La veille du krach boursier de 1929, les spectateurs de Berlin ont la possibilité de voir l’avant-dernier film muet de Julien Duvivier, adaptant ici la pièce d’Henry Bataille (1872-1922).
Il s’agit d’un drame où l’âge est le centre de l’intrigue.
Maman Colibri, c’est la baronne Irène de Rysbergue (Maria Jacobini), qui se déguise en oiseau pour un bal costumé. Mais son mari l’en dissuade, arguant que son fils aîné Richard (Jeacomn Gerrard) est à deux doigts (1) de se marier : elle n’a plus l’âge de ces gamineries.
Au bal malgré tout, elle enfile un loup pour passer inaperçu, et danse avec le jeune Georges de Chambry (Francis Lederer), un grand ami de Richard.
C’est le coup de foudre, et Maman Colibri va suivre Georges en Algérie, chez les Spahis.
Deux ans d’idylle plus tard, arrive la jeune et jolie Miss Dickson (Hélène Hallier) qui va à son tour charmer le beau Georges, mais dans une mesure plus normale : ils sont jeunes tous les deux.
Il y a chez Duvivier, même dans ses films muets, une propension à dénigrer ses personnages, montrant certains torts, et amenant souvent des intrigues tragiques, voire mortifères.
Ici, personne ne meurt, si ce n’est un amour, qu’on a tendance à qualifier de contre-nature : Irène, alors qu’elle est la maîtresse de Georges a largement l’âge d’être sa mère. C’est d’ailleurs ce que pense la belle miss Dickson, appelant sans malice (elle vient d’arriver) Georges son fils.
Cette réflexion sonne le début de la fin de cet amour, Irène s’effaçant (logiquement) devant la nouvelle voisine.
Cette cinglante réflexion amène toutefois une très belle scène d’adieu, Irène restant digne de bout en bout, quittant son amant alors qu’il dort, sans un bruit, et quittant dans le même temps cette Algérie ensoleillée pour une Paris sous la neige. Cette intempérie météorologique accentue d’ailleurs le tragique du retour à la vraie vie, loin de cet exotisme nord-africain.
S’il n’y avait cette teinte dramatique, on pourrait presque se croire chez Cecil B. DeMille, tant ce drame bourgeois ressemble à certains de ses films. Mais Duvivier ici ne laisse aucune place au comique, élément toujours présent chez l’Américain.
Par contre, on notera la virtuosité de Duvivier dans sa narration : c’est une caméra vivante qu’il utilise, se déplaçant souvent, amenant des plans audacieux, soutenant avec pertinence l’intrigue.
Et en plus de cet élément mobile, Duvivier joue avec les différents miroirs que possède la chambre de Maman Colibri, dans la première séquence où elle se prépare. Elle s’y mire régulièrement, et l’arrivée de son mari s’annonce dans l’un d’eux, amenant de suite une froidure dans les attitudes d’Irène et son jeune fils Paul (Jean-Paul de Baere) : enjoués qu’ils étaient à la perspective du bal costumé, dont la mère serait la reine de la fête, l’apparition du baron brise l’élan et va même plus loin comme rapporté plus haut.
On assiste par ailleurs à de nombreuses surimpression, ou encore des plans en contre-plongée voire des très gros plans ne montrant qu’une partie des visages, et surtout les yeux, véritables véhicules d’émotion.
Les différents moments de caméra donne une véritable illusion de vie tant les différents travellings anticipent parfaitement les déplacements des différents personnages.
De plus, on trouve aussi un souci du détail, amenant des plans de coupe se concentrant sur un élément en particulier : par exemple, la main du baron (Jean Dax) est la gauche qui, en gros plan montre l’alliance qui enserre l’annulaire, rendant impossible de l’enlever sans la découper.
Je vous laisse sur cette image ô combien symbolique, et vous encourage à découvrir ce film d’un réalisateur majeur du cinéma français, en particulier pendant les années 1930s.
PS : on notera la présence de Christian Jaque qui élabora les décors.
(1) Ceux qui recevront les alliances.
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