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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jack Clayton, #Robert Redford
The great Gatsby (Jack Clayton, 1974)

Scintillant.

Ca brille de partout, à mesure que nous entrons dans ce milieu d’argent, cette aristocratie américaine où tout n’est qu’insouciance et oisiveté. Cet argent qui ne cesse de rentrer pendant que les fêtes battent leur plein.

 

Nous sommes en 1922 et Jay Gatsby (Robert Redford) est le centre de l’attention de la gentry de Long Island : tout l’été, ce ne sont que fêtes somptueuses où son conviés des personnalités prestigieuses, dans une propriété qui ne l’est pas moins.

Qui est ce Gatsby qui aurait fait Oxford, la guerre (14-18) et fortune en multipliant les « drugstores » ?

On dit même qu’il est apparenté au Kaiser, et qu’il aurait même tué un homme.

C’est ce que va découvrir Nick Carraway (Sam Waterston), son voisin le plus proche, cousin de la belle Daisy Buchanan (Mia Farrow), cette femme mariée riche qui fascine Gatsby.

 

Il s’agit ici d’une très fidèle troisième adaptation du roman (un tantinet autobiographique) de Francis Scott Fitzgerald, retranscrivant avec beaucoup de faste les excès et l’hédonisme de cette classe (très) supérieure. C’est une débauche de luxe accentuée par le scintillement généralisé des sources lumineuses : lampes, bijoux, yeux…

Ce scintillement peut à la longue lasser, même s’il ajoute une teinte surannée à l’intrigue alors que le roman lui était totalement ancré dans la période qu’il décrivait.

 

Mais ce scintillement n’est pas continu : il se finit (presque) brutalement quand Gatsby et Daisy décident de tout révéler de leur relation à Tom (Bruce Dern), le mari de Daisy.

Tout va alors se ternir : le décor qui devient mat, et les différents personnages qui vont pleinement se révéler. Et si Gatsby conservera jusqu’au bout son aura intacte, il n’en va pas de même pour le couple qui s’enfoncera encore plus dans sa condition, devenant alors franchement insupportable. Certes, Tom est insupportable de bout en bout, mais il arrive tout de même à l’être encore plus…

 

Malheureusement, les studios Paramount, pour assurer le succès de leur film ont détruit leurs copies des deux précédents films – celui d’Herbert Brenon (1926) et celui d’Elliott Nuggent (1949) afin de couper court aux comparaisons qui n’auraient pas cessé d’être développées.

Cet acte – criminel pour un cinéphile comme moi – fait que si on a retrouvé une copie du film de 1949,  celui de Brenon est considéré comme disparu : ne reste maintenant que la bande annonce, une minute de frustration quand on sait qu’il fut tourné dans la foulée de la sortie du livre, témoignage à chaud de ce Jazz Age (1) décrit par Fitzgerald.

 

Au final nous avons un film très esthétique avec les réserves exprimées plus haut quant à l’éclairage, mais qui manque tout de même d’épaisseur. Jack Clayton n’est pas Coppola (2) qui en aurait certainement fait quelque chose de plus grandiose, voire de plus décadent.

Parce que ce monde hédoniste est décadent, et les danseurs – formidables – illustrent très bien ce déclin qui va s’accentuer avec la crise de 1929, mettant un terme à ce qu’on appela « les Années folles ».

 

  1. La chanson Ain’t we got fun (« Qu’est-ce qu’on s’amuse » – 1920) revient plusieurs fois dans le film, illustrant magnifiquement la situation du film. En effet, on peut y entendre un résumé plutôt juste : « The rich get rich rand the poor get poorer / les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent encore plus ».
  2. C’est Truman Capote qui devait signer le scénario mais ses idées n’ont pas été retenues par la production et le grand Francis dut le reprendre et le terminer, le tout en trois semaines…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lupu Pick
Le Rail (Scherben - Lupu Pick, 1921)

 

La caméra avance doucement sur une voie ferrée enneigée : ce n’est donc pas un train qui avance.

Puis c’est l’intérieur d’une maison isolé où les trois habitants vivent en harmonie : le père (Werner Krauss) qui est gardien de voie (1), sa femme (Hermin Straßmann-Witt) et leur fille (Edith Posca).

Un jour, un inspecteur (Paul Otto) vient vérifier la ligne et est logé chez le gardien.

L’arrivée de cet étranger va complètement bouleverser la maison et ses habitants.

 

Le titre original (qui sera repris en anglais) signifie éclats, débris. Et c’est bel et bien ce qu’il se passe dans ce film intimiste qui emprunte au genre kammerspiel (2), comme l’avait conçu Max Reinhardt pour son théâtre.

Avec Carl Mayer, il a écrit une intrigue sous forme de huis clos où petit à petit tout va voler en éclat. Cela commence par une fenêtre qui se brise du fait du vent et cela se termine par cette famille, après le passage de l’étranger.

Et comme très souvent avec Carl Mayer nous avons droit à une intrigue resserrée autour d’éléments pertinents, amenant une économie de mots qui se traduit par des intertitres rares. Ne subsistent que des indications temporelles, ainsi qu’un carton relayant la parole du gardien, seul élément de dialogue retranscrit.

 

Tout doit, et donc va, passer par les détails, par les regards. Et ce sont le père et la fille qui vont le plus souvent mener le jeu : Werner Krauss, immense star du cinéma muet était capable de tout dans un film, et il nous le montre encore une fois ; Edith Posca (madame Pick à la ville) actrice éphémère du cinéma allemand au regard intense qui ne survécut que quatre mois à la disparition de son mari.

La rencontre entre l’inspecteur et la jeune femme est avant tout un échange de regards, où l’orientation des visages implique une position plus ou moins sociale : l’inspecteur la regarde de haut (et pas seulement parce qu’il descend l’escalier), pendant qu’elle le regarde d’en bas, à genoux alors qu’elle nettoie le sol. Il y a en poutre une prémonition dans cette rencontre qui va se confirmer quand la mère surprendra les amants. Cela annonce aussi le refus de l’homme de poursuivre toute relation avec la jeune femme.

 

Question détails, la caméra de Friedrich Weinmann va être celle qui va le plus parler, aiguillant le spectateur et l’entraînant dans les recoins de chaque cadrage pour amener un nouveau concept, un nouvel élément. L’iris de la caméra est très souvent utilisé pour isoler des gens ou des détails, ainsi que amener un plan plus rapproché de ce que nous voyons.

A un moment, l’inspecteur va se laver les mains : la caméra va tout d’abord isoler la cuvette pour ensuite nous la montrer en gros plan, les mains étant lavées avec le plus grand soin.

Cette courte séquence peut sembler superflue si on la sort de son contexte : la mère est morte de chagrin - et surtout de froid – suite à l’aventure que l’inspecteur a eu avec la fille. Cet accent mis sur le lavage des mains rappelle alors celui de Ponce Pilate quant à la Crucifixion : il refuse toute responsabilité dans la mort de cette femme.

Parce que c’est cette aventure légère qui est la cause de l’éclatement : la mère découvrant la relation s’enfuit prier  sur le bord d’un chemin et meurt de froid ; la jeune femme, rejetée par l’inspecteur va pousser son père à le tuer avant de devenir folle.

 

Au final, ce film est avant tout un témoignage d’une nouvelle (et courte) expérience cinématographique allemande – le kammerspiel – où les mots ne sont pas les plus importants : cette idée intéressante montrera rapidement ses limites mais on ne peut dénier la force de ce film ni le jeu magistral de ses interprètes.

 

  1. Il assure la bonne circulation sur la ligne, prévenant les trains en cas d’une éventuelle perturbation.
  2. « Théâtre de chambre »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Sur les Quais (On the Waterfront - Elia Kazan, 1954)

 

« Est-ce que je suis debout ? » (1)

Il s’agit de la dernière réplique de Terry Malloy (Marlon Brando), le visage en sang et le corps meurtri, alors qu’il va se diriger vers l’entrepôt et entraîner avec lui les dockers, rejetant alors l’organisation syndical de Johnny Friendly (Lee J. Cobb encore une fois dans un rôle peu reluisant), qui dirigeait tout ces travailleurs par la terreur.

Si vous ajoutez le contexte du film, vous comprenez alors aisément qu’on ait pu reprocher à Kazan d’assimiler les syndicats à des organisations criminelles.

 

Nous sommes en 1954 quand sort le film et le maccarthysme est en train de vivre ses derniers mois. Pourquoi ce rappel historique ? Pour deux raisons :

  • Elia Kazan a très spontanément collaboré avec la Commission parlementaires sur les Activités AntiAméricaines (2), dénonçant ses « collègues » de Hollywood qui avaient été membres du parti communiste américain ;
  • Derrière le « syndicat » de Friendly, on peut facilement voir une organisation défendue par l’HUAC, que Kazan – encore une fois – dénonce comme empêchant les « vrais » Américains d’accéder au bonheur.

 

Parce que toute l’intrigue est là : Terry Malloy est le porte-parole de Kazan, luttant contre une organisation nébuleuse qui n’hésite pas recourir à la violence, voire à tuer pour garder son hégémonie dur le port de New York. En effet, Malloy fait partie de l’organisation de Friendly quand commence le film, c’est même lui qui va permettre aux tueurs de Friendly de se débarrasser d’un témoin gênant. Cet assassinat est d’ailleurs montré sans concession, précipitant le spectateur dans un milieu criminel et sans concession. On sait très bien que les syndicats de dockers américains sont puissants – surtout à cette époque – mais ici, nous sommes au-delà de cet état de fait et l’organisation de Friendly n’est rien d’autre qu’une association de malfaiteurs.

Et la dénonciation de Friendly par Terry Malloy rappelle clairement l’attitude de Kazan dans cette période trouble de l’histoire américaine d’après la Deuxième Guerre Mondiale. On pourrait même penser qu’elle la justifie.

En effet, Terry va gagner son salut (ah, cette sacro-sainte rédemption…) en passant du côté des criminels à celui des vertueux, justifiant à demi-mot cette délation : Malloy va témoigner contre Friendly et dénoncer son organisation.

 

Mais nous sommes au cinéma, et ce film reste malgré tout spectaculaire. De par son intrigue, la violence y a sa part et Kazan l’expose : la mort de Joey Doyle et dans une moindre mesure celle de Kayo Dugan (Pet Henning) ; la conclusion du meeting dans l’église ; et bien sûr le règlement de comptes final, dont Terry va garder les « stigmates » dans les derniers plans. Le terme « stigmates » est d’ailleurs celui qui convient le mieux dans cette intrigue car il ne faut pas négliger la dimension christique du personnage de Malloy : il va souffrir pour ses convictions et entraîner avec lui les autres dockers cers des lendemains meilleurs.


Mais surtout, Sur les Quais est un film qui laisse la part belle aux acteurs, dont la plupart son issus de l’Actor’s Studio créé sept ans plus tôt par – entre autres – le même Elia Kazan et dont Marlon Brando fut un des membres fondateurs. Outre Brando, Lee J. Cobb, Rod Steiger (Charley Malloy) ou encore Eva Marie Saint (Edie Doyle) ont été formés dans cette organisation.

L’interprète principal qui n’y a pas appartenu est Karl Malden (le père Barry). Son personnage et celui d’Eva Marie Saint sont indispensables à l’intrigue, représentant l’autre « camp », celui de la vertu : le père Barry est un prêtre engagé contre la violence de ce système (3) et qui va soutenir ses ouailles jusqu’au bout. Karl Malden est un père Barry magnifique, qui sait aussi bien manier la langue que les poings, trouvant dans chacun des cas des arguments frappants (4).

Quant à Edie, elle est le déclencheur du changement de Terry. C’est une jeune femme pure et innocente (elle arrive de chez les sœurs) qui refuse elle aussi cet état de fait et va transformer Terry et le faire basculer dans son camp. Et comme en plus, elle est très jolie… C’est d’ailleurs le premier grand rôle de la belle Eva au cinéma.

Et puis il y a Brando.

C’est son troisième et dernier film avec Kazan, et encore une fois, il est magistral, interprétant avec beaucoup de talent ce personnage de minable (« bum »), boxeur raté (malgré lui) et frère d’un des hommes de main (Charley Malloy) de Friendly.

Brando donne toute la dimension mystique de son personnage, jouant avec la retenue nécessaire (Actor’s Studio oblige) pour ne jamais tomber dans le pathétique, même (et surtout) dans la séquence finale.

 

Bref, un grand moment de cinéma, malgré un contexte tout de même douteux…

 

PS : A noter la présence dans un petit rôle (par l’importance et par la taille) de Martin Balsam.

 

  1. “Am I on my feet?”
  2. House Un-American Activities Committee (HUAC)
  3. Il représente le père Corridan (1911-1984), véritable prêtre qui lutta contre la corruption et la violence sur les docks de New York : oui, cette intrigue s’inspire de faits réels !
  4. Oui, elle était facile.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Alfred Hitchcock
Cinquième Colonne (Saboteur - Alfred Hitchcock, 1942)

 

Barry Kane (Robert Cummings) travaille dans une usine d’armement. Malheureusement, elle est victime d’un saboteur et son meilleur ami périt dans l’incendie dû aussi à la présence d’un extincteur rempli d’essence (ça brûle mieux ainsi).

Mais comme c’est Barry qui a tendu l’extincteur à son ami, il est rapidement soupçonné d’avoir fomenté cet attentat et se retrouve alors recherché par la police.

Barry sait qu’il n’a rien fait, mais il est très difficile de convaincre les autres, et en premier lieu la police.

Il se lance alors sur la piste de l’éventuel saboteur : Frank Fry (Norman Lloyd).

 

Cinquième film de Hitchcock aux Etats-Unis, il s’agit du premier qui sort pendant la guerre et surtout en parle. Bien sûr, on n’évite pas le couplet patriotique et la propagande inévitable surtout quand l’intrigue colle à cette actualité guerrière.

Et malgré le budget un tantinet serré (que voulez-vous, on est en guerre), Hitchcock réussit un très beau film, reprenant quelques éléments de soin  travail antérieur effectué dans les studios anglais (1), ainsi que certaines situations qu’il affectionnait.

 

Tout d’abord, le fait que Barry Kane soit accusé à tort est un élément récurrent dans l’œuvre du maître, qui culminera avec Le faux Coupable presque 15 ans plus tard.

A ce faux coupable est ajoutée l’élément féminin : une jeune femme volontaire (comme toujours) mais qui se méfie de ce criminel en puissance. Elle est jeune et belle (elle est modèle) et s’appelle Patricia « Pat » Martin (Priscilla Lane). Mais surtout, elle n’est pas sans rappeler Erica Burgoyne (Nova Pilbeam) dans Young & innocent cinq ans plus tôt. A moins que ce soit Pamela (Madeleine Carroll) dans The 39 Steps (1935).

 

C’est d’ailleurs ce dernier film qui semble servir de base à cette intrigue, puisque nous sommes dans une histoire qui rappelle plus le monde des services et sociétés secret·e·s. Et à nouveau, nous trouvons un chef des méchants qui a une très bonne situation (riche, vivant dans un ranch avec piscine).

Mais les emprunts ne s’arrêtent pas là. En effet on retrouve deux références évidentes au cinéma américain de la décennie précédente : La Fiancée de Frankenstein et Freaks.

 

  • a Fiancée de Frankenstein parce que notre héros, trempé (bain forcé + pluie battante) trouve refuge dans la maison isolée de Philip Martin (Vaughan Glaser) : à l’instar monstre de James Whale (Boris Karloff), celui qui l’accueille est aveugle, le considérant avant tout comme un être humain malgré son handicap passager (les menottes) et ce qu’il signifie. Cette rencontre, de plus, est on ne peut plus déterminante car non seulement elle redonne courage à Barry qui se sent enfin entendu, mais aussi parce que Martin est l’oncle de Pat et d’une certaine façon va consacrer leur union.
  • Freaks parce que notre duo va rencontrer un cirque et se retrouver dans la caravane des « monstres » comme on les appelle : Esmaralda (Annie SharpBolster) une femme à barbe ; Bones (Pedro de Cordoba) le bien nommé, l’homme-squelette ; les sœurs siamoises Marigold & Annette (Jean & Lynn Romer) ; la femme montagne (Marie LeDeaux) et le désagréable nain Major (Billy Curtis). Cette rencontre est à nouveau une belle leçon d’humanité, et ce malgré le malentendu de la situation : Esmeralda pense que Pat est là de son plein gré et soutient pleinement le jeune homme en fuite. Le discours d’Esmeralda va enfin faire basculer Pat du côté de Barry et offrir à ce dernier l’aide dont il avait besoin.

 

Et puisque nous sommes chez Hitchcock, nous avons droit à nouveau à une belle tension dans l’intrigue, amenant l’indispensable suspense qu’il maîtrisait. A nouveau, nous vivons pleinement la fuite de Barry et ses efforts pour faire triompher la vérité, et bien sûr, la séquence finale dans la main de la Statue de la Liberté reste l’un des grands moments du cinéma : Barry qui retient Fry par la manche alors qu’elle est en train de se découdre. Inoubliable.

 

PS : Et Hitchcock là-dedans ? J’avoue qu’une fois sur deux j’en oublie qu’il apparaît tant je suis captivé par ce film. Je vous laisse donc le soin de le (re)découvrir.

 

  1. Là, déjà, le budget n’était pas extensible.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jill Sprecher
Thin Ice (The Convincer - Jill Sprecher, 2011)

Mickey Prohasca (Greg Kinnear) est un baratineur. A partir d’une conversation anodine, il en arrive à vous faire douter de votre existence, au point de vous assurer sur tout : normal, il dirige une petite compagnie d’assurance dans le Wisconsin, l’autre pays du froid.

En fait, Prohasca n’est ni pus ni moins qu’un escroc qui vit de la peur des gens et qui, le cas échéant, n’hésitera pas à franchir la ligne de l’honnêteté pour s’enrichir.

Et il semble que cette ligne, il soit bien déterminé à la franchir : un de ses clients (une de ses cibles, donc) possède un violon rare – et surtout coté – qui ne paie pas de mine.

Prohasca va donc s’ingénier à le récupérer.

Malheureusement, un homme est tué par son complice occasionnel, Randy (Billy Crudup).

 

Décidément, l’Amérique dite ‘profonde’ n’a pas toujours les honneurs du cinéma, et surtout sers habitants ne sont pas des plus exemplaires : après le Minnesota des frères Coen (Fargo), voici le Wisconsin de Jill Sprecher, où l’on rencontre des citoyens fort peu recommandables : nous avons l’escroc (Prohasca), à cela s’ajoute le meurtrier (Randy) sans oublier les autochtones un tantinet ruraux : Frank Ritchie (Peter Thoemke) et Gorvy Hauer (Alan Arkin).

Mais là s’arrête la comparaison avec Fargo, le propos étant fort différent et les personnages malgré tout un peu plus sensés (que Carl Showalter).

 

Autant le dire tout de suite, ce film n’est pas un chef-d’œuvre absolu, incontournable du genre, mais il possède malgré tout un certain charme (voire un charme certain), et on s’amuse beaucoup de cette arnaque pas si simple, portée par Greg Kinnear, baratineur invétéré mais surtout menteur patenté, ce qui aide beaucoup dans sa branche.

Mais Kinnear n’est pas le seul à porter le film : Jill Sprecher réussit à en faire un film d’acteurs et laisse beaucoup de place à ses interprètes, avec un Billy Crudup magnifique en tueur psychopathe, et Alan Arkin en client vulnérable. Au quatuor annoncé (plus haut) s’ajoute Bob Egan (David Harbour), embauché par Prohasca après la convention d’introduction, afin de ne pas le faire partir chez un concurrent.

 

Et les femmes ?

Elles sont deux et ne sont pas à proprement parler « faibles . La première est la femme de Prohasca, Jo Ann (Lea « Lorraine » Thompson) qui en a plus qu’assez des frasques et surtout des mensonges de son mari, et la seconde est sa secrétaire, Karla Gruenke (Michelle Arthur), tout aussi exaspérée par Prohasca et sa négligence.

Bref, Prohasca est coincé au milieu de tout ce petit monde et à l’instar des poissons hors de l’eau, a du mal à reprendre son souffle pour survivre.

 

Au final, un petit film plaisant (le troisième et jusqu’ici dernier de la réalisatrice qui signe en outre, avec sa sœur Karen, le scénario) avec une intrigue d’accumulation – de péripéties mais surtout de soucis pour Prohasca – jusqu’au basculement final de la résolution : l’interprétation y est impeccable et le montage bien rythmé.

Que demander de plus ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Superman, #DC Comics, #Richard Lester
Superman III (Richard Lester, 1983)

Il est de retour (encore) !

Superman (Christopher Reeve) revient trois ans après le second opus qui le mettait aux prises à d’anciens habitants de Krypton.

Cette fois-ci, c’est contre un tycoon qu’il doit se battre : Ross Webster (Robert Vaughn).

Ce dernier est accompagné de deux femmes – sa sœur Vera (Annie Ross) et sa fiancée Lorelei Ambrosia (Pamela Stephenson) qui possède en plus de ses charmes ceux de Vera qui en est dépourvue – et surtout un programmateur formidable : August « Gus » Gorman (Richard Pryor). Ce quatuor va tout tenter pour se débarrasser de notre superhéros, mais bien sûr n’y parviendra pas. Normal, c’est tout de même Superman !

 

Le film de trop ?

Le deuxième épisode des aventures cinématographiques de Superman était déjà un cran au-dessus du film de Donner (1978), et il semble que Lester continue à faire péricliter la franchise, le film n’étant pas un immense succès comme précédemment.

Certes, on y trouve les passages obligés : transformation de Clark Kent (Christopher Reeve) ; sauvetages de situation catastrophe et bien sûr les inévitables effets spéciaux – en incrustation écran bleu – qui ont fait le succès es précédents films.

 

Mais cela marche de moins en moins bien, et ce malgré la présence de Richard Pryor – alors le plus grand comique américain – et Robert Vaughn qui était passé du côté obscur depuis quelques films et autres séries télévisées.

On retrouve aussi l’humour de Lester dans quelques séquences dont celle d’introduction qui va amener une série de catastrophes ayant pour origine les formes généreuses de Pamela Stephenson, avec en prime une tarte à la crème qui est appliquée par un personnage de haut vol (1). On notera la présence de Bob Todd (encore un British) dans cette séquence : c’est lui qui reçoit de la peinture sur son veston.

 

Mais outre ces quelques moments comiques, on n’a peu de chose à se mettre sous la dent. Et même Richard Pryor n’est pas au mieux de sa forme, son talent comique faisant défaut tout au long du film. On pouvait espérer mieux.

Lois Lane (Margot Kidder) est en outre pus ou moins retirée du projet (2), n’apparaissant qu’au début et à la fin. Elle est remplacée – dans le cœur de Superman par la belle Annette O’Toole

Quant à notre héros, il est toujours aussi lisse, et éclipsé par le quatuor maléfique et surtout Pryor. On aurait pu penser que le dédoublement de Superman allait amener un plus dans l’intrigue, mais c’est réglé assez rapidement et on se dirige alors tout droit vers la happy end attendue.

 

Alors le film de trop ?

Certainement, mais pas complètement : un quatrième film fut tourné et sortit quatre ans plus tard. Et dire qu’il était même prévu d’en faire un cinquième…

 

  1. Je vous laisse deviner, ou découvrir.
  2. Ses protestations contre le renvoi de Richard Donner du film précédent n’y sont pas étrangères…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Maurice Tourneur
Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922)

Lorna Doone, c’est tout d’abord un roman britannique écrit en 1869 qui reçut un très bon accueil public, devenant alors un incontournable de la littérature anglaise.

On y suit la vie singulière de la jeune Lorna Lorn, riche héritière d’ascendance noble qui a grandi auprès de Lord Ensor Doone, aristocrate déçu et déchu qui dirige une bande de pillards de grands chemins.

On y suit aussi John Ridd, fermier honorable, qui va tomber amoureux de Lorna mais ne pourra l’épouser du fait de leur distance sociale.

 

On retrouve donc ici Lorna (Mae Girai puis Madge Bellamy) et John Ridd (Charles Hatton puis John Bowers), ainsi que le brigand Ensor Doone (Frank Keenan) et sa bande de truands dont Carver Doone (Donald MacDonald), qui a des vues sur Lorna.

On nous explique ici comment Lorna se retrouve prisonnière de la bande et c’est là que l’intrigue diffère du roman : c’est John Ridd qui va aller la sauver.

Mais comme le dit si bien mon ami le professeur Allen John, peu importe la fidélité à l’intrigue puisque nous sommes au cinéma : un film n’est certainement pas un livre.

 

Il semble que Maurice Tourneur fut peu inspiré quand il tourna ce film, dont il participa aussi au scénario - ils étaient quatre ! (1) – et si on retrouve les éléments plastiques qui caractérisent ses productions, on est bien loin e certains de ses films antérieurs.

Certes, cela ne manque pas de péripéties ni d’action, mais il manque tout de même un souffle épique indispensable dans une intrigue où la petite histoire – celle de Lorna et John – rencontre la grande (le baptême du prince héritier) et ses protagonistes plus ou  moins prestigieux tel  le roi James II.

 

A cela s’ajoutent quelques éléments un tantinet incongrus qui concernent ce rapport à cette grande Histoire : l’attitude de John au baptême est non seulement déplacée mais difficilement crédible quand on connaît l’étiquette en vigueur. A aucun moment John n’aurait pu s’approcher du trône et prendre le bébé dans ses bras.

Certes, cette attitude sert l’intrigue puisqu’elle va permettre d’une certaine façon le rapprochement entre les deux amants, mais tout de même.

 

Quant à l’affrontement final qui voit John et Carver en découdre, il a lieu dans une séquence d’attaque du repaire des brigands qui manque cruellement d’inspiration, comme si Tourneur ne faisait que s’acquitter de sa tâche, laissant les choses se faire.

Pire : on a même l’impression que ce ne sont plus des paysans du Devon qui chargent les brigands mais une bande de cowboys qui, le pistolet au poing, vient régler ses comptes : la seule différence étant dans le fait que les mousquets utilisés ne tirent qu’un seul coup avant de devoir être rechargés, ce qui est tout de même respecté.

 

Alors, non, ça ne marche pas comme cela aurait dû. Et si Madge Bellamy est toujours aussi belle et bien dans son personnage, on peut déplorer que ce ne soit que John Bowers qui interprète John Ridd. En effet, on ne peut s’empêcher de penser à Richard Barthelmess qui aurait été parfait pour ce rôle, complètement dans son répertoire. Il manque à Bowers le petit plus que possédait Barthelmess comme on peut le voir dans Way down East et surtout Tol’able David.

Oui mais voilà : Barthelmess n’appartenait pas au même studio.

 

Dommage.

 

(1) Cette (sur)abondance de scénaristes explique-t-elle l’aspect poussif de l’intrigue ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Liberté, liberté chérie (Raymond Bernard, 1934)

 

Dernier volet de la trilogie, ce troisième film est celui des affrontements.

Affrontement des Parisiens contre le pouvoir royal de Louis-Philippe (1), et affrontement – final – entre Valjean (Harry Baur) et Javert (Charles Vanel).

Les grands absents de cet épisode sont bien sûr les Thénardier (Charles Dullin & Marguerite Moreno), Raymond Bernard et André Lang n’ayant pas retenu l’ultime rencontre entre lui et Valjean dans les égouts.

 

On retrouve ici, avec bonheur, le même principe narratif qui avait prévu dans les deux films précédents, les mots étant le plus souvent remplacés par des regards ou des gestes – héritage du cinéma muet – avec un souci de rester au niveau humain alors que cette fresque pourrait encourager à l’exubérance et au sensationnel.

Mais la barricade de la rue de la Chanvrerie – où est Marius (Jean Servais) – n’en demeure pas moins spectaculaire, sans toutefois tomber dans le grandiose comme dans certaines versions ultérieures.

D’une manière générale, c’est la sobriété qui prime dans les trois films, ramenant le propos au niveau de ses protagonistes : les misérables. Les misérables sont ces « petits », ces « obscurs » ces « sans-grades » – pour paraphraser Edmond Rostand – et n’ont pas accès à la lumière.

Et même la barricade reste à leur niveau, même si le combat fait rage et leur donne temporairement un statut de géant.

 

Cette barricade, c’est l’aboutissement de la violence de l’intrigue qui s’installe progressivement : après un premier épisode où elle est plus morale que physique, elle prend plus de place dans le second volet, avec surtout l’agression de Valjean par Thénardier et ses (louches) acolytes, sans oublier le passage (final) de la chiourme.

Ici, c’est un terrible combat de rue qui nous est proposé, avec charge de l’armée, la caméra de Kruger et Portier alternant les plans d’ensemble (restreint) et les cadrages au cœur de l’action, donnant alors un souffle épique à ce qui n’est malgré tout qu’une petite échauffourée.

Et encore une fois, on retrouve la verve de Hugo dans cet épisode tragique.

Tragique pour les morts qui vont tomber dont l’inévitable Gavroche (Emile Genevois), victime on ne peut plus tragique qu’il n’est qu’un enfant.

On retrouve aussi chez les émeutiers les aspirations de Victor Hugo, né trop tard pour faire la révolution ou participer aux campagnes napoléoniennes, mais surtout cet engagement républicain farouche que l’auteur épousera finalement.

 

Mais il y a surtout l’affrontement entre Javert et Valjean, qui permet au premier de réaliser son rêve – arrêter l’autre – et surtout d’apparaître un peu plus que dans l’opus précédent où il n’était que très peu montré.

C’est à nouveau un duel au sommet, mais sans négliger l’aspect réservé de Valjean qui ne s’avance à aucun moment.

Et Javert, autant que Valjean sont les dernières victimes de l’intrigue. Chacun à sa façon est « victime du devoir » :

  • Javert parce que l’attitude de Valjean est en rupture complète d’avec ce qu’il a pu penser toute sa vie : un forçat reste un homme méchant, et relâcher Valjean (qui le mérite pourtant) est une action en total désaccord avec sa fonction. Et Charles Vanel, même à ce moment tragique conserve l’attitude butée et bornée de son personnage.
  • Valjean parce qu’il n’a cessé tout au long de cette vie d’obéir au commandement – intérieur – de monseigneur Miriel (Henry Krauss), refusant autant que possible les honneurs, n’étant malgré tout qu’un ancien forçat en rupture de ban.

 

Et ce dernier affrontement confirme ce que j’ai déjà dit pour les deux autres films : Harry Baur est un Jean Valjean absolument magnifique, restant à sa (basse) place en tant que personnage, et partageant équitablement la scène avec son partenaire, quel qu’il soit.

Oui, Harry Baur était un grand acteur, malheureusement mort et injustement (2), et réduire sa vie d’acteur à la collaboration cinématographique, c’est faire peu de cas de ce qu’il fut réellement.

 

  1. La réplique de Louis-Philippe à propos des émeutes est assez savoureuse, rappelant 1789…
  2. Dénoncé comme juif aux Allemands, il fut incarcéré, interrogé et torturé pendant plusieurs mois pour rien et mourra des suites de sa captivité six mois plus tard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Raymond Bernard
Les Misérables : Les Thénardier (Raymond Bernard, 1934)

Ils sont de retour, toujours aussi abjects et hypocrites.

Le temps a passé mais Thénardier (Charles Dullin), qui se fait maintenant appeler Jondrette, et son épouse (Marguerite Moreno) habitent Paris et sont désoeuvrés. Alors ils se sont acoquinés à la truande du quartier, vivant pour le reste de la charité (organisée) publique : les deux filles – Eponine (Orane Demazis) et Azelma (Denise Mellot) ne ratant aucune sortie de messe pour tendre la main.

Mais à Paris vit aussi ce bon monsieur Fauchelevent (Harry Baur) et sa fille Cosette (Josseline Gael) qui vient de fêter ses seize ans.

Vous l’avez deviné, Fauchelevent et Valjean ne font qu’un. Ce dernier est toujours en fuite pour Javert qui veille.

A e petit monde s’ajoute Marius (Jean Servais) qui est amoureux fou de Cosette (qui le lui rend bien), ce qui n’est pas pour plaire à son « père »… D’autant plus que Marius appartient à un groupe de républicains qui n’attend qu’une occasion pour déclencher une nouvelle révolution.

 

Film de transition, tout comme le fait Hugo dans on livre, Raymond Bernard – avec l’aide d’André Lang pour le scénario – installe son intrigue et surtout prépare le troisième volet qui sortira une semaine plus tard.
On y retrouve les mêmes personnages et on en découvre d’autres tout aussi importants : Marius et Eponine, ainsi que le petit Gavroche (Emile Genevois). C’est bien sûr ce dernier qui fait grosse impression, sa gouaille toute parisienne en fait le titi parisien par excellence, véritable personnification du personnage d’Hugo.

Ce film, c’est aussi l’occasion de voir la séquence d’anthologie que tout le monde attendait dès l’épisode précédent : Valjean qui s’en vient sauver Cosette (Gaby Triquet).

C’est d’ailleurs cette dernière qui ouvre le film, devant aller chercher l’eau à la source à l’aide d’un seau presque aussi grand qu’elle. Cette séquence forestière est magnifique (1), les différentes prises de vue de Kruger (et Portier) accentuant la terreur nocturne de la petite fille, les éléments naturels, du fait de l’obscurité ambiante devenant alors des menaces (2).

Et puis il y a LA rencontre : celle de cet homme qui va porter son seau et la tirer des griffes des deux infâmes.

La petite Gaby était déjà une belle Cosette, elle n’en devient que plus magnifique ici, décontenancée par ses bourreaux qui montrent soudainement patte blanche et tiraillée entre sa fidélité envers eux et cet homme inconnu qui débarque pour l’emmener.

 

Encore une fois, Harry Baur est un Valjean/Fauchelevent comme il faut, jouant de la discrétion – obligée – de Valjean avec beaucoup de subtilité, bien loin de la truculence de Champmathieu après le procès.

Mais e sont les Thénardier qui retiennent (presque) toute l’attention, le couple Moreno-Dullin é&tant – à mon avis – le meilleur qu’on ait eu. Certes, Thénardier est plus bavard – c’est a partie, que voulez-vous – mais là encore, Bernard garde la même sobriété qu’au premier opus.

Ces deux personnages sont donc d’affreux particuliers et le maquillage ainsi que la diction des deux interprètes en font de véritables archétypes de la méchanceté et de l’hypocrisie.

On rappelle toujours ce mot d’Hitchcock qui disait que pour qu’un film soit réussi, il faut que le méchant le soit d’abord, et on se dit que Les Misérables est de ce fait un chef-d’œuvre, les deux personnages titulaires y contribuant allègrement.

 

Une dernière chose : la dernière séquence est d’une incroyable pertinence se concluant par une réplique de Valjean qui ne l’est pas moins : on y voit un convoi de forçat, accompagné de la musique (magnifique et) dramatique d’Honegger : c’est un moment de grande violence et d’incommensurable misère, illustrant avec justesse la phrase de Hugo qui ouvre le film. Bien sûr, je vous laisse le soin de découvrir tout ceci si vous ne l’avez toujours pas vu…

 

  1. Encore une fois !
  2. Oui, on pense à Blanche-Neige et les 7 Nains quand on voit cette pauvre Cosette lutter contre sa peur.

 

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Publié le par Djayesse
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Les Misérables : Tempête sous un Crâne (Raymond Bernard, 1934)

« Je suis Jean Valjean ! »

C’est par ces mots que monsieur Madeleine (Harry Baur) va sauver Champmathieu (Harry Baur), qu’on avait pris pour Jean Valjean (Harry Baur).

Jean Valjean ? C’est un homme malchanceux qui pour avoir volé un pain pour nourrir sa famille a fait 19 ans au bagne de Toulon (Cinq ans de condamnation auxquels s’ajoutent quatre tentatives d’évasion).

Depuis huit ans (1), Jean Valjean se cache derrière l’identité de M. Madeleine, philanthrope et maire de Montreuil s/Mer, distribuant de la bonté et de la justice, choses qui lui furent longtemps refusées.

Mais il est talonné par un ancien du bagne, Javert (Charles Vanel), qui était alors de l’autre côté de la barrière, garde-chiourme.

 

Comme je l’ai déjà dit ici, il s’agit de la cinquième adaptation du roman de Victor Hugo, et au vu des suivantes – je n’ai pas vu les précédentes – c'est très certainement la meilleure, que ce soit du point de vue de l’adaptation que du jeu des acteurs et de la manière de filmer.

Raymond Bernard, une fois Les Croix de bois sorti, enchaîne directement sur le chef-d’œuvre (le tournage commence en décembre 1932) de Victor Hugo (enfin, un des chefs-d’œuvre…) et, entouré d’une distribution prestigieuse réalise ce qui reste pour moi la version de référence : Victor Hugo est un de ces auteurs français dont on ne peut pas faire n’importe quoi, même quand il y a Lon Chaney, mais ceci est une autre histoire.

Raymond Bernard va alors partager son film en respectant à peu près le découpage de Hugo, arrêtant la première partie à l’évasion de Madeleine/Valjean et son départ vers Montfermeil où il doit aller chercher Cosette (Gaby Triquet).

 

Il y a dans ce film une alliance formidable entre la mise en scène, le jeu des acteurs et les prises de vue qui fait de cette épopée un grand moment de cinéma, réussissant à recréer l’atmosphère du livre mais d’une manière fort curieuse. Nous connaissons tous les fabuleuses descriptions (5) du grand Victor, que certains peuvent trouver longues et bavardes (moins que celles de Balzac, si vous voulez mon avis), et ce qui retient l’attention dans ce film, c’est le silence qui y est aménagé. Même la musique d’Honegger ne parvient pas à le troubler, étant utilisée avec parcimonie.

Mais surtout ce qui est la scène-clé du film, c’est celle qui donne son nom à ce film : Tempête sous un crâne. On retrouve le combat manichéen que livre Valjean avec sa conscience, combat entre le devoir et l’intérêt particulier : se taire, c’est condamner Champmathieu au bagne à perpétuité ; parler c’est s’enfermer définitivement.

Et c’est là que la caméra de Jules Kruger (et aussi celle de Portier) prend vie et remplace en partie les yeux de Valjean/Madeleine. Ce sont les mots Arras (où a lieu le procès) et Montfermeil (où vit Cosette) qui se livrent une bataille, et s’animent sous nos yeux, accentuant l’enjeu du combat qui se déroule dans la tête de Valjean.

Cette caméra nous amènera aussi des cadrages singuliers, de biais alors que la santé de Fantine (Florelle) se dégrade où que Valjean dépose au tribunal : ce cadrage devenant alors le signe de la tragédie qui se joue devant nos yeux.

 

Et puis il y a les interprètes.

Bien sûr, Harry Baur est – encore une fois – impeccable et campe un Valjean fruste et agressif qui se mue en gentleman avec beaucoup de conviction. Et sa prestation est d’autant plus remarquable qu’on ne se dit à aucun moment que c’est Harry Baur qui interprète Valjean, mais bien que c’est Valjean que nous voyons ici se dépêtrer avec a conscience et Javert.

De la même façon, Florelle est une Fantine tragique, dernier instrument du Destin de Valjean : sa dernière vie pourra alors commencer suite à la promesse qu’il fait sur le lit de mort de la malheureuse. Il va s’occuper de Cosette.

Je continue tout de même à trouver que Charles Vanel, malgré son immense talent n’est pas le meilleur Javert que j’ai vu. Mais il n’en demeure pas moins un personnage indispensable à l’intrigue, et Vanel lui confère un aspect borné qui est indissociable du personnage.

Je garde mes préférés pour la fin : Les Thénardier.

Le choix de Charles Dullin (lui) et Marguerite Moreno (elle) fut une magnifique inspiration tant ils personnifient le couple le plus abject e la littérature française. A leur malhonnêteté s’ajoute une malfaisance ignoble, et leur aspect physique n’est pas pour les rendre plus sympathique. Au contraire. Bref, Moreno et Dullin sont à mon avis les pires Thénardier qui soient, et de ce fait les meilleurs qu’on ait vus au cinéma. Mais cela n’engage que moi.

Je terminerai en parlant de la petite Gaby Triquet (qui a eu 95 ans en novembre dernier), qui est une Cosette fort convaincante : elle a huit ans quand commence le tournage et sa petite taille accentue le malheur qui s’abat sur son personnage.

 

Bref, une première partie qui annonce le chef-d’œuvre, au même titre que le roman dont il s’inspire.

 

  1. Parfois c’est seulement sept.
  2. Ils sortiront les 3, 16 et 23 février 1934.
  3. J’adore ce roman.

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