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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Aventures, #Paul Sloane
Made for Love (Paul Sloane, 1926)

Egypte, 192…

Nicholas Ainsworth (Edmund Burns), assisté de Lady Diana Trent (Ethel Wales) procède à des fouilles dans la Vallée des Rois. Sa fiancée Joan Whipple (Leatrice Joy) l’a accompagné mais est reléguée au second plan du fait des différentes reliques exhumées. Pour se consoler, elle a trois prétendants qui s’entêtent à la rendre heureuse.

Alors que Nicholas est sur le point de découvrir la tombe d’Aziru (Edmund Burns) et Herath (Leatrice Joy), entre en scène le prince Mahmoud Bey (Bertram Grassby), pilleur de tombe patenté, que la belle Joan ne laisse pas insensible.

Si la tombe fut ensorcelée par le pharaon (Brandon Hurst) lors de sa fermeture, le prince a l’intention de donner un coup de pouce à Isis quand Ainsworth y pénétrera.

Avec de la dynamite…

 

L’idée qui vient à l’esprit en voyant ce film, c’est « recyclage ». En effet, on a une impression de déjà vu dans ce film présenté par ni plus ni moins que Cecil B. DeMille. Et c’est certainement de là que vient cette idée. En effet, l’insertion d’un épisode égyptien antique dans l’intrigue n’est pas sans rappeler Les 10 Commandements sortis trois ans plus tôt, avec la même Leatrice Joy. Mais là s’arrête la comparaison, Sloane n’étant pas le grand Cecil B.

On y trouve aussi une autre influence à travers le personnage de Mahmoud Bey, Le Cheik (1921). Mais si Ahmed ben Assad (Rudolph Valentino) était surtout un jeune homme un tantinet mal dégrossi, Mahmoud est, au contraire, le méchant identifié.

Et surtout, Bertram Grassby ne possède pas le charme du beau Rudolph.

 

Encore une fois, le problème du film vient du fait que le réalisateur n’arrive à se positionner entre le drame et la comédie. D’un côté, nous avons cette intrigue égyptienne prétexte à une reconstitution en costumes, avec un méchant et son homme de main (1), et une occasion de faire monter la tension quand le couple se retrouve enfermé dans la tombe ; de l’autre, Sloane utilise deux types de personnages pour relâcher la tension (pas si forte que ça) : le trio de prétendant qui fonctionne avec bonheur en synchronicité ; lady Diana Trent dont la réplique d’introduction à chacune de ses interventions est un très bon exemple de comique de répétition.

 

Mais malgré la maîtrise technique due en grande partie à la caméra d’Arthur C. Miller, Sloane n’arrive pas au niveau de son maître : il manque un souffle plus ou moins épique ainsi que le savoir faire de DeMille pour les drames (hauts) bourgeois dont Joan est une représentante caractéristique, tout comme cet aspect comique que Cecil B. sait utiliser à bon escient.

Bref, sans être pour autant un navet, ce film n’atteint pas le niveau attendu dans cette intrigue exotique dont les ingrédients prometteurs auraient pu contribuer à faire un grand film.

Juste un petit divertissement, perdu dans la masse des grands films de la période (2).

 

  1. Edward Snitz interprète Selim, âme damnée de Mahmoud : malheureusement, il n’est pas employé à sa juste valeur. Edwards était avant tout un acteur comique comme on a pu le constater dans sa filmographie prestigieuse, même dans ses films catalogués de « sérieux ».
  2. Je l’ai déjà écrit ici : quand le film sort, le cinéma (muet) est à son apogée et les chefs-d’œuvre s’enchaînent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Nicolas Pariser
Le grand Jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Pierre Blum (Melvil Poupaud) végète.

Divorcé de Caroline (Sophie Cattani), écrivain oublié, il est contacté par un vieux monsieur étrange, Joseph Paskin (André Dussolier). Ce dernier a besoin d’un écrivain pour des services particuliers. Il faut dire que Paskin évolue dans les arcanes du pouvoir et des sphères impitoyables. Son dernier projet ? Faire tomber le ministre de l’Intérieur.

Parce qu’il n’a rien de mieux à faire, il accepte.

Bien entendu, tout ne va pas se passer comme (Paskin l’avait) prévu…

 

Voilà une bonne idée d’intrigue. Malheureusement, on ne fait pas toujours un bon film avec une bonne idée. C’est le cas de Nicolas Pariser qui signe ici son premier long métrage.

Certes, l’interprétation est à la hauteur, de Melvil Poupaud à Clémence Poésy (Laura Haydon), mais on se sent tout de même floué par le titre (très) prometteur.

Parce que question grand jeu, c’est plutôt une petite partie, où l’intrigue politique devient une toile de fond d’un pseudo débat sur l’extrême gauche, que le ministre de l’Intérieur – ici – veut éradiquer.

Parce que le film est bavard.

Quand est-ce que les cinéastes français vont apprendre à synthétiser leur propos et arrêter de se perdre dans les méandres d’une parole qui freine l’intrigue et du coup émousse l’intérêt du spectateur, voire le fait totalement décrocher ?

 

Mais s’il n’y avait que ça.

En plus d’être un tantinet indigeste du point de vue oral, la diction des différents interprètes n’est pas toujours très compréhensible, et une personne qui m’est proche, malentendante, peut faire une croix sur ce film : même en poussant le son, elle passera à côté de beaucoup d’échanges, les distributeurs (indépendants comme cela est précisé en ouverture du blu-ray) ayant négligé d’y joindre un sous-titrage indispensable pour une meilleure compréhension. Ou pour la compréhension tout court.

 

Sans oublier le suspense annoncé qui se résume à quelques éléments là encore prometteur même si déjà vus ailleurs (1), mais cela ne suffit pas, et on reste sur sa faim. Surtout que la résolution de l’intrigue n’en est pas vraiment une, le film se terminant, à mon humble avis, en queue de poisson, sans explication véritable ni ellipse pertinente (2) : ce n’est pas ce que j’appelle une véritable fin.

 

Bref, on vit très bien sans le voir.

 

  1. Ce n’est pas un problème de réutiliser des éléments déjà vus s’ils servent le film. Autant utiliser ce qui a fait ses preuves.
  2. Certains films n’expliquent pas tout quand ils se terminent, cela ne les empêche pas d’avoir une véritable fin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #King Vidor
Bud's Recruit (King Vidor, 1918)

1917.

Les Etats-Unis viennent d’entrer en guerre et le jeune Bud Gilbert (Wallace Brennan) appelle sa troupe. Après la revue, place à l’assaut… Interrompu par une femme qui n’a pas aimé comment on a traité son fils !

J’oubliais de vous dire : Bud a environ 12 ans et il se désespère de voir son frère Reginald (Robert Gordon) – une poule mouillée – inscrit à une association pacifiste.

Qu’importe, il s’engagera à sa place. Il suffit d’une paire de lunettes (celles de Reginald) et d’une fausse moustache et le tour est joué : au grand dam des pacifistes, et de sa maman, on annonce que Reginald Gilbert va conduire les nouvelles recrues !

 

Si ce film est très anecdotique et appartient à la pléthore de films de propagande, il n’en demeure par moins une date dans la carrière de King Vidor. En effet, il s’agit ici ni plus ni moins que de son premier film de fiction – un court-métrage de 26 minutes – qui en plus commence une série de films autour des scénarios du juge Willis Brown (il en tournera 16).

Certes, l’intrigue est très sommaire mais malgré tout, Vidor  se prête à l’exercice avec plaisir, utilisant les ressorts comiques attendus sans entrer dans le burlesque.

Bien sûr, nous sommes très loin de La grande Parade, mais on y trouve déjà le ton qui fera le succès du réalisateur. Sans oublier la maîtrise technique indispensable pour devenir quelqu’un en 1918.

 

Non, Vidor ne révolutionne pas le cinéma pour ce coup d’essai dans la fiction (1), mais il propose un film plaisant, un tantinet nationaliste (2) et dont la portée n’est pas négligeable à cette période : des jeunes gens se sont enrôlés après avoir vu ce film qui décrit une situation ô combien réaliste et proche des spectateurs.

Et puis c’est aussi une occasion d’apercevoir Mildred Davis (future Mme Lloyd) dans le rôle de la sœur d’Edith (Ruth Hampton), la petite amie de Reginald. Quant à Wallace Brennan, il refera une apparition chez Vidor (pour une autre histoire de Willis Brown)  et arrêtera sa carrière cinématographique. Qu’est-il devenu ? Aucune idée.

 

  1. Ses deux premiers films étaient des documentaires.
  2. Normal, quand il tourne, la campagne de recrutement bat son plein.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ang Lee
Raison et Sentiment (Sense and Sensibility - Ang Lee, 1995)

Angleterre, fin XVIIIème.

John Dashwood (Tom Wilkinson succombe, laissant ses biens à sa famille. Enfin une partie de sa famille seulement : son fils John (James Fleet), puisque les filles étaient alors écartées des successions, tout comme l’épouse, qui devaient toutes trouver à se loger ailleurs, laissant la place à la nouvelle maîtresse de maison, ici Fanny (Harriet Walter).

C’est très dommage, et d’autant plus que la même Fanny a invité son frère Edward (Hugh Grant) et qu’il ne ressemble pas vraiment à cette nouvelle « propriétaire » du domaine : il montre du respect pour celles qui furent jusqu’à très peu les maîtresses du lieu, et l’attirance est réciproque, surtout chez Elinor (Emma Thompson), dont l’âge commence à avancer…

Mais la vie est ainsi faite : les quatre femmes doivent quitter les lieux qui les ont vues grandir et vieillir…

 

Vous n’imaginiez pas que j’allais vous faire un résumé détaillé de cette intrigue – magnifique – adaptée (par Emma Thompson, excusez du peu) du roman de la grande Jane Austen. Cette intrigue est aussi riche que certains de ses protagonistes, opposant, comme le titre l’indique, la raison et les sentiments, à travers les deux sœurs aînées Elinor et Marianne (Kate Winslet), la première tout en retenue quand la seconde possède une fougue inadéquate dans le milieu social qui est le leur.

Parce que le milieu social est le maître mot de cette société sclérosée qui va s’épanouir encore plus dans le siècle suivant, sous le règne de Victoria. Et Ang Lee réussit à reconstituer ce milieu impitoyable où l’argent mène la danse, rappelant dans sa manière de filmer le cinéma de James Ivory : on y retrouve d’ailleurs quelques-un(e)s de ses interprètes (Emma Thompson et Hugh Grant).

 

Et Ang Lee prend son temps pour nous exposer tous les tenants et aboutissants de cette intrigue où l’amour est l’idée principale, mais surtout les convenances qui n’aidaient pas toujours à la réalisation de ce même amour, privilégiant une distribution exclusivement britannique – normal – et des lieux de tournages qui le sont autant (1).

Et bien sûr, encore une fois, Emma Thompson est phénoménale. Elle interprète ici aussi avec beaucoup de brio cette fille jeune (2) coincée par les convenances et jouée par un destin des plus farceurs qui lui enlève Edward à peine découvert, alors que nous savons tous qu’ils sont faits l’un pour l’autre !

A ses côtés, on aura autant de plaisir à admirer une jeune actrice qui n’est pas encore la Rose de James Cameron (3). Kate Winslet est elle aussi une Marianne impeccable, aussi exaltée que sa sœur est calme et semble résignée, représentant une jeunesse encore pleine d’illusion(s), refusant – temporairement – les codes de ce milieu qui se retourne contre sa famille (enfin seulement le côté féminin).

 

Bien sûr, les hommes vont eux aussi  jouer un grand rôle, et on appréciera à leur juste valeur Alan Rickman (Colonel Brandon), qui interprète l’amoureux éconduit de Marianne qui lui préfère le jeune et fougueux Willoughby (Greg Wise) qui semble être son pendant masculin ; et Hugh Grant qui, s’il séduit ces dames Dashwood, n’a rien du séducteur (plus ou moins conscient) qu’on a pu le voir jouer avant ou après.

Je n’oublierai pas de citer au passage le couple Sir John Middleton (Robert Hardy) – Lady Jennings (Elizabeth Spriggs), véritable catalyseur de cette intrigue : ils sont le trait d’union entre ces deux parti(e)s : d’un côté les pauvres Dashwood et de l’autre les riches Londoniens. Certes, Middleton n’est plus le passionné invétéré de chasse du roman de Jane Austen, mais qui s’en plaindra ? Ils sont tous les deux des personnage dont la truculence va de pair avec la générosité. Des gens bien.

 

Bref, Ang Lee signe ici un film magnifique, recréant cette époque injuste envers les femmes (4), où partir trop tôt pour un père peut amener un véritable enfer, financier comme social : si les conditions de vie sont détériorées, il faut voir aussi le traitement que reçoivent les jeunes femmes Dashwood hors de chez Mrs. Jennings.

 

Superbe.

 

  1. Britanniques.
  2. Difficile de dire jeune fille pour Elinor, surtout quand on sait que la belle Emma a tout juste 36 ans quand le tournage commence. Mais son âge est aussi sa force dans le rôle, donnant une plus grande épaisseur à son personnage.
  3. Titanic (1997).
  4. Si les choses ont changé depuis 225 ans, permettez-moi de douter que les femmes britanniques (et les autres) ont trouvé pleine justice quant à leur(s) condition(s)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #John Huston
Dieu seul le sait (Heaven knows, Mr. Allison - John Huston, 1957)

1944, quelque part dans le Pacifique.

Un canot pneumatique dérive. A son bord, le caporal Allison (Robert Mitchum). Et comme c’est toujours le cas, il aborde une île déserte. Sauvé ? Peut-être. En tout cas, l’île n’est pas si déserte que ça : Sœur Angela (Deborah Kerr) est seule elle aussi, depuis la mort du prêtre qui l’accompagnait.

Va alors se développer une cohabitation entre la nonne et le soldat, rythmée par les allées et venues de l’armée japonaise, jusqu’à la découverte par ces soldats, de la présence ennemie : les jours de ce duo improbable sont alors comptés.

 

Il y a de l’African Queen, dans cette histoire de naufragé : c’est la guerre, et nous retrouvons deux solitaires très différents, à la merci d’un ennemi pas toujours invisible. Mais cette fois-ci, pas de périple : nos deux héros restent sur cette île, loin de tout et de tous. De plus, si Rose Sayer (Katharine Hepburn) était une vieille fille, Angela est au palier supérieur : c’est une nonne qui doit très prochainement prononcer ses vœux définitifs.

Mais dans les deux cas, nous avons un homme qui ne peut ignorer ses pulsions : tout comme Charlie Allnutt (Humphrey Bogart), Allison cède aux charmes de la religieuse. Mais qui pourrait résister ? C’est tout de même Deborah Kerr !


Deborah Kerr qui interprète une nouvelle religieuse, tout aussi rigoriste que chez Michael Powell et Emeric Pressburger dix ans plus tôt (Black Narcissus), mais la tentation demeure : là encore, c’est tout de même Robert Mitchum !

Et sous ses allures (habituelles) de brute plus ou moins bien dégrossie, il y a un homme généreux et séduisant, attentionné et courageux. Bref, de quoi faire renoncer à des vœux. Mais, si Rose Sayer pouvait convoler avec Charlie Allnutt – normal, c’était une vieille fille qui n’avait pris aucun engagement avec une quelconque entité supérieure – il n’en va pas de même pour Angela : la morale ne peut accepter qu’elle rende son voile pour s’être retrouvée quelques jours avec un soldat, fût-il Robert Mitchum.

 

Mais malgré cette barrière religieuse, on s’amuse à, cette rencontre singulière entre deux personnes tout compte fait pas si différente que ça. Et Huston joue sur les différents engagements qu’ont pris les deux protagonistes : la religion et l’armée. Tous deux ont un devoir qui va au-delà de leur(s) personnalité(s) et même si cela n’empêche pas les sentiments, chacun doit rester dans son rôle, dans son domaine.

Alors non, ils ne s’embrasseront pas, mais le lien qui va les unir occasionnellement ne sera jamais rompu : il sera un éternel compagnon dans sa vie (c’est elle qui le lui annonce). Et puisqu’on en est à une certaine mystique, on peut imaginer qu’ils seront réunis plus tard. Mais ceci est une autre histoire, comme on dit…

 

Et on ne peut qu’être d’accord avec Allison quand il déclare à sœur Angela : « pourquoi est-ce que vous n’êtes pas vieille et moche ? Pourquoi faut-il que vous ayez de grands yeux bleus… Et un magnifique sourire… Et des taches de rousseur ? » (1)

Les choses auraient été plus simples.

 

  1. “why ain't ya old and ugly? Why do ya gotta have big blue eyes... and a beautiful smile... and freckles?”

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Josef von Sternberg
Les Chasseurs de salut (The salvation Hunters - Josef von Sternberg, 1925)

Un port miteux aux docks miséreux.

Seule activité de ces docks : une benne qui drague la boue et en remplit une barge, inlassablement.

Et les hommes ? Des reflets sur l’eau tout d’abord, puis des abandonnés de la vie : un jeune homme (George K. Arthur), une jeune femme (Georgia Hale) et un gamin (Bruce Guerin) dont les parents ont été tués par cette même benne.

Fatigués de cette vie qui n’en est pas une, ils décident d’aller ailleurs, là où l’herbe est plus verte.
Et non seulement elle n’est pas plus verte, mais surtout il n’y en a pas : ils se retrouvent en ville, dans un quartier pauvres où les taudis s’entassent, avec des personnages peu recommandables qui les habitent.

 

Sordide.

C’est le mot qui convient le mieux quand Sternberg nous montre ce port abandonné de tous sauf de quelques irréductibles (1), où s’entassent les morceaux d’épaves, les poissons pourris et les ordures (ménagères et humaines), pendant que la grue fait plonger sa benne à longueur de journée. Et cette benne va occuper l’espace tout le temps que va durer cette séquence, nous présentant les trois protagonistes. Et même l’incursion burlesque – quand la brute (Olaf Hytten) qui martyrise le gamin reçoit les effets du déchargement de la benne dans la barge – n’éclaire en rien le tableau : c’est un univers glauque où la vie s’enfuit irrémédiablement, pendant que la grue tente de vider la boue du port que la terre amène, là encore inexorablement.

 

Pour son premier long métrage, Sternberg donne le ton de ce qui va être son cinéma : peu de place à l’optimisme, et surtout un travail sur l’éclairage et le cadrage, même si ce n’est pas encore Bert Glennon ou James Wong Howe, accentuant fortement la misère ambiante du film.

Et surtout, Sternberg réalise avec brio une peinture réaliste voire naturaliste qu’on rencontre alors peu dans le cinéma américain de l’époque, quand il s’agit de fiction (2).

Pas étonnant qu’il ait alors été repéré par les stars incontournables du moment : Douglas Fairbanks et surtout Charles Chaplin. C’est d’ailleurs la United Artists qui va distribuer le film, contribuant à en faire une référence pour le cinéma mondial.

 

On peut d’ailleurs voir l’influence de ce film sur le même Chaplin dans le final de Modern Times : le vagabond et la gamine s’en vont, le sourire (forcé) aux lèvres sur une route déserte, pendant que la caméra les suit en travelling arrière, avant de laisser place au contrechamp qui les voit s’éloigner sur cette même route déserte. Ici, les trois protagonistes s’en vont vers le soleil, sur une même route, avec les mêmes effets de caméra, le même sourire aux lèvres. La seule différence, c’est ce soleil que le garçon, la fille et le gamin ont toujours cherché, fuyant la boue pour le trouver.

 

Si l’année 1925 est celle de la consécration (éphémère) de Georgia Hale (3), c’est tout de même George K. Arthur qui tire le mieux son épingle du jeu. Son physique et sa bonne tête en font un archétype indispensable à l’intrigue. Il n’a rien d’un Douglas Fairbanks athlétique, et se fait traiter d’avorton par la jeune femme, sans même répliquer, tant la lâcheté lui colle au corps. Bien sûr, Sternberg ne peut pas terminer son film sur un échec et c’est là qu’intervient le gamin, élément déclencheur de cette intrigue. C’est lui qui va provoquer le sursaut du jeune homme qui va enfin prendre en main son destin.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, si les trois forment alors une famille, leur avenir est loin d’être assuré : ils partent le cœur plus léger, prêts à en découdre avec la vie, mais avec toujours le même bagage : rien.

 

  1. Qui n’ont pas vraiment le choix que de vivre là…
  2. Rien à voir donc avec le réalisme qu’on trouvait alors (évidemment) chez Robert Flaherty.
  3. Elle va apparaître dans La Ruée vers l’or quelques mois plus tard (26 juin). Par contre, son rôle ici reflète tout le mal que Sternberg pensait d’elle, comme il l’exprima quelques années plus tard dans son autobiographie (Fun in a Chinese Laundry, 1965).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sam Taylor, #Mary Pickford
La petite Vendeuse (My best Girl - Sam Taylor, 1927)

Maggie Johnson (Mary Pickford) travaille au grand magasin Merril, où tout est à 5 ou 10 cents. Un jour arrive un jeune homme – Joe Grant (Charles « Buddy » Rogers) – qui va apprendre le métier auprès d’elle. C’est un grand empoté que Maggie va former, tellement bien qu’il deviendra son chef (1). Mais tout cela n’empêche pas les sentiments : ils tombent amoureux.

Sauf que Joe Grant s’appelle en réalité Merrill, qu’il est le fils du grand patron (Hobart Bosworth) et qu’il est fiancé à Millicent Rogers (Avonne Taylor) et doit bientôt se marier avec cette dernière.

Il faudra bien qu’à un moment Maggie l’apprenne.

Elle va l’apprendre, le jour même où sa sœur Liz (Carmelita Geraghty) est arrêtée – la son « fiancé » n’est pas un type spécialement recommandable – et présentée devant le juge (Mack Swain).

 

Ce film est une référence : il s’agit du dernier muet de l’immense Mary Pickford. Elle fait ses adieux – elle ne le sait pas encore quand elle tourne – à cette magnifique période du cinéma qui a vu presque tout se monter, s’expérimenter, se créer. Et elle en fut l’une des plus grandes actrices (2) et ce dernier rôle en est une sorte d’apothéose, montrant, une nouvelle fois, son talent immense.

C’est un dernier festival d’humour, combinant le burlesque avec les situations plus sophistiquées qui se sont développées ces dernières années-là, dirigé par un habitué du genre : Sam Taylor qui a fait ses classes auprès d’Harold Lloyd (là encore, excusez du peu).

Bien sûr, c’est du sur mesure pour Mary Pickford, qui a imposé son cameraman, l’inamovible Charles Rosher, mais on retrouve par petite touche la marque du burlesque un tantinet lloydien, dans cette histoire familiale où les transports ont leur importance. Et on retrouve dans cette situation le cadre un peu habituel des films de Mary Pickford : la jeune femme forte qui assume avec courage toutes les situations dures de la vie. Mais cette fois, elle n’est plus une enfant (3)

 

Mary Pickford est donc formidable, dans ce rôle tragicomique de soutien de cette famille bien singulière : entre un père (Lucien Littlefield) faible facteur, une mère (Sunshine Hart) oisive qui passe ses journées aux enterrements des autres et cette sœur un tantinet scandaleuse, véritable « it » girl, la vie n’est pas simple. En effet, Liz n’est pas sans rappeler Clara Bow dans le film du même nom (qui est sorti en février de cette même année) : l’allure, la coiffure et la peluche vont dans ce sens. Tout comme l’intrigue qui se situe dans un grand magasin. Mais alors que chez Clarence Badger, la jeune femme est amoureuse du patron, ici, c’est le fils le plus intéressant. Et n’oublions pas que ‘est Sam Taylor qui dirige les opérations : l’aspect dramatique a plutôt tendance à s’effacer devant les éléments comiques.

 

Mais cela n’empêche pas Mary Pickford de jouer sur les deux tableaux dans cette comédie au final plutôt sophistiquée : on y retrouve tout son talent et en particulier un monologue (4) final de très haute volée : une extraordinaire déclaration d’amour d’une jeune femme qui s’efface devant les convenances et la promise de rang élevé de celui qu’elle aime. Connaissant sa vraie place face à ce jeune homme de (très) bonne famille, elle essaie (en vain, sinon nous n’aurions pas de fin heureuse) de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas : une jeune femme moderne, véritable jazz age girl, qui se maquille (mal) fume (maladroitement) et danse (encore plus mal). Et si elle ne boit pas, c’est seulement parce que le Volstead Act (1919-1933) est de mise !

 

Bref, le film une de ces dernières pépites d’un art alors à son apogée, avec l’une des plus grandes actrices de tous les temps (n’ayons pas peur des mots !), qui se savoure avec gourmandise. On en redemande !

Et je terminerai en disant que ce film est une référence à un autre point de vue pour Mary Pickford : non seulement c’est son dernier muet, mais elle fait la rencontre ici de celui avec qui elle va finir ses jours. En effet, elle épousera Charles Buddy Rogers dix ans plus tard et ce mariage – étonnamment ou non – durera jusqu’à la mort de l’actrice, quarante-deux ans plus tard…

 

PS : Outre la présence de Mack « Big Jim » Swain, on notera celles de Nigel de Brulier (notable), John George (un peu moins) et Carole Lombard (anecdotique).

  1. On peut avoir ici une très bonne idée des conditions de travail pour les femmes à l’époque, et des disproportions de traitement avec les hommes.
  2. Ma préférée reste Lilian Gish.
  3. Mary a 35 ans quand le film sort.
  4. Ce n’est pas parce qu’on n’entend pas sa voix qu’elle ne parle pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #William Dieterle
Chaînes (Geschlecht in Fesseln - William Dieterle, 1928)

Après la crise de 1923 qui a fait des ravages dans la République de Weimar, le moral n’est pas toujours au beau fixe chez les Allemands. C’est le cas des Sommer, couple berlinois qui a du mal à joindre les deux bouts. Franz (William Dieterle) obtient au final une place de VRP et s’en va vendre divers article au petit bonheur la chance. Son épouse Helene (Mary Johnson) accepte de vendre des cigarettes dans un night club fréquenté par les riches. Un soir que Franz la visite dans l’établissement, elle est embêtée par un bourgeois un tantinet insistant. Franz s’énerve et frappe le type qui s’effondre la tête sur les marches.

Franz est arrêté et en attente de jugement. Il reste un espoir : que l’homme guérisse. Mais comme nous sommes dans le cinéma allemand de l’entre-deux-guerres, il meurt et Franz est condamné à 3 ans de prison.

 

Il s’agit seulement du quatrième film de William Dieterle et on peut déjà y admirer le soin esthétique qui prédominera dans toute sa carrière. Il faut dire qu’il a été » à bonne école, ayant tourné pour quelques réalisateurs incontournables tels F.W. Murnau ou encore Paul Leni.

Mais ce qui domine avant tout dans ce film, c’est la noirceur. Certes, nous sommes dans la période faste du cinéma allemand où la tragédie est dominante, mais ici, ça en devient presque désespérant.

Mais alors c’est fait de telle façon, qu’on en redemande.

 

La caméra de Robert Lach (qui a commencé avec Pabst, excusez du peu) est très mobile, passant d’un personnage à l’autre, avançant ou reculant selon les circonstances, et surtout cadrant de très beaux gros plans, spécialement sur le visage de la très belle Mary Johnson, ou le regard désespéré de William Dieterle.

A cela s’ajoute des surimpressions diverses : rêves, fantasmes de prison (Franz imagine sa femme nue), ou retour sur le passé… C’est un festival de « prouesses » techniques (1) en totale adéquation avec l’intrigue.

 

Cette intrigue, d’ailleurs n’est pas spécialement originale. Bien sûr, l’absence de l’homme pèse sur la vie de la femme qui va se consoler plus ou moins consciemment (au début en tout cas) dans les bras de celui qui était là pour la soutenir quand son mari a plongé.

Mais ce que Dieterle rend vraiment très bien, c’est ce désespoir annoncé. La femme qui a succombé veut l’annoncer à son mari emprisonné, certaine qu’il comprendra. Mais le visage désespéré de cet homme frappé par le malheur l’en empêche.

Pourtant, la révélation viendra, bêtement, sur un malentendu, comme toujours dans ces cas-là.

 

Cette révélation achèvera de noyer le (tout petit) reste d’espoir, amenant une conclusion hautement tragique (double suicide par le gaz) où même le focus de la caméra accentuera cette mort : la mise au point devient plus approximative, comme si le gaz enserrait les deux victimes…

Terrible.

 

  1. Oui, le terme est un peu fort : n’oublions pas que le film sort en 1928 et que la technique est maîtrisée un peu partout dans le monde (cinématographique).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Gangsters, #Woody S. Van Dyke
On lui donna un Fusil (They gave him a Gun - Woody S. Van Dyke, 1937)

1917.

Les jeunes Américains (certains) sont envoyés en Europe combattre les Allemands après avoir fait leurs incontournables classes. C’est le cas de Fred Willis (Spencer Tracy) et Jimmy Davis (Franchot Tone) qui se rencontrent et deviennent amis. Si Willis est un soldat tout à fait normal, il n’en va pas de même pour Jimmy qui est un tireur d’élite. Il va d’ailleurs s’illustrer au combat avec cette compétence. Malheureusement, il va se blesser gravement, pendant que Fred va disparaître pendant un assaut.

Rose Duffy (Gladys George), qui aimait Fred va se rapprocher de Jimmy, par dépit au début, et puis finalement l’aimer. Mais Fred revient, intact. Trop tard : Jimmy et Rose vont se marier.

Et puis la guerre se termine. Tous reviennent aux Etats-Unis : Fred dirige un cirque pendant que Jimmy s’occupe d’assurances. Mais il s’agit plutôt d’assurances que les commerçants doivent payer pour être « protégés ». Fred s’en rend compte et en parle à Rose.

 

Le film comporte deux parties bien distinctes de longueurs à peu près égales : la guerre et la vie civile. Et à nouveau, Van Dyke oppose deux hommes aux styles de vie opposés, l’un honnête pendant que l’autre est un (dangereux) hors-la-loi. (1). Et à nouveau, ce sont des amis indéfectibles, dont l’amitié aura un terme brutal, code Hays et mentalités de l’époque obligent.

Mais c’est l’assertion qui sert de titre qui est le véritable enjeu du film : le « on » dont on parle, c’est bien sûr l’armée des Etats-Unis, qui a fait de cet homme un tueur. Et le générique d’introduction nous prévient : le titre s’inscrit à la mitraillette sur un mur, laissant à penser que la guerre n’est pas le seul décor de l’intrigue.

 

Ce fusil mis dans les mains de la mauvaise personne a donné un criminel : Jimmy, une fois revenu à la vie civile, explique à Fred qu’il ne peut plus se contenter de vendre des livres, surtout après ce qu’il a vécu. Et la séquence qui le voit éliminer un à un les Allemands qui tiennent une mitrailleuse est le tournant du film : Jimmy prend plaisir à tuer « pour le bien » : son exploit permet de sauver les vies de ses camarades.

C’est bien sûr cette notion de plaisir – associée à la récompense d’être décoré – qui va amener Jimmy vers une vie de crime. Et van Dyke nous lance sur une fausse piste quand tout ce beau monde se retrouve dans la vie civile : un homme est assassiné (à coups de mitraillette, bien évidemment) alors que Fred sort d’un building. Jimmy aussi en sort, mais de telle façon qu’on prendrait plus facilement Fred pour un gangster que Jimmy, dont l’attitude est plus réservée, et semble moins assurée que celle de son ami.

Et cette séquence est l’autre tournant du film : Fred comprend que on ami n’est plus celui qu’il était. Et comme le code Hays est passé par là, ce qui n’était pas possible pour Blackie (1) l’est encore moins pour Jimmy : il doit payer pour ses crimes. Et il le fera, dans un final qui rappelle celui de M.M (1) : le châtiment est différent, mais le résultat est le même et le gangster disparaît. La morale est sauve.

 

J’ai toujours un peu de mal avec Van Dyke, et c’est très certainement dû à sa façon de travailler : c’était un réalisateur très prolifique dont le surnom « One-Take » Woody (2) lui a permis de réaliser plusieurs films dans une même année quand ‘autres avaient besoin de plus de temps.

Mais surtout, c’est le propos du film qui ne me semble pas assez abouti :

  • La guerre qui est l’élément déclencheur de l’intrigue, n’y tient pas le rôle attendu. En effet, si Van Dyke nous montre rapidement (comme toujours) ses effets, il n’arrive pas vraiment à se positionner par rapport à elle. Est-ce une infâme boucherie ou un champ d’honneur propice à e couvrir de gloire ? Nous ne le saurons pas.
  • Ce fusil qu’on donna à Jimmy aurait aussi pu être la base d’une réflexion qui ne sera évoquée qu’une fois le mal fait (par Fred), et surtout rapidement évacuée : le film touche à sa fin.

 

Reste malgré tout un film agréable où l’interprétation est de qualité : Spencer Tracy est magnifique – peut-il en être autrement – et à ses côté, le choix de Franchot Tone donne un contraste entre sa « belle gueule » angélique et le redoutable « métier » qu’il va occuper une fois la paix revenue.

Et les femmes ? Bien sûr, pendant la guerre, ce sont soit des saintes – infirmières – soit des putains – littéralement. Mais on notera une force chez Rose peu commune face à un type comme Fred, dont la délicatesse n’est pas la qualité première. Et Gladys George interprète une Rose très intéressante, dont le rôle est on ne peut plus pertinent et surtout le véritable ressort de l’intrigue : l’amour que lui vouent les deux hommes la met dans une position délicate qui va s’accentuer avec la « disparition » de Fred.

Mais c’est aussi une femme d’une fidélité (presque) sans faille (3), qui va précipiter la fin, somme toute prévisible, surtout quand on connaît la période et le cinéma de Van Dyke.

 

  1. C’était déjà le cas dans Manhattan Melodrama trois ans plus tôt entre Blackie (Clark Gable) et Jim (William Powell).
  2. Woody-Une-Prise.
  3. Encore que : mais il faut reconnaître qu’il est difficile de résister à Spencer Tracy…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #George Clooney
The monuments Men (George Clooney, 2014)

1943.
Pendant que les nazis pillent l’Europe, Frank Stokes (George Clooney) est investi d’une mission : retrouver les œuvres d’art pillée par ces affreux personnages. Il va engager un groupe de six hommes autour de lui : James Granger (Matt Damon), Richard Campbell (Bill Murray), Walter Garfield (John Goodman qui interprète à nouveau un Walter), Jean-Claude Clermont (Jean Dujardin), Donald Jeffries (Hugh Bonneville) et Preston Savitz (Bob Balaban), tous spécialistes des arts, si pas des armes.

Ils vont remonter les différentes routes prises par les œuvres d’art avant une éventuelle destruction, programmée en cas de défaite allemande et surtout de disparition de son guide suprême.

Un mois après le Débarquement, les Monuments Men arrivent en France et commencent leur travail, qui les mènera jusqu’à la fin de la guerre, et même après.

 

C’est au film de guerre que George Clooney s’attaque pour son cinquième film, encore une fois inspiré d’une histoire vraie (1). Cette traque permit tout de même de retrouver une très grande partie des œuvres pillées, même si elles ne purent pas toutes être restituées : beaucoup de leurs propriétaires ayant été tués par les nazis.

On peut considérer cette quête un tantinet déplacée par rapport aux véritables combats qui eurent lieu dans le même temps, tuant des centaines de milliers d’hommes. Et cette réflexion point à différents moments du film jusqu’à sa conclusion. Et la meilleure justification de cette mission incongrue en apparence est donnée par Stokes avant que commence pour eux les recherches : on ne détruit totalement un peuple ou une civilisation qu’en s’attaquant à sa culture qui en fait sa grandeur.

 

Si le film n’eut pas le succès escompté, il n’en demeure tout de même un bel hommage à ces hommes et femmes qui se sont battus à leur manière contre  les nazis. Et les interprètes e ces Monument Men sont à la hauteur de leurs rôles. Et Clooney, qui traite ici un sujet grave, réussit à placer quelques touches comiques qui éclairent ce film parfois sombre, surtout dans son rapport à la guerre.

Sans oublier l’indispensable émotion qui nous étreint à certains moments, dans les bons comme dans les mauvais moments.

 

Les bons moments, c’est quand Richard Campbell se lave et que Savitz lui passe le message enregistré par sa fille sur le haut-parleur du camp, qui lui chante un émouvant Have yourself a merry little Christmas, qui va mêler les larmes d’émotion de ce dernier avec l’eau de la douche, le tout pendant qu’à des dizaines (des centaines ?) de kilomètres de là, Stokes et Epstein (Dimitri Leonidas) ramènent un homme blessé à l’hôpital de campagne.

Les mauvais, c’est la destruction au lance-flamme des œuvres d’art dirigée par le colonel Wegner (Holger Handtke) : c’est une attaque terrible pour un amateur d’art comme moi que de voir ces chefs-d’œuvre réduits à néant inutilement. On retrouve le même gâchis que lors de ces autodafés géants qui voyaient les livres brûler par le fait de ces mêmes personnes répugnantes.

 

Et puis il y a la guerre. Si nos héros n’en sont pas des foudres, elle demeure tout de même omniprésente : par ses dégâts (des ruines innombrables) et ses incursions dans l’histoire de ces hommes. Tous ne reviendront pas vivants (je vous laisse découvrir qui y reste), donnant une nouvelle raison d’existence à ce fantastique projet.

On y retrouve aussi quelques éléments déjà vus dans d’autres films : je pense notamment cet enfant qui se bat comme un soldat et qu’on peut trouver dans The Horsemen de John Ford ou plus près de nous The big red One de Samuel Fuller. Bien sûr, on pense aussi au Train de Frankenheimer, et on retrouve Cate Blanchett (Claire Simone) interprète un avatar de Rose Valland (Suzanne Flon chez Frankenheimer) qui fut conservatrice au Musée du Jeu de Paume et qui participa à ces Monuments Men, ou plutôt au projet : Monuments, Fine Arts, and Archives program. Puisque nous n’avons pas droit à des « Monuments Women »…

 

Bref, un film aussi nécessaire que les personnes et leurs actions décrites dedans. Où la guerre s’oublie le temps d’une émotion, surtout due aux œuvres d’art, mais revient toujours plus dure, rappelant que cette mission était avant tout militaire et surtout très périlleuse.

Et si vous trouvez que le vieil homme qui conclut le film a un faux air de George Clooney, c’est tout à fait normal : c’est son père, Nick Clooney.

 

  1. Les noms des différents membres des Monuments Men (les vrais) ne sont pas repris ici : nous sommes au cinéma.
The monuments Men (George Clooney, 2014)

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