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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Philippe Fourastié
La Bande à Bonnot (Philippe Fourastié, 1968)

18 mai 1912 : le petit Quotidien titre que c’en est fini de Jules Bonnot (Bruno Crémer) et de sa bande après l’explosion du pavillon dans lequel il s’était retranché.

Tout commence au début des années 1910, quand Raymond Callemin dit « La Science » (Jacques Brel), avec ses acolytes Carouy (François Dyrek) et Soudy (Dominique Collignon-Maurin) – tous anarchistes notoires – décide de passer à l’acte et d’entrer dans l’illégalisme. Ils font alors la rencontre de Bonnot qui va les emmener vers le brand banditisme moderne et surtout une fin tragique.

 

 Tourné alors que les célèbres Evénements de 1968 se déroulaient, on retrouve d’une certaine façon les idées libertaires de Bonnot et sa bande dans l’actualité du tournage, et surtout, un écho de la période. Attention toutefois, les manifestants de 68 n’ont pas vraiment de rapport avec la violence utilisée par Bonnot et ses complices.
Il faut dire aussi que le film de Philippe Fourastié, s’il semble dans l’air  du temps n’est absolument pas un plaidoyer pour l’idéologie de Bakounine. La seule véritable discussion anarchiste à laquelle nous assistons se termine par la sécession de Raymond et ses amis. Fourastié se concentre beaucoup sur les différents coups montés par cette bande de criminels : la révolution dont parle Callemin ou l’anarchie de Bonnot n’ont que très peu de chose à voir avec les idées originales : ces messieurs ne sont rien d’autre que des assassins.

Et la première démonstration – l’attaque de la rue Ordener – nous prend à froid. Nous sommes habitués aux casses cinématographiques où on menace, on prend l’argent et on part, alors les coups de feu « gratuits » donnent le ton : malgré les justifications (fallacieuses) de Raymond), ce sont de terribles criminels.

 

Certes, Fourastié est servi par une belle distribution – Brel, Annie Girardot (Maria) et Crémer en tête – mais on peut tout de même trouver un goût de trop peu à cette épopée peu reluisante. Et pourtant, le premier casse possède un panache qu’on ne retrouvera qu’un peu lors du siège final. Quand Bonnot et ses complices fuient la rue Ordener en voiture (1), il y a du souffle épique de western, et on se réjouit. Mais ce souffle va être rapidement coupé et Fourastié va enchaîner les différents épisodes qui mènent à la fin tragique annoncée sans beaucoup de recul ni beaucoup de subtilité : ça tue, essentiellement.

 

On n’a aussi qu’une brève séquence qui suit l’arrestation de Callemin & consort : si Brel y est toujours aussi magnifique, on reste tout de même sur sa faim, et surtout, on arrive mal à identifier s’il s’agit d’un procès ou seulement d’un interrogatoire.

Est-ce l’actualité autour du tournage où la maladresse de Fourastié (2), mais j’ai tout de même l’impression que le film ne va pas bien loin dans le traitement de cette histoire. On aurait aimé un peu plus de profondeur dans ces personnages et surtout un peu plus de développement de certains points. Mais voilà, nous n’avons rien de tout ça et quand Bonnot meurt, on se dit que c’est un peu tôt, que là aussi, il manque quelque chose.

 

Dommage. Toujours est-il que Philippe Fourastié se rattrapera dans sa réalisation suivante, qui n’est pas sans rappeler ce film : Mandrin, une mini série sur le bandit de grand chemin du XVIIIème siècle. Il y prendra le temps d’exposer son histoire (6 fois 55 minutes), contribuant ainsi à sa qualité et à son succès. On y retrouvera d’ailleurs de nombreux interprètes de La Bande à Bonnot, dont Pierre Fabre (Mandrin) qui a cosigné ici le scénario et dirigé la deuxième équipe.

 

  1. Technique totalement novatrice pour l’époque qui obligera la police à se doter de voitures : à bicyclette on va beaucoup moins vite…
  2. Je n’y crois pas beaucoup.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Melford
Young Romance (George Melford, 1915)

Nellie Nolan (Edith Taliaferro) travaille au rayon parfumerie d’un grand magasin et rêve d’une vie aisée, dans des palaces, comme les jeunes aristocrates dont elle lit les aventures dans les feuilletons à quatre sous. Tom Clancy (Tom Forman) travaille dans le même magasin, au rayon quincaillerie, et rêve d’aventures, comme celles de ce jeune homme dont il lit les péripéties dans le même feuilleton que Nellie.
Un jour, c’est décidé, ils vont vivre leur rêve : fréquenter les palaces pour y trouver l’amour (pour elle) et l’aventure (pour lui).

Et bien entendu, ils vont fréquenter le même palace et se rencontrer.

Mais ils vont aussi rencontrer d’autres personnages, pas toujours bienveillants…

 

Cecil B. DeMille, qui parraine ce film, avait donc un frère aîné qui fut éclipsé par son succès, et dont la découverte de ses différentes productions est toujours un ravissement. Ici, il n’est crédité qu’au scénario, mais on peut se demander où s’est arrêté son rôle tant ce film ressemble à ce qu’il a pu réaliser par la suite : il faut dire que cescénario s’appuie sur une pièce qu’il a lui-même écrite, étant avant tout un homme de théâtre. De même, on sent la présence du frère cadet dans une courte séquence où les éclairages sont magnifiques. Sans oublier un habitué des films de Cecil B. : Raymond Hatton (Jack, l’ami de Tom).

 

Si Cecil B. a très souvent décrit les aristocrates américains et leurs intérieurs fabuleux, William, quant à lui, reste toujours près des petites gens et ces deux héros ne font pas exception : on se demande d’ailleurs comment ils ont fait pour ne pas rencontrer sur leur lieu de travail... Mais pas longtemps parce que c’est là qu’est tout le sel de cette intrigue bine improbable mais tellement réjouissante.

George Melford a su s’entourer d’acteurs dont le jeu reste très juste, un tantinet stéréotypé – c’est indispensable dans une comédie – et soutenu par un montage équilibré qui a l’avantage de mettre en valeur les (belles) images du chef-opérateur, William Stradling, que de Mille (1) retrouvera pour son deuxième film en tant que réalisateur l’année suivante (The Raggamuffin).

 

Mais comme nous sommes en 1915, les deux « stars »du film ont vite été oubliées par la suite – et encore plus maintenant ! – et ce malgré leur prestation plus qu’honorable. Edith Taliaferro – qui n’a fait que très peu de films – alterne avec bonheur les différentes pulsions de son personnage : l’enthousiasme de la jeune Nellie qui découvre cette vie (temporaire) de riche, et la retenue, voire la morgue d’Ethel van Dusen, cette héritière dont elle usurpe l’identité.

On notera aussi la présence d’Al Ernest Garcia dans un rôle similaire à celui de Tom : le comte Spanioli, qui n’est pas plus comte que vous ou moi (2) : véritable escroc coureur de dot, il n’hésite pas à éliminer ceux qui sont sur son chemin pour arriver à Ethel/Nellie. Le négatif de Tom, véritable personnage positif de ce film.

 

Au final, si nous ne sommes pas dans le Scheik, Melford nous propose un « petit » film très réjouissant, servi par un scénariste  de première catégorie (voire plus), le tout sous l’œil attentif d’un autre géant, et non des moindres.

Alors, ne boudons pas notre plaisir !

 

  1. William : notez la différence d’écriture des noms par les deux frères.
  2. En tout cas, moi, je ne le suis pas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Nell Shipman, #Bert van Tuyle
Something new (Nell Shipman & Bert van Tuyle, 1920)

Tout part d’un pari. Deux policiers se lancent un défi : la jeune recrue ira en voiture là où le vieux briscard se déplacera à cheval, et en plus, il arrivera avant lui. S’ensuit une course à travers champs et autres obstacles naturels. Le tout sous l’œil attentif et curieux d’une romancière en quête d’inspiration (Nell Shipman).

Mais cette course ne nous intéresse pas. Nous allons suivre de notre côté les péripéties que va vivre une jeune femme (Nell Shipman) prisonnière d’une bande de ruffians menés par l’infâme Agrilla Gorgez (Merrill McCormick), réfugiés dans la Cuisine de l’Enfer (Hell’s Kitchen).

Mais Bill Baxter (Bert van Tuyle) veille et à l’aide de sa voiture, va retrouver la jeune femme et échapper aux bandits.

Vous l’avez bien deviné (enfin j’espère), c’est la romancière du début qui imagine cette course poursuite folle : à travers un paysage franchement inamical, la voiture va poursuivre les bandits et être ensuite poursuivie par ces mêmes bandits dans un décor accidenté qu’elle va réussir à franchir et sauver ses deux occupants. Bref, une magnifique publicité pour cette voiture qui en voit de toutes les couleurs (même si le film est en noir et blanc !).

 

Il s’agit ici du premier film de Nell Shipman en tant que réalisatrice, associée avec Bert van Tuyle qui était alors son compagnon et avec qui elle va traverser la première moitié des années 1920s. Non seulement ils ont codirigé le film, mais ils en ont écrit l’histoire et la belle Nell a en plus assuré la production.

Résultat : un western moderne, pour 1920 comme cent ans après. En effet, l’utilisation de la voiture comme tout terrain ancre définitivement l’intrigue dans le vingtième siècle, et le rôle interprété par Nell Shipman va à contre courant de ce qui était alors proposé aux jeunes femmes dans les westerns de cette époque : malgré ses allures de frêle jeune fille, elle a une grande force de caractère et sait faire beaucoup de choses qu’on n’attendait pas alors : elle conduit une voiture- tout-terrain avec autant de brio que son partenaire et surtout elle sait tirer au revolver – et au pistolet (1) – avec justesse, descendant un méchant qui est à leurs trousses.

 

Mais cette histoire de poursuite en voiture (de chaque côté : poursuivante et poursuivie) a ses limites et surtout une de taille : on se lasse. Une fois la voiture arrivée à Hell’s Kitchen, on se prépare à une résolution classique avec échanges de coups de feu et méchant tué mais non : la poursuite recommence avec les bandits – à cheval – qui courent après la voiture conduite alternativement par les deux héros. Et même quand on arrive à un cul-de-sac, une autre issue est révélée par le soleil naissant, relançant cette inlassable (sauf pour nous) poursuite jusqu’à sa résolution attendue mais tout de même plutôt violente : la dernière image que nous avons de Gorgez n’est pas des plus subtiles.

 

Au final, si la poursuite s’éternise un peu trop, on aura tout de même beaucoup de plaisir à retrouver Nell Shipman, une des rares femmes réalisatrices de Hollywood, dans un rôle qui ne se cantonne pas à de la figuration mais bel et bien une place au même niveau que son partenaire voire un peu plus : blessé, il s’en remet à elle qui va à la fin les sortir définitivement de cette situation on ne peut plus dangereuse.

 

  1. Si vous ne connaissez pas la différence entre les deux, je vous encourage à vous renseigner au plus vite.

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Publié le par Djayesse
The Innocence of Ruth (John H. Collins, 1916)

Ruth (Viola Dana – Mme Collins) est une (très) jeune femme un tantinet naïve dont le père (Brad Sutton) vient de mourir, ruiné par les manœuvres crapuleuses de l’infâme Reynolds (Augustus Philips). Elle est recueillie par le riche (oisif) Jimmy Carter (Edward Earle), ami de son père et victime lui aussi – dans une moindre mesure – des agissements de Reynolds.

Si Ruth est une jeune femme innocente, elle n’en demeure pas moins très charmante et sa grâce va de pair avec sa beauté.
Une telle proie ne peut qu’attiser la convoitise du toujours infâme Reynolds…

 

Il ne reste malheureusement plus beaucoup de films de John H. Collins. Malheureusement parce qu’on peut voir dans ses différentes réalisations une maîtrise extraordinaire de ce medium qu’on n’appelait pas encore « septième art ». Certes Ce film-ci n’atteint pas la grande qualité de Blue Jeans – son chef-d’œuvre, d’après ce que j’ai pu voir de lui – mais on y retrouve cette maîtrise technique soutenue par le travail derrière la caméra de John Arnold (1).

Bien entendu, Viola Dana y est encore une fois magnifique : capable elle aussi de faire plus jeune que son âge, elle exprime une espièglerie réjouissante, filmée avec amour par son mari.

 

Et c’est elle qui porte le film de bout en bout, réussissant, malgré cette innocence annoncée, à dérider Carter qui ne voit en elle, au début que la fille de son ami, et certainement pas une femme, et encore moins avec des sentiments. Ses agissements pour attirer l’attention de ce jeune homme sont dans la lignée de cette innocence et on ne peut que sourire à ses différentes tentatives pour attirer son attention. Mais quand elle se met à danser, l’innocence laisse la place à la grâce et tout comme le spectateur, Carter est conquis.

Il faut dire que le regard de Viola Dana est absolument magnifique, avec ses yeux trop clairs pour ne pas être bleus !

Et Collins film de près ce regard fabuleux, ajoutant encore à cette innocence.

 

On comprend alors pourquoi l’intrigue semi policière est laissé »e au second plan : on en voit que la belle Viola, et si Reynolds est un méchant assez réussi, son sort est tout de même réglé assez rapidement, et surtout violemment. On notera sa rouerie et un certain physique de l’emploi. Par contre, Edward Earle est un jeune premier un tantinet lisse, dont on aurait pu attendre un peu plus au vu de la séquence d’ouverture : à peine levé, il prend un cordial et allume une cigarette !

Même sa participation dans la chute de Reynolds manque de panache

 

Mais qu’importe : nous avons Viola Dana, et ça c’est inappréciable !

 

  1. Arnold n’est pas crédité au générique mais au vu de la période et de la technique, on imagine très bien qu’il s’agissait de lui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #Raoul Walsh
Me and my Gal (Raoul Walsh, 1932)

Danny Dolan (Spencer Tracy) est policier, sur les quais. Un jour il tire un poivrot de l’au et est promu détective. Le voilà à la poursuite de gangsters (marchandise très répandue à cette époque).

Dans le même temps, il poursuit de ses assiduités la belle Helen Riley (Joan Bennett) qui sert là où il a ses habitudes. Cette dernière a une sœur, Kate (Marion Burns). Et cette sœur vient de se marier. Avant, elle aimait Duke Castenega (George Walsh, le frère de). Mais ça, c’était avant. Pourtant, quand ce dernier s’évade de prison, elle le cache dans son grenier, attendant un prochain coup.

Bien entendu, Danny et Duke vont se retrouver face à face : c’est toujours comme ça entre les gangsters et les policiers.

 

Bien sûr, ce film s’inscrit dans la vague de films de gangsters inaugurée par Underworld cinq ans plus tôt. Et Walsh est à son aise dans ce milieu, même si ce n’est pas l’intrigue policière qui l’intéresse le plus (et nous aussi par la même occasion). Le titre Moi et ma nana (1) va centrer l’intrigue sur les rapports entre Danny et Helen : tendus voire inamicaux au début jusqu’au mariage attendu (2).

Et tout le monde s’amuse de cette relation évolutive : Walsh le premier, utilisant même le monologue intérieur quand Danny va se déclarer – piteusement - : chacun énonce quelque chose qu’il/elle va plus ou moins infirmer intérieurement (3). Et cette séquence trouvera sa résolution au café quelques temps plus tard quand Danny va demander sa main : on est dans la même verve comique, habituelle chez Walsh.

 

Mais les gangsters ne prennent pas de vacances et se rappellent à notre bon souvenir, amenant un écueil dans la relation entre nos deux amoureux : Kate héberge Duke, et Helen le sait, mais le cache à son « fiancé ». Mais comme nous sommes avant tout dans une comédie, tout se terminera bien pour eux, et le « méchant » sera châtié. On notera l’ironie de Walsh dans le fait que ce méchant n’est autre que son frère !

Autre élément comiques du film : les ivrognes. Et surtout Will Stanton qui va tout déclencher et amener la promotion de Danny. Bien que nous soyons en pleine Prohibition, l’alcool a tendance à couler à flot comme on peut le voir au mariage de Kate. Mais si le Volstead Act est effectif, à aucun moment un policier n’empêche quelqu’un de boire ni le verbalise. On dira qu’on est en 1918…

 

Et puis Walsh s’est entouré de quelques gloires du muet dont plusieurs éléments eux aussi comiques : J. Farrell McDonald, bien sûr, qui rappelle qu’il a tourné chez Ford le même genre de personnage truculent. Il n’est d’ailleurs que très partiellement concerné par l’intrigue : deux fois il se tourne ostensiblement vers le spectateur, jouant la carte de la connivence.

On trouve aussi Hank Mann qui était l’an passé l’autre boxeur dans City Lights, et Billy Evan, et Ralph Sipperly… Sans oublier le fidèle James A. Marcus, un habitué chez Walsh.

C’est tout un microcosme burlesque qui gravite autour du café, véritable pendant comique de cette intrigue policière qui finira mal (vous devinez pour qui).

 

Bref, Walsh est en pleine forme pour ce nouveau film de gangsters, véritable transition vers d’autres films du même genre beaucoup moins comiques : The roaring Twenties, White Heat

 

  1. « Gal » est une déformation phonétique de « Girl », comme on prononce dans le milieu.
  2. Non, je ne « spoile » rien : n’importe qui comprend instantanément qu’ils vont finir ensemble ces deux-là !
  3. Helen : « Il m’a embrassé. Je suis tellement heureuse, mais je vais faire semblant d’être en colère. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #John Huston, #Marlon Brando
Reflets dans un Œil d'or (Reflections in a golden Eye - John Huston, 1967)

« Il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis. » (Carson McCullers)

Cette phrase qui ouvre (et ferme) le film annonce bien sûr la résolution : il y aura un mort avant la fin. Reste à savoir qui. On en a bien une idée, mais il faudra attendre le dernier moment pour qu’elle soit – ou non – confirmée.

Sur une base militaire du Sud des Etats-Unis, le major Penderton (Marlon Brando) et son épouse Leonora (Liz Taylor) vivent une vie tranquille à l’écart des soldats. Lui, homosexuel inassumé apprécie le contact viril de ses hommes, même si on ressent comme une dose de sadisme quand il les reprend.
Elle, insatisfaite, trouve du plaisir auprès de son voisin Langdon (Brian Keith) avec qui elle fait de longues chevauchées dans la campagne environnante (et pas que).

Et à observer tout ce petit monde, le soldat Williams (Robert Forster), attiré par Leonora, attirant pour Penderton.

 

La phrase initiale est donc le moteur de cette intrigue particulière où les apparences sont évidemment trompeuses. Personne n’est normal dans cette histoire : entre la sexualité refoulée de Penderton et celle totalement épanouie (et adultère) de sa femme, les visions de celle de Langdon (Julie Harris) et leur serviteur ambigu Anacleto (Zorro David), un sentiment de malaise se met à sourdre et à augmenter au fur et à mesure que l’intrigue se développe et que le meurtre annoncé approche.

Et Huston, par l’intermédiaire de la caméra d’Aldo Tonti (et celle d’Oswald Morris) va se positionner au plus près de cette folie, et surtout de ce qui devrait mieux la figurer : l’œil.

 

Les yeux sont primordiaux tout au long de cette histoire plutôt sordide, étouffante comme la période qui annonce l’orage : cet orage va d’ailleurs éclater, accentuant le paroxysme de la folie finale.

Ce sont les yeux de Williams surtout que nous suivons, témoin dans l’ombre des rapports ambigus entre Penderton et sa femme.

Mais ce sont aussi ceux d’Alice (Julie Harris est magnifique dans ce rôle), hallucinés (les yeux) ou hallucinée (elle-même), qui se demande si Williams est vraiment là, à regarder ou pénétrer chez les Penderton.

 

C’est d’ailleurs Alice le personnage le plus complexe de cette histoire. C’est la folle de service, l’hallucinée que son mari doit supporter – surtout après la mort de leur petite fille renversée par une voiture – et qu’il fuit dans les bras de Leonora. Mais Alice, malgré cela et surtout les apparences – quand elle annonce à Penderton que sa femme le trompe avec son mari – est peut-être le personnage le plus sain de l’intrigue : perdue dans son chagrin entretenu par Anacleto (récit du rêve), elle voit ce qu’il se passe réellement mais comme tout le reste est fou, ses visions deviennent – pour elle-même – une nouvelle preuve de sa folie apparente.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, le meurtre annoncé va faire sombrer le film définitivement dans la folie, illustrée par les derniers cadrages allant du meurtrier à la victime et au témoin (1) et revenant vers l’un ou l’autre jusqu’au fondu au noir final.

A nouveau Huston s’intéresse à un microcosme de personnages singuliers, six ans après Les Désaxés (2) qui montrait des inadaptés au monde moderne. Ici, les personnages semblent adaptés à leur monde, mais c’est leur esprit qui est détraqué, ou peut-on dire, désaxé.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous dire qui a tué qui. Ce n’est pas une enquête policière, mais on peut laisser une part de mystère.
  2. C’est Montgomery Clift qui aurait dû interpréter Penderton. Il mourut peu avant le tournage. Et puisqu’on en est aux morts : Carson McCullers décéda moins de deux semaines avant la première.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pedro Almodovar
Matador (Pedro Almodovar, 1986)

Le matador, c’est Diego Montez (Nacho Martinez), ancienne gloire des arènes, malheureusement (pour lui) encorné et infirme, seulement capable maintenant de dispenser des cours de tauromachie à de jeunes élèves. Parmi eux, Ángel Gimenez (Antonio Banderas), qui l’admire par-dessus tout. Il va même jusqu’à violer Eva (Eva Cobo), la petite amie de Diego, un soir d’orage.

Angel ne supporte pas ce qu’il a fait et va se dénoncer à la police. Il va alors tout avouer : le viol, mais aussi les assassinats d’anciens élèves de Diego : deux hommes et deux femmes. Emprisonné, il est défendu par Maria Cardenal (Assumpta Serna). Elle ne peut qu’être convaincue de l’innocence de son client : c’est elle qui a tué les deux jeunes hommes.

Quant aux deux femmes…

 

Tout commence par un homme qui se masturbe. Devant des images alliant le sexe à la violence. Le ton est donné : il en sera de même pendant tout le film. La violence et le sexe vont se mêler intimement pendant les 110 minutes que dure le film, avec un sens de l’esthétisme assez particulier qu’on retrouve toujours chez Almodovar. Et encore une fois, les femmes y ont un rôle prédominant, surtout bien sûr Maria Cardenal.

Mais elle n’est pas la seule femme forte du film : les deux mères (1) qu’on y croise – celle d’Ángel (Julieta Serrano) et celle d’Eva (Chus Lampreave) – ont-elles aussi, chacune à sa façon une grande force de caractère.

D’un côté on trouve une mère (très) religieuse – Berta –, n’hésitant pas à porter le cilice. Une mère castratrice pour ce pauvre Ángel, qui peut aussi expliquer le viol lamentable annoncé.  De l’autre, Pilar, en remontre aux policiers venus interroger sa fille, et continue jusqu’au commissariat où la jeune femme est confrontée à son violeur.

 

Et tout cela avec pour toile de fond la tauromachie : le rapport entre l’acte sexuel et l’acte meurtrier du matador prenant toute sa dimension dans cette intrigue sanglante. Et le rouge est omniprésent alors que l’intrigue s’enfonce de plus vers son issue fatale. Les lèvres, tout d’abord, rehaussés de rouge à lèvre qui n’aura jamais aussi bien porté son nom : c’est grâce à lui que Maria met en évidence là où aura lieu l’estocade sur son partenaire occasionnel. Doit-on voir dans la marque qu’il faut atteindre une réminiscence du vêtement de Siegfried ? Almodovar aimant tellement les références cinématographiques…

D’ailleurs, une autre référence s’expose franchement quand Maria et Diego (qui l’a suivie) se retrouvent au cinéma : Duel au Soleil. L’extrait proposé voit Luke et Pearl traqués jusqu’à la mort, séquence prémonitoire du propre sort de ce couple bien singulier. Déjà, là, le rouge était la couleur prédominante.

 

Bref, un film hallucinant et un tantinet halluciné, surtout le personnage d’Ángel, révélant le jeune Antonio Banderas qui fera un bout de chemin avec Almodovar (2). Son rôle de voyeur plus ou moins conscient – il zyeute sa voisine (Eva) avant de tenter de la violer et a des apparitions concernant les différents meurtres commis, ceux dont il s’accuse – donne au film une dimension particulière, amenant même un certain malaise chez le spectateur.
Alors ce n’est peut-être pas son meilleur film (personnellement, je préfère Tacones Lejanos), mais on y trouve cet univers visuel et moral, qu’il développera dans ses films suivants.

 

  1. Et la mère, chez Almodovar n’est jamais un petit rôle.
  2. Il était déjà présent dans Laberinto de pasiones quatre ans plus tôt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Ernst Lubitsch
Les Yeux de la momie (Die Augen der Mumie Ma - Ernst Lubitsch, 1918)

Le Caire, 191…

Les riches Européens visitent les hauts lieux somptueux des pharaons. Un site parmi eux intrigue particulièrement : la tombe de la reine Ma. On dit que les yeux de la momie sont vivants : un homme en est revenu la raison irrémédiablement détraquée.

Le jeune artiste Albert Wendland (Harry Liedtke) se rend sur place et découvre la supercherie: c’est l’infâme Radu (Emil Jannings) qui exploite la jeune femme Ma (Pola Negri), la faisant passer pour une momie.

Wendland délivre la jeune femme et l’emmène en Europe. Radu, moribond, est secouru par le prince Hohenfels (Max Laurence), et le prend à son service, en Europe lui aussi. Dans la même ville que Wendland.

Mais Radu a juré qu’il tuerait Ma qui l’a trahi.

 

Rendez-vous compte : Lubitsch, Jannings & Negri sur une même affiche. Sauf que Lubitsch n’est pas encore Lubitsch (1), bien que Jannings est déjà celui que nous apprécions, même s’il a une certaine tendance (voire une tendance certaine) à en faire un peu trop. Mais on ne peut pas lui en vouloir, on concevait le cinéma un peu comme ça à l’époque.

Autre signe des temps : la part exotique de l’intrigue qui se passe en Egypte. Une Egypte de studio, cela va sans dire.

 

Certes, ce n’est pas du grand Lubitsch qui nous est proposé ici, et si Jannings est déjà un méchant patenté et formidable, on ne peut que voir les défauts de cette production : le maquillage noir (2) de Jannings s’arrête aux bord des épaules et aux poignets, révélant ses jambes blanches ; la dague de ce même Radu est frappée d’ubiquité…

Et je ne parle pas d’Osiris !

 

Mais malgré tout, on a plaisir à regarder cette histoire aussi noire que l’âme de Radu, même si elle ne se termine pas comme on aurait pu le croire : Lubitsch n’a pas encore été appelé à Hollywood, ni Jannings d’ailleurs. Mais le potentiel est là chez ces deux grands, et ce malgré le bricolage ambiant. Surtout que le titre (qui lui n’a pas été bricolé à la traduction) nous promettait une intrigue plus mystérieuse voire d’épouvante…

Mais non.

Il faudra attendre Karl Freund (encore un Allemand) pour savourer toute la dimension maléfique de la momie.

 

  1. Ce prince de la comédie que nous connaissons aussi pour sa fameuse « touche » (« the Lubitsch touch »).
  2. Radu est un personnage noir au propre comme au figuré

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #John Ford
La Maison du bourreau (Hangman's House - John Ford, 1928)

Le « citoyen Hogan » (Victor McLaglen, patriote irlandais doit rentrer en Irlande, malgré la récompense qui pend au-dessus de sa tête : sa sœur est morte, du fait de la conduite indigne de John D’Arcy (Earle Fox). Mais ce dernier n’en reste pas là : il épouse la belle Connaught O’Brien (June Collyer), qui aime le jeune et fringant Dermot McDermot (Larry Kent), tout ça parce que son père, le juge O’Brien (Hobart Bosworth) préfère un mariage de raison avec ce personnage prestigieux.

Donc D’Arcy épouse Connaught et Hogan revient en Irlande. Les jours de D’Arcy sont donc comptés.

 

Pour son dernier film muet, John Ford retourne en Irlande – moins traditionnelle que dans The shamrock Handicap (1926) – jetant de nouveaux éléments pour ce qui sera son film irlandais le plus abouti : The quiet Man (1952). On y trouve bien sûr l’esprit combatif qui caractérise cette île et ses habitants, mais surtout, on y retrouve un microcosme truculent, qui s’exprime autour du quatuor tête d’affiche : entre le portier qui reconnaît Hogan et les complices de ce dernier, sans oublier la domesticité des O’Brien, nous retrouvons un petit monde, certes moins riche que dans The iron Horse (1924), mais tout aussi intéressant et surtout très pertinent : leurs différentes interventions sont en rapport avec l’intrigue et ne sont pas juste là pour donner un cachet à cette même, intrigue.

 

Et surtout, on y trouve un Victor McLaglen qui se retrouve au plus haut de l’affiche, entamant et concluant le film, s’installant définitivement dans le monde fordien, avant de laisser la première place à celui qui n’est alors qu’un figurant (on le reconnaît surtout pendant la grande course) : John Wayne. Autre élément récurrent du monde fordien, la présence de Jack Pennick (1), autre complice de Hogan.

Bien sûr, il y a à nouveau une course de chevaux, qui voit l’emporter notre favori encore une fois, en attendant John Wayne…

 

Et comme nous sommes chez Ford, la famille a son importance : si le juge n’est pas en capacité d’ouvrir les yeux sur qui est réellement ce D’Arcy qu’il donne à sa fille, la partie concernant le passé d’Hogan est suffisante : la famille est une chose très importante. D’ailleurs, on retrouve dans l’équipe technique l’un des neveux de John Ford, Philip (fils de Francis) comme assistant réalisateur.

Malgré tout, nous sommes dans un Irlande irréelle, seulement marquée par son désordre politique – c’est pour cela qu’Hogan est recherché – et surtout, on y retrouve un thème qui sera magnifiquement décrit quelques années plus tard avec le même McLaglen : la dénonciation.

 

Ici, c’est Hogan qui en est victime, dénoncé par l’abject D’Arcy, ce qui ne l’empêchera pas de voir la course, véritable moment-clé du film : cette course et son issue plus ou moins favorable va conditionner la suite du film et l’attitude des Irlandais envers D’Arcy : non seulement il dénonce Hogan, mais il fait une chose autrement plus inqualifiable qu’on va savoir lui rappeler (2).

On notera en outre que cette fois-ci, c’est le personnage interprété par McLaglen qui est la victime d’un mouchard, lui qui sera l’éternel sycophante du cinéma avec le même John Ford sept ans plus tard.

 

Je terminerai en vantant les mérites d’Earle Fox, formidable méchant dans cette histoire un tantinet patriotique. Son allure et ses attitudes en font un personnage qu’on a plaisir à haïr (3) : sans foi ni loi, sa fin horrible n’est que justice au vu de ce qu’il a pu nous montrer (et faire avant).

Mais la véritable fin du film, celle qui voit McLaglen regarder les amoureux nous laisse un impression mitigée : certes Hogan est heureux que ce jeune couple s’en aille vers un bonheur certain, mais comme la caméra (formidable) de l’incontournable (et talentueux) George Schneiderman s’arrête définitivement sur son visage, c’est une expression dubitative qui conclut ce film, tempérant la « happy end » attendue.

 

  1. C’est déjà son troisième film avec John M. Feeney.
  2. Je vous laisse découvrir laquelle.
  3. Comme quoi, il n’y a pas que Stroheim !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
L'Ile du salut (Down to Earth - John Emerson, 1917)

Le duo Fairbanks-Emerson est de retour, et en pleine forme (normal, vu l’intrigue).

Ensemble, ils ont concocté ce petit film (71 minutes) où les spectateurs se sentent (presque) aussi bien que les interprètes.
Mais reprenons.

 

Bill Gaynor (Douglas Fairbanks) et Ethel Forsythe (Eileen Percy) se connaissent depuis l’enfance. Ils ont grandi ensemble, et bien sûr, se sont chamaillés plus d’une fois. Mais maintenant qu’ils sont adultes, Bill a bien compris qu’Ethel était la femme de sa vie, et il voudrait bien l’épouser. Mais Eileen est une orgueilleuse et les chamailleries continuelles l’ont dissuadée d’épouser Bill. Elle préfèrerait passer sa vie avec Charlie Riddle (Charles K. Gerrard), une longue vie mondaine de réceptions et de fêtes sans lendemain.

Pendant que Bill parcourt le monde pour oublier Ethel, elle a un avant-goût de cette existence riche et oisive. Mais cette vie est usante et Ethel craque : elle est internée à la clinique du docteur Jollyem (Gustav von Seiffertitz), au milieu d’autres pensionnaires un tantinet trop écoutés plutôt que soignés. Qu’importe, Bill revient et achète la clinique et ses patients : il les emmène en croisière mais ils se retrouvent naufragés sur une île déserte…

 

Situé juste après Wild & Woolly, ce film est à nouveau l’occasion de démontrer les qualités athlétiques de Douglas Fairbanks. Mais sans pour autant y retrouver son côté bondissant (1). Mais on comprend vite qui est dans le vrai entre Eileen qui se laisse aller, fume et boit pour tenter (mollement) de sortir de sa dépression et Bill qui enchaîne les prouesses (escalade de glacier, expédition dans la jungle)…

Aussi la prise en main des différents pensionnaires de la clinique (sanatorium) ne peut-elle que s’accomplir dans l’exercice. Et l’exercice est aussi pour le spectateur qui va muscler avec plaisir ses zygomatiques. Le traitement du « docteur » Gaynor est profitable pour les patients et ceux qui les regardent.

 

Ces patients, d’ailleurs, ne sont pas épargnés par le scénario qui en plus les affubles de patronymes en rapport avec leur (pseudo) affection : Fuller-Jermes (Ruth Allen) une hypocondriaque), A.D. Speptic (Herbert Standing) ou encore Gorden Jinny (Fred Goodwins). Sans oublier le chef premier du sanatorium, Jollyem qui pourrait se traduire par « Réjouis-les ».Et on sent que tout le monde s’amuse dans cette comédie, Fairbanks le premier. Il faut dire que son traitement de gymnastique appliqué à cette bande de « Ladies & Gentlemen » (comme ils se nomment eux-mêmes) a de quoi réjouir : c’est foutraque, c’est ridicule, c’est tout ce que vous voulez, mais surtout, c’est très drôle.


Bref, rien de très sérieux dans cela, si ce n’est l’amour de Bill pour Ethel. Parce que tout ça, c’était avant tout pour qu’ Ethel se rapproche de Bill. Et bien entendu, ça marche !

Que ne ferait-on pas par amour ?

 

  1. Il est tout de même grimpé à un grand arbre et s’y meut avec aisance. On est Douglas Fairbanks ou pas.
  2. Respectivement « Pleine de germes », « Dyspeptique » quant au troisième, on reconnaît une marque d'alcool de genièvre toujours d’actualité…

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