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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Arthur Penn, #Robert Redford, #Marlon Brando
La Poursuite impitoyable (The Chase - Arthur Penn, 1966)

Une petite ville du Texas, au milieu des années 1960…

C’est samedi et tout le monde attend avec impatience le soir pour se délivrer d’une semaine de travail à travers diverses fêtes et autres beuveries hebdomadaires.

Parmi eux, le jeune Jake Rogers (James Fox), fils de Val (E.G. Marshall), le magnat local, qui va retrouver la belle Anna Reeves (Jane Fonda), seule depuis que son mari Bubber (Robert Redford) est en prison.

Mais ce samedi, c’est le jour qu’a choisi (?) le même Bubber pour s’évader avec un complice meurtrier. Mais Bubber n’est pas si bête, il veut atteindre le Mexique. Sauf qu’il se trompe de train : il saute en marche, pas bien loin de chez lui.

Alors, à défaut de Mexique…

 

Si le titre français est plus explicite que l’original (1), il n’en demeure pas moins un brin réducteur. En effet, si poursuite il y a, elle n’est pas le seul élément de ce film coup de poing, reflet d’une époque autant que sa dénonciation, reprenant certains aspects très américains dont certains empruntés au western.

Nous sommes en 1966 quand sort le film sort, en pleine lutte pour les droits civiques et surtout la fin de la ségrégation dans le Sud. Et le film y fait référence à travers les propos de ceux qui en sont les chantres, surtout dans cette petite ville alcoolisée ce samedi soir. On y retrouve même des attitudes ouvertement racistes héritées du passé esclavagiste (nous sommes dans le Sud, ne l’oublions pas) :

  • le jeune homme qui se promène et qu’on prend pour Bubber (2) ;
  • le personnage de Lester Johnson (Joel Fluellen) – noir lui aussi – qui veut aider Bubber et Anna : il est surpris chez cette dernière et si le shérif Calder n’intervenait pas, il serait tué sur place.

 

Et cette « poursuite impitoyable » va mettre du temps à le devenir, Arthur Penn prenant son temps pour bien installer son décor et ses personnages : non seulement l’alcoolisme est l’activité première de tous ces « bons citoyens », mais à cela s’ajoute une propension à l’adultère totalement assumé, amenant même des plaisanteries – au goût douteux, est-il besoin de le préciser – sur la libération sexuelle qui est alors en train de se développer.

Nous allons alors assister à cette poursuite qui sera belle et bien impitoyable puisqu’on comptera deux morts à l’arrivée.

Mais si cette poursuite se met en place, c’est avant tout ce qui va l’amener qui semble avoir retenu l’attention du réalisateur : en plus de l’alcool, la rumeur va se propager, avec son lot de mensonges, de distorsion et surtout de mauvaise foi.

 

Alors nous basculons – bizarrement – dans l’un des aspects western de ce film avec la mise en place improvisée d’une espèce de patrouille pour retrouver Bubber – et le tuer, cela va de soi : tout ce qu’il faut pour un lynchage.

Mais nous sommes dans les années 1960 et ce n’est plus la même façon de procéder (3). Et surtout, une dimension spectaculaire apparaît : le lynchage devient médiatique – comme on dit de nos jours – et les habitants de cette petite ville vont s’y rendre, avant tout par curiosité (les jeunes gens surtout), et cette traque va prendre une tournure festive : les jeunes y chantent, on allume des feux de détresse…

Il faudra l’intervention de la police pour faire cesser tout cela, mais trop tard.

 

Il n’y aura pas de lynchage, comme dans The Oxbow Incident ou Fury, mais on retrouve dans le film la même violence qui s’exprime autrement et aboutit encore une fois à une tragédie. C’est cette violence qui est aussi très importante ici, favorisée par l’absorption d’alcool et la bêtise généralisée de ces Texans vindicatifs et armés. Parce qu’ils sont armés. Et trouvent cela tout à fait normal. C’en est même un jeu qui va inévitablement amener le drame annoncé.

Par contre, à la différence des lynchages déjà cités, ce n’est pas la foule qui veut se faire justice : seulement un trio de personnages à la moralité très relative. La foule est présente mais en tant que spectatrice. A aucun moment elle n’intervient, se repaissant du spectacle avec plus ou moins de plaisir (4). Il faut voir Calder-Brando sortir en sang de son office pour s’en rendre compte : le visage tuméfié, la chemise maculée, et pas une personne qui se déplace pour le soutenir, tous regardent.

Bien sûr, la violence est omniprésente, et Arthur Penn va la graduer et la faire enfler petit à petit pour arriver aux échanges de coups. La séquence qui voit le shérif se faire amocher par les trois salauds (5) est d’un réalisme terrible et le maquillage qui suit donne une image tout aussi réaliste des effets : il ne s’agit pas seulement d’un œil entouré de noir comme on a pu longtemps le voir (l’œil est entouré mais bien ouvert !).

 

Arthur Penn signe (enfin je me comprends, il a désavoué le producteur après le montage) un film magnifique – encore une fois – et s’inscrit très bien dans cette décennie qui va changer le cours du XXème siècle, à travers cette petite ville texane où les vieux réflexes sauvages ont la vie dure. Il est soutenu dans cette tâche par une distribution  -prestigieuse, évidemment – à la hauteur des enjeux, avec Marlon Brando en tête, bien sûr, mais aussi Jane Fonda ou encore Robert Redford qui n’est pas encore la vedette que nous connaissons (mais ça ne va pas tarder. De plus, les femmes n’y sont pas absentes et participent activement à cette intrigue, montrant pour la plupart une grande force de caractère. C’est le cas d’Angie Dickinson (Ruby Calder) ou encore la vétérane Miriam Hopkins (la mère de Bubber). Et puisqu’on en est aux vieilles gloires, on notera la présence de Bruce Cabot dans le rôle du père d’Anna : ce n’est plus le jeune héros de King Kong…

 

  1. La Traque serait une possibilité
  2. Encore une preuve de l’alcoolisme ambiant de la ville : ce jeune homme est noir.
  3. Même si le résultat est le même.
  4. La télévision qui s’est installée dans la décennie précédente peut expliquer cette attitude passive et un tantinet teintée de voyeurisme : on s’y repaît d’images toujours plus violentes.
  5. Difficile de trouver un autre terme pour ce trio.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Francis Veber, #Pierre Richard
Les Fugitifs (Francis Veber, 1986)

Jean Lucas (Gérard Depardieu) et François Pignon (Pierre Richard) sont de retour !

Cette fois-ci, Lucas sort de prison après un séjour tout frais payé de cinq ans. Et s’il sort, ce n’est pas pour y retourner, n’en déplaise à l’inspecteur Duroc (Maurice Barrier).

Alors il va s’installer et avant tout ouvrir un compte en banque. Mais là, c’est pas de chance : François Pignon, chômeur de longue durée a décidé de la braquer. Et comme ça ne se passe pas très bien, il prend un otage. Oui, Lucas.

Dès lors, c’est une cavale qui s’installe.

 

Troisième opus du duo Depardieu-Richard (1), on y retrouve le couple mal assorti régulier des films de Veber, avec cette fois-ci une dimension plus sérieuse du fait de la présence de Jeanne (Anaïs Bret), la fille de Pignon. Ce changement de ton se prolonge avec la musique de Vladimir Cosma (fidèle au poste) qui n’a rien de sautillant ni même comique.

Il faut dire que la petite Jeanne n’engendre pas le rire : elle reste muette depuis la mort de sa mère trois ans plus tôt. Cette mort coïncide avec le début du chômage de son père ce qui n’encourage pas à aller bien. Surtout avec ce père-là !

 

L’apparition de Pignon est d’ailleurs assez dramatique : un braquage de banque n’a rien de comique en soi. Mais rapidement, Veber débloque la situation et nous présente ce nouvel avatar pignonnesque pour ce qu’il est : un pauvre type au bout du rouleau qui n’a décidément pas de chance, comme en témoigne le parcours de son sac à butin.

Et cette malchance est contagieuse (2) puisqu’elle touche immédiatement Lucas, otage récalcitrant (3), embarqué malgré lui dans une cavale improvisée (4) qui les emmènera de Bordeaux vers la liberté, avec bien sûr moult péripéties improbables et surtout des rencontres fameuses (et fumeuses ?), dont deux professionnels médicaux : un vétérinaire (Jean Carmet) et un médecin (Michel Blanc).

 

Comme je l’ai écrit plus haut, la présence de la petite Jeanne donne une autre dimension au film. Si le couple Richard-Depardieu fonctionne comme attendu, la présence de la petite fille atténue leurs attitudes : Lucas n’est pas qu’une brute, ni Pignon qu’un emmerdeur malchanceux. L’enfant va les rapprocher, malgré eux, et au final les souder, donnant à l’appellation « couple » une autre signification que celle attendue : nous sommes en 1986 quand sort le film, et il n’est pas question alors de parler d’union homosexuelle. Et de toute façon, il n’y a aucun élément latent là-dessus. Et pourtant, s’ils restent ensemble, c’est pour l’enfant !

Et même quand Pierre Richard endosse le rôle de la femme, il n’y a aucun sous-entendu, dans un sens ou dans l’autre : c’est un subterfuge, prétexte à des éléments comiques qui ne détonent pas dans l’histoire, ni ne tournent au grotesque, malgré sa tenue qui, elle, l’est.

 

Avec ce troisième épisode, Francis Veber clôt un triptyque : il n’y a pourtant aucun lien entre Pignon et Lucas ici avec ceux des Compères, ni avec Perrin et Campana de La Chèvre. Seuls le duo d’acteur est récurrent. Le seul lien qu’on pourrait trouver concerne Lucas qui s’adoucit encore une fois au contact d’un enfant. Dans Les Compères, c’était celui qu’ils étaient partis rechercher et auquel il donne quelques gages d’affection et de subtilité. On retrouve cette même attitude un tantinet gênée de celui qui se découvre une fibre paternelle, mais qui va prendre toute sa dimension ici, grâce à la petite.

Mais il n’empêche, avec Les Fugitifs, Veber rassemble ses deux héros singuliers et les fait se lier pour une durée temporaire (« quelques jours », dit Lucas), alors que nous savons très bien que ce temporaire va durer.

C’est la dernière fois que le trio va tourner ensemble. Et c’est normal : les deux personnages n’ont plus de raison de se quitter, parce qu’il faut élever la petite fille, et que Pignon n’y arrivera pas tout seul.

Cette troisième rencontre devient alors inévitable et indispensable : ils étaient faits l’un pour l’autre.

 

  1. Ou du trio Depardieu-Richard-Veber ?
  2. Comme dans La Chèvre…
  3. Il faut le comprendre : se retrouver otage après avoir été libéré pour le braquage de 14  banques !
  4. C’est souvent comme ça dans ces cas-là.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #René Clément, #Gérard Philipe
Monsieur Ripois (René Clément, 1954)

André Ripois (Gérard Philipe) vit à Londres. Quand il ne travaille pas, il arpente les trottoirs londoniens à la recherche de l’amour. Mais à trop le chercher, il ne trouve rien, si ce n’est des aventures avec des femmes bien différentes.

Et puis il la trouve : elle s’appelle Patricia (Natasha Parry), elle est jeune, elle est belle, elle est différente, et il tombe sous son charme.

Seulement voilà : c’est le jour de son mariage avec Catherine (Valerie Hobson).

 

René Clément, Gérard Philipe et Raymond Queneau sur une même affiche ! On peut trouver pire. Et on n’est pas déçu, surtout devant la formidable prestation de l’acteur, entre comédie et tragédie, pour une errance fabuleuse, et pas seulement dans les rues de Londres.

Georges Sadoul parle de Ripois comme d’un « infirme du cœur » et, si je ne suis pas souvent d’accord avec ce monsieur, je trouve tout de même que c’est une très bonne description de ce jeune homme perdu dans une ville étrangère comme dans son propre monde intérieur.

Parce que Ripois est malade. Malade d’amour comme d’autres sont malades du cœur, et cette comparaison est des plus pertinentes dans le cas de ce jeune homme : chronique et malheureusement irrémédiable, il en souffrira jusqu’au bout. Douce souffrance, non ?

 

René Clément, qui sort du très beau Jeux interdits, se tourne cette fois-ci vers les adultes, nous présentant un personnage volage et sans cesse attiré par un jupon, comme en témoigne la sortie du bureau qui le voit suivre les femmes. Quand nous faisons sa connaissance, il est déjà marié et bien entendu, ce mariage bat de l’aile puisque son épouse envisage de divorcer. Il faut dire que la cour assidue que fait André à la belle Patricia y est pour beaucoup. Mais s’il n’y avait que Patricia… On sent qu’elles furent nombreuses toutes celles qui lui firent facilement tourner la tête (1), et que c’est par lassitude qu’elle se décide enfin à clore ce mariage.

 

Mais paradoxalement, c’est cette dernière femme – Pat – qui semble la bonne, celle qu’il attendait après l’avoir vainement cherchée. La preuve ? Il lui raconte sa vie anglaise sans rien dissimuler de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a pensé, de ce qu’il a fait. Et c’est terrible tout ce qu’il se passe pour ce jeune homme qui va lentement descendre jusqu’à finir à la rue avant bien sûr de remonter la pente pour épouser l’héritière (Catherine).

C’est d’ailleurs dans la période vagabonde que Gérard Philipe est formidable, bien loin de ses rôles éclatants que j’ai déjà mentionnés ici. Et la rencontre avec Marcelle (Germaine Montero) marque le niveau le plus bas de cette déchéance : « peut-on tomber plus bas que dans les bras d’une prostituée ? » semble-t-il se dire.

 

Mais peut-on croire un tel personnage, même après une confession aussi complète ? Patricia se fait son idée, tout comme le spectateur et il semble qu’on arrive à la même conclusion. Mais le destin veille et la conclusion du film n’est pas sans rappeler le titre du roman dont est tiré le scénario : Monsieur Ripois et la Nemesis (2). Parce que sa Nemesis (ce n’est pas une des femmes !) va frapper, impitoyable mais juste, pour nous offrir une fin moins tragique que celle du roman, mais tout de même peu reluisante, voire un tantinet grinçante.

 

Par contre, si on avait laissé les Anglais s’exprimer pleinement dans leur langue plutôt que d’avoir recours à une francisation systématique des dialogues (3), le film n’en aurait certainement pas souffert. Bien au contraire : Yves Allégret avait bien réussi avec l’espagnol dans Les Orgueilleux l’année précédente, avec le même Gérard Philipe…

 

PS : on savourera avec plaisir les titres des ouvrages qui constituent la (petite) bibliothèque de ce « professeur de littérature » bien particulier…

 

  1. D’autant plus facilement qu’il ne semble vivre que pour ça.
  2. Louis Hémon, 1950 (roman posthume).
  3. Je n’ai pas parlé de doublage, notez bien.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Francis Veber, #Pierre Richard
Les Compères (Francis Veber, 1983)

Tristan Martin (Stéphane Bierry) fugue avec sa petite amie Michèle (Florence Moreau). Ses parents (Annie Duperey et Michel Aumont) sont inquiets et s’adressent à la police qui promet de le retrouver, mais n’a pas que ça à faire.
Christine (la mère de Tristan) demande alors à deux anciens flirts de retrouver son fils : Jean Lucas (Gérard Depardieu) et François Pignon (Pierre Richard). Pour ce faire, elle leur annonce qu’ils sont chacun le père de Tristan.

Evidemment, les choses se compliquent quand ils s’aperçoivent qu’ils recherchent tous les deux le même enfant. Et encore plus quand ils le retrouvent et qu’ils doivent lui expliquer pourquoi ils l’ont récupéré.

S’ajoute à cette situation la présence de deux truands, hommes de main d’un parrain de la Riviera. Ce dernier n’a pas envie que Lucas vienne fouiller dans son entourage.

 

Encore une fois, François Pignon est de retour dix ans après avoir été interprété par Jacques Brel. Et bien sûr, c’est à nouveau Francis Veber qui signe le scénario, et qui, pour la troisième fois, se retrouve derrière la caméra. Nous avons alors droit, à nouveau à un duo dépareillé, rencontre improbable de deux êtres totalement dissemblables. Et comme deux ans plus tôt, ce sont Depardieu et Richard qui se retrouvent pour une comédie débridée où les caractéristiques de l’un et de l’autre donnent un spectacle très drôle, même s’il n’arrive pas au niveau de l’opus précédent.

 

Francis Veber devait le savoir : bis repetita non placent !

Certes, François Pignon n’a pas la maladresse exacerbée de François Perrin, mais Il n’y a pas de différence entre Lucas et Campana, si ce n’est le métier. C’est à nouveau un homme brutal, habile dans sa partie peut-être, mais au niveau personnel pas très reluisant : blagues salaces et réflexions machistes sont son quotidien.

Mais malgré tout, une fois accepté l’intrigue (très) improbable (1), on prend plaisir à retrouver ce duo inégal et complémentaire, où Pierre Richard est toujours aussi lunaire et Depardieu primaire.

D’ailleurs, à ce duo s’ajoute un second, formé des deux gangsters (Philippe Khorsand et Jean-Jacques Scheffer) qui, s’il est très bien assorti, n’en reste pas moins comique, du fait de l’accumulation ambiante créée par le premier duo : ces deux tueurs parachèvent cette même accumulation soutenue par le reste de la distribution, Maurice Barrier en tête.

 

Et puis de toute façon, le principal, c’est de faire rire. Et c’est réussi.

 

NB : Encore une fois, c’est Wladimir Cosma qui signe une musique caractéristique qui, encore une fois, reste en tête une fois le générique de fin terminé, et amènera quelques sourires rien qu’à une future audition.

 

  1. C’est ça qui est bien au cinéma : tout est possible, surtout des intrigues improbables.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Weir, #Mel Gibson
L'Année de tous les dangers (The Year of living dangerously - Peter Weir, 1982)

 

Guy S. Hamilton (Mel Gibson) arrive de Sydney et débarque à Djakarta où le despote local, Sukarno (Mike Emperio), vit ses derniers jours à la tête de l’état (1).

Hamilton est un jeune journaliste un brin naïf qui est envoyé en Indonésie pour y faire ses preuves.

Après un premier reportage mièvre (2), il décroche une interviouve exclusive du chef du PKI (parti communiste indonésien) grâce à Billy Kwan (Linda Hunt), son photographe.

La tension monte et la guerre civile couve.

Et Hamilton fait la rencontre de Jill Bryant (Sigourney Weaver), attachée militaire auprès de l’ambassade du Royaume-Uni.

 

Le début des années 1980 a vu le développement d’une tendance cinématographique à raconter des événements vécus par des correspondants de guerre, dans des conflits qui n’avaient rien d’international, tout du moins officiellement : Liban (Le Faussaire, 1981), Nicaragua (Under Fire, 1983), Cambodge (La Déchirure, 1984)…

Et ici, comme dans les autres films, on retrouve une intervention extérieure qui ne dit pas son nom mais qui est personnifiée par le colonel Ralph Henderson (Bill Kerr), et son attaché »e Jill.

Bien sûr, nous sommes au cinéma et la vérité historique est tronquée (3) : Weir, Williamson et Christopher Koch (l’auteur du roman adapté) ne prenant pas en compte toutes les publications autour de ces événements.

 

Et surtout, nous sommes chez Peter Weir qui est, comme je l’ai déjà dit ici, le cinéaste du passage. Ici, le passage est double, concernant le personnage principal d’une part (comme toujours) et le pays dans lequel il vient d’arriver puisque le film se termine sur les débuts de la répression d’un coup d’état qui a avorté et qui a porté au pouvoir un militaire qui va y rester pendant une trentaine d’années.

Et ces deux passages sont très liés dans le temps, se passant en même temps, avec des résultats tout aussi dramatiques (4). Parce que ce changement qui va s’opérer ne sera pas entièrement positif. Pour l’Indonésie, on le comprend aisément, mais pour Hamilton, il faut voir le film.


Quand ce dernier arrive à Djakarta, il est encore « pur ». Il est plein d’illusion et un brin naïf. Ce reportage va lui ouvrir les yeux sur un système agonisant, mais aussi le faire entrer de plain pied dans son métier : jusqu’où ira-t-il pour jouir du scoop ultime tant désiré et qui fera de lui le journaliste incontournable de la région.

Par contre, ce passage n’est pas sans dommages. En effet, on ne peut pas le considérer comme entièrement bénéfique : s’il ne concerne au premier chef que Hamilton, il n’est pas sans effet sur les gens qu’il côtoie et qu’il aime, Billy et Jill. Et si Hamilton va grandir sur certains points, il va tout de même y laisser une part de ce qu’il était, se rapprochant des autres journalistes déjà en place avant lui, jusqu’à devenir un peu comme eux : pas toujours très reluisant.

 

Mais qui dit passage, dit passeur et ce rôle indispensable est magnifiquement interprété par l’immense Linda Hunt : c’est Billy Kwan qui fait de Hamilton ce qu’il est, se réalisant à travers lui, comme certains parents le font à travers leurs enfants.

Si Billy est les yeux de Guy pendant les reportages, Guy est ce que Billy aurait aimé être : beau et bien proportionné, il a une aventure avec Jill, ce qui n’est pas possible du fait de son apparence. Et cette aventure amoureuse, si elle a un goût amer, reste tout de même l’un des plus beaux accomplissements du photographe.

Et évidemment, la prestation de Linda Hunt est phénoménale : elle est Billy jusqu’au bout, un homme amoureux et fier (et discret), sans tomber à un seul moment dans l’outrance.

Superbe.

 

  1. Le film se passe quelques semaines avant le « coup d’état » de Suharto.
  2. Le rédac-chef lui reproche de jouer à l’agent touristique.
  3. Pour un traitement plus complet, explorant toutes les pistes étrangères, allez voir sur ARTE ou toute autre chaîne de télévision rigoureuse.
  4. Rassurez-vous, Hamilton ne meurt pas.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape et Epées, #Henri Decoin
Le Masque de fer (Henri Decoin, 1962)

D’Artagnan (Jean Marais) est de retour !

Après les aventures contées par Alexandre Dumas (1), voici un nouvel épisode – méconnu en partie – des aventures de ce grand bretteur, loin de ses amis mousquetaires comme lui (2).

Sur l’île e Saint-Marguerite (au large de Cannes), Henri (Jean-François Poron), un prisonnier masqué vient de s’évader : il s’agit du jumeau du roi Louis XIV (Jean-François Poron). Rapidement, cette évasion devient affaire d’état (et pour cause) et notre mousquetaire s’y retrouve mêlé, lui qui ne rêve que de convoler avec Madame de Chaulmes (Gisèle Pascal) qui s’en ressent de la même attirance pour ce vaillant guerrier sur le retour.

 

ON a beau être deux ans après Le Bossu nous retrouvons Jean Marais dans un rôle bien éloigné de celui du chevalier de Lagardère. En effet, alors que ce précédent film nous faisait assister aux amours un tantinet décalées entre un homme plus tout jeune et une (vraie) jeune fille, masquant autant que faire se peut la différence d’âge des deux interprètes, ici il n’est absolument pas question de faire paraître le beau Jean Marais plus jeune qu’il n’est (48 ans quand le film sort).

En effet, nous sommes en 1658 (3) et voilà maintenant plus de trente ans que Charles de Batz a débarqué à Paris sur son cheval jaune (1625). Certes, il est toujours au service de roi, mais on sent tout de même une lassitude et surtout ce service intervient essentiellement quand il ne devrait pas, et ce jusqu’au dernier instant du film !

 

Et surtout, d’Artagnan est conscient de ce temps qui a passé : s’il reste un bretteur de premier ordre, il n’en demeure pas moins conscient de ses limites et surtout du temps qui a passé, répétant à l’envi qu’il aurait fallu le connaître une vingtaine d’années plus tôt.

Et ces regrets quant au temps qui passe sont avant tout ceux du réalisateur – Henri Decoin – qui signe ici une de ses dernières réalisations (la plus notable de ses derniers exploits ?) et qui, à l’instar de son héros d’Artagnan, est las de sa condition, si on en croit son fils Didier.

 

Quoi qu’il en soit, ce film marque aussi les adieux de Jean Marais au genre cape & épée, laissant alors un souvenir plus reluisant que ses deux participations précédentes, dont surtout le Capitan. ON l’y retrouve à nouveau bondissant et l’épée inspirée, dans une intrigue qui, si elle rappelle en (très) gros une partie de celle de Dumas (4), n’en demeure pas moins totalement décalée des héros du grand écrivain. Seul d’Artagnan reste le fil conducteur de cette énigme historique mettant en scène le jeune roi, sa mère Anne (Germaine Montero) et l’inévitable cardinal Mazarin (Enrico Maria Salerno).

 

Alors une dernière fois on s’amuse des différentes péripéties et on apprécie le parti pris du réalisateur – et de son interprète principal – de laisser d’Artagnan, ce héros des plus en vue, se conduire comme un Gascon – ce qu’il a toujours été – répétant à chaque phrase un « Mordious » bien senti, afin d’espérer effacer son inutilité dans une histoire d’amour qui n’a, finalement, que très peu besoin de lui.

Et puis c’est aussi l’occasion de voir un jeune acteur (29 ans) qui fera parler de lui dans la décennie qui va suivre : Jean Rochefort (Lastreaumont).

 

  1. Lisez-les !
  2. Athos, Portos et Aramis.
  3. C’est ce qu’on en déduit des différents dialogues.
  4. Le Vicomte de Bragelonne (1847-1850)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Philippe de Broca
L'Incorrigible (Philippe de Broca, 1975)

Victor Vauthier (Jean-Paul Belmondo) sort de prison où il a purgé une peine pour escroquerie.

A peine sorti, il reprend ses activités illégales où le baratin va de pair avec le travestissement. Mais l’Administration veille et lui envoie une éducatrice, la jeune Marie-Charlotte Pontalec (Geneviève Bujold), censée veiller sur les agissements de cet homme bien singulier. Mais ça ne rate pas : elle tombe vite sous le charme de ce beau parleur aux anecdotes rigoureusement fausses mais tellement formidables.

 

Avant-dernier film qui voit le duo Belmondo-Broca (1), c’est peut-être le moins abouti des réalisations du deuxième avec le premier. En effet, si on retrouve l’aspect bondissant qui caractérise cette association, la teinte citadine de l’intrigue bride les envolées spectaculaires auxquelles nous avait habituées le duo. A défaut de sauter partout, le personnage de Belmondo s’envole avec des mots, soutenus par des déguisements plus ou moins grotesques, avec mimiques adéquates. Le tout servi par des dialogues d’Audiard qui, s’ils ne sont pas tous restés dans les annales, valent tout de même parfois le détour.

 

Certes, ce film est du sur mesure pour Belmondo qui s’en donne à cœur joie dans ce rôle de petit escroc inventif, mais l’accumulation de ses personnages et sa logorrhée ont une certaine tendance à nous étourdir, réduisant la prestation de l’acteur à « faire du Belmondo ». Et en même temps, ça lasse !

Mais de Broca s’en tire tout de même grâce à l’apparition de ce personnage qui participe au titre du film : Marie-Charlotte. Son rôle est d’amener son « client » à la réforme et devenir honnête. Mais comme annoncé dans le premier paragraphe, elle tombe sous le charme et ne peut plus réellement parvenir à son but initial. Victor Vauthier ne peut pas être réformé et restera un (gentil) escroc : incorrigible.

 

Mais c’est aussi cette femme qui va amener une pause dans les entreprises malhonnêtes de VV, avec en point d’orgue la soirée au musée de Senlis avec les Romanichels. Mais cette soirée est aussi le déclencheur d’une deuxième partie avec vol de triptyque élaborée par « l’oncle » Camille (Julien Guiomar), en vue de sauver le Mont-Saint-Michel de l’avancée du sable dans la baie (2).

A nouveau, l’intrigue s’emballera avec un duo improbable de braqueurs – Camille et Raoul (Charles Gérard) pendant que VV portera le coup de grâce à Marie-Charlotte (2).

 

Alors oui, le film est amusant et Belmondo en fait des tonnes. Mais c’est aussi cette accumulation belmondienne qui a tendance à saper le film. On regrette que cette histoire de truand sympathique reste dans le cadre de la ville : ça manque d’air, surtout pour un personnage comme VV qui a toujours besoin de plus d’espace pour s’exprimer (4).

Cet enfermement de son personnage principal chez de Broca avait commencé avec Le Magnifique mais l’écriture le sauvait puisqu’elle permettait de s’évader du milieu urbain étouffant. Ici, il faut attendre la dernière séquence, au pied du Mont-Saint-Michel, pour enfin voir un lieu aéré.

Mais il ne s’y passe (presque) rien…

 

  1. Il faudra attendre 25 ans pour les revoir tourner ensemble.
  2. Comme quoi il existe des truands motivés par de hauts intérêts.
  3. Ou essaiera tout du moins…
  4. Rien que pour ses gestes !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Joseph L. Mankiewicz
Le Château du dragon (Dragonwyck - Joseph L. Mankiewicz, 1946)

Les Wells sont une famille de fermiers du Connecticut à qui un vague cousin éloigné de la mère Abigail (Anne Revere) écrit : il propose à l’une des filles de la maison de venir passer quelques temps en leur demeure (château) de Dragonwyck (New York). Après quelques tergiversations du père Ephraim (Walter Huston), Miranda s’en va rejoindre le mystérieux et séduisant Nicholas van Ryn (Vincent Price).

Si la demeure est somptueuse, l’atmosphère qui y règne est fort étrange et surtout : on y entend, les veilles de malheur, le clavecin et la voix de l’aïeule Azilde van Ryn.

La première fois, c’est quand Johanna (Vivienne Osborne), la femme de Nicholas meurt dans des circonstances mystérieuses…

 

Bien sûr, ce film est avant tout la première réalisation de Joseph Mankiewicz, après une quinzaine d’années en tant que scénariste, il était temps qu’il prenne son envol. Son dernier scénario – avant de passer de l’autre côté de la caméra – est Les Clefs du royaume et on en retrouve d’ailleurs deux interprètes, et pas des moindres : Vincent Price et Anne Revere. Autre lien avec ce précédent film, c’est Gregory Peck qui aurait dû interpréter le rôle de Nicholas van Ryn (1).

 

La première particularité de ce film un tantinet gothique, c’est la présence de Gene Tierney autour de qui se construit l’intrigue et qui donne le point de vue narratif quasiment exclusif : c’est avant tout son ressentiment que nous suivons pendant ces quelques cent minutes. Mais à la différence des films de genre qui suivront, Miranda n’est pas une de ces frêles jeunes filles qui sont la cible de méchants résolus et extrêmement dangereux. Parce que Nicholas est dangereux. Et ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit de Vincent Price. En effet, quand sort le film, l’acteur n’a pas encore l’étiquette que nous lui connaissons. Rappelez-vous que dans le film susmentionné, il est un évêque, ami indéfectible du personnage interprété par Gregory Peck.

 

En effet, Price est encore un acteur peu connu (2), et son jeu subtil et ses manières élégantes en font un personnage des plus sophistiqués. Mais dès sa première apparition se produit un malaise qui ne nous quittera qu’une fois l’intrigue (presque) résolue. On apprécie ses manières des plus éduquées mais on ne peut s’empêcher des ressentir un malaise par rapport à lui. Et si Miranda succombe à son charme – irrésistible – elle ne peut s’interroger sur le lieu qu’elle vient de rejoindre et surtout ses habitants : entre Katrine (Connie Marshall), la fille de ces parents étranges qui ne s’aiment pas et Magda (Spring Byington), la gouvernante qui parle trop et qui amène les bonnes réflexions, il y a de quoi se demander où on est tombé.

Et Gene Tierney est magnifique (comme toujours, non ?) dans ce rôle, où son apparence n’est pas sa seule arme : elle interprète une formidable Miranda, une paysanne loin d’être arriérée – comme le conçoivent les jeunes femmes du « beau monde » et qui se révèle être plus subtil que prévu.

 

Il y a une évolution (rapide) de son personnage qui est à l’origine une jeune femme innocente et prête à tout pour vivre autre chose. Elle est tout d’abord une jeune fille naïve élevée dans la religion, religion qui tient une place très importante chez les Wells (Ephraim est pasteur). Elle va d’ailleurs en garder les habitudes tout au long du film, recourant à la bible dès que nécessaire, à l’encontre des croyances (3) de son mari, ou plutôt de ses non croyances. C’est d’ailleurs la révélation de son athéisme qui va faire basculer l’intrigue, créant un fossé infranchissable entre ceux qui furent de formidables amants.

Mais c’est la mère – Anne Revere – qui a raison dans toute cette histoire : on n’épouse pas un rêve.

 

Il n’empêche, avec ce premier film, Mankiewicz démontre qu’il ne sait pas seulement écrire de bons scénarios. Il sait aussi les mettre en scène, créant avec beaucoup maîtrise un thriller haletant aux accents gothiques : la séquence quand Miranda monte dans la « tour » de Nicholas est absolument superbe, éclairée avec beaucoup de brio par Fred Sersen, dans le style des productions allemandes d’avant 1933.

 

Bref, un grand premier film.

 

  1. Le y se prononce « aille ».
  2. On le retrouvera quelques années plus tard (1950) toujours au deuxième plan dans le formidable All about Eve du même Mankiewicz.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road Movie, #Barbet Schroeder
La Vallée (Barbet Schroeder, 1972)

Viviane (Bulle Ogier), la femme du consul de Melbourne, s’ennuie loin de la France. Alors elle voyage, à la recherche de plumes rares. Lors d’un de ses déplacements, elle rencontre Olivier (Michael Gothard) qui l’introduit dans une petite communauté qui se prépare à partir pour une vallée mystérieuse au cœur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée : recouverte éternellement de nuages, aucune cartographie aérienne n’est possible. Cette vallée est leur terre promise, un paradis matériel et surtout spirituel.

Viviane décide de les suivre.

 

Autant le dire tout de suite : si ce film a un tel statut aujourd’hui, c’est essentiellement dû à la présence de Pink Floyd au générique. Le groupe anglais a réalisé la musique originale, la deuxième fois pour Barbet Schroeder. L’autre intérêt, tout de même, ce sont certaines images : les paysages magnifiques de cette région méconnue ainsi que les habitants, les fameux Papous (1). Ils sont ici présentés dans leur tenue des grands jours, superbement colorés.

 

Et c’est tout.

En effet, si Jean-Pierre Kalfon est comme toujours impeccable dans le rôle de Gaëtan, sorte de chef spirituel de cette petite communauté, le jeu de Bulle Ogier laisse tout de même à désirer : ses intonations ne sont pas très naturelles et parasitent son rôle.

Pour le reste, le film a (mal) vieilli et cette histoire d’amour libre et de quête spirituelle tombe un peu à plat près de cinquante ans après.

 

Alors, il nous reste la musique ? Presque. Les différente incursions de Pink Floyd dans la bande-son sont très brèves et essentiellement sortant de ce qui ressemble à une radio. Et pourtant, le morceau qui accompagne le générique (Obscured by Clouds) laissait présager une présence musicale plus importante.

Même pas.

 

  1. Pas spécialement à poux, n’en déplaise à Franquin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Pierre Chenal
Clochemerle (Pierre Chenal, 1948)

Clochemerle est une petite ville (fictive) du Beaujolais où, bien entendu, on produit de ce nectar que d’aucun boivent et d’autres pissent pour paraphraser Pierre Desproges. C’est d’ailleurs à propos de ces derniers que se situe l’intrigue : le maire Piéchut (Jean Brochart) a décidé, avec l’instituteur Tafardel (Roland Armontel), l’installation d’un urinoir public dans le village.

Si cet édifice est considéré comme un progrès pour les républicains de la commune, il n’en va pas de même des réactionnaires, emmenés par mademoiselle Putet (Maximilienne) – « une vraie jeune fille » – qui voient en cette vespasienne un outrage aux bonnes mœurs.

Et cette histoire ridicule d’édicule va tout de même monter jusqu’au sommet de l’Etat…

 

On a connu Pierre Chenal plus sérieux dans les films d’avant-guerre et c’est une bonne surprise que de le voir diriger cette comédie truculente un tantinet intemporelle où les débats auraient tendance à rester au-dessous de la ceinture… Et pas seulement pour cause de besoin naturel.

Parce que Clochemerle, c’est aussi le retour du débat passionné entre les supporteurs de la République – laïque cela va de soi – et ceux de l’Eglise, comme au temps les plus forts de ceux de la loi de Séparation de 1905.

 

Mais Clochemerle, c’est avant tout un microcosme formé de nombreux personnages hauts en couleur au milieu desquels survit le curé Ponosse (Félix Oudart), bien obligé de suivre la frange acharnée de ses partisans – et surtout les mères-la-vertu – lui qui n’aspire qu’à la tranquillité et des verres de beaujolais (voir plus haut).

Bien sûr, ça ne vole pas bien haut, tous ces débats autour d’une pissotière, mais c’est parce que les personnages sont attachants et préfigurent à leur manière un microcosme proche de celui de films plus ou moins inspirés par Marcel Pagnol.

Outre les vieilles filles effarouchées, on trouve de tout parmi les Clochemerlins : le patron de café (Max Dalban) – solide gaillard – qui mène les radicaux et les choie dans son estaminet ; l’instituteur à la mauvaise haleine ; un poète (Jean-Roger Caussimon) ; et l’indispensable cocu (Paul Demange). Et en prime, la gloire politique locale, Alexandre Bourdillat (Saturnin Fabre), qui fut ministre un temps.

 

Et les femmes dans tout ça ? Outre les dames patronnesses déjà citées, on trouve quelques femmes peu présentées sous un jour avantageux. En effet, outre la baronne de Courtebiche (Jane Marken), les quelques unes mises en lumière sont toutes peu recommandables d’un point de vue moral : entre Rose (Jacqueline Dor), la « fille de Marie » qui rejoint son galant permissionnaire Claudius (Jack Gauthier) et qui célèbre Pâques avant les Rameaux avec ce dernier, Judith Toumignon (Simone Michels), la femme du cocu qui passe d’un galant à l’autre, et la femme du cafetier (Christiane « Cri-Cri » Muller) qui se laisse caresser la rotondité – et plus si affinité – quand elle fait le service, sans oublier les lavandières qui voient d’un très bon œil l’arrivée de la troupe et surtout ses beaux militaires…

Bref, ce n’est pas bien reluisant tout ça…

 

Mais nous sommes en 1948, et le besoin de se remettre des années de guerre va au-delà des polémiques. L’objectif est le même que celui de Gabriel Chevallier, l’écrivain de Clochermerle qui a travaillé de près à cette adaptation et y est en outre le narrateur : faire rire. Bien sûr, ça a marché et certaines situations fonctionnent encore très bien. Mais, et c’est là qu’est le talent de ce même Chevallier, par l’intermédiaire de Chenal, ce débat a priori insignifiant a des échos actuels quand on entend certaines personnes s’insurger contre la mise en place d’urinoirs pour femme dans les villes plus ou moins grandes (n’est-ce pas mesdames ?) ou encore une quelconque amélioration urbaine de la condition féminine comme la distribution des protections féminines gratuites qui fait toujours couler beaucoup d’encre et n’a que très peu d’effet…

 

PS : Une telle intrigue ne pouvait amener qu’une affiche signée Dubout…

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