Scintillant.
Ca brille de partout, à mesure que nous entrons dans ce milieu d’argent, cette aristocratie américaine où tout n’est qu’insouciance et oisiveté. Cet argent qui ne cesse de rentrer pendant que les fêtes battent leur plein.
Nous sommes en 1922 et Jay Gatsby (Robert Redford) est le centre de l’attention de la gentry de Long Island : tout l’été, ce ne sont que fêtes somptueuses où son conviés des personnalités prestigieuses, dans une propriété qui ne l’est pas moins.
Qui est ce Gatsby qui aurait fait Oxford, la guerre (14-18) et fortune en multipliant les « drugstores » ?
On dit même qu’il est apparenté au Kaiser, et qu’il aurait même tué un homme.
C’est ce que va découvrir Nick Carraway (Sam Waterston), son voisin le plus proche, cousin de la belle Daisy Buchanan (Mia Farrow), cette femme mariée riche qui fascine Gatsby.
Il s’agit ici d’une très fidèle troisième adaptation du roman (un tantinet autobiographique) de Francis Scott Fitzgerald, retranscrivant avec beaucoup de faste les excès et l’hédonisme de cette classe (très) supérieure. C’est une débauche de luxe accentuée par le scintillement généralisé des sources lumineuses : lampes, bijoux, yeux…
Ce scintillement peut à la longue lasser, même s’il ajoute une teinte surannée à l’intrigue alors que le roman lui était totalement ancré dans la période qu’il décrivait.
Mais ce scintillement n’est pas continu : il se finit (presque) brutalement quand Gatsby et Daisy décident de tout révéler de leur relation à Tom (Bruce Dern), le mari de Daisy.
Tout va alors se ternir : le décor qui devient mat, et les différents personnages qui vont pleinement se révéler. Et si Gatsby conservera jusqu’au bout son aura intacte, il n’en va pas de même pour le couple qui s’enfoncera encore plus dans sa condition, devenant alors franchement insupportable. Certes, Tom est insupportable de bout en bout, mais il arrive tout de même à l’être encore plus…
Malheureusement, les studios Paramount, pour assurer le succès de leur film ont détruit leurs copies des deux précédents films – celui d’Herbert Brenon (1926) et celui d’Elliott Nuggent (1949) afin de couper court aux comparaisons qui n’auraient pas cessé d’être développées.
Cet acte – criminel pour un cinéphile comme moi – fait que si on a retrouvé une copie du film de 1949, celui de Brenon est considéré comme disparu : ne reste maintenant que la bande annonce, une minute de frustration quand on sait qu’il fut tourné dans la foulée de la sortie du livre, témoignage à chaud de ce Jazz Age (1) décrit par Fitzgerald.
Au final nous avons un film très esthétique avec les réserves exprimées plus haut quant à l’éclairage, mais qui manque tout de même d’épaisseur. Jack Clayton n’est pas Coppola (2) qui en aurait certainement fait quelque chose de plus grandiose, voire de plus décadent.
Parce que ce monde hédoniste est décadent, et les danseurs – formidables – illustrent très bien ce déclin qui va s’accentuer avec la crise de 1929, mettant un terme à ce qu’on appela « les Années folles ».
- La chanson Ain’t we got fun (« Qu’est-ce qu’on s’amuse » – 1920) revient plusieurs fois dans le film, illustrant magnifiquement la situation du film. En effet, on peut y entendre un résumé plutôt juste : « The rich get rich rand the poor get poorer / les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent encore plus ».
- C’est Truman Capote qui devait signer le scénario mais ses idées n’ont pas été retenues par la production et le grand Francis dut le reprendre et le terminer, le tout en trois semaines…
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