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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #John Huston
Dieu seul le sait (Heaven knows, Mr. Allison - John Huston, 1957)

1944, quelque part dans le Pacifique.

Un canot pneumatique dérive. A son bord, le caporal Allison (Robert Mitchum). Et comme c’est toujours le cas, il aborde une île déserte. Sauvé ? Peut-être. En tout cas, l’île n’est pas si déserte que ça : Sœur Angela (Deborah Kerr) est seule elle aussi, depuis la mort du prêtre qui l’accompagnait.

Va alors se développer une cohabitation entre la nonne et le soldat, rythmée par les allées et venues de l’armée japonaise, jusqu’à la découverte par ces soldats, de la présence ennemie : les jours de ce duo improbable sont alors comptés.

 

Il y a de l’African Queen, dans cette histoire de naufragé : c’est la guerre, et nous retrouvons deux solitaires très différents, à la merci d’un ennemi pas toujours invisible. Mais cette fois-ci, pas de périple : nos deux héros restent sur cette île, loin de tout et de tous. De plus, si Rose Sayer (Katharine Hepburn) était une vieille fille, Angela est au palier supérieur : c’est une nonne qui doit très prochainement prononcer ses vœux définitifs.

Mais dans les deux cas, nous avons un homme qui ne peut ignorer ses pulsions : tout comme Charlie Allnutt (Humphrey Bogart), Allison cède aux charmes de la religieuse. Mais qui pourrait résister ? C’est tout de même Deborah Kerr !


Deborah Kerr qui interprète une nouvelle religieuse, tout aussi rigoriste que chez Michael Powell et Emeric Pressburger dix ans plus tôt (Black Narcissus), mais la tentation demeure : là encore, c’est tout de même Robert Mitchum !

Et sous ses allures (habituelles) de brute plus ou moins bien dégrossie, il y a un homme généreux et séduisant, attentionné et courageux. Bref, de quoi faire renoncer à des vœux. Mais, si Rose Sayer pouvait convoler avec Charlie Allnutt – normal, c’était une vieille fille qui n’avait pris aucun engagement avec une quelconque entité supérieure – il n’en va pas de même pour Angela : la morale ne peut accepter qu’elle rende son voile pour s’être retrouvée quelques jours avec un soldat, fût-il Robert Mitchum.

 

Mais malgré cette barrière religieuse, on s’amuse à, cette rencontre singulière entre deux personnes tout compte fait pas si différente que ça. Et Huston joue sur les différents engagements qu’ont pris les deux protagonistes : la religion et l’armée. Tous deux ont un devoir qui va au-delà de leur(s) personnalité(s) et même si cela n’empêche pas les sentiments, chacun doit rester dans son rôle, dans son domaine.

Alors non, ils ne s’embrasseront pas, mais le lien qui va les unir occasionnellement ne sera jamais rompu : il sera un éternel compagnon dans sa vie (c’est elle qui le lui annonce). Et puisqu’on en est à une certaine mystique, on peut imaginer qu’ils seront réunis plus tard. Mais ceci est une autre histoire, comme on dit…

 

Et on ne peut qu’être d’accord avec Allison quand il déclare à sœur Angela : « pourquoi est-ce que vous n’êtes pas vieille et moche ? Pourquoi faut-il que vous ayez de grands yeux bleus… Et un magnifique sourire… Et des taches de rousseur ? » (1)

Les choses auraient été plus simples.

 

  1. “why ain't ya old and ugly? Why do ya gotta have big blue eyes... and a beautiful smile... and freckles?”

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Josef von Sternberg
Les Chasseurs de salut (The salvation Hunters - Josef von Sternberg, 1925)

Un port miteux aux docks miséreux.

Seule activité de ces docks : une benne qui drague la boue et en remplit une barge, inlassablement.

Et les hommes ? Des reflets sur l’eau tout d’abord, puis des abandonnés de la vie : un jeune homme (George K. Arthur), une jeune femme (Georgia Hale) et un gamin (Bruce Guerin) dont les parents ont été tués par cette même benne.

Fatigués de cette vie qui n’en est pas une, ils décident d’aller ailleurs, là où l’herbe est plus verte.
Et non seulement elle n’est pas plus verte, mais surtout il n’y en a pas : ils se retrouvent en ville, dans un quartier pauvres où les taudis s’entassent, avec des personnages peu recommandables qui les habitent.

 

Sordide.

C’est le mot qui convient le mieux quand Sternberg nous montre ce port abandonné de tous sauf de quelques irréductibles (1), où s’entassent les morceaux d’épaves, les poissons pourris et les ordures (ménagères et humaines), pendant que la grue fait plonger sa benne à longueur de journée. Et cette benne va occuper l’espace tout le temps que va durer cette séquence, nous présentant les trois protagonistes. Et même l’incursion burlesque – quand la brute (Olaf Hytten) qui martyrise le gamin reçoit les effets du déchargement de la benne dans la barge – n’éclaire en rien le tableau : c’est un univers glauque où la vie s’enfuit irrémédiablement, pendant que la grue tente de vider la boue du port que la terre amène, là encore inexorablement.

 

Pour son premier long métrage, Sternberg donne le ton de ce qui va être son cinéma : peu de place à l’optimisme, et surtout un travail sur l’éclairage et le cadrage, même si ce n’est pas encore Bert Glennon ou James Wong Howe, accentuant fortement la misère ambiante du film.

Et surtout, Sternberg réalise avec brio une peinture réaliste voire naturaliste qu’on rencontre alors peu dans le cinéma américain de l’époque, quand il s’agit de fiction (2).

Pas étonnant qu’il ait alors été repéré par les stars incontournables du moment : Douglas Fairbanks et surtout Charles Chaplin. C’est d’ailleurs la United Artists qui va distribuer le film, contribuant à en faire une référence pour le cinéma mondial.

 

On peut d’ailleurs voir l’influence de ce film sur le même Chaplin dans le final de Modern Times : le vagabond et la gamine s’en vont, le sourire (forcé) aux lèvres sur une route déserte, pendant que la caméra les suit en travelling arrière, avant de laisser place au contrechamp qui les voit s’éloigner sur cette même route déserte. Ici, les trois protagonistes s’en vont vers le soleil, sur une même route, avec les mêmes effets de caméra, le même sourire aux lèvres. La seule différence, c’est ce soleil que le garçon, la fille et le gamin ont toujours cherché, fuyant la boue pour le trouver.

 

Si l’année 1925 est celle de la consécration (éphémère) de Georgia Hale (3), c’est tout de même George K. Arthur qui tire le mieux son épingle du jeu. Son physique et sa bonne tête en font un archétype indispensable à l’intrigue. Il n’a rien d’un Douglas Fairbanks athlétique, et se fait traiter d’avorton par la jeune femme, sans même répliquer, tant la lâcheté lui colle au corps. Bien sûr, Sternberg ne peut pas terminer son film sur un échec et c’est là qu’intervient le gamin, élément déclencheur de cette intrigue. C’est lui qui va provoquer le sursaut du jeune homme qui va enfin prendre en main son destin.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, si les trois forment alors une famille, leur avenir est loin d’être assuré : ils partent le cœur plus léger, prêts à en découdre avec la vie, mais avec toujours le même bagage : rien.

 

  1. Qui n’ont pas vraiment le choix que de vivre là…
  2. Rien à voir donc avec le réalisme qu’on trouvait alors (évidemment) chez Robert Flaherty.
  3. Elle va apparaître dans La Ruée vers l’or quelques mois plus tard (26 juin). Par contre, son rôle ici reflète tout le mal que Sternberg pensait d’elle, comme il l’exprima quelques années plus tard dans son autobiographie (Fun in a Chinese Laundry, 1965).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sam Taylor, #Mary Pickford
La petite Vendeuse (My best Girl - Sam Taylor, 1927)

Maggie Johnson (Mary Pickford) travaille au grand magasin Merril, où tout est à 5 ou 10 cents. Un jour arrive un jeune homme – Joe Grant (Charles « Buddy » Rogers) – qui va apprendre le métier auprès d’elle. C’est un grand empoté que Maggie va former, tellement bien qu’il deviendra son chef (1). Mais tout cela n’empêche pas les sentiments : ils tombent amoureux.

Sauf que Joe Grant s’appelle en réalité Merrill, qu’il est le fils du grand patron (Hobart Bosworth) et qu’il est fiancé à Millicent Rogers (Avonne Taylor) et doit bientôt se marier avec cette dernière.

Il faudra bien qu’à un moment Maggie l’apprenne.

Elle va l’apprendre, le jour même où sa sœur Liz (Carmelita Geraghty) est arrêtée – la son « fiancé » n’est pas un type spécialement recommandable – et présentée devant le juge (Mack Swain).

 

Ce film est une référence : il s’agit du dernier muet de l’immense Mary Pickford. Elle fait ses adieux – elle ne le sait pas encore quand elle tourne – à cette magnifique période du cinéma qui a vu presque tout se monter, s’expérimenter, se créer. Et elle en fut l’une des plus grandes actrices (2) et ce dernier rôle en est une sorte d’apothéose, montrant, une nouvelle fois, son talent immense.

C’est un dernier festival d’humour, combinant le burlesque avec les situations plus sophistiquées qui se sont développées ces dernières années-là, dirigé par un habitué du genre : Sam Taylor qui a fait ses classes auprès d’Harold Lloyd (là encore, excusez du peu).

Bien sûr, c’est du sur mesure pour Mary Pickford, qui a imposé son cameraman, l’inamovible Charles Rosher, mais on retrouve par petite touche la marque du burlesque un tantinet lloydien, dans cette histoire familiale où les transports ont leur importance. Et on retrouve dans cette situation le cadre un peu habituel des films de Mary Pickford : la jeune femme forte qui assume avec courage toutes les situations dures de la vie. Mais cette fois, elle n’est plus une enfant (3)

 

Mary Pickford est donc formidable, dans ce rôle tragicomique de soutien de cette famille bien singulière : entre un père (Lucien Littlefield) faible facteur, une mère (Sunshine Hart) oisive qui passe ses journées aux enterrements des autres et cette sœur un tantinet scandaleuse, véritable « it » girl, la vie n’est pas simple. En effet, Liz n’est pas sans rappeler Clara Bow dans le film du même nom (qui est sorti en février de cette même année) : l’allure, la coiffure et la peluche vont dans ce sens. Tout comme l’intrigue qui se situe dans un grand magasin. Mais alors que chez Clarence Badger, la jeune femme est amoureuse du patron, ici, c’est le fils le plus intéressant. Et n’oublions pas que ‘est Sam Taylor qui dirige les opérations : l’aspect dramatique a plutôt tendance à s’effacer devant les éléments comiques.

 

Mais cela n’empêche pas Mary Pickford de jouer sur les deux tableaux dans cette comédie au final plutôt sophistiquée : on y retrouve tout son talent et en particulier un monologue (4) final de très haute volée : une extraordinaire déclaration d’amour d’une jeune femme qui s’efface devant les convenances et la promise de rang élevé de celui qu’elle aime. Connaissant sa vraie place face à ce jeune homme de (très) bonne famille, elle essaie (en vain, sinon nous n’aurions pas de fin heureuse) de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas : une jeune femme moderne, véritable jazz age girl, qui se maquille (mal) fume (maladroitement) et danse (encore plus mal). Et si elle ne boit pas, c’est seulement parce que le Volstead Act (1919-1933) est de mise !

 

Bref, le film une de ces dernières pépites d’un art alors à son apogée, avec l’une des plus grandes actrices de tous les temps (n’ayons pas peur des mots !), qui se savoure avec gourmandise. On en redemande !

Et je terminerai en disant que ce film est une référence à un autre point de vue pour Mary Pickford : non seulement c’est son dernier muet, mais elle fait la rencontre ici de celui avec qui elle va finir ses jours. En effet, elle épousera Charles Buddy Rogers dix ans plus tard et ce mariage – étonnamment ou non – durera jusqu’à la mort de l’actrice, quarante-deux ans plus tard…

 

PS : Outre la présence de Mack « Big Jim » Swain, on notera celles de Nigel de Brulier (notable), John George (un peu moins) et Carole Lombard (anecdotique).

  1. On peut avoir ici une très bonne idée des conditions de travail pour les femmes à l’époque, et des disproportions de traitement avec les hommes.
  2. Ma préférée reste Lilian Gish.
  3. Mary a 35 ans quand le film sort.
  4. Ce n’est pas parce qu’on n’entend pas sa voix qu’elle ne parle pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #William Dieterle
Chaînes (Geschlecht in Fesseln - William Dieterle, 1928)

Après la crise de 1923 qui a fait des ravages dans la République de Weimar, le moral n’est pas toujours au beau fixe chez les Allemands. C’est le cas des Sommer, couple berlinois qui a du mal à joindre les deux bouts. Franz (William Dieterle) obtient au final une place de VRP et s’en va vendre divers article au petit bonheur la chance. Son épouse Helene (Mary Johnson) accepte de vendre des cigarettes dans un night club fréquenté par les riches. Un soir que Franz la visite dans l’établissement, elle est embêtée par un bourgeois un tantinet insistant. Franz s’énerve et frappe le type qui s’effondre la tête sur les marches.

Franz est arrêté et en attente de jugement. Il reste un espoir : que l’homme guérisse. Mais comme nous sommes dans le cinéma allemand de l’entre-deux-guerres, il meurt et Franz est condamné à 3 ans de prison.

 

Il s’agit seulement du quatrième film de William Dieterle et on peut déjà y admirer le soin esthétique qui prédominera dans toute sa carrière. Il faut dire qu’il a été » à bonne école, ayant tourné pour quelques réalisateurs incontournables tels F.W. Murnau ou encore Paul Leni.

Mais ce qui domine avant tout dans ce film, c’est la noirceur. Certes, nous sommes dans la période faste du cinéma allemand où la tragédie est dominante, mais ici, ça en devient presque désespérant.

Mais alors c’est fait de telle façon, qu’on en redemande.

 

La caméra de Robert Lach (qui a commencé avec Pabst, excusez du peu) est très mobile, passant d’un personnage à l’autre, avançant ou reculant selon les circonstances, et surtout cadrant de très beaux gros plans, spécialement sur le visage de la très belle Mary Johnson, ou le regard désespéré de William Dieterle.

A cela s’ajoute des surimpressions diverses : rêves, fantasmes de prison (Franz imagine sa femme nue), ou retour sur le passé… C’est un festival de « prouesses » techniques (1) en totale adéquation avec l’intrigue.

 

Cette intrigue, d’ailleurs n’est pas spécialement originale. Bien sûr, l’absence de l’homme pèse sur la vie de la femme qui va se consoler plus ou moins consciemment (au début en tout cas) dans les bras de celui qui était là pour la soutenir quand son mari a plongé.

Mais ce que Dieterle rend vraiment très bien, c’est ce désespoir annoncé. La femme qui a succombé veut l’annoncer à son mari emprisonné, certaine qu’il comprendra. Mais le visage désespéré de cet homme frappé par le malheur l’en empêche.

Pourtant, la révélation viendra, bêtement, sur un malentendu, comme toujours dans ces cas-là.

 

Cette révélation achèvera de noyer le (tout petit) reste d’espoir, amenant une conclusion hautement tragique (double suicide par le gaz) où même le focus de la caméra accentuera cette mort : la mise au point devient plus approximative, comme si le gaz enserrait les deux victimes…

Terrible.

 

  1. Oui, le terme est un peu fort : n’oublions pas que le film sort en 1928 et que la technique est maîtrisée un peu partout dans le monde (cinématographique).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Gangsters, #Woody S. Van Dyke
On lui donna un Fusil (They gave him a Gun - Woody S. Van Dyke, 1937)

1917.

Les jeunes Américains (certains) sont envoyés en Europe combattre les Allemands après avoir fait leurs incontournables classes. C’est le cas de Fred Willis (Spencer Tracy) et Jimmy Davis (Franchot Tone) qui se rencontrent et deviennent amis. Si Willis est un soldat tout à fait normal, il n’en va pas de même pour Jimmy qui est un tireur d’élite. Il va d’ailleurs s’illustrer au combat avec cette compétence. Malheureusement, il va se blesser gravement, pendant que Fred va disparaître pendant un assaut.

Rose Duffy (Gladys George), qui aimait Fred va se rapprocher de Jimmy, par dépit au début, et puis finalement l’aimer. Mais Fred revient, intact. Trop tard : Jimmy et Rose vont se marier.

Et puis la guerre se termine. Tous reviennent aux Etats-Unis : Fred dirige un cirque pendant que Jimmy s’occupe d’assurances. Mais il s’agit plutôt d’assurances que les commerçants doivent payer pour être « protégés ». Fred s’en rend compte et en parle à Rose.

 

Le film comporte deux parties bien distinctes de longueurs à peu près égales : la guerre et la vie civile. Et à nouveau, Van Dyke oppose deux hommes aux styles de vie opposés, l’un honnête pendant que l’autre est un (dangereux) hors-la-loi. (1). Et à nouveau, ce sont des amis indéfectibles, dont l’amitié aura un terme brutal, code Hays et mentalités de l’époque obligent.

Mais c’est l’assertion qui sert de titre qui est le véritable enjeu du film : le « on » dont on parle, c’est bien sûr l’armée des Etats-Unis, qui a fait de cet homme un tueur. Et le générique d’introduction nous prévient : le titre s’inscrit à la mitraillette sur un mur, laissant à penser que la guerre n’est pas le seul décor de l’intrigue.

 

Ce fusil mis dans les mains de la mauvaise personne a donné un criminel : Jimmy, une fois revenu à la vie civile, explique à Fred qu’il ne peut plus se contenter de vendre des livres, surtout après ce qu’il a vécu. Et la séquence qui le voit éliminer un à un les Allemands qui tiennent une mitrailleuse est le tournant du film : Jimmy prend plaisir à tuer « pour le bien » : son exploit permet de sauver les vies de ses camarades.

C’est bien sûr cette notion de plaisir – associée à la récompense d’être décoré – qui va amener Jimmy vers une vie de crime. Et van Dyke nous lance sur une fausse piste quand tout ce beau monde se retrouve dans la vie civile : un homme est assassiné (à coups de mitraillette, bien évidemment) alors que Fred sort d’un building. Jimmy aussi en sort, mais de telle façon qu’on prendrait plus facilement Fred pour un gangster que Jimmy, dont l’attitude est plus réservée, et semble moins assurée que celle de son ami.

Et cette séquence est l’autre tournant du film : Fred comprend que on ami n’est plus celui qu’il était. Et comme le code Hays est passé par là, ce qui n’était pas possible pour Blackie (1) l’est encore moins pour Jimmy : il doit payer pour ses crimes. Et il le fera, dans un final qui rappelle celui de M.M (1) : le châtiment est différent, mais le résultat est le même et le gangster disparaît. La morale est sauve.

 

J’ai toujours un peu de mal avec Van Dyke, et c’est très certainement dû à sa façon de travailler : c’était un réalisateur très prolifique dont le surnom « One-Take » Woody (2) lui a permis de réaliser plusieurs films dans une même année quand ‘autres avaient besoin de plus de temps.

Mais surtout, c’est le propos du film qui ne me semble pas assez abouti :

  • La guerre qui est l’élément déclencheur de l’intrigue, n’y tient pas le rôle attendu. En effet, si Van Dyke nous montre rapidement (comme toujours) ses effets, il n’arrive pas vraiment à se positionner par rapport à elle. Est-ce une infâme boucherie ou un champ d’honneur propice à e couvrir de gloire ? Nous ne le saurons pas.
  • Ce fusil qu’on donna à Jimmy aurait aussi pu être la base d’une réflexion qui ne sera évoquée qu’une fois le mal fait (par Fred), et surtout rapidement évacuée : le film touche à sa fin.

 

Reste malgré tout un film agréable où l’interprétation est de qualité : Spencer Tracy est magnifique – peut-il en être autrement – et à ses côté, le choix de Franchot Tone donne un contraste entre sa « belle gueule » angélique et le redoutable « métier » qu’il va occuper une fois la paix revenue.

Et les femmes ? Bien sûr, pendant la guerre, ce sont soit des saintes – infirmières – soit des putains – littéralement. Mais on notera une force chez Rose peu commune face à un type comme Fred, dont la délicatesse n’est pas la qualité première. Et Gladys George interprète une Rose très intéressante, dont le rôle est on ne peut plus pertinent et surtout le véritable ressort de l’intrigue : l’amour que lui vouent les deux hommes la met dans une position délicate qui va s’accentuer avec la « disparition » de Fred.

Mais c’est aussi une femme d’une fidélité (presque) sans faille (3), qui va précipiter la fin, somme toute prévisible, surtout quand on connaît la période et le cinéma de Van Dyke.

 

  1. C’était déjà le cas dans Manhattan Melodrama trois ans plus tôt entre Blackie (Clark Gable) et Jim (William Powell).
  2. Woody-Une-Prise.
  3. Encore que : mais il faut reconnaître qu’il est difficile de résister à Spencer Tracy…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #George Clooney
The monuments Men (George Clooney, 2014)

1943.
Pendant que les nazis pillent l’Europe, Frank Stokes (George Clooney) est investi d’une mission : retrouver les œuvres d’art pillée par ces affreux personnages. Il va engager un groupe de six hommes autour de lui : James Granger (Matt Damon), Richard Campbell (Bill Murray), Walter Garfield (John Goodman qui interprète à nouveau un Walter), Jean-Claude Clermont (Jean Dujardin), Donald Jeffries (Hugh Bonneville) et Preston Savitz (Bob Balaban), tous spécialistes des arts, si pas des armes.

Ils vont remonter les différentes routes prises par les œuvres d’art avant une éventuelle destruction, programmée en cas de défaite allemande et surtout de disparition de son guide suprême.

Un mois après le Débarquement, les Monuments Men arrivent en France et commencent leur travail, qui les mènera jusqu’à la fin de la guerre, et même après.

 

C’est au film de guerre que George Clooney s’attaque pour son cinquième film, encore une fois inspiré d’une histoire vraie (1). Cette traque permit tout de même de retrouver une très grande partie des œuvres pillées, même si elles ne purent pas toutes être restituées : beaucoup de leurs propriétaires ayant été tués par les nazis.

On peut considérer cette quête un tantinet déplacée par rapport aux véritables combats qui eurent lieu dans le même temps, tuant des centaines de milliers d’hommes. Et cette réflexion point à différents moments du film jusqu’à sa conclusion. Et la meilleure justification de cette mission incongrue en apparence est donnée par Stokes avant que commence pour eux les recherches : on ne détruit totalement un peuple ou une civilisation qu’en s’attaquant à sa culture qui en fait sa grandeur.

 

Si le film n’eut pas le succès escompté, il n’en demeure tout de même un bel hommage à ces hommes et femmes qui se sont battus à leur manière contre  les nazis. Et les interprètes e ces Monument Men sont à la hauteur de leurs rôles. Et Clooney, qui traite ici un sujet grave, réussit à placer quelques touches comiques qui éclairent ce film parfois sombre, surtout dans son rapport à la guerre.

Sans oublier l’indispensable émotion qui nous étreint à certains moments, dans les bons comme dans les mauvais moments.

 

Les bons moments, c’est quand Richard Campbell se lave et que Savitz lui passe le message enregistré par sa fille sur le haut-parleur du camp, qui lui chante un émouvant Have yourself a merry little Christmas, qui va mêler les larmes d’émotion de ce dernier avec l’eau de la douche, le tout pendant qu’à des dizaines (des centaines ?) de kilomètres de là, Stokes et Epstein (Dimitri Leonidas) ramènent un homme blessé à l’hôpital de campagne.

Les mauvais, c’est la destruction au lance-flamme des œuvres d’art dirigée par le colonel Wegner (Holger Handtke) : c’est une attaque terrible pour un amateur d’art comme moi que de voir ces chefs-d’œuvre réduits à néant inutilement. On retrouve le même gâchis que lors de ces autodafés géants qui voyaient les livres brûler par le fait de ces mêmes personnes répugnantes.

 

Et puis il y a la guerre. Si nos héros n’en sont pas des foudres, elle demeure tout de même omniprésente : par ses dégâts (des ruines innombrables) et ses incursions dans l’histoire de ces hommes. Tous ne reviendront pas vivants (je vous laisse découvrir qui y reste), donnant une nouvelle raison d’existence à ce fantastique projet.

On y retrouve aussi quelques éléments déjà vus dans d’autres films : je pense notamment cet enfant qui se bat comme un soldat et qu’on peut trouver dans The Horsemen de John Ford ou plus près de nous The big red One de Samuel Fuller. Bien sûr, on pense aussi au Train de Frankenheimer, et on retrouve Cate Blanchett (Claire Simone) interprète un avatar de Rose Valland (Suzanne Flon chez Frankenheimer) qui fut conservatrice au Musée du Jeu de Paume et qui participa à ces Monuments Men, ou plutôt au projet : Monuments, Fine Arts, and Archives program. Puisque nous n’avons pas droit à des « Monuments Women »…

 

Bref, un film aussi nécessaire que les personnes et leurs actions décrites dedans. Où la guerre s’oublie le temps d’une émotion, surtout due aux œuvres d’art, mais revient toujours plus dure, rappelant que cette mission était avant tout militaire et surtout très périlleuse.

Et si vous trouvez que le vieil homme qui conclut le film a un faux air de George Clooney, c’est tout à fait normal : c’est son père, Nick Clooney.

 

  1. Les noms des différents membres des Monuments Men (les vrais) ne sont pas repris ici : nous sommes au cinéma.
The monuments Men (George Clooney, 2014)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Christy Cabanne, #Bessie Love
Conspiracy (Christy Cabanne, 1930)

New York, 17 h 30.

Alors que des touristes se plaignent de la vie ennuyeuse de la Grosse Pomme, un homme vient d’être poignardé. Cet homme, c’est James Morton (Otto Matieson), un gangster notoire. C’est une femme qui l’a tué : Margaret Holt (Bessie Love). C’est la sœur de l’assistant du District Attorney qu’elle aide depuis plusieurs années.

En fuite, elle se réfugie dans un foyer pour jeune travailleuses. Là elle y fait la rencontre de John Howell (Hugh Trevor), un jeune reporter venu visiter le foyer, et surtout de Winthrop « Little Nemo » Clavering (Ned Sparks), auteur de romans policiers à succès, à l’intelligence très affutée.

Pour se protéger de la police et des gangsters qui sont après elle, elle accepte le poste de sténodactylo de l’écrivain.

 

Avec l’avènement du parlant, Hollywood se mit à adapter de plus en plus de pièces de théâtre. C’est le cas de film (1), avec malheureusement les limites de ce genre d’adaptation : ce sont exclusivement des intérieurs et une (très) grande part est laissée aux dialogues, comme c’était en plus le cas depuis deux ans. Et c’est bien dommage parce qu’on sent un véritable potentiel dans le placement et le jeu de caméra de Nicholas Musuraca pour les rares scènes d’extérieur : ce zoom vers le principal de l’intrigue ou encore la plongée sur l’escalier de service qu’emprunte Margaret nous laissaient présager de belles choses.

Mais Christy Cabanne va  nous enfermer dans des intérieurs plus ou moins conventionnels, laissant peu de latitude à son chef-opérateur.

 

Mais heureusement pour nous, il y a le duo de vedettes : Bessie Love (toujours aussi magnifique) et non pas le jeune premier comme on pouvait s’y attendre, mais plutôt un vétéran du métier dans un rôle formidable : Ned Sparks. Affublé d’une voix égrillarde, il interprète ici un vieux romancier un tantinet excentrique, sorte de détective amateur très éclairé. Vieilli pour l’occasion (il n’a que 46 ans quand le film sort), il n’est pas sans annoncer le vieil homme de Ain’t we got fun de Tex Avery qui sortira quelques années plus tard (1937) : irascible et perclus de rhumatismes, il oublie facilement ces derniers quand l’intrigue se corse et sa curiosité redouble. De plus, c’est un personnage hautement comique de par ses manies et ses ennuis de santé.

 

Par contre, comme nous sommes en 1930, on n’échappe pas à certains stéréotypes habituels en la personne de la servante Martha (Gertrude Howard) : c’est une grosse femme noire, archétype des servantes de l’époque (et d’après), un brin superstitieuse et demeurée.

Quoi qu’il en soit, le jeu de Bessie Love et Ned Sparks, hérité du cinéma muet fonctionne à plein dans cette comédie légère, elle du côté tragique, lui comique.

 

Une curiosité, donc.

On peut vivre sans tout de même, mais ce serait dommage de passer à côté de Bessie Love…

 

  1. La pièce de John Emerson et Robert B. Baker a déjà adaptée au cinéma en 1916 par Henry MacRae.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Clint Eastwood
Le Maître de guerre (Heartbreak Ridge - Clint Eastwood, 1986)

Tom Highway (Clint Eastwood) est un vétéran de l’armée des Etats-Unis. Soldat en Corée et au Vietnam, il ne sait pas ce que c’est que la victoire, celle qu’on célèbre à coups de flonflons et de public heureux. Entre le conflit mitigé de Corée et la défaite du « Nam », le score est plutôt 0-1-1 : 0 victoire, 1 nul et 1 défaite, comme dans les classements sportifs. Parce que la guerre se résume à ça : une rencontre sportive un tantinet plus définitive.

Et comme Tom Highway voit la fin de son engagement s’approcher, il décide de revenir à ses premières amours : l’instruction des jeunes recrues.

On lui confie alors un peloton de bras cassés qu’il va, à force de persévérance et grâce à une discipline de fer, transformer en groupe d’élite, s’illustrant dans une (petite) guerre qui sera (enfin) gagnée : l’Invasion de la Grenade (25 octobre – 2 novembre 1983).

 

Autant le dire tout de suite, Tom Highway n’est pas un homme très délicat. Mais ce n’est pas ce qu’on demande à un sergent instructeur, comme le montrera avec beaucoup de brio Stanley Kubrick l’année suivante  dans Full metal Jacket. Mais si Highway est un homme dur pour ses hommes, il n’atteint tout de même pas le degré de sadisme mâtinée d’humiliation du sergent Hartman : normal, pour R. Lee Ermey, c’était son vrai boulot, Eastwood est avant tout un acteur.

Mais on retrouve tout de même ce même mélange de sadisme et d’allusions sexuelles (un peu trop récurrentes, à mon goût) chez Highway.

Et bien sûr, son peloton deviendra un groupe de choc qui participera avec succès à la prise de l’île de la Grenade. Ce même peloton est aussi le prétexte à quelques éléments comiques surtout du fait de la présence de Mario van Peebles (le fils de Melvin) en rocker raté, mais séducteur en diable comme le confirme la séquence finale.

Ce sont d’ailleurs ces éléments comiques qui diffèrent du film de Kubrick (du point de vue de l’instruction), évitant la surcharge sadique déjà évoquée.

 

Et s’il y a des soldats, il y a aussi des « filles ». On en trouve beaucoup au bar que fréquentent les jeunes recrues. Mais on y trouve aussi des femmes. Elles sont deux : Little Mary (Eileen Heckart) et Agnes-Ann « Aggie » (Marsha Mason). Si la première n’est plus de la première jeunesse – son mari était marine avec Tom en Corée – la seconde est l’ex-épouse de notre héros, séparée parce qu’elle ne supportait plus l’esprit militaire de son mari.

Mais avec le temps, Tom a (un peu) mûri, et un rapprochement est envisageable (1).

 

Et s’il y a des soldats, il y a surtout la guerre.

Elle occupe le dernier quart du film, et Clint Eastwood nous montre qu’il sait y faire, même si on peut contester son point de vue. La guerre, cette horreur, est avant tout meurtrière. Et elle l’est ici tout autant que les autres, dans la proportion de l’enjeu : c’est une petite guerre donc peu de morts comparé à des films comme Le Jour le plus long ou plus près de nous Save Private Ryan. Et c’est le traitement de la mort que je reproche à ce film. La seule attitude humaine que nous pouvons relever chez ces soldats concerne Aponte (Ramón Franco) qui se rend compte réellement de l’effet des armes sur des jeunes soldats qui ne sont pas tellement plus âgés que lui.

Que Highway soit insensible aux morts qui tombent autour de lui, cela n’a rien de bien étonnant, mais qu’on oublie aussi fortement l’aspect mortifère de la guerre pour ne retenir que le côté festif de la victoire demeure tout de même un peu gênant.

 

Et au bout du compte, Highway reste un personnage dans la lignée de ceux interprétés par Eastwood, une sorte de Harry Callahan militaire pour qui la fin justifie les moyens, la mort étant un élément comme un autre car seul le résultat compte : 1-1-1.

 

  1. Là encore, c’est très prévisible.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Cronenberg, #Viggo Mortensen
A History of violence (David Cronenberg, 2005)

Décidément, l'Indiana est un état dans lequel il fait bon vivre.

Après Greenleaf (In & out, 1997), nous y voici de retour, avec la petite ville de Millbrook, où là encore la vie est douce et agréable : tout le monde se connaît, Sam (Peter MacNeill), le shérif, veille sur ses concitoyens, et Tom Stall (Viggo Mortensen) tient un café où celui qu’il y prépare est de très bonne facture.

Et puis voilà que deux petits truands – meurtriers sauvages qui plus est – viennent s’approvisionner chez Tom, flingues à l’appui. Ni une, ni deux, Tom les met hors d’état de nuire. Définitivement.

Il devient alors le héros de Millbrook, ayant droit à son quart d’heure de gloire warholien dans les journaux télévisés.

Son café devient alors un endroit très couru où même les gens de Philadelphie viennent le voir, et en particulier Carl Fogarty (Ed Harris), qui l’appelle Joey Cusack, comme s’ils se connaissaient d’avant.

D’avant quoi, d’ailleurs ?

Rassurez-vous, nous l’apprendrons, cet avant, quand Tom était Joey, et avait un frère riche mais hors-la-loi (William Hurt).

 

C’est une histoire simple qui nous est donnée ici, filmée avec sobriété, avec toujours le même savoir-faire de David Cronenberg. Simple en apparence, et surtout en comparaison avec ses films fantastiques du siècle passé. Depuis Spider, Cronenberg s’est (enfin) tourné vers le réalisme, sans pour autant bannir la violence toujours présente dans ses films. Mais ici la violence semble ordinaire – pour Tom – voire    intrinsèque. L’agression des deux truands et surtout la réaction de Tom semblent automatiques : nous sommes entre professionnels du genre, et l’avantage définitif que prend Tom a plus l’air d’un automatisme qu’autre chose.

Du point de vue de Tom, c’est donc une (simple) histoire de violence, comme l’annonce le titre.

 

Mais c’est pour les autres que c’est le plus difficile : qui est cet homme qu’Edie (Maria Bello) a épousé, ce bon père de famille si tranquille, si calme ? Qui est ce père que Jack (Ashton Holmes) découvre qui règle ses problèmes à coup de pistolet ? Seule la petite Sarah (Heidi Hayes) semble étrangère à tout cela : elle ne s’exprime que très rarement, voire pas du tout, sans pour autant être inutile à l’intrigue.

Ce père est donc un ancien gangster et Cronenberg va progressivement nous le faire comprendre : après avoir nié être ce Joey Cusack, il va imposer à sa famille ce lourd passé dans l’illégalité, donnant par la même occasion un aperçu de son activité d’avant.

 

Ce passé qui le rattrape se trouve être très sordide et va se rappeler à lui avec son frère qui, lui, n’a pas raccroché. Mais ce sera tout ce que nous saurons de ce passé criminel : l’intrigue reste vague, permettant alors au spectateur de se faire sa propre idée de qui était Joey Cusack avant qu’il devînt Tom Stall.

Et cette implication du spectateur par rapport à l’intrigue va se renouveler à la fin du film, quand Tom aura – définitivement encore une fois – réglé ses affaires : quel avenir pour cette famille désorientée ?

Cronenberg ne répond pas, concluant sur les visages des différents membres de cette famille éclatée, brisée.

 

Oui, David Cronenberg a très bien réussi son passage au réalisme.

Mais qui en aurait douté ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Claude Sautet
Max et les Ferrailleurs (Claude Sautet, 1971)

Max (Michel Piccoli), c’est un inspecteur. Un de ces policiers qui en a un peu assez de ces truands qui s’en sortent toujours grâce à un bon avocat, malgré tout le mal qu’ils aient pu faire.

Un jour qu’il est sur un coup, il retrouve un ancien camarade de régiment Abel Maresco (Bernard Fresson), devenu petit truand depuis. A travers Lily Ackermann (Romy Schneider), prostituée, Max va amener  ce dernier à élaborer un grand coup : braquer une banque.

Pour un petit ferrailleur comme Abel, c’est inespéré. Sauf que la mort est au rendez-vous.

 

Voici un de ces films – très beau  par ailleurs – qui fleure bon les années1970 : De Gaulle a passé la main (un peu forcé d’ailleurs) à Pompidou, et la sécurité est toujours un élément prépondérant dans la politique française. Tellement qu’on en est à espérer des grands coups chez les gangsters, histoire de limiter le cheptel. Rappelez-vous, c’était déjà le cas chez Lautner dans son Pacha trois ans plus tôt (1). C’est bien sûr gênant cinquante ans plus tard, mais il faut se replacer dans le contexte : on comprend mieux pourquoi Jacques Mesrine n’a pas réchappé à l’embuscade qui lui a été tendue le 2 novembre 1979.

 

Mais nous sommes ici au cinéma, et foin de polémique. Nous avons droit avant tout à un de ces films français de l’époque, avec ces figures connues appartenant à des figurants plus ou moins habitués de l’époque – Dominique Zardi (le garagiste Barduch) en tête – et qu’on va retrouver dans cette décennie et même après. Et parmi cette brochette de gueules connues, on appréciera à sa juste valeur la prestation de Boby Lapointe, dans le premier d’une série de quatre films cette année-là (sa plus prolifique). Hélas, son rôle semble prémonitoire…

 

Mais c’est aussi la grande période de cette extraordinaire actrice qu’était Romy Schneider (Lily Ackermann), déjà aux côtés de Michel Piccoli qu’elle retrouve après Les Choses de la vie (1970), avec le même Claude Sautet à la réalisation. Même si son rôle est assez limité – elle n’apparaît pas tout de suite, l’accent étant mis sur l’enquête (le coup ?) de Max, elle interprète avec toujours le même talent cette jeune femme amoureuse, victime et instrument dans les mains e ce policier qui ne veut pas dire son nom (et surtout sa fonction), mais qui est amoureux d’elle (2).


Et au final, nous avons un film plutôt sombre – voire noir ? – où Max va tout maîtriser jusqu’au point de rupture qui le fera plonger par amour (non révélé) pour cette jeune prostituée rencontrée quelques semaines (jours ?) plus tôt.

 

ATTENTION, une grande partie de la résolution de l’intrigue va être révélée.

 

Bien sûr, Piccoli est formidable, tout en sobriété, face à d’autres pointures telles Georges Wilson (le commissaire) ou encore François Périer (Rosinsky, inspecteur à Nanterre où vivent les ferrailleurs). Mais ce qui fait la force – involontaire ? – de ce film, c’est le contraste, voire l’opposition de l’intrigue par rapport à l’objectif annoncé de ce même Max : certes, il v a amener ces petits truands à passer à l’acte, mais son geste final envers Rosinsky, mais surtout pour Lily, remet totalement en cause sa position initiale.

Qu’est-ce qu’on est idiot quand on est amoureux ? Je ne pense pas.

Max, de ce fait, donne les limites de cette politique sécuritaire qu’il appelle de ses vœux.

Rien n’est simple : le monde n’est ni blanc ni noir.

 

Un film à voir. Vraiment.

 

  1. « Moi, les peaux-rouges je vais plus les envoyer devant les jurés de la Seine, comme ça il n’y aura plus de non-lieu ni de remise de peine : je veux organiser la Saint Barthélémy du mitan ! » (Louis Josse)
  2. Qui ne le serait pas à sa place ?

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