1944, quelque part dans le Pacifique.
Un canot pneumatique dérive. A son bord, le caporal Allison (Robert Mitchum). Et comme c’est toujours le cas, il aborde une île déserte. Sauvé ? Peut-être. En tout cas, l’île n’est pas si déserte que ça : Sœur Angela (Deborah Kerr) est seule elle aussi, depuis la mort du prêtre qui l’accompagnait.
Va alors se développer une cohabitation entre la nonne et le soldat, rythmée par les allées et venues de l’armée japonaise, jusqu’à la découverte par ces soldats, de la présence ennemie : les jours de ce duo improbable sont alors comptés.
Il y a de l’African Queen, dans cette histoire de naufragé : c’est la guerre, et nous retrouvons deux solitaires très différents, à la merci d’un ennemi pas toujours invisible. Mais cette fois-ci, pas de périple : nos deux héros restent sur cette île, loin de tout et de tous. De plus, si Rose Sayer (Katharine Hepburn) était une vieille fille, Angela est au palier supérieur : c’est une nonne qui doit très prochainement prononcer ses vœux définitifs.
Mais dans les deux cas, nous avons un homme qui ne peut ignorer ses pulsions : tout comme Charlie Allnutt (Humphrey Bogart), Allison cède aux charmes de la religieuse. Mais qui pourrait résister ? C’est tout de même Deborah Kerr !
Deborah Kerr qui interprète une nouvelle religieuse, tout aussi rigoriste que chez Michael Powell et Emeric Pressburger dix ans plus tôt (Black Narcissus), mais la tentation demeure : là encore, c’est tout de même Robert Mitchum !
Et sous ses allures (habituelles) de brute plus ou moins bien dégrossie, il y a un homme généreux et séduisant, attentionné et courageux. Bref, de quoi faire renoncer à des vœux. Mais, si Rose Sayer pouvait convoler avec Charlie Allnutt – normal, c’était une vieille fille qui n’avait pris aucun engagement avec une quelconque entité supérieure – il n’en va pas de même pour Angela : la morale ne peut accepter qu’elle rende son voile pour s’être retrouvée quelques jours avec un soldat, fût-il Robert Mitchum.
Mais malgré cette barrière religieuse, on s’amuse à, cette rencontre singulière entre deux personnes tout compte fait pas si différente que ça. Et Huston joue sur les différents engagements qu’ont pris les deux protagonistes : la religion et l’armée. Tous deux ont un devoir qui va au-delà de leur(s) personnalité(s) et même si cela n’empêche pas les sentiments, chacun doit rester dans son rôle, dans son domaine.
Alors non, ils ne s’embrasseront pas, mais le lien qui va les unir occasionnellement ne sera jamais rompu : il sera un éternel compagnon dans sa vie (c’est elle qui le lui annonce). Et puisqu’on en est à une certaine mystique, on peut imaginer qu’ils seront réunis plus tard. Mais ceci est une autre histoire, comme on dit…
Et on ne peut qu’être d’accord avec Allison quand il déclare à sœur Angela : « pourquoi est-ce que vous n’êtes pas vieille et moche ? Pourquoi faut-il que vous ayez de grands yeux bleus… Et un magnifique sourire… Et des taches de rousseur ? » (1)
Les choses auraient été plus simples.
- “why ain't ya old and ugly? Why do ya gotta have big blue eyes... and a beautiful smile... and freckles?”
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