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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gérard Oury
Le Corniaud (Gérard Oury, 1965)

Il s’appelle Antoine Maréchal (Bourvil), il habite Paris et il s’en va visiter l’Italie pendant ses vacances. Enfin allait visiter l’Italie, puisqu’au premier carrefour, il rencontre la voiture (1) de Léopold Saroyan (Louis de Funès), homme d’affaire des plus louches, lors d’un carambolage devenu depuis culte, dû à l’inventivité de Pierre Durin en charge des effets spéciaux.

A partir de là, la vie d’Antoine va basculer : pour compenser ses vacances fichues, Saroyan propose  Maréchal de convoyer une Cadillac de Naples à Bordeaux. Il ne lui précise pas que cette voiture emmène d’autres marchandises que la police cherche depuis un moment.

 

Le Corniaud, c’est bien sûr Maréchal-Bourvil, trop honnête pour voir un quelconque trafic, et surtout assez ahuri pour passer n’importe quel barrage routier. Un abruti facilement dirigeable ce dont Saroyan-de Funès va user avec un bonheur tout relatif.

Par contre, le Corniaud, c’est avant tout la rencontre (2) entre deux figures majeures du cinéma comique français : deux personnages tellement antithétiques qu’ils en deviennent complémentaires, voire inséparables.

 

Et pourtant, ils ne possèdent que trois moments de contact véritable, échangeant quelques répliques : l’accident ; la proposition ; la toute fin du film dans une voiture. Les autres rencontres sont indirectes et se font à l’insu de notre corniaud (garage, camping).

Mais malgré ces trois véritables scènes d’échanges, pas spécialement longues, le duo est constitué et on associera alors les deux noms à égalité sur ce film.

 

Pourtant, c’est bien Bourvil qui tient le haut de l’affiche, son air ahuri et simple faisant craquer les jolies femmes (3). Il avance, naïf au milieu des truands, Mais de Funès n’est pas bien loin derrière puisqu’il nous gratifie de quelques scènes d’anthologie dont la réparation de la voiture sur une adaptation de Rossini absolument jubilatoire !

 

Bref, c’est du comique de haute volée et tous les genres y passent : du burlesque aux dialogues ciselés (4), c’est une suite de gags irrésistibles, véritable hommage au cinéma comique muet. Rappelez-vous Louis de Funès dans les douches, ou encore dans le garage (l’autre) avec le masque de soudeur et Bourvil dans la voiture qui monte et descend…

C’est un festival de drôlerie, véritable galop d’essai pour le tandem qui sera de retour sur les écrans l’année suivante dans cet autre sommet du cinéma comique français : La grande Vadrouille.

 

Mais vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire...

 

  1. Le contraire serait plus juste
  2. Ce n’est pas la première fois qu’ils jouent ensemble dans un film. Leur véritable rencontre eut lieu lors d’un autre film inoubliable, mais pour le duo Bourvil-Gabin : La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956). Ici, c’est la première fois qu’ils se partagent le haut de l’affiche. Malheureusement, il n’y en aura qu’une seule autre fois…
  3. « Il m’épate, il m’épate, il m’épate, il m’épate (ad lib). » (Léopold Saroyan)
  4. L’inoubliable « Bah, maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément. » ; et la suite : « qu’est-ce que je vais devenir, moi ? – Et bien, un piéton. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tom Tykwer, #Policier
L'Enquête (The International - Tom Tykwer, 2009)

Berlin, Lyon, New York, Istanbul…

Le film porte bien son titre (original) : The International.

Nous sommes ballotés d’un lieu à l’autre pour suivre l’enquête (le titre français donc) de Louis Salinger (Clive Owen), policier d’Interpol, sur la banque multinationale IBBC qui s’intéresse de (trop) près à l’armement léger.

Et malheureusement pour Louis, les enjeux vont beaucoup plus loin que son rayon d’action, à moins de sortir des clous…

 

Ironie du sort, ce film est sorti au moment où une nouvelle crise financière faisait rage, ce qui donnait un peu plus d’actualité à l’intrigue (comme si elle en avait besoin …).

Bien sûr, Clive Owen est impeccable et le voyage qui nous est proposé est fort agréable. Il fait partie de ces acteurs qui, même quand ils n’ont pas le rôle du gentil, ne sont pas tout à fait méchant et gardent la sympathie des spectateurs (1). Et on est d’autant plus de son côté que l’étendue des ramifications de son enquête vont à un moment le pousser sur la touche, ses investigations pouvant entraîner des conséquences graves d’un point de vue politique. Mais en ça, on n’est pas vraiment étonné, quand on voit ce qu’il se passe dans l’actualité, même aujourd’hui. Mais je ne suis pas là pour lancer une polémique.

 

Il est à noter que la première mouture du film, a été jugée un tantinet trop statique et de nouvelles scènes d’action ont été tournées, donnant un peu plus de rythme à l’intrigue. Cet ajout se justifie tout de même du fait du ton réaliste choisi par le scénariste et le réalisateur.

L’enquête que peut mener un agent d’Interpol, comme le rappelle Eleanor Whitman (la belle Naomi Watts) la supérieure de Salinger, n’est pas aussi intense que celle d’un policier normal. La marge de manœuvre est régie par les différents systèmes législatifs des états membres de l’institution.

 

Nous avons alors droit à une fusillade assez impressionnante dans le musée Guggenheim (de New York, bien sûr) d’un réalisme à couper le souffle : les murs et rampes d’accès sont criblés d’impacts, les vitres et autres verreries volent en éclat, et l’immense lustre tombe même sur les assaillants qui étaient en bas. Cette séquence est assez bluffante, jusqu’au moment où on apprend qu’il s’agit d’une réplique exacte qui fut créée dans une zone à l’abandon. Il n’empêche : on y croit !

 

Quant à l’intrigue à proprement parler, elle se tient et n’en devient que plus terrible quand on sait que tout ceci est basé sur une histoire vraie qui s’est passée une vingtaine d’années plus tôt.

Et les méchants – vous savez, ceux qui doivent être réussis pour réussir un film – s’ils n’ont pas tous des armes à la main n’en sont pas moins redoutables pour autant. On a droit à une équipe retorse en diable menée par un banquier en chef – Jonas Skarssen (Ulrich Thomen) – des plus froids (il faut toujours être calme quand on parle d’argent), travaillant en bonne intelligence avec d’autres partenaires tout aussi malintentionnés. Avec en prime la présence de l’acteur allemand Amin Mueller-Stahl, spécialisé dans les rôles de personnages troubles aux manières et discours des plus clames et assurés.

 

Le seul petit élément gênant, c’est le pan italien qui amène des répercussions un tantinet radicales. Mais comme le dit Skarssen (Ulrich Thomsen) : si on l’élimine, une centaine d’autres voudront prendre (et prendront ?) sa place.

Il n’empêche, cette impunité inévitable (?) fait tout de même mauvais genre et la résolution italienne de la situation a au moins le mérite de satisfaire temporairement Salinger, ainsi que le spectateur.

 

On notera aussi que les deux membres du couple Salinger-White ne tombent pas amoureux ni ne couchent ensemble. Si Salinger semble ne jamais dormir et encore moins manger, passant son temps sur son enquête, Whitman a, pour sa part, une vie de famille (un compagnon et un petit garçon).


Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre impérissable, mais je pense qu’il est bon de se pencher sur cette enquête particulière : on y découvrira un pan de l’économie qui ne fait pas souvent la une des médias, et une partie du quartier d’Eminönü, à Istanbul avec un passage dans la Citerne (2) et une incontournable promenade (au pas de course) dans le Grand Bazard.

 

 

  1. Voir Inside Man (Spike Lee, 2006)
  2. Elle n’est ni sous Sainte-Sophie ni sous la mosquée Süleymaniye

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri Verneuil, #Michel Audiard
Le Corps de mon ennemi (Henri Verneuil, 1976)

 

Après sept ans passés en prison (à Lomme ?), François Leclercq revient à Cournai (commune imaginaire du Nord) qu’il avait quittée après sa condamnation pour meurtre.
Seulement voilà, il n’a tué personne. Et s’il est de retour, c’est pour savoir pourquoi il a plongé à la place d’un autre, et surtout à cause de quoi et de qui.

 

Verneuil et Belmondo se retrouvent, un an après le spectaculaire Peur sur la Ville, dans un film fort éloigné racontant la quête de vérité d’un homme injustement emprisonné. Cette quête passe par de nombreux flashbacks, qui arrivent en désordre, en fonction des rencontres que fait Leclerq.

Et parmi ces gens rencontrés, seul Oscar (Claude Brosset) est réellement heureux de le revoir. Par contre, c’est de voir ce que cet ami est devenu qui amuse beaucoup moins Leclerq : travesti, il propose des séances sado-maso d’un goût fort douteux.

 

Comme de bien entendu, nous avons droit à la présence d’un grand nombre des seconds rôles et figurants qui émaillaient le cinéma français de cette période : on a même droit à mon préféré, Lionel Vitran. De plus, parmi les petits jeunes qui montent (comme on dit), on trouve Nicole Garcia et Bernard-Pierre Donnadieu qui en sont alors à leur cinquième apparition tous les deux.

Mais la bonne surprise de ce film, c’est la sobriété. Verneuil filme avec retenue ces personnages fort étonnants, usant à plusieurs reprise de monologues intérieurs : celui de Leclercq bien sûr, mais aussi de certains autres protagonistes, le premier étant l’ami de lycée, interprété par l’immuable (aux côtés de Belmondo) Michel Beaune.

Ces différents monologues amèneront des souvenirs, ceux de François bien sûr, mais les autres aussi, le retour de ce fils prodigue du pays étant bien embarrassant.

 

Autre élément de sobriété, le jeu de Belmondo. Alors qu’il enchaîne les films, deux par an de 1974 à 1976, il se retrouve ici dans un rôle beaucoup moins spectaculaire. Il n’en demeure pas moins séduisant et nous montre à l’occasion son corps d’athlète, mais sans non plus se pavaner. François Leclerq est un type relativement normal, qui plaît aux femmes (de tous âges) et n’éprouve pas le besoin de nous jouer la grande scène du II (1), avec cascades hyper-spectaculaires pour nous montrer qu’il est un bon acteur.

Face à lui, on trouve un Bernard Blier au diapason, encore une fois bien servi par les dialogues d’Audiard qui restent eux aussi sobres, sans toutefois passer outre quelques saillies qui amènent le sourire.

 

Un bémol tout de même dans cette sobriété : le personnage d’Oscar et la boîte de Leclercq (Number One).

Le personnage d’Oscar, qui joue les mères fouettardes n’est pas vraiment des plus subtils, surtout que ce personnage était videur dans la boîte sus mentionnée : Oscar fouette le maire de Cournai (Daniel Ivernel), ce dernier vêtu d’une chemise de nuit. 1968 a beau être passé par là (2), on aurait pu très bien s’en passer.

Quant à la boîte de Leclerq, on y admire des jeunes femmes dénudées et des strip-teaseuses : ce déballage était « dans l’air du temps », peut-on dire.

 

Bref, un film particulier dans la filmographie de Belmondo, où il doit seulement compter sur son talent pour gagner le public. Bien sûr, l’exploitation en salle fut moins fructueuse que Peur sur la ville, mais ce fut tout de même un succès. Et quand on voit que le film suivant Verneuil-Audiard-Belmondo est Les Morfalous, on se dit tout de même qu’on a perdu quelque chose en route.

 

  1. Ou du III, je ne sais plus…
  2. C’est d’ailleurs l’argument du maire.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #William A. Wellman
C'est la Guerre (Lafayette Escadrille - William Wellman, 1958)

L’Escadrille Lafayette fut une formation aérienne dans l’armée française qui accueillit de nombreux pilotes américains pendant la Première Guerre Mondiale.

Parmi eux, un certain William Augustus Wellman : il s’agit bien du réalisateur, qui est ici interprété par son fils William Jr.

Cette escadrille sert de décor à une histoire d’amour (un peu) malheureux : celle de Thad Walker (Tab Hunter), un mauvais garçon et déserteur, et de Renée Beaulieu (Etchika Choureau qui vient de fêter ses 90 ans le 12 novembre dernier), escort girl chez Madame (Veola Vonn).

 

Tout comme dans Wings trente ans plus tôt (à peu près), Wellman nous fait part de sa propre expérience dans l’escadrille Lafayette qui le marqua durablement. Mais alors que le premier film exaltait les passions de ces pilotes, devenus en peu de temps des as et des vétérans, ici, l’intrigue est beaucoup plus terre à terre (1), et nous n’assisterons qu’à une bataille aérienne, un peu avant la fin du film. Mais si on y retrouve le même savoir faire, l’intensité est moindre. Wellman a mûri et ses souvenirs sont moins frais.

 

Alors quand on découvre le titre français, on peut presque parler de publicité mensongère.

En effet, alors que l’intrigue se situe aux alentours de 1916-17, la guerre est une chose distante, bien loin des préoccupations des jeunes recrues qui tentent d’obtenir leur brevet de pilotage.

La guerre, ils auront affaire à elle bien assez (trop ?) tôt.

D’ailleurs, quand Wellman – il est aussi le narrateur – présente les membres cette escadrille, il complète à chaque fois que nécessaire que tel ou tel jeune homme est mort au combat. Cette précision va aussi éviter la multiplication des exploits guerriers : ce qui l’intéresse ici, c’est le souvenir de ces jeunes garçons vivants.

 

Bien sûr, on n’échappe pas aux exercices obligatoires dispensés par une vieille ganache. Ici, c’est Dalio qui interprète un sergent un tantinet bouché (pléonasme ?) qui a du mal avec ses soldats, la barrière de la langue étant alors un prétexte pour ne pas comprendre et donc désobéir. La marche aux accords d’un ukulélé est savoureuse.

 

Bien sûr, l’histoire d’amour entre Thad et Renée est le moteur du film, compliquée par la désertion de Thad, qui avait frappé le sergent Dalio pendant un exercice. Ce geste le fera enfermer en attendant une cour martiale, amenant en outre une belle bagarre dans le dortoir avec intervention des soldats français pendant que d’autres iront le libérer.

Cette expérience – malheureuse, donc – sera tout de même le déclencheur qui le verra regagner son salut (2) : il a quitté l’Amérique aussi pour fuir la justice, ayant renversé un jeune garçon alors qu’il conduisait une voiture qu’il venait de voler.

Il va mûrir, prématurément comme tous ceux qui ont combattu dans une guerre, et regagnera donc cette dignité qu’il n’avait qu’à peine acquise avant de quitter les Etats-Unis.

 

En occultant en partie la guerre, Wellman insiste plus sur le côté humain de ces jeunes hommes qui seront élevés au rang de héros plus tard, avec une retenue voire de la délicatesse, en totale opposition avec la guerre et ses horreurs.

Beaucoup d’éléments sont suggérés plus que montrés ; un détail, un bruit, suffisent à donner du sens au spectateur : le vélo à terre, près de la voiture ; la pancarte « partis mais pas oubliés » à l’endroit où se tenaient les lits de ceux qui sont morts.

 

Au final, un film de guerre où cette dernière reste presque tout le temps lointaine, voire inexistante : une page illustrée des mémoires de Wellman qui se rappelle ces jeunes hommes qui ont frôlé ou trouvé la mort avec lui. Et si les noms ont été changés (3), il suffit d’aller à Marnes-la-Coquette (92), où se situe le mémorial de cette escadrille, pour voir les noms de ceux qui sont morts pour elle, et donc pour la France.

 

Je ne pourrai pas terminer sans parler d’un jeune acteur encore méconnu et qui interprète George « Yale » Moseley : Clint Eastwood. C’est l’année suivante (1959) qu’il sera (enfin) connu du grand public avec la série Rawhide.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?
  2. Eh oui, encore la rédemption…
  3. « Toute ressemblance… », apparaît au générique dès le début.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie musicale, #Alan Parker
Fame (Alan Parker, 1980)

Quatre ans.

C’est la durée de l’enseignement que reçoivent les élèves à  la Fiorello H. LaGuardia High School of Music & Art and Performing Arts de New York.

Ils dansent, chantent, jouent la comédie en rêvant d’un futur de star.

Mais il ne faut pas se leurrer, seule une infime poignée arrivera tout en haut, tandis que beaucoup galéreront, ou abandonneront.

 

C’est une très belle mise en abyme que signe ici Alan Parker, déplaçant sa caméra non pas de l’autre côté de l’écran, mais de l’autre côté de la célébrité. Nous suivons ici de jeunes gens pendant leurs quatre année d’études intensives, de l’audition d’entrée au spectacle de fin de cycle, juste avant de partir affronter le vrai public, celui qui juge et qui n’est pas souvent bienveillant.

C’est d’ailleurs le premier point expliqué à toutes ces stars en devenir : ce sera très dur, et beaucoup devront revoir leurs prétentions à la baisse voire tout laisser tomber.

Et bien sûr, chaque professeur de chaque discipline dispute aux autres sa matière comme la plus difficile (et donc la plus noble, mais ça, c’est de moi).

 

Dès les premières images, nous sommes dans l’ambiance, celle qui ne va nous quitter qu’une fois le rideau fermé, ou plutôt au noir final.

C’est une effervescence continuelle qui se nourrit des différents arts étudiés, où chacun se livre progressivement jusqu’à l’apothéose finale : une véritable communion musicale où chacun, au moins ce soir là, sera la reine ou le roi de la fête.

Mais pour y arriver, il faut plus trouver la recette chez Churchill (le 13 mai 1940) que chez Shakespeare, Bach ou Nijinski : « du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. »

Si le sang n’est pas le plus visible, le reste l’est beaucoup, ce qui amène des situations qui n’ont rien de glorieuses, et virent même au sordide.

 

Cette école, pour prestigieuse qu’elle soit, accueille des jeunes gens de conditions et origines fort différentes : Leroy (Gene Anthony Ray) qui vient de Harlem et qui ne sait pas très bien lire ; Coco (Irene Cara), qui n’ose pas avouer d’où elle vient ou se fait berner par un prétendu casting ; Ralph Garci (Barry Miller), ou plutôt Raoul Garcia, un Portoricain qui vit avec sa mère et ses deux sœurs ; Doris (Maureen Teefey), juive et dominée par sa mère et qui rêve de sortir de ce son carcan… Et bien sûr, la gosse de riche, Hilary van Doren (Antonia Franceschi), mais qui est douée dans son domaine, la danse.

 

Pas étonnant alors qu’on voit les différents protagonistes en proie à des obstacles de la vie. Et Parker ne fait pas l’impasse sur cet aspect : le monde du spectacle est un monde où il faut laisser ses soucis en entrant, pour les retrouver quand on en sort. Mais ce qui semble acquis chez les stars reconnues ne l’est pas du tout pour ces apprentis.

C’est la sœur de Ralph, agressée par un junky, le ghetto de Leroy ou encore l’avortement inévitable si on veut percer jeune dans ce milieu. Ce dernier cas est l’un des moments forts du film, parce qu’on ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe : c’est un milieu où l’illusion est de mise, alors quand la réalité s’installe, elle prend une dimension plus dramatique.

Mais à mon avis, la scène la plus emblématique du film est celle qui voit Doris, Ralph et Montgomery (Paul McCrane) attablés quand le serveur vient prendre leur commande : ce serveur est un ancien de l’école, parti pour Hollywood son diplôme à peine obtenu et qui doit, pour survivre entre deux cachets, servir pour gagner sa pitance.

 

Et puis il y a la musique de Michael Gore, qui entraîne les différents protagonistes dans des numéros époustouflants, mettant en valeur la voix d’Irène Cara, mais pas seulement : c’est à chaque fois un grand élan de générosité qui nous ravit et nous emporte bien loin de toutes ces autres dimensions plus terre à terre que la vie « réelle » apporte.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks, #Victor Fleming
Paria de la Vie (The good Bad-Man - Allan Dwan, 1916)

Passin’ Through (Douglas Fairbanks) est un bandit singulier.

Un jour il attaque un train d’or et repart avec la poinçonneuse du contrôleur ; un autre, il vole des victuailles dans une épicerie qu’il va ensuite offrir à un jeune garçon orphelin ; etc.

On pourrait continuer à raconter longtemps les exploits de Passin’ Through (1), s’il n’était pas recherché par le marshall Bob Evans (Pomeroy Canon) : voler des victuailles, même pour une raison noble reste un délit.

Un jour, il fait la connaissance de la jeune et jolie Sarah May (Bessie Love), qui vit près du repaire de l’infâme Bud «  The Wolf » Frazer. Ce dernier a l’intention d’épouser la jeune fille, et ne voit pas d’un bon œil le rapprochement entre ce bandit de passage et celle qu’il s’est promise.

 

Avec ce film, c’est un tandem qui se reforme et se retrouvera dans quelques autres films : Douglas Fairbanks et Allan Dwan. Fairbanks en est encore à ses débuts de star de cinéma, alors que Dwan n’est pas à son premier film, ayant commencé à réaliser cinq ans plus tôt, dont beaucoup de courts-métrages, ce qui fait une somme vu qu’à cet époque, les tournages étaient plutôt rapides.

Ce film est aussi la première incursion de Fairbanks dans l’écriture puisque l’intertitre de présentation nous apprend qu’il a conçu cette histoire.

On peut alors comprendre pourquoi le scénario est un tantinet bancale, passant d’une situation absurde – le bandit qui vole les commissions ou une poinçonneuse (et d’autres choses) – à une sombre histoire de vengeance.

On retrouve dans cette première partie ce qui fera le sel de son premier film en tant que réalisateur, l’inoubliable Mystery of the leaping Fish (qui sort à peine deux mois plus tard) dans lequel on retrouve la belle Bessie qui n’a encore que 17 ans (2).

 

J’aurais tendance à dire que ce film est un premier jet si on le compare avec la collaboration future entre Fairbanks et Dwan. Le scénario pêche, comme je l’ai dit, mais sa première partie est tout à fait dans le ton des futures comédies dans lequel Douglas F. va exceller. De plus, on y voit une volonté de chevauchée avec l’indispensable bond pour se mettre en selle comme on le verra souvent par la suite.

En outre, derrière la caméra se trouve un jeune homme qui va lui aussi aller loin (mais malheureusement pas assez longtemps) : Victor Fleming, qui a alors 25 ans. (3)

A ces prises de vue audacieuses (de jolis plans rapprochés voire gros), ajoutez un montage dynamique qui amène une tension indispensable au film et son intrigue, et vous avez un film qui n’est au final pas si mineur que ça.

 

Une de ces curiosités comme on en trouvait beaucoup dans ce cinéma américain des années 1910s où l’expérimentation était aussi importante que le reste, où chacun essayait de maîtriser ce qui allait véritablement devenir un art et qui va toujours se perfectionner jusqu’à l’arrivée du parlant, une dizaine d’années plus tard.

Mal(?)heureusement, il ne s’agit pas de la copie originale de 1916, amis d’une restauration d’après la version qui fut reprise, avec de nouveaux intertitres, dont une copie subsiste à la Cinémathèque française.

 

A voir, donc.

 

PS : on n’échappe malheureusement pas au « mauvais Indien » qui tente d’abuser de la jeune fille. Heureusement, elle est sauvée par notre héros.

Ce stéréotype raciste aura la vie dure, hélas ! Et ce malgré The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année. 

 

  1. Littéralement : « qui passe à travers », un nom pertinent pour un bandit qui ne se fait jamais attraper.
  2. Elle aura 18 ans le 10 septembre.
  3. C’est Douglas Fairbanks l’aîné de tous ces jeunes gens, il va sur 33 ans et Dwan en a 31. A noter la présence du « vétéran » Sam de Grasse (40 ans) qui tournera lui aussi plusieurs fois avec Fairbanks et/ou Dwan.

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford
Sur la Piste des Mohawks (Drums along the Mohawk - John Ford, 1939)

Alors que la Guerre d’Indépendance vient de commencer, Gilbert « Gil » Martin (Henry Fonda) part s’installer avec sa jeune épouse Lana (Claudette Colbert) dans la vallée de la rivière Mohawk (1).

Passé le choc culturel lors de leur arrivée en territoire sauvage, Lana – citadine habituée à vivre richement – s’accommode de cette nouvelle vie sur la Frontière (voir plus bas), et rapidement une naissance s’annonce. Malheureusement, c’est la période choisie par les Anglais et leurs alliés Cherokees pour attaquer ces colons américains qui rêvent d’indépendance : leurs maison et récoltes sont détruites par le feu et Lana perd l’enfant.

Et la guerre continue.

 

Nous sommes à peine six mois après la sortie de Young Mister Lincoln où Henry Fonda tournait pour la première fois avec John Ford, et moins d’un an après celle de Stagecoach qui est sa première collaboration avec John Wayne. Autant dire que cette année 1939 est faste pour Ford qui signe alors trois films inoubliables qui apportent chacun leur contribution à la recréation de l’Ouest américain, celui qu’on appelle lointain (« far » West).

On ne peut parler de western original tant ce genre a été exploité – et l’est encore de nos jours – mais plutôt de western originel : en effet, Ford dispose son intrigue sur cet endroit qu’on appelle La Frontière.

 

La Frontière, c’est la limite occidentale qu’ont atteint les colons venus de Nouvelle Angleterre, à la recherche d’une terre accueillante et suffisamment riche pour s’y installer et prospérer. Autant dire que cette Frontière est la limite de la civilisation – dans le sens chrétien du terme : les Indiens, malgré leur occupation antérieure de ce grand pays, y sont considérés comme des païens, et le seul qui trouve grâce aux yeux de ces colons, c’est Blue Back (Chief Big Tree, habitué des productions fordienne) parce qu’il est chrétien (2).

Mais surtout cette frontière est l’occasion pour John  Ford d’installer son microcosme aux personnages pittoresques, élément indispensable de son cinéma.

 

Outre nos deux jeunes mariés, on y trouve des femmes fortes qui ne se laissent pas abattre, ainsi que quelques protagonistes hauts en couleur, dont le propre frère de John, Francis Ford (Joe Boleo), dans un rôle qui ressemble à un trappeur – parmi les plus grands artisans de la progression de la Frontière – ne parle pas beaucoup mais boit sans spécialement avoir soif. Il n’est d’ailleurs pas le seul, et cela malgré les regards un tantinet réprobateurs du pasteur local, le révérend Rosenkrantz (Arthur Shields, autre habitué du maître). Ce pasteur lui-même n’est pas sans caractère, mélangeant allègrement les Ecritures et la vie quotidienne de la communauté.

 

C’est d’ailleurs cette communauté qui est la véritable héroïne de ce film tant nous assistons à une communion et une solidarité fortes entre ces hommes et ces femmes qui se battent contre les éléments (la tempête, le froid…) autant que contre les ennemis de ce qui va devenir leur pays : quand le film se termine et que la guerre est finie, on hisse au plus haut le drapeau de ce nouveau pays pour lequel ils ont combattu et pour lequel certains d’entre eux sont morts.

Et comme toujours chez Ford, nous avons droit à une séquence de danse, dont le prétexte ici est un mariage, mais que nous n’apprenons qu’une fois les festivités commencées : encore une fois, le mariage n’est pas le centre de l’histoire, ni ne signifie la fin du film.

D’ailleurs, le premier mariage qui ouvre le film est vite expédié, les amoureux s’en allant directement de la cérémonie à leur nouvelle habitation, plus loin dans l’Ouest.

 

Bien sûr, la place des femmes est toujours primordiale, comme on pourra le vérifier dans les autres films de Ford : si Lana, fraîchement arrivée de la ville est découragée et fortement déçue par cette nouvelle vie, cela ne dure pas et c’est quand Gil sera à son tour découragé et désespéré qu’elle se révèlera une femme fordienne à part entière : une femme forte et résolue, qui ne s’en laisse pas compter par les hommes, aussi forts et résolus qu’ils soient.

Evidemment, la femme la plus forte dans le film est la veuve Mc Klennar (Edna May Oliver) qui annonce certains rôles que tiendra Mildred Natwick dans les films à venir de Ford. Edna May Oliver n’était pas à son coup d’essai dans ce genre de rôle : on se souvient de sa prestation dans le rôle de la Tante March dans Les quatre Filles du Dr. March six ans plus tôt. Il paraît évident qu’un jour Lana sera de la même trempe que son aînée qui en fera, bien évidemment son héritière, l’ayant toujours considérée comme la fille qu’elle n’a pas eue.

Et d’une manière générale, ce sont tous ces « petits » rôles (petits dans leur dimension parlée, mais indispensables au film) qui font tout le sel de cette communauté. Il n’est alors pas étonnant d’y trouver beaucoup d’acteurs fidèles au maître : Russell Simpson, Mae Marsh et l’indispensable Jack Pennick.

 

Bref, un film jalon dans la carrière de John Ford, et qui a tendance à être oublié et rabaissé par rapport aux deux autres qui sont sortis cette même année, mais qui marque le début de ce pays qui n’a pas seulement accueilli les personnages qu’il a pu faire évoluer dans ses films, mais lui aussi, fils d’émigrants irlandais installés sur la côte Est.

Ce film, d’une certaine façon donne une origine à ce que nous connaissons sous le nom de Western : nous y trouvons les éternels grands espaces peu hospitaliers, peuplé des ces Indiens qui ne seront pas toujours des ennemis, et qui verront se développer nombre de ces communautés de migrants venus chercher un monde meilleur, cette nouvelle « Terre Promise ».

C’est le film qui annonce le reste de l’œuvre de Ford dans l’Ouest jusqu’à L’Homme qui tua Liberty Valance (1962), film jalon final, marquant le triomphe de la civilisation sur l’Ouest sauvage et donc la fin de cette Frontière.

 

  1. Encore une fois, nous avons un bel exemple de traduction (très) approximative : alors que le titre original parle de « tambours le long de la rivière Mohawk », nos amis traducteurs ont pluralisé le nom. Est-ce dû à une ignorance en rapport avec cette rivière ? Très certainement, si vous voulez mon avis. Quand ce film est enfin sorti sur les écrans français, la guerre n’était pas encore terminée et la traduction d’un titre n’était pas à proprement parler une priorité.
  2. Cet Indien est tout de même un drôle de paroissien comme en atteste ses différentes interventions dans ce qui sert d’église.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #King Vidor, #Audrey Hepburn
Guerre et Paix (War and Peace - King Vidor, 1956)

1805-1812 : les Guerres napoléoniennes vues de la Russie éternelle, à travers les yeux de trois « jeunes » gens : Pierre Bezoukhov (Henry Fonda), Andrei Bolkonski (Mel Ferrer) et surtout la belle Natasha Rostov (Audrey Hepburn).

 

Il s’agit ici « seulement » de la deuxième adaptation cinématographique du roman de Tolstoï, la première étant un muet russe de 1915, et à ce jour la seule qui fut tournée à Hollywood (1).

Il faut dire que le roman de Tolstoï est assez conséquent, à en juger par le script original qui comportait cinq cents pages environ.

N’ayant pas (encore) lu ce « pavé », je ne me prononcerai pas sur la fidélité de cette adaptation, et de toute façon, au cinéma, tout est permis…

Même de prendre Henry Fonda pour interpréter Pierre, malgré son âge avancé par rapport à son personnage : Pierre n’a qu’une vingtaine d’années alors que Fonda en a déjà cinquante et un quand le film sort. Il en va de même pour Audrey Hepburn et Mel Ferrer, même si la différence est moins importante.

 

Le film s’inscrit dans une vague de superproductions plus ou moins internationales, de ces grandes fresques au souffle épique, et en cette même année, les spectateurs pourront aussi voir entre autres Les dix Commandements de Cecil B. DeMille (octobre), ou encore Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy (décembre). Et au vu de la distribution, on comprend facilement pourquoi ce film fut classé dans la rubrique films étrangers : la distribution et l’équipe technique comprennent essentiellement des acteurs et techniciens italiens.

 

Autant le dire tout de suite, le film partage avec le roman son ampleur : trois heures vingt qu’on sent passer et qui peuvent rebuter, ou du moins qui n’encouragent pas à le visionner souvent (et si on considère que 3 h 20 représentent 200 minutes...) !
Et je ne parle pas des vingt-cinq minutes supplémentaires qui furent présentées aux spectateurs de l’époque, ces 25 minutes ayant été supprimées pour une exploitation ultérieure à la télévision et en DVD.

Il est clair que le film de Vidor est un véritable pavé lui aussi, et qu’on n’y trouve pas vraiment le souffle épique qu’on aurait espéré y trouver.

Certes, Audrey Hepburn est à chaque apparition un enchantement (la première amène immanquablement le sourire à nos lèvres), mais la surenchère l’emporte sur tout le reste et on frise tout de même l’indigestion, tant cette adaptation est dense et empesée.

 

Même les scènes de batailles n’ont pas l’intensité attendue, l’action s’enlisant aussi profondément que les bottes des soldats pendant la débâcle (2).

On a connu King Vidor beaucoup plus inspiré, et même si le trio de stars en tête d’affiche ne déçoit pas, on se surprend tout de même à bailler.

Et Henry Fonda n’est vraiment plus un jeune premier (3).

 

  1. Enfin presque puisque le film de Woody Allen Love and Death est d’une certaine façon une comédie fortement influencée par l’intrigue de ce roman. De plus, ce film fut considéré comme étranger et concourut dans cette catégorie aux Oscars de 1957.
  2. Qu’elle soit militaire ou résultant de la fonte des neiges.
  3. Il a d’ailleurs reconnu qu’il était un tantinet trop âgé, mais que voulez-vous, il faut bien vivre…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Busby Berkeley, #Policier
Je suis un Criminel (They made me a Criminal - Busby Berkeley, 1939)

Johnnie Bradfield (John Garfield) est un jeune boxeur à l’avenir très prometteur, surtout après son dernier match remporté qui le sacre champion du monde.

Malheureusement, dans la nuit qui suit sa victoire, un journaliste est tué par son manager qui profite de l’inconscience de Johnnie – il avait trop bu – pour s’enfuir avec sa fiancée (Ann Sheridan).

Et comme si cela ne suffisait pas, ces deux traîtres trouvent la mort dans un accident de voiture, mettant Johnnie dans l’impossibilité de se disculper : pire, il est considéré comme mort dans cet accident.

Johnnie va alors traverser une grande partie des Etats-Unis et s’installer dans l’Arizona, chez Grand-Ma Rafferty (May Robson) et sa petite fille Peggy (Gloria Dickson) : elles s’occupent de jeunes garçons ex-délinquants qui travaillent pour se racheter.

 

On connaît surtout Busby Berkeley pour ses chorégraphies, dont plusieurs avec la sirène Esther Williams, mais c’est négliger le fait qu’il savait tout simplement faire des films. Et cette intrigue qui mêle la boxe, le crime et la justice, dans un décor de Dépression de l’entre-deux guerre, comme le rappellent les titres des journaux, ainsi que l’errance qui mène Johnnie à la maison Rafferty où il est pris pour un énième vagabond.

Bien sûr la boxe prend une place centrale dans ce film, mais c’est surtout ce grand mensonge qui ronge Johnnie qui nous est montré ici : il doit mentir pour survivre, car s’il est découvert, il risque de finir sa vie en prison à moins que ce ne soit sur la chaise électrique.

 

On retrouve dans ce film le ton qu’avait employé Mervyn LeRoy quand il avait tourné Je suis un évadé (1932), et où Paul Muni était accusé à tort d’un crime qu’il n’avait pas commis. Mais la grande différence ici, c’est que Johnnie ne fait pas de prison puisqu’il est officiellement mort. Mais même si cette mort lui permet de se refaire une autre vie, on ne peut rester insensible à cette injustice qui le frappe. Sans compter sur le vétéran de la police de New York, le détective Monty Phelan (Claude Rains, toujours aussi formidable), qui ne croit pas beaucoup à la mort de Johnnie et va donc le traquer jusque dans les environs de la maison Rafferty. Surtout qu’en plus a lieu des matches de boxe dans lesquels des amateurs viennent se mesurer – contre récompense – contre un champion.

 

Même si Claude Rains a tourné en traînant les pieds, sa performance est toujours impeccable, surtout avec le personnage de Johnnie qu’il est en train de tarabuster afin de le faire sortir de sa retraite. En effet, même si Johnnie change sa posture de combat, Phelan le reconnaît et sait qu’il va se trahir à un moment.

Et encore une fois, même s’il est de la police, il s’installe dans le camp adverse de notre héros, ajoutant à sa liste de rôles un nouveau personnage désagréable…

Encore que…

 

Pourtant, le véritable thème du film, c’est la notion de criminalité. En effet, Johnnie n’est pas un criminel et nous spectateurs le savons. Pourtant il va agir comme tel puisqu’il sait que ses poings peuvent le dénoncer, et surtout qu’ils sont une arme redoutable. Cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête donne raison au titre original plutôt qu’à la traduction réductrice française : Ils ont fait de moi un criminel plutôt que je suis un criminel.

Il est clair que ce sont les circonstances qui l’accusent et comme les seuls qui pourraient le disculper – mais le feraient-ils s’ils étaient encore en vie ? – sont morts, une longue errance solitaire s’annonce, illustrée par un chemin qui évolue sur une carte avec en toile de fond différentes péripéties qui sont, malheureusement, très courantes dans cette Amérique des années 1930s : le voyage sur le toit d’un wagon avant d’y être chassé par un type armé d’une batte de base-ball est un exemple de la situation de nombreuses gens à cette période, et la batte ne servait pas seulement à intimider.

 

Mais étant devenu malgré lui un criminel, il va alors se comporter comme tel : anonymat et prudence sont ses seules armes. Et quand il arrive enfin chez les Rafferty, le destin consent enfin à lui donner un coup de pouce : lentement, progressivement, il va gagner la confiance des deux femmes, son charme ne laissant pas insensible la belle Peggy (1).

Et puis il y a les jeunes garçons qui vont recevoir de Johnnie et dans le même temps beaucoup lui donner. La vie facile du monde des champions n’est plus qu’un souvenir, et Johnnie, grâce à ces garçons va gagner sa rédemption (2), sortant alors transfiguré de toutes ces épreuves, enterrant définitivement sa vie d’avant.

 

  1. Personnellement, je préfère Ann Sheridan, mais Gloria Dickson s’en sort malgré tout très bien.
  2. C’est toujours pareil avec ces Américains…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Planète des Singes, #Ted Post
Le Secret de la Planète des Singes (Beneath the Planet of the Apes - Ted Post, 1970)

Alors que nous avions laissé Taylor désemparé à la fin du film de Schaffner, Brent (James Franciscus), un nouvel astronaute, se crashe sur la même planète, découvrant alors la domination des singes sur les hommes.

A son tour il sera capturé et aidé par Zira (Kim Hunter) et Cornelius (David Watson). Puis il ira dans la Zone Interdite qui livrera son secret (1).

 

Le film reprend exactement à la fin du premier, quand Taylor (Charlton Heston) découvre la vérité sur son voyage spatial. On y retrouve alors presque tous les acteurs importants du premier film : seul Roddy McDowall manque à l’appel, indisponible.

Et l’absence de ce dernier, avec le recul, joue en sa faveur tant cette suite découlant du roman de Pierre Boulle est décevante.

Encore une fois, une suite ne s’imposait pas (du tout).

 

Certes, les maquillages et décors sont toujours aussi bien, mais cela ne suffit pas. Mais surtout, le décalage entre les humains et les hommes n’a plus la fraîcheur du premier film. En effet, les singes ont rapidement pris le relais des hommes dans une histoire guerrière (explorer la Zone Interdite pour la coloniser).

De plus, les maquillages qui furent l’un des atouts du premier film sont ici moins réussis, malgré la présence des deux tiers de l’équipe du film précédent (2) : certains visages simiesques n’étant pas aussi réaliste que ceux des rôles principaux.

 

Et puis il y a les habitants de la Zone Interdite.

Ces habitants sont le secret  annoncé en titre. A ce propos, le titre original mentionne un déplacement souterrain (3) : Brent s’y réfugie avec la belle (et muette) Nova (Linda Harrison) et découvre à son tour la même vérité que Taylor sur son voyage intersidéral.

Qu’importe, il va avancer dans ce monde dévasté, dont certains éléments amène le sourire au spectateur, montrant des éléments qui lui sont connus.

Par contre, les habitants de la Zone, et malgré leurs pouvoirs, ne sont pas spécialement une heureuse création. Certes ils ont un pouvoir terrible, mais leur culte tourne au ridicule, les chants fleurant bon la fin des années 1960s, avec ses spectacles musicaux (Jesus Christ Superstar, Hair…) qui seront bientôt adaptés à l’écran.

 

On retrouve aussi dans ce film une allusion à la situation intérieure américaine. En effet, alors que les gorilles, menés par Ursus (James Gregory) secondé par le docteur Zaïus (Maurice Evans), marchent vers la guerre, ils sont arrêtés par des jeunes chimpanzés qui leur crient des slogans antimilitaristes avant d’être arrêtés avec en prime la brutalité coutumière de ce genre de manifestation à la même époque dans la vie réelle : on pense alors aux manifestations contre la Guerre du Vietnam où les Américains sont en train de s’embourber.

 

Je terminerai en vous disant que Charlton Heston tient son rôle – de moindre importance que dans l’opus précédent – mais avec la condition sine qua non que Taylor ne survive pas : il n’était déjà pas très chaud pour ce film-ci.

Alors oui, Taylor meurt avant la fin, mais il n’est pas le seul, et on se dit – aujourd’hui – que les scénaristes du troisième film – qui sortira l’année suivante – ont dû effectuer une drôle de pirouette pour trouver une suite à ce film.

 

Mais bien sûr, ceci est une autre histoire.

 

  1. D’où le titre francophone.
  2. John Chambers et Daniel Striepeke.
  3. « Beneath » lit-on sur le titre original, ce qui signifie « en-dessous »

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