Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Reginald Barker, #Thomas H. Ince, #Frank Borzage
La Colère des dieux (The Wrath of the gods - Reginald Barker, 1914)

Toya San (Tsuru Ayoki) est une belle jeune fille japonaise qui souffre de la malédiction familiale : alors que les hommes la trouvent désirable, il est toujours un prophète – le vieux Takeo (Kisaburô Kurihara) – pour le rappeler à ses concitoyens. Malheureuse, elle s’ouvre à son père Yamaki (Sessue Hayakawa) qui confirme cette ancienne malédiction annonçant la fin de sa lignée (personne ne doit épouser sa fille).

Alors qu’elle renie ses dieux puissants, une tempête se lève qui va faire échouer un schooner sur lequel naviguait Tom Wilson (Frank Borzage). Seul rescapé, ce dernier est accueilli par Yamaki et sa fille. Rapidement, il va tomber amoureux d’elle et vouloir l’épouser. Seulement voilà, le vieux prophète ne l’entend pas de cette oreille-là et rameute les villageois…

 

Quelle distribution : Barker, Borzage et Hayakawa ! Sans oublier Ince, bien sûr à l’écriture et la production (1). Et comme c’est Barker qui réalise, nous pouvons être sûrs de l’honnêteté de cette dernière. Il y a un souci de réalisme et d’authenticité dans ses films qu’on va trouver dès la séquence d’ouverture qui voit les personnages se positionner progressivement. Cette honnêteté se traduit aussi par la présentation des différents interprètes du film qui, par un fondu enchaîné, nous apparaissent tels qu’ils sont dans le film. Ces interprètes saluent le public d’entrée, amenant une proximité entre le spectateur et ce qu’il se passe sur l’écran.

Autre élément de cette volonté d’authenticité : le choix des interprètes principaux. Outre les trois premiers Japonais cités précédemment, on trouve aussi dans un rôle secondaire mais important, Kuraichi « Henry » Kotani : ces quatre interprètes sont tous de véritables japonais, à l’opposé de Richard Barthelmess dans Broken Blossoms qui aura un rôle de « yellow face » (3).

 

Par contre, nous sommes en 1914, et la technique, déjà bien rôdée depuis près de 20 ans qu’existe le cinéma, a encore quelques progrès à faire, surtout pendant la séquence-catastrophe : enfin surtout les plans d’ensemble qui montrent les différentes explosions d’un volcan, parce que quand le cadrage se resserre sur des éléments particuliers des effets de ces explosions, le charme agit et on y croit ! (2)

Bien entendu, on n’échappe pas au caractère édifiant du film et ses rapports aux religions : bouddhiste et chrétienne. Et la norme sociale et morale de l’époque ne pouvait laisser le bouddhisme vaincre le christianisme, même à plusieurs milliers de kilomètres de Jérusalem (berceau des religions monothéistes)…

 

Par contre, ce qui est remarquable dans ce film, c’est le mariage mixte : une jeune femme d’origine asiatique et un jeune homme américain (ou le contraire) ne se mélangent pas beaucoup en 1914 aux Etats-Unis.

Et l’émeute provoquée par le prophète et qui se termine dans le sang ressemble beaucoup à ce qu’il se passait alors aux mêmes Etats-Unis quand il était question de mariage mixte (4).

Et encore une fois, Barker filme avec beaucoup de justesse cet épisode tragique, qui me fait dire que la bêtise et l’intolérance n’ont pas de frontière.


Et comme c’est Reginald Barker qui dirige, nous avons droit à un plan qui lui ressemble : celui qui conclut le film et montre Toya San et Tom Wilson, sains et saufs sur le bateau.

 

  1. C’est presque obligatoire dès qu’on parle de Reginald Barker.
  2. Les plans d’ensemble du volcan montrent vraiment trop qu’il s’agit d’une maquette. Patience, dans quelques décennies, nous aurons les effets spéciaux numériques…
  3. Puisqu’on parle de « black face » pour les acteurs blancs de l’époque qui interprétaient des personnages noirs, peut-on parler de « yellow faces » pour ceux qui interprètent des Asiatiques ?
  4. Entre deux personnes de couleurs différentes

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Mike Flanagan
Doctor Sleep (Stephen King's Doctor Sleep - Mike Flanagan, 2019)

40 ans après (enfin presque), Danny Torrance (Ewan McGregor) revient sur les écrans. Bien sûr, il a grandi et surtout vieilli. Mais son don est toujours là, il continue de briller (1), mais a plutôt tendance à vivoter. En 2011, alcoolique, il débarque à Frazier, une petite ville et est pris en main par Billy Freeman (Cliff Curtis). Il est même embauché à l’hôpital en tant qu’aide-soignant, et va accompagner les vieilles personnes dans la mort, les amenant à s’endormir en paix, d’où son surnom qui sert de titre au film : « Doctor Sleep » (2).

Un soir, alors qu’il rentre chez lui, il voit qu’on a écrit sur un des murs de sa chambre : c’est Abra Stone (Kiliegh Curran), une petite fille qui a comme lui le shining. Le temps passe (8 ans) et un groupe de marginaux se fait connaître : emmenés par Rosa The Hat (Rebecca Ferguson), ce sont des personnes qui comme Danny et Abra possèdent le shining, mais l’utilisent àa des fins inavouables. Ils vont bientôt s’en prendre à Abra, qui va appeler Danny à l’aide.

 

Le titre original pose les choses : Stephen King’s Doctor Sleep. En effet, après Anthony Burgess pour Orange mécanique  (1971), ce fut au tour de King de se brouiller avec Stanley Kubrick après l’adaptation de son livre. Alors cette fois-ci, il n’était pas question de laisser échapper la maîtrise de l’adaptation. Et dans l’ensemble, l’adaptation est bonne. Et c’est peut-être là que le bât blesse : à force de tout vouloir montrer (et expliquer), Mike Flanagan, qui signe ici un film honorable, n’atteint pas la qualité – immense – du film de Kubrick, qu’il admire par ailleurs.

Certes, les séquences dans l’hôtel Overlook sont un vibrant hommage au maître disparu vingt ans plus tôt, mais rendre hommage ne suffit pas pour faire un grand film.


Et d’une manière générale, Flanagan pêche par excès. Plus ou moins influencé par l’écrivain, il fait un film beaucoup trop démonstratif : la suggestion, le mystère disparaissent pour laisser place à des certitudes (visuelles) : on ne retrouve à aucun moment l’atmosphère lourde et malsaine du film de Kubrick, véritable attrait du film : pas de cadrage singulier ni de véritable montée de la tension accentuée par ces mêmes cadrages. Seuls restent les personnages du premier opus, remplacés par de nouvelles têtes – normal, ceux qui ne sont pas morts n’ont plus vraiment le même âge.

Et si on reconnaît certains plans empruntés au film de 1980, ils n’engagent qu’à sourire, plutôt qu’à amener une véritable tension, voire un sentiment de malaise et d’épouvante comme ce fut le cas.

 

Restent tout de même le trio d’interprètes principaux, qui s’en sortent très honorablement, et en particulier les deux rôles féminins, mais on ne peut que tiquer devant une intrigue tout compte fait prévisible et trop peu mystérieuse.

Dommage.

 

  1. En VO : to shine = briller
  2. Docteur Sommeil

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Dessin animé, #Comédie, #Astérix, #Alexandre Astier, #Louis Clichy
Astérix : Le Domaine des dieux (Alexandre Astier & Louis Clichy, 2014)

Il est très difficile d’adapter une bande-dessinée au cinéma. Et encore plus quand il s’agit d’un classique par mi les classiques. Ici : Le Domaine des dieux. (Goscinny & Uderzo, 1971)

Il s’agit d’une bande-dessinée phare des aventures du petit Gaulois (et de son énorme complice) où les baffes aux Romains sont enveloppées dans des considérations anti-esclavagistes voire des négociations en rapport avec la copropriété : les Romains – dans le livre – gèrent le Domaine des dieux abandonné par les civils, comme des petits propriétaires sûrs de leur bon droit. Bref, des réjouissances en perspective !

Et à la différence des diverses adaptations de la décennie, précédente, le film d’Alexandre Astier (et Louis Clichy) fonctionne parce qu’il utilise avec brio les images de synthèse : au lieu de recréer un environnement réaliste à une histoire difficilement adaptable (1), Astier et son équipe vont recréer numériquement le décor du guerrier le plus connu (après Vercingétorix, cela va de soi).

 

Donc Astérix (voix de Roger Carel – encore lui, mais c’est aussi sa dernière contribution) va se battre contre l’urbanisation galopante, et ce malgré les artifices du druide Panoramix (voix de Bernard Alane) qui s’efforce de contrer les efforts de l’architecte Anglaigus (voix de Lorànt Deusch), qui a été mandaté par César (voix de Philippe Morier-Genoud) pour construire un domaine ,moderne censé anéantir le village gaulois ou au mieux (pire ?) le transformer en amphore-ville (2).

Bien entendu, nos Gaulois ne sont pas d’accord même si l’appât du gain va presque réussir à changer les mentalités.

 

Alexandre Astier, à qui nous devons la formidable série Kaamelot, ne s’est pas trompé en adaptant – graphiquement – les aventures de notre petit Gaulois préféré. En effet, outre Alain Chabat, personne n’a réussi à mettre en scène d’une manière réaliste les aventures du petit Gaulois avec succès (1). En utilisant exclusivement des images de synthèse, ce que les autres auraient dû faire, il n’a pas de problème de vraisemblance voire de réalisme : nous sommes dans le domaine du dessin animé, et donc, comme disait Tex Avery, « tout est possible ». Même des Romains qui sautent hors de leurs caligæ, pour notre plus grand plaisir.

 

Mais ce qui nous ravit, c’est cette adaptation à l’intrigue initiale qui est respectée sans toutefois la suivre à la lettre : la partie syndic de copropriété, un tantinet complexe est abandonnée pour une histoire plus abordable avec, bien entendu, force baffes et bourre-pifs pour les Romains : mais n’est-ce pas ce que nous attendions ?

 

Une très belle adaptation qui fait passer même celles des créateurs originaux pour de simples anecdotes…  En aurait-il été de même si Goscinny avait survécu à cet exercice cardiaque fatal (4) ? Très certainement : Goscinny et Uderzo auraient su évoluer avec leur époque.

 

  1. Sauf pour Alain Chabat.
  2. Les amphores servaient alors de bidon (Goscinny).
  3. D’ailleurs, le même a  lai Chabat a participé au film : il double le sénateur Prospectus, avatar du personnage Volfgangamadeus (tout un programme) qu’on trouve normalement dans Astérix chez les Belges.
  4. 5 novembre 1977.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning, #Lon Chaney
Le Club des trois (The unholy Three - Tod Browning, 1925)

Hercules (Victor McLaglen) le colosse, Echo (Lon Chaney) le ventriloque et Tweedledee (Harry Earles) la petite merveille du XXème siècle (c’est un nain) végètent dans une foire aux monstres (et autres attractions), chacun dans sa spécialité, répétant à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux. Pour arrondir ses fins de mois, Echo a une partenaire pickpocket très habile, la belle Rosie (Mae Busch).

Sous l’impulsion d’Echo, les trois hommes s’associent et vont écumer les maisons riches, sous couvert d’une boutique d’animaux tenue par Mrs O’Grady (Lon Chaney), une charmante vieille dame qui vit là avec sa petite fille Rosie et le bébé Willie (Harry Earles). Chose curieuse, les perroquets vendus ne parlent que quand c’est Mrs. O’Grady qui est là…

 

Première grande incursion dans le domaine de prédilection de Browning : les phénomènes de foire (il aurait travaillé dans sa jeunesse pour un cirque). La séquence d’ouverture annonce Freaks, bien sûr, et le personnage de Mrs. O’Grady celui de Madam Mandilip dans The devil Dolls. Bref, nous sommes pleinement dans l’univers du réalisateur.

 

Voilà une histoire bien scorsesienne que nous propose ce même Browning Browning, avec l’aide de Valdemar Young au scénario (1) : Echo est un homme ambitieux qui veut s’enrichir vite et mener grand train mais terminera somme toute là où il a commencé : un phénomène de foire qui répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux…

Et comme Scorsese quelques décennies plus tard, Browning s’appuie sur une distribution solide, l’immense Lon Chaney en tête, cela va de soi. Pas de maquillage compliqué comme dans The Phantom of the Opera (sorti la même année) ou The Hunchback of Notre-Dame deux ans plus tôt : une perruque de cheveux blancs, des bésicles, un dos vouté et voilà une brave Mrs. O’Grady à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Mais si le maquillage n’est pas vraiment l’atout de Chaney ici, c’est encore une fois son visage qui retient toute notre attention.

Nous retrouvons, bien sûr, ce visage menaçant que nous avions découvert dans The Penalty (surtout, mais ailleurs aussi), d’une dureté incroyable, mais surtout il joue de la transformation de ce même visage pendant que l’intrigue se noue ou se dénoue. La discussion entre Echo et Rosie sur fond champêtre en est un magnifique exemple : ce visage dur va progressivement se transformer pour s’adoucir à mesure qu’il va prendre conscience de ce que lui dit Rosie.  Toujours aussi splendide.

 

A ses côtés, on trouve un colosse qui va faire parler de lui dans les années qui vont suivre (surtout chez John Ford) : Victor McLaglen. McLaglen était un acteur formidable et dont la truculence va s’épanouir chez ce dernier, mais face à un monstre tel que Chaney, il ne peut pas rivaliser. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, A Girl in every port (Howard Hawks, 1928) : le muet ne l’a pas empêché d’être un grand acteur.

Autre « curiosité » du film, les débuts d’un acteur malheureusement sous-employé au cinéma (2) : Harry Earles. Plus jeune que dans Freaks où il sera véritablement reconnu, il possède encore l’aspect juvénile qui lui permet de se faire passer pour un bébé. Mais un bébé qui fume le cigare… (3)

Quant à la femme, Mae Busch possède ce qu’il manquait à Priscilla Dean quand elle jouait les mauvaises filles chez Browning : une attitude, une œillade qui font d’elle une partenaire crédible à ce personnage singulièrement maléfique (Echo).

Quant à Matt Moore, qui joue Hector McDonald, le candide de l’histoire, il a tout à fait le physique de l’emploi, ses lunettes épaisses chargeant son portrait de grand benêt trop gentil. Mais c’est d’ailleurs cette caricature de personnage qui rend l’intrigue un tantinet bancale : comment une fille comme Rosie peut-elle s’enticher d’un « grand bedas » (3) pareil ?

 

Autre élément qui gâche un peu le plaisir du film : outre le raccord raté avec le manteau d’Hector, la séquence champêtre mentionnée ci-dessus se passe devant une très belle tenture peinte qui a l’inconvénient de renvoyer les ombres des deux acteurs. Et une fois qu’on l’a vu, difficile de ne plus y penser…

Mais malgré cela, Browning réussit deux beaux moments de suspense : chez Mrs. O’Grady quand le policier (Matthew Betz) vient questionner la vieille dame est ses curieux colocataires, et au moment du procès d’Hector, accusé à la place du trio infernal (5).

Si la première séquence est un peu trop attendue (le mouvement de Tweedledee amène la montée en puissance de la tension), celle du tribunal est autrement plus réussie. Plus longue, tout d’abord, elle est amenée plus naturellement et bénéficie d’un montage à la hauteur : la caméra ne cesse d’aller d’Echo à Hector en passant par le juge qui fait ses dernières recommandations au jury avant la délibération. Et cela jusqu’au point culminant qui verra…

Mais je vous laisse découvrir, si ce n’est déjà fait, ce film de haute volée de Tod Browning.

 

Un film tellement réussi qu’il en fut fait un remake cinq ans plus tard (et dont j’ai déjà parlé ici), amenant ce qui manquait – mais pas trop quand même – à cette intrigue criminelle : la parole.

Normal, pour une histoire de ventriloque, non ?

 

  1. . D’après une histoire d’un certain Tod Robbins qui sera à nouveau adapté par le même Browning 7 ans plus tard avec encore une fois Harry Earles : Freaks. Mais ceci est une autre histoire.
  2. Sa stature peut expliquer facilement cette rareté.
  3. Robert Zemeckis s’en souviendra pour le personnage de Baby Herman dans Who framed Roger Rabbit ?
  4. C’est comme le bédas tourangeau, mais sans accent et accessoirement l’une des répliques favorites de ma grand-tante à mon encontre quand je ne savais pas ce qu’il fallait faire…
  5. La traduction française du titre original évacue l’aspect noir de ce trio : « le Trio infernal » aurait pu être une traduction acceptable, tout comme « le trio malsain » et autre(s) acception(s) de ce style.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Eric Lartigau, #Alain Chabat
Prête-moi ta Main (Eric Lartigau, 2006)

Luis « Pipou » Costa (Alain Chabat) a 43 ans, est le frère de frère de 5 sœurs et le fils d’une mère veuve. Ces 6 femmes n’ont qu’un seul souhait : que leur Pipou se marie.

Seulement voilà : Pipou ne veut pas se marier. Il préfère les aventures d’un soir. Mais comme il veut la paix, il va louer la présence d’Emma (Charlotte Gainsbourg) le temps de préparer un mariage qi va capoter au dernier moment.

Mais le dernier moment arrivé, Maman Costa (Bernadette Lafont) fait un malaise et demande après cette belle-fille idéale. Elle va donc revenir, et essayer de devenir imbuvable, histoire d’être oubliée.

Mais si c’était si simple… Il n’y aurait pas de film !

 

Jouissif.

Une histoire de famille comme on les aime (1), avec une distribution impeccable, avec en tête le duo vedette, cela va de soi. Le principe même du marché passé entre Luis et Emma est d’avance un marché gagnant pour les deux parties puisque nous savons que cette présence formalisée (et contractuelle) ne pourra pas s’en tenir aux différentes clauses négociées. Et c’est aussi cela qui est jouissif : comment va évoluer cette situation singulière vers une relation durable inévitable.

Et c’est là qu’est tout l’enjeu de ce film au final très subtil réalisé par Eric Lartigau.

 

Il était normal qu’à un moment Lartigau et Chabat se rencontrent, ayant tous les deux fait leurs armes à Canal Plus, du temps où  cette chaîne avait encore une réputation intacte (ou presque). D’ailleurs, on sent la patte du grand Alain dans le scénario, ainsi que dans une tenue particulière qui n’est pas sans rappeler un JTN calamiteux qui se termina par un « petit-suicide ». Mais il faut tout de même avouer que Chabat porte très bien les bas résilles.

 

Oui, c’est un film subtile, et ce malgré les réflexions d’Emma qui ne le sont pas toujours, dont l’extraordinaire «  je vais faire caca » qui est au final très peu utilisé sur grand écran. Mais qui s’en plaindrait ? Et je ne parle pas du choix (judicieux ?) du prénom Hercule dont la rime évidente ne nous est pas épargnée.

Il n’empêche, Eric Lartigau signe (déjà) une comédie agréable et pas si anodine au final. La relation de Luis avec sa famille n’est pas simple : comment faire le poids face à des décisions démocratiques prises par une majorité féminine quand on est le seul homme qui a voie (et donc voix) au chapitre ? A ce propos, la première décision prise par le G7 (3) après la mort du père en est une illustration parfaite.

Mais derrière cette situation que va progressivement compliquer Luis se cache une réalité toujours de mise : ceux qui ne veulent pas se marier mais qui sont sans cesse pressés voir pressurés par les autres, ceux qui croient que… Bref, un enfer pour ceux qui ne pensent pas comme tout le monde. On retrouvera ce traitement de la différence dans un autre film de Lartigau dont j’ai déjà parlé ici : La Famille Bélier.

Alors faites-vous plaisir, et laissez-vous aller à cette comédie pas si innocente que ça, une de ces comédies qui se déguste avec gourmandise. Et le duo Chabat-Gainsbourg est vraiment irrésistible.

 

  1. Enfin, comme je les aime…
  2. Seuls les initiés comprendront, désolé pour les autres…
  3. Rassemblement des membres de la famille autrefois présidé par le père et dont le G semble signifier « Gynécée ».

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Robert Z. Leonard
Mademoiselle Minuit (Mademoiselle Midnight (Robert Z. Leonard, 1924)

La jeune et belle Renée de Quiros (Mae Murray) est frappée d’une malédiction ancestrale : sa grand-mère Renée de Gontran (Mae Murray) était une jeune femme fantasque exilée au Mexique par l’impératrice Eugénie (Clarissa Selwynne) pour sa conduite scandaleuse : ses frasques nocturnes l’avaient fait surnommer « Mademoiselle Minuit » (d’où le titre).

Aujourd’hui, l’aïeule est morte depuis longtemps, mais la jeune Renée est tout de même cloîtrée dans sa chambre quand vient la nuit.

Un soir qu’elle fait le mur, l’hacienda familiale est attaquée par le bandit Manuel Coralles (Robert McKim) qui tue son père (Robert Edeson).

Elle est alors recueillie par son oncle Jose (Nick de Ruiz) qui fait partie d’un groupe de conspirateurs prêts à renverser le régime pour lequel le père de René a donné beaucoup.

Mais le jeune diplomate Jerry Brent (Monte Blue), amoureux de la jeune femme va tout faire pour la récupérer.

 

Après un prologue un tantinet convenu voire inutile, nous entrons dans le vif du sujet (ou plutôt de l’intrigue) avec cette jeune fille semble-t-il normale mais qui aurait des crises la nuit. Et c’est là que le bât blesse. A aucun moment on ne la voit se déchaîner, comme contrôlée par une puissance démoniaque et lubrique comme on pouvait l’imaginer. Au contraire, les quelques références à son ancêtre sulfureuse viennent de surimpressions fugaces qui voit une Mae Murray légèrement vêtue. Rien de bien méchant que tout ça. Et c’est bien dommage parce qu’on aurait attendu quelques élément véritablement parlants (ou du moins visuels) de cette conduite si extravagante. Mais Robert Z. Leonard n’est pas Stroheim et le spectateur reste sur sa faim.

Peut-être aussi que la présence de Mae Murray – madame Leonard à la ville – a découragé le metteur en scène d’exposer sa femme dans des attitudes (soi-disant) choquantes.

 

Toujours est-il qu’au lieu d’une folle, nous avons droit à une jeune femme tout à fait normale, avec les envies de son âge (1). Rien dans sa conduite ne laisse présager cette folie annoncée. La première séquence qui nous la montre donne d’ailleurs le ton : c’est une jeune fille courageuse mais pas téméraire et la teinte du film est à la comédie.

Oui, mais voilà : cette comédie ne fera que poindre dans cette intrigue politique avec ces conspirateurs de tous poils, oscillant sans cesse entre les deux tendances, la seconde prenant le pas sur la première.

Et c’est là que Leonard, encore une fois, rate l’occasion. Sa constante hésitation de ton entre le sérieux de l’intrigue politique et le potentiel comique de Mae Murray fait basculer le film vers le premier au détriment du second, et ce n’est pas la présence de Monte Blue (impeccable toutefois) qui rattrape le film.

 

On reste constamment sur sa faim devant cette comédie dramatique qui ne trouve jamais le véritable ton indispensable au bon fonctionnement du film. Seule (petite) consolation : une collection de méchants de toute beauté. Outre l’oncle qui est une malfaisant de la pire espèce, on trouve parmi ses sbires une domestique familière, la formidable Mathilde Comont (2), et le non moins talentueux Nigel de Brulier, habituels des rôles du genre, interprétant ici un docteur des plus inquiétants.

Mais ça ne suffit pas.

Dommage.

 

  1. Mae Murray, qui interprète ici une (très) jeune femme, va sur 35 ans quand le film sort.
  2. Elle interprète le prince perse dans le magnifique Voleur de Bagdad

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Jacques Becker
Casque d'Or (Jacques Becker, 1952)

Amélie Elie était une prostituée du Paris de la Belle Epoque, tiraillée entre deux hommes : Joseph Pleigneur dit « Manda » et Eugène François Leca. Ces deux hommes vont se disputer la jeune femme jusqu’à ce que Manda et Leca soient arrêtés et envoyés en prison. Jugés et condamnés, ils sont envoyés au bagne de Cayenne, où seul Manda fera sa peine complètement (Leca s’est évadé et ne sera jamais retrouvé. De son côté, Amélie se range et épouse un bonnetier et vit en bourgeoise jusqu’à sa mort en 1933.

Ca, c’est (à peu près) la vraie histoire de Casque d’Or.

Ici, elle s’appelle Marie, et elle est interprétée avec beaucoup de brio par nulle autre que Simone Signoret qui la fera entrer dans la légende. Ou plutôt qui les fera rentrer dans la légende : Amélie pour une histoire romancée et romanesque, Simone pour le plus grand rôle de sa carrière.

Ici, Georges « Jo » Manda (Serge Reggiani) est un ancien repris de justice qui s’est rangé et donne dans l’honnête. Fortuitement, il rencontre un vieux compagnon de correction, Raymond « Le Boulanger » (Raymond Bussières) qui le présente à ses collègues, des Apaches comme lui, tous membres de la bande à Félix Leca (Claude Dauphin). Il fait en même temps la connaissance de marie dont il tombe amoureux. Mais tous les hommes sont amoureux de Marie, alors ce nouveau venu va chambouler la situation et amener la mort, inévitable.

 

Comme le fera dire dix ans plus tard John Ford dans The Man who shot Liberty Valance, si la Légende dépasse la réalité, on imprime la légende. Et cette légende de Casque d’Or est aussi enluminée et brillante que les cheveux blonds qui donnent à Marie/Amélie son surnom. Manda devient le héros de cette histoire d’amour tragique (1) et Leca le salaud dans tous les sens du terme : quel retournement alors que ce fut plutôt le contraire !

Mais peu importe la vérité, nous sommes au cinéma, et tout est permis, même de faire d’un tueur un héros, et d’une prostituée une femme vertueuse et fidèle en amour (2). Il faut dire que l’interprétation de Simone Signoret – qui avait été révélée avec Dédée d’Anvers trois ans plus tôt, est formidable. Elle est une femme pour qui on a envie de se battre, de risquer sa vie, rien que pour pouvoir la regarder dans les yeux. Et ici, les deux hommes (2) ne se contentent pas du sourire, surtout Leca.

Et c’est bien connu : en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Alors Leca ne se gêne pas, devenant progressivement une véritable raclure.

 

Mais le centre de l’intérêt de ces deux hommes est le même que celui du spectateur : Marie. Elle n’est jamais appelée Casque d’Or par ses fréquentations, mais c’est normal : Jacques Becker donne à cette chevelure, dès que l’éclairage (3) le permet, une flamboyance et une brillance extraordinaire, traduisant d’une autre manière la passion qui illumine cette jeune femme. Même au moment le plus tragique, ces cheveux brillent de tout leur éclat, alors que l’éclairage est au minimum. Magique.

Et comme toujours, pour que des acteurs et actrices soient grands, il faut une distribution secondaire à la hauteur de l’enjeu. Et c’est le cas ici : outre Bussières toujours égal à lui-même, on retrouve la encore jeune Dominique «  Madame Mado, j’présume » Davray dans un  rôle de prostituée (étonnant, non ?), et toute une collection de gueules plus ou moins pittoresques, que ce soit du côté de la truande comme chez messieurs les argousins.

 

Bref, nous sommes à la fête et Becker signe ici un véritable chef-d’œuvre, recréant ce Paris de la Belle Epoque (5), avec ce far-west évoqué par les journaux aux apaches rudes et gouailleurs, où va se mêler la bonne bourgeoisie le soir, histoire de s’encanailler.

Ce film est tout à fait dans la lignée de ce qui se faisait avant la guerre, ces histoires réalistes (mais romancé »es tout de même) où la fatalité et le pessimisme l’emporte, et ce malgré tous les ingrédients d’une belle histoire d’amour.

Un film à voir et revoir, pour Simone Signoret d’abord, mais aussi pour (re)découvrir ce qu’était le cinéma français de qualité avant le bouleversement que va apporter la nouvelle vague, que d’aucuns qualifieront de vaguelette (6).

 

  1. Normal, c’est du cinéma français.
  2. Loin de moi de critiquer les « filles de joie » chères à Brassens, qui savent aussi bien aimer que les autres, même si leur métier les contraint à « vingt fois par jour ».
  3. En fait trois, avec Roland « Belle Gueule » Dupuis (William Sabatier), son premier régulier dans le film.
  4. Naturel selon l’intrigue, et donc artificiel, soutenu par la superbe photographie de Robert Lefebvre.
  5. Une mention pour Maurice Barnathan et son équipe pour cette recréation.
  6. N’est-ce pas, professeur Allen John ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Stephen Sommers
La Momie (The Mummy - Stephen Sommers, 1999)

Il n’est jamais bon de réveiller une momie qui sommeille. Surtout celle d’Imhotep (Arnold Vosloo), grand prêtre coupable d’avoir aimé Anck-Su-Namun (Patricia Velásquez) la femme de Pharaon (Aharon Ipalé), et d’avoir, avec elle, tué ce dernier. Enterré vivant (ou plutôt momifié vivant, il fut, tout comme son aimée, maudit par ceux qui l’ont condamné et oublié dans un tombeau à Hamunaptra.

C’est donc ce déplaisant personnage qui vient d’être réveillé en 1926 – en pleine saison archéologique égyptienne – et qui va tenter de se reconstituer et réveiller la femme qu’il aime, dont il retrouve les traits dans la jeune égyptologue anglaise Evelyn Carnahan (Rachel Weisz). Mais le beau et ténébreux Rick O’Connell (Brendan Fraser) veille sur elle, tut comme son frère Jonathan (John Hannah).

 

Bien sûr il s’agit du remake de l’excellent The Mummy (1932), et quel que soit le talent de Stephen Sommers, il est difficile de passer après un génie de l’image du calibre de Karl Freund. De même, difficile pour Arnold Vosloo de succéder à Boris Karloff.

Certes, les effets spéciaux numériques (encore un tantinet balbutiants) sont impressionnants, et en particulier cette momie décharnée qui laisse passer le jour à travers ce qui reste de son corps, mais malgré tout, je préfère  - et de loin – le film original. La débauche d’effets spéciaux enlève l’aspect inquiétant dû aux éclairages et aux cadrages du film de 1932.

Et la profusion finale de ces mêmes effets spéciaux lors de la destruction du tombeau atteint ses limites : cette destruction perd de son aspect spectaculaire recherché pour n’être pas mieux rendue qu’une quelconque destruction dans un film de la décennie ci-dessus mentionnée.

Dommage.

Dommage aussi de ne pas avoir conservé la personnalité double Evelyn/Anck-Su-Namun du film original qui ajoutait une dimension plus humaine à cette momie maudite.

 

Deux ans plus tard, Sommers et une grande partie de la distribution originale se sont attaqués à une suite (presque) inévitable du fait du succès du premier film. Si une suite n’est pas souvent judicieuse, ici, elle est quasiment vouée à l’échec : le premier opus ne remplissant pas toutes les garanties d’un film exceptionnel. Je n’en parlerai donc pas. Aujourd’hui.

Quant à ce remake, son essence même en dicte les limites : annoncé à grand son de trompette comme le remake du film de Freund, il n’en est qu’une pâle copie et n’atteint jamais la dimension de l’original.

Ca se laisse voir. Oui. Mais pas plus.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Carl Theodor Dreyer
Les Fiancés de Glomdale (Glomdalsbruden - Carl Theodor Dreyer, 1926)

Il n’y a pas à dire : le cinéma de Carl Theodor Dreyer est magnifique !

A partir d’une histoire toute simple et courue d’avance, il arrive à créer un grand moment cinématographique, superbement filmé par Einar Olsen, un petit bijou comme on aime en découvrir.

Tore Braaten (Einar Sissener) revient de la ville où il servait les autres. Il est revenu s’occuper de la ferme familiale qui tombe en ruine, son père (Harald Stormoen) n’ayant pas les moyens de payer un aide. Il retrouve par la même occasion la belle Berit Glomgaarden (Tove Tellback) avec qui il a grandi et qu’il a toujours aimée. Tout comme elle, mais son père, Ola Glomgaarden (Stub Wiberg) veut la marier à un riche héritier, Gjermund Haugsett (Einar Tveito). Ce que, bien entendu, elle refuse. Profitant d’une inattention de son père qui s’en va la marier, Berit s’enfuit mais chute de cheval. Elle est recueillie par les Braaten.

 

Comme je l’ai écrit plus haut, pas besoin d’être grand druide pour savoir qu’ils vont se marier et être heureux. Mais s’ils sont heureux, c’est après le film, puisque nous nous arrêtons au mariage. Et d’ailleurs, peut nous chaut à ce moment-là puisque nous avons eu la résolution heureuse attendue. Encore une fois, c’est dans l’élaboration de cette résolution que réside le talent de Dreyer. Rien ne nous est épargné dans cette histoire : les amoureux contrariés par un père un tantinet obtus, un prétendant jaloux et violent, un pasteur (Rasmus Rasmussen) à lunettes et gros cigare, sans oublier un sauvetage de dernière minute très griffithien.

Et bien que cette intrigue se situe au début du XXème siècle, nous n’avons que très peu d’indication temporelle, ce qui donne une dimension éternelle à cette intrigue.

 

Le seul élément qui nous permet de dire que nous ne sommes pas au XIXème siècle, voire plus tôt, c’est une réflexion du pasteur quant au consentement de la jeune promise qui est indispensable pour la célébration d’un mariage : s’il dénonce les menteurs (Ola et Gjermund), ils iront en prison. Normal, nous ne sommes plus au temps où les hommes décidaient tout pour leur fille ou leur future femme. Autre élément : Tore caresse l’idée de fuir en ville pour échapper à cette société rurale un brin archaïque. L’arrangement entre Ola et le père de Haugsett (Oscar Larsen) en est une très belle illustration, immédiatement contrebalancé par l’attitude rebelle de la jeune femme. Il y a dans ce Danemark décrit par Dreyer le poids de la tradition et un ancrage fort dans le passé. La révolution industrielle n’est pas arrivé »e jusqu’à Glomdal et on y retrouve les éléments communs à n’importe quelle paysannerie de ce début de siècle, que ce soit au Danemark ou aux Etats-Unis et ailleurs. Mais la grande différence se voit aussi aux amusements des jeunes gens le soir : ils vont danser sur la plaine (la lande ?) pendant que les jeunes américains vont dans des saloons et autres débits de boisson.

 

Mais malgré tout, l’histoire reste universelle et atemporelle. Et Dreyer sait y faire dans ce domaine, réussissant çà allier la tradition – costumes, pratiques ancestrales (etc.) – et le modernisme naissant avec les deux amoureux : non seulement Berit refuse Gjermund, mais en plus elle clame au monde qu’elle aime Tore, ce qui n’était pas spécialement courant à cette époque, le qu’en-dira-t-on étant ce qu’il est.


Et alors que l’histoire semble pliée et le mariage inévitable – que nous attendons depuis la rencontre entre les jeunes gens – Dreyer relance le film en ajoutant ce sauvetage de dernière minute, alors que Tore est emporté par les flots tumultueux d’une rivière à fort courant. Mais à la différence de Griffith, dont on sent planer l’esprit tout au long de cette séquence, Tore se sauvera lui-même. Mais il faut dire que les rapides n’ont rien à voir avec la cascade de Way down East !

Il n’empêche, Dreyer fait monter progressivement la tension pendant que Tore se débat, aidé puis desservi par les souches autonomes, sous le regard de plus en plus déconfit de Gjermund, responsable de cette séquence périlleuse. Et à nouveau, Dreyer se démarque du maître américain : Gjermund ne sera pas châtié comme le sont très souvent les méchants griffithiens : le mariage qui aura lieu est son seul châtiment.

 

Je terminerai en ajoutant que Dreyer a émaillé son intrigue de quelques moments comiques, dont les interventions pastorales sont la plus grande partie : ce pasteur qui chausse ses lunettes à chaque fois qu’il a quelque chose de grave à annoncer à ses interlocuteurs ne manque pas de sel. Pour le reste, je vous laisse découvrir…

 

NB : les parents de Tore (Harald et Alfhild Stormoen) étaient mari et femme dans la vraie vie.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #William Dieterle, #Charles Laughton
Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame - William Dieterle, 1939)

Encore un effort, on y est presque !

Après l’adaptation mémorable de Wallace Worsley en 1923, mémorable surtout pour la performance phénoménale de Lon Chaney, Hollywood nous propose une nouvelle mouture, tournée par un Allemand, le non moins talentueux William Dieterle, qui nous rappelle ici qu’il vient du pays où l’éclairage cinématographique doit ses lettres de noblesses.

Mais malgré tout cela, nous sommes encore bien loin de l’intrigue hugolienne qui reste plus que jamais (en 1939) taboue et surtout qui ne peut être proposée telle que l’avait voulu l’immense auteur, le Code Hays réprouvant certains éléments allant à l’encontre des bonnes mœurs. Enfin surtout de celles que le Code juge « bonnes ».

 

Nous retrouvons donc le sonneur de cloche, toujours aussi bossu, sous les traits – déformés – de Charles Laughton qui, reconnaissons-le, interprète un sonneur tout à fait acceptable, si ce n’était son élocution un tantinet trop fluide pour un tel personnage : comment Quasimodo peut-il s’exprimer avec une telle fluidité, n’ayant jamais eu les stimuli intellectuels nécessaires ? Passons.

Côté Esmeralda, c’est la superbe Maureen O’Hara qui prête ses traits à la Bohémienne, toujours aussi dansante mais un peu moins accompagnée de sa chèvre (1). Quoi qu’il en soit, elle a beaucoup plus de corps que Patsy Ruth Miller chez Worsley (2), mais demeure encore loin de l’archétype du personnage comme nous le montrera Jean Delannoy 17 ans plus tard avec la sublime Gina Lollobrigida.

 

Puis vient Frollo. Et c’est là que les choses se gâtent. Certes, comme le dit mon ami le professeur Allen John, nous sommes au cinéma, et il faut prendre le film pour ce qu’il est : une vision d’après un scénario. Mais on ne peut adapter impunément un tel classique de la littérature mondiale : le Frollo, personnage maléfique de l’histoire est ici Jehan (Cedric Hardwicke), frère de Claude (Walter Hampden) qui est pour sa part l’archevêque de Paris et donc le « patron » de et dans la cathédrale. Que Jehan soit le méchant de la partie est plus commode pour contourner le code Hays (toujours lui) qui ne peut accepter qu’un homme de Dieu devienne un assassin. D’ailleurs, même Delannoy respectera cet état de fait puisque son Frollo (Alain Cuny) ne sera pas identifié comme prélat ou autre robin.

Mais cela n’empêchera pas ce même Frollo de subir le même destin : précipité dans le vide du haut de la cathédrale. Mais j’anticipe.

Autre personnage haut en couleur : Clopin Trouillefou (Thomas Mitchell), qui ne conserve que son surnom, mais campe un roi d’argot (ou des gueux) truculent à souhait, n’évitant pas, lui non plus, son destin funeste.

 

Mais derrière la caméra, nous trouvons un William Dieterle très inspiré, soutenu par le travail magnifique de Joseph H. August qui est tout sauf un débutant, aidé d’un éclairage très inspiré qui amène es cadrages splendides et un jeu d’ombre et de lumière du plus bel effet.

Mais voilà : on ne peut claironner qu’on adapte le chef-d’œuvre de Victor Hugo et effectuer de tels changements. Certes, c’est un film, mais il ne faut pas trop prendre les spectateurs pour des imbéciles. Les changements – mineurs, tout compte fait – sont une chose, dénaturer l’intrigue en est une autre. Dieterle, avec l’aide active de Sonya Levien, nous refait le même coup que Worsley seize ans plus tôt en sauvant Esmeralda pour une happy end, certes, mais totalement en contradiction avec l’intrigue originale.

 

Est-ce à cause de cette trahison (3) que le préposé à la traduction des titres (4) de films n’a pas voulu que le film s’intitule tout naturellement Notre-Dame de Paris ? En effet, le titre original est celui qui fut imposé à la traduction du roman d’Hugo. Et même en 1923, le film fut traduit ainsi.

Toujours est-il que malgré ces défauts, Quasimodo reste une adaptation brillante d’un réalisateur inspiré, servi par une distribution à la hauteur de l’événement, grâce aussi au travail de maquillage formidable de Perc Westmore qui n’est même pas crédité au générique.

 

Alors oubliez ce que je viens décrire, et précipitez-vous sur cette nouvelle adaptation du roman d’Hugo – la sixième si je ne m’abuse (comme dirait Fritz Lang) – rein que pour Charles Laughton. Et puis aussi Maureen O’Hara…

 

  1. Il semble que le nom de cette chèvre – Djali – n’ait pas conquis les grâces de Sonya Levien (qui signe le scénario) puisqu’elle se fait appeler ici Aristote (en VO : « Aristotle »).
  2. D’un autre côté, qui en aurait moins ?
  3. C’est peut-être un peu fort comme terme. Encore que…
  4. Il devait y en avoir un, c’est sûr.

 

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog