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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #B. Reeves Eason
Cornered (B. Reeves Eason, 1932)

Voilà 10 ans que Tim Laramie (Tim McCoy) est shérif. Sauvé par Moody Pierson (Niles Welch) dans une procédure policière (1), il retrouve ce dernier accusé (et emprisonné) d’avoir tué – d’une balle dans le dos – Dan Herrick (William McCall), le père de sa fiancée, la belle Jane (Shirley Grey), qui ne voulait pas de leur union.

Bien sûr, McCoy n’y croit pas une seconde, mais après l’évasion de Moody, il est désavoué et doit quitter la ville. Il en profite alors pour faire son enquête à propos de cette mort troublante et surtout pour innocenter son ami. On parle d’un certain « Laughing » Red Slaven (Noah Beery, le frère de), qui serait chef d’une bande de hors-la-loi et qui ne s’entendait pas avec Herrick.

 

Tim McCoy fait partie de ces cow-boys d’Hollywood qui ont malheureusement été oubliés avec le temps. Pourtant, il a été en activité surtout entre 1925 et 1942 et on le retrouve même une dernière fois en 1965, soit 40 ans après ses débuts. S’il n’a pas la stature d’un John Wayne ou d’un Randolph Scott, il n’en demeure pas moins un archétype de shérif, dont le sens du devoir est la première des qualités. Il y a dans ce personnage une droiture et une efficacité qu’on retrouve – rien d’étonnant à cela – dans un personnage de bandes dessinées des plus célèbres : Lucky Luke.

Il est clair que Morris a été inspiré par les westerns hollywoodiens (2) de son enfance (et d’après) et le personnage interprété par McCoy rassemble beaucoup de ses qualités : le sens du devoir, l’honneur, la loyauté et la fidélité, avec une bonne rapidité à dégainer (3).

 

Bien entendu, Slaven est le méchant qui a abattu le père de Jane, et Noah Beery campe une nouvelle fois un méchant fort acceptable, dont le rire puissant contribue à faire de lui un personnage antipathique : il est arrogant et sûr de lui (l’un va rarement sans l’autre), sans pitié ni compassion pour ses ennemis et même ses « amis » (4). Un affreux, quoi.

 

Pour le reste, c’est un western qu’on qualifiera de classique, où le manichéisme fonctionne à fond avec ces deux archétypes (Laramie & Slaven). On a tous les ingrédients nécessaires pour un beau western : paysages naturels, poursuite à cheval, duel final…

Et pour ajouter à l’analogie luckylukienne, on notera une fin qui inspirera Morris (et ses scénaristes) : une fois les problèmes réglés, Laramie s’en va vers d’autres aventures, laissant ceux qu’il a aidés dans leur nouvelle vie. Certes, le soleil ne se couche pas, mais l’impression reste la même.

 

Dernier détail emprunté par Morris : le cheval de Tim Laramie ressemble beaucoup à Jolly Jumper, la parole en moins, évidemment (voir ci-dessous)…

 

  1. Poursuite et arrestation de desperados.
  2. Pléonasme, non ? Les westerns n’étaient pas vraiment l’apanage des autres productions cinématographiques mondiales…
  3. Non, Tim Laramie ne tire pas plus vite que son ombre. Tirer plus vite que ses ennemis est suffisant.
  4. Moody, en fuite, s’est rallié à sa bande.
Cornered (B. Reeves Eason, 1932)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Paul Mesnier
Bébés à gogo (Paul Mesnier, 1956)

Stéphane Petitbourgeois (Raymond Souplex) porte très bien son nom : chef comptable d’un grand magasin (Prisunic), il habite un bel appartement parisien avec sa femme Isabelle (Jeanne Sourza), sa fille Pat (Andréa Parisy) et le mari d’icelle, Hubert (Jean Carmet).

Mais si sa situation financière est on ne peut plus correcte, il n’en va pas de même pour sa situation familiale : non seulement sa fille (unique) vit chez lui avec son mari, mais en plus elle a des enfants. Et pas seulement trois comme annoncé quand ils se sont installés, mais 7. Puis 8. Et 9 ! Il n’a plus un moment ni un lieu à lui : il faut que cela cesse !

Sauf que le grand père de 50 ans (maximum) qui aura 12 petits-enfants se verra attribuer un prix de 20.000.000 de francs (de 1956).

Seulement voilà, Hubert ne veut plus procréer.

 

Voilà un exemple typique du genre de comédie familiale qu’on pouvait produire dans les années 1950. Une comédie légère avec juste ce qu’il faut d’osé (1), un brin pépère, surtout avec la présence du grand Raymond Souplex, et d’un autre comédien cantonné encore aux seconds rôles mais qui va bientôt éclater : Louis de Funès.

Souplex est impeccable dans un rôle de ronchon au grand cœur, soutenu avec brio par Jeanne Sourza. Mais un acteur comme Souplex prend beaucoup de place sur l’écran (2) et il est difficile de tirer son épingle du jeu en face de lui. C’est ce qu’arrive à faire de Funès, même si on est encore bien loin du jeu nerveux (3) qui fera son succès et, malheureusement, précipitera sa disparition.

 

On a aussi plaisir à y découvrir un autre jeune acteur (4) en la personne de Jean Carmet, un brin empâté, dans un rôle de gros mou apathique, tenant la dragée haute à un beau-père somme toute pas si débonnaire.

On peut tout de même se poser la question de la morale de ce bourgeois (pas si petit que ça) : exaspéré par la prolifération progressive de sa descendance, il change complètement d’avis dès qu’on parle gros sous (20 millions, c’est une somme !). Bref, comme le dit le présentateur de gala : « un grand Français ! »

 

N’attendez pas une grosse rigolade ni des gags toujours très fins, sans pour autant tomber dans la franchouillardise ni la lourdeur, on appréciera quelques situations cocasses voire quelques répliques amusantes, dont l’irrésistible répétition sur tous les tons, par Raymond Souplex, de cette expression immortelle : « La peau de mes fesses. »

Au final, rien de bien nouveau sous le soleil (de France) et on peut préférer d’autres productions de la même époque, avec Philipe, ou Gabin… 

 

  1. Les seins de Mademoiselle (Andrée Servilanges) qui se baigne (normal, c’est vendredi matin)
  2. Certes il avait des rondeurs, mais ce n’est pas ce que je veux dire…
  3. Qui se remarque tout de même.
  4. Il n’a que 36 ans !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Frank Tuttle, #Louise Brooks
Le galant Etalagiste (Love 'em and leave 'em - Frank Tuttle, 1926)

« On les prend, on les jette », tel pourrait être une traduction du titre original, bien loin de ce galant étalagiste – Bill Bilingsley (Lawrence Gray) – qui au final n’est pas si galant que ça.

En effet, il travaille dans le grand magasin de Ginsburg, et on lui propose, suite à une bonne idée, d’en décorer la vitrine. Sauf que cette bonne idée, c’est Mame Walsh (Evelyn Brent) qui l’a eue. Mame est orpheline et veille sur sa petite sœur Janie (Louise Brooks) depuis la mort de leur mère.

Bien sûr, Mame et Bill tombent amoureux et ce dernier ne rechigne pas d’avoir l’aide de cette dernière pour composer ses « propres » vitrines. Mais Mame part en vacances et Bill demande à Janie de remplacer sa sœur. Ce remplacement va même se prolonger en dehors du temps de travail, puisque Bill ne va pas résister longtemps au charme de cette petite sœur…

 

Le titre original s’explique surtout par une sortie de Mame, désespérée d’avoir découvert que Bill avait une relation avec sa sœur : elle nous explique que c’est elle qui prend les hommes et les jette, alors pourquoi s’en faire avec Bill. Sauf que si elle est désespérée, c’est avant tout parce qu’elle l’aime toujours, malgré cette aventure contrariante. Et s’il y a une femme qui passe d’un homme à l’autre, c’est bien entendu Janie qui sait utiliser son corps – et un peu son esprit, n’en déplaise à Bill- pour « réussir. »

Et ce film nous montre bien où en était la société quant à la place de la femme : c’est Bill qui reçoit les honneurs pour les brillantes idées e vitrine de Mame. Et c’est Janie qui est prête à tout pour réussir : sous entendu flatter voire coucher (1).

 

Bien sûr, si ce film conserve quelque intérêt 95 ans après, c’est avant tout à Louise Brooks qu’on le doit. Mais encore une fois, elle n’a pas le premier rôle, même si elle est très importante à l’intrigue. Et ce qui manque à son personnage, c’est avant tout une certaine dose (2) de moralité : non seulement, elle saute sur tout ce qui bouge et qui est masculin, mais en plus, elle n’est pas d’une probité exemplaire puisqu’elle n’hésite pas à jouer l’argent du bal aux courses par l’intermédiaire de son voisin de palier, Lem Woodruff (Osgood Perkins).

Et c’est d’ailleurs ce dernier qui est le véritable méchant du film : certes Janie joue aux courses mais ce monsieur déplaisant l’arnaque (dans les grandes largeurs) sans aucune vergogne, amenant Mame dans cette sous intrigue financière dégradante pour elle (3).

 

Mais heureusement Townsend Martin (le scénariste) veille et par l’intermédiaire de Frank Tuttle et son chef opérateur (George Webber) il va démêler cette situation intenable pour cette jeune femme. Jeune femme certes, mais loin d’être faible : sa façon de récupérer l’argent barboté par Lem vaut son pesant d’or : ça commence par un bras qui l’attire violemment dans sa chambre, et ça se termine dans un lit pliant… Plié !

Et Louise Brooks dans tout ça ? Elle est très belle (normal) et tout de même le véritable moteur de cette intrigue : elle amène l’élément tragique indispensable à toute comédie et favorise de la même façon la réunion – inévitable – des deux jeunes amoureux.

 

Bref, tout est bien qui finit bien, et puis c’est tout !

 

  1. Attention, il n’est pas dit que Janie couche avec tout ce petit monde, mais sa résolution d’intrigue ne laisse que très peu de doute…
  2. Voire une dose certaine.
  3. Miss Streeter (Marcia Harris), la véritable organisatrice du bal veut dénoncer Mame à la police si elle ne rend pas l’argent qu’elle croit qu’elle a volé.

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Publié le par Djayesse
L'As des as (Gérard Oury, 1982)

1936.
Berlin va accueillir les Jeux Olympiques et les athlètes français se préparent à aller défendre leurs chances. En particulier la section boxe dirigée par Joe Cavalier (Jean-Paul Belmondo), ancien as de l’aviation française pendant la première guerre mondiale, vingt ans plus tôt.

Mais si Cavalier veut soutenir ses athlètes, ce n’est pas à n’importe quel prix : pas question de défiler à l’ouverture en effectuant le salut nazi.

On connaît la suite : les athlètes ont défilé en saluant d’une façon fort similaire à celle des pays totalitaires de la même époque (Japon, Allemagne, etc.). « Le salut olympique », qu’ils disaient…

Dans le train qui l’amène en Allemagne, Cavalier fait la connaissance du jeune Simon Rosenblum (Rachid Ferrache) dont la famille subit les persécutions des nazis.

Cavalier va donc l’aider.

 

On a pu reprocher à Gérard Oury (1) le consensus de sa Grande Vadrouille seize ans plus tôt : les Français y apparaissaient tous comme de valeureux résistants et nul collaborateur n’y apparaissait. Prenant ce contre-pied, il installe son intrigue dans l’Allemagne nazie des Jeux Olympiques, avec la réalité des persécutions juives (feutrées tout de même, le film est tout public. Mais là où Oury réussit son coup, c’est qu’il ridiculise ce régime aussi sûrement que Leni Riefenstahl a su mettre en valeur ce même régime dans ses Dieux du Stade (2).

Et ce film n’est d’ailleurs pas sans parenté avec son aîné de 1966. Encore une fois, c’est une expédition – cette fois à travers l’Allemagne – de héros poursuivis par d’affreux nazis.  Et en plus, le commissaire nazi qui les poursuit n’est autre que Benno Sterzenbach qui poursuivait déjà Bourvil et De Funès dans le précédent film.

 

Autre parenté évidente : Rabbi Jacob. Le fait que la famille Rosenblum détermine l’intrigue allemande n’y est pas pour rien. Mais alors que Rabbi Jacob dénonçait les préjugés par le rire (c’est plus fort), ici, les Rosenblum n’ont rien de drôle : ils symbolisent toutes ces familles victimes de régime abject. Et leur passage au Berghof (3) accentue cette parenté quand ils commencent la musique : Kosma va alors combiner une musique traditionnelle juive avec ce qui ressemble à une autre bavaroise, accompagnée de danseurs en culotte de peau qui passent de la danse allemande à celle qui rappelle les pas de danse (pas toujours bien assurés : il compte) de Louis De Funès (encore lui) dans la Rue des Rosiers.

Quant à la fin, on est aussi obligé de penser à Lubitsch et son formidable To be or not to be : l’évasion n’a pas lieu en avion, mais encore une fois, on se joue d’Hitler et ses sbires.

 

Et au milieu de tout ça, on découvre un Belmondo en pleine forme, qui retrouve avec un plaisir évident celui avec qui il avait tourné Le Cerveau treize ans plus tôt : cascades et bons mots à gogo, Bébel en rajoute évidemment. A ses côtés, la belle Marie-France Pisier tire son épingle du jeu, donnant avec justesse la réplique à la superstar.

Et une mention spéciale pour le jeune Rachid Ferrache, partenaire inattendu et complémentaire de Belmondo, alternant avec bonheur les éléments comiques et douloureux – n’oublions pas son statut de Juif – replaçant toujours l’intrigue dans son contexte mortifère.

 

Un délice.

 

  1. Ou tout du moins la relever…
  2. Dont on voit un extrait : le défilé cité ci-dessus.
  3. Le repère bavarois d’Hitler (Günter Meisner).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Alan Hale
Risky Business (Alan Hale, 1926)

Mrs. Stoughton (Ethel Clayton) est dans une mauvaise passe. Heureusement, elle a une fille  - Cecily (Vera Reynolds) – que poursuit de ses assiduités le riche Richard Coults-Brown (Ward Crane). L’union avec cet homme l& sauvera financièrement, surtout qu’il s’est engagé à l’aider.

Mais seulement voilà, Cecily en aime un autre : le docteur Edward « Ted » Pyncheon, un médecin de campagne. Pour la dégoûter de ce dernier, Mrs. Stoughton réussit à ce qu’elles soient invitées chez la sœur de Ted, Agnes Wheaton (Zasu Pitts), qui a deux enfants et une vie bien remplie.

Alors évidemment, cette vie autrement trépidante et surtout l’attente éternelle de cet homme qui passe plus de la moitié de sa journée auprès de ses patients vont avoir raison des espérances de la jeune femme. Et le riche Coults-Brown va repointer le bout de son nez…

 

Alan Hale n’était pas seulement un acteur truculent : il lui est arrivé de passer de l’autre côté de la caméra pour signer quelques petites comédies pas si légères, où les bons sentiments côtoient avec bonheur les éléments comiques, pour notre plus grand plaisir. C’est le cas de cette petite comédie, où tous les ingrédients sont là, même la Rédemption à travers l’histoire de cet enfant percuté par la voiture de l’infâme Coults-Brown (1) qui ramenait Cecily chez lui.

Là encore, s’il ne s’agit du film de l’année, il se regarde tout de même sans déplaisir, le jeu de Vera Reynolds valant à lui seul le visionnage.

 

Et puis il y a Zasu Pitts. Elle partage la vedette avec Vera Reynolds et a en plus l’honneur d’être la porte-parole du réalisateur (ou du scénariste, si vous préférez). C’est une personnalité des plus vivantes, véritable femme assumant des responsabilités : l’inverse de notre jeune héroïne qui ne vit que dans la facilité. Alors son séjour chez elle va l’éveiller à autre chose qu’elle n’a jamais connu, bien loin des réceptions alcoolisées (2) du riche Coults-Brown et ses amis oisifs et sauvages (3). Et cet éveil va être pénible puisqu’il amène le point de rupture et par conséquent le point culminant tragique indispensable à toute bonne comédie.

 

Mais cet emprunt au tragique n’est là que pour faire éclater la comédie : la vie « rêvée » que lui promet le doublement richard se révèle être un cauchemar et termine la mutation qui s’était déclenchée chez la sœur de Ted : elle ne peut vivre dans cette opulence malsaine et comprend que c’est bien Ted et sa vie mouvementée (pour la bonne cause) qui lui convient.

Bref, une de ces comédies réjouissantes où encore une fois un acteur passé de l’autre côté de la caméra laisse s’exprimer ceux qu’il filme, avec générosité.

 

On notera en outre la présence de Louise Cabo dans le rôle de Hefty Helga, la servante des Wheaton, seul personnage burlesque de ce film : outre sa ressemblance (par temps de brouillard) avec un camion, elle &a tendance à casser tout ce qu’elle touche. Sauf l’escalier de la cave.
Encore que…

 

  1. Non seulement il a un nom absurde, mais en plus c’est une espèce de salaud qui écrase les enfants sans pour autant s’arrêter voir s’il y a des dégâts.
  2. Nous sommes en 1926, ne l’oublions pas. Nous sommes à la moitié (seulement) de la Prohibition.
  3. Comme l’explique un intertitre et la séquence qui le suit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Dallas M. Fitzgerald, #Clara Bow
My Lady of whims (Dallas M. Fitzgerald, 1925)

Cette « dame capricieuse » (1), c’est Prudence « Prue » Severn (Clara Bow), une jeune femme un brin bohème (elle habite Greenwich Village), qui partage son habitation avec une autre artiste, Wayne Leigh (Carmelita Geraghty), et surtout qui est sûre de son charme. Riche héritière, elle mène la grande vie, de fêtes en bals costumés. Son père et sa sœur voudraient bien qu’elle revienne chez eux et pour cela envoient différentes personnes pour la récupérer. Peine perdue.

C’est au tour de Bartley Greer (Donald Keith) d’essayer. Y parviendra-t-il ?

Bien sûr, sinon il n’y aurait pas de film.

 

Il est clair qu’il ne s’agit pas du film phare de 1925, mais il vaut surtout pour la prestation de sa star, Clara Bow. Nous sommes bien loin de ses débuts où elle n’était qu’une actrice de second plan (Down to the Sea in ships, 1923), mais en deux ans, elle a réussi à s’imposer et surtout se mettre en valeur. Et ici, c’est bien entendu son corps qui a fait couler beaucoup d’encre (encore !) : sa robe de soirée un tantinet transparente et très échancrée (2) dans le dos a suffi. Elle est devenue un sex-symbol de premier plan. Malheureusement pour elle, le compte a rebours a lui aussi commencé et dans huit ans, elle disparaîtra des écrans. Hélas, encore une fois.

 

Je le répète, il s’agit d’un petit film, et la distribution le confirme : le jeune premier est un acteur de second plan qui a pour seul avantage une belle gueule. Pour le jeu, on préférera son compère dans le film, Lee Moran (Dick Flynn ici) dont le rôle de faire valoir dépasse celui qu’il devait mettre en valeur. Sa facilité à sortir son pistolet et sa relation avec Wayne Leigh pimentent ce film qui n’aurait pu être qu’un mélodrame bourgeois. Pendant que Prudence s’amuse dans des fêtes huppées, ce couple singulier lui va boire de la bière dans des endroits louches où on dans certes, mais où on se bagarre aussi !

Bref, ce couple est le négatif de l’autre, surtout que Prudence » a bien compris le jeu de Bartley et ne compte pas se laisser faire.

 

Mais si Clara Bow interprète une femme un brin scandaleuse, nous ne sommes qu’en 1925 et la morale doit trouver son compte : la belle Prudence va tout de même rentrer dans le rang, encore que pas complètement (3). Le subterfuge pour y arriver est d’ailleurs un peu bancal, la fin ne justifiant pas toujours les moyens.

Quoi qu’il en soit, on retrouve avec beaucoup de plaisir la belle Clara dans cette comédie légère (autant que ses habits) et surtout on savoure son jeu mutin et bien sûr son physique…

 

  1. Traduction possible du titre original
  2. A part celle de Mireille Darc dans Le grand Blond avec une chaussure noire, je ne connais pas de robe qui puisse rivaliser.
  3. Je vous laisse découvrir comment, je ne vais pas tout vous raconter tout de même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Julien Duvivier
Le Golem (Julien Duvivier, 1936)

Prague, 1610.

Le rabbin Loew est mort, mais les Juifs sont toujours victimes de répressions impériales dirigées par le chancelier Lang (Roger Karl), un converti, pendant que l’empereur Rodolphe (Harry Baur) lutine, surtout la comtesse Strada (Germaine Aussey).

Mais si le rabbin est mort, sa créature, le Golem (Ferdinand Hart), est toujours présente, à l’abri de tous, dans la synagogue.

Cette créature fait peur à ce même empereur qui veut la détruire. Mais la prophétie de Loew est claire : il doit revenir apporter la justice pour tous (et surtout les Juifs).

 

Si Julien Duvivier était un chroniqueur acerbe et juste de son époque, ses escapades temporelles n’ont pas la même sagacité. Ce Golem, sorte de fausse suite juive de son Golgotha où un nouveau personnage s’élève du peuple pour combattre les injustices. Bon, c’est un peu tiré par les cheveux, mais l’analogie est tout de même là.
Par contre, ce qui n’est pas là, c’est la dimension fantastique qui accompagne le personnage et dont j’ai déjà parlé ici avec le film de Paul Wegener (1).

 

Certes, Duvivier n’est plus un débutant au cinéma, et on trouve de ci de là des éléments réjouissants comme l’utilisation des ombres sur les murs, mais le grand Julien n’était pas un cinéaste allemand et ça se voit tout de suite. Si ses personnages n’ont pas la bassesse habituelle, ils n’en demeurent pas moins bien français, et Harry Baur, malgré tout le talent qu’il avait, passe difficilement pour un souverain tchèque, aussi fou soit-il. Par contre, sa prestation, un tantinet outrancière met bien en évidence la folie de son personnage, mais cela ne va pas plus loin.

 

Et puisqu’on en est à l’interprétation, on sent une atmosphère très empesée dans ces différents personnages qui déclament parfois plus qu’ils ne jouent. Et cette grandiloquence a tendance à émousser l’intérêt du spectateur (en tout cas, c’était comme ça pour moi).

Encore une fois je rejoins mon ami le professeur Allen John quand il regrette que le cinéma français n’était pas capable de développer un cinéma fantastique sérieux à cette époque (et depuis ?).

Et au final, on a un film qui se laisse regarder, mais sans plus, ce qui est décevant de la part de Julien Duvivier. Heureusement que cette même année, il a sorti La belle Equipe (2). Ca compense.

 

Un telle suite se justifiait-elle ? Bien sûr que non. (3)

 

  1. Celui de 1920, bicôze celui de 1915 n’est plus visible (il ne reste que la deuxième bobine, et encore…).
  2. Aimos qui y interprète Tintin est là aussi : il est Toussaint, le serviteur d’un camelot français (Roger Duchesne).
  3. C’est d’abord une pièce de théâtre créée en 1931. Cela n’empêche pas que ce n’était pas nécessaire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Terry Gilliam
Le Théorème Zéro (The Zero Theorem - Terry Gilliam, 2013)

Le « Théorème Zéro », c’est celui qui explique tout et rien : le chaos. Mais le chaos a un prix, et c’est ce que veut prouver Management (Matt Damon), pour l’exploiter, bien entendu. Pour cela, il missionne Qohen Leth (Christoph Waltz), un misanthrope génial mathématiquement, mais inadapté socialement, qui attend LE coup de téléphone décisif, celui où on répond « oui » sans hésiter.

Mais le coup de téléphone ne vient pas, l’angoisse augmente avec le stress et le Théorème n’avance pas. Et ce malgré l’aide de Bob (Lucas Hedge), le fils de Management, de la belle Bainsley (Mélanie Thierry), ou de la psy virtuelle (Tilda Swinton, réjouissante)...

 

Magnifique.

Du pur Gilliam. A nouveau, le grand Terry nous emmène dans un monde imaginaire aux caractéristiques très réelles, véritable synthèse de mondes déjà proposés par cet immense medium qu’est le cinéma, mais avec la folie du réalisateur. On y retrouve les éléments de ses précédents films de science-fiction – Brazil ou L’Armée des 12 singes (1) – avec cette même lueur pessimiste.

Physiquement, Qohen ressemble à James Cole (L’Armée), et tout comme Sam Lowry (Brazil), il passe sa vie derrière un écran d’ordinateur. Mais ce n’est pas le Ministère du Recoupement qui règle la vie : plutôt un conglomérat avec à sa tête un philanthrope particulier de type Zuckerberg ou Gates, confirmant l’assertion/titre d’album de Frank Zappa : « we’re in it for the Money » (2).

Avec en prime un clin d’œil appuyé à Central Services (Brazil) : Mancom contrôle tout.

 

On retrouve donc l’univers un tantinet steampunk de ses autres films, avec des références visuelles nombreuses dont une magnifique Pietà quand Qohen dépose délicatement Bob sur un divan, enveloppé dans une serviette, sous un vitrail de l’ancienne chapelle où il vit.

Et puis il y a les couleurs : elles sont omniprésentes dans un monde d’une grande tristesse où très peu de choses sont autorisées : quand Bob et Q(ohen) sont assis sur un banc, derrière eux s’étale une collection incroyable et incommensurables de panneaux d’interdictions. On se demande ce qui reste autorisé : même sourire est interdit !

Ces couleurs sont une composante primordiale dans le film, mais cette profusion les détourne de leur but premier : habillé tout en noir, Qohen est le seul original dans ce monde où la norme est devenue bariolée, comme le remarque Bainsley. Et ces couleurs chatoyantes et agressives arrivent à nous mettre mal à l’aise en voyant ce monde proche de celui d’Orwell (1984).

 

Et puis il y a le rêve, le moteur de Gilliam. Il s’exprime ici à travers la réalité virtuelle de Bainsley : une combinaison connectée qui les emmène tous les deux dans une île paradisiaque au soleil couchant éternel. Là encore, les couleurs ont leur importance, mais dans le bon sens : elles rassurent et font du bien. Mais là encore, le pessimisme revient au galop, quand Qohen emmène sa compagne (virtuelle) dans son monde personnel : un immense trou noir tourbillonnant, véritable expression de ce que pourrait démontrer le fameux théorème.

Bref, nous sommes en plein dans l’univers de Gilliam qui n’a pu qu’aimer le scénario de Pat Rushin et toutes les possibilités visuelles qu’il propose.

La preuve…

 

PS : vous avez remarqué que Bainsley s’en va en camion ? Que l’ordinateur central explose amenant le chaos avec des images qui tombent en pluie comme des feuilles de papier ?

Ca vous rappelle Brazil ? Tiens, tiens…

 

  1. Je n’ai pas encore vu  The Imaginarium of Doctor Parnassus (3).
  2. Nous sommes là pour l’argent.
  3. Depuis, si (28-3-2024). Cliquez ici.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fantastique, #Paul Wegener, #Carl Boese, #Karl Freund
Le Golem (Der Golem, wie er in die Welt kam - Paul Wegener & Carl Boese, 1920)

Le rabbin Loew (Albert Steinrück) est aussi un mage. Ayant vu dans les étoiles que les Juifs allaient vivre des choses terribles, il décide de créer une défense contre ces malheurs à venir : une créature faite à partir de l’argile, le Golem (Paul Wegener).

Et l’empereur Ludwig (Otto Gebühr) lui donne raison, promulguant un décret anti-juif encore plus sévère, se basant sur les sempiternels reproches qu’on fait à ce peuple.

Loew décide alors de créer une défense contre ces malheurs à venir : une créature faite à partir de l’argile, le Golem (Paul Wegener).

Mais ce Golem est avant tout un serviteur pour son maître, jusqu’à ce que la fille de Loew, la belle Miriam (Lyda Salmonova) s’éprenne d’un des chevaliers du palais, le beau Florian (Lothar Müthel). Jaloux, rabbi Famulus (Ernst Deutsch) va lancer le Golem contre cet homme, mais la créature va lui échapper et semer la désolation sur son passage.

 

Je vous prie tout d’abord de m’excuser pour ce résumé un tantinet longuet mais surtout qui insiste essentiellement sur la fin du film : en effet, seules les dix dernières minutes voient le Golem semer le désordre : le reste du film nous montre essentiellement comment Rabbi Loew fabrique sa créature et ce qu’il en fait : un être docile cantonné aux travaux domestiques.

Mais le déséquilibre va venir de la jeune femme – l’une des rares du film mais surtout le seul rôle féminin important – qui enfreint la loi de la communauté pour coucher &avec l’étranger, celui quine vit pas dans le ghetto. Parce que tout reste dans le ghetto, à la différence de ce que fera Duvivier une quinzaine d’années plus tard. Et même une fois la menace éliminée, les portes de ce même ghetto se refermeront, laissant les Juifs dans leur isolement plus ou moins forcé.

 

Il me paraît évident que le film de Wegener a inspiré d’autres cinéastes. Duvivier, bien sûr puisque son Golem va reprendre en partie certains éléments du film, mais on retrouve aussi quelques aspects qui se retrouveront dans le Frankenstein de James Whale. En effet, ici aussi, il s’agit de créer la vie à partir de rien, mais alors que Frankenstein utilisait la science à sa disposition, Loew utilise la magie, et qu’on le veuille ou non, sa méthode est tout de même plus efficace.

Comme l’indiquait le sous-titre du roman de Mary Shelley (1), il y a une part divine dans Loew tout comme dans Frankenstein : dans les deux cas, seul Dieu est autorisé à donner la vie et celui qui va à l’encontre de cette règle de base s’expose à des ennuis, et surtout la perte de contrôle de la créature. Mais le cas de Loew est plus du ressort théologique que celui du docteur : Loew est rabbin et, à l’instar de son Dieu, il crée à partir de l’argile, tout comme Dieu a créé Adam dans la Genèse.

Et l’analogie avec Whale s’exprime surtout par certaines séquences à la résolution différentes : la maison en feu annonce le moulin, et l’enfant qui arrête le monstre annonce la petite fille au bord de l’eau.

 

Mais surtout, on retrouve dans ce film le savoir faire allemand. Les décors sont torturés comme dans les films de la même époque : Le Cabinet du Dr. Caligari (Robert Wiene, 1919), bien sûr, mais en plus réalistes, et plutôt Les trois Lumières (Fritz Lang) qui sort la même année et dont l’intrigue est plus contemporaine de celle-ci.

Par contre, Wegener prend un peu trop son temps, délayant certaines séquences en n’allant pas directement à l’essentiel. Mais une fois le Golem créé et animé, le film prend toute sa dimension fantastique : Wegener, sous ses oripeaux sombres de statue est un Golem terrifiant, mélange de cruauté et de douceur. De douceur parce » que s’il traîne Miriam par les cheveux, c’est avec une certaine délicatesse qu’il la dépose indemne sur une pierre.

Et si Karl Freund collabore au film, sa caméra reste tout de même bien statique : mais avec Wegener et Guido Seeber  (l’autre opérateur) ils vont tout de même utiliser avec intelligence différents caches et autres surimpressions pour créer cette ambiance particulière d’épouvante.

 

A voir.

 

PS : une créature qui ne vit que par l’action d’une étoile au milieu de son torse ? Bon sang mais c’est bien sûr : c’est Ironman ! Tiens, non.

 

  1. Le Prométhée moderne

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Malcolm St. Clair, #Louise Brooks, #Ford Sterling
Moi ! (The Show-off - Malcolm St. Clair, 1926)

Un « show-off » est une espèce nuisible : un m’as-tu-vu de la pire espèce, créature hybride née du croisement d’un baratineur et d’un menteur, dont les agissements  n’apportent la plupart du temps que ruine et désolation.

C’est le cas d’Aubrey Piper (Ford Sterling), qui passe pour un des sous-directeurs de la compagnie de chemin de fer de Pennsylvanie avec 30 employés de bureau sous ordres, alors qu’il n’est lui-même qu’un de ces employés…

Si ce n’était que ça : il est amoureux d’une jeune femme de bonne famille, la belle Amy Fisher (Lois Wilson), qui gobe chaque mensonge qui sort de sa bouche.

Au grand dam de sa famille : ses parents Ma (Claire McDowell) et Pa Fisher (Charles Goodrich) et son frère Joe (Gregory Kelly). Sans oublier la petite amie de ce dernier, Clara (Louise Brooks).

 

Avoir traduit le titre original en moi n’est pas une si mauvaise chose au final tant ce personnage est imbu de lui-même et a une conduite égocentrique absolument insupportable. Et Ford Sterling est admirable dans ce rôle, augmentant à chaque occasion le degré d’antipathie du spectateur pour cette baudruche. On se dit à chaque fois qu’il ne peut pas aller plus loin dans la bêtise, et St. Clair nous rappelle constamment que ce domaine est infini : Piper va toujours plus loin, amenant la ruine et la désolation annoncée.

Mais heureusement, St. Clair a fait ses armes auprès d’Eddie Cline et Buster Keaton : nous restons constamment dans le registre comique. Et Ford Sterling excelle : son personnage est d’un niveau de ridicule rarement atteint, que ce soit dans sa personnalité ou dans son apparence : moi qui ne suis pas un esthète vestimentaire de référence, je sais tout de même qu’on évite des vêtements à carreaux de différentes tailles et couleurs. Lui, non.

 

Mais malgré tout, ce personnage va s’amender : je vous rappelle que nous sommes dans une comédie donc tout se termine bien, ainsi que dans un film américain où la Rédemption est indispensable. Et comme nous sommes dans une comédie, il faut que le point tragique soit atteint pour avoir une résolution heureuse. Et Aubrey Piper va réparer ses bêtises – plutôt graves puisque la maison Fisher doit être saisie suite à son escapade automobile – acculé par cette famille qui n’en peut plus de ses frasques.
Et c’est là qu’intervient celle qui fait qu’on se souvient de ce film : Louise Brooks. Comme dans la plupart des films américains dans lesquels elle a tourné, elle n’est qu’un personnage secondaire (1), à peine mise en valeur par son physique (irrésistible). Seul son regard noir est (magnifiquement) souligné par la caméra (inspirée) de Lee Garmes (s’il vous plaît).

C’est Clara qui va précipiter les choses et donner son titre au film dans une harangue attendue par tous : la famille comme le spectateur.

 

Bref, une nouvelle pépite issue de cette mine d’or qu’est le cinéma muet (américain en l’occurrence) qui se regarde avec beaucoup de plaisir pour toutes ses qualités et, avouons-le, aussi parce qu’on y retrouve la belle Louise Brooks…

 

  1. C’est le réalisateur allemand G.W. Pabst qui fera d’elle le sex-symbol que nous connaissons.

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