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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Epouvante, #Paul Leni
La Volonté du mort (The Cat and the canary - Paul Leni, 1927)

 

Cyrus West, un riche excentrique pressé par des héritiers avides, décède. Mais il émet une condition pour que ces gens touchent quelque chose : vingt ans doivent passer avant l’ouverture du testament.

Vingt ans après, ils sont six à répondre à l’appel de maître Crosby (Tully Marshall) qui doit ouvrir le coffre renfermant le nom de l’heureux élu qui en plus aura droit aux fameux diamants West : ses neveux Harry (Arthur Edmund Carewe) et Charles (Forrest Stanley), sa sœur Susan (Flora Finch), sa nièce Cecily (Gertrude Astor), son autre neveu Paul Jones (Creighton Hale) et sa petite-nièce Annabelle (Laura La Plante). Et tout ce petit monde est sous la surveillance de Mammy Pleasant (Martha Mattox).

 

Le titre (original) tout d’abord : la référence au chat et au canari s’explique par la position intenable de Cyrus West vis-à-vis de ses héritiers : il est cerné et enfermé dans une cage (virtuelle), ce qui le fait mourir à petit feu. Cette métaphore sera reprise par Crosby à l’adresse de la nouvelle héritière. Nous sommes bien d’accord que la traduction française rejette cette image, mais le rapport avec le film reste tout de même pertinent.

 

Quoi qu’il en soit, nous assistons ici aux débuts de Paul Leni à Hollywood. Fort de son magnifique Cabinet des Figures de cire trois ans plus tôt, il commence sa carrière américaine par un coup de maître : non seulement le film est parfait, mais en plus il ouvre la voie au cinéma d’épouvante qui va s’épanouir dan la décennie qui approche. D’ailleurs, Frank R. Strayer s’inspirera beaucoup de ce film quand il réalisera The Monster walks cinq ans plus tard. Mais n’est pas Paul Leni qui veut et son film n’atteindra jamais le niveau de celui du réalisateur allemand.

 

Tout d’abord parce que Leni est allemand. Et cela se ressent dans sa façon de filmer ainsi que dans les décors (1). On retrouve le même genre de plan que dans son long métrage précédent (Le Cabinet), et la demeure (immense) de Cyrus West nous est présentée comme un bâtiment tout droit sorti de cette période post-expressionniste dans laquelle s’inscrit la production germanique. On y retrouve même la menace chère à Siegfried Kracauer à travers ces grandes mains poilues aux ongles longs et affûtés. Mais ne nous y trompons pas : nous sommes ici dans une comédie et si menace il y a, elle concerne surtout l’héritière qui emporte la mise : Annabelle (2).

 

Oui, il s’agit d’une comédie, et de haute volée, Leni réussissant admirablement à nous faire frissonner et rire en même temps. Il faut dire qu’il joue avec bonheur avec les éléments à sa disposition. Ses décors sont angoissants, enrobés de toiles d’araignée (indispensable) et fouettés par un vent violent qui fait voler les rideaux des fenêtres ouvertes. De plus, l’utilisation de plans très rapprochés voire très gros, accentue la tension qui ne fait que monter, à mesure que l’intrigue s’embrouille : un cadavre qui disparaît, des mains qui sortent du mur, comment ne pas de venir folle ? (3)

Mais l’angoisse qui se dégage est sans cesse tempérée par le ton comique résolument voulu par le réalisateur. Et le ressort comique, c’est Creighton Hale. Dès son apparition à l’entrée du manoir, on a le sourire aux lèvres qui ne nous quittera qu’un instant, quand il rencontrera le spectre qui mène la danse (j’y reviendrai plus bas). D’ailleurs, Annabelle enfonce le clou en rappelant que la dernière fois qu’elle l’a vu (20 ans plus tôt donc), la nurse l’avait fait tomber sur la tête…

Autre personnage comique : la tante Susan. C’est comme de bien entendu l’archétype de la vieille tante acariâtre, sans cesse distillant son fiel, mais qui reste surtout très ridicule. Autre archétype, la servante qui en plus de s’appeler Pleasant (« agréable », comme on dit par chez nous) a tout d’une vieille fille sèche, de type Frau Blücher (4), les hennissements en moins, bien sûr.

Et puis il y a le méchant (je ne vous dirai pas qui c’est). C’est le plus longtemps possible qu’une paire de main qui sort vraiment du mur, jusqu’à son apparition dans les souterrains de la demeure (qui ont aux aussi leurs toiles d’araignées) garnis de couloirs et d’escaliers : œil de verre et dents proéminentes, il est lugubre et surtout inquiétant à souhait.

 

Au final, c’est un film magnifique qui nous est proposé là, alliant la maîtrise technique à une interprétation irréprochable : Leni, pour son premier film américain, confirme qu’il est un très grand. Et son émigration hollywoodienne n’a en rien altéré son savoir faire : entre les décors et surtout l’utilisation de l’ombre (et DES ombres) et de la lumière, son film s’inscrit totalement dans le courant cinématographique allemand de la période de Weimar (1919-1933).

Un chef-d’œuvre à (re)voir absolument !

 

  1. Leni est entré au cinéma par le département décor.
  2. Oui, je révèle. Mais pas tant que ça, surtout que Laura La Plante est en haut de l’affiche, devant Creighton Hale.
  3. Autre clause du testament : l’héritière doit attester de sa bonne santé mentale, ce qui n’est pas gagné au vu de l’intrigue.
  4. Young Frankenstein (Mel Brooks, 1974)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Film noir, #Gangsters, #Alberto Cavalcanti
Je suis un Fugitif (They made me a Fugitive - Alberto Cavalcanti, 1947)

Clem Morgan (Trevor Howard) est un truand de petite envergure. Maqué avec la belle et blonde Ellen (Eve Ashley), cette dernière ne laisse pas indifférent Narcissus « Narcy » (Griffith Jones), chef d’un gang dont le paravent est une entreprise de pompe funèbre.
Clem, désœuvré, rejoint la bande de Narcy. Mais pendant un coup, Clem est piégé par ce même gangster, qui lui fait endosser la mort d’un policier.

Après quelque temps en prison, Clem s’évade et revient à Londres afin de prouver son innocence. Il est aidé par la non moins belle (et non moins blonde) Sally Connor (Sally Gray).

 

Alberto Cavalcanti a rejoint Londres dans la décennie précédente et continue son œuvre – superbe – commencée à Paris, avec un film noir dans tous les sens du terme, démontrant qu’il maîtrise totalement le genre. Il met en scène ici la révélation anglaise de cette après-guerre : Trevor Howard. Ce dernier, qui s’était imposé dans Brief Encounter (David Lean, 1945), confirme qu’il est une valeur sure du cinéma britannique, interprétant avec brio ce petit truand isolé, piégé par plus gros que lui. Et ce gros gibier est magnifiquement interprété lui aussi par Griffith Jones qui allie une belle gueule à des mœurs inversement proportionnels à sa beauté. Et c’est aussi une des raisons de réussite du film : le méchant est magnifiquement défini, cruel et roué. Non seulement ses activités sont franchement illicites – trafic, marché noir (1) – mais il n’hésite pas à frapper les femmes qui ne font pas ce qu’il veut.

 

Mais c’est surtout l’aspect film noir qui retient notre attention. On y retrouve les éléments indispensables – noir et blanc appuyé avec des éclairages adéquats, gangsters, piège, femmes fatales (etc.), avec en prime une maîtrise technique flagrante. Cavalcanti place toujours la caméra d’Otto Heller (assisté de Walter Lassaly) au bon endroit, accentuant l’aspect noir du film. Mais là où Cavalcanti va plus loin, c’est dans le traitement du destin de son héros. Enfin héros n’est pas vraiment le terme idéal pour décrire Clem : même s’il est brillamment interprété par Trevor Howard, il reste avant tout un criminel. Et moralement, il ne peut pas s’en tirer indemne. Il doit payer pour ses actions répréhensibles.

 

ATTENTION : la suite révèle la résolution de l’intrigue.

 

Mais alors que Hollywood aurait réussi à retourner la situation et sauver Clem, ici, ce dernier retourne en prison une fois toutes les affaires (presque) réglées : certes Narcy meurt, mais sans reconnaître avoir piégé Clem. Et ce ne sont pas ses complices qui vont le dédouaner : s’ils sont arrêtés, c’est avant tout à cause de lui. Et cette fin pessimiste l’est d’autant plus si on imagine ce qu’il va se passer ensuite : tout ce petit monde a des chances de se retrouver dans la même prison, avec les complications que cela pourra engendrer.

Comble du pessimisme, exprimé par Clem quand Sally lui dit qu’elle l’attendra : « c’est bien ce que je craignais. »

A (re)voir.

 

  1. L’Angleterre, en 1946-7, est encore faible économiquement (2), et différents trafics né pendant la guerre ont continué quelque temps : le Plan Marshall (septembre 1947) permettra le redressement et une grande diminution du trafic.
  2. George Orwell, dans 1984, décrit très bien la situation à travers le personnage de Winston Smith et l’endroit où il vit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Albert Dupontel, #Terry Gilliam
Adieu les Cons (Albert Dupontel, 2020)

 

Suze (Virginie Elfira) n’en a plus pour longtemps. Elle se souvient (1) qu’elle a eu un fils trente ans plus tôt, avec un jockey, (presque) sur la musique de la Mano Negra, qu’elle a dû abandonner sous X sous la pression de ses parents. Alors comme le temps presse, elle veut le retrouver. Pour cela, elle est accompagnée de deux acolytes singuliers : J(ean-)B(aptiste) Cuchas (Albert Dupontel), informaticien de génie poussé sur la touche, et qui décide de se suicider, et M. Blin (Nicolas Marié), aveugle suite à un accident policier.

Voilà le trio lâché contre une société bien entendu hostile, à la recherche d’un jeune homme un tantinet emprunté, amoureux d’une très belle jeune femme, à qui il n’ose déclarer sa flamme.

 

A nouveau, Albert Dupontel nous réjouit. Après deux films extraordinaires, il était difficile – sur le papier – de continuer sur sa lancée. C’est tout de même chose faite avec cette comédie – dramatique, cela va de soi – qui nous renvoie à notre quotidien. Quotidien connecté, bien sûr, mais aussi vers ces gens qui ne sont pas toujours pris en compte parce que embarrassants : entre Blin, aveugle, Suze qui est incurable, JB qui est trop vieux pour son poste et le docteur Lint (Jackie Berroyer) qui a Alzheimer, nous avons un très beau panel des « inutiles » de notre société. Parce notre société ne veut que des gens bien portants. Et c’est en cela que le film fait mouche : c’est avant out grâce à ces « inutiles » que l’intrigue fonctionne.

Certes, la rencontre entre JB et Suze semble fortuite, mais au vu de l’intrigue générale, il n’en est rien. Ces deux-là devaient se rencontrer : la culpabilité de la (plus trop) jeune femme et la volonté suicidaire de l’informaticien de génie (rattrapé par son âge, lui aussi) ne pouvaient que les faire se rencontrer.

 

Bien sûr, il y a une histoire d’amour d’entre eux, mais elle est si courte qu’elle aurait mérité qu’on ne s’y attarde pas. Vous noterez que » j’use de conditionnel, parce que cette histoire d’amour, pour courte qu’elle soit, est intense et se nourrit de ce que nous avons vu – et vécu, nous sommes au cinéma – avant : ces deux-là doivent finir ensemble, et c’est précisément ce qu’il va se passer. Parce que ces deux solitaires vont se trouver et unir leurs forces pour amener le bonheur. Ce ne sera pas le leur mais celui de ce fils qu’elle cherche désespérément, aussi désespérément que son fils (Bastien Ughetto) cherche lui l’amour de la belle Clara (Marilou Assilloux).

 

Avec ce film, Albert Dupontel réussit encore une fois à nous transporter, et cette fois-ci avec un sujet qui ne prête pas spécialement à rire. Mais en tant que comique incontournable, il ne peut nous faire rire que par des situations tragiques : parce que c’est là qu’ils sont les meilleurs (2). Et on s’amuse, de cette histoire qui n’est pas du tout drôle, parce que c’est la seule façon de la traiter au cinéma. Comme il l’a souligné de nombreuses fois dans différentes interviouves, ses héros ne le sont pas, plutôt des ratés comme dirait un président (3), mais ce sont tout de même ces riens qui font tout le sel du film et en deviennent, de par leur enthousiasme, des gens qui réussissent. Ils sont les vrais héros de cette société (trop) connectée, (trop) portée sur ceux qui semblent aller bien.

 

Alors on s’amuse franchement de ces différentes situations et on en arrive presque à se dire que la fin, pour tragique qu’elle apparaît, ne l’est pas tant que ça : entre une jeune femme condamnée par la médecine et un homme condamné par sa profession, il n’y a aucun avenir.

Alors cette fin est-elle vraiment tragique ?

 

  1. Peut-elle faire autrement ?
  2. Chaplin nous a fait rire avec la Crise de 29, rappelez-vous (Les Temps modernes, 1936)
  3. « Il y  ceux qui réussissent, et ceux qui ne sont rien. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Dorothy Arzner
Merrily we go to Hell (Dorothy Arzner, 1932)

 

Une fête, un soir.

Jerry Corbett (Fredric March), ivre, croise Joan Prentice (Sylvia Sidney), riche héritière. C’est, malgré l’ivresse, le coup de foudre, Jerry répétant à l’envi que Joan est géniale (« swell »). Ils se fréquentent et décident de se marier, malgré les écarts alcooliques de Jerry. Et d’ailleurs, une fois le mariage consommé, Jerry ne touche plus une goutte d’alcool, plongé dans l’écriture d’une pièce de théâtre. La pièce va se monter, avec pour le rôle principal la belle Claire Hampstead (Adrianne Allen). Revoir la belle actrice ranime la flamme qui s’était éteinte et son penchant pour l’alcool…

 

Oui, nous sommes en 1932 et deux évidences s’imposent à nous : le Code Hays n’est pas encore en vigueur, et surtout la Prohibition n’est pas encore terminée. Et c’est surtout ce deuxième point qui est étalé tout le long du film : tout commence à une beuverie où Jerry est un participant très actif. Bien sûr, depuis 1919 et le Volstead Act, l’alcool est interdit partout aux Etats-Unis, mais nous sommes en fin de période de restriction et les conduites se relâchent, le cinéma devenant un relais de l’opinion publique qui en a assez de cette loi prohibitive qui n’a réussi qu’à une chose : les gens boivent plus qu’avant ! Cette lassitude s’exprime aussi par l’absence totale de police tout au long du film. On en vient presque à se demander si l’intrigue ne se déroule pas avant 1919. Mais ce n’est pas le cas : il n’y a aucune référence à la Première Guerre mondiale.

Autre source de scandale du film : la débauche. Comme je l’ai dit plus haut, le Code Hays est encore dans les cartons, et si les baisers sont surveillés (1), c’est bien la seule chose. Certes, aucun corps nu ne s’étale à notre regard comme dans le cinéma français de la même période, mais certaines séquences de fête sont sans équivoque. Seuls les habits que les différents protagonistes ont gardés sur eux nous empêchent d’assister à une partie fine.

 

Mais nous sommes au cinéma, et surtout chez Dorothy Arzner, l’une des (trop) rares femmes cinéastes de la période. Et on trouve chez elle des très beaux rôles féminins, des femmes fortes malgré les situations qu’elles endurent. C’est le cas ici de Joan Prentice, interprétée par une Sylvia Sidney toujours impeccable, encore une fois dans un rôle intéressant et peu décoratif : c’est elle qui mène l’intrigue, montrant (beaucoup) plus de caractère que son partenaire, lui aussi tout de même à la hauteur des enjeux. Sans oublier les autres interprètes qui, de par leurs performances font encore plus ressortir le talent du duo vedette (2).

Trois d’entre eux ressortent d’ailleurs : outre Adrianne Allen en femme fatale, on trouve un couple truculent composé de deux alcooliques mondains qui ont un effet bénéfique sur l’intrigue et donc Joan et Jerry, Vi (Esther Howard) et Buck (Richard « Skeets » Gallagher).

Notons au passage l’apparition d’un jeune acteur, bientôt en tête d’affiche, en la présence de Cary Grant qui interprète un ami de Joan.

Cet « ami » est d’ailleurs un autre point de départ de scandale : Jerry, en retrouvant Claire va instituer une relation fort inhabituelle entre les deux époux. En effet, pendant que lui s’affiche sans vergogne avec son ancienne fiancée, Joan en fait de même avec d’autres hommes, donnant une drôle de modernité à cette intrigue bien loin de la relation de fidélité annoncée et promise lors de leur mariage.

 

Au final, un film d’une très grande modernité où les femmes sont à l’honneur : Cleo Lucas, dont l’œuvre I, Jerry, take thee, Joan est la base du scénario d’Edwin Justus Mayer,  Sylvia Sidney pour son interprétation toute en justesse (2) de Joan Prentice et bien sûr Dorothy Arzner pour son traitement lui aussi très juste de la condition de cette femme.

A voir.

 

PS : le titre est la transcription d’une phrase répétée plusieurs fois par Jerry devant un verre. Si elle annonce qu’on s’en va vers l’enfer joyeusement, elle n’est qu’une invite à la boisson.

Encore qu’on peut aussi comparer l’évolution du couple comme une marche inexorable vers l’enfer…

 

  1. Un code de bonne conduite, préambule de celui de l’infâme William, limitait le temps des baisers à l’écran.
  2. J’en ai déjà parlé plus d’une fois ici, la dernière, c’était LA.
  3. Et ses yeux magnifiques, aussi…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Jean Epstein
Six et demi onze (Jean Epstein, 1927)

 

Les frères de Ners ont enterré leurs parents. Ils retournent travailler. Enfin surtout Jérôme (Edmond van Daële), qui est un médecin renommé. Jean (Nino Constantini), lui, s’en va dans son Palais d’Amour avec la belle Mary Winter (Suzy Pierson), une chanteuse de music-hall à succès.

Un matin, Jean se retrouve seul dans son palais : Mary est partie avec son vieil ami Harry Gold (René Ferté), un danseur prestigieux au même music-hall. Dépité, Jean décide de se suicider.

De retour au spectacle, Mary a un malaise et est soignée par le docteur de Ners. Rapidement, une nouvelle idylle se noue, entre elle et ce dernier.

 

Le titre paraît mystérieux de prime abord, mais si on sait que Jean de Ners a acheté un appareil photo avec lequel il va immortaliser cette femme qu’il aime tant, on comprend mieux : 6 1/2 x 11 (1), c’est le format des photos prises de Mary et que Jérôme va tenter de développer. Ce développement va d’ailleurs devenir l’élément principal de la résolution de l’intrigue : Jérôme se demandant qui a bien pu briser le cœur de son frère au point qu’il veuille renoncer à la vie.

Cette intrigue, d’ailleurs a une histoire : les producteurs, peu satisfaits de sa résolution, ont demandé à Jean Epstein de modifier la fin de son film et la rendre plus heureuse. La version disponible aujourd’hui est celle restaurée par la Cinémathèque française qui se base sur ce qu’avait voulu le réalisateur.

Et c’est peut-être là que le bât blesse. En effet, si Epstein développe progressivement cette histoire de femme infidèle (2), avec une montée de tension finale autour du développement des photos, la fin du film laisse un  tantinet à désirer. Sans toutefois tomber dans une fin heureuse (peu réaliste), nous aurions tout de même pu avoir une fin plus franche.

 

Mais heureusement, un film n’est pas seulement une intrigue. Et ici, Epstein nous démontre magistralement qu’il domine son sujet : il utilise toutes les possibilités que lui offre le cinéma pour raconter son histoire. Travellings, gros plans, surimpressions… Tout y passe avec bonheur et brio. C’est un véritable festival d’images. Trop ? Non parce qu’elles restent toujours en parfaite adéquation avec l’intrigue. Par contre, on peut regretter l’utilisation un brin marquée du maquillage, surtout en ce qui concerne Edmond van Daële. Si le premier plan qui nous le montre voit ses yeux entourés de noir, on ne s’inquiète pas encore : c’était une pratique courante, voyez Conrad Veidt dans le rôle de Cesare (Le Cabinet du Dr. Caligari, 1919). Par contre, l’utilisation du blanc donne un effet d’outrance à son visage, et qui ne s’explique pas vraiment par ce qu’on peut voir. Et étonnamment, la seule pour qui le maquillage ne ressort pas, c’est la seule que nous voyons l’utiliser : Mary quand elle s’apprête.

 

Au final un film techniquement parfait, mais qui laisse un petit peu à désirer du point de vue de l’intrigue. Qu’importe, le spectacle est là, et bien là !

 

  1. C’est le titre de l’affiche.
  2. Eh oui, c’est la femme qui a le mauvais rôle : elle passe de l’un à l’autre sans que cela lui pose trop de problème. Seule l’annonce du suicide de Jean la touche.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Ford
Gagnant quand même (The Shamrock Handicap - John Ford, 1926)

L’Irlande éternelle…

Malheureusement, économiquement, ce n’est pas ça. Les habitants partent massivement vers les Etats-Unis, promesse (illusoire ?) d’enrichissement rapide. Quant à ceux qui restent…

C’est le cas de Sir Miles O’Hara (Louis Payne) qui accumule les dettes. Sir Miles vit avec sa fille Sheila (Janet Gaynor) et son homme de main O’Shea (J. Farrell McDonald). Sans oublier la femme de celui-ci, Molly (Claire McDowell). Acculé, il doit vendre presque tous ses chevaux à un Américain de passage, Orville Finch (Willard Louis). Mais ce dernier repart avec Neil Ross (Leslie Fenton) le palefrenier, promis à une grande et belle carrière de jockey.

Mais les dettes rattrapent Sir Miles, et lui et toute sa suite se retrouvent aux Etats-Unis, engageant le dernier cheval dans le Shamrock Handicap (d’où le titre), une course tout terrain qui permettrait à tout ce petit monde de retourner riche en Irlande.

 

Ca y est : John Ford se tourne vers ses racines et nous emmène, pour la première fois, en Irlande. Mais ne nous y trompons pas : il s’agit d’une Irlande atemporelle et surtout en carton-pâte : il faudra attendre encore 26 ans avant de s’y retrouver réellement.

Il n’empêche, son Irlande est typique – pour des Américains du milieu des années 1920 – et pittoresque, adjectif fordien au possible. Parce que Sir Miles et consort, c’est le microcosme fordien inévitable. Si Sir Miles est un aristocrate digne, il n’en demeure pas moins bagarreur (1) quand l’occasion se présente, et surtout les O’Shea sont les véritables représentants du monde fordien. Il faut dire que le vieux complice J. Farrell McDonald est (toujours) là, amenant les moments comiques indispensables au cinéma du réalisateur.

Quant à Molly O’Shea, elle est la femme forte du film, en témoigne son apparition quand la jeune Sheila veut envoyer un baiser à Neil : sur le sol, une ombre (2) s’approche de celle de la jeune femme jusqu’à la dépasser, démontrant le caractère bien trempé de la femme.

Et si les O’Shea n’ont que des relations subalternes par rapport aux O’Hara, on ne peut que convenir que ces deux familles n’en forment qu’une, comme le prouve le fait qu’ils habitent la même demeure quand ils sont en Amérique. Et la famille, c’est la chose la plus sacrée chez Ford !

 

Bien sûr, le film est le reflet de son époque et le traitement des acteurs noirs n’est pas bien différent des autres films. Toutefois, pas de black face, mais des rôles peu brillants, en témoigne le personnage de Virus Cake (Ely Reynolds), serviteur du jockey Ginsburg (George Harris), qui est montré comme un homme un tantinet demeuré. Notons tout de même l’acceptation de ce personnage dans ce petit univers irlandais émigré, même s’il n’est pas vraiment mis en valeur. Autre temps, autres mœurs…

Autre élément où le bât blesse : les femmes.

Si Molly O’Shea annonce – trop brièvement – certaines femmes fordiennes, on ne peut que regretter le sous emploi de Janet Gaynor. Elle dépasse à peine le statut de belle plante, restant sagement la promise de Neil Ross, alors que les éléments étaient là pour lui donner un rôle un peu plus étoffé : au début du film, on la voit sauter aisément un obstacle à cheval, alors pourquoi ne pas l’avoir proposé pour remplacer Ginsberg blessé qui ne pouvait plus participer à la course finale ?

 

  1. Le fameux « fighting spirit » irlandais…
  2. Ford était un grand admirateur de Murnau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #William Desmond Taylor
The Soul of youth (William Desmond Taylor, 1920)

C’est une histoire sordide qui s’ouvre : une jeune femme enceinte (Barbara Gurney) a décidé de vendre son enfant à une autre femme – Maggie (Betty Schade) – qui viendra le récupérer après la délivrance. Maggie prend livraison de l’enfant, et attend avec impatience le retour de son fiancé, le trouble Pete Moreno (Claude Payton). Ce dernier n’a que faire d’un enfant qui n’est pas à lui et chasse les deux de chez lui. Le bébé se retrouve alors à l’orphelinat où il devient rapidement le souffre-douleur des autres pensionnaires. Une nuit, n’y tenant plus, Ed (Lewis Sargent) – c’est ainsi qu’il a été baptisé – s’enfuit et se retrouve au centre d’une intrigue politique où Pete Moreno, à force de coups tordus, est en passe de se faire élire maire…

 

Réjouissant.

Si ce film de William Desmond Taylor est édifiant – on y traite de la délinquance juvénile et surtout de la possibilité de s’amender, pour peu qu’on en ait l’opportunité – il n’en demeure pas moins un grand film. A nouveau, il nous montre qu’il n’est pas étranger au monde de l’enfance (1), surtout qu’ici, il a de véritables enfants à sa disposition dans les rôles principaux, et en particulier Lewis Sargent (encore 16 ans quand le film sort) qui campe un Ed très juste. A ses côtés, le jeune Ernest Butterworth Jr. (15 ans) complète un duo très crédible de garçons livrés à eux-mêmes.
Sans oublier la fille de l’intrigue : Elizabeth Janes (Ruth Hamilton, 12 ans) qui va précipiter la possibilité de changement (« reform », qu’ils disent là-bas) de notre héros.

 

Bien sûr, l’intrigue est cousue de fils blancs et on se doute de sa résolution. Mais ce n’est pas là le véritable intérêt du film. Outre qu’il capture très bien la jeunesse américaine de la fin des années 1910, Taylor nous dresse un tableau terrible et implacable de la condition des orphelins dans ces institutions où on agit « pour le bien des enfants ». On en avait eu une illustration un an plus tôt avec Daddy-Long-Legs (Marshall Neilan, 1919), mais c’était avant tout une comédie qui atténuait les différents éléments sordides par la présence seule de Mary Pickford.

Ici, pas de rire, des situations dures, rudes et tragiques : Ed est maltraité par tout le monde et seul sa rencontre avec un chien (Simp) va lui faire découvrir ce qui ressemble le plus à l’amour. L’univers de l’orphelinat est montré sans concession : les enfants ne sont que des petits voyous qui s’en prennent au plus faible (encore que), et les « éducateurs » n’en ont que le nom. Terrible.

 

Mais, et c’est aussi là un des objectifs du film, il y a le juge pour enfants : Ben Lindsey. Et Taylor a réussi à ce qu’il interprète son propre rôle, exposant ses pratiques basées sur la psychologie de l’enfant et surtout la confiance. Il va l’instaurer avec beaucoup de brio avec ces enfants qui lui sont présentés pour des délits très variés : trois copains qui ont forcé un wagon pour y voler des pastèques (2) ; un petit garçon qui a volé 25 cents pour acheter des fleurs à sa maman qui pleure tout le temps, et Ed qui a menacé un policier avec… Un pistolet à eau !

Et ça marche (tout du moins au cinéma). Et on peut faire confiance à ce que nous voyons : le « Petit Juge » est convaincu de l’efficacité de ses méthodes, que Taylor n’hésite pas à mettre en évidence pour informer ses spectateurs.

 

Et comme le tout est admirablement filmé par James van Trees (s’il vous plaît), on ne peut que se réjouir d’un tel film. D’ailleurs, la séquence d’ouverture ne peut pas nous tromper : ce que nous allons voir vaut le coup : deux ombres discutent. L’une des deux femmes (Betty Schade) allume une cigarette qui ne va éclairer que sa figure, laissant dans l’ombre sa complice. Ensuite, ce sera une série de plans variés, alternant les différentes possibilités de la caméra (pas de travelling encore !), le tout ficelé dans un montage équilibré et surtout pertinent.

Bref : un grand film.

 

  1. Rappelez-vous Tom Sawyer (1917).
  2. Il n’y avait que du « sirop de figues »…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Søren Kragh-Jacobsen
L'Etoile de Robinson (The Island on Bird Street - Søren Kragh-Jacobsen, 1997)

Alex (Jordan Kiziuk) vit dans le ghetto de Varsovie, avec son père (Patrick Bergin) et son oncle Baruch (Jack Warden). Mais le mot d’ordre là-bas, c’est « sélection ». Et tous les jours, les nazis, aidés de kapos juifs emmènent toujours plus de gens hors du ghetto.  Des hommes, des femmes et aussi des enfants. Et quand le ghetto est liquidé, Alex se retrouve seul, persuadé que son père va revenir : il le lui a promis. Mais le temps passe, et le père ne revient pas. Par contre, les soldats allemands reviennent très régulièrement, vidant totalement le ghetto de ses derniers occupants.

Sauf Alex, qui attend.

 

Søren Kragh-Jacobsen est surtout connu (au Danemark) pour son travail pour la télévision. Mais il a aussi réalisé quelques films pour le cinéma, centrant son action autour des enfants, comme c’est le cas ici. Comme dans son précédent film, l’intrigue se passe pendant la Seconde Guerre Mondiale, à hauteur cette fois-ci d’un enfant, abandonné dans le ghetto vide, tel Robinson sur son île (d’où le titre). Comme le héros de DeFoe, Alex va devoir se débrouiller seul, dans un milieu très hostile, n’ayant à sa disposition que ses trouvailles et son esprit. Et Søren Kragh-Jacobsen va mettre en place cette solitude forcée, montrant quelques situations qui vont servir à Alex dans as solitude : sa souris dressée, l’usine de corde dans laquelle travaille son père (et son oncle).

 

Son île : un niveau élevé d’un immeuble en partie détruit, accessible par une échelle de corde, par laquelle il descend pour récupérer de quoi subsister, tel Robinson Crusoé qui récupère dans les débris de son bateau les éléments indispensables à sa survie. Mais si Robinson est désespérément seul, il n’en va pas de même pour Alex qui doit sans cesse éviter les Allemands qui reviennent régulièrement. Sans oublier les Polonais qu’il va visiter hors du ghetto, et surtout un groupe de jeunes garçons, antisémites cela va de soi.

 

Mais Søren Kragh-Jacobsen reste toujours au niveau de son héros, évitant les images chocs qu’on a l’habitude de voir dans les films traitant de la shoah. La violence va donc se manifester de façon très sporadique : un homme qui en poignarde un autre pour lui dérober son bien ; Alex qui tire sur un Allemand pour épargner deux jeunes résistants (?) en passe d’être exécutés. Pour les reste, ce ne sont que des bruits de coup de feu, ou pour son oncle Baruch le résultat d’une autre exécution.

Et jamais il n’ira plus loin, la violence sordide des nazis ne relevant pas du monde de l’enfance.

 

Et ça fonctionne : Jordan Kiziuk est magnifique dans ce rôle et porte avec beaucoup de justesse ce film pas si facile. Et cela est d’autant plus difficile qu’il est la plupart du temps seul : difficile alors de se reposer sur un second rôle : et c’est d’ailleurs quand cela arrive qu’il prend toute sa mesure. Malheureusement, depuis 2009 et un troisième film, on a un tantinet perdu sa trace…

Les seconds rôles, donc, quand ils sont là, sont dans le même ton que le jeune acteur, et en particulier la jeune Sian Nicola Liquorish, qui interprète Stasya, une jeune Polonaise avec qui il aurait pu avoir une histoire d’amour, platonique cela va de soi…

On notera aussi la présence – courte – de Michael Byrne dans un rôle à l’opposé de celui qui l’a fait connaître du monde entier : le Colonel Ernst Vogel dans Indiana Jones et la dernière Croisade. Vous savez, le salaud nazi (pléonasme) qui meurt dans le blindé…

 

Bref, un film qui, sur certains points, annonce Le Pianiste de Polanski, mais qui reste toujours au niveau de son personnage principal, s’adressant alors à tous, les grands comme les petits.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Allan Dwan
Getting Mary married (Allan Dwan, 1919)

Mary (Marion Davies) vit dans une prison dorée : belle-fille du riche John Bussard (Elmer Grandin) des Bussard de Boston (pas n’importe quelle famille donc), elle mène une vie triste et retirée, dominée par ce beau-père rigoriste. Mais bonne nouvelle : le beau-père meurt (bêtement) et elle hérite de sa fortune, pas toujours très bien acquise. Seulement voilà : pour pleinement hériter, elle doit vivre un an chez le frère du défunt, Amos (Frederick Burton) et sa famille – son épouse collet montée (Amelia Summerville) et sa (vieille) fille (Constance Beaumar) tout aussi rigoriste que savent l’être les Bussard.

Bref, c’est une autre prison qui l’accueille, et celle-ci pas vraiment dorée. Mais heureusement pour elle, dans cet univers bostonien peu reluisant apparaît Jimmy Winthrop Jr. (Norman Kerry), célibataire très fortuné, qui tombe sous le charme de la belle Mary.

 

Marion Davies n’est encore qu’une jeune actrice à Hollywood (1) et n’a pas encore été happée par le rouleau compresseur Hearst qui voulut en faire une star de premier plan, devenant alors une gêne plus qu’autre chose pour sa carrière cinématographique. SI elle n’a pas atteint pleinement ses capacités, ce qui arrivera bientôt, elle possède déjà l’essentiel pour réussir : un beau visage expressif (2) et une présence. Et comme toujours dans ces cas-là, c’est autour d’elle que va s’opérer l’osmose : un rôle principal n’est grand que si les rôles secondaires sont à la hauteur. Et comme c’est Allan Dwan qui est aux commandes, on peut être assuré que c’est le cas. Et le choix des interprètes est primordial ici, surtout pour cette famille de prétentieux que sont les Bussard (3). Comme on dit, ils ont la « gueule de l’emploi » : secs comme un coup de trique et méchants comme des teignes. Bref, ce sont des méchants très acceptables, autre condition de succès du film.

 

Et puis il y a Norman Kerry. Lui aussi en est encore à ses débuts (il a commencé trois ans plus tôt), et s’il est déjà le jeune premier, il n’a pas qu’un rôle plastique comme ce sera le cas plus tard (4) : il est partie prenante de l’intrigue et influe véritablement sur le destin de la jeune Mary. Sans oublier une séquence irrésistible avec Constance Beaumar, la vieille fille qui essaie de le séduire (en pure perte, cela va de soi), qui nous montre qu’il savait très bien jouer avec son visage.

 

Bref, une petite comédie comme on trouvait beaucoup dans cette période d’après-guerre – le personnage de Ted Barnacle (Matt Moore) y fait référence lors de sa rencontre avec Mary – et qui fonctionne très bien grâce au savoir faire des différents protagonistes ainsi que du réalisateur. « Petite comédie » seulement parce que Dwan et Davies nous ont montré ultérieurement qu’ils étaient capables de jouer à un niveau supérieur.

 

Et comme beaucoup de ces « petites comédies », elle se déguste avec gourmandise.

 

  1. C’est le film le plus ancien qui nous reste de l’actrice.
  2. Avec de superbes yeux bleus. Oui, je sais, le film est en noir et blanc, mais elle ne peut pas avoir les yeux d’une autre couleur.
  3. Dont un ancêtre a dû venir avec le Mayflower
  4. Cf. The Unknown (Tod Browning, 1927)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Gilles Paquet-Brenner
Elle s'appelait Sarah (Gilles Paquet-Brenner, 2010)

 

16 juillet 1942.
La police française arrête les Juifs français (et étrangers) pour les entasser dans le Vel’ d’Hiv. De là, ils seront envoyés à Beaune-La-Rolande, Pithiviers ou Drancy puis vers des camps de concentration allemands. Parmi eux, Sarah Starzynski (Mélusine Mayance puis Charlotte Poutrel), qui a été raflée avec ses parents et a caché son frère Michel (Paul Mercier) dans un placard dérobé de sa chambre. Maos le temps passe et Michel reste enfermé. Et quand Sarah revient, hélas, Michel est mort depuis longtemps, reclus dans ce placard.

C’est cette histoire que Julia (Kristin Scott-Thomas) va mettre au jour, alors qu’elle doit habiter l’appartement où a eu lieu le drame – la famille de son mari a « hérité » de cet appartement un mois après les événements.

 

C’est une intrigue terrible que nous livre là Gilles Paquet-Brenner, abordant un sujet qui n’est pas des plus appréciés en France. Et pourtant. Plus de soixante ans après (quand le film sort – voire 65), la Rafle du Vel’ d’Hiv’ est toujours un sujet épineux voire tabou pour cet Etat qui n’a toujours pas vraiment assumé les responsabilités passées. Et ce n’est pas la déclaration  du président Chirac (16-7-1995) qui annule cet état de fait (1). Et Tatiana de Rosnay, à travers le roman éponyme, revient sur ces heures noires de l’Etat français. Mais pour Gilles Paquet-Brenner, ce film n’est pas anodin : son grand-père n’est pas revenu de déportation, et à l’instar d’autres réalisateurs d’origine juive, c’est une sorte d’exorcisme qu’il réalise ici, ajoutant une page supplémentaire (et indispensable) au traitement de la shoah au cinéma. Certes, on ne voit rien des atrocités commises dans les camps, mais l’histoire de cette petite fille qui portera toute sa vie la vie (et surtout la mort) de son petit frère reste un témoignage fort de ce que fut cette période troublée de l’Histoire de l’Humanité.

 

La petite Mélusine Mayance est superbe dans le rôle de la (très) jeune Sarah et d’une manière générale, les différent·e·s interprètes sont à la hauteur de l’intrigue et des enjeux du film, Kristin Scott-Thomas étant, encore une fois, sublime. A nouveau, l’intrigue part de trois fois rien : un nouvel emménagement qui pose la question des anciens occupants qui amène vers cette situation tragique. A cette intrigue s’ajoute celle de la vie de Julia elle-même qui se retrouve à un carrefour de sa vie : enceinte, elle ne sait que décider, surtout avec son compagnon (Frédéric Pierrot) qui préfèrerait que les choses ne changent pas et donc qu’il y ait avortement. Mais à mesure que l’intrigue avance et que Julia découvre la vérité sur cette femme somme toute très secrète, la pertinence de cet enfant à venir s’impose de plus en plus : cet enfant sera, d’une certaine manière, la compensation pour les vies perdues par ces événements du passé.

 

Et Gilbert Paquet-Brenner s’appuie sur l’interprétation solide des différents interprètes, donnant une grandeur au film et une dimension émotive non négligeable. Le point culminant étant la réaction de William Rainsferd (Aidan Quinn), le fils de Sarah, qui se rend compte que la femme dont lui parle Julia est une parfaite inconnue, malgré toutes ces années passées auprès d’elle.

Et au final, Paquet-Brenner a donné au roman de Tatiana de Rosnay une adaptation à la hauteur de ses enjeux : un film fort qui exprime avec justesse, mais sans tomber dans le grandiloquent ni une quelconque démonstration, tout un pan de cette histoire de France que certains ne voudraient montrer que sous son jour le plus brillant et glorieux, oubliant que tout s’équilibre : à côté de ces hauts faits qu’on s’empresse à célébrer, il existe des moments sombres qu’on préfère laisser dans cette ombre qui les entoure depuis bien longtemps.

Certes, ce qui est fait est fait, mais reconnaître ces différents travers, si cela n’apporte rien de physique du côté des victimes et de leurs descendants (les morts ne ressusciteront pas, on le sait), ne peut que grandir ceux qui reconnaîtront les erreurs passées. Et ces mêmes héritiers n’en seront que plus reconnaissants à ceux qui auront reconnu ces mêmes erreurs.

 

PS : Petit bémol toutefois : cette (mauvaise) habitude du cinéma français à doubler les dialogues en langue étrangère, faisant alors perdre une partie de l'intensité du film.

 

  1. Il existe toujours (en 2021) une frange de la population française qui, même si elle n’a pas vécu ces « événements », ne souhaite pas qu’on en parle !

 

 

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