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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Joel Coen, #Ethan Coen, #Steve Buscemi
Barton Fink (Joel & Ethan Coen, 1991)

1941.

Barton Fink (John « Jesus » Turturro) triomphe à New York (Broadway) pour sa pièce qui donne la parole aux petites gens. Il tape donc dans l’œil de Jack Lipnick (Michael Lerner), producteur à Hollywood. Ce dernier fait venir Barton pour qu’il lui ponde un scénario de la même verve, pour un film de lutte avec Wallace Beery.

Barton se retrouve donc seul dans la Babylone de l’Ouest, dans un hôtel minable, dans une chambre miteuse où le papier peint se décolle avec la chaleur.
Sans oublier son voisin, Charlie Meadows (John « Walter » Goodman), représentant en assurances qui apporte, comme il dit, un peu de paix à ses clients.

Cette paix se révèlera un tantinet éternelle…

 

Encore une fois, les frères Coen nous proposent un personnage qui n’est pas le maître de son destin, jouet involontaire d’un monde qui n’est pas le sien. Mais avec encore une fois une bonne dose d’absurde, marque de fabrique de ce duo fraternel. Et c’est à nouveau John Turturro qui a été choisi pour interpréter ce pion, un an après Miller’s Crossing. Et ce choix est absolument payant, Turturro interprétant ici un écrivain en proie à l’angoisse de la page blanche, accentué par une apparence qui dénote sa non appartenance à ce monde particulier qu’est le cinéma : lunettes et surtout tignasse fournie font de lui un magnifique ahuri.

 

Dix ans plus tard, les Coen vont réaliser The Barber : l’Homme qui n’était pas là. Pour paraphraser ce titre, on pourrait ajouter au titre ici « l’Homme qui n’aurait pas dû être là » tant  Barton n’est pas à sa place dans ce monde si versatile. IL suffit de voir les différentes interventions de Lipnick pour mesurer le décalage énorme qu’il y a entre cet auteur « pur » et ce monde corrompu, essentiellement par l’alcool : sa rencontre avec un de ses auteurs préférés, W.P. Mayhew (John Mahoney) dans les toilettes d’un restaurant marque définitivement l différence entre les deux hommes, l’un néophyte, l’autre absorbé par le système.

 

Mais si le milieu est celui du cinéma (une petite mise en abyme), il ne s’agit aucunement d’une critique de ce milieu. Ce sont avant tout les rapports humains qui prédominent : les échanges entre Barton et son entourage, qu’il soit professionnel (Lipnick, Mayhew), amoureux (Audrey Taylor, interprétée par la délicieuse Judy Davis), ou personnel (Meadows).

C’(est d’ailleurs ce dernier aspect de cette vie hollywoodienne qui fait tout le sel de ce film, John Goodman (qui retrouve les Coen quatre ans après Arizona Junior) interprétant un voisin très singulier : outre sa stature imposante, il est un voisin un tantinet encombrant, s’invitant chez Barton sans crier gare, intervenant alors quand il ne faut pas.

 

Mais Meadows est aussi le révélateur du film, faisant passer celui-ci dans une dimension (presque) fantastique, comme en témoigne la dernière séquence qui se déroule dans le couloir en feu de l’hôtel, couloir qui n’est pas sans rappeler celui de l’hôtel Overlook (1) : immense et oppressant malgré l’éclairage, on s’attend presque à y rencontrer des jumelles qui se tiennent la main. Bien sûr, on pense aussi à Hitchcock tant cette atmosphère de l’hôtel est pesante et certains extérieurs rappellent les films du maître.
 

Mais malgré tout cela, nous sommes bel et bien chez les frères Coen, dans un film encore une fois formidable, mêlant avec bonheur la maîtrise technique (sans Barry Sonnenfeld derrière l’œil de la caméra, mais qui y fait tout de même une apparition) et cet humour chargé d’absurde qui émaille leur cinéma.

Une réussite.

 

  1. Cet hôtel, dans le roman de King est entièrement détruit par l’explosion de la chaudière.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jerzy Skolimowski
Le Bateau-phare (The Lightship - Jerzy Skolimowski, 1985)

Le capitaine Miller (Klaus Maria Brandauer) est le maître à bord d’un bateau-phare qui mouille au large des côtes de Norfolk (Virginie). Inlassablement, il empêche les autres navires de venir s’échouer sur les récifs. UN jour, une chaloupe est repérée. A son bord, trois hommes : le docteur Caspary (Robert Duvall) et les frères Waxler, Eugene (William Forsythe) et Eddie (Arliss Howard).

Ces trois hommes sont tout sauf amicaux : ils vont prendre en main le bateau, menaçant tous ses occupants de leurs armes.

C’est cette situation qui va caractériser les retrouvailles de Miller et son fils Alex (Michael Lyndon), qui lui a été remis par la police.

 

Jerzy Skolimowski est alors en exil aux Etats-Unis quand il tourne ce film, après un passage en Grande-Bretagne, et c’est une nouvelle expérience de huis clos qu’il nous propose ici : à partir du moment où Alex (le narrateur) va monter sur le bateau de son père, il n’y aura plus d’autre lieu envisagé. Tout va se dérouler en mer : donc ce ne sera pas un huis clos étouffant, encore que la promiscuité sur un bateau au large est une réalité. Mais pas celle du film.

Par contre, Skolimowski va progressivement mettre en place et développer une tension qui ne va se résoudre qu’une fois les dés jetés et la « prise d’otages » terminée : il est évident qu’une telle situation ne peut pas tourner à l’avantage des trois méchants.

 

Et cette tension est bien sûr nourrie par la rencontre au sommet entre Robert Duvall et Klaus-Maria Brandauer, acteurs la plupart du temps secondaires mais qui montrent ici toute l’étendue de leur talent. D’un côté un homme intègre, victime de ses origines (1), et qui porte un lourd passé pendant le conflit précédent. De l’autre un monsieur portant chapeau blanc (panama) et fine moustache, exhibant une forme d’éducation sophistiquée, mais qui n’est rien d’autre qu’un bandit, assisté de deux abrutis à la gâchette facile.

 

Et au milieu, on trouve donc Alex qui se retrouve tiraillé entre ce père qu’il n’aime pas vraiment et ce faux aristocrate fascinant. Mais cette fascination ne va pas durer : il sait que ces trois hommes ne sont pas ceux qu’il faut suivre. Et si son père n’est pas le héros qu’il aurait pu souhaiter, il ne va tout de même pas basculer vers ces truands. Surtout quand il apprend quel est ce terrible passé que son père porte en lui.

 

ATTENTION : LA SUITE REVELE DES ELEMENTS DE RESOLUTION DE L’INTRIGUE !

 

Et c’est aussi avec cette révélation que le film va basculer du côté américain : Skolimowski introduit cet ingrédient (presque) indispensable qu’est la rédemption. En effet, il y a cette idée de salut qui va poindre et s’imposer, pour le père et pour le fils : celui de l’un amenant celui de l’autre, dans la plus pure tradition hollywoodienne.

Mais sans pour autant quelque dimension pathétique ou larmoyante : c’est en sauvant son fils qu’il va enfin lui montrer qu’il est son père et être accepté comme tel par ce fils si différent (au final pas tant que çà). Mais ce sera sa dernière intervention et il mourra dans les bras de ce fils qu’il aimait.

 

J’oubliais : le jeune Michael Lyndon, dont ce sont les débuts, n’est autre que Michal Skolimowski, le fils de Jerzy.

 

  1. Miller est d’origine allemande ce qui n’a pas dû toujours être un atout une dizaine d’années plus tôt, pendant la seconde guerre mondiale (nous sommes dix ans après).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman
Charlot est content de lui (Kid auto Races at Venice - Henry Lehrman & Charles Chaplin, 1914)

Venice (Californie) accueille une rencontre de voiture pour enfants, qu’on a tendance à appeler « caisse à savon ». C’est donc un reportage de cette manifestation qui est ici proposée, avec ces différents bolides plus ou moins rapides qui offrent un spectacle couru. Les actualités sont là par l’intermédiaire d’une caméra qui prend différents points du circuit.

Seulement voilà, un homme indéfini, au chapeau melon (usé) et habit qui fut un jour neuf ne cesse de monopoliser le champ de la caméra, posant inlassablement pendant que le directeur de ce reportage (Henry Lehrman) ne cesse de le repousser hors du cadre. Cet homme, aux allures de vagabond, c’est bien entendu Charles Chaplin, affublé (déjà) de la tenue qui le rendra célèbre.

 

Déjà, parce que ce n’est que son second film et qu’il a trouvé ce qui va faire cette allure reconnaissable entre toute, et encore plus d’un siècle plus tard. Il a donc son melon, sa canne, sa moustache sous le nez (finies les bacchantes tombantes !), et il envahit l’écran. A tel point que le journaliste est sans cesse obligé de le repousser, gentiment au début puis de plus en plus violemment.

Bien sûr, c’est cette insistance qui amène le rire : ce ne sont qu’inventions plus ou moins pertinentes pour se placer devant la caméra et y prendre des poses plus ou moins naturelles. Avec en évidence, un gros plan sur son visage à quelques centimètres de l’objectif de la caméra prise pour cible.

 

Ce qui était une tendance dans le film précédent devient la règle ici : il occupe la place et quoi qu’on tente pour l’en déloger, il y revient, faisant même quelques émules. Emules qu’il doit lui-même écarter : ces émules sont d’autant plus faciles à écarter que ce sont des enfants !

Mais il faut avouer que cette recherche effrénée de la place d’honneur a tendance à durer et ce qui sauve le film, c’est sa brièveté.

Quoi qu’il en soit, on sourit (1) facilement devant les facéties de ce « troll » antédiluvien : un personnage est né et il va tenir le haut de l’affiche pendant un peu plus de vingt ans.
 

Le Vagabond. (2)

 

  1. Voire plus
  2. Il n’a pas de nom, seul le public non américain (essentiellement européen, à l’époque) lui en a donné un : Charlot ou tout simplement Charlie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Shane Black
Kiss kiss bang bang (Shane Black, 2005)

Harry Lockhart (Robert Downey Jr.) est un raté. Il a tout raté : son boulot (il est cambrioleur à la petite semaine), son mariage, sa vie. Il le dit lui-même : il n’est jamais allé au bout de ce qu’il entreprenait.

Déjà, jeune, il avait proposé un numéro de magie qui ne s’était pas passé idéalement.

Mais il est maintenant à Hollywood, où il retrouve son amour de jeunesse (non partagé : Harmony Faith Lane (Michelle Monaghan). Amour en sens unique, malheureusement pour lui. Mais à défaut des rôles attendus (1), ce sont les cadavres qui s’accumulent autour de lui. Cadavres dont on va même essayer de lui faire porter la responsabilité.

Heureusement, « Gay » Perry van Shrike (Val Kilmer), un détective privé homosexuel, veille.

 

Difficile de résumer cette intrigue formidable de Shane Black. Après environ vingt ans passés à écrire pour les autres, Shane Black se retrouve derrière la caméra – il faut dire que peu de gens voulaient de son scénario – et signe une magnifique comédie à l’humour noir assumé. Comme l’indique le titre, ça flingue à tout va et ça s’embrasse, même si ce n’est pas toujours la bonne personne : tout est une question de point de vue.

Oui, c’est le film qui va relancer – définitivement – la carrière de Robert Downey Jr. qui sort d’une mauvaise passe, qui interprète ici un personnage d’une grande bêtise, avec tout de même quelques éclairs d’intelligence et tout de même une grande dose de sympathie qui rattrape tout.

 

Parce que malgré les cadavres qui s’accumulent (13 au final), on s’amuse beaucoup avec cette comédie singulière – un autre ton, une autre façon de faire – de Shane Black qui a bien fait de passer de l’autre côté du miroir : on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et Comme Black est avant tout un scénariste, son intrigue est tarabiscotée juste comme il faut, et sa narration visuelle  va de pair.

Comme de nombreux (bons) films noirs, c’est un narrateur qui introduit l’histoire et intervient régulièrement pour expliquer si nécessaire. Sauf qu’ici, le narrateur, c’est Lockhart alors parfois, ça déraille et il faut réajuster certains éléments (2). Mais à aucun moment cela ne se prend au sérieux : cette intrigue est hautement improbable – même si certains éléments rappellent ceux des films du genre (3) – et c’est avant tout la narration et l’interprétation qui lui donnent tout son intérêt.

 

Et Robert Downey Jr. est absolument phénoménal, personnifiant un imbécile magnifique, soutenu par un Val Kilmer en grande forme, interprétant un personnage décalé : le détective privé, un dur avec un gros flingue (cher, offert par sa maman !) est un homosexuel notoire !

Bien sûr, Michelle Monaghan a fort à faire avec ces deux-là, mais elle s’en sort elle aussi avec les honneurs, créant une relation amoureuse particulière entre son personnage et Lockhart, tels deux aimants qui s’attirent et se repoussent continuellement. Mais pas indéfiniment, nous sommes dans une comédie.

Et comme nous sommes dans une comédie, rien n’est sérieux. Surtout pas cette fin qui voit Lockhart s’adresser directement au spectateur : les personnages semblent conserver le contrôle sur ce qui vient de se passer. Si c’est le cas pour Perry, on peut fortement en douter pour Lockhart, même si c’est ce dernier qui a l’air de mener les débats.

 

Un film ô combien réjouissant !

 

  1. C’est un raté, ne l’oubliez pas.
  2. La pellicule saute et se remet en place… C’est magnifique !
  3. Film noir (avec détective privé en voix off).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Tony Scott
True Romance (Tony Scott, 1993)

Clarence Worley (Christian « Adso » Slater) est un pauvre type, vit seul et a pour cadre de vie un magasin de comics, les films de karaté et le King (Val Kilmer), son mentor virtuel qu’il consulte à chaque moment-clé de sa vie (1).

Un jour, celui de son anniversaire, il rencontre la belle Alabama (Patricia Arquette). Elle le suit au cinéma et s’ensuit ce qui donne au film son titre : une vraie histoire d’amour. D’amour et de violence, parce que la rencontre n’était pas fortuite : Alabama est une call-girl, avec souteneur qui fricote dans le trafic de drogue (Gary Oldman).

Qu’à cela ne tienne : Clarence estourbit Drexl (le mac) et repart avec les affaires de la jeune femme. Sauf que ce ne sont pas ses affaires : c’est une valise pleine de cocaïne.

Clarence et Alabama deviennent alors la cible des vrais trafiquants et surtout de leur chef, Vincenzo Cocotti (Christopher Walken).

 

Ce long résumé n’est qu’une partie de l’intrigue un tantinet tarabiscotée élaborée par Quentin Tarantino. Et là, j’ai commencé à avoir peur. Surtout que la séquence d’ouverture voit Clarence plus ou moins monologuer, rappelant les travers (de mon point de vue) de ce scénariste. Mais c’est Tony Scott qui est derrière la caméra, et c’est ça qui fait toute la différence (2). Pas de distorsion du temps (comme dans les deux films suivants de Tarantino) ni bavardage intempestif. Ni non plus de fioritures inutiles. Même le personnage de Floyd (Brad Pitt), glandeur extrême, a son utilité : c’est à chaque fois lui qui remet les gangsters sur la route de Clarence.

 

Par contre, le traitement de la violence est totalement dans la lignée des films de Tarantino : courte et extrême, mais avec les effets de caméra habituels de Scott. Et en plus, avec une certaine dose d’humour (noir, évidemment) amenée surtout par ceux qui sont censés être les moins drôles du film : les « vrais » gangsters. Leur déplacement à quatre en file indienne déjà amène le sourire et le dénouement meurtrier (inévitable) acquiert une dimension comique qui en atténue la violence : non, tout ça n’est pas (si) sérieux !

 

Quant à l’interprétation, Scott n’a pas lésiné : le générique aligne des grands noms qu’on a plaisir à (re)découvrir près de 30 ans plus tard :outre les noms déjà avancés, on retrouve Samuel L. Jackson, James Gandolfini, Tom Sizemore et même Dennis Hopper, c’est vous dire !

Mais cette accumulation de personnalités est aussi une micro arnaque : à peine entrevus, certains d’entre eux disparaissent aussitôt. Violemment, cela va de soi.

Et bien sûr Christian Slater et Patricia Arquette sont irrésistibles dans cette singulière histoire d’amour où, comme le titre l’indique, le romantisme est absolu !

 

  1. On a les amis imaginaires qu’on veut. Ou qu’on peut.
  2. Oui, j’aime le cinéma de Tony Scott : ceci est donc un article partial.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #M. Night Shyamalan
Incassable (Unbreakable - M. Night Shyamalan, 2000)

Elijah Price (Samuel L. Jackson) a la maladie des os de verre : un léger choc et ses os se cassent. Sa naissance fut un véritable traumatisme, le médecin n’ayant jamais vu ça. Malgré tout, il va grandir et devenir quelqu’un : il dirige la galerie d’art Limited Edition, spécialisée dans les dessins originaux des comics américains, essentiellement ceux des superhéros.

Un jour, il apprend qu’un train a déraillé, faisant un nombre considérable de victimes, sauf une personne : David Dunne (Bruce Willis), ressorti absolument indemne d’un accident fatal pour n’importe qui de normal.

Parce que David est différent : il n’a jamais été malade ni n’a été d’une manière que ce soit blessé. Même dans un accident de voiture qui l’a conduit a cessé son activité sportive (de haut niveau), il n’a jamais rien eu.

Price en est convaincu, il sont connectés lui qui a les os fragiles et David qui est indestructible. Comme les deux faces d’une même pièce. Différent mais tout de même très proches.

 

Alors que la déferlante Marvel (et celle DC Comics) n’a pas encore touché le cinéma américain, M. Night Shyamalan nous propose ici une histoire de superhéros très singulière. Singulière parce que David Dunne, malgré son « super pouvoir » est quelqu’un d’absolument normal : il travaille à la sécurité pour un stade et hormis les deux accidents mentionnés plus haut, rien de bien extraordinaire ne lui est arrivé. Il est marié à la belle Audrey (Robin Wright) et a un fils Joseph (Spencer Treat Clark) avec qui une complicité est en train de se mettre en place. Mais il y a Prince qui remet en cause fondamentalement cette vie – médiocre – bien réglée. IL est clair que sa théorie tient la route, surtout quand on sait comment elle évolue.

 

Mais c’est cet aspect ordinaire du personnage de Dunne qui fait tout l’intérêt du film, faisant évoluer son « héros » du scepticisme à l’engagement, ressentant les différentes personnes qu’il côtoie et surtout qui entrent en contact avec lui. Un simple effleurement et David lit dans leur vie – criminelle – passée ce que chacun essaie (toujours) de dissimuler. C’est bien pratique pour identifier un criminel. Mais comme David n’est aucunement un policier, cela reste au niveau justicier, sans réel pouvoir légal ni légitime. Et Night Shyamalan se cantonne à cet aspect spectateur de son personnage, ne lui laissant jamais se mesurer aux « méchants » qu’il a pu (res)sentir pendant ses expériences.

 

Nous sommes très loin d’un Batman ou d’un Superman avec David : il n’intervient qu’une fois le forfait accompli, sauvant ce qui peut encore l’être, mais à aucun moment il ne va prendre l’initiative contre un quelconque méchant plus ou moins patenté. Alors, malgré la présence de Bruce Willis, aucune séquence choc plus ou moins violente : seulement des personnages en quête de leur bonheur – surtout David avec ses histoires familiales – et qui essaient de donner un sens à leur vie – surtout Price.

 

Un univers de superhéros quasiment ordinaires. Ca change.

Enfin, ça changeait : c’était il y a plus de vingt ans…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #James Cruze
Tu trembles, Fatty (Leap Year - Roscoe Arbuckle & James Cruze, 1924)

Stanley Piper (Roscoe Arbuckle) est le jeune héritier de son oncle Jeremiah (Lucien Littlefield), un vieux grincheux misogyne traité contre la goutte par la jeune infirmière Phyllis Brown (Mary Thurman). Stanley est amoureux de la belle Phyllis mais son oncle décide de l’envoyer loin des femmes : elles lui font perdre ses moyens (1). Mais là où Stanley débarque (L’île Catilina), ce ne sont que jeunes beautés qui se prélassent et voient d’un œil intéressé ce futur millionnaire…

Stanley doit encore fuir. Mais elles le suivent chez son oncle.

A partir de là, rien ne va plus…

 

Voilà un film très particulier : il a fallu attendre 2008 pour qu’il sorte (enfin) aux Etats-Unis. La raison ? Roscoe Arbuckle avait été blacklisté suite au scandale qui porte son nom et qui ruina (définitivement) sa réputation. Et surtout pour une affaire où il était totalement innocent ! En outre, il s’agit de son dernier long métrage en tant qu’acteur pour les mêmes raisons : le film n’étant pas sorti (hélas), n’a pas connu quelque succès que ce soit.

Et c’est bien dommage !

 

C’est un véritable chant du cygne que ce film qui le voit en séducteur malgré lui (2) : toutes les jeunes femmes q’il croise (ou qui le croisent) ne peuvent s’empêcher d’être amoureuses de lui, rêvant de l’épouser. Toutes sauf une bien sûr, l’infirmière, la seule qu’il aime !

Et Arbuckle est encore une fois phénoménal. On peut retrouver sa délicatesse et surtout sa souplesse qui ont fait son succès avant. Malgré sa stature plus qu’imposante, il est d’une grâce et d’une légèreté formidables. Il faut le voir simuler une maladie grave – sautiller, bondir et s’effondrer avec en prime une galipette – pour se rendre compte de son aptitude physique étonnante.

 

Malheureusement, même la présence de James Cruze lui aussi à la réalisation n’y a rien fait : les producteurs ont refusé de sortir ce film qui aurait très certainement relancé sa brillante carrière injustement (c’est le cas de le dire) interrompue. Parc e que c’est toujours aussi drôle – et plus évolué que ses premiers films, même si on n’atteint pas le degré de subtilité de ses contemporains dont son ami Buster Keaton. Keaton dont le film Seven Chances qui va sortir l’année suivante, est comme un écho au film de Cruze et Arbuckle : on y retrouve un jeune homme amoureux d’une jeune femme qui le rejette et qui se retrouve poursuivi par une multitude de prétendantes. Certes, le principe de l’intrigue est différent, mais le résultat est le même : une jeune homme en proie aux assiduités de femmes qu’il n’a pas choisies.

 

Mais malheureusement (encore une fois), ce film est resté dans les boîtes – sauf en Europe où on put le voir dès le 13 janvier à Paris – et Arbuckle a survécu tant bien que mal les neuf années suivantes avant de s’éteindre prématurément le 29 juin 1933.

Il est donc indispensable de voir ce film : ce sont les adieux – involontaires – d’un immense comique, par le physique, mais surtout par le talent !

 

PS : encore une fois, le titre original ne semblait pas assez vendeur pour le public français. Cette Année du grand saut métaphorique devient une accroche un brin racoleuse (il faut vendre, que voulez-vous…), avec surtout le souci d’identifier son personnage principal, immense vedette malgré tout. En Europe.

 

  1. Il doit boire un verre d’eau afin de réprimer l’inévitable bégaiement qui le prend à chaque fois qu’il est ému.
  2. A moins que ce soient les millions qui lui sont destinés…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Jean-Pierre Jeunet
L'extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (The young and prodigious T.S. Spivet - Jean-Pierre Jeunet, 2013)

T.S. Spivet (Kyle Catlett) a 10 ans et est un génie scientifique. Certains naissent artistes, d’autres des pros de la gâchette, lui est un scientifique. Malgré son professeur (Richard Jutras) il a inventé un mouvement perpétuel dont le principe est magnétique : évidemment, au bout de 400 ans, il faut remagnétiser les aimants.

Quoi qu’il en soit, T.S. va être récompensé pour son invention : il décide alors de fuir son foyer et d’aller recevoir son prix, quitte à mentir sur ses origines et sa vie.

 

Encore une fois, Jean-Pierre Jeunet nous offre ici un film qui fait du bien (1). 15 ans après son examen de passage (Alien: Resurrection), il retourne en Amérique (le continent) pour signer une nouvelle histoire (improbable, cela va de soi) dont le personnage principal est cette fois-ci un enfant. Un enfant certes, mais avec une pensée plutôt adulte. Et c’est là que le savoir-faire de Jeunet se met en place : à chaque fois que T.S. raisonne ne enfant, des surimpressions se mettent en place, illustrant sa vision (d’un enfant de 10 ans) du monde, soutien pour les adultes qui ont perdu depuis bien longtemps ce système de pensée.

 

Et comme nous sommes chez Jeunet, on a le droit de s’attendre à voir traîner Dominique Pinon : il est indissociable du travail du réalisateur depuis Delicatessen. Il est bien là, en vieux loup de mer ferroviaire (la prairie est son océan, évidemment), accueillant le jeune garçon le temps de cirer ses chaussures et d’une histoire qui va inspirer le garçon par la suite.

 

Outre Pinon, le film porte les stigmates du réalisateur, accentuant l’aspect bricoleur de son personnage principal et surtout insistant sur ces petits riens qui font la vie elle-même. Avec en outre une dimension familiale servie par des interprètes au même niveau d’exigence induite dans le travail du réalisateur. Bien sûr, Helena Bonham-Carter est magnifique, mais qui aurait pu en douter ? A ses côtés, la jeune Niamh Wilson (Gracie Spivet) est un beau mélange d’amour fraternel (sororal ?) et de futilité, ingrédient indispensable dans la résolution générale de l’intrigue.

 

Parce que ce qui fait le sel de cette intrigue, c’est la révélation progressive de ce qu’il s’est véritablement passé quand Layton (Jakob Davies) a utilisé la Winchester qui l’a tué. Et bien entendu, les mensonges (pieux) avancés par TS pour justifier sa présence par mi l’élite scientifique américaine ne vont pas tenir : à un moment, la vérité doit triompher et c’est là qu’intervient celle qui fut une mère lointaine après la mort accidentelle de ce frère jumeau.

Accidentelle, jusqu’à quel point ?

 

Et Jeunet déroule cette histoire merveilleuse (bien que scientifiquement étayée) et donne la part belle à ce jeune garçon étonnamment précoce, lui donnant en outre le rôle de narrateur, nous permettant d’errer avec lui dans son esprit éveillé certes, mais avant tout celui d’un enfant de 10 ans.

Et ça marche : Kyle Catlett est superbe, entouré d’interprètes à la hauteur de sa prestation, permettant in fine ce sentiment de bien-être inhérent au cinéma de Jeunet.

 

Que demander de plus ?

 

  1. Vous remarquerez que je n’use d’aucun anglicisme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Batman, #Tim Burton, #Danny DeVito
Batman : Le Défi (Batman returns - Tim Burton, 1992)

Trois ans ont passé depuis que Tim Burton a renvoyé Batman sur les grands écrans : Gotham est toujours une ville gangrenée par le crime, Batman (Michael Keaton) doit toujours intervenir pour assurer la sécurité de ses concitoyens, et surtout, Vicky Vale (Kim Basinger) est partie !

Mais heureusement (pour nous) de nouveaux méchants sont arrivés : Max Schreck (Christopher Walken), homme d’affaires (très) louche qui veut mettre Gotham sous sa coupe (malfaisante) et un curieux personnage handicapé qui répond au nom d’Oswald Cobblepot, mais qu’on connaît surtout sous le pseudonyme du Pingouin (Danny DeVito).

 

Et autant vous le dire tout de suite, c’est bien le Pingouin qui attire toute l’attention, campé par un Danny DeVito en grande forme, maquillé avec brio par Shane Mahan (d’après la conception de Mark McCreety) et est presque méconnaissable (1). C’est en outre la première de plusieurs collaborations entre  lui et le réalisateur, avec à chaque fois des créatures différentes, qu’on n’appelle plus des « monstres ».

Et la grande différence avec le premier opus, c’est l’appropriation de l’univers de Bob Kane (2) par un réalisateur obsédé par la différence. La séquence d’introduction qui voit l’arrivée à la vie du Pingouin est dans la plus pure veine burtonienne : un décor gothique, des personnages au physique particulier (les parents d’Oswald : Diane Salinger & Paul Reubens) et qu’on enferme dans une cage. Quand à la demeure qu’ils habitent, elle n’est pas sans rappeler celle de La Famille Adams que Barry Sonnenfeld a porté à l’écran l’année précédente.

 

Mais (parce qu’il y a toujours un mais, c’est aussi là que le bât blesse : à force de s’approprier ce monde et d’en faire un univers burtonien, on arrive à un excès qui se traduit par certains jeux un tantinet outrancier : si le Pingouin est par essence exubérant, le personnage de Catwoman (Michelle Pfeiffer) en devient insupportable, et on préfère largement la (belle) prestation qu’en fera Zoë Kravitz trente ans plus tard.

Et dans l’ensemble, la bonne impression qu’avait laissé le premier film s’estompe : on ne retrouve pas la même atmosphère ni les mêmes références. Disparue la référence à Fritz Lang et son Metropolis : Gotham nous apparaît artificielle, voire en carton-pâte.

Et pourtant le budget a été doublé !

Et si l’artificialité se prêtait admirablement à son film précédent (Edward Scissorhands), il n’en va pas de même ici, et c’est bien dommage parce qu’en plus l’aspect grotesque prend le pas sur le reste et Batman devient alors un personnage presque secondaire : difficile de rivaliser avec un tel Pingouin !

 

Un dernier mot enfin. Le nom du personnage de Christopher Walken est bien sûr inspiré de l’acteur qui interpréta le formidable Nosferatu de Murnau. A l’instar de ce vampire qui aspire la vie (et donc l’énergie) de ses proies par une morsure dans le cou, il est dit ici que la réalisation de Schreck (une centrale électrique) va aspirer l’énergie de Gotham.

A son propre profit, cela va de soi…

 

PS : AU fait le titre original, c'est Batman revient. Moins vendeur semble-t-il...

  1. La taille caractéristique de l’acteur le trahit.
  2. Le créateur du Batman.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty chez lui (The Rough House - Roscoe Arbuckle & Buster Keaton, 1917)

Fatty (Roscoe Arbuckle) s’endort, une cigarette à la main. Allumée, cela va de soi. Evidemment, le feu se déclare et il va chercher pour l’éteindre… Une tasse !

L’incendie maîtrisé, la maison s’excite et Fatty se retrouve à cuisiner, suite aux défections du cuisinier (Al St. John) et de la servante (Josephine Stevens) tous les deux remerciés suite à l’arrivée d’un commis (Buster Keaton) pendant le petit déjeuner.

Arrivent deux escrocs qui seront confondus par l’ex-commis et l’ex-cuisinier, devenus entre-temps policiers.

 

Encore une fois, il est difficile de résumer l’intrigue des courts films de Roscoe Arbuckle, tant le format (deux bobines) est utilisé à fond et rempli jusqu’à la limite de gags plus ou moins élaborés. Moins avec les coups de pieds dans le derrière et autres projectiles envoyés à la figure, plus avec une idée de gag qui fera école quelques années plus tard jusqu’à devenir un must : Fatty plante deux fourchettes dans deux petits pains et la fait danser…

Mais dans l’ensemble, c’est tout de même l’influence Keystone qui domine, avec ses inévitables policiers abrutis et maladroits, ici interprétés surtout par Keaton et St. John.

 

C’est d’ailleurs ici la première collaboration de Keaton à la mise en scène comme le confirme une place plus importante dans le scénario et ses cascades elles aussi inévitables. D’une manière générale, il faut être très souple et un tantinet athlétique pour participer aux films de ce trio infernal. Et la jeune Josephine Stevens (qu’on avait déjà vu dans le film précédent) ne dépare pas face à ces pieds nickelés.

Mais c’est encore Roscoe Arbuckle qui a le premier rôle et l’intrigue est recentrée sur lui, tout comme la caméra sur certains plans.

 

C’est très drôle mais c’est tout de même du grand n’importe quoi et le fait que ce film fut retrouvé tardivement – il fut longtemps considéré comme perdu – peut expliquer une pauvre qualité d’image voire quelques secondes manquantes par ci par là.

Mais on ne va pas bouder le plaisir de retrouver ce trio loufoque et surtout les débuts derrière la caméra de l’immense Buster.

Au fait, si le titre original prend une majuscule à Rough, ce n’est pas parce que c’est un adjectif (1) : c’est le nom de famille de Fatty…

Il est donc bien « chez lui »…

 

J’oubliais : Keaton, qui n’en est qu’à son deuxième film n’a pas encore trouvé le ton de son personnage impassible : il sourit ! Et même plus…

 

  1. rough = rugueux, rude : de quoi qualifier malgré tout cette maisonnée…

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