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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Tony Scott
True Romance (Tony Scott, 1993)

Clarence Worley (Christian « Adso » Slater) est un pauvre type, vit seul et a pour cadre de vie un magasin de comics, les films de karaté et le King (Val Kilmer), son mentor virtuel qu’il consulte à chaque moment-clé de sa vie (1).

Un jour, celui de son anniversaire, il rencontre la belle Alabama (Patricia Arquette). Elle le suit au cinéma et s’ensuit ce qui donne au film son titre : une vraie histoire d’amour. D’amour et de violence, parce que la rencontre n’était pas fortuite : Alabama est une call-girl, avec souteneur qui fricote dans le trafic de drogue (Gary Oldman).

Qu’à cela ne tienne : Clarence estourbit Drexl (le mac) et repart avec les affaires de la jeune femme. Sauf que ce ne sont pas ses affaires : c’est une valise pleine de cocaïne.

Clarence et Alabama deviennent alors la cible des vrais trafiquants et surtout de leur chef, Vincenzo Cocotti (Christopher Walken).

 

Ce long résumé n’est qu’une partie de l’intrigue un tantinet tarabiscotée élaborée par Quentin Tarantino. Et là, j’ai commencé à avoir peur. Surtout que la séquence d’ouverture voit Clarence plus ou moins monologuer, rappelant les travers (de mon point de vue) de ce scénariste. Mais c’est Tony Scott qui est derrière la caméra, et c’est ça qui fait toute la différence (2). Pas de distorsion du temps (comme dans les deux films suivants de Tarantino) ni bavardage intempestif. Ni non plus de fioritures inutiles. Même le personnage de Floyd (Brad Pitt), glandeur extrême, a son utilité : c’est à chaque fois lui qui remet les gangsters sur la route de Clarence.

 

Par contre, le traitement de la violence est totalement dans la lignée des films de Tarantino : courte et extrême, mais avec les effets de caméra habituels de Scott. Et en plus, avec une certaine dose d’humour (noir, évidemment) amenée surtout par ceux qui sont censés être les moins drôles du film : les « vrais » gangsters. Leur déplacement à quatre en file indienne déjà amène le sourire et le dénouement meurtrier (inévitable) acquiert une dimension comique qui en atténue la violence : non, tout ça n’est pas (si) sérieux !

 

Quant à l’interprétation, Scott n’a pas lésiné : le générique aligne des grands noms qu’on a plaisir à (re)découvrir près de 30 ans plus tard :outre les noms déjà avancés, on retrouve Samuel L. Jackson, James Gandolfini, Tom Sizemore et même Dennis Hopper, c’est vous dire !

Mais cette accumulation de personnalités est aussi une micro arnaque : à peine entrevus, certains d’entre eux disparaissent aussitôt. Violemment, cela va de soi.

Et bien sûr Christian Slater et Patricia Arquette sont irrésistibles dans cette singulière histoire d’amour où, comme le titre l’indique, le romantisme est absolu !

 

  1. On a les amis imaginaires qu’on veut. Ou qu’on peut.
  2. Oui, j’aime le cinéma de Tony Scott : ceci est donc un article partial.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #M. Night Shyamalan
Incassable (Unbreakable - M. Night Shyamalan, 2000)

Elijah Price (Samuel L. Jackson) a la maladie des os de verre : un léger choc et ses os se cassent. Sa naissance fut un véritable traumatisme, le médecin n’ayant jamais vu ça. Malgré tout, il va grandir et devenir quelqu’un : il dirige la galerie d’art Limited Edition, spécialisée dans les dessins originaux des comics américains, essentiellement ceux des superhéros.

Un jour, il apprend qu’un train a déraillé, faisant un nombre considérable de victimes, sauf une personne : David Dunne (Bruce Willis), ressorti absolument indemne d’un accident fatal pour n’importe qui de normal.

Parce que David est différent : il n’a jamais été malade ni n’a été d’une manière que ce soit blessé. Même dans un accident de voiture qui l’a conduit a cessé son activité sportive (de haut niveau), il n’a jamais rien eu.

Price en est convaincu, il sont connectés lui qui a les os fragiles et David qui est indestructible. Comme les deux faces d’une même pièce. Différent mais tout de même très proches.

 

Alors que la déferlante Marvel (et celle DC Comics) n’a pas encore touché le cinéma américain, M. Night Shyamalan nous propose ici une histoire de superhéros très singulière. Singulière parce que David Dunne, malgré son « super pouvoir » est quelqu’un d’absolument normal : il travaille à la sécurité pour un stade et hormis les deux accidents mentionnés plus haut, rien de bien extraordinaire ne lui est arrivé. Il est marié à la belle Audrey (Robin Wright) et a un fils Joseph (Spencer Treat Clark) avec qui une complicité est en train de se mettre en place. Mais il y a Prince qui remet en cause fondamentalement cette vie – médiocre – bien réglée. IL est clair que sa théorie tient la route, surtout quand on sait comment elle évolue.

 

Mais c’est cet aspect ordinaire du personnage de Dunne qui fait tout l’intérêt du film, faisant évoluer son « héros » du scepticisme à l’engagement, ressentant les différentes personnes qu’il côtoie et surtout qui entrent en contact avec lui. Un simple effleurement et David lit dans leur vie – criminelle – passée ce que chacun essaie (toujours) de dissimuler. C’est bien pratique pour identifier un criminel. Mais comme David n’est aucunement un policier, cela reste au niveau justicier, sans réel pouvoir légal ni légitime. Et Night Shyamalan se cantonne à cet aspect spectateur de son personnage, ne lui laissant jamais se mesurer aux « méchants » qu’il a pu (res)sentir pendant ses expériences.

 

Nous sommes très loin d’un Batman ou d’un Superman avec David : il n’intervient qu’une fois le forfait accompli, sauvant ce qui peut encore l’être, mais à aucun moment il ne va prendre l’initiative contre un quelconque méchant plus ou moins patenté. Alors, malgré la présence de Bruce Willis, aucune séquence choc plus ou moins violente : seulement des personnages en quête de leur bonheur – surtout David avec ses histoires familiales – et qui essaient de donner un sens à leur vie – surtout Price.

 

Un univers de superhéros quasiment ordinaires. Ca change.

Enfin, ça changeait : c’était il y a plus de vingt ans…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #James Cruze
Tu trembles, Fatty (Leap Year - Roscoe Arbuckle & James Cruze, 1924)

Stanley Piper (Roscoe Arbuckle) est le jeune héritier de son oncle Jeremiah (Lucien Littlefield), un vieux grincheux misogyne traité contre la goutte par la jeune infirmière Phyllis Brown (Mary Thurman). Stanley est amoureux de la belle Phyllis mais son oncle décide de l’envoyer loin des femmes : elles lui font perdre ses moyens (1). Mais là où Stanley débarque (L’île Catilina), ce ne sont que jeunes beautés qui se prélassent et voient d’un œil intéressé ce futur millionnaire…

Stanley doit encore fuir. Mais elles le suivent chez son oncle.

A partir de là, rien ne va plus…

 

Voilà un film très particulier : il a fallu attendre 2008 pour qu’il sorte (enfin) aux Etats-Unis. La raison ? Roscoe Arbuckle avait été blacklisté suite au scandale qui porte son nom et qui ruina (définitivement) sa réputation. Et surtout pour une affaire où il était totalement innocent ! En outre, il s’agit de son dernier long métrage en tant qu’acteur pour les mêmes raisons : le film n’étant pas sorti (hélas), n’a pas connu quelque succès que ce soit.

Et c’est bien dommage !

 

C’est un véritable chant du cygne que ce film qui le voit en séducteur malgré lui (2) : toutes les jeunes femmes q’il croise (ou qui le croisent) ne peuvent s’empêcher d’être amoureuses de lui, rêvant de l’épouser. Toutes sauf une bien sûr, l’infirmière, la seule qu’il aime !

Et Arbuckle est encore une fois phénoménal. On peut retrouver sa délicatesse et surtout sa souplesse qui ont fait son succès avant. Malgré sa stature plus qu’imposante, il est d’une grâce et d’une légèreté formidables. Il faut le voir simuler une maladie grave – sautiller, bondir et s’effondrer avec en prime une galipette – pour se rendre compte de son aptitude physique étonnante.

 

Malheureusement, même la présence de James Cruze lui aussi à la réalisation n’y a rien fait : les producteurs ont refusé de sortir ce film qui aurait très certainement relancé sa brillante carrière injustement (c’est le cas de le dire) interrompue. Parc e que c’est toujours aussi drôle – et plus évolué que ses premiers films, même si on n’atteint pas le degré de subtilité de ses contemporains dont son ami Buster Keaton. Keaton dont le film Seven Chances qui va sortir l’année suivante, est comme un écho au film de Cruze et Arbuckle : on y retrouve un jeune homme amoureux d’une jeune femme qui le rejette et qui se retrouve poursuivi par une multitude de prétendantes. Certes, le principe de l’intrigue est différent, mais le résultat est le même : une jeune homme en proie aux assiduités de femmes qu’il n’a pas choisies.

 

Mais malheureusement (encore une fois), ce film est resté dans les boîtes – sauf en Europe où on put le voir dès le 13 janvier à Paris – et Arbuckle a survécu tant bien que mal les neuf années suivantes avant de s’éteindre prématurément le 29 juin 1933.

Il est donc indispensable de voir ce film : ce sont les adieux – involontaires – d’un immense comique, par le physique, mais surtout par le talent !

 

PS : encore une fois, le titre original ne semblait pas assez vendeur pour le public français. Cette Année du grand saut métaphorique devient une accroche un brin racoleuse (il faut vendre, que voulez-vous…), avec surtout le souci d’identifier son personnage principal, immense vedette malgré tout. En Europe.

 

  1. Il doit boire un verre d’eau afin de réprimer l’inévitable bégaiement qui le prend à chaque fois qu’il est ému.
  2. A moins que ce soient les millions qui lui sont destinés…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Jean-Pierre Jeunet
L'extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (The young and prodigious T.S. Spivet - Jean-Pierre Jeunet, 2013)

T.S. Spivet (Kyle Catlett) a 10 ans et est un génie scientifique. Certains naissent artistes, d’autres des pros de la gâchette, lui est un scientifique. Malgré son professeur (Richard Jutras) il a inventé un mouvement perpétuel dont le principe est magnétique : évidemment, au bout de 400 ans, il faut remagnétiser les aimants.

Quoi qu’il en soit, T.S. va être récompensé pour son invention : il décide alors de fuir son foyer et d’aller recevoir son prix, quitte à mentir sur ses origines et sa vie.

 

Encore une fois, Jean-Pierre Jeunet nous offre ici un film qui fait du bien (1). 15 ans après son examen de passage (Alien: Resurrection), il retourne en Amérique (le continent) pour signer une nouvelle histoire (improbable, cela va de soi) dont le personnage principal est cette fois-ci un enfant. Un enfant certes, mais avec une pensée plutôt adulte. Et c’est là que le savoir-faire de Jeunet se met en place : à chaque fois que T.S. raisonne ne enfant, des surimpressions se mettent en place, illustrant sa vision (d’un enfant de 10 ans) du monde, soutien pour les adultes qui ont perdu depuis bien longtemps ce système de pensée.

 

Et comme nous sommes chez Jeunet, on a le droit de s’attendre à voir traîner Dominique Pinon : il est indissociable du travail du réalisateur depuis Delicatessen. Il est bien là, en vieux loup de mer ferroviaire (la prairie est son océan, évidemment), accueillant le jeune garçon le temps de cirer ses chaussures et d’une histoire qui va inspirer le garçon par la suite.

 

Outre Pinon, le film porte les stigmates du réalisateur, accentuant l’aspect bricoleur de son personnage principal et surtout insistant sur ces petits riens qui font la vie elle-même. Avec en outre une dimension familiale servie par des interprètes au même niveau d’exigence induite dans le travail du réalisateur. Bien sûr, Helena Bonham-Carter est magnifique, mais qui aurait pu en douter ? A ses côtés, la jeune Niamh Wilson (Gracie Spivet) est un beau mélange d’amour fraternel (sororal ?) et de futilité, ingrédient indispensable dans la résolution générale de l’intrigue.

 

Parce que ce qui fait le sel de cette intrigue, c’est la révélation progressive de ce qu’il s’est véritablement passé quand Layton (Jakob Davies) a utilisé la Winchester qui l’a tué. Et bien entendu, les mensonges (pieux) avancés par TS pour justifier sa présence par mi l’élite scientifique américaine ne vont pas tenir : à un moment, la vérité doit triompher et c’est là qu’intervient celle qui fut une mère lointaine après la mort accidentelle de ce frère jumeau.

Accidentelle, jusqu’à quel point ?

 

Et Jeunet déroule cette histoire merveilleuse (bien que scientifiquement étayée) et donne la part belle à ce jeune garçon étonnamment précoce, lui donnant en outre le rôle de narrateur, nous permettant d’errer avec lui dans son esprit éveillé certes, mais avant tout celui d’un enfant de 10 ans.

Et ça marche : Kyle Catlett est superbe, entouré d’interprètes à la hauteur de sa prestation, permettant in fine ce sentiment de bien-être inhérent au cinéma de Jeunet.

 

Que demander de plus ?

 

  1. Vous remarquerez que je n’use d’aucun anglicisme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Batman, #Tim Burton, #Danny DeVito
Batman : Le Défi (Batman returns - Tim Burton, 1992)

Trois ans ont passé depuis que Tim Burton a renvoyé Batman sur les grands écrans : Gotham est toujours une ville gangrenée par le crime, Batman (Michael Keaton) doit toujours intervenir pour assurer la sécurité de ses concitoyens, et surtout, Vicky Vale (Kim Basinger) est partie !

Mais heureusement (pour nous) de nouveaux méchants sont arrivés : Max Schreck (Christopher Walken), homme d’affaires (très) louche qui veut mettre Gotham sous sa coupe (malfaisante) et un curieux personnage handicapé qui répond au nom d’Oswald Cobblepot, mais qu’on connaît surtout sous le pseudonyme du Pingouin (Danny DeVito).

 

Et autant vous le dire tout de suite, c’est bien le Pingouin qui attire toute l’attention, campé par un Danny DeVito en grande forme, maquillé avec brio par Shane Mahan (d’après la conception de Mark McCreety) et est presque méconnaissable (1). C’est en outre la première de plusieurs collaborations entre  lui et le réalisateur, avec à chaque fois des créatures différentes, qu’on n’appelle plus des « monstres ».

Et la grande différence avec le premier opus, c’est l’appropriation de l’univers de Bob Kane (2) par un réalisateur obsédé par la différence. La séquence d’introduction qui voit l’arrivée à la vie du Pingouin est dans la plus pure veine burtonienne : un décor gothique, des personnages au physique particulier (les parents d’Oswald : Diane Salinger & Paul Reubens) et qu’on enferme dans une cage. Quand à la demeure qu’ils habitent, elle n’est pas sans rappeler celle de La Famille Adams que Barry Sonnenfeld a porté à l’écran l’année précédente.

 

Mais (parce qu’il y a toujours un mais, c’est aussi là que le bât blesse : à force de s’approprier ce monde et d’en faire un univers burtonien, on arrive à un excès qui se traduit par certains jeux un tantinet outrancier : si le Pingouin est par essence exubérant, le personnage de Catwoman (Michelle Pfeiffer) en devient insupportable, et on préfère largement la (belle) prestation qu’en fera Zoë Kravitz trente ans plus tard.

Et dans l’ensemble, la bonne impression qu’avait laissé le premier film s’estompe : on ne retrouve pas la même atmosphère ni les mêmes références. Disparue la référence à Fritz Lang et son Metropolis : Gotham nous apparaît artificielle, voire en carton-pâte.

Et pourtant le budget a été doublé !

Et si l’artificialité se prêtait admirablement à son film précédent (Edward Scissorhands), il n’en va pas de même ici, et c’est bien dommage parce qu’en plus l’aspect grotesque prend le pas sur le reste et Batman devient alors un personnage presque secondaire : difficile de rivaliser avec un tel Pingouin !

 

Un dernier mot enfin. Le nom du personnage de Christopher Walken est bien sûr inspiré de l’acteur qui interpréta le formidable Nosferatu de Murnau. A l’instar de ce vampire qui aspire la vie (et donc l’énergie) de ses proies par une morsure dans le cou, il est dit ici que la réalisation de Schreck (une centrale électrique) va aspirer l’énergie de Gotham.

A son propre profit, cela va de soi…

 

PS : AU fait le titre original, c'est Batman revient. Moins vendeur semble-t-il...

  1. La taille caractéristique de l’acteur le trahit.
  2. Le créateur du Batman.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty chez lui (The Rough House - Roscoe Arbuckle & Buster Keaton, 1917)

Fatty (Roscoe Arbuckle) s’endort, une cigarette à la main. Allumée, cela va de soi. Evidemment, le feu se déclare et il va chercher pour l’éteindre… Une tasse !

L’incendie maîtrisé, la maison s’excite et Fatty se retrouve à cuisiner, suite aux défections du cuisinier (Al St. John) et de la servante (Josephine Stevens) tous les deux remerciés suite à l’arrivée d’un commis (Buster Keaton) pendant le petit déjeuner.

Arrivent deux escrocs qui seront confondus par l’ex-commis et l’ex-cuisinier, devenus entre-temps policiers.

 

Encore une fois, il est difficile de résumer l’intrigue des courts films de Roscoe Arbuckle, tant le format (deux bobines) est utilisé à fond et rempli jusqu’à la limite de gags plus ou moins élaborés. Moins avec les coups de pieds dans le derrière et autres projectiles envoyés à la figure, plus avec une idée de gag qui fera école quelques années plus tard jusqu’à devenir un must : Fatty plante deux fourchettes dans deux petits pains et la fait danser…

Mais dans l’ensemble, c’est tout de même l’influence Keystone qui domine, avec ses inévitables policiers abrutis et maladroits, ici interprétés surtout par Keaton et St. John.

 

C’est d’ailleurs ici la première collaboration de Keaton à la mise en scène comme le confirme une place plus importante dans le scénario et ses cascades elles aussi inévitables. D’une manière générale, il faut être très souple et un tantinet athlétique pour participer aux films de ce trio infernal. Et la jeune Josephine Stevens (qu’on avait déjà vu dans le film précédent) ne dépare pas face à ces pieds nickelés.

Mais c’est encore Roscoe Arbuckle qui a le premier rôle et l’intrigue est recentrée sur lui, tout comme la caméra sur certains plans.

 

C’est très drôle mais c’est tout de même du grand n’importe quoi et le fait que ce film fut retrouvé tardivement – il fut longtemps considéré comme perdu – peut expliquer une pauvre qualité d’image voire quelques secondes manquantes par ci par là.

Mais on ne va pas bouder le plaisir de retrouver ce trio loufoque et surtout les débuts derrière la caméra de l’immense Buster.

Au fait, si le titre original prend une majuscule à Rough, ce n’est pas parce que c’est un adjectif (1) : c’est le nom de famille de Fatty…

Il est donc bien « chez lui »…

 

J’oubliais : Keaton, qui n’en est qu’à son deuxième film n’a pas encore trouvé le ton de son personnage impassible : il sourit ! Et même plus…

 

  1. rough = rugueux, rude : de quoi qualifier malgré tout cette maisonnée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Michael Engler
Downton Abbey (Michael Engler, 2019)

So british !

 

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas vu la série. Mais il est clair que le film donne furieusement envie de se plonger dans ce microcosme britannique avec délectation.
La famille Crawley, dans sa demeure séculaire s’apprête à accueillir le couple royal (Kate Philips & Simon Jones)  qui est en tournée « populaire ». Deux repas et une nuit vont des dérouler avec le couple royal. Et la livrée qui va avec. C’est cette dernière exigence qui pose problème : les domestiques du lieu semblent – et sont – aussi compétents que ces Londoniens qui arrivent en territoire conquis !

 

Nous sommes en 1927, pendant que le cinéma connaissait son apogée. Mais bien entendu, cela n’a rien à voir avec cette intrigue ultra british où l’humour du même nom côtoie certains poncifs incontournables. On a plaisir à retrouver Dame Maggie Smith dans cette comédie brillante, retrouvant du même coup Penelope Wilton (Lady Isabelle) ou encore Imelda Staunton (Lady Maud Bagshaw) avec qui elle a déjà partagé l’affiche.

Et bien sûr, comme nous sommes dans un milieu ultra british (je l’ai déjà dit), le manque de sentiment est exacerbé, préférant laisser la part belle aux apparences, quitte à faire le malheur des autres. C’est presque ce qui arrive avec miss Smith (Tuppence Middleton), victime de cette sorte d’omerta sentimentale : elle n’est évidemment pas qui elle prétend (ou qu’on lui fait prétendre être).

 

Une des habiletés des scénaristes, c’est bien sûr de pondre une intrigue interpositionnable : la venue du couple royal, à partir du moment où elle n’interfère pas dans celle de la série peut se dérouler à n’importe quel moment, et même ne pas exister du tout (1). Et il paraît évident que c’est le cas ici. Même si certains éléments peuvent avoir une certaine influence sur ce que la série av devenir : la grossesse de  Lady Edith (Laura Carmichael) ne peut pas être un élément anodin de ce qui va suivre !

L’autre habileté, c’est d’avoir conçu une sous-intrigue ancillaire : l’arrivée du couple royale va entraîner des bouleversements prévisibles (mais non anticipés) qui vont reléguer l’équipe domestique au second (voire plus) plan : l’équipe royale habituelle va tenter de mettre la main sur celle de cette demeure provinciale, pour ne pas dire campagnarde (2).

 

Et dans le même temps, on assiste à une sous-sous-intrigue mettant en scène le majordome en titre, Barrow (Rob-James Collier) un tantinet injustement écarté au profit de l’expérimenté Carson (Jim Carter). Ce majordome en titre apporte une dimension sociale non négligeable : homosexuel, il se retrouve pris dans une rafle, après avoir suivi un autre jeune homme séduisant dans ce qu’on pourrait appeler un speakeasy, bien que l’alcool ne soit pas prohibé en Grande-Bretagne à, la même époque.

 

Bref, une intrigue principale avec des ramifications multiples mais qui se tiennent, et un résultat des plus réjouissants, surtout quand, comme moi on raffole de cet esprit british.

Pas d’hésitation, donc…

 

  1. Certaines séries télévisées (comme D.A.) le font sans vergogne !
  2. Je n’ai pas d’adjectif se rapportant à « plouc ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Docu-Fiction, #Jean-Jacques Annaud
Notre-Dame brûle (Jean-Jacques Annaud, 2022)

Ca commence par une cigarette qu’on allume et que son propriétaire va consommer le temps d’arriver à son nouveau travail : Moumet (Oumar Diolo) est agent de sécurité-incendie à la cathédrale Notre-Dame. Il va passer la journée dans un petit bureau l’œil vissé sur le panneau électrique d’alerte incendie. Et bien entendu, l’alerte va s’activer. Mais pas comme il faudrait : « une fausse alerte », comme ils disent. Enfin c’est plutôt un dysfonctionnement parce que le feu s’est déclaré, suite à un court-circuit (comme dans La Tour infernale) et non une cigarette comme semblait l’annoncer la séquence d’ouverture.

Ensuite, c’est l’apocalypse. Huit siècles d’histoire qui partent (presque) en fumée, devant le regard fasciné et effaré des badauds, à Paris et ailleurs.

 

Encore une fois, c’est la faute à pas de chance : un court-circuit de rien du tout (un pigeon qui picore un câble et c’est une catastrophe effroyable, mais comme l’a senti Annaud dès le début : quel spectacle !

Et ce spectacle va être alimenté (comme le feu) par des plans de coupe qui s’attardent sur des détails (presque) dérisoires (sculpture sur une poutre qui se consume, eau sur une cloche…) qui vont émailler cette gigantesque et sublime catastrophe. Avec parfois un peu d’excès : la goutte d’eau qui tombe pile sous l’œil de la statue de Notre-Dame et qui la fait pleurer.

C’est absolument impressionnant et on ne peut que saluer l’exploit technique, se demandant à longueur de film : mais comment ont-ils fait. Et là, on est obligé de saluer le travail d’Adrien Durand (assistant au réalisateur) et Dominique Moisan et leur équipe qui ont en outre dû reconstruire une autre cathédrale à l’échelle, pour la faire brûler elle aussi !

 

Mais la véritable prouesse du film, c’est de combiner les images d’archives avec celles (re)créées pour les besoins du scénario, donnant une dimension très réaliste de l’événement. Et surtout de mettre en avant les « soldats du feu » : les seuls soldats acceptables parce que leur devoir, c’est avant tout de sauver des vies humaines.

Et là encore, le réalisme est de mise : les conditions infernales (le mot est on ne peut plus adéquat) rencontrées accentuent l’exploit de ces héros anonymes (1). A ce propos, L’Enfer au Paradis aurait été un sous-titre plutôt acceptable : du fait du télescopage des deux substantifs antithétiques et aussi parce que l’incendie se déclare tout là-haut… (1)

 

Et cette déclaration, qui va durer jusqu’à la première flamme visible, va occuper un peu plus de la première demi-heure du film, est à mon humble avis le meilleur moment du film, Annaud prenant le temps d’installer une tension qui ne va se dissiper qu’avec l’incendie, une fois que tout sera éteint. Bien sûr, la cigarette initiale est une fausse piste, tout comme celle de l’ouvrier sur l’échafaudage sous le sigle d’interdiction de fumer. D’ailleurs cette deuxième cigarette va amener la « fausse » alerte. Mais c’est la fumée qui va faire monter cette tension, à mesure qu’elle va se développer, grandir et s’épaissir : « il n’y a pas de fumée sans feu » répète-t-on à l’envi, et c’est ce que nous montre cette première demi-heure. Nous savons que le feu se développe, mais nous ne le voyons jamais. Et la première flamme qu’il nous est possible de voir va être une libération pour le spectateur, le véritable signal de cette catastrophe annoncée.

Ensuite, c’est le sauvetage de ce qui peut l’être : le trésor, bien sûr, mais aussi la structure qui aurait pu s’effondrer (3).

 

Et comme Notre-Dame n’est pas un monument anodin, on pense bien sûr à Hugo et aux différentes adaptations cinématographiques qui l’ont mise en valeur : on retrouve le plomb fondu qui s’évacue par les gargouilles, le clocher où Quasimodo vivait et vibrait… Et aussi d’une certaine façon un clin d’œil à un autre film d’Annaud où un autre haut lieu culturel brûlait déjà : Le Nom de la Rose.

 

  1. Bien sûr, ils ont tous un nom, mais ces noms se perdent dans l’esprit de corps véhiculé par cette institution prestigieuse.
  2. ♪ « Plus près de toi mon Dieu » ♫…
  3. Surtout si on avait écouté un président américain…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Jean Vigo, #Boris Kaufman
A propos de Nice (Jean Vigo & Boris Kaufman, 1930)

« So nice in Nice », chantaient les Stranglers, et c’est presque ce qu’on pourrait penser de ce film qui nous montre cette ville balnéaire au début de l’année 1930. Nous sommes au moment des derniers préparatifs du carnaval qui va devenir la pièce centrale du film, mêlant l’insouciance des joyeux fêtards et un sujet beaucoup plus sérieux, la mort.

Et tout ça sans un mot, sans un bruit.

 

Ca commence par une prise de vue aérienne de Nice, survolée quelques instants (pour nous) avant que la caméra s’y installe et nous fasse découvrir certains aspects plus ou moins reluisants de cette ville, au temps où les congés payés n’étaient qu’une chimère. Vous l’aurez compris, ces gens oisifs qui se prélassent sur les chaises de la Promenade des Anglais, s’ils sont des vacanciers, sont avant tout des riches. Et la jeune mendiante qui s’approche d’eux détonne complètement, mais passant (presque) inaperçue aux regards de ces nantis.

Et Vigo enfonce le clou à leur propos, insérant un plan d’autruche après avoir montré une de ces élégantes.


Et c’est ainsi que va se dérouler le film. Des images qui se suivent sans ordre, à première vue et qui sont interrompues par un plan isolé qui va changer le point de vue du spectateur. C’est le cas de ce haut palmier qu’on entretient et autour duquel Kaufman fait tourner sa caméra avant de se concentrer sur un autre plus petit : normal, il est encore dans un pot !

Ce sera le cas du carnaval qui verra défiler à sa suite un régiment, entrecoupé par un plan de cimetière (celui du Château), rappelant que les soldats sont avant tout là pour tuer (2).

 

Et cet insert d’images presque contradictoire va donner tout son intérêt au film, cassant cette image faussement heureuse de cette ville de nantis. Enfin d’une minorité de nantis : Vigo et Kaufman laissent une place aux petits, les plus nombreux dans cette ville (3), à travers les balayeurs qui maintiennent le niveau de propreté de la ville, les vendeurs de socca, cette spécialité niçoise, amenée dans d’immenses plateaux sur leur tête, ou encore les enfants qui jouent avec passion, autant que leurs aînés pendant la pétanque (« sport » incontournable, cela va de soi, quand on est dans le Midi).

 

Et puis il y a donc ce carnaval qui est source de joie et d’insouciance, où les gens sont heureux de voir défiler chars et grosses têtes, Kaufman allant même jusqu’à filmer des bouts de visage de ceux qui les portent à travers la (petite) lucarne qui leur permet de se diriger (4). C’est aussi le cadre d’une étonnante bataille de fleurs, les gens s’envoyant des petits bouquets à la figure, avec le sourire, bien entendu, jusqu’à ce qu’un participant reçoive le bouquet de trop et devienne menaçant. On y trouve aussi une étonnante reine (elle n’est ni jeune ni belle) qui est régulièrement bombardée de ces bouquets.

 

Et puis il y a les jeunes filles. Elles sont jeunes et belles, insouciantes et la jambe légère, découvrant sans vergogne leurs dessous (affriolant, évidemment), entraînées par cette liesse populaire. Mais cette insouciance n’échappe pas aux regards des deux complices et vont s’insérer des plans de ce même cimetière entrevu avec les militaires, tandis que la vitesse de défilement des jeunes et jolies carnavalières va ralentir, comme un avertissement : profitez maintenant, car la mort vous attend inexorablement (1).

 

Et d’ailleurs, nous avons droit à un autre défilé, corroborant cette idée : un enterrement qui voit les gens sortir d’une église et suivre un corbillard. Mais encore une fois avec un élément qui va à l’encontre des images qui nous sont montrées, et que je vous laisse découvrir…

 

  1. Seul le titre de la chanson est adéquat. Les circonstances de son écriture n’ont absolument rien à voir avec le film de Vigo & Kaufman.
  2. Dans notre société où la mort est devenue un tabou, on s’étonne de voir que la guerre fait des victimes.
  3. Ce déballage de riches(ses) n’empêche pas Nice d’être une belle ville. Enfin c’est le souvenir que j’en ai…
  4. L’ayant fait plusieurs années de suite, cette lucarne est indispensable mais n’empêche pas tout, surtout les enragés qui veulent y enfouir leur paquet de confettis.
  5. « Cueillez, cueillez votre jeunesse… » (Pierre de Ronsard)
A propos de Nice (Jean Vigo & Boris Kaufman, 1930)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Henry Hathaway
C'est pour toujours (Now and forever - Henry Hathaway, 1934)

Jerry Day (Gary Cooper) est un escroc à la petite semaine, un tantinet voleur quand l’occasion se présente. Il va de palace en palace exécuter ses petites arnaques jusqu’à ce que son passé se rappelle à lui : avant d’être marié à la belle Toni (Carole Lombard), il a eu une autre femme et surtout une petite fille.

Décidé à « vendre » cette enfant à son (ex) beau-frère (George Webb), il va rencontrer la petite Penelope « Penny » Day (Shirley Temple). C’est une révélation : non seulement il ne va pas la vendre, mais en plus, il va l’emmener pour qu’elle vive avec lui.

Seulement ses activités (franchement) douteuses s’accordent très mal avec l’éducation d’une jeune enfant…

 

Quelle affiche !

Henry Hathaway a rassemblé trois pointures pour cette comédie un brin douce-amère, et qui montre encore une fois (comme s’il y avait besoin) le talent de Gary Cooper. Et pour une fois, ce dernier n’a pas un rôle très clair : il ne possède pas la rectitude qu’on lui connaît, et l’épisode du collier d’émeraudes le prouve incontestablement.

Mais c’est surtout le duo qu’il forme avec Shirley Temple qui fait tout le sel du film. Le courant passe admirablement et la jeune Shirley (6 ans à la sortie du film) est formidable. Non seulement elle est très mignonne, mais en plus elle joue juste. Bien entendu elle chante, mais pas trop (1). De plus, elle se hisse au niveau de Gary Cooper (pas mal pour une gamine aussi jeune)

 

Hélas, cela relègue Carole Lombard en arrière-plan : quand on est trois, il y en a un de trop (2). Et cela est bien dommage parce que placée au premier plan, elle aurait très certainement donné une autre dimension à cette comédie. Mais Hathaway n’est pas Capra ni Lubitsch, et l’épisode du collier (toujours lui) ramène le trio – et surtout Jerry – à une réalité abrupte : certes Jerry est un père aimant et Penny lui est très attachée, mais il demeure un délinquant et ne peut décemment pas s’occuper d’une petite fille.

Bien entendu, nous retrouvons cette idée de rédemption chère au cinéma américain, et Jerry y est sur le chemin, payant d’une certaine façon le prix fort de deux manières, que je vous laisse découvrir.

 

D’où la teinte douce-amère de cette comédie : cela se termine presque bien.

 

  1. C’est ce que j’ai du mal à supporter chez elle…
  2. Je préfère la version anglaise : « two’s a company, three’s a crowd » (vous traduirez vous-même).

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