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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Animation, #Segundo de Chomòn
La Maison ensorcelée (Segundo de Chomòn, 1906)

Un trio – une femme et deux hommes sont surpris par l’orage. Ils se réfugient dans une maison abandonnée qui va s’animer dès leur approche : chaises qui disparaissent quand on veut s’asseoir dessus, table qui se dresse seule et repas qui se sert sans aucune aide… Sans oublier un tableau qui s’anime et fait apparaître un personnage aussi étonnant qu’inquiétant…

 

Même s’il s’agit de l’une des premières réalisations comportant une maison hantée, le domaine reste la comédie. Il n’y a rien de bien sérieux dans ce petit film (en durée), et ses personnages, s’ils sont embêtés par les différentes actions autonomes de la maison, ne manifestent aucune peur.

De plus, tous les trois sont grimés d’une façon qui rappelle plus le maquillage des clowns qu’autre chose. Et bien sûr, les différentes péripéties qui surviennent prêtent plus à rire qu’à autre chose. Seule la figure qui apparaît dans le tableau semble inquiétante, mais rattachée à l’ensemble, c’est son aspect qui retient l’attention plus qu’autre chose.

 

Le véritable intérêt du film, c’est avant tout le travail en image par image : l’apparentement avec Méliès est flagrant (la société qui produit ce film, Pathé Frères, voulait d’ailleurs faire concurrence au grand Georges) dans l’utilisation des trucages et surimpressions, mais ce qui frappe le plus ici, c’est donc l’utilisation de ce procédé « stop animation » (1). La préparation du repas est un modèle du genre, qui voit le couteau découper saucisson et pain, la serviette se dépliant pour l’essuyer et enlever les miettes. Sans oublier une pointe humoristique avec la rondelle qui ne veut pas rentrer dans le rang.

 

De plus, les différents effets « spéciaux » sont réalisés avec beaucoup de soin : les habits qui se lèvent et prennent vie sont impressionnant, tout comme (dans une moindre mesure) la valise qui « se fait la malle » (2) dès l’entrée des personnages dans la maison. C’est limpide, les artifices utilisés n’apparaissant pas.

Et surtout, Segundo de Chomòn (3) pose les bases du cinéma d’animation européen avec cette histoire de maison hantée qu’il reprendra dans d’autres films.

 

Encore une de ces pépites que renferme le cinéma des origines, et un autre réalisateur aujourd’hui malheureusement oublié, à faire découvrir de toute urgence !

 

  1. [stopænɪmeɪʃən] Procédé image par image qu’on appelait alors (1906) procédé américain…
  2. Je sais, elle est facile, mais il était difficile de passer à côté…
  3. De son nom complet Segundo Vìctor Aurelio Chomón y Ruiz (1871-1929)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Alice Guy
Les Feuilles chéant (Falling Leaves - Alice Guy, 1912)

« Quand la dernière feuille de l'automne sera tombée, elle mourra. »

Cette sentence prononcée par le médecin de la famille inquiet beaucoup la jeune Trixie (Magda Foy): il n’est pas question de laisser sa sœur Winifred (Marian Swayne) mourir. Elle décide donc de sortir en douce, munie d'une pelote de laine, pour aller attacher les feuilles aux arbres, empêchant ainsi l'issue fatale qui attend sa sœur.

Heureusement, le destin veille : alors que Trixie entreprend son grand œuvre, elle fait la connaissance du jeune docteur Headley (Mace Greenleaf), pneumologue qui vient d'inventer un traitement contre la « peste blanche » (1).
Bien entendu, il va la sauver. Et bien entendu, ils vont finir ensemble...

 

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je regarde un film d’Alice Guy, l’une des plus grandes dames du cinéma (sinon la plus grande). Et à nouveau (2), c’est une intrigue un tantinet naïve qu’elle nous propose, prenant le point de vue de la petite fille.

Magda Foy fait partie de ces enfants acteurs qui sont de plus en plus nombreux à Hollywood. Et le choix de cette fillette fut très judicieux tant sa composition est empreinte de naturel : quand elle surprend la conversation entre le docteur et sa mère (Blanche Cornwall), elle est positionnée de manière à attirer l’attention du spectateur : en arrière-plan, près d’une tenture derrière laquelle elle se réfugie. Cette position peut nous sembler « trollesque », comme si elle échappait à la réalisatrice (illusoire !). Mais les quelques expressions qui se forment sur son visage s’intègrent parfaitement à ce que nous voyons.

 

Mais nous ne sommes (encore) qu’en 1912, et le cinéma montre ses limites : les intertitres ne sont là que pour illustrer ce que nous allons voir et ne participent pas beaucoup à l’intrigue comme ce sera le cas quelques années plus tard. Les paroles qu’échangent les différentes personnages ne sont que rapportées : on ne peut pas encore parler manifestement de dialogues. Mais on sent tout de même un changement : les descriptions laissent la place aux paroles qui ne sont pas encore « échangées ». Trixie explique sa démarche à Headley, ce dernier annonce qu’il peut guérir la jeune femme. Par contre, si le premier élément est inclus dans l’intrigue, le second garde l’aspect annonceur des autres intertitres.

 

De même, la séquence charnière (celle qui voit Trixie dans le jardin) montre là encore clairement les limites de la technique (celle d’Alice Guy comme celle des autres) cinématographique du début des années 1910s : l’immobilité de la caméra. Alors qu’on pouvait pardonner à Madame Guy l’aspect rudimentaire du cadrage dans La Fée aux choux (3), on regrette franchement qu’elle n’ait pas pu incliner la caméra afin de suivre pleinement la fillette qui attache les feuilles aux arbres : elle se penche et disparaît du champ, nous laissant une vue statique (donc) du portail, pendant que des feuilles continuent de tomber malgré les efforts de Trixie. Certes, c’est court, mais c’est quand même dommage : le cadrage est prévu pour Mace Greenleaf (4).

 

Malgré tout, ça reste un plaisir à voir.

 

  1. Tuberculose.
  2. C’est seulement le deuxième film d'elle dont je parle ici…
  3. C’était son premier film, ne l’oublions pas !
  4. Le côté amusant ne vous a pas échappé : Greenleaf signifie « feuille [d’arbre] verte »…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Roy Calnek
Ten Nights in a barroom (Roy Calnek, 1926)

Joe Morgan (Charles Gilpin) est maire. Mais ce n’est pas arrivé comme ça : sa vie fut très difficile et marquée par le malheur.

Dépossédé de son moulin, il sombre dans l’alcoolisme. Au cours d’une bagarre, sa fille Fannie (Myra Burwell) est mortellement blessée par un tesson de bouteille.
C’est le déclic qui va le ramener sur le droit chemin et qui lui permettra d’accéder à la fonction énoncée ci-dessus.

 

Quand le film sort, nous sommes en plein cœur de la Prohibition. Et comme le dit mon ami le professeur Allen John, cette interdiction absolue d’alcool n’est pas des plus efficaces. Et pourtant, ce film très honnête de Roy Calnek en rajoute une couche sur les dangers de ce poison : outre la violence de son personnage principal, nous assistons à l’intervention d’une foule vindicative qui va mettre le feu au débit de boisson local.

Bien entendu, du fait du contexte, l’histoire que nous voyons défiler se situe dans le passé (un peu plus de sept ans, donc), ce qui permet d’aborder ce sujet sans crainte d’une quelconque censure. De toute façon, l’intrigue s’inspire d’un roman édifiant de Timothy Shay Arthur qui met en garde contre ce fléau qu’est l’alcoolisme.

 

Ce n’est pas la première fois que ce roman est adapté au cinéma (1), mais la particularité de ce film est que l’interprétation est entièrement constituée de personnes noires. Malheureusement, ce film ne fut pas un succès et le studio indépendant Colored Players of Philadelphia s’en ressentira : encore deux films et il disparaîtra définitivement (2).

Ce qui est bien dommage parce que c’était (en plus des films d’Oscar Micheaux) une belle occasion pour les interprètes noirs de jouer autre chose que des rôles utilitaires et/ou domestiques. (3) Les Etats-Unis étaient peut-être le « Pays de la Liberté », mais certainement pas celui de l’Egalité…

 

Reste un film très soigné qui illustre très bien son propos, interprété par des acteurs à la hauteur de l’enjeu : si Charles Gilpin est magnifique, la jeune Myra Burwell tire superbement son épingle du jeu, interprétant cette victime expiatoire (pour Morgan) qui fera grandir ce héros singulier.

Eh oui, toujours cette bonne vieille rédemption…

 

  1. Cinq fois entre 1910 et 1931 !
  2. En tout 4 films sortiront de ce studio. Celui-ci est le second.
  3. Rappel : c’est pour son rôle dans Gone with the Wind que la grande Hattie McDaniel a obtenu un Oscar, devenant la première personne de couleur a être récompensée. C’était en 1940 soit près de quinze ans après ce film. Son rôle ? La servante d’une jeune femme capricieuse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
La Noce de Fatty (His wedding Night - Roscoe Arbuckle, 1917)

Fatty (Roscoe Arbuckle) travaille dans un drugstore qui, comme son nom l’indique est ce que nous appelons une pharmacie. Et comme dans toute bonne pharmacie américaine qui se respecte, on vend toute sorte de choses, en plus des médicaments. Ici, on peut par exemple se rafraîchir le gosier ou acheter du parfum.

Fatty est amoureux d’Alice (Alice Mann) la fille du pharmacien qui le lui rend bien. Mais ce n’est pas du goût du jeune Al (Al St. John) qui est lui aussi amoureux de la jeune femme. Comme elle est promise à notre Prince of Whales, AL décide de l’enlever. Mais c’est le livreur et modèle d’essayage (Buster Keaton) qui est enlevé à sa place…

 

Bien sûr, le scénario est un prétexte. Ne cherchez aucune vraisemblance ni cohérence : nous sommes là pour rire, et Arbuckle (et ses amis) vont s’y employer. Bien sûr, comme nous sommes encore dans les années 1910, ça ne vole pas obligatoirement très haut : coups de pied au cul et déclinaison de tarte à la crème sont les artifices les plus utilisés. Et Keaton, un tantinet sous employé par rapport au film précédent, nous gratifie d’une seule véritable cascade (une chute de vélo). Par contre, on appréciera sa grâce dans la robe de mariée, même si ce gag peut nous paraître un brin douteux une centaine d’années plus tard. Mais pas tant que ça, puisque cet essayage est pertinent par rapport au « scénario » puisque c’est lui qui se fait enlever.

 

A deux autres occasions, on frôle ce qu’on appellerait aujourd’hui le « politiquement correct » : la femme noire qui vient acheter du parfum et s’appuie sur un écriteau tracé à la craie qui va alors vanter une partie charnue de son corps (1).

Autre élément franchement inconcevable au temps de #metoo et des différentes « drogues du viol », le fait que Fatty profite d’endormir les clientes pour les embrasser (sur la bouche, cela va de soi).  Bien entendu, ce gag n’est absolument plus d’actualité, et on se sent tout de même mal à l’aise devant cette séquence, mais il faut se replacer dans le contexte du film : ça ne gênait personne.

Stroheim utilisera cette pratique dans son formidable Greed, mais dans un autre contexte : pas question de faire rire.

 

Pour le reste, Arbuckle reste Arbuckle, avec sa délicatesse patentée, même si sa façon de servir des milk-shake n’a rien de délicate : il va même jusqu’à utiliser un peigne pour filtrer sa mixture. Et bien entendu, il s’en redonne un coup après…

Bien entendu, on s’amuse autant que le trio du film, même si on peut préférer une autre production des trois stars.

Mais que voulez-vous, il faut bien vivre, et tant que le rire est au rendez-vous…

 

PS : Parmi les figurant·e·s, on notera la présence d’une certaine Virginie Rappe (une des deux jeunes femmes dans la voiture qui fait le plein), dont la mort provoquera la déchéance (injuste) du même Roscoe Arbuckle.

 

  1. Bien sûr, c’est pour faire rire et c’est tout de même assez bon enfant, mais on notera que l’écriture aurait dû se trouver écrite à l’envers !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim
Cœurs du Monde (Hearts of the World - D.W. Griffith, 1918)

Tout commence en 1912, quelque part en France (1). Dans un village deux familles américaines sont voisines. Dans l’une, la Fille (Lillian Gish) qui vit avec ses parents, dans l’autre le Garçon (Robert « Bobby » Harron) avec lui aussi ses parents et trois plus petits frères. Bien entendu, la Fille et le Garçon tombent amoureux et même si la présence d’une jeune musicienne de rue (Dorothy Gish) vient chambouler cette situation (elle tombe sous son charme), les deux amoureux le restent et doivent se marier.

Malheureusement la guerre éclate et le Garçon part combattre. Lors d’une attaque, il est touché et se traîne jusqu’à son village (le front en est proche) et succombe à quelques hectomètres. La Fille le découvre et devient folle.

 

Bien sûr, c’est un film de commande, et donc de propagande : il fallait faire pencher l’opinion publique américaine dans la guerre. Sauf que les Etats-Unis sont entrés dans le conflit pendant le tournage. Qu’importe. Griffith réalise une nouvelle fresque spectaculaire, mettant en scène un nouveau conflit (d’actualité celui-là). Et Griffith retrouve ses réflexes de Naissance d’une Nation, mettant en scène un nouveau conflit (encore plus) meurtrier. D’ailleurs, les intertitres d’introduction font référence au conflit du premier film, accentuant le fait qu’une guerre n’a jamais vraiment réglé les problèmes (2).

 

Mais nous ne sommes pas ici dans un film de dénonciation de ce conflit : au contraire (voir plus haut) ! Et les vues d’ensemble des différents assauts nous montrent que la guerre est belle quand elle est bien filmée. Et surtout quand elle ne concerne que des acteurs qui se relèveront une fois la caméra éteinte. Si l’aspect mortifère de la guerre est bien rendu, à aucun moment il n’est donc dénoncé, les soldats partant gaiement se faire tuer, sans aucun état d’âme. Et les seuls « profiteurs » de guerre qu’on rencontre, ce sont des espions installés dans le village.

Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’il est question de se débarrasser des armées allemandes, antidémocratiques, véritable personnification de la barbarie. Encore une fois, on n’hésite pas à qualifier les soldats allemands de Huns, montrant sans hésitation leur cruauté.

Cette cruauté va même se retrouver sur une affiche du film qui voit la Fille fouettée par un sous-officier allemand (George Nichols) : elle n’arrive pas à soulever un baquet rempli de pommes de terre…

 

Mais cette cruauté n’est pas aussi exacerbée que dans un autre film de cette même année 1918 : The Heart of Humanity, avec cet officier allemand abject interprété par Erich von Stroheim. Ce dernier est déjà bien présent sur le tournage, accumulant les casquettes : acteur – il interprète un officier pleinement prussien avec monocle et rigidité légendaire (3), assistant au réalisateur et conseiller technique.

Et bien sûr, ce sont les sœurs Gish qui sont à l’honneur, chacune dans sa spécialité, véritable double face d’une même pièce : d’un côté Lillian en personnage de tragédie, et Dorothy pour la comédie, élément comique (ce que les anglophones appellent comic relief) indispensable au ton grave du film.

 

Parce que malgré tout, Griffith ne ménage pas ses effets, exposant (presque) crûment les ravages de la guerre (auprès des individus comme des paysages), mêlant habilement les images réelles et celles qu’il tourna sur place ou en Angleterre, intégrant des regards de soldats qui n’ont absolument pas l’air d’acteurs : ce sont de véritables combattants et il se trouvait très certainement parmi eux certains qui ne sont pas revenus du front…

Mais nous sommes au cinéma, et en plus chez Griffith, alors l’histoire d’amour l’emporte sur le reste et nous avons même droit à l’incontournable sauvetage de dernière minute.

Nous avons aussi quelques beaux moments de cinéma, Billy Bitzer, même s’il n’a pas pu aller en France, restant tout de même le cameraman attitré de Griffith : les premières retrouvailles entre la Fille et le Garçon (qu’elle croit mort) pour une improbable nuit de noces est un moment très émouvant, et alors que les plans (très) rapprochés de Lillian Gish s’enchaînent avec plus ou moins de bonheur (4), ici on reste à distance, évitant d’insister sur l’aspect pathétique de la séquence.


Quoi qu’il en soit, l’issue de la guerre est claire pour Griffith : la victoire. Et la dernière séquence qui voit l’armée américaine défiler dans le village libéré (5) ne laisse plus aucun doute possible. Pourtant, il faudra encore attendre quelques mois avant que les combats cessent, et encore plus longtemps pour qu’un accord de paix soit signé. Avec les conséquences que l’on connaît. Mais là, ce n’est plus une autre histoire, c’est carrément l’Histoire !

 

  1. Dans l’Est si j’ai bien compris…
  2. Monsieur Griffith est seul responsable de ses convictions.
  3. Sans le corset qui fera sa légende (La grande Illusion).
  4. A un moment, son (très) beau visage marqué  par la tragédie se rapproche beaucoup trop de la grimace.
  5. Par elle, cela va de soi ! (non, je plaisante, mais on n’en est tout de même pas loin…)

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Publié le par Djayesse
La Lanterne rouge (The red Lantern - Albert Capellani, 1919)

La lanterne rouge, c’est celle qui donne son nom à une fête en l’honneur de sa déesse. C’est cette fête qui a été choisie par les conjurés Boxers qui veulent bouter les étrangers hors de Chine.

Pour interpréter cette déesse qui doit faire basculer le peuple dans la lutte armée, c’est la belle Mahlee (Alla Nazimova), une métis, qui se propose, tiraillée entre deux cultures (l’Est et l’Ouest), et surtout déçue par les gens de la mission de Pékin qui, malgré leurs grands principes chrétiens, refusent une éventuelle union entre la jeune femme et le Andrew (Darrell Foss), le fils du révérend Templeton (Winter Hall).

La révolte va donc avoir lieu, mais nous le savons déjà, elle ne changera rien quant à l’occupation étrangère.

 

Somptueux.

Albert Capellani, est malheureusement en fin de carrière (1), et sa vision de la Guerre des Boxers qui embrasa la Chine entre 1899 et 1901 est magnifique. Qu’elle ne soit pas réaliste, est une autre chose : nous sommes au cinéma que diable !

En plus de la réalisation, il a coécrit le scénario – encore une fois (2) – avec la grande June Mathis, et dans le rôle principal, il retrouve l’immense Alla Nazimova, dans un rôle double (encore) : Mahlee et Blanche Sackville. Bien sûr, les deux jeunes femmes se rencontrent, ce qui permet de vérifier la maîtrise technique de l’équipe de tournage…

 

Décidément, 1919 est l’année des « yellow faces » (3). A l’instar des « black faces » qui voyaient des acteurs blancs se grimer en noir, on a droit ici à des acteurs blancs qui se maquillent en jaunes. Outre Nazimova, on rencontre ici Noah Beery (le frère de) dans le rôle de Sam Wang, un médecin lui aussi métis un tantinet hypocrite, Margaret McWade (Mme Ling, la grand-mère de Mahlee) ou encore Edward Connelly (le général Jung-Lu).

Si le métissage des personnages peut justifier l’utilisation d’un acteur blanc grimé, on a du mal à trouver quelque explication dans le choix des deux autres. Surtout que le film comporte une immense majorité d’interprètes d’origine asiatique. Mais ils ne sont là que pour faire de la figuration, les rôles principaux étant tenus par des blancs.

 

Autre signe des temps qui baigne le film : le métissage. J’en ai déjà parlé ici dans le cadre de différents films, mais ici c’est cette non appartenance à un monde ou un autre qui est le cœur de l’intrigue. C’est parce qu’elle ne peut pas épouser celui qu’elle aime que Mahlee entre dans la clandestinité et va amener la dernière pierre à l’édifice des Boxers : non seulement les parents du jeune Andrew refusent catégoriquement cette union, mais le contact involontaire des mains des deux jeunes gens fait prendre conscience au jeune homme qu’ils sont différents et qu’il n’y a pas de mélange possible. Cette séquence est, à mon avis, la plus tragique pour Mahlee : plus que le refus de Mrs. Templeton (Amy Veness), c’est ce rejet basé sur la différence de couleurs des deux mains qui résume le mieux l’attitude de ces « âmes si charitables » par rapport aux autochtones. Et la référence à Kipling enfonce définitivement le clou : « Oh, East is East, and West is West, and never the twain shall meet. » (« Oh, l'Est est l'Est, et l'Ouest est l'Ouest, et jamais les deux ne se rencontreront »)

 

Malgré tout, ce qui ressort du film, c’est une grande richesse. Les décors sont superbes et les costumes (traditionnels) éclatants, rehaussés par le fait que c’est une copie teintée du film qui a été restaurée, sans oublier les éclairages d’une grande pertinence.

Côté interprétation, Nazimova reste Nazimova : elle est sublime même si elle a tendance parfois à surjouer (on ne se refait pas). La bonne surprise venant surtout de Noah Beery qui, malgré sa « yellow face » est un personnage un brin fourbe mais dont la fourberie semble légitime : les métis sont mal considérés par ceux qui disent vouloir les aider.

Au final, un nouvel élément concernant le métissage, véritable problème identitaire aux Etats-Unis – et aussi ailleurs – où les victimes sont rejetées de quelque côté qu’elles se tournent, parce qu’elles ont seulement eu le malheur de naître.
Mais aussi un très beau film d’un réalisateur aujourd’hui oublié, pionnier du cinéma français et qui dut s’arrêter trop tôt.

Enfin une dernière remarque : parmi les élèves à qui Mahlee fait classe, on peut reconnaître une jeune actrice (elle a 14 ans quand le film sort) qui va bientôt faire parler d’elle : Anna May Wong.

 

  1. Malade il arrêtera de tourner en 1922 avant de s’éteindre en 1931.
  2. Ils ont travaillé ensemble sur cinq films entre 1918 et 1919 : La Lanterne rouge est leur dernière collaboration.
  3. Cf. Richard Barthelmess dans Broken Blossoms.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinema, #Muet, #Comédie, #Jack Nelson
Sunshine of Paradise Alley (Jack Nelson, 1926)

Paradise Alley, comme son nom ne l’indique pas (1), est un quartier défavorisé de New York. Mais si ses habitants ne sont pas bien riches, il existe entre eux une grande amitié et une grande solidarité : quand Tom « the Wop » (« le Macaroni ») est à l’hôpital, un gala est organisé pour payer ses soins, par exemple.

Mais le cœur de Paradise Alley, celui autour duquel tourne le quartier, c’est Sunshine O’Day (Barbara Bedford) qui elle, porte très bien son nom (2) : elle est le soleil de l’allée, faisant la joie de tous, surtout son père (Frank Weed) et Jerry Sullivan (Kenneth MacDonald) qui est amoureux d’elle.

Mais le riche banquier (pléonasme ?) Wotherspoon (Gayne Whitman) veut raser le quartier et y construire des usines. Ca ne passe pas du tout auprès des habitants qui vont donc s’organiser pour l’en empêcher. Bien entendu, c’est Sunshine qui dirige cette protestation.

 

Réjouissant. Ce film de Nelson n’est pas si petit que ça, malgré sa faible notoriété. A nouveau il adapte une pièce de théâtre et s’entoure d’interprètes qui vont la sortir de la scène pour en faire une véritable œuvre cinématographique, autre chose que du théâtre filmé. Bien sûr, de nombreuses séquences sont des intérieurs, mais le réalisateur réussit à créer tout un microcosme humain qui sert de véritable décor à l’intrigue. Et en premier lieu la belle Barbara Bedford, à l’aise dans tous les domaines, passant de la comédie à la tragédie (et inversement) avec beaucoup de talent. Tout comme son personnage, elle éclaire ce film de bout en bout. Certes, Sunshine est une (vraie) jeune fille un tantinet naïve, mais c’est aussi ce qui fait son charme : sa présentation dans la haute société est un beau moment comique, surtout avec les vieilles peaux collet monté qui en font partie.

 

Mais ce qui certainement le plus réjouissant dans ce film, c’est (déjà) cette belle illustration du fameux creuset (melting-pot). Quelques mois (3) avant The Shamrock & the Rose, Nelson nous expose ce brassage géographique et ethnique qui constitue les Etats-Unis d’Amérique. Outre l’Italien (voir plus haut), on trouve un Irlandais en la personne de Jerry ou bien sûr la famille de Sunshine, un Juif de l’Europe de l’Est avec Solomon Levy (Max Davidson), et même un Chinois qui est – évidemment (4) – blanchisseur. Et tout ce petit monde s’entend bien. Très bien voire parfois trop bien, ce qui dégénère en immense bagarre, commencée par une chamaillerie d’enfants !

Bref, c’est déjà un petit monde truculent, accentué par certaines trognes caractéristiques : outre Max Davidson, on notera la présence d’Alice Belcher (la femme de Levy, tiens !) au physique si particulier, véritable pendant du premier.

 

Mais Nelson réussit aussi un mélange bien dosé entre la comédie et la tragédie, sans pour autant tomber dans le larmoyant ni le pathétique, avec des situations autrement plus inquiétantes concernant Chet Hawkins (J. Parks Jones), le partenaire de dans de Sunshine, ou encore (et surtout) le jeune Bum (Bobby Nelson, le fils de Jack), qui est un enfant abandonné, qui dort dans la rue et fait les poubelles pour trouver sa pitance. Mais là encore, sans jouer sur la corde sensible, ce qui – à mon avis – renforce son propos.

 

Bref, nous sommes en très bonne compagnie, et le travail des deux cameramen est très honorable, ainsi que celui de Rick Todd qui réalise de très beaux intertitres.

Une belle surprise.

 

  1. « Allée du Paradis »
  2. « Soleil »
  3. Et deux autres films : Nelson était un réalisateur très prolifique (59 films en moins de 15 ans !)
  4. Ce sont les stéréotypes de l’époque, mais qui reflétaient aussi une réalité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Lee Daniels
Billie Holiday, une Affaire d'état (The United States vs. Billie Holiday - Lee Daniels, 2021)

1957.
Billie Holiday (Andra Day, magnifique sur tous les points) est interviouvée par Reginald Lord Devine (Leslie Jordan) sur les dix années qui viennent de passer, harcelée qu’elle fut par le FBI et surtout l’un de ses directeurs, Harry J. Anslington (Garrett Hedlund). L’objectif : la faire tomber pour la drogue qu’elle se fournit régulièrement.

L’objectif officieux : l’empêcher de chanter l’extraordinaire Strange Fruit qui dénonce les lynchages récurrents des Noirs dans le Sud (surtout) des Etats-Unis.

Deux ans plus tard (le 17 juillet 1959), elle succombe à une cirrhose du foie, l’alcool ayant parachevé ce qui fut commencé par l’héroïne et le tabac.

 

SI le narrateur (occasionnel) est Devine, le véritable témoin de cette déchéance, c’est Jimmy Fletcher, le premier agent noir du FBI, ce que l’on appelle un « token », une espèce de gage à la différence : il est là pour montrer que le « Bureau » n’est pas raciste. Et que fait Jimmy pour le Bureau : il met en place son arrestation pour détention de drogue. Bref, les dés sont pipés pour la jeune femme (elle avait 44 ans à sa mort), et l’issue est irrémédiablement fatale. Jusqu’au bout, Anslington et son équipe vont harceler la chanteuse, allant jusqu’à l’arrêter sur son lit de souffrance avant qu’il se transforme en lit de mort.


Bref, c’est une histoire tragique, et pas besoin du film pour nous l’apprendre, tous les amateurs de jazz le savaient. C’est d’ailleurs cette tragédie annoncée qui fait tout l’intérêt du film, et alors qu’on aurait pu s’attendre à une exposition de la lente (enfin pas tant que ça) destruction de Billie par les drogues qu’elle a pu utiliser (1). Lee Daniels reste toujours au niveau de son témoin, sans pour autant occulter le rapport de Billie avec l’héroïne, mais sans en faire le centre du film. Ce qui fait le centre, par contre, ce sont les chansons, et surtout Strange Fruit, que Billie s’apprête à interpréter avant qu’on ait cette histoire d’interviouve.

Bien sûr, on va y retourner dans le film, et l’interprétation prend toute sa dimension, forts que nous sommes de tout ce qu’il s’est passé avant.

 

Il y a une force chez cette Billie qu’interprète Andra Day avec beaucoup de conviction, nous faisant oublier qu’elle n’est qu’une personnification de ce personnage hautement charismatique. Mais comme toujours, un bon personnage ne suffit pas, il faut un méchant à la hauteur, et Anslington est un très beau spécimen. Surtout quand on le voit recevoir une récompense des mains de rien d’autre que Kennedy (JF) alors qu’il a soixante-dix ans (trois ans après la mort de Billie). Cette séquence finale remet d’ailleurs en cause la présence de Garrett Hedlund pour l’interpréter : s’il est relativement jeune quand commence le film (55 ans !), il n’est absolument plus crédible en 1959, alors que son personnage a 65 ans. Trop jeune (2).

 

Mais nous sommes au cinéma, et faire s’affronter deux personnes aussi différentes (en âge, sinon en tout le reste !) n’aurait certainement pas eu le même impact. Il y a une ouverture pour l’identification voire la réunion entre le policier et la chanteuse, accentuée par la femme de ce dernier qui est une fan. Mais si on avait demandé à un acteur vieillissant de prendre ce rôle, l’affrontement racial n’aurait pas pu être mis en avant : on aurait conclu à un « conflit de générations » alors qu’on est vraiment sur le terrain du racisme.

Par contre, on peut tout de même reprocher à Lee Daniels un léger problème avec la narration. Vous m’avez souvent lu ici encenser certains scénarios (et narrateurs) mais il y a certains moments du film où on a du mal à s’y retrouver, le passé – Billie enfant – se mêlant avec le présent de la narration (sa virée dans le Sud avec (entre autres) Jimmy.

 

Certes, on aurait pu aller plus loin dans le traitement racial du film et charger un peu plus la mule (Anslington et l’administration qu’il représente), mais il faut se contenter de ce beau film qui met en valeur l’une des plus grandes chanteuses américaines. Et comme en plus elle était noire, le plaisir n’en est que plus grand, quand on voit les racistes « sans complexe » qui s’épanouissent auprès de nous (3).

 

  1. Qu’on ne s’y trompe pas, l’alcool est une drogue (dure si on en juge les effets mortifères), sauf qu’elle est légale.
  2. Hedlund a 37 ans quand sort le film !
  3. Cette critique fut écrite lors du deuxième tour de l’élection présidentielle française, trois heures avant les résultats du vote…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Jan de Bont, #Dennis Hopper
Speed (Jan de Bont, 1994)

Après avoir empêché l’écrasement de l’ascenseur d’une tour de 46 étages, Jack Traven (Keanu Reeves) doit empêcher l’explosion d’un bus. Jack est un policier du LAPD et il semble que ses journées soient bien rythmées. Enfin les deux que nous voyons : après l’ascenseur, le bus est piégé et si on descend au-dessous d’une certaine vitesse, il explose. Si on essaie d’exfiltrer les passagers, il explose.

Et comme le conducteur a pris une balle (perdue donc), c’est une passagère, Annie (Sandra Bullock) qui mène le train d’enfer derrière le volant.

Et tout ça pour quoi ? Parce qu’un ancien policier (Dennis Hopper) retraité (d’office) aimerait récupérer le pactole : oui, tout ça pour de l’argent.

 

Epoustouflant !

Jan de Bont signe ici un film qui nous tient en haleine (presque) du début à la fin. Il faut dire que ces deux attentats sont des occasions magnifiques de faire un film spectaculaire. Et c’est bel et le bien le cas ! Le rythme est soutenu et le montage dynamique, sans pour autant entrer dans les travers de la décennie suivante : pas de quoi s’étourdir avec la caméra d’Andrzej Bartkowiak. Il faut dire que l’intrigue (haletante) est suffisante pour les émotions. Et les deux stars (1) qui mènent le bal sont eux aussi en pleine forme, face à un Dennis Hopper lui aussi à en pleine forme, interprétant un très beau méchant, flirtant avec ses propres limites avant de basculer définitivement dans la folie.

 

Bien sûr, les personnages sont un peu sommaires, l’accent étant mis sur le spectaculaire. Mais malgré tout, le scénario de Graham Yost nous tient en haleine constamment, renouvelant ce qu'on pourrait presque appeler un huis clos : les passagers du bus sont les prisonniers involontaires de ce maniaque que ces événements vont marquer pendant un moment, tout comme les spectateurs, au moins jusqu’au prochain épisode. Parce qu’il y en aura un.

Hélas.


Quoi qu’il en soit, savourons celui-ci à sa juste mesure. Et si on peut regretter la minceur psychologique  des différents personnages, on se consolera (largement) avec un film qui est entré – à juste titre – dans le classement des 100 heart pounding movies (2).

C’est aussi un argument.

 

  1. Reeves & Bullock ont tous deux été révélés dans les années 1990.
  2. 100 films qui font battre le cœur.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Sofia Coppola
Marie-Antoinette (Sofia Coppola, 2006)

Dès le générique, le ton est donné : c’est Siouxsie & the Banshees que nous entendons, à des années-lumière de la musique de l’époque (enfin un peu plus de deux cents ans).

Parce que nous sommes en 1770, au moment où Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine (Kirsten Dunst), dernière fille de Marie-Thérèse d’Autriche (Marianne Faithful) va épouser Louis-Auguste de France (Jason Schwartzman). Elle a quatorze ans et doit abandonner tout détail qui faisait son appartenance à la maison d’Autriche.
Quatre ans plus tard, elle monte sur le trône, après la mort du vieux roi (Rip Torn).

Dès son arrivée, elle est regardée de travers. Et rien ne sera vraiment fait pour que les choses s’arrangent.

 

Si les costumes sont magnifiques (ils seront récompensés au pince-fesse hollywoodien l’année suivante), n’y cherchez pas beaucoup de vérité historique, si ce n’est la chronologie. On y trouve même la citation de la brioche dont le personnage refuse (à juste titre) la maternité. Rien de tout le reste, parce que nous sommes au cinéma et que tout devient possible. Même une reine qui possède des Converse !

Non, c’est avant tout l’histoire d’une jeune fille qui devient femme et surtout reine de France au pire moment qui soit : elle sera la dernière de « l’Ancien Régime ». Mais si elle devient la première dame de France, elle n’en demeure pas moins une jeune personne avec des préoccupations et des envies de son âge. Et c’est cet aspect-là que Sofia Coppola, au grand dam des spécialistes de la période (et de la personne), va développer tout au long du film.

 

Bien entendu, cet état d’esprit adolescent amène plusieurs débauches plus ou moins compréhensibles : fêtes, nourriture à gogo, sexualité… Tout y passe, d’autant plus que la position sociale de notre héroïne lui permet tous les excès possibles. De plus, elle est encouragée par un entourage guère plus âgé – Mme de Lamballe (Mary Nighy) ou encore la Duchesse de Polignac (Rose Byrne). Bien évidemment, l’infidélité de la reine est exploitée, sans pour autant en faire un élément de grande importance : elle reste à Louis jusqu’au bout.

Et c’est là que Sofia Coppola montre qu’elle est une grande artiste : elle prend à son compte l’histoire de cette jeune femme malheureuse (c’est la première partie du film qui la voit expérimenter la routine de Versailles pour en faire un personnage anticonformiste – elle se plaint à Mme de Noailles (Judy Davis), sorte de duègne du lieu des lourdeurs de l’étiquette – totalement décalée par rapport à son époque et surtout son milieu : un être humain, quoi, comme les autres, emmenant son mari le frileux Louis dans des expériences plus ou moins populaires (sinon vulgaires) qui ne sont pas de leur condition. Et cette insouciance sera soutenue tout du long par une musique volontairement anachronique, plus en rapport à l’adolescence telle qu’on l’imagine en 2005-6.

Mais cet excès a ses revers et d’une certaine façon explique l’issue fatale que vont vivre ces deux jeunes gens qui le seront toutefois moins quand ils arriveront.


Et ça marche : Marie-Antoinette devient une drôle de reine, dirigée par sentiments plus que par sa raison, vivant dans une fête éternelle.

Mais malgré tout cela, Coppola réussit à nous montrer la solitude de son héroïne. Elle est montrée de différente façon : par les ragots de cour qui la croient frigide parce que son mari ne la couvre pas ; par les jalousies – dont celle de la Du Barry – qu’entraîne sa position ; et surtout par le fait qu’elle reste pour tous une étrangère, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouveau pays.

 

De nombreuses séquences rendent compte de cet isolement, pas seulement causé par la négligence de son jeune mari : Versailles est un palais gigantesque où même un monarque peut de temps en temps se sentir peu de chose. Et la meilleure illustration de sa solitude tient en un plan qui va en s’élargissant : Marie-Antoinette est à la fenêtre (1) et la caméra prend du recul, la montrant de plus en plus petite dans ce décor (trop) grandiose.

Et rien que pour cette séquence, ça vaut le coup de voir ce film. Alors imaginez le reste. On retrouve d’ailleurs dans la position de la jeune femme celle de Bob Harris dans Lost in Translation : étrangère, dans un lieu trop grand, subissant un fonctionnement qui lui est tellement étranger…

 

Plus de deux cents ans après sa mort, Marie-Antoinette fascine toujours. Est-ce dû à sa personnalité ? A sa mort brutale et anticipée ? Ou au fait qu’on n’a jamais vraiment pardonné au peuple de France d’avoir exécuté son roi, et surtout sa reine, privilège que seuls les autres monarques possédaient (1) ?

 

  1. Sans oublier que les fenêtres du château de Versailles ne sont en rien des lucarnes…
  2. Henri VIII pour ne citer que lui…

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