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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Casse, #F. Gary Gray
Braquage à l'Italienne (The Italian Job - F. Gary Gray, 2003)

De l’or en barre !

C’est le butin de ce braquage « à l’Italienne », appelé ainsi parce que la première tentative (réussie) se déroule à Venise.

Charlie Croker (Mark Wahlberg) a tout minutieusement élaboré de ce qui se révèle être un coup des plus osés et des plus habiles, soutenu par le vétéran John Bridger (Donald Sutherland) et entouré d’une équipe hors pair : « Left Ear » (Yasiin Bey), « Handsome Rob » (Jason Statham), Lyle « Napster » (Seth Green) et Steve « Frezelli » (Edward Norton).

Le braquage se passe donc très bien, jusqu’au moment où Steve décide de fausser compagnie à ses complices, tuant à l’occasion Bridger.

Laissés pour morts (noyés), ses associés floués vont mettre un deuxième braquage, afin de récupérer leur dû, faisant appel en renfort à la fille de Bridger, la (très) belle Stella (Charlize Theron).

Mais tout ceci n’est pas seulement une histoire d’argent…

 

Il paraît évident qu’il y a un avant et un après Ocean’s Eleven. En effet, après le magnifique film de Soderbergh, on a vu revenir avec force les films de cambriolage, rivalisant les uns et les autres d’ingéniosité de technique de pointe et de stars incontournables.

C’est le cas ici de ce film de F. Gary Gray qui met en place on équipe de cambrioleurs de génie, menée par un Mark Wahlberg toujours aussi sobre dans son jeu.

Et à nouveau, l’élément absent de l’intrigue est la police, seulement présente après le premier casse, mais de manière anecdotique : ce sont les braqueurs qui nous intéressent.

 

Mais ce film a trois éléments importants qui ne sont ni des acteurs ni le butin : des voitures. Et pas n’importe lesquelles : des « Mini » !

En effet, le film coïncide avec le retour en force de ces véhicules. Elles sont trois et portent les couleurs des pays d’origine de la production : Etats-Unis, Royaume-Uni et France.  Le raid final (moitié évasion, moitié poursuite) nous renvoie presque à 60 Secondes chrono, l’originalité du parcours ici compensant la virtuosité là-bas.

Alors bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser que c’est un beau coup de pub que réussit ici la marque allemande (1).

Mais ce serait oublier l’origine du film : il s’agit d’un remake d’un autre film sorti en 1969, réalisé par Peter Collinson (et John Glen !) avec Michael Caine dans le rôle de Croker. Ce film déjà utilisait ces mêmes véhicules pour évacuer le butin.

On y retrouve ici d’ailleurs un clin d’œil plus qu’appuyé quand le van qui transporte l’équipe bascule dans l’eau après la trahison de Steve.

 

Certes, on n’arrive pas à l’osmose du film de Soderbergh, mais on passe tout de même un bon moment à suivre l’élaboration (rapide) du nouveau coup, et de son exécution, avec en prime une sous-intrigue ukrainienne dans l’air du temps : une (toute) petite complication du scénario qui aura une grande répercussion sur le résultat final (2). On retrouve dans le personnage de Mashkov (Oleg Krupa) toute la menace de cette mafia terrible qui nous vient de l’Est.

 

Et si la police n’intervient pas, le personnage de Steve suffit à lui tout seul à concentrer la haine de nos braqueurs et celle du spectateur par la même occasion : Edward Norton est (encore une fois) impeccable dans ce rôle d’infâme indispensable au succès du film.

Alors, à voir ?

Oui.

 

  1. Celle aux trois initiales, qui a sorti une gamme entre 2001 et 2006.
  2. Bonne ou mauvaise, cela dépend de quel côté vous vous placez…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Robert Redford
Lions for Lambs (Robert Redford, 2007)

Tout a commencé le 11 septembre 2001 : les avions, les Tours Jumelles… Le choc ! Les Etats-Unis étaient attaqués sur leur territoire.

La réplique de George W. Bush (le fils de l’autre) fut implacable : la guerre en Afghanistan.

Après avoir armé pendant des années les factions ennemies de l’URSS, voilà que ces mêmes factions se retournaient contre leur « bienfaiteur ».

Six ans plus tard, la situation n’a pas (beaucoup) évolué : la victoire promise a du mal à se dessiner.

C’est le moment que choisit le sénateur Irving (Tom Cruise), jeune loup républicain, pour donner une interview exclusive à Janine Roth (Meryl Streep), pour lui annoncer une énième opération stratégique.

Pendant ce temps, le professeur Malley (Robert Redford) reçoit le jeune et brillant Todd Hayes (Andrew Garfield) pour lui parler de son futur et surtout de son implication dans ses études, évoquant deux anciens élèves qui allèrent jusqu’au bout de leurs convictions sur l’engagement et s’enrôlèrent pour aller combattre en Afghanistan : Ernest Rodriguez (Michael Peña) et Arian Finch (Derek Luke).

Ces derniers, toujours dans le même temps, participent à l’opération dont parle Irving. Et cette opération qui devait amener la victoire ne se déroule pas comme prévue, bien entendu.

 

Avec ce film, Robert Redford nous démontre, une fois de plus, la capacité d’analyse dont est capable le cinéma américain sur des problèmes d’actualité : nul besoin d’attendre la fin du conflit pour commencer à l’exploiter, voire à en critiquer les erreurs.

D’une certaine manière, il s’agit d’un film très personnel où Redford expose ses convictions sur l’engagement, qu’il soit personnel, professionnel ou politique, les trois se rejoignant parfois. Redford fait partie de ces acteurs concernés par la situation politique de son pays, et qui se traduit par des rôles proches de ses convictions (All the President’s Men, The Company you keep…).

Bien sûr, le propos développé par l’intrigue, montrant – à nouveau – la faillite de l’Oncle Sam dans une guerre douteuse, n’a pas beaucoup fait pour le succès du film, l’exploitation étrangère permettant à Redford de rentrer dans ses fonds et même d’en tirer un substantiel profit (1).

 

Il faut dire que le conflit débattu est en cours au moment de la sortie du film et même après puisqu’il faudra attendre 13 ans (!) et le deuxième mandat de Barack Obama pour que le conflit soit officiellement terminé (à l’échelle internationale !).

Evidemment, 13 ans (2020) après le film (le temps du conflit, quoi), il est facile de remettre en cause certains éléments, surtout qu’entre temps, la principale cible de ces opérations militaires – Oussama Ben Laden – a été éliminé (2).

Et le film n’en conserve pas moins une analyse de la situation géopolitique très pertinente, sans oublier une critique ouverte de la méthode Bush pour promouvoir ce conflit.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui lie les trois sous-intrigues du film.

En effet, l’engagement est central à toutes ces histoires, qu’il soit personnel (Todd), professionnel (Janine) ou politique (Irving). Sans oublier nos deux soldats qui par leur geste vont conjuguer ces trois niveaux d’engagement (3).

Todd parce qu’il est à un tournant de sa vie, ce que lui rappelle son professeur déçu de sa baisse d’implication et surtout de son discours cynique : à quoi bon faire quelque chose si au final ça n’aura rien amené de plus ?

Janine parce qu’elle est déjà tombée dans le piège de Bush : comme beaucoup de ses confrères, elle a appuyé le second conflit iraquien qui a amené l’élimination de Saddam Hussein certes, mais fut surtout un immense mensonge élaboré par les bellicistes, Bush Jr. En tête.

Quant à Irving, il est certainement e personnage l e plus important de ce film, personnifiant à la fois l’ambition et une certaine forme de malhonnêteté, véritable voix de son maître (le président), et surtout manipulateur habile. Sa déclaration finale à propos d’un avenir présidentiel prenant une teinte ironique et mordante au vu du reste du film, et surtout l’entretien entre Malley et son élève.

 

L’année suivante (2008), Obama était élu et la situation évoluait, la raison ayant tendance à prendre le pas sur les sentiments.

Malheureusement, le successeur de ce grand homme n’a pas continué dans cette direction, arrivant (presque) à nous faire regretter Bush Jr.

 

  1. 35 millions de dollars engagés : 15 millions de recette américaine ; 63 millions de recette mondiale…
  2. Voir à ce sujet Zero dark thirty.
  3. Comment ? Je vous laisse aller voir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Pierre Chenal
L'Homme de nulle part (Pierre Chenal, 1937)

Mathias Pascal (Pierre Blanchar) est un jeune homme un peu bête et qui chasse les papillons, mais surtout qui est amoureux de la belle Romilda (Ginette Leclerc). Il l’épouse même, sans dot !

Et vivre avec Romilda serait l’idéal si sa mère, la Pescatore, (Catherine Fonteney) ne vivait pas elle aussi sous le même toit : ce ne sont qu’humiliations et rabrouements, tandis que les langues se délient à propos de la jeune mariée qui aurait souvent célébré Pâques avant les Rameaux…

A la mort de sa mère (Charlotte Barbier-Krauss), Mathias s’enfuit et va faire fortune. Il revient riche, mais c’est pour assister à son propre enterrement.

Il décide alors de vraiment partir.

 

Le cinéma français de l’entre-deux-guerres est une véritable mine pour les cinéphiles et cette nouvelle adaptation de Feu Mathias Pascal (1) – la deuxième sur les trois existantes – est une belle pépite dans cette production cinématographique. Il faut dire que Pierre Chenal s’est bien entouré pour réaliser ce film, que ce soit devant la caméra comme derrière.

De plus, cette intrigue de faux mort est un thème récurrent du cinéma, la plupart du temps dans un cadre comique.

Mais ici, le cadre comique a tendance à s’effacer devant cette intrigue d’identité où Mathias, ayant agi au final sur un coup de tête se retrouve dans des situations prévisibles mais imprévues, lui faisant jouer un rôle de fugitif, comme n’importe quel bandit de grand chemin.

 

Il faut dire que pour le titiller, on a fait appel à deux interprètes chevronnés : Catherine Fonteney – de la Comédie Française, s’il vous plaît – pour Mathias et Robert Le Vigan (« comte » Papiano) pour Adrien Meis, son pseudonyme romain.

Il y a ans le personnage de la Pescatore tout ce qu’il faut de fiel et de médisance pour la faire rapidement détester (2). Elle représente un archétype de belle-mère acariâtre et obsédée par l’argent, devenant alors facilement détestable.

Quant à Papiano, encore une fois Robert Le Vigan est phénoménal.

Je sais que Le Vigan fut ce qu’on appelé – à juste titre – un « salaud » notoire à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale : sa collaboration pleine et entière parle pour lui. Mais on ne peut nier son talent (immense) d’acteur, interprétant avec beaucoup de brio des personnages souvent abjects et qui ne laissent personne indifférent.

Papiano est un de ceux-ci, hypocrite et retors à souhait : un de ces personnages que vous aimerez haïr (3) et qui entérine le précepte hitchcockien qui veut que pour qu’un film soit réussi, il faut que le méchant le soit lui aussi.

C’est bien le cas ici, et même doublement avec la Pescatore.

 

Mais on a tout de même droit à un moment un peu plus léger – bien que très pertinent – quand Mathias retourne chez lui (ce qui le fut en tout cas), jouant de ses deux situations – celle de mort et celle de vivant – ave beaucoup de sel. C’est un moment très savoureux qui permet en outre de régler son compte à la vieille bique !

Je terminerai en signalant que comme bon nombre de films de cette période on retrouve les figures familières de ces seconds rôles éternels du cinéma français de l’époque : Maximilienne (Scholastique, la tante de Mathias) est là encore une fois, mais c’est surtout l’inévitable René Génin (4) qui retient notre attention, surtout que son personnage de pochard est indispensable à l’intrigue.

Pourquoi ? Allez voir !

 

PS : si Pierre Chenal est le signataire du film, il ne faut pas oublier le travail phénoménal qu’effectua Christian Stengel (1902-1986) pour ce film. Non seulement il le produisit, mais aussi il participa à l’élaboration de son scénario et le coréalisa.

 

  1. Il fu Mathias Pascal, (Luigi Pirandello, 1904).
  2. Sa première intervention donne le ton.
  3. Je sais, cette description concerne Stroheim dans sa période muette, mais elle va très bien aussi à Le Vigan.
  4. Qui n’a jamais d’accent à son nom au générique…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Casse, #John Amiel
Haute Voltige (Entrapment - John Amiel, 1999)

Prenez un cambriolage impossible (et même deux).

Utilisez du matériel high-tech dernier cri.

Ajoutez quelques stars attractives dont une flegmatique.

Saupoudrez de bug de l’an 2000 (compte à rebours) et vous obtiendrez un nouveau film de haut vol (c’est le cas de le dire), un de ces nouveaux exploits dont est friand le cinéma américain (ainsi que le public, la principale cible) !

Voilà résumé le film de John Amiel, énième avatar casse pour virtuose, à ceci près qu’il est sorti deux ans avant Ocean’s Eleven, un des sommets du genre.

 

Il est clair que sorti des deux cambriolages, il n’y a pas grand-chose à dire, l’intrigue amoureuse étant un tantinet difficile à croire, près de quarante ans séparant Sir Sean Connery (Robert « Mac » MacDougal) et Catherine Zeta-Jones (Virginia « Gin » Baker) : leur(s) étreinte(s) étant d’ailleurs considérées comme parmi les pires du cinéma…

Mais malgré tout, l’association improbable d’une jeune ambitieuse et d’un vieux briscard tendance Arsène Lupin fonctionne plutôt bien, le talent des deux interprètes y étant pour beaucoup. De plus, l’enthousiasme de Gin est contrebalancé par l’expérience de type « force tranquille » de Mac pour donner le résultat positif attendu : la réussite des deux entreprises.

 

Un élément de l’intrigue peut faire sourire maintenant.

Alors que Ronald Bass et Michael Hertzbeg avaient daté l’histoire originale au moment de la rétrocession de Hongkong à la Chine, le même Bass ainsi que William Boyle Jr. Ont déplacé le scénario au moment du passage à l’an 2000 qui devait avoir lieu un peu plus de 8 mois après la sortie du film.

Ce détail permet de rappeler qu’un magnifique hoax avait circulé dans les mois qui ont précédé ce changement numérique notable : le bug de l’an 2000.

 

Dernière chose : le titre original parle d’un traquenard qui a disparu dans la traduction française. Et c’est bien dommage, parce que piège il y a bien, et pas seulement dans une conversation entre Gin et Mac, en partance pour l’Ecosse (1). Il faut bien qu’à un moment le titre soit pertinent (2).

Mais ça, on ne le sait que si on voit le film…

 

  1. Eh oui, Mac est doublement écossais : son nom l’indique et en plus, c’est sir Sean…
  2. Le titre français, s’il confirme le haut niveau d’expertise des deux protagonistes, perd tout de même cet élément important de l’intrigue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Badham, #Mel Gibson
Comme un Oiseau sur la branche (Bird on a Wire - John Badham, 1990)

Albert Diggs (Bill Duke) arrive devant la prison : c’est aujourd’hui que Eugene Sorensen (David Carradine) en sort. Leur unique but dès ors : éliminer celui qui a permis qu’il soit incarcéré, Rick Jarmin.

Marianne Graves (Goldie Hawn), avocate d’une grande entreprise, doit se rendre à Detroit pour son travail.

A Detroit, Billy Ray (Mel Gibson) travaille comme garagiste.

A priori, ces trois anecdotes n’ont aucun rapport. Mais si on cherche dans le passé, on se rend compte que Marianne « Muffy » Graves a connu Rick Jarmin dans sa jeunesse. Quant à Billy Ray, il bénéficie du programme de protection des témoins : c’est lui Rick Jarmin.

Alors quand Marianne débarque par hasard dans sa vie, il sait qu’il doit à nouveau disparaître et contacte son référent, Joe Weyburn (Stephen « Ned Ryerson » Tobolowsky), ce sont ses tueurs qu’il avertit.

La fuite devient encore plus urgente.

 

Voilà une vingtaine d’années que John Badham a quitté le grand écran pour se consacrer au petit, et ce film se situe dans la deuxième moitié de sa carrière de cinéaste.

Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais on s’amuse beaucoup à regarder les tribulations de Jarmin et Marianne poursuivis par des tueurs patentés (Carradine & Duke ont souvent été du côté obscur), et qui bien entendu, rallument la flamme de leur amour défunt.

Le duo Mel & Goldie fonctionne très bien, et ce malgré la différence d’âge (onze ans d’écart entre les deux), le regard espiègle de Goldie atténuant cette différence.

 

J’ai une tendresse particulière pour ce film aussi pour le personnage de Jarmin qui détonne dans cette Amérique post-reaganienne où l’argent est le maître mot. Alors que Marianne, qui a épousé un riche héritier au grand dam de Rick, est foncièrement intégrée dans cette société ultra capitaliste, Jarmin conserve ses préceptes et convictions d’autrefois, proches du mouvement hippie des années 1970s. Cette opposition est très bien illustrée quand Rick rencontre un SDF qui fait la manche : Rick va prendre 100$ dans le portefeuille de Marianne (1) pour le lui donner, malgré les protestations de cette dernière, qui balance alors un argument toujours en vogue chez ces mêmes capitalistes que honnit Rick. L’argument de ce dernier est d’ailleurs tout aussi recevable, sinon plus !

 

Bref, on s’amuse, le rythme est soutenu sans tomber dans l’excès même si on peut reprocher la part vraiment minimale laissée aux deux méchants.

En effet, le duo – prometteur – Carradine-Duke n’est que très peu à l’écran, essentiellement au début et à la fin, leur histoire étant en outre contée par Rick à Marianne pendant leur explication concernant les quinze ans d’absence de Jarmin.

De même, la séquence qui les voit aller chez un caïd (avec tueurs costumés en animaux : c’est l’anniversaire de sa fille) n’a que très peu de rapport à l’intrigue. On l’aurait supprimée que ça ne m’aurait pas beaucoup dérangé.

 

Reste le duo vedette qui fonctionne à merveille et nous entraîne – facilement – dans cette comédie un brin échevelée où tout se termine – bien sûr – très bien, même si c’est dans le sang.

Alors à voir ? Oui, pourquoi pas…

 

(1) Elle n’a pas de plus petite coupure…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #William Desmond Taylor, #Mary Pickford
La petite Vivandière (Johanna enlists - William Desmond Taylor, 1918)

Nous sommes en 1918 : quand sort le film (15 septembre) mais aussi quand il fut tourné. De plus, en tête d’affiche on retrouve la pétulante Mary Pickford, alors vous vous dites que si le titre original est Johanna enlists (1), et que Johanna est interprétée par la « petite fiancée de l’Amérique », nous allons avoir droit à un film de propagande.

Et si en pus vous savez qu’au générique on trouve aussi Wallace Beery, vous allez tout de suite penser qu’on va avoir droit à une resucée de The little American qui sortit (presque) un an plus tôt. Ce en quoi vous auriez tort.

Mais en fait, au lieu de dire vous, je ferai mieux d’écrire « je » parce que ce sont les réflexions que je me suis faites en découvrant cette réalisation de William Desmond Taylor dans mon fatras de films.

 

Certes, il y est question d’armée et de jeune fille pure, mais nous sommes bien loin de l’intrigue de Jeanie McPherson, même si les références au conflit européen ne manquent pas.

Johanna vit à la ferme avec ses parents (Anne Shaefer & Fred Huntley), son petit frère (Wesley Barry) et ses deux petites sœurs (Jean & June Prentis). C’est une vie bien monotone et pénible pour elle qui ne rêve que d’une chose : le grand amour.

Elle prie alors le ciel de lui envoyer un fiancé (2). Et non seulement le ciel l’entend, mais il ne lui envoie pas qu’un seul : c’est un régiment en manœuvre qui s’arrête sur les terre des Rensaller et va s’y installer quelques temps.

Bien sûr, une belle jeune fille au milieu de tous ces hommes va amener la convoitise, et bien sûr des conflits. Le plus important concernera le lieutenant Leroy (Emory Johnson) et le soldat Vibbard (Monte Blue), qui ira jusqu’en cour martiale.

 

Nous sommes ici – comme toujours avec Mary Pickford – dans un cadre de comédie, même si on sent tout de même une certaine retenue, l’enjeu final étant tout de même important : rendre hommage à tous ces jeunes hommes qui sont sur le front. Et les soldats qui composent cette troupe de cinéma étaient de véritables militaires – mis à part les quelques acteurs aux rôles déterminants – qui étaient sur le front quand le film est sorti (3).

Et bien sûr, le film est construit autour de Mary Pickford, lui permettant de démontrer (encore une fois) toute l’étendue de son talent comique sous l’œil bienveillant de William Desmond Taylor.

Encore une fois, l’enjeu véritable (voir plus haut) empêche une comédie plus débridée, mais

On ne peut que louer la capacité de Pickford d’arriver à faire (sou)rire même dans les situations plus tragiques (4) ou tout du moins plus sérieuses.

 

Et au final, nous avons une nouvelle pépite pickfordienne, dont on ressort le sourire aux lèvres, ce qui ne se boude pas.

Et bien qu’on n’échappe pas au (court) discours engagé, comme c’est la belle Mary qui le prononce, on lui passe tout…

 

PS : Wallace Beery n’a ici qu’un rôle accessoire et peu influent sur l’intrigue : il annonce que le régiment va s’arrêter, puis va rester plus longtemps et enfin qu’il va repartir. Nous sommes bien loin de cet officier prussien ignoble qu’on avait trouvé chez Cecil B. DeMille.

 

  1. « Johanna s’engage ». Précisons qu’il s’agit d’un engagement plutôt moral.
  2. Elle demande un « beau » terme français qui signifie soupirant, prétendant ou encore fiancé.
  3. Les derniers intertitres précisent même qu’il s’agissait de la 143d Field Artillery dont Mary Pickford était la marraine de guerre.
  4. Il n’y a pas de quoi pleurer non plus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jack Clayton, #Robert Redford
The great Gatsby (Jack Clayton, 1974)

Scintillant.

Ca brille de partout, à mesure que nous entrons dans ce milieu d’argent, cette aristocratie américaine où tout n’est qu’insouciance et oisiveté. Cet argent qui ne cesse de rentrer pendant que les fêtes battent leur plein.

 

Nous sommes en 1922 et Jay Gatsby (Robert Redford) est le centre de l’attention de la gentry de Long Island : tout l’été, ce ne sont que fêtes somptueuses où son conviés des personnalités prestigieuses, dans une propriété qui ne l’est pas moins.

Qui est ce Gatsby qui aurait fait Oxford, la guerre (14-18) et fortune en multipliant les « drugstores » ?

On dit même qu’il est apparenté au Kaiser, et qu’il aurait même tué un homme.

C’est ce que va découvrir Nick Carraway (Sam Waterston), son voisin le plus proche, cousin de la belle Daisy Buchanan (Mia Farrow), cette femme mariée riche qui fascine Gatsby.

 

Il s’agit ici d’une très fidèle troisième adaptation du roman (un tantinet autobiographique) de Francis Scott Fitzgerald, retranscrivant avec beaucoup de faste les excès et l’hédonisme de cette classe (très) supérieure. C’est une débauche de luxe accentuée par le scintillement généralisé des sources lumineuses : lampes, bijoux, yeux…

Ce scintillement peut à la longue lasser, même s’il ajoute une teinte surannée à l’intrigue alors que le roman lui était totalement ancré dans la période qu’il décrivait.

 

Mais ce scintillement n’est pas continu : il se finit (presque) brutalement quand Gatsby et Daisy décident de tout révéler de leur relation à Tom (Bruce Dern), le mari de Daisy.

Tout va alors se ternir : le décor qui devient mat, et les différents personnages qui vont pleinement se révéler. Et si Gatsby conservera jusqu’au bout son aura intacte, il n’en va pas de même pour le couple qui s’enfoncera encore plus dans sa condition, devenant alors franchement insupportable. Certes, Tom est insupportable de bout en bout, mais il arrive tout de même à l’être encore plus…

 

Malheureusement, les studios Paramount, pour assurer le succès de leur film ont détruit leurs copies des deux précédents films – celui d’Herbert Brenon (1926) et celui d’Elliott Nuggent (1949) afin de couper court aux comparaisons qui n’auraient pas cessé d’être développées.

Cet acte – criminel pour un cinéphile comme moi – fait que si on a retrouvé une copie du film de 1949,  celui de Brenon est considéré comme disparu : ne reste maintenant que la bande annonce, une minute de frustration quand on sait qu’il fut tourné dans la foulée de la sortie du livre, témoignage à chaud de ce Jazz Age (1) décrit par Fitzgerald.

 

Au final nous avons un film très esthétique avec les réserves exprimées plus haut quant à l’éclairage, mais qui manque tout de même d’épaisseur. Jack Clayton n’est pas Coppola (2) qui en aurait certainement fait quelque chose de plus grandiose, voire de plus décadent.

Parce que ce monde hédoniste est décadent, et les danseurs – formidables – illustrent très bien ce déclin qui va s’accentuer avec la crise de 1929, mettant un terme à ce qu’on appela « les Années folles ».

 

  1. La chanson Ain’t we got fun (« Qu’est-ce qu’on s’amuse » – 1920) revient plusieurs fois dans le film, illustrant magnifiquement la situation du film. En effet, on peut y entendre un résumé plutôt juste : « The rich get rich rand the poor get poorer / les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent encore plus ».
  2. C’est Truman Capote qui devait signer le scénario mais ses idées n’ont pas été retenues par la production et le grand Francis dut le reprendre et le terminer, le tout en trois semaines…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lupu Pick
Le Rail (Scherben - Lupu Pick, 1921)

 

La caméra avance doucement sur une voie ferrée enneigée : ce n’est donc pas un train qui avance.

Puis c’est l’intérieur d’une maison isolé où les trois habitants vivent en harmonie : le père (Werner Krauss) qui est gardien de voie (1), sa femme (Hermin Straßmann-Witt) et leur fille (Edith Posca).

Un jour, un inspecteur (Paul Otto) vient vérifier la ligne et est logé chez le gardien.

L’arrivée de cet étranger va complètement bouleverser la maison et ses habitants.

 

Le titre original (qui sera repris en anglais) signifie éclats, débris. Et c’est bel et bien ce qu’il se passe dans ce film intimiste qui emprunte au genre kammerspiel (2), comme l’avait conçu Max Reinhardt pour son théâtre.

Avec Carl Mayer, il a écrit une intrigue sous forme de huis clos où petit à petit tout va voler en éclat. Cela commence par une fenêtre qui se brise du fait du vent et cela se termine par cette famille, après le passage de l’étranger.

Et comme très souvent avec Carl Mayer nous avons droit à une intrigue resserrée autour d’éléments pertinents, amenant une économie de mots qui se traduit par des intertitres rares. Ne subsistent que des indications temporelles, ainsi qu’un carton relayant la parole du gardien, seul élément de dialogue retranscrit.

 

Tout doit, et donc va, passer par les détails, par les regards. Et ce sont le père et la fille qui vont le plus souvent mener le jeu : Werner Krauss, immense star du cinéma muet était capable de tout dans un film, et il nous le montre encore une fois ; Edith Posca (madame Pick à la ville) actrice éphémère du cinéma allemand au regard intense qui ne survécut que quatre mois à la disparition de son mari.

La rencontre entre l’inspecteur et la jeune femme est avant tout un échange de regards, où l’orientation des visages implique une position plus ou moins sociale : l’inspecteur la regarde de haut (et pas seulement parce qu’il descend l’escalier), pendant qu’elle le regarde d’en bas, à genoux alors qu’elle nettoie le sol. Il y a en poutre une prémonition dans cette rencontre qui va se confirmer quand la mère surprendra les amants. Cela annonce aussi le refus de l’homme de poursuivre toute relation avec la jeune femme.

 

Question détails, la caméra de Friedrich Weinmann va être celle qui va le plus parler, aiguillant le spectateur et l’entraînant dans les recoins de chaque cadrage pour amener un nouveau concept, un nouvel élément. L’iris de la caméra est très souvent utilisé pour isoler des gens ou des détails, ainsi que amener un plan plus rapproché de ce que nous voyons.

A un moment, l’inspecteur va se laver les mains : la caméra va tout d’abord isoler la cuvette pour ensuite nous la montrer en gros plan, les mains étant lavées avec le plus grand soin.

Cette courte séquence peut sembler superflue si on la sort de son contexte : la mère est morte de chagrin - et surtout de froid – suite à l’aventure que l’inspecteur a eu avec la fille. Cet accent mis sur le lavage des mains rappelle alors celui de Ponce Pilate quant à la Crucifixion : il refuse toute responsabilité dans la mort de cette femme.

Parce que c’est cette aventure légère qui est la cause de l’éclatement : la mère découvrant la relation s’enfuit prier  sur le bord d’un chemin et meurt de froid ; la jeune femme, rejetée par l’inspecteur va pousser son père à le tuer avant de devenir folle.

 

Au final, ce film est avant tout un témoignage d’une nouvelle (et courte) expérience cinématographique allemande – le kammerspiel – où les mots ne sont pas les plus importants : cette idée intéressante montrera rapidement ses limites mais on ne peut dénier la force de ce film ni le jeu magistral de ses interprètes.

 

  1. Il assure la bonne circulation sur la ligne, prévenant les trains en cas d’une éventuelle perturbation.
  2. « Théâtre de chambre »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Sur les Quais (On the Waterfront - Elia Kazan, 1954)

 

« Est-ce que je suis debout ? » (1)

Il s’agit de la dernière réplique de Terry Malloy (Marlon Brando), le visage en sang et le corps meurtri, alors qu’il va se diriger vers l’entrepôt et entraîner avec lui les dockers, rejetant alors l’organisation syndical de Johnny Friendly (Lee J. Cobb encore une fois dans un rôle peu reluisant), qui dirigeait tout ces travailleurs par la terreur.

Si vous ajoutez le contexte du film, vous comprenez alors aisément qu’on ait pu reprocher à Kazan d’assimiler les syndicats à des organisations criminelles.

 

Nous sommes en 1954 quand sort le film et le maccarthysme est en train de vivre ses derniers mois. Pourquoi ce rappel historique ? Pour deux raisons :

  • Elia Kazan a très spontanément collaboré avec la Commission parlementaires sur les Activités AntiAméricaines (2), dénonçant ses « collègues » de Hollywood qui avaient été membres du parti communiste américain ;
  • Derrière le « syndicat » de Friendly, on peut facilement voir une organisation défendue par l’HUAC, que Kazan – encore une fois – dénonce comme empêchant les « vrais » Américains d’accéder au bonheur.

 

Parce que toute l’intrigue est là : Terry Malloy est le porte-parole de Kazan, luttant contre une organisation nébuleuse qui n’hésite pas recourir à la violence, voire à tuer pour garder son hégémonie dur le port de New York. En effet, Malloy fait partie de l’organisation de Friendly quand commence le film, c’est même lui qui va permettre aux tueurs de Friendly de se débarrasser d’un témoin gênant. Cet assassinat est d’ailleurs montré sans concession, précipitant le spectateur dans un milieu criminel et sans concession. On sait très bien que les syndicats de dockers américains sont puissants – surtout à cette époque – mais ici, nous sommes au-delà de cet état de fait et l’organisation de Friendly n’est rien d’autre qu’une association de malfaiteurs.

Et la dénonciation de Friendly par Terry Malloy rappelle clairement l’attitude de Kazan dans cette période trouble de l’histoire américaine d’après la Deuxième Guerre Mondiale. On pourrait même penser qu’elle la justifie.

En effet, Terry va gagner son salut (ah, cette sacro-sainte rédemption…) en passant du côté des criminels à celui des vertueux, justifiant à demi-mot cette délation : Malloy va témoigner contre Friendly et dénoncer son organisation.

 

Mais nous sommes au cinéma, et ce film reste malgré tout spectaculaire. De par son intrigue, la violence y a sa part et Kazan l’expose : la mort de Joey Doyle et dans une moindre mesure celle de Kayo Dugan (Pet Henning) ; la conclusion du meeting dans l’église ; et bien sûr le règlement de comptes final, dont Terry va garder les « stigmates » dans les derniers plans. Le terme « stigmates » est d’ailleurs celui qui convient le mieux dans cette intrigue car il ne faut pas négliger la dimension christique du personnage de Malloy : il va souffrir pour ses convictions et entraîner avec lui les autres dockers cers des lendemains meilleurs.


Mais surtout, Sur les Quais est un film qui laisse la part belle aux acteurs, dont la plupart son issus de l’Actor’s Studio créé sept ans plus tôt par – entre autres – le même Elia Kazan et dont Marlon Brando fut un des membres fondateurs. Outre Brando, Lee J. Cobb, Rod Steiger (Charley Malloy) ou encore Eva Marie Saint (Edie Doyle) ont été formés dans cette organisation.

L’interprète principal qui n’y a pas appartenu est Karl Malden (le père Barry). Son personnage et celui d’Eva Marie Saint sont indispensables à l’intrigue, représentant l’autre « camp », celui de la vertu : le père Barry est un prêtre engagé contre la violence de ce système (3) et qui va soutenir ses ouailles jusqu’au bout. Karl Malden est un père Barry magnifique, qui sait aussi bien manier la langue que les poings, trouvant dans chacun des cas des arguments frappants (4).

Quant à Edie, elle est le déclencheur du changement de Terry. C’est une jeune femme pure et innocente (elle arrive de chez les sœurs) qui refuse elle aussi cet état de fait et va transformer Terry et le faire basculer dans son camp. Et comme en plus, elle est très jolie… C’est d’ailleurs le premier grand rôle de la belle Eva au cinéma.

Et puis il y a Brando.

C’est son troisième et dernier film avec Kazan, et encore une fois, il est magistral, interprétant avec beaucoup de talent ce personnage de minable (« bum »), boxeur raté (malgré lui) et frère d’un des hommes de main (Charley Malloy) de Friendly.

Brando donne toute la dimension mystique de son personnage, jouant avec la retenue nécessaire (Actor’s Studio oblige) pour ne jamais tomber dans le pathétique, même (et surtout) dans la séquence finale.

 

Bref, un grand moment de cinéma, malgré un contexte tout de même douteux…

 

PS : A noter la présence dans un petit rôle (par l’importance et par la taille) de Martin Balsam.

 

  1. “Am I on my feet?”
  2. House Un-American Activities Committee (HUAC)
  3. Il représente le père Corridan (1911-1984), véritable prêtre qui lutta contre la corruption et la violence sur les docks de New York : oui, cette intrigue s’inspire de faits réels !
  4. Oui, elle était facile.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Alfred Hitchcock
Cinquième Colonne (Saboteur - Alfred Hitchcock, 1942)

 

Barry Kane (Robert Cummings) travaille dans une usine d’armement. Malheureusement, elle est victime d’un saboteur et son meilleur ami périt dans l’incendie dû aussi à la présence d’un extincteur rempli d’essence (ça brûle mieux ainsi).

Mais comme c’est Barry qui a tendu l’extincteur à son ami, il est rapidement soupçonné d’avoir fomenté cet attentat et se retrouve alors recherché par la police.

Barry sait qu’il n’a rien fait, mais il est très difficile de convaincre les autres, et en premier lieu la police.

Il se lance alors sur la piste de l’éventuel saboteur : Frank Fry (Norman Lloyd).

 

Cinquième film de Hitchcock aux Etats-Unis, il s’agit du premier qui sort pendant la guerre et surtout en parle. Bien sûr, on n’évite pas le couplet patriotique et la propagande inévitable surtout quand l’intrigue colle à cette actualité guerrière.

Et malgré le budget un tantinet serré (que voulez-vous, on est en guerre), Hitchcock réussit un très beau film, reprenant quelques éléments de soin  travail antérieur effectué dans les studios anglais (1), ainsi que certaines situations qu’il affectionnait.

 

Tout d’abord, le fait que Barry Kane soit accusé à tort est un élément récurrent dans l’œuvre du maître, qui culminera avec Le faux Coupable presque 15 ans plus tard.

A ce faux coupable est ajoutée l’élément féminin : une jeune femme volontaire (comme toujours) mais qui se méfie de ce criminel en puissance. Elle est jeune et belle (elle est modèle) et s’appelle Patricia « Pat » Martin (Priscilla Lane). Mais surtout, elle n’est pas sans rappeler Erica Burgoyne (Nova Pilbeam) dans Young & innocent cinq ans plus tôt. A moins que ce soit Pamela (Madeleine Carroll) dans The 39 Steps (1935).

 

C’est d’ailleurs ce dernier film qui semble servir de base à cette intrigue, puisque nous sommes dans une histoire qui rappelle plus le monde des services et sociétés secret·e·s. Et à nouveau, nous trouvons un chef des méchants qui a une très bonne situation (riche, vivant dans un ranch avec piscine).

Mais les emprunts ne s’arrêtent pas là. En effet on retrouve deux références évidentes au cinéma américain de la décennie précédente : La Fiancée de Frankenstein et Freaks.

 

  • a Fiancée de Frankenstein parce que notre héros, trempé (bain forcé + pluie battante) trouve refuge dans la maison isolée de Philip Martin (Vaughan Glaser) : à l’instar monstre de James Whale (Boris Karloff), celui qui l’accueille est aveugle, le considérant avant tout comme un être humain malgré son handicap passager (les menottes) et ce qu’il signifie. Cette rencontre, de plus, est on ne peut plus déterminante car non seulement elle redonne courage à Barry qui se sent enfin entendu, mais aussi parce que Martin est l’oncle de Pat et d’une certaine façon va consacrer leur union.
  • Freaks parce que notre duo va rencontrer un cirque et se retrouver dans la caravane des « monstres » comme on les appelle : Esmaralda (Annie SharpBolster) une femme à barbe ; Bones (Pedro de Cordoba) le bien nommé, l’homme-squelette ; les sœurs siamoises Marigold & Annette (Jean & Lynn Romer) ; la femme montagne (Marie LeDeaux) et le désagréable nain Major (Billy Curtis). Cette rencontre est à nouveau une belle leçon d’humanité, et ce malgré le malentendu de la situation : Esmeralda pense que Pat est là de son plein gré et soutient pleinement le jeune homme en fuite. Le discours d’Esmeralda va enfin faire basculer Pat du côté de Barry et offrir à ce dernier l’aide dont il avait besoin.

 

Et puisque nous sommes chez Hitchcock, nous avons droit à nouveau à une belle tension dans l’intrigue, amenant l’indispensable suspense qu’il maîtrisait. A nouveau, nous vivons pleinement la fuite de Barry et ses efforts pour faire triompher la vérité, et bien sûr, la séquence finale dans la main de la Statue de la Liberté reste l’un des grands moments du cinéma : Barry qui retient Fry par la manche alors qu’elle est en train de se découdre. Inoubliable.

 

PS : Et Hitchcock là-dedans ? J’avoue qu’une fois sur deux j’en oublie qu’il apparaît tant je suis captivé par ce film. Je vous laisse donc le soin de le (re)découvrir.

 

  1. Là, déjà, le budget n’était pas extensible.

 

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