du tournage.

 

Bref, c’est un petit film plutôt sympathique où Al Pacino est un psy assez roublard voire un tantinet manipulateur, ce qui accentue la zone d’ombre qui entoure la culpabilité de Forster : aurait-il menti ou fait mentir ?

Autour de lui, les femmes sont à la hauteur, charmées – ou semblant l’être – par cet esprit brillant qui force l’admiration de tou·te·s.

Et bien sûr, c’est le compte à rebours qui nous tient le plus en haleine et donne tout le sel au film. Mais c’est là un premier point de déception du film : il y aurait eu beaucoup plus de tension et d’intérêt si l’intrigue s’était déroulée en temps réel, ce qui était tout à fait possible : 1 heure 28, avec une ou deux séquences d’exposition et une séquence finale, cela va tirer dans les deux heures ce qui est un format classique pour un thriller.

L’autre déception, c’est la rencontre entre le psy et le tueur. A aucun moment ils ne jouent ensemble. La seule séquence qu’ils partagent les voit échanger au téléphone à travers la télévision (2). L’émotion suscitée par cet appel aurait très certainement amené une autre dimension dans les rapports entre les deux hommes. D’un autre côté, les procédures nécessaires pour que Jack rencontre Foster n’auraient pas tenu dans le format du film.

Encore que…

 

Alors si l’intrigue de Gary Scott Thompson reste tout de même bien ficelée, on reste tout de même sur sa faim au su des deux objections énoncées ci-dessus.

Mais ne boudons pas non plus notre plaisir de voir Al Pacino dans ce rôle (presque) sur mesure, à la poursuite du temps qui passe et l’amène toujours plus près d’une mort annoncée.

On notera aussi sa coiffure tout le long du film : on a tout de même l’impression qu’entre le moment où il se lève (au début) et la fin du film, il n’a pas trouvé le temps de se coiffer…

 

  1. Jack Gramm est psychiatre légal : il intervient dans les procès et donne son avis sur la santé mentale de l’accusé. Si le terme détraqué est entre guillemets ici c’est parce qu’on a droit à une discussion entre Jack et ses élèves (il enseigne à l’université) sur ce point central de la culpabilité ou non d’un accusé.
  2. Forster est interviouvé à la prison et Jack l’appelle pour le forcer à se démaquer.

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog