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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Tersam Singh
The Fall (Tersam Singh, 2006)

Merveilleux.

Quatre ans de tournage, plusieurs dizaines de sites prestigieux (dans 28 pays), des images à couper le souffle sur un scénario mêlant rêve et réalité.

 

Nous sommes dans les années 1920s et Roy Walker (Lee Pace), cascadeur pour le cinéma, est à l’hôpital suite à une chute à cheval dans une rivière est à l’hôpital suite à une chute à cheval dans une rivière (séquence d’introduction).

Première chute (1).

Alexandria (Catinca Untaru), petite fille de cinq ans (2), est au même hôpital pour être tombée d’un oranger (3) : bras gauche immobilisé.

Deuxième chute.

C’est la rencontre fortuite entre ces deux personnages tombés qui donne la matière du film, Roy inventant au fur et à mesure une histoire merveilleuse, évoluant chaque jour et mettant en scène certains personnages de leur entourage proche, l’hôpital. Mais pas que.

 

Si l’histoire s’inspire du scénario du film Yo ho ho (1981), elle n’en demeure pas moins magnifiée par les différents sites de tournage choisis par Tersam (Singh), utilisant chaque monument comme dans un rêve, nous amenant à douter de l’existence de chaque endroit.

On y retrouve la qualité des images du superbe Life of Pi, les décors terrestres remplaçant ceux maritimes. Mais sans la dimension symbolique des personnages.

Ici, les différents protagonistes sont à eux seuls des stéréotypes assumés bien que puisés dans la culture populaire : Otta Benga (Marcus Wesley) est un guerrier africain au casque cornu et un archer hors pair ; Luigi (Robin Smith) un Italien spécialiste en explosifs dont l’apparence n’est pas sans rappeler celle de Christophe Colomb, Darwin (Leo Bill) un jeune naturaliste anglais dans un manteau animal, l’Indien (Jeetu Verma) semble être un Sikh du fait de son turban, sans oublier le bandit masqué, qui n’est autre que Roy lui-même, rappelant par son apparence un autre justicier masqué qu’on découvrit au cinéma en 1922 sous les trait de Douglas Fairbanks. (4)

 

N’ayant pas vu le film Yo ho ho, il m’est difficile de voir son influence sur celui-ci. Mais le parti pris par Tersam est pour illustrer cette histoire merveilleuse a une teinte surréaliste (on y voit l’influence de Dali jusque sur l’affiche), mêlant avec brio les personnages du monde réel et ceux de l’histoire ainsi que les dialogues entre la petite fille et le jeune homme.

De plus, on y retrouve dans les différents décors et accessoires de cette narration des éléments rappelant des séquences antérieures : la boîte d’Alexandria par exemple, ou le SPQR quand Luigi se promène (5), le papillon ou encore les oiseaux qui avaient disparu…

 

Bref c’est un film merveilleux, dans tous les sens du terme, où les références abondent sans pour autant influer sur l’intrigue.

La « chute » du titre en devient même réductrice tant on peut en trouver tout au long de ce film : outre Roy et Alexandria, plusieurs personnages du conte tombent eux aussi, qu’ils soient amis ou ennemis.

De plus, on peut aussi parler de « rechutes » pour nos deux personnages : physique pour Alexandria qui tombera à nouveau, amenant une séquence de rêve qui tranche beaucoup avec l’histoire de Roy ; morale pour ce dernier, dont l’accident n’en était peut-être pas un.

 

Sublime.

 


PS : en prime un hommage à tous ces cascadeurs du cinéma muet qui risquèrent leur vie – et certains en moururent – pour le cinéma, avec particulier l’immense Buster Keaton qui revient plusieurs fois.

[NB : voir à ce sujet l’épisode que Kevin Brownlow et David Gill leur consacrèrent dans leur fresque documentaire Hollywood, the Pioneers, l’épisode 5 intitulé Hazards of the Game (1980)]

 

  1. The Fall signifie La Chute.
  2. Quand le tournage commence, neuf quand le film sort.
  3. Les fameux orangers de Californie vers lesquels se dirige la famille Joad dans Grapes of Wrath.
  4. Pour l’anecdote : l’Indien est originaire de ce grand pays mais Roy utilise le vocabulaire des Indiens d’Amérique pour le décrire, appelant par exemple sa femme « squaw ». Autre anecdote : Darwin, une fois son manteau ôté, porte un habit qui n’est pas sans rappeler celui d’Alex dans A clockwork Orange.
  5. Senatus PopulusQue Romanus : « le sénat et le peuple romain », devise de l’empire antique.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Abel Ferrara, #Gangsters, #Steve Buscemi
King of New York (Abel Ferrara, 1990)

Une sonnerie.

Un homme qui arpente des couloirs de prison.

Une limousine qui l’attend et l’emmène.

Frank White (Christopher Walken) a été libéré.

Et bien sûr, avec l’aide de Jimmy Jump (Laurence Fishburne), il se remet aux affaires, au grand déplaisir des policiers Gilley (David Caruso), Flanigan (Wesley Snipes et surtout leur chef Bishop (Victor Argo).

 

Ce ne fut pas un grand succès immédiat, la projection à New-York ayant amené quelques complications : acteurs hués, interviews coup de poing. Bref, ce n’est pas un film qui est passé inaperçu.

Il faut dire que le scénario de Nicolas St. John ne fait pas dans la dentelle (quoi que…) : du sang, du sexe et de la violence, et un personnage principal qui se définit lui-même comme un homme d’affaire, bien embêté qu’il est par la police.

 

Et avoir choisi Christopher Walken pour interpréter ce truand flegmatique fut une très bonne inspiration. Walken est connu pour avoir interprété des personnages relevant souvent de l’hôpital psychiatrique : mais Frank White n’est pas le dingue qu’on peut trouver dans ses autres rôles.

Certes, ce n’est pas un enfant de chœur, et s’il annonce que la prison l’a réformé, il ne faut en rien y croire. Mais alors que les cadavres s’empilent autour de lui, Ferrara n’en fait pas un sale type comme pouvaient l’être Rico Bandello (Little Caesar), Tom Powers (Public Enemy) ou encore Tony Camonte (Scarface), archétypes des gangsters hollywoodiens.

Les différentes exécutions commandées par White une fois sorti de prison ne sont pas gratuites : ce sont des gens qui lui ont tous fait du tort d’une façon ou d’une autre, que ce soit en actes ou en paroles. Avec en prime le mafioso (enfin l’Italien) qui est un raciste de première, et qui mourra aussi pour ça.

 

White est un enfant de New-York et agit pour sa ville : sa participation pour le sauvetage de l’hôpital public n’est pas seulement une façade. Et même si Vespasien a parfois raison, l’argent de White a certainement des relents nauséabonds. Et on peut comprendre le ras-le-bol des policiers qui le voient s’étaler auprès des personnalités publiques alors qu’eux triment sans grand résultat, les lois étant à l’avantage de la truande (1).

Si on ne peut pas complètement donner tort aux policiers, on ne peut tout de même pas leur donner complètement raison non plus.

 

En effet, les méthodes radicales employées par Gilley et Flanigan ne sont pas des plus orthodoxes. Et il faut peut-être voir cet aspect dans le tollé soulevé pendant la projection citée plus haut. Ces policiers vont employer les mêmes méthodes que White dans leur lutte contre cette délinquance. C’est peut être (un peu) efficace, mais du point de vue moral indéfendable : quelle légitimité peut avoir la police à employer des méthodes de gangsters ?


Quoi qu’il en soit, la morale finale est sauve, et White n’échappe pas plus à son destin fatal que ses aînés des années 1930s.

Mais, et c’est dans le ton utilisé par Ferrara tout au long du film, sa fin ne fait pas dire au spectateur « bien fait ! » tant ce personnage n’est pas monolithique, et peut attirer la sympathie du public. Ceci expliquant aussi ce déchaînement contre le film après cette fameuse projection.

 


PS : Outre Fishburne et Snipes qui vont percer dans les années suivantes, on notera la présence de Steve « Shut the fuck up, Donnie » Buscemi, dans le rôle du testeur de drogue.

 

(1) Vieux refrain policier des films de gangsters.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Levinson, #Comédie dramatique, #Guerre
Good Morning, Vietnam (Barry Levinson, 1987)

« Goooooooooooood Morning, Vietnam ! »

Tel est le cri de ralliement que pousse tous les matins Adrian Cronauer (Robin Williams) sur la fréquence de l’armée américaine de Saïgon.

Nus sommes en 1965, et Adrian, après avoir quitté la Crète, se retrouve en plein théâtre des opérations : si Saïgon est une zone démilitarisée, la guerre est tout de même présente, avec ses « attentats » du Viêt-Cong, qui tuent sans discernements les Américains et les autochtones.

Mais pas question de parler de ces nouvelles bien tristes sur les ondes…

 

Ce fut un événement à sa sortie : le film de Barry Levinson, qui traite lui aussi du Vietnam, propulse en avant Robin Williams comme star reconnue dans le monde (1). Il faut dire que sa prestation du D-J Cronauer (2) est absolument époustouflante. Williams s’en donne à cœur joie, improvisant des consultants imaginaires en modifiant sa voix, traitant de sujets peu rencontrés pour l’époque et encore plus dans l’armée – en 1965, les Américains (et d’autres) étaient beaucoup plus prudes que maintenant – tels que la drogue ou l’homosexualité, le tout avec un humour dévastateur.

Cronauer est un véritable cataclysme, s’attirant la (très grande) sympathie des GI, mais les foudres de ses supérieurs : le sergent-major Dickerson (J.T. Walsh) et le lieutenant Hauk (Bruno Kirby, mince et surtout sans moustache !), ce dernier grand spécialiste de la polka, qui n’apprécient pas du tout son ton...

 

Bien sûr, Cronauer est renvoyé au pays, son style étant un tantinet trop en avance sur son époque, mais surtout dans un tel contexte.

Parce que le contexte guerrier est l’autre élément important du film : malgré les délires et autres simagrées que Cronauer débite à flux tendu, alternant avec des standard du rock (qui le sont devenus depuis) pas toujours « politiquement corrects » comme on dit de nos jours, la guerre est là à chaque coin de rue, illustrant aussi certains tubes que passe Adrian, donnant une autre teinte aux plans de coupe mettant en scène les soldats, au combat ou non.

En particulier la chanson de Louis « Satchmo » Armstrong, What a wonderful World.

 

Mais alors que Cronauer est suspendu pour avoir révélé quelques informations avant qu’elles aient été vérifiées par la censure (3), ce sont ces mêmes soldats, auditeurs et surtout fans de notre héros qui vont le remettre en scène : alors qu’il est bloqué par la circulation au milieu de camions militaires, l’assistant de Cronauer, Garlick (Forest Whitaker), leur révèle sa présence. C’est alors une séquence bourrée d’humour ainsi que d’émotion, Adrian se rendant compte que beaucoup d’entre eux ne reviendront pas d’où ils vont, sauf dans un sac noir. Leur départ conclut superbement la séquence, alors que Cronauer les voit partir pendant qu’ils lui front de grands signes amicaux.

 

Je l’ai écrit plus tôt, Cronauer sera renvoyé au pays. Ses adieux sont une nouvelle séquence émouvante, le voyant jouer au base-ball avec des Vietnamiens à qui il a appris la langue américaine, pas obligatoirement selon les standards de Harvard…

Son message d’adieu, lui aussi, complète ce personnage trop libre dans sa tête pour rester dans une telle institution.

Et puisque je parle de liberté et d’institution, on peut retrouver quelque chose de Cronauer dans un autre rôle de Robin Williams : Keating, ce drôle de professeur dans l’école on ne peut plus stricte de Welton.

Les sorts qui sont réservés à ces deux personnages ont tout de même comme un air de parenté, non ?

 

  1. Robin était déjà un acteur très populaire aux Etats-Unis avant ce film.
  2. Adrian Joseph Cronauer (1938-2018) a réellement existé et animé la radio militaire de Saïgon…
  3. On ne raconte pas n’importe quoi sur la radio militaire. LA censure est représentée par les deux jumeaux célèbres Dan et Don Stanton - que Cronauer appelle « Tweedle Dee et Tweedle Dum ». Les amateurs de Lewis Carroll voient la référence. Par contre, savoir lequel est l’un et lequel est l’autre n’est pas de ma compétence. A mon avis, eux seuls le savent !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #John Glen
Dangereusement vôtre (A View to a kill - John Glen, 1985)

Une nouvelle page se tourne, un troisième James Bond – Roger Moore – jette l’éponge, atteint essentiellement par la limite d’âge, de plus en plus visible… En effet, quand sort le film, Sir Roger a déjà 57 ans et peut difficilement passer pour un jeune premier.

Quoi qu’il en soit, il sort ainsi de ce personnage, ne remettant pas le couvert comme un certain autre avant lui…

 

Cette fois-ci, Bond est aux prises avec Max Zorin (Christopher Walken, encore une fois dans un rôle de dingo), psychopathe brillant qui ne se soucie que de lui-même, disposant de la vie des autres avec un très grand détachement, ce qui explique le nombre très élevé de morts violentes dans ce film.

Zorin a l’intention de diriger le monde, tout comme l’avait fait avant lui notre ami Goldfinger (Gert Fröbe) : par l’argent.

Et si ici, il n’arrive pas à ses fins – normal, c’est James Bond qu’il a en face de lui – on pourrait presque dire que ceux qui l’ont suivi dans la vraie vie y sont arrivés autrement plus subtilement, et à partir de cette même Silicone Valley. Quoique.

 

C’est encore John Glen qui dirige les opérations (1), malgré ce que peut penser M (Robert Brown), et on y retrouve sa patte habituelle, même si ce ne sont pas des oiseaux qui doivent nous faire sursauter. Mais comme on s’y attend, on est de moins en moins surpris.

Si ce n’est pas le meilleur de la série, ce film recèle tout de même quelques stars appréciables, dont Patrick McNee semble le fleuron : il rejoint par là même trois anciennes de ses partenaires de la série The Avengers (2) : Honor Blackman (Cathy Gale), Diana Rigg (Emma Peel) et Joanna Lumley (Purdey).

On notera aussi la présence de Grace Jones, dans un rôle de James Bond girl fort particulière, alliant à l’élégance une force herculéenne et des coiffures là encore particulières. Mais tout comme Pussy Gallore (Honor Blackman, encore elle, dans Goldfinger), elle termine du côté de Bond jusqu’à un final plutôt explosif.

 

Et à part ça ? Et bien c’est tout.

Je pourrais ajouter qu’on retrouve un vieil habitué de la franchise en la présence du général Gogol (Walter Gothell), qui semble être là pour l’anecdote – rappeler que la Guerre Froide n’est pas encore terminée, même si ça commence à bouger à l’Est (3) – et s’il n’eut pas apparu, ça n’aurait pas changé grand-chose.
Quant à Tania « Sheena » Roberts (Stacey Sutton), elle est très belle mais un tantinet diaphane.

 

Par contre, il faudra m’expliquer comment James Bond fait pour tomber sur une pièce montée sans avoir de crème sur ses vêtements…

A moins que ce soit ça, la magie du cinéma !

 

 

  1. Le troisième film sur les cinq de la franchise qu’il a réalisés.
  2. Rien à voir avec Marvel, bien entendu !
  3. Le 10 mars de cette année-là, Konstantin Tchernenko (73ans) meurt et est remplacé par un jeune cadre du parti (54 ans) qui fera beaucoup parler de lui dans les années suivantes : Mikhaïl Gorbatchev.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton, #Comédie
Sportif par Amour (College - James W. Horn & Buster Keaton, 1927)

Ronald (Buster Keaton) a terminé le lycée (« high school ») avec les félicitations et la médaille d’honneur. Malheureusement pour lui, celle pour qui il soupire – Mary Haines (Anne Cornwall) – aime surtout les garçons baraqués et sportifs, tel Jeff Brown (Harold Goodwin), populaire essentiellement pour ses aptitudes physiques, loin devant ses capacités intellectuelles. Par amour pour elle – d’où le titre français – il va s’inscrire à l’université de Clayton et tenter de se hisser au niveau des autres athlètes, sans beaucoup de réussite.

 

Coincé entre The General et Steamboat Bill Jr., ce film-récréation pâtit grandement de la comparaison avec les deux autres. On a beaucoup de mal à voir ici un film de Buster Keaton tant le comique développé ici est des plus systématiques, voire frisant le mauvais goût (1).

Il faut dire que son nom n’apparaît que dans la distribution, étant qualifié « un fils » (2).

Doit-on voir dans cette absence à la mise en scène une forme de reniement de cette œuvre ? Même pas : si James W. Horne apparaît c’est essentiellement par obligation comme Keaton le confiera à un autre maître en son genre, Kevin Brownlow.

 

Si la (longue) première partie qui le voit s’essayer aux différents sports proposés par l’université est à mon avis, bien que comique, plutôt poussive, celle de la course d’aviron et sa suite est dans la droite lignée des films précédents (et des deux suivants : Keaton perdant sa liberté après Spite Marriage) : c’est bondissant et mené sur un rythme endiablé comme on en a l’habitude, les gags s’enchaînant à un rythme effréné jusqu’à la conclusion heureuse.

C’est une magnifique exploitation des différents sports vus précédemment, dans une suite de péripéties qui les requiert tous, amenant cette fin inévitable : il finit avec la jeune femme. Et cette fin est absolument définitive comme le montre les trois plans suivants, concluant le film sur une fin douce-amère, comme annonciateur du tournant que va prendre la carrière de cet immense comique.

 

Nous rions bien sûr – et je suis le premier à le faire, ou le second (comme vous voulez) – mais pas autant que prévu, tant les différents gags sont convenus (je me répète).

Dommage. Il y avait de quoi faire quelque chose de plus grand.

 

 

PS : pour plus de précisions et éviter toute redondance, je vous renvoie à la critique qu’en fit mon grand ami le professeur Allen John : cliquez ici vous ne le regretterez pas.

 

  1. Les études coûtant cher, Ronald se maquille en serveur noir (« colored waiter »), allant jusqu’à en imiter une démarche (la vision raciste d’une époque ?) mais est trahi par ce même maquillage qu’il frotte involontairement, laissant paraître son teint naturel.
  2. Les autres interprètes sont tous désignés par leur fonction plus que par leur nom.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James McTeigue, #Fantastique, #Horreur
L'Ombre du mal (The Raven - James McTeigue, 2012)

Edgar Allan Poe meurt sur un banc de jardin public, le 10 octobre 1849.

Enfin c’est ce que nous montre le film. Si Poe est mort ce jour-là, ce n’était pas sur un banc public, mais au Washington College Hospital. Par contre, il est encore aujourd'hui difficile de dire de quoi il est mort.

C’est donc là qu’interviennent James McTeigue et son équipe – et surtout Anna Shakespeare (quel nom !) et Ben Livingston, les scénaristes du film – prenant prétexte du flou entourant la mort de l’écrivain pour concocter une histoire hommage aux écrits de ce fantastique (c’est le cas de le dire) écrivain et poète.

Si on accepte que Dan Brown élabore ses romans à partir d’une zone d’ombre, je ne vois pas pourquoi on refuserait ce film !

 

John Cusack est Edgar Poe, alcoolique cela va de soi, mais surtout un esprit brillant miné par l’alcool, incapable d’écrire quelque nouvelle ligne que ce soit.

Mais une série de meurtres inspirés de ses différentes nouvelles va le remettre en scène, amenant une aide précieuse au détective Emmett Fields, en charge des différentes enquêtes concernant ces différents assassinats raffinés.

Mais cette enquête se double d’une course contre la montre, la jeune femme éprise de Poe – Emily Hamilton (Alice Eve) – ayant été enlevée et enterrée vive, avec jusque ce qu’il faut d’air pour lui permettre de survivre.

 

Si McTeigue n’est pas Jonathan Demme, on ne peut tout de même pas ignorer l’apparentement avec le Silence des agneaux de ce dernier : non pas par la technique ou encore la mise en scène, mais plutôt par le thème de la course contre la montre contre un tueur en série.
Et à cela s’ajoute une reconstitution du Baltimore au milieu du 19ème siècle, même si la plupart des séquences ont été tournées en Serbie et en Hongrie.

 

Le produit est très beau, les différents protagonistes sont bien définis et le méchant – indispensable à une bonne intrigue – est ignoble à souhait, sans oublier les différentes reconstitutions des nouvelles du grand Edgar (1), sans oublier les différentes références à d’autres œuvres (2).

Et même à d’autres films, comme Evil Dead quand Emily essaie de sortir de la tombe (3).

 

Bref, nous sommes dans ce que nous pourrions appeler un film d’horreur soft (soft = doux), malgré tout de même une quantité non négligeable de sang.

De plus, on peut aussi opposer au film de McTeigue de nombreux défauts chronologiques, que ce soit les accessoires comme les expressions (4).

Mais il n’empêche, nous sommes au cinéma et peut nous chat finalement ces détails à l’intérieur d’une intrigue rondement menée et servie par de bons interprètes, John Cusack en tête.

 

C’est donc à vous de décider si vous vous laisserez tenter.

Pour ma part, j’en redemande…

 

  1. Murders in the Rue Morgue, The Pit and the pendulum, The Mask of red death, the tale-tell Heart (…),
  2. Descent in the Maelstrom, The Cask of Amontillado, Annabelle Lee et inévitablement The Raven, qui donne son titre original au film, comme l’attestent les nombreux volatiles essaimés régulièrement à mesure que l’intrigue avance.
  3. Cette référence ne concerne bien sûr que l’affiche du film de Raimi, il n’y a aucune personne qui sort de terre dans l’intrigue.
  4. OK, répété plusieurs fois, ne sera assimilé dans la langue comme nous le connaissons qu’après la Guerre Civile, O.K. se référant à l’absence de tué (0 Kill).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Steven Spielberg, #Morgan Freeman
Amistad (Steven Spielberg, 1997)

Le visage d’un homme (Djimon Hounsou), noir, tordu par l’effort alors qu’il enlève un clou d’une charpente, pendant que l’orage gronde et zèbre de lumière ce visage.

Une fois le clou ôté, le cadrage s’éloigne : c’est un homme enchaîné, et pire que cela : un esclave au fond d’une cale d’un bateau négrier.

Avec le clou, il réussit à se débarrasser de ces chaînes, entraînant alors ses compagnons d’infortune dans une entreprise mortelle de libération.

Maître du vaisseau, ils se retrouvent malgré tout arraisonnés par un navire américain qui les débarque à New Haven où ils sont emprisonnés. Et bientôt jugés.

 

Ce prologue où la tempête se mêle à l’intrigue pour ne faire qu’une pose les bases de ce qui ne fut qu’un incident et qui se développa d’une telle façon qu’il devient une affaire d’état, voire internationale, la reine Isabelle II d’Espagne (Anna « Malicia » Paquin) réclamant pendant un peu plus de vingt ans le retour en son pays de ces révoltés.

Mais cette histoire (vraie) est surtout l’occasion pour Steven Spielberg de revenir sur un pan de l’histoire de son pays qui n’est pas toujours traité dans la production cinématographique américaine. Certes, il existe de nombreux films traitant de l’esclavage (Autant en emporte le Vent en fait partie), mais avec un tel réalisme et de façon autant visuelle que morale, très peu (1).

 

Parce que derrière cette histoire somme toute banale dans un pays où l’esclavage est en partie toléré (dans le Sud), se cache un débat qui va ébranler cette nation, amenant, une vingtaine d’années plus tard (le film débute en 1839 et se termine en 1841), une guerre civile – de Sécession dit-on par chez nous – qui va longtemps diviser le pays, sans totalement le réunifier, le Sud gardant certaines réminiscences de cette période, troublée cela va sans dire.

 

Nous sommes 12 ans après La Couleur pourpre et à nouveau Spielberg décrit une situation autrement plus terrible vécue par des Noirs : l’esclavage. Et pour ce faire, il a fait appel à quelques stars des plus talentueuses (Pete Postlethwaite, Anthony Hopkins…) voire engagées (Morgan Freeman) dans cette lutte pour l’égalité entre tous.

De plus, Spielberg reconstitue avec brio la période qui précéda cette guerre civile, donnant voix au chapitre à chaque partie : si le propos du film penche naturellement vers les abolitionnistes et pour la liberté, le repas où  le sénateur John Calhoun (Arliss Howard) est très certainement un tournant dans cette intrigue, la sécession devenant alors une réalité inévitable dans les années qui suivront.

Mais s’il donne la parole à tous, Spielberg ne peut toutefois pas laisser ce Sudiste s’en tirer à si bon compte : la conclusion du monologue menaçant de ce sénateur amenant une gêne et un silence, seulement troublé par les bruits de fourchette de ce même Calhoun pendant que tous les autres convives semblent atterrés par cette menace non déguisée.

 

Nous sommes ici bien loin de l’épopée Racines (1979), où ce qui était décrit n’était pas des plus magnifiques, du fait du ton adopté qui se retrouvera plus tard dans le film de Steve McQueen susnommé. Et le jeu d’acteurs est des plus vrais, accentué par le parti pris de laisser le langage mendé, usant d’un interprète (Chiwetel Ejiofor) afin d’accentuer l’injustice qui frappe ces hommes : le langage devenant un nouvel écueil dans le parcours éprouvant de ces hommes, non seulement traités comme des inférieurs mais surtout incapables de comprendre ce qu’on peut leur dire. La séquence où Baldwin (Matthew McConaughey), l’avocat de ces malheureux et Cinque (Djimon Hounsou) dans la cour de la prison illustre tout à fait cette incompréhension qui dessert d’autant plus ces « esclaves ».

 

Et puis il y a le jeu des différents acteurs, où curieusement peu de femmes sont présentes, les rôles déterminants restant masculins.

Si on sourit d’Anthony Hopkins qui interprète John Q. (2) Adams – il dort pendant les sessions parlementaires et semble parfois atteint de gâtisme – on ne peut que saluer sa magnifique performance pendant la plaidoirie devant la Cour Suprême composée alors de 7 membres venant de ce Sud esclavagiste. Et en plus, Hopkins a un rôle de gentil !

A ses côtés, Morgan Freeman est toujours aussi impeccable dans ce rôle d’ex-esclave, luttant pour l’abolition. La séquence où il descend dans la cale de l’Amistad – le bateau qui donne son nom au film – est des plus impressionnantes, le silence n’y étant troublé que par le tintement – sinistre – des chaînes.
Bien sûr, on ne peut passer outre la magnifique performance de Djimon Hounsou, dans le rôle de cet homme déraciné qui doit en plus se battre contre une administration en plus de l’incompréhension évoquée ci-dessus.
Dernier acteur important, Matthew McConaughey nous livre ici une interprétation tout en nuance de cet homme bridé par l’incompréhension langagière mais d’une très grande habileté oratoire, véritable personnage charnière de l’intrigue : c’est Baldwin qui convainc Adams d’intervenir.

 

Bref, encore une fois, Spielberg nous montre qu’il sait faire autre chose que des films légers – ce dont je suis fortement convaincu, ne trouvant pas tant de légèreté que ça dans ses films – et brosse ici les dérives de son pays qui, s’émancipant de l’Angleterre au nom de la liberté, paradoxalement accepte qu’une partie de sa population continue de vivre en servitude.

 

 

  1. Le dernier en date est le magnifique 12 Years a slave où on retrouve Chiwetel Ejiofort.
  2. Quincy, fils de John, l’un des Pères Fondateurs et président le temps d’un mandat comme son prestigieux père qui succéda à George Washington (rien que ça).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Jackson, #Heroic Fantasy
Le Hobbit : La Bataille des cinq armées (The Hobbit: the Battle of the five Armies - Peter Jackson, 2014)

Il fallait bien que cela se termine. Deux ans après le premier opus, Peter Jackson nous propose une fin qui n’en est pas vraiment une, mais plutôt la confirmation de ce qu’on avait subodoré après Un Voyage inattendu : il s’agit bel et bien d’une « prélogie » du Seigneur des anneaux, où non seulement Bilbo a déclenché l’épopée que nous connaissons, mais en même temps Jackson y place ses différents personnages – Bilbo, Saruman, Legolas, Gandalf (etc ?) – pour amener cette autre histoire.

 

Bien que le film fut tourné dans la foulée, il nous fallut donc attendre un an avant de pouvoir contempler les ravages de Smaug (voix de Benedict Cumberbatch) sur Lake Town, puisqu’il venait de s’y envoler pour apporter sa véritable complexion : le feu et la mort.

Et question feu, on est servi, c’est un véritable brasier gigantesque qui ouvre donc ce film, avec une séquence encore une fois spectaculaire mêlant habilement mouvement de foules, sous intrigues particulières – Bard (Luke Evans), ses enfants, le Maître (Stephen Fry) et son âme damnée Alfrid (Ryan Gage, ignoble à souhait) – et postproduction à couper le souffle !

Mais ce n’est rien à côté du combat final que tout le monde attend !

 

Vous l’avez compris, Jackson termine sa deuxième trilogie en apothéose, le souffle épique rappelant tout de même plus la bataille de Helm’s Deep (Les deux Tours) que celle de Minas Tirith (Le Retour du roi). Outre une structure similaire, on y retrouve les mêmes moments d’émotion et de découragement ressenti par les différents chefs de bataille, et surtout de Thranduil (Lee Pace), le roi des Elfes de la forêt.

Quant aux cinq armées annoncées, elles sont là : les Nains, les Elfes et les Hommes d’un côté (le bon !) et les Orques et les Gobelins de l’autre (le mauvais !).

A cela s’ajoute un sixième groupe de combattants de dernière minute qui permettent une fin définitivement heureuse : je vous les laisse découvrir, en annonçant tout de même qu’un parallèle avec la trilogie initiale n’est pas fortuit…

 

Bref, Jackson termine en beauté, même si on peut préférer sa première trilogie (c’est mon cas), détournant l’intrigue initiale (1) pour en faire une épopée grandiose et fondatrice, dans la lignée de et surtout amenant la précédente.

On a plaisir à retrouver les différents protagonistes, même si le pendant comique laisse place à une désolation inévitable amenée par le dragon et l’affrontement final.

A propos de ce dernier, alors que le montage parallèle à nouveau nous permet de suivre les différents points de vue – global ou/et particulier –, Jackson y ajoute le duel, inévitable lui aussi, entre Thorin (Richard Armitage) et Azog (Manu Bennett), y ajoutant une variable : la glace qui en plus d’amener des glissades se rompt en différents endroits, amenant un déséquilibre là encore spectaculaire.

 

Vous donc l’aurez compris, j’aime beaucoup cette saga, où Bilbo (Martin Freeman, formidable lui aussi) est le personnage central et où, pour paraphraser Gandalf, il est « un drôle de petit être dans un monde si grand. »

 

 

(1) Le Hobbit (J.R.R. Tolkien, 27-9-1937)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Bryan Singer
Valkyrie (Bryan Singer, 2008)

L’opération Valkyrie était censée prémunir l’Allemagne hitlérienne d’un coup d’état. Et c’est dans ce sens qu’elle fut déclenchée le 20 juillet 1944, peu de temps après le dernier attentat qui tenta une nouvelle fois de tuer le führer (David Bamber) : malheureusement pour les conjurés, Hitler survécut et réprime dans le sang ce coup d’état manqué, dirigé essentiellement par le comte Stauffenberg (Tom Cruise).

 

Tout commence par une tentative avortée instituée par Tresckow (Kenneth Brannagh) qui va s’en remettre à Stauffenberg pour le remplacer, étant envoyé sur le front de l’Est.

Et Bryan Singer va nous présenter Stauffenberg, celui qu’on a coutume de désigner comme la « cheville ouvrière » du complot : en Afrique, sentant la défaite venir, il fait tout pour ramener ses hommes, mais malheureusement un raid aérien en tue un très grand nombre et lui-même perdra l’œil gauche et la main droite, ainsi que deux doigts de la gauche.

Et Singer va utiliser ces blessures à mesure que le film va avancer : le premier plan nous montre l’œil encore intact, pendant que la voix de Stauffenberg/Cruise glisse naturellement de l’allemand à l’anglais (1).

 

Cette séquence d’ouverture qui nous explique les blessures et l’inéluctabilité de l’engagement de Stauffenberg aura un écho à la fin, quand tout sera terminé pour ce dernier : l’œil touché saigne et macule le sable ; Stauffenberg, exécuté, est couché sur le côté gauche, l’œil à nouveau dans le sable.

Entre ces deux plans, nous assistons à un plan qui, s’il semble minutieusement élaboré n’en demeure pas moins un travail d’amateur, à commencer par le rôle de ce même Stauffenberg qui oublie la première action à effectuer lors d’un attentat : s’assurer que la victime est bien morte.

Dès lors, ce sera l’engrenage dans lequel les différents conjurés vont être broyés, s’étant attaqués à une personnalité des plus puissantes et cruelles.

 

Ce qui frappe dans le film de Singer, outre ses transitions toujours aussi bien léchées, c’est son souci du détail, à quelque niveau d’intervention qui soit : le sang sur le sable (voir plus haut), mais aussi celui qui s’égoutte sur le plancher pendant que Fromm (Tom Wilkinson) fait disparaître les preuves de son implication (2).

C’est bien sûr l’œil de Stauffenberg qui a un traitement très particulier. En effet, la plupart du temps, ce dernier porte un bandeau sur l’œil gauche qui, avec sa main manquante lui donnerait presque l’allure d’un pirate si nous eussions été dans un film plus léger. Et curieusement, ce bandeau est utilisé le plus souvent par cet officier, reléguant l’œil de verre à un élément de dissimulation : c’est portant cet œil qu’il va déposer la mallette fatale, comme s’il voulait faire oublier qu’il est l’officier au bandeau noir.

 

Autre élément symbolique (3), sa main droite, manquant à l’appel. En effet, on a tendance à considérer généralement la main droite comme celle qui crée, celle du Bien, et donc la gauche comme celle qui détruit, celle du diable ! Le coup du sort – le raid aérien – marque alors Stauffenberg du sceau de l’infamie, ses actions criminelles y trouvant leur origine. [Oui, c’est un peu exagéré]

 

Et cet aspect symbolique, voire mystique est annoncé en préambule : tuer Hitler et débarrasser l’Allemagne d’un personnage aussi malfaisant est une occasion pour les conjurés d’accéder à une éventuelle rédemption (4) : après avoir plus ou moins lâchement suivi cet homme et lui avoir prêté allégeance (les premières paroles qu’on entend – en vo), ces conspirateurs veulent se racheter envers leurs compatriotes mais aussi aux yeux du monde. Et pour les plus impliqués, cette idée de rachat restera jusqu’au bout leur « planche de salut » (évidemment…) ayant fait leur part malgré tout.

 

  1. Huston avait usé de ce procédé pour son film d’espionnage : The Kremlin Letter (1970).
  2. Son implication (éventuelle) sera mise en évidence plus tard par ses supérieurs surtout pour avoir fait exécuter ceux qui auraient pu le dénoncer…
  3. J’extrapole peut-être…
  4. Film américain oblige (« américano-allemand » me semble plus juste)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ben Affleck, #Politique
Argo (Ben Affleck, 2012)

1979 : Khomeiny prend le pouvoir en Iran (quarante ans déjà !).

Dans la foulée, certains diplomates américains – sur des bases on ne peut plus réalistes – se sentirent en mauvaise posture.
C’est pourquoi Tony Mendez (Ben Affleck, grand manitou dans ce film) s’en va en Iran délivrer ces diplomates de ces hordes islamistes.

 

Certes, ce film est une apologie de l’oncle Sam et de ses services qui – en sous-main – ont agi pour leur cause. On  pense bien sûr à Ross Perrot qui de son côté mit en place une expédition de libération et que Ken Follett décrivit dans son roman (On Wings of Eagles, 1983).

Mais nous sommes un peu plus tôt, et Argo (Ben Affleck) est celui qui mit en place ce sauvetage, passant outre certaines consignes : les différents éléments du groupe qui furent sauvés le furent dans des conditions plutôt rocambolesques, ce qui ne sera pas le cas des libérés de Perrot.

 

Nous allons donc suivre le destin de diplomates américains en Iran alors que la Révolution islamique (et islamiste) s’installe, et que malgré la destruction des documents par les broyeuses, certains de ces diplomates vont être ardemment cherchés.

Rapidement, l’intrigue principale va nous échapper pour nous permettre de nous concentrer sur les différents destins des protagonistes impliqués dans cette histoire. Et Ben Affleck ajoute une variante temporelle en nous montrant un service administratif qui a la difficile tâche de reconstituer les différents documents qui furent passés à la broyeuse, mais pas assez si nous en croyons l’intrigue.

 

Chose étonnante, il s’agit d’un film d’acteur où finalement peu de place est laissée aux différents interprètes, même Ben Affleck qui, même s’il tient le haut de l’affiche, n’en reste pas moins au même niveau que les autres.

Et au final, nous avons un film basé sur une histoire vraie, bourré de bons sentiments, mais qui aurait mérité un traitement plus proche des différents protagonistes. A part Tony Mendez (Ben Affleck, donc), nous n’avons que très peu d’éléments sur les six autres diplomates impliqués dans cette histoire. Et une ressemblance n’est pas un argument : et le quasi mutisme de ces différents personnages ne les aide pas à gagner leur place cinématographique.

 

Et c’est bien dommage parce qu’on sent une volonté de témoignage objectif d’un événement marquant dans la diplomatie américaine, qui pourrait (légèrement) contrebalancer les différentes opérations plus ou moins calamiteuses de cette même institution dans la même décennie : n’oublions pas que la guerre du Vietnam s’est terminée peu d’années avant (quatre, si on prend en compte l’évacuation de Saïgon), et je répète ici qu’il n’est que peu de pays qui proposent des films mettant en scène une actualité récente avec un regard objectif. « Objectif » signifie bien sûr que l’intrigue ne va pas obligatoirement dans le sens de la propagande positiviste de l’état d’origine.

 

En fin de compte, on peut être déçu par ce film signé d’un acteur et qui ne met que peu en avant les différentes qualités dramatiques des différents interprètes. Malgré tout, l’intrigue, basée sur une histoire vraie reste, bien qu’on eût aimé un autre traitement, peut-être un petit peu plus objectif.

Reste un film-témoignage, mettant en scène  un organisme longtemps décrié au cinéma et qui nous montre qu’il a su aussi intervenir pour l’intérêt commun.

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