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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur
Saw II (Darren Lynn Bousman, 2005)

John Kramer (Tobin Bell), le tueur au puzzle, n’a pas cessé son activité meurtrière. Après les deux victimes (entre autres) du premier opus, il est de retour avec une maison dans laquelle sont enfermés plusieurs personnes, dont le fils du policier Eric Mathews (Donnie Wahlberg, le frère de), le jeune Daniel (Eric Knudsen).
Le policier – avec équipe d’intervention – a deux heures pour délivrer son fils, faute de quoi il périra par intoxication due à un gaz létal.

Mais cette fois-ci, il a un atout appréciable dans son jeu : il a mis la main sur John Kramer, qui lui propose – chose peu étonnante – un nouveau jeu. Le principe ? Discuter avec lui pour sauver son fils. Mais l’heure tourne et les participants du premier jeu meurent les uns après les autres, plus ou moins volontairement (1).

 

James Wan a laissé la place à Darren Lynn Bousman, et ce pour quelques films (2), qui signe en outre le scénario, avec celui qui avait élaboré l’intrigue – habile – du premier épisode : Leigh Whannell. On y retrouve en outre une ancienne « candidate » des jeux de Kramer : Amanda (Shawnee Smith), une ex-toxico. Mais à part ces personnages récurrents et le principe sadique qui régit Jigsaw-Kramer, nous sommes bien loin du premier épisode.

En effet, alors que l’intrigue montrait une certaine subtilité – malgré l’aspect gore assumé – ici Bousman construit son film dans la même verve que les films d’horreur d’antan » (Friday the 13th ou The evil Dead, pour ne citer qu’eux) : un groupe d’individu menacé par un psychopathe qui leur en veut.

 

Mais alors que d’habitude, cela se passe la nuit, ici, le seul temps important est celui qui s’écoule et les rapproche de l’issue fatale. Mais pour le reste, on reprend les mêmes ficelles : chacun – ou presque – va essayer de se la jouer solo, ne pensant qu’à sa propre survie, quitte à passer sur le corps (sans vie) des autres : ne vont-ils jamais au cinéma, toutes ces victimes ? Ne savent-ils pas qu’il faut s’unir si on veut avoir une chance de s’en sortir ? Encore que…

Quoi qu’il en soit, l’autre grande différence, c’est la quantité de sang versé tout au long du film, les différents protagonistes ne disparaissant pas des suites d’une maladie. Le sang est omniprésent, et même ceux qui ne meurent pas tout de suite en perdent tout de même du fait du poison respiré.

 

Bref, il n’y a pas que le policier qui voit rouge face à cet assassin singulier. Et alors que le premier opus nous avait gratifié de quelques éléments bien sanglants, Bousman et Whannell nous en proposent d’autre encore plus forts : nous sommes bel et bien dans un slasher à la limite du supportable, dans lequel Tobin Bell demeure un assassin toujours aussi fascinant. Sa retenue face à Mathews n’a d’égale que la sauvagerie générée par les situations dans lesquelles il a placé ses victimes.

 

Mais malgré tout, si l’intrigue possède à nouveau une subtilité – un tantinet prévisible tout de même – j’en suis arrivé à un moment de saturation : tout ce sang combiné au rythme parfois trop rapide des images (3) a tendance à étourdir le spectateur.

 

Il va me falloir du temps (pas mal) avant d’envisager de voir le troisième volet…

 

  1. Plutôt moins que plus, par ailleurs…
  2. Il va en tourner trois à suivre.
  3. C’est la première décennie du millénaire où les images sur l’écran se bousculent dans une seconde presque autant que sur une pellicule celluloïd (sans nitrate, bien entendu)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Fred Niblo
The red Lily (Fred Niblo, 1924)

Jean Léonnec (Ramon Novarro), le fils du maire de Vivonne (Frank Currier), aime la douce et belle Marise La Noue (Enid Bennett, madame Niblo à la ville), la fille du sabotier. Malheureusement, ce dernier vient à mourir et la jeune femme doit aller vivre chez sa famille qui lui reste : un couple d’ignobles ivrognes dont le mari est violent. Bref, des gens vraiment peu recommandables.

Pourchassée par ce dernier, Marise revient dans son ancienne maison et est consolée par Jean. Mais au matin, elle est chassée de son village (elle est pauvre, comprenez-vous).

Jean décide de partir avec elle. Ensemble, ils prennent le train pour Paris, gonflés des promesses d’une nouvelle vie.

Malheureusement, Jean est arrêté (injustement) pour vol, et doit abandonner Marise à la gare (1), qui l’attend. Quand il s’échappe et revient à cette même gare, Marise est partie.

Va alors commencer sa recherche de la femme « qui a le visage d’un ange », qui va se transformer en descente en enfer.

 

C’est beau comme un film de Fred Niblo (ça tombe bien, c’est lui qui est aux manettes), mais avec tout de même une accumulation excessive : non seulement les deux amoureux se perdent de vue, mais en plus, ils se trouvent entraînés dans la déchéance, descendant toujours plus bas dans la société humaine avec au bout deux limites (prévisibles) : la délinquance pour lui, et la prostitution pour elle.

Mais si cette accumulation de malheur est un tantinet exagérée, elle n’en demeure pas moins filmée avec beaucoup de soin, voire de brio (2). Les images de Victor Milner sont superbes, et en particulier la séquence d’orage qui voit Marise retourner dans son ancienne demeure : les éclairages sont somptueux et accentuent la menace que laisse planer cet orage sur les deux protagonistes.

Bref, c’est magnifique.

 

Alors oui, l’intrigue accumule (trop) les malheurs, mais encore une fois, c’est la façon de les amener qui est primordiale : les deux jeunes gens se perdent, mais à chaque fois, ça ne se joue pas à beaucoup de chose :

  • quand Jean revient à la gare, il entre par une issue pendant qu’elle sort par une autre, cachée par un pilier de séparation (voir ci-dessous) ;
  • plus tard, en bord de Seine, elle est assise sur un banc, tournant le dos à un jeune homme accoudé devant le fleuve : quand elle s’en va, on se rend compte que c’est lui.

Même leurs retrouvailles sont tragiques, modérées par un jeu de lumière des plus pertinents : chacun des deux est placé devant une source lumineuse (l’éclairage urbain pour lui, la cage d’escalier pour elle) qui les empêche de distinguer leurs traits respectifs. Ce n’est qu’une fois le piètre éclairage de la chambre mansardée de Marise est allumé qu’ils se rendent compte de leur réunion.

 

Et cette intrigue un brin outrancière, est soutenue par une distribution haute en couleur. Ramon Novarro est un jeune premier tout à fait acceptable et il est vrai que sa partenaire, Enid Bennett a vraiment un visage d’ange (3 ; mais c’est dans les seconds rôles qu’on retrouve une faune digne des bas-fonds parisiens, avec trognes patibulaires et maquillages féminins excessifs. On retrouve quelques « gueules » qui vont agrémenter cette compagnie qui vient de naître, la MGM : Gibson « McTeague » Gowland (un client un tantinet trop entreprenant), Dick Sutherland (The Toad – le Crapaud – un voyou violent), John « Cojo » George, sans oublier Emily Fitzroy (Mme Bouchard) et l’incontournable Wallace Beery (Bo-Bo). Une mention spéciale aussi pour Rosemary Theby (Nana) qui semble tout droit échappée de chez Zola : illustration idéale de cette vulgarité stéréotypée des filles de joie maquillées à outrance.

 

Au final un film superbe qui, si son intrigue est outrancière, est porté par une interprétation de qualité avec des images qui le sont aussi, et une direction à la hauteur des espérances.

Niblo est prêt pour ce qui va devenir son chef-d’œuvre l’année suivante : Ben Hur: a Tale of the Christ.

 

  1. D’Orsay, je suppose, mais ce n’est pas dit. Le réalisme hollywoodien a ses limites.
  2. Une petite réserve tout de même pour un raccord plus que maladroit du monteur (Lloyd Nosler) à l’arrivée du maire chez le défunt sabotier.
  3. Etre madame Niblo est aussi une motivation pour le réalisateur d’en faire une figure angélique, sinon mariale…
The red Lily (Fred Niblo, 1924)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Clarence Brown, #Norma Talmadge
Kiki (Clarence Brown, 1926)

Kiki (Norma Talmadge) vend des journaux à la sauvette, devant l’entrée des artistes des Folies Barbès. Cet établissement hautement culturel est dirigé par le séduisant Victor Rénal (Ronald Colman) et a pour vedette sa maîtresse, Paulette Mascar (Gertrude Astor).

Bien évidemment, Kiki est amoureuse de Rénal et profite d’une série de quiproquos pour se faire engager dans la revue, suite à une défection.

Malheureusement pour elle, la première est une catastrophe et elle est remerciée.

Malheureusement pour lui, elle n’a plus d’endroit où aller et il doit la garder chez lui…

 

En 1926, Norma Talmadge est au fait de sa gloire et c’est un scénario sur mesure qui lui est proposé ici, d’après une pièce de théâtre d’André Picard. Et on peut dire que pour du sur mesure, cela lui va vraiment comme un gant ! Non seulement elle est une grande actrice (je l’ai déjà annoncé ici) mais en plus, elle nous fait rire.

Et Clarence Brown, qu’on a connu beaucoup plus sérieux dans ses intrigues semble prendre un réel plaisir à tourner cette comédie, y mettant la même application que pour ses sujets dits « sérieux ». (1)

Non seulement les images sont (encore une fois) bien léchées, mais en plus les différents interprètes sont au meilleur de leur art, même Marc McDermott qui réussit à ne pas mourir dans la première demi-heure.

 

Certes, c’est un Paris de carton-pâte et qui ressemble beaucoup à Hollywood ou Los Angeles : n’étaient-ce les enseignes en français, on s’y croirait presque ! Mais comme toujours dans ces cas-là (2), la très grande majorité des séquences se déroulent en intérieur. Mais à la différence d’autres pièces filmées, Brown réussit à varier les endroits, même si la plupart du temps nous restons chez Rénal. C’est d’ailleurs quand on arrive chez lui que la comédie se débride et s’installe définitivement.

Norma Talmadge est magnifique et extrêmement drôle, d’autant plus que Colman reste imperturbable, bien que son personnage ne soit pas indifférent à cette jeune femme naturelle qui vient de débarquer chez lui.

 

« Naturelle » est ce qui qualifie le mieux la personnalité de Kiki et la grande Norma, parvient à nous faire oublier qu’elle n’a plus vingt ans en composant un personnage tout en jeunesse. C’est quand la tragédie va – pendant un court instant – essayer de s’immiscer dans cette intrigue qu’elle ne peut cacher qu’elle a dépassé la trentaine. Mais cet instant est si fugace qu’on l’oublie aussi vite qu’il est venu et on se réjouit de cette jeune femme fraîche et nature qu’on ne peut qu’adorer.

Mais comme d’habitude, une actrice n’est grande que si ses partenaires le sont aussi et c’est le cas ici (Ronald Colman est toujours formidable, alors…), avec une mention spéciale pour George K. Arthur (Adolphe, le serviteur de Rénal), d’une drôlerie p^phénoménale. Son antagonisme avec Kiki est très réjouissant et les différentes interventions de Colman-Rénal dans cette opposition accentuent l’effet comique de chaque situation. Un régal.

 

Avec Kiki, Clarence Brown nous montre que lui aussi sait manier tous les genres, le tragique (ce que nous savions déjà, comme le comique avec toujours le même souci esthétique et la rigueur qui a fait la force de ses autres réalisations.

Ce fut sa seule réalisation avec Norma Talmadge, mais alors quelle rencontre au sommet !

Dommage qu’il n’y en eût pas d’autre…

 

  1. Faire rire est une entreprise très sérieuse !
  2. C’est une pièce de théâtre, à l’origine, ne l’oublions pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Espionnage, #J. Gordon Edwards
Sa Patrie (The silent Command - J. Gordon Edwards, 1923)

Le capitaine Decatur (Edmund Lowe) a été chargé par le haut commandement de la sûreté du Canal de Panama, seule possibilité pour la Navy de se rejoindre rapidement. Mais une puissance étrangère veille et veut à tout prix empêcher ce rapprochement facile. Deux faux propriétaires de plantations de cannes à sucre – mais véritables espions – vont tenter de détourner ce brillant militaire de son devoir : Benedict Hisston (Béla Lugosi) et Menchen (Carl Harbaugh).

Comment ? En lui présentant la belle et trouble (et bien sûr irrésistible) Peg Williams (Martha Mansfield) pour semer le désordre dans sa vie bien réglée (normal, c’est un militaire).

 

Encore une fois, on peut se demander ce qui est arrivé au traducteur du titre : comment « l’ordre silencieux (1) » peut-il se transformer en « sa patrie » ? Certes, il y est question d’honneur patriotique (je l’ai déjà dit, c’est un militaire) mais ce qui fait le sel de cette intrigue, c’est tout de même cet ordre qu’on n’entend pas, ou plutôt dot on n’apprend l’existence une fois la résolution de l’intrigue commencée. Et cet ordre si discret n’est pas sans annoncer celui que l’on donnera au commandant Lex (Gary Cooper) près de trente ans plus tard (Springfield Rifle, 1952).

 

Reconnaissons-le, il s’agit d’un film mineur mais qui a la particularité de compter la présence de Béla Lugosi que ses différents rôles fantastiques ont amené à une place privilégiée dans la culture populaire. C’était un acteur au regard pénétrant et inquiétant, ce que les deux chefs opérateurs ont compris puisqu’on a droit plusieurs fois à des plans resserrés sur ses yeux qui même en noir et blanc ne peuvent qu’être bleus.

Et d’une manière générale, le duo de cameramen (George W. Lane & Bennie Miggins) proposent des cadrages très intéressants, mettant en valeur des détails pertinents, soit en serrant le plan, soit en utilisant des caches (droits et obliques) pour soutenir l’intrigue.

 

Malheureusement, ce travail visuel est parfois gâché par le monteur dont les raccords ne sont pas toujours bien pertinents. En effet, il arrive plusieurs fois qu’un plan rapproché suive un plan d’ensemble et ce dernier reprend la dernière seconde du premier, empêchant une fluidité bienvenue et surtout hachant un tantinet la continuité du film.

Pour le reste, J Gordon Edwards recycle avec habileté des images d’archives, montrant au passage la forte armada de son pays (un peu de propagande bon marché ne nuit pas…).

 

Bref, un petit film d’aventures (militaires) qui se laisse regarder sans déplaisir, mais dont on peut tout aussi bien se passer, et préférer cette même année, au hasard (2), Safety Last!

 

  1. Voire secret…
  2. Non, pas au hasard.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Marcel Carné
Les Assassins de l'Ordre (Marcel Carné, 1971)

8 h, un dimanche avant noël.

Les inspecteurs Rabut (François « Lucas » Cadet) et Bonetti (Serge Sauvion) viennent tirer du lit Michel Saugeat (Roland Lesaffre) pour « une affaire le concernant » (comme on dit dans ces cas-là). Cinq heures plus tard, on ramène à Mme Saugeat (Françoise Giret) le cadavre de son mari. Que s’est-il passé ? Une fois arrivé au commissariat, Saugeat a été emmené dans la salle d’interrogatoire qui fut vite fermée.

Pas une personne présente ne se souvient de ce qu’il s’est passé. Sauf Danielle Lebègue (Catherine Rouvel), qui prétend que Saugeat a été tabassé. Mais il se trouve que cette dernière est une prostituée et que le commissaire Bertrand (Michael Lonsdale), responsable de l’affaire, a arrêté cette jeune femme quelques années plus tôt.

Bref, beaucoup (trop) de fil à retordre pour le juge Revel (Jacques Brel) qui doit s’attaquer à une des institutions de l’Etat : la Police.

 

Marcel Carné n’est pas connu pour ses films optimistes, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Nous sommes dans un film judiciaire noir (1), où à nouveau Don Quichotte se bat contre des moulins à vent. Cette comparaison, qui fait écho à la dernière séquence entre Revel et l’avocat de la défense Graziani (Charles Denner). Les spectateurs noteront le clin d’œil à la comédie musicale qui voyait Jacques Brel dans le rôle du Chevalier à la triste figure…

Lais il est vrai que le juge Revel se bat contre des moulins à vent. Ou plutôt contre une institution qui ne reconnaîtra jamais ses torts.


Surtout, nous sommes en 1971 quand sort le film et il ne faut pas oublier que le ministre de l’Intérieur est encore (et toujours) Raymond Marcellin (2). Alors s’attaquer à la Police, même de Marseille, c’est d’une certaine façon une cause perdue. Mais qu’importe, Revel va aller jusqu’au bout de son instruction, et ce malgré les différentes pressions, pour traduire ces criminels en justice. Parce qu’il ne fait aucun doute chez le spectateur : ces trois hommes (les deux inspecteurs et leur supérieur) sont des salauds dignes de la Gestapo.

Mais malgré le contexte – mai 68 est passé par là – aucune originalité ; ces trois infâmes ne seront pas jugés coupables.

 

Et Carné va préparer ce verdict avec beaucoup de science. Brel est magnifique (peut-il en être autrement ?) et les seuls soutiens qu’a son personnage sont son fils (Didier Haudepin), sa bonne amie (Paola Pitagora), la prostituée et les étudiants que fréquente son fils. Bref, ce ne sont pas des alliés de poids face à la machine étatique. Mais on appréciera avec beaucoup de discernement la prestation de l’acteur-chanteur, formidable porte-parole du réalisateur.

Côté salauds, le trio présenté est solide. D’autant plus que François Radet va interpréter Lucas aux côtés de Jean Richard dans la série des Maigret. Quant à Serge Sauvion, il est un autre ignoble superbe, même si on se souvient plus de lui comme la voix qui double Peter Falk dans la série Columbo (3).

 

Au final, Carné nous offre une autre vision des films judiciaires : habitués que nous sommes de voir les jurés ou un témoin de dernière minute renverser la vapeur, nous avions oublié que les « méchants » gagnaient parfois. Mais là où Carné est encore une fois magnifique, c’est dans la description de cette société post-68 qui s’accroche à ces principes (on ne peut plus) archaïques, dominés par des gens vieux et surtout masculins : sur les neuf (vieux) jurés qui vont débattre de la culpabilité ou non des trois accusés, on ne compte que deux femmes et pas de la première jeunesse.

Encore une fois, un monde est en train de mourir, laissant la place à une société plus jeune, peut-être pas plus idéaliste, mais les institutions de l’Etat vont quand même flancher de temps en temps.

 

Pas toujours, même 50 ans après…

 

  1. Mais ce n’est pas un film noir !
  2. Vous savez, celui qui a inventé les Voltigeurs, ces policiers motorisés qui ont tué Malik Oussekine en décembre 1986.
  3. On se dit dès le début qu’on a déjà entendu cette voix…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Costa-Gavras
Z (Costa-Gavras, 1969)

22 mai 1963.

A la suite d’un meeting politique pour la paix à Thessalonique, le député Grigóris Lambrákis (1) est renversé par un triporteur motorisé. Cinq jours plus tard, il meurt des suites de l’accident.

 

« Le Docteur » (Yves Montand), député d’opposition est en ville pour un meeting pour le désarmement nucléaire. A la sortie de ce meeting, il est frappé par un homme placé à l’arrière d’un triporteur motorisé. Quelques heures après, il succombe à sa blessure. Une autopsie est effectuée qui met en évidence le coup mortel. Ce n’est plus un accident de la circulation mais cela devient une affaire d’état quand on sait que les deux hommes qui ont commis cet attentat font partie d’un groupuscule d’extrême droite qui a ses entrées à la police.

C’est un juge d’instruction (Jean-Louis Trintignant) proche du pouvoir qui doit mener l’enquête.

 

Glaçante. C’est ce qui caractérise le plus l’attitude du pouvoir dans ce film choc d »e Costa-Gavras. Et en particulier la prestation de Pierre Dux, dans le rôle du grand commanditaire de cet attentat politique. Et ce qui est le plus terrible dans cette intrigue, c’est le rapport avec la réalité grecque : Jorge Semprun et Costa-Gavras, qui ont signé le scénario ne s’en cachent pas, les similitudes sont volontaires et annoncées en ouverture.

Attention toutefois : si Lambrákis a été assassiné, les conditions relatées dans le film ne sont pas celles de sa mort.

 

Quoi qu’il en soit, la situation qui a amené le Régime des Colonels est très bien décrite, ces mêmes colonels – entendez par là les militaires – interprétés (entre autres) avec justesse par le duo Pierre Dux–Julien Guiomar sont d’une abjection totale dans leur façon de mentir et de suborner les témoins.

Mais ce film, c’est aussi le cheminement de deux personnes qui sont, au début, totalement étrangères à ce milieu de gauche, voire en totale opposition : le journaliste (Jacques Perrin) et le juge d’instruction.

Le premier se trouve là un peu par hasard et regrette de ne pas être au spectacle du Bolchoï. Mais il va tout de même avoir droit à du spectacle, et cette affaire va éveiller sa conscience politique : lui qui n’était qu’un photographe mineur, cantonné aux spectacles va se découvrir une vocation – et un talent – d’investigateur qui le propulseront à la présentation des informations à la télévision (la dernière séquence : « que sont-ils devenus ? »).

Le second, par contre, n’est pas là par hasard : c’est un jeune magistrat aux ordres du pouvoir, un tantinet ambitieux. C’est le personnage idéal pour les militaires : il obéira à la version officielle énoncée en préambule de l’enquête par l’infâme général de la gendarmerie.

 

Mais ce complot va rapidement être mis à jour : à force de vouloir faire taire les éventuels témoins de cet assassinat, les ficelles vont se voir et le juge va se retrouver confronté à un cas de conscience. Doit-il ou non poursuivre cette enquête qui met à jour des responsabilités haut placées ? Et Costa-Gavras, qui place son film sur la dénonciation d’un régime gangrené par l’extrème-droite, ne s’attarde pas sur les scrupules du juge mais va enchaîner sur les inculpations des sinistres individus impliqués dans ce scandale. Ces inculpations sont accompagnées par le brillant morceau Pios de Mila yia ti Lambri, introduit par des roulement de caisse claire qui ne sont pas sans rappeler la musique traditionnelle des militaires impliqués : le rythme soutenu de cette œuvre s’intègre parfaitement dans cette séquence, amenant l’exaltation partagée par les spectateurs qui voient que justice est faite.

Mais cette exaltation sera hélas brisée par la dernière séquence qui rappelle ce qui advint quelques années plus tard (1967) : l’instauration du Régime des Colonels.

 

Je terminerai (presque) sur l’interprétation. Si Trintignant est magnifique (comme toujours, aurai-je tendance à ajouter), on notera la prestation courte mais intense de Montand dans ce personnage qui n’a pas de nom mais en impose, même à ses adversaires. Et du côté des « méchants », encore une fois, Marcel Bozzuffi est formidable dans ce personnage d’extrémiste un tantinet simplet (il veut son nom dans le journal pour ce qu’il a fait) mais véritablement criminel : en plus d’être violent, il a des pulsions pédophiles.

Quand au reste de la distribution, on y retrouve de nombreuses figures du cinéma français, essentiellement des seconds rôles solides : Charles Denner (Manuel), Bernard Fresson (Matt), Georges Géret (Nick) ou encore Magali Noël (la sœur vindicative de Nick).

 

Bref, Costa-Gavras, avec Z, entame une série de films politiques forts dont le suivant, L’Aveu, laissera cette fois une part primordiale à Montand. Mais ceci est une autre histoire.

 

PS : Un dernier mot enfin sur la (formidable) musique de Mikis Theodorakis (3) : le compositeur était alors emprisonné (2) mais a réussi à autoriser Costa-Gavras à piocher dans son œuvre pour illustrer son film. Theodorakis faisait partie de l’entourage de Lambrákis et a été de ceux qui ont démarché le gouvernement pendant l’agonie de leur leader.

 

PPS : Il a fallu attendre presque trente ans pour que le film soit enfin projeté à Athènes (24/11/1997).

 

  1. Il était médecin et ancien athlète sportif.
  2. C’est indiqué à la fin du film.
  3. On peut entendre ce dernier chanter To Palikari echi Kaimo et Safti ti Gitonia sur la bande originale du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Marion Gering
La dernière Rumba (Rumba - Marion Gering, 1935)

Le danseur Joe Martin (George Raft) gagne à la loterie. Malheureusement, son billet était un faux et c’est une belle et jeune Américaine qui empoche le gros lot : Diana Harrison (Carole Lombard). Cette injustice (pour lui) va amener son renvoi de Broadway il va donc se retrouver au Mexique où il va vivoter avec son ami Flash (Lynne Overman),

Heureusement, grâce à ce dernier et sa roublardise, il réussit à se payer un club où l’on vient se restaurer, danser et aussi le regarder évoluer sur la piste avec Carmelita (Margo).

Leur numéro ? De la rumba, bien sûr.

 

Il n’est pas étonnant que ce film ait laissé peu de trace dans la filmographie mondiale : outre sa distribution, peu à en dire. Une de ces nombreuses productions américaines de la première décennie sonore : de la musique, un peu de danse et de jolies femmes.

On peut s’apercevoir que George Raft savait interpréter autre chose qu’un rôle de gangster et qu’il danse avec beaucoup de maîtrise : certes ce n’est pas Fred Astaire, mais il tient bien la route quand même. Il faut dire que ses partenaires (Margo ou avant elle Iris Adrian en Goldie) ont du répondant et lui permettent de briller dans ces exercices chorégraphiques.

 

Bien sûr, on n’a d’yeux que pour la magnifique Carole Lombard qui, si elle ne danse pas aussi bien que les autres, n’en demeure pas moins superbe, et d’un sex-appeal fort développé.

Mais en cherchant bien, on peut aussi trouver quelques noms qui brilleront un peu plus tard en haut des affiches : Jane Wyman ou Ann Sheridan pour ne citer qu’elles.

Bien sûr, George Raft est impeccable (comme d’habitude), mais c’est son partenaire masculin qu’on remarque surtout : Lynne Overman avait une diction très particulière, caractérisée par des fluctuation de voix, un peu comme celle d’un adolescent qui mue. Cette particularité accentue son rôle de faire valoir comique.

 

Et puis ? Et puis c’est tout.

Ah non, une réminiscence de gangsters pour pimenter la fin du film, quand Joe va exécuter la dernière rumba à laquelle fait référence le titre français, mais cela ne va pas bien loin puisque personne ne meurt.

Bref, une fausse alerte qui aurait pu relancer l’intrigue et surtout l’intérêt du spectateur pour ce (court) film. (1)

 

  1. 71 minutes seulement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #Jean-Pierre Melville
Le Cercle rouge (Jean-Pierre Melville, 1970)

Le « cercle rouge », c’est là où doivent se rencontrer des hommes (1) marqués par le destin : quoi qu’ils fassent, ils se retrouveront dedans inéluctablement (2).

Bien sûr, ils s’y retrouveront, et presque tous vont y mourir. Tu parles d’une prémonition.

Corey (Alain Delon sort de la prison de Marseille. Dans sa remontée vers Paris, il accueille malgré lui un passager clandestin dans sa voiture : Vogel (Gian Maria Volonte) qui vient d’échapper à la vigilance du commissaire Mattei (Bourvil).
Ensemble, les deux truands, sur le conseil d’un gardien de prison (Pierre Collet), ils vont monter un coup faramineux, aidé d’un ex-policier réformé pour alcoolisme, Jansen (Yves Montand) : 2 milliards de bijoux, place Vendôme.

Evidemment, comme annoncé, le coup, s’il va réussir, ne va pas se terminer comme prévu…

 

L’une des publicités de ce film fut d’annoncer que Bourvil jouait (enfin) un grand rôle sérieux (son second depuis Les grandes Gueules). Quel manque de tact. Non seulement, Bourvil était en train de mourir (3), mais comme le disait Desproges (et d’autres), il est plus difficile de faire rire que de faire pleurer. Et Bourvil, qui a fait rire pendant presque toute sa carrière, va endosser le rôle du commissaire justicier (les méchants doivent être châtiés, c’est la loi qui le dit) avec une grande aisance. Et en plus, des cheveux !

Il confirme ainsi qu’un acteur comique est très certainement capable d’endosser n’importe quel rôle : il est plus facile de faire pleurer que de faire rire.

 

Mais bien sûr, c’est avant tout un film de Melville, servi par des acteurs à leur haut niveau qu’il s’agit. Outre Bourvil, qui récupère son prénom au générique, la distribution égrène des noms prestigieux (ajoutons François Périer pour être complet).

Et Melville nous gratifie d’un film de gangster magnifique avec le savoir-faire que nous lui connaissons.

IL prend son temps pour mettre en place la situation et définir ses différents personnages : Corey qui sort de prison, Vogel qui s’évade, les crises de delirium tremens de Jansen et les chats de Mattei. Tous sont estampillés et devront se retrouver dans le cercle rouge annoncé. Tout le reste n’est que délayage.

Mais quel délayage !

 

Comme toujours, Melville prend son temps pour mettre en place un casse formidable (2 milliards !) avec la même précision que ses auteurs (4). On y retrouve les silences habituels et les dialogues succinct, faisant de chaque parole un élément des plus pertinents : pas de dialogue superflu. Et ceci fonctionne surtout du côté des truands, les policiers ayant toujours été de grands bavards.

Bien sûr, outre Mattei et ses chats (5), ce sont les truands qui sont à l’honneur : entre Vogel et son évasion hivernale (on comprend alors la prouesse qui le fait se mettre en slip pour échapper à la police), Corey et sa revanche sur ceux qui l’ont laissé pourrir en prison et les visions de Jansen dues à son delirium tremens.

 

Et encore une fois, Melville nous subjugue avec cette histoire de truand qui tourne mal (la morale que voulez-vous), mais on en peut s’empêcher de penser à la Rubrique-à-brac (tome 3) de la même période et la caricature d’Alain Delon par Gotlib qui va avec : le dessinateur avait beau se défendre d’être mauvais en caricature, il est difficile de ne pas y penser tout au long du film (NB : le film décrit n’a rien à voir avec celui-ci).
 

Un magnifique film noir. Et puis c’est tout.

 

PS : on notera la présence de Paul Crauchet, qui était Félix dans le film précédent de Melville : L’Armée des ombres.

PPS : Merci Jean.

 

  1. Il n’y a qu’une seule femme dans ce film.
  2. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Siddhârta Gautama, vous savez, celui qu’on appelle aussi « Bouddha » (Enfin c'est ce que dit l'entame du film).
  3. Il disparut un mois avant la sortie du film.
  4. Un écart et le projet tombe à l’eau, c’est bien connu !
  5. La photo d’une femme traîne sur son bureau ; son ex-épouse, sa fille ? On ne le saura jamais.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Cecil B. DeMille
The Captive (Cecil B. DeMille, 1915)

1913. C’est la guerre dans les Balkans, ces territoires confetti du sud est de l’Europe. Au Monténégro, l’armée turque a débarqué. Les Monténégrins, appelés s’en vont chasser ces envahisseurs. C’est le cas de Marko Martinovitch qui répond à l’appel, laissant seuls sa sœur Sonya (Blanche Sweet) et son petit frère Milos (Gerald Ward). Malheureusement, il est tué pendant la capture d’un peloton d reconnaissance turc emmené par Mahmud Hassan (House Peters). Ce dernier tombe sous le coup d’un décret qui assigne les prisonniers de guerre à une ferme pour combler la pénurie de main d’œuvre due à la guerre.

Il se retrouve donc chez Sonya.

 

Transfuge de chez Griffith, Blanche Sweet signe ici son deuxième film avec DeMille, qui en est lui-même à son cinquième en 1915, soit presque la moitié de sa production de cette année faste et riche (1). Alors évidemment, une telle production peut gréer un certain déséquilibre dans les différents films qui sortent. C’est le cas de ce The Captive, à un niveau moindre des trois films cités ci-dessous (1).

Mais si ce film est tout de même une référence dans la production demillienne, c’est avant tout parce que pour la première fois, l’actrice Jeanie McPherson (elle interprète ici Milka) collabore au scénario avec le maître (2).

 

Et on y trouve donc ce qui va être la marque de ses travaux : une (jeune) femme forte moralement et qui ne s’en laisse pas compter, usant la force si nécessaire. C’est le cas de Sonya ici, qui mène à la baguette (ou plutôt au fouet) ce grand gaillard turc : il faut dire que le revolver que lui a laissé son frère aide beaucoup…

Mais évidemment, on sait que cette relation de soumission (forcée) ne va pas durer : elle est très belle et lui fort séduisant : ils ne peuvent que terminer ensemble. Surtout que le petit frère a pris fait et cause pour ce prisonnier (3) singulier. Tellement singulier qu’il va même à l’encontre des ordres de son supérieur qui était venu le délivrer (4) : l’amour fait faire de ces choses…

 

Mais si The Captive reste un film mineur dans la production prolifique de DeMille en 1915, il n’en demeure pas moins soigné et bien monté (5) : Alvin Wyckoff y signe encore de très belles images.

Et parmi les interprètes, on peut retrouver quelques noms qui vont accompagner Cecil B. pendant ces quelques années : Raymond Hatton, William Elmer et bien sûr l’incontournable Theodore Roberts (le bourgmestre).

 

 

  1. Onze films en cette année dont The Cheat et Carmen
  2. Qu’elle va très vite gérer toute seule.
  3. Le titre original, donc…
  4. Et accessoirement piller la ferme et violer la jeune femme.
  5. et en plus, il est présenté dans une copie très bien conservée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Drame, #Lee H. Katzin
Le Mans (Lee H. Katzin, 1971)

« OK. »

C’est la trente-septième minute du film, et on entend enfin la voix de Steve McQueen. Auparavant, pas de véritable dialogue (comme on l’entend au cinéma) : des annonces au haut parleur ; des échanges en italien (incompréhensible si on ne parle pas la langue de Dante), et des images, des bruits de moteurs et d’accident.

 

Samedi 13 juin 1970 : Le Mans (et alentours) s’apprête à accueillir la course prestigieuse qui a fait sa renommée mondiale (après les rillettes). Les grandes écuries – prestigieuses elles aussi – sont présentes (Porsche, Ferrari, Lola…) et les pilotes chevronnés aussi.

A 16 heures, c’est le grand départ pour une course longue, fatigante et dangereuse.
L’année passée, Michael Delaney (Steve McQueen a eu un accident avec Belgetti qui est mort. Cette année, Delaney est revenu, et Lisa (Elga Andersen) la femme de Belgetti aussi : elle suit la course de Claude Aurac (Luc Merenda).

Et cette année, c’est Erich Stahler (Siegfried Rauch) qui est le grand rival de Delaney.

 

C’est spectaculaire, grandiose et en plus il y a Steve McQueen. Ce dernier était très fier d’avoir fait ce film, même si ce fut un échec retentissant aux Etats-Unis. Il faut dire que ce n’est pas un film comme on l’entend d’habitude, mais plus un documentaire sur le monde automobile. On y retrouve les différentes constituantes de ce monde de l’endurance, du pilote au simple mécanicien, dans une atmosphère enfiévrée où la moindre erreur, aussi minime soit-elle, peut conduire à la catastrophe mortelle.

Et si ce n’est qu’un film, on déplore tout de même un accident (très) grave qui coûta sa jambe à un des pilotes (1).

 

Si l’intrigue est très légère, voire inexistante, il faut plutôt voir le film comme un témoignage d’un milieu très particulier dont on peut se demander, comme Lisa Belgetti, son intérêt. Et surtout cinquante ans après (déjà !), alors que la pollution aux hydrocarbures a grandement contribué au réchauffement climatique qui n’est encore qu’une chimère pour certains ramollis du bulbe.

Surtout, ce film est un formidable témoignage du déroulement de cette épreuve sportive, côté route, bien sûr, mais aussi autour, avec ce rassemblement populaire de tous âges et de tous horizons.

 

Et à l’instar de Leni Riefenstahl pour ses Dieux du Stade (1936), Lee H. Katzin (et avant lui John Sturges qui démissionna) a pléthore de caméras (là s’arrête la comparaison) pour rendre compte de cette course assez unique dans son genre. Ces caméras sont positionnées tout autour du circuit, bien entendu, mais aussi au plus près de l’action : sur les voitures voire dans les cockpits des pilotes. Et si beaucoup d’images sont tirées de la véritable épreuve qui eut lieu cette année-là, les séquences de raccord montrent très bien les différents plans utiles pour la montée en puissance de la course. Et si Steve McQueen n’a pas pu réellement participer à la course comme il en avait envie, il va tout de même conduire un de ces prototypes pendant ces mêmes séquences.

 

Il est clair que si le sport automobile ne vous intéresse pas particulièrement, voire vous rebute, je vous conseille de passer votre chemin. Pour ma part, je ne sais pas si sans McQueen ce film m’aurait intéressé. Mais je dois avouer que l’atmosphère de la course y est très bien rendue. Et pour moi le meilleur moment reste les minutes avant le départ qui voient une tension monter progressivement à mesure que l’heure fatidique arrive et que les bruits de la course laissent la place au(x) battements de(s) cœurs qui s’&accélèrent jusqu’à la libération quand le drapeau s’abaisse, signal du début de la course.

Et ces battements de cœur(s) sont amenés de manière progressive et régulière jusqu’à envahir le silence qui précède l’envoi. C’est un silence qui va doucement s’atténuer pour laisser place à la fureur des moteurs : un de ces silences qui précèdent les grandes batailles. Parce que c’est une grande bataille qui va opposer les pilotes et un seul duo (2) l’emportera sur les autres.

Et puis quand la course est entamée, l’intérêt s’émousse (3), avec tout de même quelques accidents spectaculaires, même s’ils ne sont pas mortels.  Celui de Delaney en deux temps illustre très bien l’environnement sonore du film.

En effet, malgré le ronflement des moteurs, la, musique Michel Legrand (4) s’accorde très bien avec la course, utilisant le rythme des défilés de voitures comme tempo. De même, Delaney va revivre les quelques secondes de son accident juste après l’avoir éprouvé, une fois son véhicule immobilisé : il ne retient comme éléments sonores que les différentes fois où il va buter contre les rampes de sécurité, les déplacements de la  voiture, emportée par son élan, d’un côté à l’autre de la chaussée se faisant dans un silence absolu, et au ralenti.

 

Bref, un film plutôt atypique où les regards sont aussi importants que les rares phrases échangées. Et pour ça, Steve McQueen était vraiment dans son élément.

 

  1. David Piper, qui est cité en fin de film.
  2. Ils sont deux par voiture.
  3. C’est mon impression, voir un petit peu plus haut.
  4. Je n’aime pas la musique de Michel Legrand !

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