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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Jackson, #Heroic Fantasy
Le Hobbit : Un Voyage inattendu (The Hobbit: An unexpected Journey - Peter Jackson, 2012)

Bilbo (Martin Freeman) est un Hobbit paisible dans son trou de la Comté, passant ses journées à manger, faire son jardin, lire et fumer. Un jour, le magicien Gandalf le Gris (Ian McKellen) vient le voir, lui proposant l’aventure de sa vie : reprendre le trésor du royaume d’Erébor, gardé jalousement par le dragon Smaug.

Pour cela, il sera accompagné par des Nains dont le chef Thorin (Richard Armitage) est l’héritier de ce royaume.

 

A peu près dix ans après Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson s’attaque à nouveau à l’univers de Tolkien dont le roman The Hobbit (1937) se situe soixante ans avant.

On y retrouve Bilbo donc, plus jeune et fort peu aventureux, ainsi que certains des personnages de la trilogie : Gandalf donc, Elrond (Hugo Weaving), Galadriel (Cate Blanchett)…

Cette aventure est aussi la base de ce qui sera cette grande épopée qui paraîtra en 1954-55.
C’est bien sûr cet angle qui est privilégié dans le film, amenant des résonnances pour le spectateur averti : découverte de l’Anneau et de son pouvoir ; évocation du combat contre Sauron qui amena la perte de ce même anneau…

Et c’est aussi comme Frodo (Elijah Wood) que Bilbo découvre ce pouvoir, l’Anneau se glissant accidentellement (?) à son doigt.

Bref, nous sommes en territoire connu.

 

Tout comme Le Seigneur, Jackson a scindé son histoire en trois parties, tournées dans la foulée afin d’éviter certains écueils physiques (Christopher Lee mourut un an après la sortie du dernier opus, sa dernière apparition sur grand écran), mais surtout pour maintenir tout le monde dans la même dynamique : laisser passer du temps entre chaque épisode demande une remise en condition couteuse en temps.

Bien sûr, plus que dans la Trilogie de 2001-2003, le scénario prend des libertés avec le roman original, mais comme on le dit toujours, nous sommes au cinéma. Tout comme le Tintin de Spielberg (où Jackson était partie prenante du projet), ce Hobbit retransmet bien l’univers d’héroïque-fantaisie dans lequel baigne le roman.

De plus, Jackson a tourné certaines séquences dans les mêmes lieux que Le Seigneur, nous proposant des images de toute beauté, soutenant magnifiquement son intrigue, lui donnant un cadre des plus réalistes, indispensable à l’adhésion du spectateur.

Et d’une manière générale, les décors – en postproduction très souvent – sont superbes, servant parfaitement cette nouvelle épopée.

 

L’utilisation des personnages présents dans la trilogie (cinématographique) initiale renforce l’importance de cette nouvelle aventure. Certains critiques comparèrent alors cette nouvelle trilogie avec celle de Starwars. D’une certaine façon, le parallèle est évident, mais une grande différence s’impose tout de même : Peter Jackson n’est pas George Lucas. Jackson est beaucoup pus à l’aise dans cet univers et surtout derrière la caméra que ne l’est Lucas, ce dernier évoluant beaucoup plus aisément dans les domaines de la production.

 

Je terminerai en disant que Jackson a donné une teinte un peu plus comique au film, surtout par la présence de certains nains – Bombur (Stephen Hunter), Ori (Adam Brown) – sans pour autant négliger les événements tragiques, ou les scènes de combats spectaculaires.

 

Un régal.

 

 

PS : On notera aussi la présence de Dominic « Dr. Strange » Cumberbatch, dans le rôle (immatériel) du Nécromancien : Cumberbatch était alors associé avec bonheur au même Martin Freeman pour la série Sherlock Holmes, qui se prolongera jusqu’en 2017.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Je suis un Aventurier (The far Country - Anthony Mann, 1954)

Rien à voir avec la chanson de Dutronc (qui lui est postérieure d’une quinzaine d’années), ce western d’Anthony Mann nous ramène dans un Ouest américain des plus sauvages : entre l’Alaska (Skagway) et le Yukon (Dawson City), là où la Loi et son représentant ne font qu’un, Washington étant bien loin pour aller vérifier…

Jeff Webster (James Stewart) et Ben Tatum (Walter Brennan) débarquent à Skagway avec leur troupeau et – crime impardonnable – perturbent une double pendaison commandée par le juge Gannon (John McIntire). Condamné puis relâché après avoir vu son troupeau confisqué, Jeff accepte la proposition de Ronda (Ruth Roman) de l’emmener à Dawson City. De nuit, il récupère son troupeau et va le vendre là-bas.

Mais Gannon et ses hommes l’ont suivi.

 

C’est déjà le sixième film que Mann et Stewart tournent ensemble (il y en aura encore deux), et on retrouve quelques éléments de Bend of the River (1952) où il est déjà question de gens ayant tout abandonné pour fonder autre chose plus loin.

Mais alors que James Stewart avait un rôle de gentil (1), ici, il est beaucoup plus nuancé (2), un peu misanthrope s’il n’y avait pas à ses côtés le vieux Ben, compagnon fidèle et inséparable. Et encore une fois, on retrouve Walter Brennan dans un rôle de papy un tantinet bourru, même s’il n’est pas aussi vindicatif que chez Hawks (Rio Bravo par exemple…).

Jeff n’est pas le seul personnage complexe de cette histoire : Ronda n’est pas ce qu’on peut appeler une femme très recommandable : partout où elle passe, elle ouvre un saloon qui profite de son implantation solitaire pour plumer les prospecteurs, n’ayant pas la possibilité de se fournir ailleurs. De plus, son association avec Gannon – à Skagway tout du moins – est des plus troubles.

 

Gannon n’est pas un juge ordinaire comme on pouvait en trouver dans les grandes villes américaines à la fin du 19ème siècle : l’éloignement et la rudesse du climat décourageant très certainement quelque représentant d’aller voir comment la Loi est appliquée.

Surtout que Gannon est ce qu’on peut appeler un juge pittoresque : buvant sec et régissant son comté d’une main de fer, c’est donc pendant une pendaison que nous le découvrons.

Mais dès sa rencontre avec Jeff, le ton est donné : avoir perturbé la pendaison est un crime grave, plus que d’avoir tué quelqu’un !

On retrouve alors dans ce juge un héritier de Roy Bean, Officier de justice à l’Ouest du Pecos (3). Gannon arrange la Loi pour la faire sienne, condamnant ou acquittant selon ses intérêts.

 

Mais bien sûr, il n’est pas seul et parmi les nombreux hommes de mains (de gâchettes, plutôt), on trouve un magnifique méchant : Madden (Robert J. Wilke). Arrogant, impudent et rapide au pistolet, le spectateur n’a qu’une envie : celle de le voir mordre définitivement la poussière

(4).

Autre méchant singulier, Frank Newberry est interprété par l’un des plus singuliers seconds rôles du cinéma américain : Jack Elam. Reconnaissable à son regard, il a encore une fois un rôle du côté obscur, et lui non plus n’arrivera pas jusqu’à la fin du film.

 

Mais heureusement, il y a aussi les prospecteurs, ceux qui ne manient pas très bien les armes à feu et donnent une teinte colorée aux habitants de cette ville en devenir (Dawson City). On y retrouve un trio de chanteuses qui tient en même temps le premier saloon du coin, avant d’être supplantées par Ronda. Et puisqu’on en est aux personnalités, on retrouve parmi elles une grande dame des seconds rôles : Kathleen « Penguin » Freeman.

On trouve aussi (bien sûr) un poivrot qui avait promis d’arrêter de boire, Rube (Jay C. Flippen). Mais si ce rôle a un côté comique au début, avec la situation qui pourrit à Dawson, il en devient tragique et ne doit son salut qu’à Jeff.

 

Quoi qu’il en soit, Anthony Mann signe ici un magnifique western (encore un), donnant à son personnage principal une teinte particulière : alors que James Stewart est catalogué parmi les gentils du cinéma – et pas seulement dans les westerns – le rôle de Jeff le rend plus inquiétant, pour les gens qui le rencontrent tout comme pour le spectateur. C’est un rôle tout en nuance qui tranche un peu avec les codes manichéens habituels : d’un côté le héros (vertueux, bon, justicier) et de l’autre le(s) méchant(s).

Jeff reste du bon côté, mais son attitude égoïste le laisse longtemps à l’écart de ce qu’il se passe autour de lui. Et ce n’est que quand son propre intérêt sera menacé qu’il acceptera le rôle de justicier.

Et une question se pose : s’il n’avait pas été menacé par Gannon, aurait-il participé au nettoyage de la ville ? Je ne le pense pas, mais n’oublions pas qu’il s’agit de James Stewart, et qu’on ne pouvait pas laisser partir son personnage alors que les méchants triomphaient.

 

 

  1. Peut-il en être autrement ?
  2. Tiens, oui.
  3. Si Roy Bean fut un homme qui a réellement existé, je vous renvoie plutôt à l’album qu’en tirèrent Morris et Goscinny (1959), la violence en moins.
  4. Rassurez-vous, ça arrivera.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #François Truffaut
Le dernier Métro (François Truffaut, 1980)

Paris, septembre 1942.

Les Allemands occupent la ville et les lieux de spectacles survivent malgré les privations et surtout la censure omniprésente, influencée entre autres par l’infâme Daxiat (Jean-Louis Richard), critique théâtral à Je suis partout, cette ignoble feuille de choux antisémite.

Au Théâtre Montmartre, c’est Marion Steiner (Catherine Deneuve) qui a succédé à son mari Luka (Heinz Bennent), interdit d’activité puisque juif.

Arrive dans ce théâtre le jeune acteur Bernard Granger (Gérard Depardieu), pour interpréter un rôle dans une pièce dirigée en sous-main par Luka, réfugié (secrètement, cela va de soi) dans la cave du théâtre.

 

Rater le dernier métro a toujours été mauvais signe : c’était l’occasion (mauvaise) de rentrer à pied chez soi, et pour peu que la pluie tombât, cela devenait un véritable supplice.

Mais en 1942, c’était  encore pire car s’ajoutait la possibilité d’être raflé par (au choix) les soldats allemands qui étaient (presque) les seuls autorisés à circuler à toute heure, ou la Gestapo, je devrai dire les Gestapos, allemande et française.

Une époque bien trouble en vérité, comme on peut le lire souvent à propos de cette période.

 

Ici, François Truffaut (1) Suzanne Schiffman et Jean-Claude Grumberg adaptent un épisode de la vie de la danseuse Margaret Kelly Leibovici (1910-2004) qui cacha pendant quelques années son mari Marcel Leibovici de la Gestapo (encore elle).

C’est une très belle histoire, portée par des interprètes de talent, mais on ne peut s’empêcher de trouver que quelque part, ça sonne faux. Et pourtant, Truffaut n’apparaît pas, ni ne parle…

Le thème central – la survie du théâtre – amène une mise en abyme permanente, qui malheureusement nuit à la reconstitution du Paris des années d’Occupation. La seule séquence qui semble avoir réellement été tournée en « extérieur » (2) se situe d’ailleurs dans le métro !

Pour le reste, nous sommes à chaque fois en intérieur ou presque.

Et c’est bien dommage parce que cela amène une artificialité qui nuit au film. Et pourtant, ce film eut un grand succès, raflant maintes récompenses (10 Césars). D’un autre côté, comme le rappelle régulièrement ce même professeur Allen John, en 1939, La Chevauchée fantastique n’a reçu que deux Oscars pendant qu’Autant en emporte le Vent en raflait 10… Mais ceci est une autre histoire.

 

Et pour le reste, la pièce jouée – la Disparue – a des résonances contemporaines (pour l’intrigue) qui nous amènent à penser que ce qui se joue sur la scène se joue aussi dans la vie réelle, c’est-à-dire celle de 1942-43. Et Truffaut va jusqu’au bout dans cette idée, jouant de la limite ténue entre l’intrigue du film et celle de la pièce pour amener une légère confusion chez le spectateur.

Et en fin de compte, on en arrive à douter de tout ce qu’on voit, et la séquence finale en est un bel exemple, même si les ficelles sont un tantinet grossières.

Reste un film agréable, mais où le jeu de certain(e)s interprètes a tendance à lasser voire pire.

Et la scène cruciale qui voit Luka enfin sortir à la lumière est gâchée par un mur sur lequel ce dernier s’appuie : il s’enfonce comme s’il s’agissait d’un décor de cinéma.

 

Ah mais oui, nous sommes au cinéma…

 

  1. Passez votre chemin, professeur Allen John : à demain.
  2. Hum…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Comédie dramatique, #Joel Coen, #Ethan Coen, #Steve Buscemi
Fargo (Joel & Ethan Coen, 1996)

« Jeez ! » et « Oh yeah ? » sont certainement les deux expressions les plus usitées dans ce film des frères Coen. On a beau avoir une collection de personnages tous plus différents les uns des autres, on en revient toujours à ces mêmes deux expressions marquant l’étonnement.

C’est aussi ce qu’on pense en suivant ce film policier fortement teinté d’humour – noir la plupart du temps.

 

Jerry Lundegaard (William H. Macy) a cruellement besoin d’argent que son beau-père Wade Gustafson (Harve Presnell) refuse de lui prêter. Il imagine alors un faux enlèvement de sa femme (Kristin Rudrün) par un duo de truand particulier : Carl Showalter (Steve Buscemi) et Gaear Grimsrud (Peter Stormare).

Pour être particuliers, ces deux personnages le sont tellement que les cadavres se multiplient à leur contact. Ils se retrouvent alors recherchés par la cheffe Marge Grunderson (Frances McDormand, Mme Joel Coen à la ville).

 

Autant vous dire que l’intrigue principale n’est pas la chose la plus importante : ce sont surtout ces différents protagonistes qui nous intéressent le plus, et les deux truands en particulier.

Il faut dire que Buscemi et Stormare forment un couple absolument improbable et c’est pour cela qu’il fonctionne. En effet, on a une association de type Laurel et Hardy mais dans un registre beaucoup plus noir : Carl est un bavard alors que l’autre prononce une cinquantaine de mots dans tout le film (18 répliques) ; Carl est un petit nerveux quand Gaear est un faux calme… Bref, on ne peut rêver meilleur couple aussi dissemblable.

 

Et comme c’est aussi un film policier, on a des cadavres dont le nombre augmente au fur et à mesure que le film avance, avec ce qu’il faut d’hémoglobine pour faire vrai : le sang gicle des blessures et surtout salit les vêtements.

Mais le plus étonnant quant à la présence du sang, c’est que nous sommes dans le Minnesota en pleine hiver et que pas une seule fois la neige n’est teintée.

Mais le pire (vraiment ?), c’est qu’on ne peut s’empêcher de rire de cette intrigue absolument absurde : l’accumulation dans l’horreur n’a aucune limite puisqu’à un moment, l’un des personnages (je ne vous dis pas lequel, vous irez voir) en vient à utiliser un broyeur de végétaux pour faire disparaître un corps !

 

C’est absolument délirant, mais surtout, le paysage hivernal donne une dimension irréelle qui force à l’humour. Les différents éléments du décor se fondent dans le blanc de la neige, comme pour une surexposition. Nous avons alors de très belles images rappelant certains tableaux abstraits sur lesquelles se dégagent quelques éléments identifiables, mais perdus au milieu de tout ce blanc.

Dès lors, il est très difficile de prendre cette histoire bien au sérieux, surtout avec de tels interprètes. Si le couple Buscemi/Stormare est magnifique, il ne faut pas oublier William H. Macy en concessionnaire escroc (pléonasme ?) et surtout Frances McDormand qui elle aussi ne prend rien au tragique, son attention restant sur sa propre vie avec Norm (John Carroll Lynch)  la peinture et surtout leur enfant à venir (encore 2 mois).

 

Bref, un film absolument étonnant où chaque actrice, chaque acteur, interprètent un personnage qui semble fait pour lui, le tout avec un accent du Minnesota à couper au couteau, égrenant les deux répliques mentionnées en début d’article.

Bref, un film devenu culte depuis, ce qui n’est absolument pas volé, et qui se situe juste avant un autre film incroyable des mêmes frères : The big Lebowski.

 

Un pur plaisir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cecil B. DeMille, #Aventures
Four frightened People (Cecil B. DeMille, 1934)

Alors qu’on envoie par le fond un marin mort de la peste bubonique, quatre passagers s’échappent à bord d’une chaloupe rudimentaires : le chimiste Arnold Ainger (Herbert Marshall), le reporter Stewart Corder (William Gargan), la riche oisive à chienchien Mrs Mardick (Mary Boland) et la professeure Judy Jones (Claudette Colbert).

Mais alors que les trois premiers se sont entendus pour s’échapper, il n’en va pas de même pour la jeune femme qui fut emmenée contre son gré.

Ces quatre personnes se retrouvent alors en pleine jungle malaisienne, conduites par Montague (Leo Carillo), un guide original qui porte cravate anglaise sur son torse nu.

Ce sont elles, ces quatre personnes qui ont peur comme nous le dit le titre.

 

Alors que la MGM engrange de fabuleuses recettes suite au premier Tarzan et qu’un nouvel épisode va sortir trois mois plus tard, que la RKO a présenté l’année précédente l’incroyable King Kong, il était temps que la Paramount propose à son tour quelques aventures exotiques. C’est donc Cecil B. DeMille, réalisateur vedette qui s’y met et nous propose cette aventure extraordinaire de gens plutôt ordinaires (1). Et quinze ans après Male and Female, il retourne dans une île où sont d’une certaine manière prisonniers quatre ressortissants américains loin de tout : de la mer, des hommes, de la civilisation.

Mais encore une fois, si ces gens sont loin de tout, les codes sociaux ont tout de même tendance à résister, les fréquentations inter-classes n’étant pas toujours de mise. C’est pourquoi dans la première partie, Judy, simple enseignante, est à peine considérée, voire rabrouée à chaque initiative.

 

Mais encore une fois chez DeMille, cette femme effacée va se révéler et faire marcher son monde à la baguette : alors que Mrs Mardick est emmenée par des indigènes, elle se retrouve seule femme avec ces deux mâles (2), qui découvrent, alors qu’elle se baigne sous une cascade, que cette jeune femme n’est pas si insignifiante que cela… Et surtout qu’elle possède certains arguments invisibles au premier contact…

Et comme c’est Claudette Colbert, on sait bien que révéler ses charmes n’était pas un grand problème pour elle : le film suivant de Cecil B. (3) la verra à nouveau peu vêtue…

Et quand le film sort, le Code Hays n’est pas encore entré en vigueur.

 

Si nous sommes dans une comédie (entendre : une histoire qui se termine bien), nous sommes bien loin de Male and Female, si ce n’est une libéralisation des mœurs. Tout comme Crichton (Thomas Meighan) était attiré par sa patronne Mary (Gloria Swanson), rompant alors les convenances sociales de la grande ville, Ainder est attiré par Judy alors qu’il est marié par ailleurs. A nouveau les liens se relâchent : la chair est faible, que voulez-vous.

Mais une fois le retour à la civilisation effectué, ce couple ne peut plus exister et le dilemme se posera pour le chimiste, qui devra choisir : l’épouse qui l’a attendu (pas très) patiemment, ou l’amante avec qui il a vécu des moments forts (il a même reçu une flèche dans le bas du dos (4). Cela nous donnera une dernière occasion de (sou)rire : le programme des différentes stations de radio.

 

Bien sûr, Claudette Colbert est magnifique dans ce rôle de femme qui se révèle : aux autres mais surtout à elle-même. Et c’est quand elle casse ses lunettes qu’elle ouvre enfin les yeux ! Et dans le même temps, les deux hommes eux aussi les ouvrent : comment ont-ils pu être si aveugles pendant tout ce temps ?

Mais cette révélation n’est possible que grâce à l’autre femme : Mrs Mardick se « sacrifie » pour les autres et accepte de suivre un chef indigène (Tetsu Komai). Et Mary Boland interprète certainement le personnage le plus comique du film, amenant même une révolution dans la tribu où elle est emmenée. Et ce rôle comique était de toute façon annoncé dans la présentation des personnages, au tout début du film, à la façon des films muets : un petit intertitre de présentation suivi d’un plan de chaque protagoniste.

 

DeMille dose avec son habileté coutumière tous ses ingrédients pour faire de ce film un succès – avec surtout les scènes déshabillées qui vont beaucoup plus loin que dans King Kong – mais cet avantage prendra fin quand trois mois plus tard va sortir Tarzan et sa Compagne, dernier  film à présenter aussi ouvertement la nudité, dans un ballet aquatique des plus subtils.

 

 

  1. Encore que. DeMille est bien connu pour ses comédies avec des personnages un tantinet aristocratiques.
  2. Terme on ne peut plus pertinent.
  3. Cleopatra (1934). Rappelez-vous aussi The Sign of the Cross (1932)
  4. Pas trop bas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters
Lost Identity (Wrecked - Michael Greenspan, 2010)

C’est nébuleux. Noir, puis avec des reflets rouges, pendant que quelques éléments de générique s’affichent difficilement, les inscriptions tremblotant. Puis la lumière arrive sur un œil qui s’ouvre : on comprend alors l’obscurité de l’introduction. Quant au rouge, il s’explique par la présence du sang sur un visage : c’est un homme (Adrien Brody) qui vient d’ouvrir les yeux.

 

Il est coincé dans une voiture, au milieu de nulle part, en pleine forêt d’Amérique du Nord.

Coincé par le tableau de bord et sa jambe en dessous, l’os fracturé.

Une fois ses esprits repris, il se rend compte qu’il ne se souvient de rien, et que les hommes – morts – qui l’accompagnent lui sont absolument inconnus.

Puis il trouve un pistolet. Et une carte de parking avec un nom dessus : Raymond Plazzy.

Et quand la radio (qui fonctionne) annonce qu’on recherche ce même Plazzy pour un hold-up meurtrier, cet homme sent que sa situation est pire que ce qu’il imaginait.

 

Deux parties dans ce film : dans la voiture et dehors, dans des proportions relativement similaires. Deux parties mais un seul homme, accidenté et très endolori. On pourrait presque parler de huis clos, mais comme à un moment, la portière s’ouvre et qu’il réussit à sortir…

Mais malgré tout la solitude s’installe, dérangée par quelques créatures qui vont et viennent : un renard, un chien, un puma et une femme (Caroline Dhavernas). Mais malgré tout ce monde, l’homme est seul avec sa douleur et son désespoir.

Michael Greenspan reste toujours au plus près de cet homme, alternant plans (très) rapprochés et caméra subjective, nous faisant ressentir ces (ses ?) différents instants où chaque étincelle d’espoir s’éteint à cause d’une réalité implacable et aussi froide que l’atmosphère.

 

Et malgré tous ces éléments plus ou moins hostiles et sa solitude toujours plus prenante, autour des cadavres de ses compagnons d’infortune (1), nous allons assister à un retour à la vie. Une fois la vue rétablie et le toucher revenu (avec la douleur, hélas), ce sont les autres sens qui vont s’y mettre : l’odeur de putréfaction  (dans sa blessure, mais on peut imaginer aisément ailleurs), et le goût dû aux besoins naturels : manger et boire. Sans oublier un autre besoin naturel : expulser (le liquide).

Adrien Brody est magnifique dans ce rôle anonyme. C’est une succession de regards qui nous est offerte, les mots n’ayant d’utilité que parce qu’il est désespérément seul, tel un naufragé sur une île. Et c’est exactement ce qu’il est, luttant pour sa survie, aidé par de drôles de Vendredi.

 

Et cette renaissance passe aussi par le mouvement : quitter cette « île déserte » symbole de mort. Nous assistons alors à ses efforts (surhumains) pour arriver à se sortir de la voiture et échapper à revenir à la vie.

Mais Greenspan joue avec son personnage, alternant les moments de veille et d’assoupissement, amenant alors de nouvelles situations qui s’effacent subrepticement – ou non - si l’homme se réveille. C’est d’ailleurs la frontière un tantinet trop ténue entre rêve et le réel qui peut être reprochée au scénariste (2) et par extension au réalisateur : à trop jouer sur le mélange des deux, l’attention du spectateur s’émousse.

 

Mais outre ce jeu d’ombres entre rêve et réalité, certains éléments nous permettent tout de même de nous raccrocher à une narration linéaire : ses blessures et ecchymoses qui disparaissent progressivement ou changent de couleurs, son œil qui s’ouvre à mesure que la paupière dégonfle (3). Mais aussi la nuit et le jour qui alternent. Le seul repère temporel formel c’est le bulletin d’information qui annonce qu’un hold-up a eu lieu un vendredi précédent. Combien de jours se sont écoulés ? On ne sait pas, et on ne saura jamais.

 

Mais heureusement, la mémoire va revenir, et avec elle la délivrance de savoir ce qu’il s’est passé (pour lui comme pour nous). Doucement, par de vrais flashes – des images pendant une fraction de seconde puis des séquences qui s’allongent jusqu’à la révélation finale et l’explication de l’accident.

 

La boucle est refermée.

Le film est terminé.

 

PS : ce film n’est jamais sorti sur les écrans en France. Dommage, peut-être.

 

PPS : quoi qu’il en soit, je ne comprends pas pourquoi le titre original (« accidenté », « détruit », « naufragé »…) a été remplacé par cette « identité perdue », mais en VO.

Décidément, le monde des traducteurs de cinéma est un espace fort curieux…

 

  1. Largement plus infortunés que lui, donc…
  2. Qui a écrit parfois un peu au hasard : n’ayant pas trouvé de nom à son personnage, il ajoute une amnésie…
  3. Très beau travail de maquillage.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Millard Webb, #John Wayne
The drop Kick (Millard Webb, 1927)

Quelques semaines après Buster Keaton (1), c’est Richard Barthelmess qui est à l’université, mais dans un registre fort différent : le mélodrame.

Jack Hamill (Barthelmess, donc) est l’une des stars de l’équipe de Shoreham, son botteur qui fit plus d’une fois la différence. Et cette année ne déroge pas : la grande finale contre Central aura lieu très bientôt, et Hamill doit donc se ménager.

Mais c’est très difficile, parce que dans le même temps, il tombe amoureux de Cecily (Barbara Kent), une amie d’enfance et Brad (Eugene Strong), son meilleur ami, se suicide suite à un détournement de fonds dû à l’attitude dépensière de son épouse : la belle est redoutable (et sournoise, cela va sans dire) Eunice (Dorothy Revier).

Mais rassurez-vous, l’équipe de Shoreham va gagner ! (2)

 

Si le titre fait référence à la partie sportive du film, ce n’est pas cette dernière qui est la plus importante. En effet, suite à une duperie de la belle Eunice, la mort de Brad amène Jack à renoncer à celle qu’il aime pour épouser la récente veuve, pour sa plus grande satisfaction (à elle).

Bref, une histoire plutôt sordide mais tout de même bien servie : Barthelmess est toujours ce même jeune premier fougueux et un tantinet séducteur et à ses côtés Hedda Hopper dans le rôle de sa mère, alors qu’elle n’a que 5 ans de plus sur ce « fils », l’adjuvant indispensable à la bonne résolution de l’intrigue : la passion amoureuse ayant tendance à aveugler ses victimes.

Et du côté obscur, Dorothy Revier est une belle garce, de ces femmes « fatales » croqueuses de diamants comme on en trouve beaucoup dans la production cinématographique de l’époque.

Quant au match en lui-même, il se situe à L.A. donc, et on peut reconnaître le Los Angeles Memorial Coliseum qui fut mis en service quatre ans plus tôt et servira de site pour les JO de 1932 et 1984. Cet espace immense permet d’avoir une foule incroyable venue assister au fameux match de l’année, celui dont on nous parle depuis le début du film.

 

Pour le reste, le film est plutôt mineur dans cette année 1927 si faste. Certes, on note quelques effets de caméras intéressants (travelling arrière, surimpression), mais pas de quoi se relever la nuit. La durée (68 minutes) amenant une intrigue resserrée à l’essentielle : le scandale étouffé du détournement de fonds et ses conséquences, sans oublier l’inévitable match.

On peut décemment lui préférer l’autre film cité ci-dessus, même si c’est toujours un plaisir de revoir Richard Barthelmess.


PS : pour les plus observateurs, on peut distinguer un jeune acteur encore inconnu : Marion Morrison. Il changera son nom quelques années plus tard et aura une carrière des plus prestigieuses : John Wayne…

 

PPS : Barbara Kent fut la dernière actrice vivante ayant tourné pendant la période muette. Elle est morte en 2011, à quelques semaines de son 104ème anniversaire.

 

  1. La présentation de College a lieu le 6 août alors que pour the Drop Kick c’est le 25 septembre. 
  2. Ce n’est pas révéler un grand secret que de le dire : la victoire est comprise dans le paquet-cadeau de la résolution de l’intrigue principale.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Grand Corps Malade, #Mehdi Idir
La Vie scolaire (Grand Corps Malade & Mehdi « Minos » Idir, 2019)

Samia Zibra (Zita Hanrot) débarque au collège des Francs-Moisins (Saint-Denis, 9-3) en tant que CPE, quittant son Ardèche ensoleillée, pour une sorte de rapprochement de conjoint, son ami étant en prison à Nanterre.

Elle découvre alors une autre réalité (1) de l’Education Nationale : la REP+ dans toute sa splendeur pas toujours merveilleuse.

 

Trois ans après le magnifique Patients, Grand Corps Malade et son complice Mehdi « Minos » Idir nous proposent une nouvelle chronique de notre monde moderne, touchant un autre secteur mis à mal par la société de (trop grande) consommation et surtout l’ultra libéralisme : l’école.

Ce n’est en rien une critique du système : il se trouve que l’école est mal en point, et le sujet du film nous le montre.

 

Et tout comme dans Patients, nul misérabilisme, seulement une description plus ou moins objective (2) de ce qu’il peut se passer – et aussi de ce qu’il se passe – dans un collège de ces zones qu’on dit « difficiles ».

Mais au contraire de ce que fit Gérard Lauzier il y a une vingtaine d’années (Le plus beau Métier du monde, 1996), nos deux réalisateurs évitent le piège manichéen qui voit les bons ou les mauvais professeurs, les bons ou les mauvais élèves : tous ont une part de bien et de mal, amenant des situations plus ou moins agréables, plus ou moins heureuses.

Mais surtout, on reste toujours dans le registre du vraisemblable, sans besoin de charger les traits (3).

 

Au côté de Zita Hanrot, on retrouve quelques interprètes de Patients : Soufiane Guerrab (Messaoud) en tête, dans le rôle du prof de maths (4), et d’une certaine façon le porte-parole des auteurs, donnant une analyse très juste des différentes situations ; Moussa Mansaly (Moussa) en surveillant/grand frère, vivant dans la même cité que les élèves ; et Alban Ivanov, encore une fois formidable dans un rôle comique – il en faut aussi (5) – distribuant des punitions inutiles et débiles que je vous laisse découvrir. Et surtout, ne ratez pas ses différents T-Shirts !

 

Et ce qui est le plus important, et qui nous ramène au film précédent, nul misérabilisme n’est utilisé. Et cela est d’autant plus fort qu’on entend malgré tout ce discours dans certaines écoles du même acabit, la plupart du temps chez les enseignants.

Tout comme Ben (Pablo Pauly) à l’hôpital, Yanis (Liam Perron, très juste) ne recherche pas une quelconque pitié, et nos deux co-auteurs lui font assumer son décrochage, refusant les « circonstances atténuantes » qui peuvent être évoquées lors de son conseil de discipline.

Il est décrocheur et son attitude n’est pas admissible dans l’enceinte d’un établissement scolaire.

 

Et comme c’est une chronique, l’année avance, avec ses petits et grands événements dans le collège, ses élèves virés de cours que la Vie Scolaire récupère et essaie de remettre sur les rails, en attendant la rentrée suivante qui amènera ses nouvelles péripéties heureuses – la musique qui nous permet un grand moment d’émotion mêlant des élèves jouant de la flûte (il me semble qu’elle fut un tantinet écartée des nouveaux programmes) et accompagnant un très beau rap – ou beaucoup moins comme la violence, inévitables dans ces établissements, un peu plus qu’ailleurs.

 

Et si cette chronique n’est pas toujours radieuse, on a droit à quelques moments comiques, outre le professeur de sport, avec deux entretiens avec des parents qui valent le déplacement : à propos de la tenue vestimentaire de Cindy, ou avec cet élève qui danse au lieu de faire des maths (encore elles !).

 

Bref, un nouveau film rempli d’émotion, de joie et de tristesse, et surtout d’amour pour ces différents personnages : du cinéma, tout simplement.

Avec en prime la belle voix grave de Grand Corps Malade – avec celle des autres – qui chante pendant que le générique de fin se déroule : Je suis la Vie scolaire.

 

  1. Un tantinet forcée parfois, je vous l’avoue.
  2. Un film, quel qu’il soit reflète toujours un point de vue, empêchant donc l’objectivité, que ce soit celle des réalisateurs ou celle des spectateurs.
  3. Je vous accorde que le prof de sport (Redouane Bougheraba) propose des activités un peu trop originales : le badminton avec un ballon sauteur coincé entre les pieds n’est pas très aisé ni très productif…
  4. J’ai le souvenir d’un dessin de Cabu présentant un prof de maths maghrébin disant : « les sales boulots, c’est pour les immigrés… »
  5. N’oubliez pas qu’humour rime avec amour.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Tarzan, #Wilhelm Thiele
Le Triomphe de Tarzan (Tarzan triumphs - Wilhelm Thiele, 1943)

Tarzan revient. Encore (1).

Tout d’abord, comme Maureen O’Sullivan était indisposée, indisponible et lasse (2), les scénaristes ont usé du subterfuge disant que Jane était restée à la grande ville pour s’occuper de sa mère.

Autre changement notable : la MGM a cédé les droits du personnage d’Edgar Rice Burroughs à la RKO.

Nous avons donc notre Tarzan (Johnny Weissmuller) et Boy (Johnny Sheffield) seuls dans la jungle, et notre héros obligé de prendre la place de Jane pour éduquer Boy.

Mais heureusement, la princesse de la cité mystérieuse (Palandria) du voisinage, la belle Zandra (Frances Gifford), prendra un peu la place de Jane, sinon dans le cœur tout du moins aux côtés de notre « bon sauvage ».

 

Mais nous sommes en 1942 quand le film est tourné et les Etats-Unis sont entrés en guerre contre l’Allemagne nazie. C’est pourquoi à son tour, Tarzan va servir la cause des Alliés, même dans ses contrées franchement perdues. Tellement perdues que le côté africain a été totalement gommé et les animaux présents – les archives de la RKO la plupart du temps – sont répartis un peu partout dans le monde : le lion d’Afrique, bien sûr, mais l’éléphant est « d’Inde » et on n’aperçoit aussi un nasique qui vit, comme nous le savons tous depuis Vol 714 pour Sidney, sur l’île de Bornéo. Mais passons. Cet universalisme animal permet de déplacer les intrigues à la convenance du réalisateur et en finit une bonne fois pour toute avec les porteurs africains sacrifiés par les Blancs dans les premiers épisodes. De plus, la place plus importante prise par les Afro-américains pendant la guerre va aider à éliminer cette vision colonialiste un tantinet méprisante mais surtout raciste : les autochtones noirs étant facilement escamotables du fait de la couleur de leur peau.

 

Mais ces contrées ne sont pas si perdues, puisqu’un escadron de nazis va atterrir à Palandria, contrôler la cité et exploiter ses habitants sous le prétexte habituel chez ces affreux : « les plus forts dominent ».

Nous allons alors assister à de terribles exactions, d’autant plus terribles qu’elles concernent des gens considérés ouvertement « inférieurs », les nazis se considérant comme « la race des seigneurs ». Bien sûr, c’est plutôt la race des « saigneurs » qui nous est montrée ici.

Et ce déséquilibre dans l’intrigue (3) va amener Tarzan progressivement à intervenir.

 

Vous l’avez compris, à travers ce scénario un tantinet convenu, c’est la deuxième Guerre Mondiale qui est évoquée : les Nazis sont eux-mêmes et donc d’affreux salauds meurtriers et racistes, et Tarzan symbolise l’Amérique ezn lutte.

Et comme l’Amérique dans les premières années du conflit, Tarzan n'intervient pas tant qu'on ne le dérange pas. Un des  soldats le qualifie alors d’isolationniste, ce qui était la position américaine jusqu’à Pearl Harbour.

Mais à partir du moment où les nazis s’en prennent à Boy, Tarzan entre en guerre et, bien sûr, va triompher. D’où le titre.

 

Rien de bien notable dans ce film de propagande si ce n’est tout de même l’utilisation très limitée des animaux dans les différents épisodes de l’intrigue, mis à part Cheetah, toujours fidèle au poste, et Buli, un jeune éléphant qui apparaît au début.

Mais il faut dire qu’en passant de la MGM à la RKO, Johnny Weissmuller n’a pas pu amener son cri si caractéristique. Nous avons donc droit à une pâle imitation plutôt dans les aigus, qui est d’ailleurs peu utilisée (on comprend donc pourquoi).

 

J’oubliais : parmi les infâmes nazis, on trouve un sergent interprété par une ancienne connaissance, Sig Ruman. Comme dans To be or not to be (« Concentration Camp » Ehrhardt) ou encore Stalag 17 (Sergent Schultz) il interprète un Allemand aux caractéristiques légèrement comiques, mais qui se révèle tout de même redoutable dans l’exercice de ses fonctions (soldatesques).

 

  1. C’est le septième film pour Johnny Weissmuller, le quatrième pour Johnny Sheffield.
  2. Elle demanda d’être libérée de son contrat pour s’occuper de son mari (et aussi de ses enfants).
  3. Le déséquilibre propre aux contes et autres belles histoires qui amène la quête principale du héros et qui va lui permettre de se transfigurer en remettant tout en ordre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton, #Comédie, #Western
Ma Vache et moi (Go West - Buster Keaton, 1925)

C’est l’histoire d’un jeune homme (Buster Keaton) seul (« Sans Ami » annonce le générique) qui, lassé de la solitude et de l’inactivité quitte l’Indiana pour New York, où il est toujours désespérément seul malgré la marée humaine, toujours à contre-courant dans cette course effrénée en avant.

Il se souvient alors des paroles d’Horace P. Greeley (1) et prend le train vers Santa Fe, où il sera cowboy et aura à emmener un troupeau en Californie, à Los Angeles, bien sûr.

 

Il s’agit déjà du sixième film que Buster Keaton coréalise, situé entre Seven Chances et Battling Butler. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous assistons à une nouvelle histoire improbable où le personnage interprété par Keaton lui-même est un tantinet différent des autres. En effet, plus qu’à un autre moment, son personnage est inadapté. Inadapté dans son Indiana, à New York cela va de soi, mais encore plus dans un ranch.

Et pourtant, ça marche. L’intrigue se résout formidablement, et le jeune homme peut avoir celle qu’il désire…

 

Soyons clairs, ce film n’atteint pas le niveau du précédent. Mais on ne peut tout de même que se régaler de ce jeune homme au final pas si inadapté que ça. Et sa partenaire – la vache Brown Eyes (« yeux marron ») – forme avec lui un duo assez sympathique, au point d’éclipser la jeune première (Kathleen Myers, obscure actrice qui a disparu avec l’avènement du parlant), joli certes, mais insipide : tout le monde ne peut pas être Jobyna Ralston.

 

Mais si ce film est mineur au milieu de la carrière de Keaton, on y retrouve tout de même quelques éléments comiques subtils autour de son chapeau et des relations qu’il a avec tous les autres, qu’ils soient humains ou animaux.

Et parmi les gags du film, l’un d’eux prend une place prépondérante : alors qu’il tente de gagner aux cartes de quoi sauver Brown Eyes, un des joueurs surpris à tricher le menace d’une arme et lui ordonne de sourire ! Bien sûr, il ne le fera pas et se sortira de ce faux-pas comme seul Keaton sait le faire, sans pour autant relever les commissures de ses lèvres.

 

Alors que le film met un peu plus de temps que d’habitude pour trouver son rythme, à partir du moment où le train se met en branle et emmène les bêtes vers L.A. avec parmi elles notre héros, nous assistons à une fin endiablée et pas seulement du fait d’un rythme plus soutenu (2). Et d’une certaine façon le final qui voit Keaton emmener les bêtes aux entrepôts n’est pas sans rappeler la foule de femmes qui lui courait après dans le film précédent (3). Mais alors que les femmes lui couraient après pour l’épouser, il est ici un lièvre qui amène les bêtes à le suivre vers leurs destinations finale et fatale.

 

Cette séquence est à nouveau un grand élément de l’humour de Keaton, jouant sur l’opposition des bovins et des humains, amenant une situation gagnant en intensité d’un point de vue physique (de grands mouvements de foule) et moral (les rapports policiers).

L’invasion de la ville par le troupeau amène des situations toujours plus folles et absurdes, et quand on regarde bien, on ne peut manquer de reconnaître celui qui l’a découvert et lancé, qui fut son ami et mentor : Roscoe « Fatty » Arbuckle, grimé en femme dans le grand magasin.

 

Alors certes, on aurait pu attendre mieux de Keaton et sa clique, mais il est humain d’avoir parfois quelque(s) faiblesse(s). Et savourons ce film comme une petite confiserie qu’on s’octroie après un bon repas : ça n’a pas le faste de ce qu’on a dégusté avant, mais ça permet de terminer sur une note enjouée…

 

PS : A propos du titre français, no comment. Tant qu’on n’a pas Frigo (ou Malek) et Marguerite

 

  1. Pionnier de l’information aux Etats-Unis, une de ses citations était : « Go west, young man, go west » (« va vers l’Ouest, jeune homme »), d’où le titre original du film.
  2. Hé ! Hé ! Hé ! Allez-y voir !
  3. Loin de moi l’idée de comparer les bovins et les femmes, l’analogie ne concerne que le nombre de membres des deux groupes (je n’ai pas dit « meutes » !).

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