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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques Tati
Playtime (Jacques Tati, 1967)

Monsieur Hulot (Jacques Tati) est de retour !

Après des vacances à Saint-Marc-sur-Mer et un rendez-vous avec son neveu, il nous revient dans ce qui est pour moi le film le plus emblématique de son auteur et peut-être le plus personnel, sublime mélange d’humour et de poésie, et où les fausses pistes sont très nombreuses, détournant continuellement ce que nous voyons en ce que nous croyons voir avant de nous révéler la réalité.

Hulot revient donc : il a rendez-vous à Paris dans un grand centre d’affaires avec un personnage important qu’il ne rencontrera qu’après de multiples pérégrinations (1).

Dans le même temps, un groupe de touristes américain débarque à Orly et va passer la journée dans Paris, à la recherche des différents monuments emblématiques (eux-aussi) de la Ville Lumière. Parmi eux, la jeune Barbara (Barbara Dennek), une touriste un tantinet timide et qui, comme d’aucune avant elle, va tomber sous le charme de notre héros dégingandé.

 

Si Mon Oncle montrait la progression de la société moderne dans la ville traditionnelle (le monde de Hulot en opposition à celle de sa sœur et son beau-frère), avec Playtime, nous savons qui a gagné : la modernité l’a emporté et les terrains vagues qui attendaient en 1958 ont été remplis de buildings moches et uniformisés. Tellement uniformisés qu’on sourit devant les différentes photos publicitaires de voyages qui annoncent des destinations prestigieuses avec toujours ce même immeuble laid. Mais tout est tellement uniformisé que la première séquence nous parachute dans un lieu aseptisé et froid véritable carrefour architectural entre la salle d’attente d’un hôpital et celle d’un aéroport. Et bien sûr, les personnages qui y évoluent ne nous aident pas à faire le choix et cette indécision va durer jusqu’à l’annonce d’une hôtesse qui nous confirme que nous sommes à l’aéroport, au moment où arrive le groupe de touristes annoncé.

 

Mais cette première fausse piste n’est pas la seule : dans cet aéroport, nous apercevons un homme grand, au pantalon trop court, par-dessus informe, chapeau mou et parapluie. Mais ce n’est pas Hulot, juste quelqu’un qui lui ressemble, jusque dans sa démarche ! Et ce « sosie » n’est que le premier d’une série qui va émailler le film, dans des lieux – uniformisés, on s’en doute – avec des conséquences pas toujours heureuses, avec en point d’orgue l’industriel allemand (Reinhard Kolldehoff) qui propose des portent qui claquent ans bruit (!) et s’emporte devant un Hulot abasourdi et surtout intrigué par cette porte qui claque silencieusement.

 

Mais bien sûr, Hulot reste Hulot et amène – involontairement comme toujours – les catastrophes avec en point culminant l’ouverture du restaurant-night club Royal Garden. Et si Hulot se retrouve dans ce lieu à cent lieues de ses habitudes, c’est parce qu’il y connaît le portier (Tony Andal) avec qui il a fait son service militaire. Cette relation est un nouvel élément dans l’univers de monsieur Hulot. Alors que Les Vacances de Monsieur Hulot nous présentaient un homme seul boudé par ses co-vacanciers, et que Mon Oncle proposait un élément familial à cet homme toujours solitaire, Playtime introduit des amis dans son univers. Outre le portier, il va se retrouver invité chez un autre ancien compagnon d’armes (Yves Barsacq). Et ces deux hommes nous confirment ce que nous savions et que peu de vacanciers avaient remarqué : Hulot est un type formidable.

C’est très certainement l’opinion des convives avec lesquels il se trouve mêlés dans le restaurant qui commence à partir en morceaux. Et surtout de la jeune femme avec qui il va même danser. Et ce dernier élément nous renvoie – encore une fois – aux Vacances : Barbara n’est pas très éloignée de Martine (Nathalie Pascaud) : comme elle, elle est (très) réservée, et voit d’un bon œil ce grand échalas aux belles manières.

 

Mais Playtime, comme son nom l’indique est aussi un prolongement du livre d’Etiemble : Parlez-vous Franglais ?, sorti trois ans plus tôt. A aucun moment, alors que nous sommes à Paris (?), nous ne voyons un quelconque élément écrit en français. Tout est écrit en anglais, et nous trouvons même une femme d’un certain âge s’en offusquer, remarquant « qu’ils pourraient écrire en français ». Les personnages que nous rencontrons, à l’exception de Hulot et ses copains de régiment parlent d’ailleurs presque tous la langue de Shakespeare (ou celle de Poe) à l’exception de l’industriel allemand, bien sûr, qui mélange allègrement les trois langues. Mais tout cela n’a pas beaucoup d’importance : comme le disait Gotlib, Hulot « se bat contre les moulins à parole », qui sont, encore une fois, nombreux dans cet univers moderne, uniforme et froid.

 

Mais malgré cette victoire de la modernité, Tati réussit à y glisser quelques éléments merveilleux dont l’effet poétique est magnifique : il transforme un embouteillage matinal (et habituel) en véritable carrousel soutenu par la musique Francis Lemarque qui s’adapte parfaitement à la situation, avec les soubresauts des moteurs qui complètent l’impression de manège et de fête foraine : parmi les véhicules qui tournent, on trouve un bateau qu’un petit garçon choisit avant d’être rattrapé par ses parents qui s’engouffrent dans un taxi. Avec en plus un vendeur de glace empêtré lui aussi dans ce ballet motorisé et qui fait ce qu’il sait faire (vendre des glaces aux passants) accentuant l’illusion de la fête.

Dernier élément poétique : le brin de muguet (factice, nous sommes en pleine modernité !) qui se retrouve dans les lampadaires de la route qui mène à l’aéroport, vers où repartent les touristes après cette journée (2) si riche.

 

Paris, d’ailleurs, dont les monuments ne font que se refléter dans les vitres des portes vitrées, apportant un peu de couleur aux bâtiments noir et blancs (et donc gris). Ces reflets permettent alors à la ville de se distinguer des autres capitales prestigieuses (voir plus haut) qui ont malheureusement tendance à toutes se ressembler (3).

Mais à nouveau Hulot veille au grain et offrira à la jeune touriste ce Paris qu’elle est venue admirer, et qu’elle emportera avec son brin de muguet.

 

Un film sublime qui fut – hélas – un échec cuisant pour Tati.

 

  1. Avec Hulot, tout se complique.
  2. Tout se déroule en moins de 24 heures.
  3. « Ça serait pourtant le moment de revoir nos plages
    Car les pays se ressemblent de plus en plus » (Adelaïde, Jacques Debronckart, 1965).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Quentin Tarantino, #Steve Buscemi
Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992)

Ils sont 6 : Mr. White (Harvey Keitel), Mr. Orange (Tim Roth), Mr. Pink (Steve « Donnie » Buscemi), Mr. Blonde (Michael Madsen), Mr. Blue (Edward Bunker) et Mr. Brown (Quentin Tarantino). Ce sont des gangsters. Ils ont été rassemblés par Joe Cabot (Lawrence Tierney) et son fils « Nice Guy » Eddie (Chris Penn) pour dérober un lot de diamants.

Mais le braquage ne se passe pas comme prévu et Mr. Brown y reste. Quant à Mr. White, il ramène au point de rendez-vous un Mr. Orange en piteux état : il a pris une balle dans le ventre et se vide de son sang.

Oui, le braquage a foiré. Normal, l’un des protagonistes est un flic infiltré.

Lequel ?

 

Malgré cette dernière question, savoir qui est le flic infiltré n’est pas spécialement l’enjeu du film. Il s’agit plus d’un exercice de style cinématographique entrepris par un petit débutant (son premier film en l’occurrence) qui renouvelle le genre et surtout casse le schéma narratif habituel. Et ce sera une constante dans ses films ultérieurs : la narration n’est pas linéaire même si le temps de l’intrigue principale – la rencontre dans la planque après le casse – s’écoule presque normalement ou tout du moins de façon linéaire. Cette phase de retrouvailles et d’explications (à plusieurs niveaux) est interrompue par des flashbacks plus ou moins explicatifs, resserrés autour des trois truands les plus emblématiques : Mr. White, Mr. Orange et Mr. Blonde. Et c’est bien sûr un de ces trois-là qui est l’infiltré (1).

 

Il y a dans ce film une véritable volonté de trancher avec ce qu’on connaît et qui se faisait avant (2). Tout d’abord, c’est l’histoire d’un braquage raté. Jusque là, rien de bien nouveau, on en connaît d’autres (3). Par contre, ce qui change, c’est que ce ratage commence par la fin : le coup est manqué et on le sait tout de suite, puisque nous suivons White et Orange en fuite.

Et l’utilisation des flashbacks va nous permettre de comprendre comment on en est arrivé là, sans toutefois tout nous montrer : à aucun moment on n’entre dans le lieu du casse qui ne sera pour nous qu’une façade (4). Et donc on ne verra pas le point de rupture qui a fait capoter l’affaire : l’activation de l’alarme et la tuerie qui s’ensuit. Et si la violence est très présente, Tarantino ne montre pas tout : l’imagination est toujours un meilleur stimulant…

 

Et Tarantino prend son temps pour nous distiller les informations, ramenant l’intrigue à différents points du passé des protagonistes. Et on sent une maîtrise technique dans les prises de vue d’Andrzej Sekula tout au long du film, soutenue par un montage équilibré.

Mais – et nous ne le savons pas encore puisque ce n’est que son premier film – Tarantino se laisse aller à son péché mignon : les dialogues.

C’est (déjà) un film où on parle. Trop à mon avis, mais je sais qu’il y a des inconditionnels de la « tchatche » de l’auteur. Ca parle, ça parle, ça parle. Tellement qu’on a peur que l’intrigue se noie. Cela donne peut-être un certain cachet voire une forme de réalisme, mais je trouve que c’est tout de même un peu trop.

 

Pire même : la séquence d’introduction où tous les protagonistes principaux (voir 1er paragraphe) dégoisent autour d’une table en fin de repas n’est même pas indispensable. Elle n’y serait pas que la compréhension du film n’en serait pas altérée.

 

  1. Non, je ne vous le dirai pas.
  2. Et encore maintenant, rassurez-vous !
  3. Le sublime The Killing (S. Kubrick, 1956) est un formidable fiasco qui ne s’annonce qu’au tout dernier moment.
  4. Même sur les photos utilisées par le gang, on n’a aucun plan nous montrant les intérieurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Alexander Korda, #Douglas Fairbanks
La Vie privée de Don Juan (The private Life of Don Juan - Alexander Korda, 1934)

Don Juan est de retour ! Et comme Don Juan, c’est Douglas Fairbanks, vous imaginez l’émoi suscité par ce retour inespéré pour les femmes de Séville et la crainte d’éventuelles cornes qui hantent les esprits de leurs maris.

C’est alors une succession d’ascension de balcons avec distribution de roses aux belles Sévillanes.

Seulement voilà : le vrai Don Juan (Douglas Fairbanks, donc) n’a pas passé la nuit à distribuer des fleurs. Il s’agit d’un admirateur-imitateur : Rodrigo (Barry MacKay).

Et comme Rodrigo n’est qu’une pâle copie du séducteur, il est tué dans un duel provoqué par un mari jaloux, don Alfredo (Gibson « McTeague » Gowland).

S’ensuivent évidemment des funérailles quasi nationales où les pleureuses sont légion, mais qui sont une bonne occasion pour le vrai Don Juan de s’éloigner et donc de « faire le mort ».

Mais l’éloignement lui pèse et il s’en retourne à Séville. Seulement voilà, Don Juan est mort, et qui va croire cet inconnu à l’âge un tantinet avancé qui se prétend être le défunt regretté ?

 

C’était un pari pour Douglas Fairbanks : revenir au premier plan. Malheureusement, ce pari risqué fut un échec et on ne revit plus jamais ce grand acteur au cinéma (1). Il s’éteignit même cinq ans plus tard, terrassé par une crise cardiaque. Il avait 56 ans.

On peut déceler une certaine analogie entre Fairbanks et ce personnage emblématique qu’il interprète. Depuis Le Masque de fer (1929), son dernier muet, il n’a tourné que trois fois, et son style bondissant n’est plus d’actualité : le parlant a remplacé l’action par des dialogues et sa voix n’est peut-être pas à la hauteur de son physique. En effet, on aurait imaginé une voix plus forte et plus profonde. Attention, il n’y a aucun problème avec, mais il y a tout de même un décalage avec ses personnages d’« avant ».

 

Mais la véritable analogie, c’est l’âge de l’artiste et de son personnage. Fairbanks a passé la cinquantaine et ce qui faisait son charme et son empreinte devient ici très accessoire : il ne bondit plus beaucoup et l’humour inhérent à ses personnages a presque totalement disparu. Fairbanks est vieux, et il le sait, engageant ce pari – osé – sur un personnage célèbre certes, mais vieillissant. Et la séquence qui illustre le mieux cette idée le voit en présence d’une jeune femme qui lui a donné rendez-vous. Pour qu’il passe un message à son amant, un homme beaucoup plus jeune que lui. Et elle lui explique qu’il pourrait être son père. Le baiser d’adieux qu’elle lui demande doit aussi être celui d’un père, et donc pas d’un amant fougueux…

 

Quant au retour de Don Juan  à Séville, il est aussi réussi que celui de Fairbanks au cinéma : un fiasco total dû aussi à la parution d’un livre posthume (2) racontant ses frasques supposées : La Vie privée de Don Juan. Ce livre décrit un jeune homme fougueux séducteur en diable et continuellement en mouvement (d’un balcon à l’autre…), bien loin de l’image qu’offre cet homme qui a vieilli et n’est plus que l’ombre de lui-même. Le public le refuse préférant la légende à la réalité.

C’est bien connu : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Un bel adieu (involontaire) au cinéma de celui qui fut l’un de ses plus grands acteurs.

 

  1. Enfin pas exactement : il apparaît dans Ali-Baba goes to Town (1937) de David Butler mais n’est pas crédité au générique.
  2. Qui donne son titre au film

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Comédie dramatique, #Peter Farrelly, #Viggo Mortensen
Green Book (Peter Farrelly, 2018)

Ca commence comme un film de gangsters, de type Cotton Club : nous sommes au Copacabana, en 1962. Tony « Lip » Vallelonga (Viggo Mortensen) est chargé des relations publiques. En clair, il s’occupe de ceux qui font du scandale dans le club, n’hésitant pas à user d’arguments frappants.

Mais le club doit fermer pour travaux, alors Tony doit trouver du travail pendant ce temps-là. Avec ses relations, ça ne devrait pas poser de problème. Seulement voilà, Tony a beau être un véritable Italien de New York, il n’accepte pas n’importe quoi. C’est pourquoi il est embauché pour conduire Don « Doc » Shirley (Mahershala Ali) dans sa tournée de concerts dans le Sud. Le seul problème, c’est que Don Shirley est noir, et en 1962, il ne fait pas bon d’être « de couleur » dans le Sud, et ce malgré la présence des frères Kennedy au sommet de l’Etat.

 

Quand Peter Farrelly se lance en solo derrière la caméra, il ne fait pas semblant, et en plus, il y réussit divinement. Ce livre vert (1) en est un exemple magnifique. Il s’agit d’un formidable road movie, avec tous les codes attendus du genre : les pérégrinations de deux voyageurs – très dissemblables – qui vont s’enrichir mutuellement de leur expérience, et aussi (et surtout) de celle de l’autre. Et en plus, c’est d’après une histoire vraie.

 Peter Farrelly, avec ce film, réussit à recréer ces années 1960 qui ont vu l’imposition – dans la douleur quand ce n’était pas la mort – de ces fameux Droits civiques qui se résumaient essentiellement aux droits des Noirs, alors considérés comme des citoyens de seconde zone (dans le meilleur des cas), voire plus bas que des chiens (2).

Et Shirley est le digne héritier de Luther King, refusant l’affrontement à chaque occasion, et ce malgré ce qu’en pense son chauffeur si singulier.

 

Pourtant, Tony n’est pas un type extraordinaire. Mais c’est avant tout un homme loyal, qui a été embauché pour un travail et qui l’intention de l’effectuer jusqu’au bout, malgré ce qu’il peut penser.

Parce que Tony n’st ni pire ni meilleur qu’un autre. Quand des ouvriers noirs viennent effectuer un travail chez eux et que sa femme leur offre un verre, son premier réflexe, c’est de jeter les deux verres « souillés », au grand dam de cette dernière. Oui, Tony est raciste, comme la majorité des gens de l’époque. Même dans le Nord.

 

Alors ce boulot de chauffeur, c’est aussi une révélation pour lui : les Noirs, quoi qu’il en pense, sont avant tout des gens comme lui, voire meilleurs que lui. Parce que Don est cent fois supérieur à Tony : mieux éduqué, maîtrisant le piano comme peu, il est tout ce que Tony n’est pas. Tony es un être ordinaire, je l’ai déjà dit, fruste et plutôt vulgaire, il n’a absolument rien de commun avec ce pianiste distingué. Et leur première entrevue insiste sur ce point : non seulement Don est assis sur un trône, mais en plus, ce trône est (très) surélevé par rapport au fauteuil où se trouve Tony. Mais cette supériorité n’y fait rien : Tony ne se laisse pas démonter et impose ses règles, que Don va accepter. Mais a-t-il le choix ? (3)

 

Mais si Don est supérieur – tout au long du film, il est ce que Tony ne sera jamais – il n’en demeure pas moins redevable de cet homme qui va lui apporter autant que lui va donner en retour : Don est un homme seul – son frère ne lui parle plus, sa femme l’a quitté. Et l’emplacement de son appartement – au-dessus du Carnegie Hall (vrai ou non) – n’est pas anodin. Il est véritablement dans sa tour d’ivoire, ne sortant que pour ses concerts, mais surtout dominant ce qui se fait de mieux du point de vue musical à New York. Et ce périple dans le Sud va faire vaciller ce piédestal : les lieux qui vont l’accepter, au-delà de la Ligne déjà mentionnée n’ont plus rien à voir avec ce qu’il connait dans le Nord. Ce sont des bouges miteux ou des motels minables qu’il doit accepter, et avec le sourire (4).Ce sont ces lieux que recommande le fameux Livre vert du titre : The Negro motorist Green book. Ce livre écrit par Victor H. Green qui eut cours de 1936 à 1966. Un guide de voyage pour ne pas faire de scandale ni s’attirer des ennuis dans le Sud (ou ailleurs aux Etats-Unis).

 

Et ce film, s’il est un choc entre deux hommes, est aussi un choc culturel pour les deux hommes. Pour Tony, je l’ai déjà dit, c’est une révélation : cet homme noir lui est infiniment supérieur et il devient prêt à tout pour lui, devenant, malgré lui, un défenseur des Droits civiques, même si on peut se demander s’il sait que cela existe.

Mais le choc le plus fort est pour Don. Ce n’est pas la rencontre de Tony qui le marque le plus dans ce voyage, mais cet arrêt pour cause de radiateur vide. Alors que Tony s’affaire pour le remplir d’eau, juste à côté, des Noirs travaillent le champ. Rapidement, ces derniers s’arrêtent pour contempler un tableau absolument incongru pour eux : un Noir conduit par un blanc et qui en plus lui tient la portière pour qu’il s’installe.

Autre choc culturel : l’entrée de Don et Tony dans un bar « pour gens de couleurs » à Birmingham. Non seulement Tony est accepté par les clients malgré sa différence évidente, mais il faut voir Don monter sur la scène et se positionner derrière le piano (droit, bien loin d’un Steinway) et jouer.

Un grand moment.

 

Un grand film.

 

PS : suis-je le seul à avoir vu Tim Robbins ?

 

  1. « Green book » en VO.
  2. Sous la Mason-Dixon Line, cette frontière qui marquait la différence entre le Nord et le Sud pendant la Guerre Civile.
  3. Le film ne répond pas à cette question.
  4. Ca, c’est moi qui le dis, mais je ne suis pas bien loin de la réalité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Navet, #James Franco, #Bruce Thierry CHeung
Future World (James Franco & Bruce Thierry Cheung, 2018)

On n’attendait pas James Franco dans ce registre. Depuis Spiderman de Sam Raimi, on a eu l’habitude de le voir dans des rôles très intéressants, voire très humains. Alors le retrouver à codiriger un film post-apocalyptique était une surprise.

Malheureusement, ce n’en fut pas une bonne.

Mais reprenons.

 

C’est une androïde qui parle : Ash (Suki Waterhouse). Elle raconte – brièvement – la fin du monde des hommes, celle d’après du « monde d’avant » (1). Des hordes de motards écument les rares concentrations humaines, semant la mort et la désolation. A l’écart de ce monde ravagé se trouve l’Oasis où la reine (Lucy Liu) se meurt des suites de la « fièvre rouge ». Son fils, Prince (Jeffrey Wahlberg, le neveu de), va entreprendre un périple pour lui rapporter le traitement capable de la sauver. Il va devoir affronter les hordes de motards pour y parvenir. Mais s’il n’y avait qu’eux…

 

Dès les premières images, on a une sensation de « déjà vu » (2) : ces hordes de motard rappellent les barbares de la route de Mad Max 2, et la narration post-apocalyptique a déjà été utilisée (3). Et les images qui nous sont proposées sont très prometteuses. Les décors choisis sont très pertinents et très bien cadrés. Mais voilà, c’est tout. Le reste n’est qu’un road movie pas toujours très cohérent et l’intrigue proposée, si elle part d’une situation intéressante bien qu’un tantinet éculée, ne tient pas la distance, accumulant les incohérences et la complaisance racoleuse.

C’est une suite d’images de violence gratuite où le même James Franco semble n’avoir qu’un seul but : rire afin de nous exposer sa gencive remplie de chicots pourris. Les personnages sont très (trop) superficiels et les affrontements cruels ne proposent aucun recul voire second degré : ça flingue, ça poignarde, ça décapite à qui mieux mieux jusqu’à l’écœurement.

 

Bref : répugnant.

A fuir.

 

  1. Avec leur manie de nous parler du « monde d’avant » (la COVID-19), on en perd la continuité temporelle au cinéma (surtout avec les salles fermées). Ici, c’est donc le monde d’après du monde d’avant. C’est clair ? Non ? Tant pis. Ca n’a pas beaucoup d’importance.
  2. Comme disent les anglophones.
  3. Je ne sais plus où et je n’ai pas envie de chercher. N’hésitez pas à me renseigner

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Ruben Alvès
La Cage dorée (Ruben Alvès, 2013)

Maria Ribeiro (Rita Blanco) et son mari Jose (Joaquim de Almeida) sont arrivés à Paris il y a bien longtemps. Ils ont deux enfants – Paula (Barbara Cabrita) et Pedro (Alex Alves Pereira) – et vivent dans la loge de Maria. Parce que Maria est concierge d’une belle copropriété parisienne où la distinguée Mme Reichert (Nicole Croisille) fait la pluie et le beau temps.

Tout va bien pendant plus de trente ans quand arrive une tuile de taille : le frère de Jose meurt. Ce n’est pas la mort e ce frère (très) éloigné qui pose problème : Jose et lui ne parlaient plus depuis belle lurette à cause d’une histoire d’héritage.

Le problème, c’est un nouvel héritage : le frère leur lègue tout. Tout, c’est la maison mais aussi les vignes et l’usine d’exploitation qui va avec.

Bien sûr, cette manne tombée du ciel est inespérée. Mais la vraie tuile, c’est pour les autres, ceux qui ont eu tendance à les exploiter pendant ces décennies : les copropriétaires qui abusent de leur gentillesse pour leur faire faire toutes les (basses) besognes ; le patron de José – Francis (Roland Giraud – qui ne peut supporter de voir partir un travailleur de la classe de Jose, alors qu’un gros contrat se négocie.

 

Ca commence comme des cartes postales de Paris, mais très rapidement, on entre dans le vif du sujet et on suit la vie de Maria, concierge inamovible d’une belle résidence cossue. Mais aussi celle de son mari Jose, travailleur infatigable, toujours le cœur sur la main.

Et la cage ? C’est la loge. Celle où ils vivent depuis si longtemps malgré sa taille aussi modeste que les copropriétaires sont riches. Et Ruben Alves (Miguel) insiste sur cet enfermement. Non seulement la loge est exiguë, mais elle ne possède aucune fenêtre ouverte : si ce n’est pas un grillage solide qui s’offre aux regards, ce sont carrément des barreaux qui accentuent cet effet d’enfermement.

 

Mais cet enfermement n’empêche pas Maria et Jose d’être heureux : ils sont habitués à cette situation et ne s’en rendent même pas compte. Pire, cet héritage (vraiment) inespéré va faire leur malheur (1). C’est alors que ce qui devait être une bénédiction va devenir un cauchemar, avec festival de mesquinerie et surtout d’hypocrisie. C’est un véritable déferlement qui va (presque) emporter ce couple qui n’a rien demandé et à qui on propose de devenir riche.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : nous sommes dans une comédie. Et Ruben Alves s’en tire à merveille dans ce domaine. Il faut dire aussi que la distribution est à la hauteur du challenge, la présence

 

Il réussit le pari de faire un film estampillé « portugais » sans tomber une seule fois dans la caricature ni l’outrance, se moquant (brièvement) des clichés (2), avec un immense respect pour ces gens qui, comme bien d’autres ont dû venir en France pour survivre. Et dans une certaine mesure, on retrouve le même ton employé par Philippe Le Guay dans son formidable Les Femmes du 6è étage, mais de l’autre côté de la péninsule ibérique.

C’est vrai aussi que les deux personnages principaux sont attachants : prévenants, attentionnés et ne comptant pas leur temps. Et l’explication que Maria en donne à ses employeurs le résume très bien, même si on a tendance à penser qu’ils sont quand même un peu trop bons (3).

 

Et puis il y a la musique.

Si la musique a plutôt pour habitude de soutenir l’intrigue du film, ici elle va plus loin, devenant un ingrédient indispensable du film. Bien sûr, la musique traditionnelle portugaise tient une grande place, ce qui est tout à fait normal. C’est d’ailleurs pendant deux chansons que le film prend toute sa dimension émotionnelle.

C’est L’Etrangère de (et chantée par) Linda de Suza (4) qui illustre à la perfection la condition de Maria, à croire que le film a été élaborée à partir d’elle (la chanson) : c’est très court, quelques vers seulement, et nous comprenons alors pourquoi Maria ne voit plus les barreaux de sa cage.

L’autre, c’est Prece, un fado (5) interprété avec beaucoup de talent par Catarina Wallenstein, et qui va accentuer l’émotion de la résolution de l’intrigue vers la conclusion inévitable et (presque) prévisible.


Bref, une belle comédie. Une grande.

 

  1. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est bien connu.
  2. Une histoire de moustaches que je vous laisse découvrir.
  3. Avec un grand C.
  4. Pourtant, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé (ou de Ricoré).
  5. Inévitable, bien entendu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Bond, #Espionnage, #Sam Mendes
Skyfall (Sam Mendes, 2012)

Saviez-vous que la mère de James Bond (Daniel Craig) s’appelait Monique Delacroix ?

C’est en tout cas l’une des informations de cet énième épisode (1) de l’agent secret le plus célèbre au monde, puisque Skyfall désigne l’endroit où James a grandi et où ses parents ont été enterrés. C’est d’ailleurs là que se situe l’affrontement final avec le super méchant de service : Raoul Silva (Javier Bardem). Parce que nous avons affaire à un méchant patenté, l’un de ces personnages qui font – comme disait Hitchcock – le succès du film.

Mais reprenons.

 

James Bond est mort. Encore.

James Bond était à Istanbul pour tenter de récupérer une liste d’agents sur le point d’être démasqués. Malheureusement, il a été abattu par sa coéquipière, une jeune femme très belle (comme d’habitude) qui répond au doux prénom d’Eve (Naomie Harris). Suite à ce faux pas et avec l’annonce de la disparition du super agent, M (Judi Dench) se retrouve sur la sellette.

Mais bien sûr, Bond n’est pas mort et quand il apprend que le siège du MI6 (Vauxhall) a été attaqué, il se fait connaître et reprend du service.

Sa mission : protéger M et surtout mettre hors d’état de nuire Silva avant qu’il s’en prenne à sa cheffe.

 

Après l’intermède Quantum of Solace, les scénaristes ont décidé de reprendre la base de Casino Royale : une remise à zéro des aventures de l’espion. Alors que ce 21éme épisode nous montrait comment Bond a acquis sa licence 00, ce nouvel opus installe de nouveaux éléments qui vont peupler l’environnement de ce personnage hautement singulier. C’est tout d’abord l’apparition du Quatermaster, appelé plus simplement Q (Ben Whishaw), et qui est – pour une fois – très jeune, mais comme ses illustres prédécesseurs ne craint qu’une chose : que Bond ne ramène pas le matériel entier. Et comme ses prédécesseurs, sa semonce restera lettre morte puisque Bond ne ramènera que l’émetteur radio…

 

Autre personnage qui fait son apparition : Eve. Il faut attendre la fin du film pour savoir quel est le nom de famille de cette personne, et si vous ne le savez pas encore, je vous conseille de passer au paragraphe suivant. Elle ne s’appelle plus Jane comme l’avait conçu Ian Fleming, mais bien Eve et n’est autre que Moneypenny. Certains ont été choqués par cette révélation (2) parce qu’ils ne l’imaginaient pas sur le terrain. Pourtant, l’intrigue (très) bien ficelée de Neal Purvis, Robert Wade et John Logan nous éclaire sur son passé et surtout le contexte dans lequel elle entre au service de M. Mais pas le M qu’on connaît parce que « Ma’am » meurt (hélas) dans cette nouvelle aventure : le monde a changé et surtout elle a vieilli, n’ayant peut-être plus les mêmes réflexes. Par contre, elle demeure une grande admiratrice de son agent exécré préféré, comme le suggère leur relation tellement british. Le nouveau M est une vieille connaissance des spectateurs puisqu’il s’agit du grand Ralph « Voldemort » Fiennes, mais on ne l’apprendra, là aussi, qu’à la fin.

 

[Je retrouve donc ceux qui ne voulaient pas savoir l’intrigue.]

Sam Mendes réalise ici l’une des plus belles aventures de James Bond, dosant avec le juste équilibre les différents éléments qui ont fait le succès de la série : action, spectacle, humour et jolies femmes, ainsi qu’une part personnelle plus grande dans le personnage de Bond. Son passé est non seulement mentionné et mais aussi revisité lors de la dernière séquence d’action.

Cette séquence porte d’ailleurs la marque du chef opérateur Roger Deakins qui retrouve pour la troisième fois Mendes. C’est une séquence où l’action est bien sûre omniprésente, mais les différentes bombes incendiaires et autres explosions donnent un éclairage de toute beauté à ce grand moment d’explication. C’est un jeu d’ombres et de lumière magnifique. Encore une fois.

 

Bref, un nouvel opus à placer dans les tout meilleurs de la série, avec, comme conclusion de cette remise à zéro des aventures deux éléments pour l’asseoir définitivement : la réapparition de l’Aston Martin DB5 et la séquence finale au bureau, avec l’indispensable perroquet (3).

Avec la destruction du véhicule et la mort de M/Judi Dench, c’est l’ancien Bond qui disparaît : il n’y a plus de lien avec les autres épisodes, si ce n’est Bond lui-même. Et le final au bureau de Moneypenny, c’est le véritable signe du renouveau des aventures de Bond.

 

Alors, prêt (à nouveau) à sauver le monde ?

 

  1. le 23ème des productions EON, les seules « habilitées » à traiter des aventures du héros.
  2. Et d’autres encore plus parce qu’elle était noire. Comme si Moneypenny devait avoir une couleur de peau attitrée !
  3. Celui où James/Sean Connery lançait son chapeau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Sam Mendes
1917 (Sam Mendes, 2019)

6 avril 1917, quelque part à l’arrière des lignes.

Les caporaux Blake (Dean-Charles « Tommen Baratheon » Chapman) et Schofield (George MacKay) se reposent quand un supérieur les envoie chez le général Erinmore (Colin Firth) : ils doivent franchir les positions allemandes (censées être abandonnées) pour rejoindre une division afin de l’empêcher d’attaquer.

Contrariés, ils doivent accepter, surtout que le frère de Blake fait partie de cette division.

Le périple commence alors, et il semble que les Allemands soient réellement partis.

 

Ordinaire. Non pas le film, mais la situation. Pas de grand moment de bravoure ni de combats acharnés pour reprendre un bout de terrain dont l’enjeu stratégique est inversement proportionnel au nombre de tués pour y parvenir. La plupart du temps, il n’y a que très peu de protagonistes : les deux soldats au début et leurs rencontres, plus ou moins fatale, voire létale. C’est le parcours de deux soldats, ni meilleurs ni pires que les autres (1), à travers une campagne française ravagée par le conflit. On notera d’ailleurs les superbes décors de ruines d’une grande sobriété de Niall Moroney et son équipe.

 

Et Sam Mendès, avec l’aide de son chef-opérateur Roger Deakins, va concentrer son point de vue narratif sur ce duo qui se défera pour ne rester que sur le survivant, toujours à une (très) proche distance, nous faisant voir sa guerre, avec même un écran noir de quelques secondes quand il perd connaissance.

Et même quand a lieu l’assaut (2), la caméra reste sur MacKay jusqu’à la fin, faisant de cet assaut un élément de décor comme les autres. Il n’est donc pas étonnant que la photographie ait été récompensée (Deakins a accumulé les distinctions) : elle est magnifique. Ce sont avant tout des tons très pales qui dominent ce film, jusqu’aux teints quasi cadavériques des deux caporaux, renforcés par les teintes de la terre environnante : alors qu’on a surtout l’habitude de voir une terre boueuse noire comme la mort, ici elle est très claire, même quand elle est humide (3).

Et cette rupture colorée ne diminue pas l’impact mortifère des images.

 

Parce que ce qui occupe la plupart du temps les lieux, c’est la mort. Tout est mort. Ce qui était des villes, des villages, des habitations sont détruites, ne laissant que des ruines, squelettes de ce qui voyait la vie s’organiser. Bien sûr, les êtres vivant ont été tués. Les premiers cadavres qu’on peut voir sont des chevaux, dans des états de décomposition avancés, mais rapidement nous aurons droit aux humains dans des situations parfois gênantes : une tête qui sort de terre, des cadavres flottants… Sans oublier les inévitables charognards : les corbeaux et surtout les rats.

Même les végétaux ont été tués : non seulement plus rien ne pousse, mais la découverte de tous les arbres abattus dans un verger ajoute un élément singulier sur l’absurdité de la guerre. En effet, alors qu’un arbre près d’une route a été coupé pour ralentir la progression d’un convoi, on ne comprend pas pourquoi avoir abattu tous ces cerisiers. Etait-ce l’incongruité de leur existence dans un lieu désolé et ravagé par la guerre ? (4).

 

Bien sûr, le début du film nous ramène aux Sentiers de la Gloire, avec ce travelling arrière qui voit les deux soldats avancer dans la tranchée, avec la même détermination que Kirk Douglas (mais pour d’autres raisons). Mais là s’arrête le parallèle : il n’y a ici aucune dénonciation. De même, on pense aussi à Gallipoli mais avec un résultat différent, Schofield renvoyant au personnage de Frank Dunne (Mel Gibson) lui aussi envoyé pour arrêter un assaut. Là encore, je n’irai pas plus loin, nous sommes dans une configuration très différente.

 

Au final, nous avons un film magnifique d’une très grande sobriété où la guerre reste à un niveau très humain, évitant l’aspect grandiose des plans d’ensemble montrant des assauts que nous avons l’habitude de voir dans les films de guerre. Nous restons au niveau de Schofield, ce soldat ordinaire qui s’acquitte de sa mission naturellement.

Mais malgré tout, le film est spectaculaire (voir le troisième paragraphe), et si Deakins en est un artisan primordial, il ne faut pas non plus oublier le travail d’éclairage qui donne une dimension surréelle à cette guerre : le passage à Ecoust de nuit avec l’utilisation des feux de détresse donne une impression de rêve aux épreuves de Schofield. Et d’autant plus qu’il vit alors l’un des moments les plus dangereux de son parcours, pris pour cible par différentes ennemis. On en vient presque à douter de la réalité de ce qu’il vit.

 

Superbe.

 

NB : avec la nouvelle pratique qui veut que le générique ne soit exposé qu’à la toute fin, si on ne se penche pas sur la distribution avant de voir le film, on a quelques surprises en découvrant les différents personnages qui jalonnent le parcours de Schofield (et Blake). Outre Colin Firth, on reconnaîtra avec plaisir quelques figures connues comme Mark Strong ou Benedict « Sherlock » Cumberbatch, sans oublier Richard « Robb Stark » Madden.

 

  1. On pourrait croire que Schofield est un soldat d’exception puisqu’il a été décoré. Mais ce qu’il a fait de sa médaille nous rappelle qu’il n’est qu’un soldat ordinaire avec des envies très humaines.
  2. Parce qu’il y en a un, difficile d’imaginer un film sur la Première Guerre Mondiale sans un quelconque engagement.
  3. Et boueuse, cela va de soi, il semble que cet élément de texture terrestre soit incontournable dans les films de tranchées.
  4. D’ailleurs, comment ont-ils pu survivre après trois ans et demi de conflit ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espace, #Ron Howard, #Tom Hanks, #Bill Paxton
Apollo 13 (Ron Howard, 1995)

 

Quand sort le film, 25 ans après les faits (et aujourd’hui encore, un peu plus de 25 ans plus tard), les spectateurs connaissent déjà la fin de l’intrigue : Jim Lovell (Tom Hanks), Fred Haise (Bill Paxton) et Jack Swigert (Kevin Bacon) sont revenus sains et saufs de leur voyage spatial après avoir fait le tour de la Lune, à défaut de s’y être posés.

Mais malgré tout cela, Ron Howard réussit à nous faire douter de l’issue de cette aventure spatiale bien singulière. Singulière parce que nous n’avons pas l’habitude, nous spectateurs, de voir un fiasco en œuvre dans un film sur l’espace.

 

Parce que cette fois-ci, rien ne se passe comme prévu : non seulement il n’y aura pas d’alunissage, mais en plus, les trois hommes vont frôler la mort. Certes, beaucoup comme moi ont encore en tête l’explosion terrible de Challenger (22-1-1986), mais nous n’en sommes pas là : il s’agit ici de 1970.

Du 11 au 17 avril, le monde va donc suivre avec angoisse le sort de ces trois hommes coincés à des milliers de kilomètres de toute vie humaine, dans un engin qui n’était prévu que pour alunir et repartir. Bref, autant dire un vol impossible.

Et ce qu’il y a de bien avec les choses impossibles, c’est que ça donne des ailes au cinéma, lieu où tout est possible, et surtout ce qui ne l’est pas.

 

Certes, l’impossible ne l’est pas tant que ça puisque nous savons comment tout cela s’est terminé. Mais le talent de Ron Howard et de tout ceux qui l’entourent sur cette aventure (à plus d’un titre) c’est de nous relancer dans cet impossible et de nous amener à ce dénouement (heureux) malgré tout, comme s’il s’agissait un tout nouvel exploit(1). Nous nous retrouvons dans les mêmes conditions que les acteurs d’alors, tendus devant cette situation qui semble inextricable.

Comme d’habitude, on trouvera quelques esprits forts pour nous signaler qu’il y a certaines approximations et que certaines choses ne son pas possibles ou ne se sont pas passées (2). Et comme toujours je dis : certes, mais on s’en fiche, on est au cinéma. Ce qui compte, ce n’est pas ce qui a été, mais ce qui se passe sous nos yeux.

 

Et de ce côté-là, la mission de Ron Howard est bel et bien accomplie, recréant un grand moment de tension cinématographique en mettant en présence les différents acteurs de ce qui aurait pu être une tragédie : les astronautes bien entendu, mais aussi le centre de contrôle de Houston (3), inévitable, et enfin ceux qui ont vécu tout cela peut-être aussi intensément que les trois hommes, leur(s) famille.

Et tout cela, en jouant avec astuce sur le chiffre 13, censé porté malheur : non seulement le numéro de la mission est celui-là, mais ils s’élèvent à 13 h 13 et doivent alunir le 13 avril !

Tout est prêt pour un film catastrophe et la catastrophe arrive : Marilyn Lovell (Kathleen Quinlan) perd sa bague de fiançailles dans la douche !

 

Sérieusement, Ron Howard réussit un très beau film sur la conquête spatiale américaine, dans la lignée du non moins superbe The right Stuff de Philip Kaufmann une dizaine d’années plus tôt, avec en commun Ed Harris (Gene Kranz) (4), mais avec un handicap de choix : l’échec de la mission.

Et c’est aussi là qu’est la magie du cinéma : réussir à tourner cet échec en une incroyable réussite, avec résolution finale émouvante. Et il faut avouer que les Américains savent le faire.

 

C’est ça, le cinéma.

 

  1. Exploit qui fut réel à cette époque.
  2. C’est bien la musique de 2001, a space Odyssey qui fut jouée !
  3. De ce côté-là, pas de problème !
  4. Avec des cheveux !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Irvin Willat
The Michigan Kid (Irvin Willat, 1928)

Alaska, aux alentours de 1898 (ruée vers l’or).

Le Michigan Kid du titre, c’est Jimmy Rowan (Conrad Nagel), un aventurier qui a fait fortune grâce à sa maison de jeu où les prospecteurs viennent dépenser leur argent après une longue période de prospection.

Et aujourd’hui, il retourne dans le Michigan pour retrouver la femme qu’il aime : Rose Morris (Renée Adorée). Enfin ça, c’est ce qui est prévu, parce que Frank Hayward (Lloyd Whitlock) vient d’arriver : il doit retrouver sa fiancée qui arrive avec le prochain steamer. Et sa fiancée n’est autre que Rose Morris.

Et Jimmy se souvient de son enfance – turbulente – auprès de la jeune Rose et avec les tourments que lui faisait endurer le même Frank Hayward.

 

Voici un petit western (64 minutes) fort intéressant, sorti pendant l’avènement du parlant (1), se déroulant, une fois n’est pas coutume, en Alaska. On y trouve bien sûr les grands espaces et l’atmosphère viciée des saloons (2), avec bagarre incontournable au revolver. C’est d’ailleurs Hayward qui en est le responsable, blessant le croupier qu’il accuse d’avoir triché.

Mais voilà : non seulement il n’y a pas eu de triche, mais en plus Hayward est un type franchement louche qui a perdu au jeu la paye de ses mineurs.

Dès cette première partie (3) chez Jimmy, Willat expose clairement la situation : si Jimmy était considéré comme un petit voyou enfant, il a très bien évolué, devenant riche tout en étant honnête. Par contre, Hayward, qui était déjà roué quand il était petit, l’est devenu encore plus, à la limite de la légalité (et même au-delà !).

 

Et l’arrivée de Rose va complètement changer la donne, surtout que Hayward doit se faire oublier et retourner à la mine, laissant Rowan amener la jeune femme. Bien sûr, on se doute que ce dernier espère que Rose ne l’a pas oublié, et qu’il a peut-être encore une petite chance. Et nous, spectateurs n’en doutons pas, surtout que Hayward ressemble de plus en plus à un méchant. Cette ressemblance est parfaite quand ce dernier va retrouver le couple au refuge et décide d’abandonner Rowan ligoté pendant que la forêt s’embrase et menace la cahute.

Parce qu’à ce western, Willat ajoute un soupçon de film-catastrophe, avec descente de la rivière bordée de flammes avec chute d’eau à l’arrivée. Bref, du grand spectacle.

 

Et de ce côté-là, c’est vraiment du grand spectacle. Certes, le côté western est un peu atténué avec cette histoire d’amour, mais on y retrouve un affrontement final qui n’a pas lieu à la toute fin du film, mais avant la fuite sur la rivière.

Et Willat utilise à merveille la caméra de Charles J. Sumar pour les différentes parties du film. Nous sommes bien loin des débuts du western  avec Edwin S. Porter : la caméra est mobile et accompagne avec beaucoup de pertinence les différentes péripéties. Travellings, gros plans et autres flashbacks sont les maîtres mots de cette réalisation, sans oublier des transitions intéressantes dont la première qui voit une batée (4) se transformer en roulette (celle de Rowan).

 

Bref, un petit film qui se déguste avec gourmandise, surtout qu’en plus on y retrouve la belle Renée Adorée, dont c’est l’un des derniers films. A voir ? Oh oui.

 

  1. Les intertitres sont très lisibles sur les lèvres des différents interprètes.
  2. Dans l’établissement de Jimmy, on joue aux cartes et mais aussi du revolver, et des filles lèvent les jambes en musique.
  3. Du film, pas de cartes.
  4. Le récipient rond qui permet de séparer les paillettes des cailloux.

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