Merveilleux.
Quatre ans de tournage, plusieurs dizaines de sites prestigieux (dans 28 pays), des images à couper le souffle sur un scénario mêlant rêve et réalité.
Nous sommes dans les années 1920s et Roy Walker (Lee Pace), cascadeur pour le cinéma, est à l’hôpital suite à une chute à cheval dans une rivière est à l’hôpital suite à une chute à cheval dans une rivière (séquence d’introduction).
Première chute (1).
Alexandria (Catinca Untaru), petite fille de cinq ans (2), est au même hôpital pour être tombée d’un oranger (3) : bras gauche immobilisé.
Deuxième chute.
C’est la rencontre fortuite entre ces deux personnages tombés qui donne la matière du film, Roy inventant au fur et à mesure une histoire merveilleuse, évoluant chaque jour et mettant en scène certains personnages de leur entourage proche, l’hôpital. Mais pas que.
Si l’histoire s’inspire du scénario du film Yo ho ho (1981), elle n’en demeure pas moins magnifiée par les différents sites de tournage choisis par Tersam (Singh), utilisant chaque monument comme dans un rêve, nous amenant à douter de l’existence de chaque endroit.
On y retrouve la qualité des images du superbe Life of Pi, les décors terrestres remplaçant ceux maritimes. Mais sans la dimension symbolique des personnages.
Ici, les différents protagonistes sont à eux seuls des stéréotypes assumés bien que puisés dans la culture populaire : Otta Benga (Marcus Wesley) est un guerrier africain au casque cornu et un archer hors pair ; Luigi (Robin Smith) un Italien spécialiste en explosifs dont l’apparence n’est pas sans rappeler celle de Christophe Colomb, Darwin (Leo Bill) un jeune naturaliste anglais dans un manteau animal, l’Indien (Jeetu Verma) semble être un Sikh du fait de son turban, sans oublier le bandit masqué, qui n’est autre que Roy lui-même, rappelant par son apparence un autre justicier masqué qu’on découvrit au cinéma en 1922 sous les trait de Douglas Fairbanks. (4)
N’ayant pas vu le film Yo ho ho, il m’est difficile de voir son influence sur celui-ci. Mais le parti pris par Tersam est pour illustrer cette histoire merveilleuse a une teinte surréaliste (on y voit l’influence de Dali jusque sur l’affiche), mêlant avec brio les personnages du monde réel et ceux de l’histoire ainsi que les dialogues entre la petite fille et le jeune homme.
De plus, on y retrouve dans les différents décors et accessoires de cette narration des éléments rappelant des séquences antérieures : la boîte d’Alexandria par exemple, ou le SPQR quand Luigi se promène (5), le papillon ou encore les oiseaux qui avaient disparu…
Bref c’est un film merveilleux, dans tous les sens du terme, où les références abondent sans pour autant influer sur l’intrigue.
La « chute » du titre en devient même réductrice tant on peut en trouver tout au long de ce film : outre Roy et Alexandria, plusieurs personnages du conte tombent eux aussi, qu’ils soient amis ou ennemis.
De plus, on peut aussi parler de « rechutes » pour nos deux personnages : physique pour Alexandria qui tombera à nouveau, amenant une séquence de rêve qui tranche beaucoup avec l’histoire de Roy ; morale pour ce dernier, dont l’accident n’en était peut-être pas un.
Sublime.
PS : en prime un hommage à tous ces cascadeurs du cinéma muet qui risquèrent leur vie – et certains en moururent – pour le cinéma, avec particulier l’immense Buster Keaton qui revient plusieurs fois.
[NB : voir à ce sujet l’épisode que Kevin Brownlow et David Gill leur consacrèrent dans leur fresque documentaire Hollywood, the Pioneers, l’épisode 5 intitulé Hazards of the Game (1980)]
- The Fall signifie La Chute.
- Quand le tournage commence, neuf quand le film sort.
- Les fameux orangers de Californie vers lesquels se dirige la famille Joad dans Grapes of Wrath.
- Pour l’anecdote : l’Indien est originaire de ce grand pays mais Roy utilise le vocabulaire des Indiens d’Amérique pour le décrire, appelant par exemple sa femme « squaw ». Autre anecdote : Darwin, une fois son manteau ôté, porte un habit qui n’est pas sans rappeler celui d’Alex dans A clockwork Orange.
- Senatus PopulusQue Romanus : « le sénat et le peuple romain », devise de l’empire antique.
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)









