Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Marcel Carné
Les Assassins de l'Ordre (Marcel Carné, 1971)

8 h, un dimanche avant noël.

Les inspecteurs Rabut (François « Lucas » Cadet) et Bonetti (Serge Sauvion) viennent tirer du lit Michel Saugeat (Roland Lesaffre) pour « une affaire le concernant » (comme on dit dans ces cas-là). Cinq heures plus tard, on ramène à Mme Saugeat (Françoise Giret) le cadavre de son mari. Que s’est-il passé ? Une fois arrivé au commissariat, Saugeat a été emmené dans la salle d’interrogatoire qui fut vite fermée.

Pas une personne présente ne se souvient de ce qu’il s’est passé. Sauf Danielle Lebègue (Catherine Rouvel), qui prétend que Saugeat a été tabassé. Mais il se trouve que cette dernière est une prostituée et que le commissaire Bertrand (Michael Lonsdale), responsable de l’affaire, a arrêté cette jeune femme quelques années plus tôt.

Bref, beaucoup (trop) de fil à retordre pour le juge Revel (Jacques Brel) qui doit s’attaquer à une des institutions de l’Etat : la Police.

 

Marcel Carné n’est pas connu pour ses films optimistes, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Nous sommes dans un film judiciaire noir (1), où à nouveau Don Quichotte se bat contre des moulins à vent. Cette comparaison, qui fait écho à la dernière séquence entre Revel et l’avocat de la défense Graziani (Charles Denner). Les spectateurs noteront le clin d’œil à la comédie musicale qui voyait Jacques Brel dans le rôle du Chevalier à la triste figure…

Lais il est vrai que le juge Revel se bat contre des moulins à vent. Ou plutôt contre une institution qui ne reconnaîtra jamais ses torts.


Surtout, nous sommes en 1971 quand sort le film et il ne faut pas oublier que le ministre de l’Intérieur est encore (et toujours) Raymond Marcellin (2). Alors s’attaquer à la Police, même de Marseille, c’est d’une certaine façon une cause perdue. Mais qu’importe, Revel va aller jusqu’au bout de son instruction, et ce malgré les différentes pressions, pour traduire ces criminels en justice. Parce qu’il ne fait aucun doute chez le spectateur : ces trois hommes (les deux inspecteurs et leur supérieur) sont des salauds dignes de la Gestapo.

Mais malgré le contexte – mai 68 est passé par là – aucune originalité ; ces trois infâmes ne seront pas jugés coupables.

 

Et Carné va préparer ce verdict avec beaucoup de science. Brel est magnifique (peut-il en être autrement ?) et les seuls soutiens qu’a son personnage sont son fils (Didier Haudepin), sa bonne amie (Paola Pitagora), la prostituée et les étudiants que fréquente son fils. Bref, ce ne sont pas des alliés de poids face à la machine étatique. Mais on appréciera avec beaucoup de discernement la prestation de l’acteur-chanteur, formidable porte-parole du réalisateur.

Côté salauds, le trio présenté est solide. D’autant plus que François Radet va interpréter Lucas aux côtés de Jean Richard dans la série des Maigret. Quant à Serge Sauvion, il est un autre ignoble superbe, même si on se souvient plus de lui comme la voix qui double Peter Falk dans la série Columbo (3).

 

Au final, Carné nous offre une autre vision des films judiciaires : habitués que nous sommes de voir les jurés ou un témoin de dernière minute renverser la vapeur, nous avions oublié que les « méchants » gagnaient parfois. Mais là où Carné est encore une fois magnifique, c’est dans la description de cette société post-68 qui s’accroche à ces principes (on ne peut plus) archaïques, dominés par des gens vieux et surtout masculins : sur les neuf (vieux) jurés qui vont débattre de la culpabilité ou non des trois accusés, on ne compte que deux femmes et pas de la première jeunesse.

Encore une fois, un monde est en train de mourir, laissant la place à une société plus jeune, peut-être pas plus idéaliste, mais les institutions de l’Etat vont quand même flancher de temps en temps.

 

Pas toujours, même 50 ans après…

 

  1. Mais ce n’est pas un film noir !
  2. Vous savez, celui qui a inventé les Voltigeurs, ces policiers motorisés qui ont tué Malik Oussekine en décembre 1986.
  3. On se dit dès le début qu’on a déjà entendu cette voix…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Costa-Gavras
Z (Costa-Gavras, 1969)

22 mai 1963.

A la suite d’un meeting politique pour la paix à Thessalonique, le député Grigóris Lambrákis (1) est renversé par un triporteur motorisé. Cinq jours plus tard, il meurt des suites de l’accident.

 

« Le Docteur » (Yves Montand), député d’opposition est en ville pour un meeting pour le désarmement nucléaire. A la sortie de ce meeting, il est frappé par un homme placé à l’arrière d’un triporteur motorisé. Quelques heures après, il succombe à sa blessure. Une autopsie est effectuée qui met en évidence le coup mortel. Ce n’est plus un accident de la circulation mais cela devient une affaire d’état quand on sait que les deux hommes qui ont commis cet attentat font partie d’un groupuscule d’extrême droite qui a ses entrées à la police.

C’est un juge d’instruction (Jean-Louis Trintignant) proche du pouvoir qui doit mener l’enquête.

 

Glaçante. C’est ce qui caractérise le plus l’attitude du pouvoir dans ce film choc d »e Costa-Gavras. Et en particulier la prestation de Pierre Dux, dans le rôle du grand commanditaire de cet attentat politique. Et ce qui est le plus terrible dans cette intrigue, c’est le rapport avec la réalité grecque : Jorge Semprun et Costa-Gavras, qui ont signé le scénario ne s’en cachent pas, les similitudes sont volontaires et annoncées en ouverture.

Attention toutefois : si Lambrákis a été assassiné, les conditions relatées dans le film ne sont pas celles de sa mort.

 

Quoi qu’il en soit, la situation qui a amené le Régime des Colonels est très bien décrite, ces mêmes colonels – entendez par là les militaires – interprétés (entre autres) avec justesse par le duo Pierre Dux–Julien Guiomar sont d’une abjection totale dans leur façon de mentir et de suborner les témoins.

Mais ce film, c’est aussi le cheminement de deux personnes qui sont, au début, totalement étrangères à ce milieu de gauche, voire en totale opposition : le journaliste (Jacques Perrin) et le juge d’instruction.

Le premier se trouve là un peu par hasard et regrette de ne pas être au spectacle du Bolchoï. Mais il va tout de même avoir droit à du spectacle, et cette affaire va éveiller sa conscience politique : lui qui n’était qu’un photographe mineur, cantonné aux spectacles va se découvrir une vocation – et un talent – d’investigateur qui le propulseront à la présentation des informations à la télévision (la dernière séquence : « que sont-ils devenus ? »).

Le second, par contre, n’est pas là par hasard : c’est un jeune magistrat aux ordres du pouvoir, un tantinet ambitieux. C’est le personnage idéal pour les militaires : il obéira à la version officielle énoncée en préambule de l’enquête par l’infâme général de la gendarmerie.

 

Mais ce complot va rapidement être mis à jour : à force de vouloir faire taire les éventuels témoins de cet assassinat, les ficelles vont se voir et le juge va se retrouver confronté à un cas de conscience. Doit-il ou non poursuivre cette enquête qui met à jour des responsabilités haut placées ? Et Costa-Gavras, qui place son film sur la dénonciation d’un régime gangrené par l’extrème-droite, ne s’attarde pas sur les scrupules du juge mais va enchaîner sur les inculpations des sinistres individus impliqués dans ce scandale. Ces inculpations sont accompagnées par le brillant morceau Pios de Mila yia ti Lambri, introduit par des roulement de caisse claire qui ne sont pas sans rappeler la musique traditionnelle des militaires impliqués : le rythme soutenu de cette œuvre s’intègre parfaitement dans cette séquence, amenant l’exaltation partagée par les spectateurs qui voient que justice est faite.

Mais cette exaltation sera hélas brisée par la dernière séquence qui rappelle ce qui advint quelques années plus tard (1967) : l’instauration du Régime des Colonels.

 

Je terminerai (presque) sur l’interprétation. Si Trintignant est magnifique (comme toujours, aurai-je tendance à ajouter), on notera la prestation courte mais intense de Montand dans ce personnage qui n’a pas de nom mais en impose, même à ses adversaires. Et du côté des « méchants », encore une fois, Marcel Bozzuffi est formidable dans ce personnage d’extrémiste un tantinet simplet (il veut son nom dans le journal pour ce qu’il a fait) mais véritablement criminel : en plus d’être violent, il a des pulsions pédophiles.

Quand au reste de la distribution, on y retrouve de nombreuses figures du cinéma français, essentiellement des seconds rôles solides : Charles Denner (Manuel), Bernard Fresson (Matt), Georges Géret (Nick) ou encore Magali Noël (la sœur vindicative de Nick).

 

Bref, Costa-Gavras, avec Z, entame une série de films politiques forts dont le suivant, L’Aveu, laissera cette fois une part primordiale à Montand. Mais ceci est une autre histoire.

 

PS : Un dernier mot enfin sur la (formidable) musique de Mikis Theodorakis (3) : le compositeur était alors emprisonné (2) mais a réussi à autoriser Costa-Gavras à piocher dans son œuvre pour illustrer son film. Theodorakis faisait partie de l’entourage de Lambrákis et a été de ceux qui ont démarché le gouvernement pendant l’agonie de leur leader.

 

PPS : Il a fallu attendre presque trente ans pour que le film soit enfin projeté à Athènes (24/11/1997).

 

  1. Il était médecin et ancien athlète sportif.
  2. C’est indiqué à la fin du film.
  3. On peut entendre ce dernier chanter To Palikari echi Kaimo et Safti ti Gitonia sur la bande originale du film.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Marion Gering
La dernière Rumba (Rumba - Marion Gering, 1935)

Le danseur Joe Martin (George Raft) gagne à la loterie. Malheureusement, son billet était un faux et c’est une belle et jeune Américaine qui empoche le gros lot : Diana Harrison (Carole Lombard). Cette injustice (pour lui) va amener son renvoi de Broadway il va donc se retrouver au Mexique où il va vivoter avec son ami Flash (Lynne Overman),

Heureusement, grâce à ce dernier et sa roublardise, il réussit à se payer un club où l’on vient se restaurer, danser et aussi le regarder évoluer sur la piste avec Carmelita (Margo).

Leur numéro ? De la rumba, bien sûr.

 

Il n’est pas étonnant que ce film ait laissé peu de trace dans la filmographie mondiale : outre sa distribution, peu à en dire. Une de ces nombreuses productions américaines de la première décennie sonore : de la musique, un peu de danse et de jolies femmes.

On peut s’apercevoir que George Raft savait interpréter autre chose qu’un rôle de gangster et qu’il danse avec beaucoup de maîtrise : certes ce n’est pas Fred Astaire, mais il tient bien la route quand même. Il faut dire que ses partenaires (Margo ou avant elle Iris Adrian en Goldie) ont du répondant et lui permettent de briller dans ces exercices chorégraphiques.

 

Bien sûr, on n’a d’yeux que pour la magnifique Carole Lombard qui, si elle ne danse pas aussi bien que les autres, n’en demeure pas moins superbe, et d’un sex-appeal fort développé.

Mais en cherchant bien, on peut aussi trouver quelques noms qui brilleront un peu plus tard en haut des affiches : Jane Wyman ou Ann Sheridan pour ne citer qu’elles.

Bien sûr, George Raft est impeccable (comme d’habitude), mais c’est son partenaire masculin qu’on remarque surtout : Lynne Overman avait une diction très particulière, caractérisée par des fluctuation de voix, un peu comme celle d’un adolescent qui mue. Cette particularité accentue son rôle de faire valoir comique.

 

Et puis ? Et puis c’est tout.

Ah non, une réminiscence de gangsters pour pimenter la fin du film, quand Joe va exécuter la dernière rumba à laquelle fait référence le titre français, mais cela ne va pas bien loin puisque personne ne meurt.

Bref, une fausse alerte qui aurait pu relancer l’intrigue et surtout l’intérêt du spectateur pour ce (court) film. (1)

 

  1. 71 minutes seulement.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #Jean-Pierre Melville
Le Cercle rouge (Jean-Pierre Melville, 1970)

Le « cercle rouge », c’est là où doivent se rencontrer des hommes (1) marqués par le destin : quoi qu’ils fassent, ils se retrouveront dedans inéluctablement (2).

Bien sûr, ils s’y retrouveront, et presque tous vont y mourir. Tu parles d’une prémonition.

Corey (Alain Delon sort de la prison de Marseille. Dans sa remontée vers Paris, il accueille malgré lui un passager clandestin dans sa voiture : Vogel (Gian Maria Volonte) qui vient d’échapper à la vigilance du commissaire Mattei (Bourvil).
Ensemble, les deux truands, sur le conseil d’un gardien de prison (Pierre Collet), ils vont monter un coup faramineux, aidé d’un ex-policier réformé pour alcoolisme, Jansen (Yves Montand) : 2 milliards de bijoux, place Vendôme.

Evidemment, comme annoncé, le coup, s’il va réussir, ne va pas se terminer comme prévu…

 

L’une des publicités de ce film fut d’annoncer que Bourvil jouait (enfin) un grand rôle sérieux (son second depuis Les grandes Gueules). Quel manque de tact. Non seulement, Bourvil était en train de mourir (3), mais comme le disait Desproges (et d’autres), il est plus difficile de faire rire que de faire pleurer. Et Bourvil, qui a fait rire pendant presque toute sa carrière, va endosser le rôle du commissaire justicier (les méchants doivent être châtiés, c’est la loi qui le dit) avec une grande aisance. Et en plus, des cheveux !

Il confirme ainsi qu’un acteur comique est très certainement capable d’endosser n’importe quel rôle : il est plus facile de faire pleurer que de faire rire.

 

Mais bien sûr, c’est avant tout un film de Melville, servi par des acteurs à leur haut niveau qu’il s’agit. Outre Bourvil, qui récupère son prénom au générique, la distribution égrène des noms prestigieux (ajoutons François Périer pour être complet).

Et Melville nous gratifie d’un film de gangster magnifique avec le savoir-faire que nous lui connaissons.

IL prend son temps pour mettre en place la situation et définir ses différents personnages : Corey qui sort de prison, Vogel qui s’évade, les crises de delirium tremens de Jansen et les chats de Mattei. Tous sont estampillés et devront se retrouver dans le cercle rouge annoncé. Tout le reste n’est que délayage.

Mais quel délayage !

 

Comme toujours, Melville prend son temps pour mettre en place un casse formidable (2 milliards !) avec la même précision que ses auteurs (4). On y retrouve les silences habituels et les dialogues succinct, faisant de chaque parole un élément des plus pertinents : pas de dialogue superflu. Et ceci fonctionne surtout du côté des truands, les policiers ayant toujours été de grands bavards.

Bien sûr, outre Mattei et ses chats (5), ce sont les truands qui sont à l’honneur : entre Vogel et son évasion hivernale (on comprend alors la prouesse qui le fait se mettre en slip pour échapper à la police), Corey et sa revanche sur ceux qui l’ont laissé pourrir en prison et les visions de Jansen dues à son delirium tremens.

 

Et encore une fois, Melville nous subjugue avec cette histoire de truand qui tourne mal (la morale que voulez-vous), mais on en peut s’empêcher de penser à la Rubrique-à-brac (tome 3) de la même période et la caricature d’Alain Delon par Gotlib qui va avec : le dessinateur avait beau se défendre d’être mauvais en caricature, il est difficile de ne pas y penser tout au long du film (NB : le film décrit n’a rien à voir avec celui-ci).
 

Un magnifique film noir. Et puis c’est tout.

 

PS : on notera la présence de Paul Crauchet, qui était Félix dans le film précédent de Melville : L’Armée des ombres.

PPS : Merci Jean.

 

  1. Il n’y a qu’une seule femme dans ce film.
  2. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Siddhârta Gautama, vous savez, celui qu’on appelle aussi « Bouddha » (Enfin c'est ce que dit l'entame du film).
  3. Il disparut un mois avant la sortie du film.
  4. Un écart et le projet tombe à l’eau, c’est bien connu !
  5. La photo d’une femme traîne sur son bureau ; son ex-épouse, sa fille ? On ne le saura jamais.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Cecil B. DeMille
The Captive (Cecil B. DeMille, 1915)

1913. C’est la guerre dans les Balkans, ces territoires confetti du sud est de l’Europe. Au Monténégro, l’armée turque a débarqué. Les Monténégrins, appelés s’en vont chasser ces envahisseurs. C’est le cas de Marko Martinovitch qui répond à l’appel, laissant seuls sa sœur Sonya (Blanche Sweet) et son petit frère Milos (Gerald Ward). Malheureusement, il est tué pendant la capture d’un peloton d reconnaissance turc emmené par Mahmud Hassan (House Peters). Ce dernier tombe sous le coup d’un décret qui assigne les prisonniers de guerre à une ferme pour combler la pénurie de main d’œuvre due à la guerre.

Il se retrouve donc chez Sonya.

 

Transfuge de chez Griffith, Blanche Sweet signe ici son deuxième film avec DeMille, qui en est lui-même à son cinquième en 1915, soit presque la moitié de sa production de cette année faste et riche (1). Alors évidemment, une telle production peut gréer un certain déséquilibre dans les différents films qui sortent. C’est le cas de ce The Captive, à un niveau moindre des trois films cités ci-dessous (1).

Mais si ce film est tout de même une référence dans la production demillienne, c’est avant tout parce que pour la première fois, l’actrice Jeanie McPherson (elle interprète ici Milka) collabore au scénario avec le maître (2).

 

Et on y trouve donc ce qui va être la marque de ses travaux : une (jeune) femme forte moralement et qui ne s’en laisse pas compter, usant la force si nécessaire. C’est le cas de Sonya ici, qui mène à la baguette (ou plutôt au fouet) ce grand gaillard turc : il faut dire que le revolver que lui a laissé son frère aide beaucoup…

Mais évidemment, on sait que cette relation de soumission (forcée) ne va pas durer : elle est très belle et lui fort séduisant : ils ne peuvent que terminer ensemble. Surtout que le petit frère a pris fait et cause pour ce prisonnier (3) singulier. Tellement singulier qu’il va même à l’encontre des ordres de son supérieur qui était venu le délivrer (4) : l’amour fait faire de ces choses…

 

Mais si The Captive reste un film mineur dans la production prolifique de DeMille en 1915, il n’en demeure pas moins soigné et bien monté (5) : Alvin Wyckoff y signe encore de très belles images.

Et parmi les interprètes, on peut retrouver quelques noms qui vont accompagner Cecil B. pendant ces quelques années : Raymond Hatton, William Elmer et bien sûr l’incontournable Theodore Roberts (le bourgmestre).

 

 

  1. Onze films en cette année dont The Cheat et Carmen
  2. Qu’elle va très vite gérer toute seule.
  3. Le titre original, donc…
  4. Et accessoirement piller la ferme et violer la jeune femme.
  5. et en plus, il est présenté dans une copie très bien conservée.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Drame, #Lee H. Katzin
Le Mans (Lee H. Katzin, 1971)

« OK. »

C’est la trente-septième minute du film, et on entend enfin la voix de Steve McQueen. Auparavant, pas de véritable dialogue (comme on l’entend au cinéma) : des annonces au haut parleur ; des échanges en italien (incompréhensible si on ne parle pas la langue de Dante), et des images, des bruits de moteurs et d’accident.

 

Samedi 13 juin 1970 : Le Mans (et alentours) s’apprête à accueillir la course prestigieuse qui a fait sa renommée mondiale (après les rillettes). Les grandes écuries – prestigieuses elles aussi – sont présentes (Porsche, Ferrari, Lola…) et les pilotes chevronnés aussi.

A 16 heures, c’est le grand départ pour une course longue, fatigante et dangereuse.
L’année passée, Michael Delaney (Steve McQueen a eu un accident avec Belgetti qui est mort. Cette année, Delaney est revenu, et Lisa (Elga Andersen) la femme de Belgetti aussi : elle suit la course de Claude Aurac (Luc Merenda).

Et cette année, c’est Erich Stahler (Siegfried Rauch) qui est le grand rival de Delaney.

 

C’est spectaculaire, grandiose et en plus il y a Steve McQueen. Ce dernier était très fier d’avoir fait ce film, même si ce fut un échec retentissant aux Etats-Unis. Il faut dire que ce n’est pas un film comme on l’entend d’habitude, mais plus un documentaire sur le monde automobile. On y retrouve les différentes constituantes de ce monde de l’endurance, du pilote au simple mécanicien, dans une atmosphère enfiévrée où la moindre erreur, aussi minime soit-elle, peut conduire à la catastrophe mortelle.

Et si ce n’est qu’un film, on déplore tout de même un accident (très) grave qui coûta sa jambe à un des pilotes (1).

 

Si l’intrigue est très légère, voire inexistante, il faut plutôt voir le film comme un témoignage d’un milieu très particulier dont on peut se demander, comme Lisa Belgetti, son intérêt. Et surtout cinquante ans après (déjà !), alors que la pollution aux hydrocarbures a grandement contribué au réchauffement climatique qui n’est encore qu’une chimère pour certains ramollis du bulbe.

Surtout, ce film est un formidable témoignage du déroulement de cette épreuve sportive, côté route, bien sûr, mais aussi autour, avec ce rassemblement populaire de tous âges et de tous horizons.

 

Et à l’instar de Leni Riefenstahl pour ses Dieux du Stade (1936), Lee H. Katzin (et avant lui John Sturges qui démissionna) a pléthore de caméras (là s’arrête la comparaison) pour rendre compte de cette course assez unique dans son genre. Ces caméras sont positionnées tout autour du circuit, bien entendu, mais aussi au plus près de l’action : sur les voitures voire dans les cockpits des pilotes. Et si beaucoup d’images sont tirées de la véritable épreuve qui eut lieu cette année-là, les séquences de raccord montrent très bien les différents plans utiles pour la montée en puissance de la course. Et si Steve McQueen n’a pas pu réellement participer à la course comme il en avait envie, il va tout de même conduire un de ces prototypes pendant ces mêmes séquences.

 

Il est clair que si le sport automobile ne vous intéresse pas particulièrement, voire vous rebute, je vous conseille de passer votre chemin. Pour ma part, je ne sais pas si sans McQueen ce film m’aurait intéressé. Mais je dois avouer que l’atmosphère de la course y est très bien rendue. Et pour moi le meilleur moment reste les minutes avant le départ qui voient une tension monter progressivement à mesure que l’heure fatidique arrive et que les bruits de la course laissent la place au(x) battements de(s) cœurs qui s’&accélèrent jusqu’à la libération quand le drapeau s’abaisse, signal du début de la course.

Et ces battements de cœur(s) sont amenés de manière progressive et régulière jusqu’à envahir le silence qui précède l’envoi. C’est un silence qui va doucement s’atténuer pour laisser place à la fureur des moteurs : un de ces silences qui précèdent les grandes batailles. Parce que c’est une grande bataille qui va opposer les pilotes et un seul duo (2) l’emportera sur les autres.

Et puis quand la course est entamée, l’intérêt s’émousse (3), avec tout de même quelques accidents spectaculaires, même s’ils ne sont pas mortels.  Celui de Delaney en deux temps illustre très bien l’environnement sonore du film.

En effet, malgré le ronflement des moteurs, la, musique Michel Legrand (4) s’accorde très bien avec la course, utilisant le rythme des défilés de voitures comme tempo. De même, Delaney va revivre les quelques secondes de son accident juste après l’avoir éprouvé, une fois son véhicule immobilisé : il ne retient comme éléments sonores que les différentes fois où il va buter contre les rampes de sécurité, les déplacements de la  voiture, emportée par son élan, d’un côté à l’autre de la chaussée se faisant dans un silence absolu, et au ralenti.

 

Bref, un film plutôt atypique où les regards sont aussi importants que les rares phrases échangées. Et pour ça, Steve McQueen était vraiment dans son élément.

 

  1. David Piper, qui est cité en fin de film.
  2. Ils sont deux par voiture.
  3. C’est mon impression, voir un petit peu plus haut.
  4. Je n’aime pas la musique de Michel Legrand !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #Danny Boyle, #Robert Carlyle
Yesterday (Danny Boyle, 2019)

Imaginez un monde sans les Beatles (1). Un monde où il n’y a ni champs de fraises, ni longue rue venteuse, ni sous-marin jaune, ni guitare qui pleure. Une horreur !

C’est pourtant ce » qu’il arrive à Jack Malik (Himesh Patel) qui est renversé par un bus pendant une panne d’électricité mondiale de 12 secondes. Quand il se réveille à l’hôpital, il se rend compte que personne n’a jamais entendu des Fab Four. Alors lui qui est un musicien un tantinet raté, c’est l’occasion d’accéder au succès avec des chansons qui, plus de cinquante ans après, ont conservé toute leur force.

C’est donc Yesterday qui ouvre le bal, rapidement suivie par Let it be, et les autres.

Bien entendu, le succès est là. Mais avec l’amertume de celui qui sait qu’il endosse le talent des autres…

 

Si vous n’avez pas (encore) vu ce très beau film de Danny Boyle (2), je vous conseille de revenir demain, une grande partie de l’intrigue va être révélée ici: difficile en effet de faire autrement que d’en parler tant elle baigne l’esprit du film. Je m’explique : il est très difficile de disserter dessus sans révéler des éléments essentiels de cette semi supercherie. Parce que d’une certaine manière, il s’agit bel et bien d’une arnaque morale mais qui se retourne contre son instigateur : Jack sait que ce qu’il fait est malhonnête et une fois l’opération enclenchée son malaise va aller de plus en plus grandissant.

Vous voyez, je n’y arrive pas. Sauvez-vous pendant qu’il est encore temps. Enfin, ce que j’en dis…

 

A nouveau, Danny Boyle continue son œuvre originale, réussissant à dérider les spectateurs avec des sujets pas toujours très réjouissants. Et un monde sans Beatles est une idée là encore assez terrible, n’en déplaise à leurs détracteurs. Parce que sans Beatles, pas non plus d’Imagine ou de Mull of Kintyre, My sweet Lord… Bref, quelques très belles chansons (à mon avis, mais qui est partagé) en moins, et donc un recul culturel.

Mais, et c’est là qu’est aussi le côté réjouissant du film, malgré l’absence de John Paul George et Ringo (3), leurs chansons s’inscrivent tout de même dans ce monde décalé : Jack est celui qui leur permet d’exister (aux chansons).

 

Et c’est là que Danny Boyle réussit le tour de force du film : actualiser ces chansons. EN effet, pas une fois nous n’entendons l’un des 4 de Liverpool (4), Himesh Patel chantant tous ces grands succès (et en jouant des instruments, s’il vous plaît). Mais ils restent malgré tout très présents, jusqu’à presque faire une apparition : on a beau l’attendre, cette apparition, elle ne viendra jamais.

Par contre, celui qui apparaît et qu’on n’attendait (presque) pas, c’est John. Tout comme la première apparition d’Ed Sheeran (qui joue son propre rôle), celle de John est tronquée et c’est au tout dernier moment qu’elle a lieu : les spectateurs ont la même surprise que Jack en voyant un John vieilli ouvrir la porte. Juste avant on avait droit à un plan sur un dessin coloré : les dessins de John sont actuellement très prisés, comme le montre ce site.

 

Mais la rencontre – logique et magnifique – avec Lennon, est à mon avis l’un des plus beaux hommages qui ait pu être fait à ce musicien hors norme : avec Jack, c’est l’ensemble de ses fans qui l’enserrent dans leurs bras pour un câlin (hug) posthume. C’est celui qu’on voudrait lui faire, tellement il nous a manqué » depuis le 8 décembre 1980.

Et pour l’interpréter, Boyle s’est tourné vers son vieux complice Robert Carlyle qu’il venait de retrouver pour T2 deux ans plus tôt. La ressemblance est frappante et la séquence qui s’ensuit est magnifique de subtilité et de sensibilité.

 

Alors, Yesterday, une comédie ? Pas totalement, parce que le principe posé après l’accident de Jack est des plus tragiques : que serait un monde sans les Beatles et leur musique ? Mais une comédie tout de même parce que le film se termine bien : comme écrit plus haut, malgré l’absence des musiciens dans ce monde parallèle (5), les chansons sont là, amenant toujours le même bien-être à ceux qui les écoutent ou/et les chantent (séquence finale).

 

PS : J’aurais pu parler des différentes références du film mais vous pouvez les trouver sur n’importe quel site expliquant le film.

 

  1. Pas facile, même en essayant…
  2. Pléonasme, en ce qui me concerne, j’aime (très) beaucoup son œuvre !
  3. Tout du moins à un niveau de célébrité mondiale.
  4. A part…
  5. Il y manque aussi d’autres éléments que je vous laisse énumérer (ou découvrir si vous n’avez pas vu le film ni suivi mon conseil initial)…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Malcolm St. Clair, #Frank Tuttle, #Louise Brooks
Le Meurtre du Canari (The Canary murder Case - Malcolm St. Clair & Frank Tuttle, 1929)

On a tué « le Canari. »

Margaret O’Dell (Louise Brooks) a été étranglée par un mystérieux agresseur. Il lui a volé une partie de ses bijoux et a disparu sans laisser de trace. Pourtant des traces, il y en a, surtout que quelques messieurs traînaient autour de son appartement cette même nuit : un mégot de cigare (enfin pas vraiment) et un journal avec des inscriptions qu’on gribouille quand on attend et qu’on n’a rien de mieux à faire. Sans oublier que l’un d’eux a vu un autre et surtout qu’il y avait du monde dans cet appartement : un témoin caché dans le placard.

Mais qui voulait donc se débarrasser de cette danseuse de cabaret au charme irrésistible : chacun de ces hommes qui traînait ce soir là. Pourquoi ? Elle voulait en épouser un – Spotswoode (James Hall) qui voulait quant à lui épouser une autre femme dont il était vraiment amoureux – Alice LaFosse (Jean Arthur) – et faisait chanter les autres qui avaient eu une relation plus ou moins approfondie avec elle…

 

Le parlant s’installe et ce film, qui s’inscrit donc dans ses balbutiements est une très belle illustration de ce nouveau procédé : en effet, la résolution de l’intrigue n’aurait pas pu être possible au temps du muet. Ou du moins, elle aurait été beaucoup plus difficile à mettre en place. Certes une version muette avait été tournée mais l’avènement du procédé Vitaphone (1) avait contraint les producteurs à changer leur fusil d’épaule et de passer à cette nouvelle technique (2). Dès lors, voici le deuxième film dans lequel on entend la voix de Louise Brooks. Parce que là encore, ce film profite de la notoriété de cette actrice singulière. Pourtant, encore une fois, elle n’est que très peu utilisée puisqu’elle meurt au bout de vingt minutes seulement (3).

 

Le véritable héros du film, c’est Philo Vance (William Powell), un détective qui vient prêter main forte et son concours à la police dirigée par Markham (E.H. Calvert) le District Attorney. Il faut dire que la police en a bien besoin, parce que celui qui mène l’enquête, c’est le sergent Heath (Eugene Pallette) et que ses déductions ne tiennent pas vraiment compte de la psychologie du meurtrier (habile) auquel on a affaire. Et Pallette nous livre ici un numéro qu’on lui connaît bien, tout en comédie et truculence. Il faut dire que son physique s’y prête admirablement.

 

Mais comme il y a meurtre, la comédie cède le pas au sérieux et William Powell nous montre qu’il est un grand enquêteur (enfin son personnage), ce qui sera confirmé dans plusieurs films de la décennie qui va suivre, montrant qu’on peut aussi avoir de l’humour et enquêter (et boire !). Mais pour l’instant, Vance est un détective sérieux,  qui va résoudre ce mystère en un tournemain (4). De plus, ridiculiser la police était un classique des histoires de détectives comme on a pu le voir depuis.

 

Au final, un petit film policier habile dont on retient tout de même, outre la performance de William Powell, la tenue de canari de la belle Louise Brooks qui participera beaucoup au succès (visuel) du film. Ainsi qu’une utilisation intelligente du son, ce qui n’était pas toujours le cas en 1929…

 

  1. Celui qui a sauvé la Warner Bros.
  2. C’est pourquoi on fit appel à Frank Tuttle pour une adaptation parlante du film.
  3. Son refus de revenir d’Allemagne où elle tournait pour Pabst, pour enregistrer sa voix, a beaucoup contribué aussi au sabotage de sa carrière américaine.
  4. Enfin moins d’une heure de notre temps

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Terry Gilliam
L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Doctor Parnassus - Terry Gilliam, 2009)

Le docteur Parnassus (Christopher Plummer) est un vieil homme (mille ans, paraît-il) qui parcourt l’Angleterre avec son show ambulant : l’Imaginarium. Des décors des personnages intrigants et un miroir qui s’ouvre. Où ? Vers sa propre imagination, stimulée par le docteur, un ancien moine, gardien des histoires.

IL déambule avec Valentina (Lily Cole) sa fille, Percy (Verne « Mini Me » Troyer) un nain et Anton (Andrew Garfield), ce dernier assurant le boniment. Un soir, ils décrochent un pendu sous un pont. C’est un amnésique qui s’appelle en fait Tony (Heath Ledger).

L’apparition de ce personnage énigmatique coïncide avec les 16 ans de Valentina : à cette date, Mr. Nick (Tom Waits) - le diable – viendra réclamer la jeune fille (femme ?), seule condition d’un pacte passé avec Parnassus.

 

Comme il le présente au début, Terry Gilliam signe ici un film synthèse de tout son travail, retrouvant pour l’occasion son vieux complice Charles McKeown (qui peut être reconnu parmi les spectateurs si on est très attentif). Bien sûr, on y retrouve l’atmosphère onirique qui baigne tous ses films, mais avec une utilisation des effets numériques qui les rend encore plus extraordinaires. Les différentes séquences qui se passent à travers le miroir sont de magnifiques compromis entre le numérique et le réel, empreints du style pictural du réalisateur qu’on avait découvert avec Monty Python’s Flying Circus : beaucoup de couleurs et de rondeurs.

Mais on y retrouve aussi certains éléments de films comme Les Aventures du Baron de Munchausen surtout pour ces mêmes décors et les costumes. Le personnage de Valentina, sur certains points rappelle même Uma Thurman : sa composition dénudée (1) rappelle l’apparition de Vénus et ses cheveux, là encore cachent ses appas. Et ce n’est Vénus que nous voyons mais un autre femme tout aussi mythique : Eve (il y a une pomme juste devant elle. Voir ci-dessous).

 

Et Parnassus lui-même n’est pas très éloigné de Munchausen: tous les deux proposent à leur auditoire un spectacle extraordinaire qui va modifier le monde qui les entoure. Mais il y a chez Parnassus une dimension théologique totalement absente chez son aîné. La compétition entre Nick et lui rappelle celle entre Dieu et le Diable, mais dans une acception particulière : Nick n’est pas un individu monstrueux comme on en trouve dans certaines gravures médiévales. Il ressemble plus à un homme distingué, même si ses marchés sont toujours de la même teneure : récupérer un maximum d’âmes.

Et Parnassus, de par son apparence devient alors Dieu, celui qui sauve les âmes du Malin (ce qu’est Nick, dans tous les sens du terme).

 

Et au milieu de cette lutte éternelle, on trouve donc ce Tony qui apparaît comme par enchantement, dès que Parnassus retourne le Pendu de son jeu de tarots. Mais Tony est un électron libre, relié à aucun des deux même s’il se raccroche à Parnassus par opportunisme. Et son apparition amène une nouvelle dualité dans le film : Tony, le diminutif d’Anthony est le même prénom que l’autre jeune homme de l’Imaginarium, Anton. Et cette dualité concerne surtout Valentina qui se retrouve face à un dilemme. Ces deux hommes l’attirent : Anton représente un amour sûr et de la stabilité alors que Tony est plus aventureux, véritable rejeton de cet Imaginarium. Et ses différentes incursions dans ce(s) monde(s) onirique(s) le voient à chaque fois très à l’aise, voire épanoui.

 

Malheureusement, ces différentes incursions ne sont pas réalisées avec Heath Ledger, l’acteur étant décédé en cours de tournage. Et quel dommage : Non pas que ses successeurs soient mauvais, mais on aurait aimé le » voir évoluer lui-même dans ces mondes semi imaginaires. Il faut dire qu’encore une fois, la prestation de Ledger est formidable, montrant à nouveau un personnage complexe, admirablement intégré dans cette histoire fantastique (2).

Alors l’hommage final de Gilliam et de toute la production n’en prend que toute sa dimension, une fois le rideau baissé et que se lancent les crédits de fin.

 

Du Gilliam, encore plus beau que du Gilliam.

 

PS : On notera la présence – furtive – de Peter Stormare dans le rôle du Président qui n’est pas sans rappeler Franklin Roosevelt.

 

  1. Rassurez-vous, là encore, pas de quoi se rincer l’œil.
  2. Dans tous les sens du terme !
L'Imaginarium du Docteur Parnassus (The Imaginarium of Doctor Parnassus - Terry Gilliam, 2009)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Stuart Walker, #Mitchell Leisen
L'Aigle et le vautour (The Eagle and the hawk - Stuart Walker & Mitchell Leisen, 1933)

Si le titre français oppose un aigle – animal censé noble – et un vautour – oiseau qui le serait beaucoup moins – le titre original oppose lui un même aigle et un faucon. Et ces deux oppositions ont leur pertinence dans ce film. Jusqu’à un point.

L’Aigle, c’est Jerry H. Young (Fredric March), un jeune pilote américain de la RAF qui opère en France début 1918. Depuis son arrivée dans les airs, ce ne sont que citations et médailles qui pleuvent sur lui, les balles l’ayant évité jusque là.

Le Vautour, ou plutôt le Faucon, c’est Harry Crocker (Cary Grant), qui a fait ses classes (aériennes) avec Young mais n’avait pas les mêmes aptitudes aériennes. Young s’est donc retrouvé pilote pendant que Crocker n’était que « observer » : celui qui accompagne le pilote, prend des photos et joue de la mitrailleuse quand l’équipage rencontre des avions ennemis. Cette différence amène une inimitié farouche qui se terminera avec le film, pas avant.

Mais on comprend aussi pourquoi Crocker est appelé Faucon plutôt que Vautour en VO : cet « observer » est celui qui veille et doit repérer les escadrilles ennemies, d’où cette métaphore (visuelle).

 

Depuis le formidable Wings (1927), William Welman a fait des émules : Capra et son Flight  (1929) ou Hughes et son Hell’s Angels l’année suivante, et bien sûr ce film de Stuart Walker et Mitchell Leisen. C’est donc une histoire d’aviateurs et d’avion, mais avec une dimension anti-militariste qui pointe avec le personnage de Young, ce héros qui tue des (jeunes) soldats.

Mais nous ne sommes pas chez Welman et si les combats sont presque aussi spectaculaires, le propos est plus près du sol : ce jeune héros qui supporte de moins en moins bien de perdre ceux qui volent avec lui : 6 en deux mois, dont le dernier qui était tout frais émoulu de l’initiation et qui n’avait jamais volé.

 

Bref, ce n’est pas qu’un film spectaculaire qui vante les mérites de l’aviation américaine comme ses aînés : on y trouve aussi les doutes et surtout les fantômes de ces pilotes admirés par les plus jeunes. Et ce dernier aspect est accentué par la rencontre de Young avec un jeune garçon, le fils de Lady Askin (Virginia Hammond) qui l’a invité pendant sa permission : l’enfant est impressionné par cet as de l’aviation et lui pose mille questions en rapport avec ses « prouesses ». Mais le pilote accuse de plus en plus le coup : ces questions innocentes et détachées de leur contexte prennent toute leur dimension dans l’esprit de Young qui ne peut que songer à ceux qu’il a enterrés ou tués.

 

Cette Lady Askin est l’une des rares femmes du film : elles sont trois et outre cette aristocrate, nous en trouvons deux autres fort différentes, voire archétypales.

La première que nous rencontrons, c’est Fifi (Adrienne d’Ambricourt) que Mike Richards (Jack « Napaloni » Oakie) ne cesse d’appeler Fanny. C’est une femme plantureuse qui répond beaucoup à certains canons de la beauté de 1918 loin de Hollywood. L’autre, c’est une femme mystérieuse et blonde dont on ne saura même pas le nom, mais qui va tenir compagnie à Young après son « entrevue » avec le petit garçon. Qu’on s’entende bien, même si le Code Hays n’est pas encore entré en vigueur, il s’agit d’un soutien plutôt chaste : boire un verre de champagne dans le parc (1).

Cette est (très) belle et distinguée, et si nous ne connaissons pas son nom, on connaît surtout celle qui l’interprète : Carole Lombard.

 

Je terminerai sur l’interprétation en disant que Fredric March était déjà bien lancé dans la carrière et qu’il interprète magnifiquement encore une fois un personnage tourmenté (moins que Jekyll, heureusement) et qu’à ses côtés Cary Grant qui n’est encore qu’un jeunot à Hollywood (il a commencé deux ans plus tôt seulement) interprète un personnage à double face : c’est un pilote très moyen (2), à la mentalité plutôt douteuse : cela ne le dérange pas d’abattre des parachutistes, ce qui lui vaut la désapprobation et le mépris des autres membres de son escouade.

Mais comme nous sommes dans un film américain, il ne faut pas oublier la part de la rédemption : elle sera la conclusion du film, réunissant les deux oiseaux du titre (français ou américain), juste résolution aux teintes sombres de l’intrigue qui ne l’est pas moins.

 

  1. Bien entendu, une fois cette séquence terminée, nous retournons au front. S’est-il passé autre chose entre ces deux personnes ? Nous ne le saurons jamais. Et de toute façon, on s’en fiche un peu.
  2. Il nous apparaît pour la première fois après avoir fait atterrir son avion… Sur le dos !

 

 

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog