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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Marc Forster
Quantum of Solace (Marc Forster, 2008)

Le nouveau James Bond (Daniel Craig) est de retour ! Encore.

Nous sommes très peu de temps après Casino Royale, et tout commence sur les chapeaux de roues, celles de la voiture de Bond, poursuivi par de sempiternels méchants. Nous sommes encore en Italie et c’et à Siennes que va commencer réellement cette nouvelle aventure, qui nous emmènera dans le désert Bolivien après Haïti et l’Autriche.

Bref, Bond est toujours aussi international et sa mission reste la même : sauver le monde (libre ?). Son adversaire du jour : Dominic Greene (Mathieu Amalric), un philanthrope bien singulier, faiseur et défaiseur de régimes politiques pas toujours bien fréquentables…

 

Après un premier opus formidable, le nouveau James Bond nous revient… Dans une intrigue qui n’est pas sans rappeler les vieilles recettes. Certes, le S.P.E.C.T.R.E. plane au-dessus de toutes se péripéties (on ne sait pas encore de quoi retourne cette organisation), ce qui et bien normal au vu de cet acronyme. Mais à force de se comporter comme son appellation, cette organisation se dilue au cours du film, jusqu’à disparaître : il faudra attendre un prochain film pour la retrouver. Pourtant, tout commençait bien avec une scène d’introduction musclée et spectaculaire et donc la mention d’un groupuscule criminel très bien organisé. Mais dès l’apparition de Camille (la belle Olga Kurylenko), l’intrigue bifurque vers une histoire somme toute plus convenue, sans véritablement se distinguer de ce qu’on a déjà vu avant Daniel Craig.

 

Certes, on retrouve quelques ingrédients de l’épisode précédent dont les rapports avec M (Judi Dench), mais il y manque tout de même le souffle de fraîcheur qu’avait apporté martin Campbell deux ans plus tôt. Et on a beau y retrouver Felix Leiter (Jeffrey White) ou Mathis (Giancarlo Giannini), difficile d’entrer dans cette intrigue qui mêle – pas toujours avec bonheur – des thèmes comme l’écologie, le crime et la vengeance. Ce dernier thème étant un tantinet déplacé quand on sait que c’est notre espion préféré qui en est assoiffé (1) : même quand Bond/Lazenby avait perdu Teresa (Diana Rigg), il n’y a pas eu ce genre de manifestation vengeresse. Pourtant, Blofeld (Telly Savalas) était un sacré adversaire.

 

Alors on regarde, en regrettant que le ton et la nouveauté (2) qui avaient fait la force et le charme de Casino Royale aient été abandonnés pour laisser plus de place à l’action. C’est bien léché, mais on attendait mieux (enfin moi, oui).

Le mieux sera là la fois suivante, avec Sam Mendes aux commandes. Mais ceci est, vous vous en doutez, une autre histoire.

Et un autre film.

 

  1. La mort de Vespa (Eva Green), la dernière fois, à laissé des traces.
  2. Est-ce bien une nouveauté quand on reprend une histoire au début ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Carl Theodor Dreyer, #Rudolph Maté
La Passion de Jeanne d'Arc (Carl Theodor Dreyer, 1928)

Jeanne d’Arc a toujours été un personnage fascinant. On ne compte plus le nombre de livre écrits sur elle ni ses représentations. Au cinéma, on avait (entre autres) la version Cecil B. DeMille avec Geraldine Farrar. Et puis Dreyer est arrivé, s’est attelé à ce film qui aurait dû être parlant et au final nous laisse l’un des plus beaux sur le sujet (si ce n’est LE plus beau).

Nous sommes très loin de l’épopée demillienne, et quand le film commence, les débats juridiques sont bien avancés ; ils se résument alors à deux questions : pourquoi ne pas porter des habits de femme ? Jeanne est-elle fille de Dieu ?

 

Extraordinaire.

Il est toujours de bon ton de mettre au pinacle ce film, mais quand on se retrouve en face d’un tel monument, on ne peut que s’incliner : le film de Dreyer est tout bonnement magnifique, preuve véritable, s’il en était besoin, de sa maîtrise cinématographique. Et le fait que le film dût être parlant à l’origine ne fait qu’augmenter sa valeur : les mouvements des lèvres des différents protagonistes sont en parfaite adéquation avec les visages et leurs expressions, donnant une force supplémentaire aux images.

Pourtant, ce film a tout pour être boudé : aucun élément de l’épopée guerrière de l’héroïne ; peu de décors ; peu d’action (1) ; et dans l’ensemble des personnages plutôt statiques.

 

Mais si les personnages n’ont que très peu d’actions à accomplir, la caméra elle ne tient pas en place. Ce sont des travellings latéraux ainsi que des gros plans suggestifs, essentiellement des visages plus ou moins en mouvement qui nous sont proposés, le tout dans un montage très dynamique signé par Marguerite Baugé et l’incontournable Dreyer. Sans oublier celui qui est derrière cette même caméra : Rudolph Maté (excusez du peu). Outre une plastique phénoménale, les différents angles pris par cette caméra accentuent la différence entre Jeanne (Renée Falconetti) et ses juges, dont des inévitables contre-plongées pour bien montrer la supériorité de ces derniers sur cette pauvre paysanne illuminée.

 

Parce que Jeanne est une illuminée. Nous sommes en fin de Moyen-âge et la ferveur chrétienne est toujours d’actualité : Jeanne en est un exemple flagrant, passée de simple bergère à commandante d’une armée royale pour avoir entendu les voix divines. Et Dreyer dirige Falconetti dans cette optique d’illumination. Ses yeux sont (presque) toujours grand ouverts, traduisant cette espèce de folie intérieure que l’on peut qualifier de foi ou de toute autre chose, amis qui est réelle et la guide tout au long de cette épreuve.

Les débats que nous suivons peuvent nous paraître inutiles voire ineptes – qu’est-ce que cela peut nous faire qu’elle soit en tenue d’homme ? – mais ces échanges étaient alors des plus importants en 1431 !

Et cette tenue vestimentaire est, à mon avis, l’un des plus grands enjeux du film : l’opposition entre Jeanne est les prélats chargés de son instruction n’est pas seulement une opposition partisane entre ces ecclésiastiques à la solde des Anglais et une représentante de l’armée de Charles VII. Jeanne, de par son allure générale possède une dimension jeune et moderne en opposition avec ces vieux religieux qui sont ses juges. Et nous arrivons alors à un paradoxe formidable quant aux tenues vestimentaires des différents protagonistes : alors que Jeanne a décidé de garder sa tenue masculine, on remarque que tous ses juges portent une robe ! Quel retournement !

 

Mais ce film est aussi l’histoire d’une passion, dans le sens premier du terme qui inclut une souffrance, une douleur. Tel Jésus, Jeanne est une figure christique qui va souffrir jusqu’au bout, avec en dénouement final une forme de rédemption.

Comme Jésus, elle sera questionnée et ne répondra pas toujours, ou portant les débats au-delà des affaires terrestres. Comme Jésus, elle sera tourmentée et moquée par ses gardiens qui vont même jusqu’à la couronner avec l’ouvrage qu’elle a réalisé dans sa cellule.

Et comme Jésus, elle ira jusqu’au bout du supplice pour une hypothétique libération de la France. On retrouve d’ailleurs une sorte de chemin de croix qui l’amène au bûcher, interrompu par une femme en pleurs qui lui offre à boire.

 

Un dernier mot sur l’interprétation. Si mademoiselle Falconetti (2) n’a plus 19 ans depuis longtemps (elle en a 35 quand le film sort), elle n’en demeure pas moins une Jeanne extraordinaire, aux expressions en parfaite adéquation avec ce personnage. De leur côté, les différents hommes sont eux aussi à la hauteur de l’événement. Ces hommes – les juges – sont vieux et laids, autant que leurs véritables personnalités : ils sont appelés à disparaître, après le supplice de Jeanne et la restauration du pouvoir royal de Charles VII. Si Eugène Silvain est un Cauchon réussi, on notera la superbe prestation de Maurice Schutz en chanoine Loyseleur, roué et fourbe, véritable déclencheur de la condamnation de Jeanne.

 

Au final, c’est un film absolument magnifique qui nous est proposé. A partir d’une intrigue très balisée et très connue, Dreyer réussit à nous passionner pour cette héroïne qui de toute façon finira sur le bûcher. Et cela de façon très subtile, montrant à chaque fois le minimum, suggérant souvent, soutenu par les images superbes de Rudolph Maté, et une interprétation idoine.
Un film indispensable.

 

  1. La seule séquence où les choses s’agitent ne vient qu’en fin de film, quand la population de Rouen se rebelle contre l’envahisseur anglais. Autrement, les rares mouvements des personnages concernent la marche.
  2. C’est ainsi qu’elle est présentée dans le générique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Francis Ford Coppola
Peggy Sue s'est mariée (Peggy Sue got married - Francis Ford Coppola, 1986)

Peggy Sue (Kathleen Turner) s’est mariée. Avec Charlie Bodell (Nicolas Cage). Elle a une fille Beth (Helen Hunt). Mais le mariage est dans une impasse : il est même question de divorcer. Mais ce soir, Peggy veut se changer les idées : elle est invitée aux 25 ans de sa promo. Accompagnée de sa fille, elle y va et retrouve celles qui furent ses grandes amies, et les autres : les types sympas – Richard Norvick (Ben Miller) – comme les gros lourds – Walter Getz (Jim Carrey) ou Doug Snell (Don Stark). Et vingt-cinq ans après, Peggy Sue est à nouveau la reine de la soirée.

Au moment de recevoir son prix, elle s’évanouit. Et quand elle se réveille, c’est à nouveau 1960…

 

Bien sûr, on pense à Retour vers le Futur, sorti l’année précédente. Mais à la différence du film de Zemeckis, celui de Coppola est beaucoup plus noir. Pourtant, les points communs ne manquent pas : les voitures, l’habillement et la musique sont ceux de 1960, et les mœurs ne sont pas plus avancées. Et surtout, la plupart des éléments comiques qui faisaient le sel du film de Zemeckis ont été gommés, laissant place à une situation un tantinet anxiogène, surtout pour cette femme projetée sans ménagement ni avertissement vingt-cinq ans en arrière.

Oui, certains éléments font sourire – la chanson écrite pour Charlie qu’il ne peut s’empêcher de transformer – mais dans l’ensemble, c’est le sérieux qui l’emporte.

 

Alors que Marty McFLy est un ado du même âge que ses parents qu’il retrouve dans le passé, Peggy Sue, elle, est une femme qui a déjà vécu beaucoup de choses, dont l’enfantement qui est une constante dans ses regrets de ne pouvoir revenir à son époque. Et quand l’occasion de changer son avenir – son présent ? – elle refuse et fuit, assumant pleinement ses choix d’alors dont celui d’épouser Charlie, malgré l’échec à venir.

 

Peggy Sue, c’est aussi une parenthèse pour Coppola : situé entre deux films où la violence est très présente (1), c’est aussi une bouffée d’air (presque) frais dans la filmographie du réalisateur. Ce dernier mettra d’ailleurs du temps avant de revenir à la comédie dramatique (1992), là encore avec un minimum de sourires.

Malgré tout, Coppola saisit bien la période et pas seulement du point de vue visuel. Les mentalités sont là, avec cette morale puritaine qui volera en éclat quelques années plus tard, mais n’est certainement pas à l’ordre du jour à ce moment-là. Pire : la vie rêvée de son amie Maddie (Joan Allen) nous fait bien comprendre le besoin qui fut ressenti par la jeunesse américaine (et mondiale) d’un changement radical des mœurs.

Le seul lien qu’elle pourrait avoir avec son futur/passé vient du personnage de Michael Fitzsimmons (Kevin J. O’Connor), dont les idées libertaires s’accordent un peu pus avec son vécu. Mais là encore, elle refuse la vie qu’il lui propose. Dommage ?

 

Et puis ce film est aussi une des dernières occasions de voir quelques vieilles gloires hollywoodiennes : Don Murray (Mr. Kelcher, le père de Peggy Sue) ou John Carradine (Leo) dans un de ses derniers rôles, et surtout la formidable Maureen « Jane Parker » O’Sullivan dans le rôle de la grand-mère de la jeune femme/fille.

Alors oui, on peut regretter que l’intrigue n’aille pas jusqu’au bout de ses possibilités avec un changement radical dans la vie de Peggy, mais posons-nous la question : en acceptant d’épouser Richard ou en partant avec Michael, la fin aurait-elle vraiment changé ?

La présence d’un ballon à l’hélium en BoPET au plafond dans son école, au début de son voyage, pourrait participer à la réponse : le BoPet n’est certainement pas utilisé pour fabriquer des ballons en 1960…

 

PS : Et tout ça sans parler une seule fois de Buddy Holly. Flûte, raté.

 

  1. Celle des gangs (The Cotton Club) et la Guerre du Vietnam (Gardens of Stones)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Delannoy, #Jean Gabin
Chiens perdus sans Collier (Jean Delannoy, 1955)

Ils sont jeunes, debout, le regard fixe, concentrés, sérieux. Et la caméra passe devant eux tandis qu’ils demeurent impassibles. Ils ? Ces « chiens perdus sans collier » dont parle le titre. Qui sont-ils ? Des enfants perdus, de ces délinquants juvéniles qui font régulièrement l’actualité et que l’opinion découvre à chaque fois, nous rebattant les oreilles avec la sempiternelle formule : « c’était mieux avant. »

Mais 1955, quand sort le film, c’est avant, pour nous spectateurs du XXIème siècle. Et ce qu’on peut dire de cet avant, c’est qu’il n’a rien à nous envier en ce qui concerne la délinquance juvénile.

Mais reprenons.

 

Sur un mur du Palais de Justice de Paris est inscrit à la craie « juge des enfants » : c’est là qu’on emmène tous ces petits délinquants, qui échappent momentanément à la justice des adultes, même si ce sont ces derniers qui l’exécutent. C’est le cas de Francis Lanoux (Serge Lecointe) qu’on a trouvé à faire les poches des joueurs de foot dans leur vestiaire, de Gérald Lecarnoy (Jacques Moulières) qui s’enfuit de chaque placement pour retrouver sa mère (Dora Doll) en bord de Seine, et c’est aussi le cas d’Alain Robert qui a incendiée la grange de la ferme où il avait été placé.

Mais si la Justice s’est mise en travers de leur chemin, elle a mis Julien Lamy (Jean Gabin) pour s’occuper d’eux, le « juge des enfants ».

 

Nous sommes donc dans cette France d’après-guerre et si la reconstruction a bien avancé, la situation n’est tout de même pas des plus glorieuses. En effet, ces enfants perdus ne viennent pas des grandes familles, ni des quartiers huppés : la visite de Francis dans la maison de ses grands-parents nous montre une banlieue parisienne peu urbanisée où  plutôt que les immeubles et grands ensembles que nous connaissons, ce sont des taudis qui ont fleuri à cet endroit.

De la même façon, le milieu du petit Gérald n’est pas spécialement plus reluisant. Si la maison en est une véritable, c’est du côté de sa mère qu’il faut voir l’aspect sordide de l’affaire : elle est l’enjeu d’une partie de belote acharnée entre deux hommes, le vainqueur – Joseph (Robert Dalban), un acrobate – aura le privilège de coucher (et plus si affinité) avec la belle.

Quant à Alain Robert, orphelin, il recherche inlassablement ses parents qui l’ont abandonné (ou sont morts pendant la Guerre peut-être), s’accrochant à l’adresse manuscrite portée sur les journaux qu’il reçoit.

 

Si le film est édifiant, il n’en demeure pas pour autant une leçon de morale pour les spectateurs. A aucun moment il n’est fait quelque recommandation plus ou moins éducative ou incitative auprès de ces derniers. Delannoy montre une réalité, se contentant de remercier les autorités de l’Etat pour leur aide dans le développement de ce projet cinématographique.

Ces trois gamins ne sont pas non plus représentatifs de leur génération, même si nous ne voyons à aucun moment des enfants « normaux » (1). On suit avec intérêt leurs parcours, leurs joies fugaces et leurs galères certaines. On se réjouit de la relation qui se noue entre Francis et Alain, mais on sait que de toute façon elle ne durera pas, leur destin ne leur permettant pas des amitiés longues et surtout durables.

 

De la même façon, on n’entend à aucun moment une critique ouverte de ces enfants : les adultes étrangers à leur vie qu’on rencontre dans les différents endroits (autobus, rue…) n’émettent aucun jugement (facile) quant à leur vie. Quand Francis et sa « femme » Sylvette (Anne Doat) parlent dans le bus, les adultes autour jettent à l’occasion un œil sur eux, mais se gardent bien de parler ni de lancer un regard réprobateur.

Et c’est en cela que le film de Delannoy vaut d’être vu : il dresse un portrait réaliste d’une petite partie de la délinquance juvénile, sans porter de jugement, mais avec tout de même un léger espoir d’amélioration pour ces enfants perdus, encore un peu protégés du monde terrible des adultes.

Et avoir confié le rôle du juge Lamy à Gabin fut un choix judicieux : Gabin est dans une autre phase de sa carrière : il a passé la cinquantaine et ne peut décidément plus jouer les jeunes premiers (surtout avec ses cheveux blancs). Il est un juge tout à fait acceptable, crédible et surtout son jeu n’est pas encore parasité par certaines de ses petites manies qui vont s’amplifier : il ne fait pas du Gabin.

 

Il faut croire que le monde est en train de s’ouvrir à la jeunesse et à la criminalité qu’elle peut engendrer : l’année précédente, en Grande Bretagne, William Golding a fait paraître Sa Majesté des mouches, et aux Etats-Unis, une dizaine de jours avant la sortie nationale de ce film, sort Rebel without a cause.

Mais tout ceci est une autre histoire.

 

(1) Entendez : qui ne sont pas délinquants.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Alexander Mackendrick
Tueurs de Dames (The Ladykillers - Alexander Mackendrick, 1955)

Mrs. Wilberforce (Katie Johnson) est une paisible vieille dame qui habite Londres, du côté de King’s Cross. Comme elle vit seule, elle a mis en location deux pièces pour lui tenir compagnie et arrondir ses fins de mois. C’est le professeur Marcus (Alec « Obiwan » Guinness) qui va les venir habiter chez elle quelques jours parce qu’il cherche un lieu pour répéter avec quatre de ses amis violonistes : le major Courtney (Cecil Parker), Mr. Robinson (Peter « Clouseau » Sellers), Mr. Lawson (Danny Green) et Mr. Harvey (Herbert Lom).

Mais ces cinq personnages ne sont pas les gentlemen mélomanes qu’ils prétendent être : ce sont des bandits qui comptent dérober l’argent d’une compagnie d’assurance.

Leur forfait accompli et au moment de partir, Mrs. Wilberforce comprend qui ils sont et veut les dénoncer à la police. Ces messieurs n’ont plus le choix : ils doivent éliminer cette vieille dame…

 

Jouissif. Jouissif et hilarant. Une de ces comédies qui ont fait la réputation d’excellence de l’humour anglais, servi par des interprètes formidables de bout en bout, dont l’extraordinaire Alec Guinness, cerveau – malade – de cette opération. De son côté, Katie Johnson est une petite vieille honorable et adorable, un brin toquée, mais qui ne le serait à son âge (1).

Bref, nous sommes en bonne compagnie et l’intrigue se savoure avec gourmandise.

Bien sûr, un peu pus de soixante-cinq ans ont passé depuis la sortie en salle, et le langage argotique s’en ressent (2), mais on a toujours le même plaisir d’entendre cette vieille dame très digne s’exprimer comme les hommes du Milieu, surtout au policier venu faire une visite de courtoisie.

 

Alexander Mackendrick réussit ici une magnifique comédie, avec le savoir-faire qu’on lui connaît (3), retrouvant Alec Guinness pour une nouvelle comédie inoubliable (3), où les différents comiques du ressort dramatique sont utilisés avec beaucoup d’adresse : gestes, mots et situations sont exploitées dans toute leur dimension.

Il faut dire que les différents membres de ce gang sont gratinés : entre Lawson qui est une véritable brute (dans le sens premier) et Marcus qui semble un homme d’une grande intelligence et très raffiné, on trouve trois autres complices eux aussi irrécupérables. Entre Harvey qui semble un véritable gangster dur à cuire et le « major » Courtney qui a un semblant de distinction (son titre y fait pour beaucoup), reste Robinson, un personnage assez obscur et peu développé. C’est d’ailleurs étonnant que c’est Peter Sellers qui interprète ce personnage assez insignifiant parce qu’outre Alec Guinness, il est celui qui aura le plus de succès dans les décennies suivantes !

 

Mais si ces « tueurs » de dame ont toute notre sympathie, leur victime (très) récalcitrante est elle aussi réussie. Mrs. Wilberforce est une vieille dame digne et gentille et tout ce que vous voudrez. Mais il n’empêche, c’est un véritable cataclysme : elle sème le désordre autour d’elle, sans s’en rendre compte (bien sûr), mais avec une constance remarquable : entre le vendeur de quatre saisons qui peste contre un cheval et la résolution tragique du hold-up, nous avons un aperçu de ses capacités de nuisance.

Mais surtout, c’est une véritable emmerdeuse, comme le suggèrent les policiers, qui apprécient moyennement de la voir traîner chez eux pour des histoires un tantinet incroyables. Mais au vu de son âge, on lui passe tout, et on savoure sans retenue le chaos qu’elle installe tranquillement.

 

Formidable !

 

  1. On peut avoir un indice sur ce dernier puisqu’elle se souvient de ses 21 ans quand on lui a annoncé la mort de la « vieille reine », Victoria. C’était en 1901.
  2. L’argot est le langage qui se démode le plus vite.
  3. Après L’Homme au complet blanc (1951).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Arthur Penn, #Robert Redford, #Marlon Brando
La Poursuite impitoyable (The Chase - Arthur Penn, 1966)

Une petite ville du Texas, au milieu des années 1960…

C’est samedi et tout le monde attend avec impatience le soir pour se délivrer d’une semaine de travail à travers diverses fêtes et autres beuveries hebdomadaires.

Parmi eux, le jeune Jake Rogers (James Fox), fils de Val (E.G. Marshall), le magnat local, qui va retrouver la belle Anna Reeves (Jane Fonda), seule depuis que son mari Bubber (Robert Redford) est en prison.

Mais ce samedi, c’est le jour qu’a choisi (?) le même Bubber pour s’évader avec un complice meurtrier. Mais Bubber n’est pas si bête, il veut atteindre le Mexique. Sauf qu’il se trompe de train : il saute en marche, pas bien loin de chez lui.

Alors, à défaut de Mexique…

 

Si le titre français est plus explicite que l’original (1), il n’en demeure pas moins un brin réducteur. En effet, si poursuite il y a, elle n’est pas le seul élément de ce film coup de poing, reflet d’une époque autant que sa dénonciation, reprenant certains aspects très américains dont certains empruntés au western.

Nous sommes en 1966 quand sort le film sort, en pleine lutte pour les droits civiques et surtout la fin de la ségrégation dans le Sud. Et le film y fait référence à travers les propos de ceux qui en sont les chantres, surtout dans cette petite ville alcoolisée ce samedi soir. On y retrouve même des attitudes ouvertement racistes héritées du passé esclavagiste (nous sommes dans le Sud, ne l’oublions pas) :

  • le jeune homme qui se promène et qu’on prend pour Bubber (2) ;
  • le personnage de Lester Johnson (Joel Fluellen) – noir lui aussi – qui veut aider Bubber et Anna : il est surpris chez cette dernière et si le shérif Calder n’intervenait pas, il serait tué sur place.

 

Et cette « poursuite impitoyable » va mettre du temps à le devenir, Arthur Penn prenant son temps pour bien installer son décor et ses personnages : non seulement l’alcoolisme est l’activité première de tous ces « bons citoyens », mais à cela s’ajoute une propension à l’adultère totalement assumé, amenant même des plaisanteries – au goût douteux, est-il besoin de le préciser – sur la libération sexuelle qui est alors en train de se développer.

Nous allons alors assister à cette poursuite qui sera belle et bien impitoyable puisqu’on comptera deux morts à l’arrivée.

Mais si cette poursuite se met en place, c’est avant tout ce qui va l’amener qui semble avoir retenu l’attention du réalisateur : en plus de l’alcool, la rumeur va se propager, avec son lot de mensonges, de distorsion et surtout de mauvaise foi.

 

Alors nous basculons – bizarrement – dans l’un des aspects western de ce film avec la mise en place improvisée d’une espèce de patrouille pour retrouver Bubber – et le tuer, cela va de soi : tout ce qu’il faut pour un lynchage.

Mais nous sommes dans les années 1960 et ce n’est plus la même façon de procéder (3). Et surtout, une dimension spectaculaire apparaît : le lynchage devient médiatique – comme on dit de nos jours – et les habitants de cette petite ville vont s’y rendre, avant tout par curiosité (les jeunes gens surtout), et cette traque va prendre une tournure festive : les jeunes y chantent, on allume des feux de détresse…

Il faudra l’intervention de la police pour faire cesser tout cela, mais trop tard.

 

Il n’y aura pas de lynchage, comme dans The Oxbow Incident ou Fury, mais on retrouve dans le film la même violence qui s’exprime autrement et aboutit encore une fois à une tragédie. C’est cette violence qui est aussi très importante ici, favorisée par l’absorption d’alcool et la bêtise généralisée de ces Texans vindicatifs et armés. Parce qu’ils sont armés. Et trouvent cela tout à fait normal. C’en est même un jeu qui va inévitablement amener le drame annoncé.

Par contre, à la différence des lynchages déjà cités, ce n’est pas la foule qui veut se faire justice : seulement un trio de personnages à la moralité très relative. La foule est présente mais en tant que spectatrice. A aucun moment elle n’intervient, se repaissant du spectacle avec plus ou moins de plaisir (4). Il faut voir Calder-Brando sortir en sang de son office pour s’en rendre compte : le visage tuméfié, la chemise maculée, et pas une personne qui se déplace pour le soutenir, tous regardent.

Bien sûr, la violence est omniprésente, et Arthur Penn va la graduer et la faire enfler petit à petit pour arriver aux échanges de coups. La séquence qui voit le shérif se faire amocher par les trois salauds (5) est d’un réalisme terrible et le maquillage qui suit donne une image tout aussi réaliste des effets : il ne s’agit pas seulement d’un œil entouré de noir comme on a pu longtemps le voir (l’œil est entouré mais bien ouvert !).

 

Arthur Penn signe (enfin je me comprends, il a désavoué le producteur après le montage) un film magnifique – encore une fois – et s’inscrit très bien dans cette décennie qui va changer le cours du XXème siècle, à travers cette petite ville texane où les vieux réflexes sauvages ont la vie dure. Il est soutenu dans cette tâche par une distribution  -prestigieuse, évidemment – à la hauteur des enjeux, avec Marlon Brando en tête, bien sûr, mais aussi Jane Fonda ou encore Robert Redford qui n’est pas encore la vedette que nous connaissons (mais ça ne va pas tarder. De plus, les femmes n’y sont pas absentes et participent activement à cette intrigue, montrant pour la plupart une grande force de caractère. C’est le cas d’Angie Dickinson (Ruby Calder) ou encore la vétérane Miriam Hopkins (la mère de Bubber). Et puisqu’on en est aux vieilles gloires, on notera la présence de Bruce Cabot dans le rôle du père d’Anna : ce n’est plus le jeune héros de King Kong

 

  1. La Traque serait une possibilité
  2. Encore une preuve de l’alcoolisme ambiant de la ville : ce jeune homme est noir.
  3. Même si le résultat est le même.
  4. La télévision qui s’est installée dans la décennie précédente peut expliquer cette attitude passive et un tantinet teintée de voyeurisme : on s’y repaît d’images toujours plus violentes.
  5. Difficile de trouver un autre terme pour ce trio.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Francis Veber, #Pierre Richard
Les Fugitifs (Francis Veber, 1986)

Jean Lucas (Gérard Depardieu) et François Pignon (Pierre Richard) sont de retour !

Cette fois-ci, Lucas sort de prison après un séjour tout frais payé de cinq ans. Et s’il sort, ce n’est pas pour y retourner, n’en déplaise à l’inspecteur Duroc (Maurice Barrier).

Alors il va s’installer et avant tout ouvrir un compte en banque. Mais là, c’est pas de chance : François Pignon, chômeur de longue durée a décidé de la braquer. Et comme ça ne se passe pas très bien, il prend un otage. Oui, Lucas.

Dès lors, c’est une cavale qui s’installe.

 

Troisième opus du duo Depardieu-Richard (1), on y retrouve le couple mal assorti régulier des films de Veber, avec cette fois-ci une dimension plus sérieuse du fait de la présence de Jeanne (Anaïs Bret), la fille de Pignon. Ce changement de ton se prolonge avec la musique de Vladimir Cosma (fidèle au poste) qui n’a rien de sautillant ni même comique.

Il faut dire que la petite Jeanne n’engendre pas le rire : elle reste muette depuis la mort de sa mère trois ans plus tôt. Cette mort coïncide avec le début du chômage de son père ce qui n’encourage pas à aller bien. Surtout avec ce père-là !

 

L’apparition de Pignon est d’ailleurs assez dramatique : un braquage de banque n’a rien de comique en soi. Mais rapidement, Veber débloque la situation et nous présente ce nouvel avatar pignonnesque pour ce qu’il est : un pauvre type au bout du rouleau qui n’a décidément pas de chance, comme en témoigne le parcours de son sac à butin.

Et cette malchance est contagieuse (2) puisqu’elle touche immédiatement Lucas, otage récalcitrant (3), embarqué malgré lui dans une cavale improvisée (4) qui les emmènera de Bordeaux vers la liberté, avec bien sûr moult péripéties improbables et surtout des rencontres fameuses (et fumeuses ?), dont deux professionnels médicaux : un vétérinaire (Jean Carmet) et un médecin (Michel Blanc).

 

Comme je l’ai écrit plus haut, la présence de la petite Jeanne donne une autre dimension au film. Si le couple Richard-Depardieu fonctionne comme attendu, la présence de la petite fille atténue leurs attitudes : Lucas n’est pas qu’une brute, ni Pignon qu’un emmerdeur malchanceux. L’enfant va les rapprocher, malgré eux, et au final les souder, donnant à l’appellation « couple » une autre signification que celle attendue : nous sommes en 1986 quand sort le film, et il n’est pas question alors de parler d’union homosexuelle. Et de toute façon, il n’y a aucun élément latent là-dessus. Et pourtant, s’ils restent ensemble, c’est pour l’enfant !

Et même quand Pierre Richard endosse le rôle de la femme, il n’y a aucun sous-entendu, dans un sens ou dans l’autre : c’est un subterfuge, prétexte à des éléments comiques qui ne détonent pas dans l’histoire, ni ne tournent au grotesque, malgré sa tenue qui, elle, l’est.

 

Avec ce troisième épisode, Francis Veber clôt un triptyque : il n’y a pourtant aucun lien entre Pignon et Lucas ici avec ceux des Compères, ni avec Perrin et Campana de La Chèvre. Seuls le duo d’acteur est récurrent. Le seul lien qu’on pourrait trouver concerne Lucas qui s’adoucit encore une fois au contact d’un enfant. Dans Les Compères, c’était celui qu’ils étaient partis rechercher et auquel il donne quelques gages d’affection et de subtilité. On retrouve cette même attitude un tantinet gênée de celui qui se découvre une fibre paternelle, mais qui va prendre toute sa dimension ici, grâce à la petite.

Mais il n’empêche, avec Les Fugitifs, Veber rassemble ses deux héros singuliers et les fait se lier pour une durée temporaire (« quelques jours », dit Lucas), alors que nous savons très bien que ce temporaire va durer.

C’est la dernière fois que le trio va tourner ensemble. Et c’est normal : les deux personnages n’ont plus de raison de se quitter, parce qu’il faut élever la petite fille, et que Pignon n’y arrivera pas tout seul.

Cette troisième rencontre devient alors inévitable et indispensable : ils étaient faits l’un pour l’autre.

 

  1. Ou du trio Depardieu-Richard-Veber ?
  2. Comme dans La Chèvre
  3. Il faut le comprendre : se retrouver otage après avoir été libéré pour le braquage de 14  banques !
  4. C’est souvent comme ça dans ces cas-là.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #René Clément, #Gérard Philipe
Monsieur Ripois (René Clément, 1954)

André Ripois (Gérard Philipe) vit à Londres. Quand il ne travaille pas, il arpente les trottoirs londoniens à la recherche de l’amour. Mais à trop le chercher, il ne trouve rien, si ce n’est des aventures avec des femmes bien différentes.

Et puis il la trouve : elle s’appelle Patricia (Natasha Parry), elle est jeune, elle est belle, elle est différente, et il tombe sous son charme.

Seulement voilà : c’est le jour de son mariage avec Catherine (Valerie Hobson).

 

René Clément, Gérard Philipe et Raymond Queneau sur une même affiche ! On peut trouver pire. Et on n’est pas déçu, surtout devant la formidable prestation de l’acteur, entre comédie et tragédie, pour une errance fabuleuse, et pas seulement dans les rues de Londres.

Georges Sadoul parle de Ripois comme d’un « infirme du cœur » et, si je ne suis pas souvent d’accord avec ce monsieur, je trouve tout de même que c’est une très bonne description de ce jeune homme perdu dans une ville étrangère comme dans son propre monde intérieur.

Parce que Ripois est malade. Malade d’amour comme d’autres sont malades du cœur, et cette comparaison est des plus pertinentes dans le cas de ce jeune homme : chronique et malheureusement irrémédiable, il en souffrira jusqu’au bout. Douce souffrance, non ?

 

René Clément, qui sort du très beau Jeux interdits, se tourne cette fois-ci vers les adultes, nous présentant un personnage volage et sans cesse attiré par un jupon, comme en témoigne la sortie du bureau qui le voit suivre les femmes. Quand nous faisons sa connaissance, il est déjà marié et bien entendu, ce mariage bat de l’aile puisque son épouse envisage de divorcer. Il faut dire que la cour assidue que fait André à la belle Patricia y est pour beaucoup. Mais s’il n’y avait que Patricia… On sent qu’elles furent nombreuses toutes celles qui lui firent facilement tourner la tête (1), et que c’est par lassitude qu’elle se décide enfin à clore ce mariage.

 

Mais paradoxalement, c’est cette dernière femme – Pat – qui semble la bonne, celle qu’il attendait après l’avoir vainement cherchée. La preuve ? Il lui raconte sa vie anglaise sans rien dissimuler de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a pensé, de ce qu’il a fait. Et c’est terrible tout ce qu’il se passe pour ce jeune homme qui va lentement descendre jusqu’à finir à la rue avant bien sûr de remonter la pente pour épouser l’héritière (Catherine).

C’est d’ailleurs dans la période vagabonde que Gérard Philipe est formidable, bien loin de ses rôles éclatants que j’ai déjà mentionnés ici. Et la rencontre avec Marcelle (Germaine Montero) marque le niveau le plus bas de cette déchéance : « peut-on tomber plus bas que dans les bras d’une prostituée ? » semble-t-il se dire.

 

Mais peut-on croire un tel personnage, même après une confession aussi complète ? Patricia se fait son idée, tout comme le spectateur et il semble qu’on arrive à la même conclusion. Mais le destin veille et la conclusion du film n’est pas sans rappeler le titre du roman dont est tiré le scénario : Monsieur Ripois et la Nemesis (2). Parce que sa Nemesis (ce n’est pas une des femmes !) va frapper, impitoyable mais juste, pour nous offrir une fin moins tragique que celle du roman, mais tout de même peu reluisante, voire un tantinet grinçante.

 

Par contre, si on avait laissé les Anglais s’exprimer pleinement dans leur langue plutôt que d’avoir recours à une francisation systématique des dialogues (3), le film n’en aurait certainement pas souffert. Bien au contraire : Yves Allégret avait bien réussi avec l’espagnol dans Les Orgueilleux l’année précédente, avec le même Gérard Philipe…

 

PS : on savourera avec plaisir les titres des ouvrages qui constituent la (petite) bibliothèque de ce « professeur de littérature » bien particulier…

 

  1. D’autant plus facilement qu’il ne semble vivre que pour ça.
  2. Louis Hémon, 1950 (roman posthume).
  3. Je n’ai pas parlé de doublage, notez bien.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Francis Veber, #Pierre Richard
Les Compères (Francis Veber, 1983)

Tristan Martin (Stéphane Bierry) fugue avec sa petite amie Michèle (Florence Moreau). Ses parents (Annie Duperey et Michel Aumont) sont inquiets et s’adressent à la police qui promet de le retrouver, mais n’a pas que ça à faire.
Christine (la mère de Tristan) demande alors à deux anciens flirts de retrouver son fils : Jean Lucas (Gérard Depardieu) et François Pignon (Pierre Richard). Pour ce faire, elle leur annonce qu’ils sont chacun le père de Tristan.

Evidemment, les choses se compliquent quand ils s’aperçoivent qu’ils recherchent tous les deux le même enfant. Et encore plus quand ils le retrouvent et qu’ils doivent lui expliquer pourquoi ils l’ont récupéré.

S’ajoute à cette situation la présence de deux truands, hommes de main d’un parrain de la Riviera. Ce dernier n’a pas envie que Lucas vienne fouiller dans son entourage.

 

Encore une fois, François Pignon est de retour dix ans après avoir été interprété par Jacques Brel. Et bien sûr, c’est à nouveau Francis Veber qui signe le scénario, et qui, pour la troisième fois, se retrouve derrière la caméra. Nous avons alors droit, à nouveau à un duo dépareillé, rencontre improbable de deux êtres totalement dissemblables. Et comme deux ans plus tôt, ce sont Depardieu et Richard qui se retrouvent pour une comédie débridée où les caractéristiques de l’un et de l’autre donnent un spectacle très drôle, même s’il n’arrive pas au niveau de l’opus précédent.

 

Francis Veber devait le savoir : bis repetita non placent !

Certes, François Pignon n’a pas la maladresse exacerbée de François Perrin, mais Il n’y a pas de différence entre Lucas et Campana, si ce n’est le métier. C’est à nouveau un homme brutal, habile dans sa partie peut-être, mais au niveau personnel pas très reluisant : blagues salaces et réflexions machistes sont son quotidien.

Mais malgré tout, une fois accepté l’intrigue (très) improbable (1), on prend plaisir à retrouver ce duo inégal et complémentaire, où Pierre Richard est toujours aussi lunaire et Depardieu primaire.

D’ailleurs, à ce duo s’ajoute un second, formé des deux gangsters (Philippe Khorsand et Jean-Jacques Scheffer) qui, s’il est très bien assorti, n’en reste pas moins comique, du fait de l’accumulation ambiante créée par le premier duo : ces deux tueurs parachèvent cette même accumulation soutenue par le reste de la distribution, Maurice Barrier en tête.

 

Et puis de toute façon, le principal, c’est de faire rire. Et c’est réussi.

 

NB : Encore une fois, c’est Wladimir Cosma qui signe une musique caractéristique qui, encore une fois, reste en tête une fois le générique de fin terminé, et amènera quelques sourires rien qu’à une future audition.

 

  1. C’est ça qui est bien au cinéma : tout est possible, surtout des intrigues improbables.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Weir, #Mel Gibson
L'Année de tous les dangers (The Year of living dangerously - Peter Weir, 1982)

 

Guy S. Hamilton (Mel Gibson) arrive de Sydney et débarque à Djakarta où le despote local, Sukarno (Mike Emperio), vit ses derniers jours à la tête de l’état (1).

Hamilton est un jeune journaliste un brin naïf qui est envoyé en Indonésie pour y faire ses preuves.

Après un premier reportage mièvre (2), il décroche une interviouve exclusive du chef du PKI (parti communiste indonésien) grâce à Billy Kwan (Linda Hunt), son photographe.

La tension monte et la guerre civile couve.

Et Hamilton fait la rencontre de Jill Bryant (Sigourney Weaver), attachée militaire auprès de l’ambassade du Royaume-Uni.

 

Le début des années 1980 a vu le développement d’une tendance cinématographique à raconter des événements vécus par des correspondants de guerre, dans des conflits qui n’avaient rien d’international, tout du moins officiellement : Liban (Le Faussaire, 1981), Nicaragua (Under Fire, 1983), Cambodge (La Déchirure, 1984)…

Et ici, comme dans les autres films, on retrouve une intervention extérieure qui ne dit pas son nom mais qui est personnifiée par le colonel Ralph Henderson (Bill Kerr), et son attaché »e Jill.

Bien sûr, nous sommes au cinéma et la vérité historique est tronquée (3) : Weir, Williamson et Christopher Koch (l’auteur du roman adapté) ne prenant pas en compte toutes les publications autour de ces événements.

 

Et surtout, nous sommes chez Peter Weir qui est, comme je l’ai déjà dit ici, le cinéaste du passage. Ici, le passage est double, concernant le personnage principal d’une part (comme toujours) et le pays dans lequel il vient d’arriver puisque le film se termine sur les débuts de la répression d’un coup d’état qui a avorté et qui a porté au pouvoir un militaire qui va y rester pendant une trentaine d’années.

Et ces deux passages sont très liés dans le temps, se passant en même temps, avec des résultats tout aussi dramatiques (4). Parce que ce changement qui va s’opérer ne sera pas entièrement positif. Pour l’Indonésie, on le comprend aisément, mais pour Hamilton, il faut voir le film.


Quand ce dernier arrive à Djakarta, il est encore « pur ». Il est plein d’illusion et un brin naïf. Ce reportage va lui ouvrir les yeux sur un système agonisant, mais aussi le faire entrer de plain pied dans son métier : jusqu’où ira-t-il pour jouir du scoop ultime tant désiré et qui fera de lui le journaliste incontournable de la région.

Par contre, ce passage n’est pas sans dommages. En effet, on ne peut pas le considérer comme entièrement bénéfique : s’il ne concerne au premier chef que Hamilton, il n’est pas sans effet sur les gens qu’il côtoie et qu’il aime, Billy et Jill. Et si Hamilton va grandir sur certains points, il va tout de même y laisser une part de ce qu’il était, se rapprochant des autres journalistes déjà en place avant lui, jusqu’à devenir un peu comme eux : pas toujours très reluisant.

 

Mais qui dit passage, dit passeur et ce rôle indispensable est magnifiquement interprété par l’immense Linda Hunt : c’est Billy Kwan qui fait de Hamilton ce qu’il est, se réalisant à travers lui, comme certains parents le font à travers leurs enfants.

Si Billy est les yeux de Guy pendant les reportages, Guy est ce que Billy aurait aimé être : beau et bien proportionné, il a une aventure avec Jill, ce qui n’est pas possible du fait de son apparence. Et cette aventure amoureuse, si elle a un goût amer, reste tout de même l’un des plus beaux accomplissements du photographe.

Et évidemment, la prestation de Linda Hunt est phénoménale : elle est Billy jusqu’au bout, un homme amoureux et fier (et discret), sans tomber à un seul moment dans l’outrance.

Superbe.

 

  1. Le film se passe quelques semaines avant le « coup d’état » de Suharto.
  2. Le rédac-chef lui reproche de jouer à l’agent touristique.
  3. Pour un traitement plus complet, explorant toutes les pistes étrangères, allez voir sur ARTE ou toute autre chaîne de télévision rigoureuse.
  4. Rassurez-vous, Hamilton ne meurt pas.

 

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