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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mark Herman, #Guerre
Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the striped pajamas - Mark Herman, 2008)

Bruno (Asa « Hugo Cabret » Butterfield) a huit ans, revient de l’école avec ses copains en jouant aux avions et traverse la vie de son insouciance enfantine.

Il habite une grande maison, où on y célèbre de grandes fêtes, comme celle de la promotion de son papa soldat Ralf, (David Thewlis), qui pour l’occasion est envoyé « à la campagne » et que sa famille accompagne : outre Bruno, vont venir sa maman Elsa (Vera Farmiga) et sa sœur Gretel (Amber Beattie).

Près de leur nouvelle maison, une ferme, avec des fermiers étranges : « différents ». Ils sont habillés toute la journée de pyjamas rayés.

Un jour, Bruno s’approche de cette drôle de ferme : il rencontre Schmuel (Jack Scanlon), qui a le même âge que lui. Une amitié va naître.

J’oubliais : le père de Bruno a deux lettres sur le col de sa veste : SS.

 

Nous sommes en Allemagne, au début des années 1940s et c’est la guerre, contre l’ennemi extérieur, mais aussi et surtout contre l’ennemi intérieur, le Juif. Rapidement, nous comprenons que Ralf est le commandant d’un camp de concentration et d’extermination : la présence de Pavel (David Hayman) qui porte lui aussi un pyjama, et avance avec difficulté du fait de son extrême fatigue ; la présence d’une fumée noire intermittente, qu’on nous dit accompagnée d’une odeur pestilentielle.

 

Il y a une grande subtilité dans la mise en scène de Mark Herman – qui signe aussi l’adaptation du livre de John Boyne – distillant avec mesure les différents éléments qui nous amènent à la réalité criminelle de l’Allemagne nazie :

  • La sortie de l’école voit la ville ensoleillée et les enfants courir, les bras écartés et faisant un bruit de moteur, pendant que les gens s’affairent, jusqu’au moment où Bruno et sers copains passent devant un immeuble d’où on sort les Juifs afin de les parquer dans des camions, qui partiront on ne sait où (1).
  • C’est cette fumée noire qui apparaît dans le ciel bleu immaculé, nous ramenant à l’immense tragédie : ni cri, ni alarme. Seulement de la fumée qui s’élève lentement.

 

On peut se dire que ce n’est qu’un film, qu’une adaptation d’une histoire pour (grands) enfants, et que la situation est exceptionnelle et par là-même improbable. Pourtant, nombre de récits nous racontent que les gens qui habitaient dans le voisinage d’un de ces camps y avaient la possibilité de s’en approcher et de voir ce qu’il s’y passait (2). Certes, la relation entre les deux enfants reste au niveau de l’intrigue, mais comme toujours, on se dit que « pourquoi pas ? »

 

Mais il n’en demeure pas une vision de la guerre à hauteur d’enfants, selon une logique que les adultes ont depuis longtemps oubliée : le père de Schmuel a disparu ? On va le chercher dans le camp. Et Bruno creuse pour passer sous les barbelés, déconseillant à Schmuel de sortir : son père est toujours à l’intérieur !

On y retrouve aussi la naïveté de l’enfance qui amène un dialogue toujours étonnant entre ces deux enfants, Bruno ne comprenant pas pourquoi les choses se déroulent ainsi, à l’encontre de toute espèce de logique pour un enfant de huit ans (3).

 

Bien sûr, les deux enfants – Asa Butterfield et Jack Scanlon – interprètent avec beaucoup de justesse ces deux amis particuliers pour qui, comme pour n’importe quel enfant, ne comprennent pas qu’on fasse de telles différences entre les gens. Que la grande différence va être la taille, ou le fait d’être droitier ou gaucher, mais certainement pas d’être d’une confession différente. Et leurs échanges prennent ainsi une teinte très réalistes : alors que Bruno est stupéfait par ce qu’il découvre, Schmuel, du fait de ses conditions de vie épouvantables est plus mûr, et se rend plus compte de cette injustice qui est faite. Mais sans toutefois aller jusqu’au bout : si ses grands-parents sont morts en arrivant, il ne fait pas la relation avec la disparition de son père, ce qui amène la tragédie finale : tragédie pour les enfants et leur entourage, mais quotidien pour les bourreaux : la façon de ranger à sa place le produit utilisé (zyklon B) procède d’un rituel bien établi, soulignant le programme systématique de destruction des Juifs.

 

Je terminerai en parlant un peu des adultes : alors que Ralf est un tortionnaire, sa femme va doucement ouvrir les yeux et comprendre l’origine de cette fumée. Et cette prise de conscience arrive bien sûr trop tard : il n’est pas question que Ralf cesse ses activités.

 

[Si vous n’avez pas vu le film, vous pouvez arrêter de lire, ce que je vais écrire révèle le dénouement]

 

Et quand arrive le dénouement final, la situation est assez embarrassante. On est malheureux pour ces enfants et cette mère éplorée, effondrée parce qu’elle a compris ce qui venait de se passer ; mais vis-à-vis du père, on ne sait trop quoi penser, faut-il le plaindre ou se réjouir (bien fait pour lui !) de son malheur d’avoir condamné à son insu la mort de son fils ?

Quoi qu’il en soit, la fin est terrible, résumant à elle seule cet immense crime contre l’humanité : il n’existe qu’une seule race humaine (4).

 

 

  1. Mais on le devine bien, la suite du film nous en donnant une idée très précise.
  2. Et ce malgré une certaine amnésie qui frappa ces mêmes « spectateurs » une fois l’horreur du crime mise à jour.
  3. Ce qui n’est pas le cas des nazis : les Juifs sont considérés comme des sous-hommes et donc privés de ce qui faisait leur humanité (leur nom, leur métier, leur traitement… leur dignité !).
  4. Cf. : Le Marchand de Venise, acte III scène 1.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #James Gray, #Robert Duvall
La Nuit nous appartient (We own the Night - James Gray, 2007)

Depuis Abel et Caïn, les rivalités entre frères ont très souvent amené des intrigues intéressantes.

Ici, les deux frères sont Bobby (Joaquin Phoenix) et Joe (Mark Wahlberg), l’un policier, l’autre pas, fils de Burt Grusinski (Robert Duvall) déjà policier lui aussi.

Alors que Joe court après des trafiquants, Bobby les accueille dans son club, qu’il gère en sous-main pour Marat Bouzhayev (Moni Moshonov). Ce dernier est l’oncle – propre sur lui – de Vadim Nezhinski (Alex Veadov), l’un des trafiquants les plus en vue que recherche Joe.

On en resterait là si par malheur Nezhinski ne fît exécuter Joe. Parce que, finalement, Bobby et Joe ne sont pas Caïn et Abel…

 

James Gray dirige à nouveau une histoire de famille, de police, de gangs, et le tout à New York : il boucle ainsi sa trilogie commencée treize ans plus tôt avec Little Odessa.

De plus, il retrouve Phoenix et Wahlberg qui étaient dans l’opus 2 – The Yards (2000) – et sont accessoirement les producteurs du film.

Une fois passée le fait qu’ils ne se ressemblent pas vraiment, nous assistons à une intrigue où famille et loyauté sont les deux éléments importants : la famille policière, qui ne se cantonne pas au trio Gruzinski, mais comporte les autres éléments de la Force ; et la truande qui elle aussi se serre les coudes, même si hors de ses liens du sang, il n’y a que peu de salut.

Et si Bobby des trouve au beau milieu de ces deux familles, les liens du sang se font les plus forts une fois les hostilités lancées.

 

Cette plongée dans ce qu’on peut appeler la mafia russe nous sort de l’Italienne que nous connaissons bien : cette organisation criminelle servit longuement de modèle aux cinéastes que ce soit dans les années 1930s (Wellman, Hawks ou encore LeRoy), tout comme 40, voire 60 ans plus tard (Coppola ou encore Scorsese).

Mais il faut dire que depuis la chute du Mur (novembre 1989) et surtout celle du communisme, nous avons découvert une nouvelle organisation criminelle qui n’avait rien à envier aux Italiens et autres Siciliens.

 

Ces « nouveaux » truands de l’Est sont aussi redoutables, voire peut-être un tantinet ^plus que leurs prédécesseurs, ne jouant pas le jeu avec les mêmes règles, comme s’obstine à le faire Burt Gruzinski, à son grand désavantage : il sera tué sans hésitation, ces nouveaux bandits n’ayant aucun scrupule à tuer les policiers, comme c’était souvent le cas avant.

Ce meurtre a lieu sous les yeux de Bobby, pendant une pluie battante, ne lui permettant pas de bien distinguer ce qu’il se passe. Et c’est là que se place la nouveauté dans cette énième poursuite en voiture : à aucun moment nous ne voyons la chasse à travers d’autres points de vue. Nous restons dans la même voiture jusqu’au bout, découvrant avec Bobby l’issue fatale qui ne faisait tout de même aucun doute.

 

Ce qui suit est alors prévisible et nous assistons alors à la vengeance d’un fils, obligé – comme l’avait prédit son père dans la première partie du film – de choisir son camp dans ce qui est une guerre, comme on nous le rappelle souvent dans ce genre de film.

Prévisible ou pas, on passe tout de même un agréable moment devant ce film policier où Joaquin Phoenix est passé du côté des gentils, malgré un début qui annonçait tout de même le conflit, sinon biblique, du moins fraternel.


Et les femmes dans tout ça, me demanderez-vous ?

Mise à part la belle Amada (Eva Mendes), ce ne sont que femmes au foyer, essentiellement cantonnées à la cuisine : que ce soit la mère d’Amada (Miriam Cruz) ou la femme de Bouzhaiev (Elena Solovey), elles préparent et/ou nourrissent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Danny DeVito, #Comédie
Balance Maman hors du Train (Throw Momma from the Train - Danny DeVito, 1987)

D’un côté Larry Donner (Billy Crystal), professeur de littérature, écrivain plus ou moins raté et surtout ex-époux de Margaret (Kate Mulgrew) qui est partie avec le livre qu’il avait écrit et en tirant au passage de juteux bénéfices.

De l’autre Owen Lift (Danny DeVito), élève au cours dispensé par Harry, écrivain en herbe donc, et tyrannisé par une mère on ne peut plus abusive (Anna Ramsey).

Le lien entre ces deux hommes : une envie irrépressible de se débarrasser de cette « femme de leur vie » fort encombrante.

Alors quand Owen annonce à son professeur qu’il a rempli sa part du marché en tuant son ex-femme, Larry sait qu’il a mis le pied où il ne fallait pas.

 

On pense à Hitchcock tout de suite devant intrigue où deux personnes s’échangent leur meurtre. Et Danny DeVito, dans c’est le premier film, ne s’en cache à aucun moment, amenant Owen au cinéma pour y voir Strangers on a Train qui traite de la même histoire, l’humour en moins.

Mais DeVito ne s’arrête pas à ce seul film, et si vous regardez bien, vous aurez aussi des références à Dial M for Murder ou encore North by Northwest.

Et au final, pour un premier film, c’est prometteur.


On s’amuse beaucoup de cette histoire encore une fois improbable et surtout du duo qui la mène : deux hommes que tout oppose sauf l’écriture, et encore là aussi ils ne jouent pas dans la même cour.

Mais il est une choser sur laquelle ils se retrouvent, c’est la mère d’Owen. C’est une harpie et encore je trouve que ce terme est un tantinet faible.

Il faut dire qu’Anne Ramsey est formidable dans ce rôle de mégère, amenant même le spectateur à avoir envie de la trucider tant elle est désagréable : vieille, moche et hurlante, elle a tout pour déplaire. Et Owen et Larry ne sont pas trop de deux pour éradiquer une telle menace.

Mais c’est une comédie, et tout va (à peu près) bien se finir, et si le titre n’est pas respecté complètement, ce n’est pas bien grave : tout ceci n’est pas sérieux, encore que…

 

Ce coup d’essai de Danny DeVito se révèle au final payant, le spectateur se laissant conduire dans cette intrigue-hommage avec beaucoup de grâce. Et la quand on étudie d’un peu plus près les différents noms qui ont participé au film, on comprend aussi pourquoi DeVito ne pouvait pas beaucoup se tromper : outre Anne Ramsey et Billy Crystal, on retrouve Rob Reiner qui fait une apparition comme agent littéraire, et aussi Barry Sonnenfeld derrière la caméra (1).

Et puisqu’on en est à la technique, on peut saluer le travail de montage de Michael Jablow qui réussit de très belles transitions passant d’un lieu à l’autre à partir d’un élément comment de ces deux lieux.

 

Pari réussi donc pour Danny DeVito, réussissant à jongler entre humour et mort, rêve et réalité, effleurant même l’émotion quand Owen montre sa collection de pièces de monnaie à Larry, n’étant plus alors seulement le faire-valoir de ce dernier.

Il réitèrera cela dans son film suivant : La Guerre des Rose, ou humour (noir) et mort (violente) seront à nouveau au rendez-vous.

 

 

(1) C’est derrière la caméra que Barry a commencé avant de passer à la réalisation, faisant tourner Danny DeVito à son tour dans Get Shorty quelques années plus tard (1995).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Bronco Apache (Apache - Robert Aldrich, 1954)

Alors que Geronimo (Monte « Danton » Blue) se rend, mettant fin aux guerres indiennes qui réduisirent comme peau de chagrin les effectifs amérindiens, Massai (Burt Lancaster), fier et farouche guerrier apache continue la lutte contre l’homme blanc.

Sa rencontre avec un Cherokee lui fait entrevoir un autre futur où les Indiens et les hommes blancs pourraient cohabiter en paix, le guerrier se muant en fermier.

Cette éventualité ne semble toutefois pas à son goût, et il veut à tout prix continuer la lutte pour mourir en homme libre, de la façon qu’il aura choisi.

 

Il y a souvent dans le cinéma de Robert Aldrich une singularité qui le distingue des autres réalisateur, que ce soit dans les intrigues et/ou leurs traitements : l’antagonisme entre les deux sœurs Hudson, ou la bande de criminels qui sont envoyés en mission commando…

Ici, c’est un western où le point de vue est celui d’un Indien fier jusqu’à l’orgueil, seul contre tous. Bien sûr, et c’est là qu’est la singularité, nous développons une sympathie pour ce brave parmi les braves qui se battra jusqu’au bout. Le fait qu’il soir interprété par Burt Lancaster fait aussi beaucoup pour le rendre si sympathique.

Encore que son attitude obstinée le dessert à différentes étapes de sa fuite en avant : c’est un Indien, et dans le paysage cinématographique hollywoodien des années 1950s, ce n’est pas une garantie de survie bien longue. Comme le dit alors le dicton : « un bon Indien est un Indien mort ».

 

Et Aldrich va nous montrer qu’il n’en est rien, que les « bons Indiens » sont aussi vivants que le reste de la population américaine. C’est le Cherokee qui aide Massai dans sa fuite, lui préconisant la sédentarité à travers la culture.

Et c’est surtout Nalinle (Jean Peters) qui va le dompter et d’une certaine façon le civiliser.

Mais la rupture d’avec les westerns habituels vient surtout des hommes blancs, et en particulier de Sieber (John McIntire).

 

Si nous connaissons le général Custer et William Cody comme opposants aux Indiens, la position de Sieber n’est pas aussi extrémiste. Au contraire, Sieber est un chef qui refrène les hommes qui sont avec lui, évitant de faire couler un sang inutile.

La dernière séquence qui marque définitivement la fin des guerres indiennes est d’ailleurs tout à son honneur, le laissant même prononcer la dernière réplique du film.

Autre curiosité : pour interpréter cet homme blanc raisonnable, Aldrich a fait appel au grand John McIntire, qu’on connaît plus dans des rôles beaucoup moins sympathiques, voire carrément détestables ! (1)

 

Je terminerai en disant qu’il exista un Indien qui s’appelait Massai et qui vécut en partie ce que nous voyons à l’écran. Mais sa fin nous est inconnue.

De même, Sieber est un autre protagoniste réel de cette période meurtrière, même s’il n’a pas assisté lui-même à la reddition de Geronimo.

Dernier petit détail : on ne peut ignorer que dans les quelques plans de la ville un cireur de chaussures de petite taille n’est autre que John George, un nain figurant dans une quantité phénoménale de films muets et parlants, ayant tourné avec de nombreuses grandes stars hollywoodiennes, dont plusieurs fois avec l’immense Lon Chaney : The Unknown (1927), pour ne citer que celui-là.

 

PS : J’oubliais : si Burt Lancaster est très convaincant en Indien insoumis, la couleur de ses yeux – ainsi que ceux de Jean Peters – ne joue pas en sa faveur d’un point de vue réaliste. Le bleu n’étant pas une couleur répandue chez les Indiens avant les métissages plus ou moins consentis.

PPS : autre (dernière) chose. Sieber est aidé dans sa poursuite derrière Massai par un Indien appelé Hondo, interprété par un jeune (33 ans) acteur répondant au nom de Charles Buchinsky. Buchinsky qu’il abandonnera pour un nom de scène plus américain : Bronson.

 

 

(1) Environ trois semaines après la présentation de ce film va sortir The far Country (Anthony Mann), où il interprète le juge Gannon, peu porté pourtant sur la légalité quand elle ne l’avantage pas.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Policier
Peur sur la Ville (Henri Verneuil, 1975)

Paris a peur : Minos, un tueur psychopathe tue les femmes qu’il juge impures, se prenant pour le personnage dont il a usurpé le nom : Minos, juge des enfers avec Eaque et Rhadamanthe dans la mythologie grecque.

Le commissaire Le Tellier (Jean-Paul Belmondo), après avoir méprisé ce tueur, se lance à sa poursuite.

Et comme c’est Belmondo, il ne faut rien parier sur Minos, surtout qu’il a avec lui le GIGN (1) qui vient d’être créé.

 

Nous sommes en plein cœur des années 1970s, alors que la crise vient de commencer suite au choc pétrolier de 1973. Mais pour l’heur, pas de véritable répercussion sur la production cinématographique française : on s’y poursuit allègrement dans un flot ininterrompu de voitures (2) de nuit (ouverture du film) comme de jour (poursuite de Minos).

Alors que le film est en tournage, la France a un nouveau président – Pompidou est mort le 2 avril – mais reste dans la même situation policière, le film permettant d’admirer les différents corps de police et gendarmerie, au service du Bien, cela va sans dire, avec en prime quelque réminiscence soixante-huitarde (3).

 

Mais surtout, c’est un film où Belmondo éclate : il est partout, il a réponse à tout et même un humour cinglant, se fichant gentiment de ses supérieurs – dont son divisionnaire (Jean « Sullivan » Martin).

Bébel est en super forme, multipliant les cascades spectaculaires pour le régal des spectateurs : pour la première fois der sa carrière (et certainement pas la dernière !) son nom s’étale en grand immense sur l’affiche. De plus, il y prend la pose dans le plus pur style Steve McQueen, la « coolitude » en moins, cela va de soi : Le Tellier est un type simple et efficace, possédant une « petite tronche et des gros muscles ». Et comme le prouve le dénouement – attendu – notre « ami » Minos est arrêté, avec se profilant devant lui la « Bascule à Charlot », la peine de mort étant toujours légale sous ce nouveau président, malgré ses déclarations antérieures. Mais nous nous éloignons du sujet.

 

C’est un véritable festival auquel nous convie Henri Verneuil : festival de scènes spectaculaires, de bons mots et de vedettes croisées dans une majorité de films de cette époque (je parle des seconds rôles voire troisièmes ou plus), mais c’est tout de même le grand Jean-Paul qui assure la plus grande partie du spectacle, partageant à nouveau la vedette avec Charles Denner qu’il avait accompagné deux ans plus tôt chez Labro (L’Héritier). On trouve dans ce duo l’indispensable différence de gabarit et d’attitude indispensable à son bon fonctionnement, ces deux-là se retrouvant tout de même dans leur efficacité au travail.

 

On retrouve un peu de Dirty Harry dans cette intrigue de maniaque sexuel qui tue pour le plaisir, mais le modus operandi et la personnalité de Callaghan empêchant tout parallèle véritable. Alors que Scorpio tue plus ou moins au hasard et de loin (fusil à lunette), Minos est le plus souvent près de ses victimes : Adalberto Maria Merli est un Minos fort intriguant et la voix de Bruno Devoldère  ajoute à son côté inquiétant.

 

Bref, c’est du grand spectacle, du Belmondo dans toute sa splendeur. Malheureusement, on ne retrouvera pas souvent une aussi belle conjoncture dans les films à venir de ce monstre du cinéma français. Et si le film suivant qu’il tournera avec Verneuil sera d’une certaine qualité (4), leur dernière collaboration peut être oubliée, les dialogues d’Audiard étant peut-être la meilleure des choses. Et encore, Audiard n’y avait plus la verve des années 1960-70.  

 

  1. Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale fut opérationnel dès le 1er mars 1974, six mois avant le tournage du film.
  2. Ils ne travaillent jamais ces gens-là ?
  3. L’une des curiosités du film tient dans la présence d’un jeune acteur qui fait ses débuts, Jean-François Balmer. Si son rôle est purement accessoire, on ne peut rester insensible à son physique particulier, doublé d’une (belle) élocution qui ne l’est pas moins. Il reviendra à l’écran avec Bébel dans Flic ou Voyou, quelques années plus tard, dans un rôle un peu plus conséquent.
  4. Et même d’une qualité certaine : Le Corps de mon ennemi (1976) :
     

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Malcolm Venville
Braquage à New York (Henry's Crime - Malcolm Venville, 2010)

Décidément, entre les traducteurs des titres de film et moi, ce n’est vraiment pas l’entente cordiale.

Quand je lis « Braquage à New York », j’imagine une attaque de banque qui se situe dans la City, dans les environs de Wall Street ou quelque chose comme ça.

Eh bien non ! SI braquage il y a c’est dans l’état de New York qu’il faut l’imaginer.

En effet, pour ceux d’entre vous qui l’ignorent – il n’y a aucune honte à ne pas le savoir, moi-même ne l’ai appris qu’hier (1) – New York (la ville) appartient à l’état de New York dont la capitale est Albany. Et le braquage a lieu à Buffalo, sur la limite Nord de cet état, du côté américain des Chutes du Niagara.

Alors promettre un braquage à New York est un tantinet trompeur, voire une faute professionnelle.

Surtout que le titre original est « Le Crime d’Henry ».

Mais quel est donc ce crime ?

 

Henry Torne (Keanu Reeves) est un homme terne, avec un boulot terne (il travaille à un péage, délivrant tickets et monnaie aux automobilistes), et une vie terne, sans rêve, sans avenir.

Un matin, Eddie Vibes (Fisher Stevens) vient le chercher pour remplacer un joueur de son équipe de football (américain, pas le soccer). Mais il n’y aura pas de match, puisque Vibes utilise Henry pour assurer sa fuite après un braquage (2). Le braquage tourne mal et Henry est arrêté, étant le seul encore présent une fois les autorités sur place.

Condamné à trois ans de prison, une fois la peine accomplie, il décide de réellement braquer cette même banque, n’appréciant pas avoir été condamné pour rien.

 

Encore un film de braquage ? Oui. Il faut dire que depuis Ocean’s 11, on a vu nombre de films sur le même sujet, rivalisant d’astuce et d’intelligence pour aller toujours plus loin dans la surenchère.

Ici, pas de plan extrêmement sophistiqué pour arriver au coffre-fort : un tunnel et hop, on est dans la salle, on prend l’argent et au revoir messieurs-dames.

Enfin ce n’est pas si simple, tout de même : le tunnel vers le coffre (qui existe depuis la Prohibition) débouche de l’autre côté dans un théâtre, ou plus précisément dans la loge d’un acteur principal d’une pièce de Tchekhov.

 

Je vous rassure tout de suite, le braquage aura lieu et sera une réussite, mais peut-être pas de la manière qu’on l’eût imaginé.

Nous sommes essentiellement dans la comédie, le braquage n’étant pas vraiment le centre d’intérêt de l’intrigue. C’est surtout le moyen d’y arriver qui retient toute notre attention, et le rôle déterminant de Max Saltzman (Rien à voir avec Harry), interprété avec brio par James Caan, trop rare à l’écran à mon avis.

Saltzman est un baratineur de génie, retombant toujours sur ses pieds et comme Henry, il va changer : Henry ne pouvant tomber plus bas, il ne devait que s’élever ; mais Max prisonnier volontaire (il refuse toute occasion de sortir) va devoir se réadapter à la vraie vie, faite de responsabilités et de risques.

 

Autre personnage qui va changer : Julie Ivanova (Vera Farmiga). Actrice plutôt minable – elle est surtout connue pour une publicité télévisée peu gratifiante – sa rencontre avec Henry amorce le tournant qui la portera vers d’autres cieux. Henry sera le révélateur de son talent, lui amenant ce qu’il lui manquait pour se révéler pleinement : l’amour.

Mais qui dit théâtre, dit metteur en scène : Darek Millodragovic (Peter « Grimsrud » Stormare). Et encore une fois, Stormare nous campe un personnage improbable mais des plus savoureux : un metteur en scène truculent aux crises fréquentes contre ses interprètes, se considérant le véritable héritier de l’auteur russe, méprisant sans vergogne aucune ces acteurs américains qui selon lui ne comprennent rien.

 

Bref, nous sommes de plain pied dans la comédie, le braquage annoncé n’étant qu’un prétexte pour nous présenter ces personnages plus drôles les uns que les autres. Sans oublier la place de Keanu Reeves en décalage avec ses rôles habituels de jeune premier formidable : Henry est un raté, mais malgré tout, lui aussi changera.

 

  1. J’en fais trop ? OK. Pardonnez-moi.
  2. Ce n’est pas celui du titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Daniel Espinosa
Sécurité rapprochée (Safe House - Daniel Espinosa, 2012)

Matt Weston (Ryan Reynolds) travaille pour la CIA au Cap. Tous les jours, il entretient une maison vide qui sert de refuge (1) aux agents de terrain, et accueille accessoirement des invités plus ou moins consentants : s’y tiennent souvent des interrogatoires musclés mais qui, faute d’enregistrements, n’ont jamais existé.

Cela faisait un an que Matt s’ennuyait dans cette trop grande maison quand on lui amena un invité de marque : Tobin Frost (Denzel Washington). Ce monsieur qui a appartenu à la même maison vient d’être retrouvé après quelques années de silence et porte par devers lui des informations délicates, surtout pour ceux qui sont les sujets de ces informations : des agents trop peu scrupuleux des bonnes manières et surtout exerçant loin du domaine légal qui les concerne.

Pas étonnant qu’à peine arrivé à la « planque » (1), des hommes armés interviennent, venus semble-t-il régler son compte à ce drôle d’agent.

 

Efficace et mené tambour battant par Daniel Espinosa, ce film d’espionnage somme toute classique – il y a au moins une planche pourrie dans la CIA – se laisse regarder avec plaisir, la présence de Denzel Washington y étant pour beaucoup. A ses côtés (sur l’affiche au moins) on y trouve quelques noms de premier plan connus – Brendan Gleeson, Sam Shepard, Vera Farmiga – et quelques autres plus obscurs comme quelques unes de nos vieilles connaissances : Robert Patrick et Liam « Davos » Cunningham.

Et si Robert Patrick semble être du côté des gentils – je parle de la CIA – son sort n’est pas bien différent que ceux de ses rôles précédents, si vous voyez ce que je veux dire.

 

Quoi qu’il en soit, nous avons donc une belle brochette d’espions qui passent leur temps à se poursuivre, et quand ce n’est plus le cas, ils s’entretuent. Ce qui nous laisse tout de même peu de temps pour souffler.

Certes, les images sont à couper le souffle, mais on aurait peut-être préféré un rythme un peu moins soutenu et surtout plus équilibré.

Nous n’échappons pas non plus au linge sale qu’il faut à tout prix éviter de laver en public (la liste) mais que de toute façon, et malgré toute l’opiniâtreté des « pourris » incriminés, elle sera publiée et le scandale éclatera, faisant un bout de ménage dans certaines institutions.

Mais rassurez-vous, il en restera à faire dans d’autres films, sinon, où serait l’intérêt ?

 

Je l’ai déjà dit ici, mais depuis The Bourne Identity, certains codes du film d’espionnage ont évolué et ce film en est une illustration frappante (2) : Matt Weston est un néophyte, encore vierge de toute véritable implication, sorte de justicier qui veut la vérité à tout prix, alors qu’il va apprendre – rapidement – que la vérité doit être « le cadet de ses soucis » (3), la survie étant le premier objectif d’un agent après sa mission. Alors encore plus quand on n’a pas de mission et que ça canarde de tous les côtés.

Et on retrouve dans certaines séquences le côté débrouillardise qu’on avait aimé avec Jason Bourne, qu’elle soit le fait de Matt ou de Frost, qui est un agent de haut vol.

 

Un film somme toute plaisant, et si Matt Weston est un héros/jeune premier plein de ressources, on peut tout de même lui préférer Denzel Washington, qui y a le rôle le plus intéressant : normal, il est l’un des producteurs du film...
Et les femmes ? Elles sont bien peu, et dans des rôles un tantinet effacés. Effacés par des scènes fortes qui ont tendance à n’être réservées qu’à des hommes.

Dommage.

 

 

  1. Une des traductions de « Safe House », le titre original.
  2. Dans tous les sens du terme du fait d’une violence tout de même bien présente.
  3. Comme dit Rhett Butler en version française !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Guerre, #Robert Duvall, #Marlon Brando
Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979)

Sublime.

 

Tout commence par la fin : celle que chante Jim Morrison (The Doors), pendant que le paysage prend feu au milieu d’hélicoptères dont les bruits d’hélices nous parviennent feutrés.

S’en suit le récit du capitaine Willard (Martin Sheen) envoyé en mission au Cambodge pour éliminer Kurtz (Marlon Brando) un colonel américain qui est devenu fou.

Commence alors une quête : la recherche d’un personnage troublant qui dérange plus ses (ex-) supérieurs que l’ennemi vietminh.

Willard va remonter le fleuve qui mène à sa cible : s’approchant toujours plus près de son origine (1).

 

Quarante ans après – dans cette version « final cut » - l’effet est intact. On ne peut rester insensible à ce film magistral où Francis Ford Coppola confirmait qu’il était bien l’un des plus grands réalisateurs (ce qu’il est toujours, à mon humble avis), décrivant avec une même force la sale guerre du Vietnam comme il avait décrit le sale milieu mafieux new-yorkais quelques années plus tôt.

Et encore une fois, il nous gratifie d’une fin avec un montage parallèle aussi fort que le reste du film, avec ce même aspect symbolique qu’on avait vu dans Le Parrain et qu’on retrouvera dans The Cotton Club quelques années plus tard.

 

Mais avant toute chose, et même s’il s’agit d’un film de guerre, c’est avant tout une symphonie d’ombre et de lumière, de pénombre et de lueurs. Les séquences nocturnes (les plus nombreuses) opposent sans cesse ces deux opposés de l’éclairage, mettant en exergue telle partie d’un visage ou d’un lieu, découvrant ou reprenant un autre élément (2).

Autre élément important : le son : la musique, les différents bruits, et surtout le silence. Ce silence qui s’installe pour annoncer un danger, mais qui suit une grande période de frénésie comme seule (ou presque) la guerre sait nous offrir.

Et même pendant les accords de la musique de Carmine Coppola (son papa), le silence qui entoure les différents protagonistes s’impose, reléguant cette musique à un accompagnement lointain, presque indistinct.

 

Et puis il y a les acteurs.

Alors que le film s’ouvre sans aucun générique, nous les découvrons les uns après les autres (3), Martin Sheen tout d’abord, puis Harrison Ford (Colonel Lucas : tiens, tiens…) qui vient d’exploser à l’écran avec Starwars. C’est aussi Robert Duvall, colonel d’une brigade de cavalerie qui a troqué ses chevaux pour des hélicoptères ou Dennis Hopper en photographe un tantinet déjanté, admirateur absolu de Kurtz.

 

Et puis il y a Brando.

A part sur les photos du « dossier » (en français dans le texte) de Kurtz, on ne le voit pas avant la dernière demi-heure du film. Mai l’attente en valait le coup : il est absolument magnifique, donnant à chacun de ses gestes et de ses paroles une dimension supérieure, voire royale, même s’il n’a pas de geste sortant du commun.

Tout comme Willard-Sheen, nous sommes envoutés par cette voix particulière qu’avait cet immense acteur, parlant simplement de choses compliquées, le débit mesuré afin de laisser ses paroles pénétrer les consciences de ses « enfants ».

 

Il y a dans Kurtz un gourou, mais pas dans le sens sectaire qu’on lui connaît : plutôt un maître spirituel (l’acception originelle) qui conduit ses adeptes sans en tirer quelque profit substantiel ou sexuel. Mais, et c’est tout de même là qu’est la limite de ce personnage si intriguant : il reste un militaire, et ses méthodes ne sont pas des plus paisibles ni raffinées : on peut apercevoir les ravages de ses pratiques dans son repère, issue du voyage de Willard.

Et le plus extraordinaire à propos de Kurtz-Brando (on ne peut pas les distinguer réellement tant Brando est superbe), c’est que malgré le court temps d’apparition de Kurtz, il hante le reste du film : Willard le découvre au fur et à mesure de son voyage et de sa lecture de ce dossier un peu sulfureux.

Qu’est-ce qui va faire que Willard ira au bout de sa mission ? La personnalité très dangereuse de Kurtz ? Ou autre chose ?

 

Il y a chez Willard, une lassitude effective qui s’exprime d’entrée quand il se présente à nous : on en arrive même à se dire qu’il a plus ou moins l’intention d’en finir définitivement avec cette guerre, appelant sans cesse une nouvelle mission, histoire de tirer sa révérence.

Mais il y a aussi la vision de la guerre qui nous est montrée : certes Coppola filme, mais c’est la narration de Willard. Et cette narration alterne des moments de calme et d’insouciance – Satisfaction à la radio par exemple – qui alternent avec des périodes de combat frénétique(s), donnant à ce conflit sa véritable qualification de guerre. C’est à chaque fois une folie meurtrière qui s’empare de ces jeunes gens (seul Willard a passé les trente ans) à chaque alerte, réelle ou supposée.

 

Mais cette sale guerre prend aussi sa véritable dimension dans la façon qu’ont les différents protagonistes de l’appréhender : outre les jeunes soldats du bateau, on rencontre le lieutenant-colonel Kilgore (Robert Duvall, un habitué chez Coppola) qui n’hésite pas à faire intervenir des bombardiers (au napalm) pour « dégager » la zone afin de pouvoir pratiquer le surf, sans oublier sa charge aux accords de la Walkyrie de Wagner.

Et cette guerre est aussi sale parce qu’elle a comme racine un racisme ambiant, les soldats américains (mais les Français aussi, avant eux) considérant les vietnamiens – les véritables autochtones, ceux à qui « appartient » ce pays – considérés comme des sous-hommes, tout comme avaient pu l’être les Amérindiens au siècle précédent pour ses mêmes Américains.

Et ironie du sort (4), ce sont ces « sous-hommes » qui vont réussir à se débarrasser de ces envahisseurs.

 

Quoi qu’il en soit, Coppola réussit un coup double : il nous offre un véritable chef-d’œuvre cinématographique à tous points de vue, et commence une nouvelle page du cinéma américain.

Certes, avant lui, on parlait déjà du Vietnam au cinéma (voir le formidable The Deer Hunter), mais avec Apocalypse Now, ce sont des films qui vont donner aux spectateurs une autre vision de la guerre, et surtout celle-ci qui fut des plus traumatiques pour ceux qui en revinrent. Il allait aussi ouvrir la voie à d’autres aspects peu reluisants de cette guerre : la condition des différents vétérans qui en revinrent (Born on the 4th of July, ou même Rambo…), ou certaines dérives militaires (Platoon, Casualties of War…).

 

Un film qui n’a rien perdu de sa force, même 40 ans après !

 

 

PS : on notera la présence de Laurence « Morpheus » Fishburne à ses tout débuts, dans le rôle de Tyrone « Clean » Miller, un soldat de 17 ans. Et quand le film fut présenté à Cannes – avant de rafler la Palme d’Or – le jeune Larry avait encore 17 ans…

PPS : Pourquoi ce titre ? Si vous êtes attentifs, vous saurez.

 

  1. Celle du fleuve ou celle du colonel
  2. Pas étonnant que Vittorio Sonaro, le chef-opérateur, ait été récompensé d’un Oscar.
  3. Lors de sa sortie en salle, les spectateurs recevaient un livret où figurait la fiche technique du film et la distribution.
  4. Est-ce vraiment le sort qui en décide ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Rupert Hughes, #Comédie
Ames à vendre (Souls for sale - Rupert Hughes, 1923)

Avant, on avait Show People, où  King Vidor faisait évoluer Marion Davis dans Hollywood.

Mais depuis que TCM et la MGM on restauré ce petit bijou, nous avons maintenant un autre film nous présentant quelques éléments de l’univers d’Hollywood, de ces images de l’autre côté de la caméra, dans ce qui semble la vraie vie.
Semble bien sûr, puisque nous sommes malgré tout dans un film, où ces grands noms semblent au naturel alors qu’ils obéissent à Rupert Hughes, réalisateur de l’adaptation de son propre roman : Souls for Sale.

 

L’histoire : Remember « Mem » Steddon (la belle Eleanor Boardman) s’enfuit de son mari Owen Scudder (Lew Cody) et bien lui en prend puisqu’il a la fâcheuse habitude de séduire, épouser et tuer ses femmes pour leur argent.

A bout de force en plein désert, elle rencontre une équipe de cinéma en train de tourner une énième adaptation du Sheik, dirigée par Frank Claymore, avec Tom Holby (Frank Mayo), Robina Teele (Mae Bush) et bien d’autres.

Elle en profite pour participer à quelques plans avant de retourner dans son anonymat.

Finalement elle retrouve tout ce petit monde à Hollywood et commence à grimper dans cette industrie du spectacle.

Bien sûr, c’est au moment où elle va atteindre la gloire suprême que Scudder en profite pour la visiter.

 

Rupert Hughes est avant tout un scénariste, pas un réalisateur. Mais son adaptation de son propre roman ne pouvait pas être possible s’il se fût agi d’un véritable metteur en scène, certains protagonistes (voir plus bas) n’auraient peut-être pas accepté d’aussi bon gré d’apparaître dans cette production.

Et si Hughes n’a pas la même maîtrise que certains des noms prestigieux qu’on rencontre ici, il n’en a pas moins un style intéressant, dirigeant d’une main sure cette histoire  qui est aussi un bel hommage au cinéma de l’époque.

Et on retrouve dans la façon de filmer le sens du détail d’un écrivain, insérant très régulièrement des plans (très) rapprochés afin de pallier l’absence des descriptions littéraires. Ces (gros) plans ont aussi le mérite de coller à l’intrigue, que ce soit les visages ou les objets, rien n’est laissé au hasard.

 

Le film se compose grosso modo de deux parties, l’une amenant Mem à Hollywood, rencontrant ses stars et montant dans l’échelle du cinéma qui mène à la gloire, mais n’oublions pas tout de même, qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne…

La seconde partie remet en selle Scudder qu’on avait laissé enfermé ligoté et bâillonné dans un buffet en Egypte (1).

A ce retour s’ajoute un tournage cataclysmique : pendant qu’on tourne une tempête pendant une représentation de cirque, un véritable ouragan dévaste les décors et tue même quelques interprètes !

Cette tempête - la vraie (2) – amène un dénouement heureux avec en prime, film américain oblige, une rédemption dans le même temps et une conclusion en hommage à ceux qui font chaque jour leur métier pour amuser ou/et émouvoir les foules d’inconnus.

 

Si Hughes n’a pas le talent de Vidor son film n’en demeure pas moins un beau témoignage de ce que fut l’industrie cinématographique de l’époque. Bien sûr, le film étant produit par la firme Goldwyn, ce sont essentiellement ses stars que nous voyons, mais pas que : en effet, nous avons le plaisir de voir Chaplin diriger, dans un style tellement à lui qu’il ne peut pas être le sien (3) : alors qu’il était sur A Woman of Paris, il nous fait un numéro absolument burlesque, à l’encontre de son sujet du moment.

Ce film est aussi l’occasion de voir Stroheim sur le plateau de Greed, dirigeant Jean Hersholt, mais parmi les nombreux interprètes « pris sur le vif », on retrouve plusieurs acteurs et actrices (Zasu Pitts par exemple) de ce même film, jusqu’à Dale Fuller (Maria dans ce même Greed) qui interprète une des victimes de Scudder. En prime, nous avons même droit à June Mathis qui déjeune avec quelques célébrités dont Chester Conklin et sa grosse moustache.

On retrouve aussi deux autres « grands » réalisateurs de la période : Fred Niblo sur le tournage de The famous Mrs Fair et Marshall Neilan sur celui de The eternal Three. Ne cherchez pas, ces deux films sont perdus.

 

Bref, Un film réjouissant, une nouvelle gourmandise dont Hollywood a le secret, un bel hommage à cette profession que j’affectionne tant. Et vous aussi, semble-t-il, puisque vous venez ici…

 

 

  1. Je vous rappelle qu’au cinéma TOUT est POSSIBLE !
  2. Celle dans le film, pas celle dans le film dans le film. Vous me suivez ?
  3. Les tournages de Chaplin furent toujours très secrets et peu de pellicule nous montre comment il travaillait réellement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Brian Helgeland
Legend (Brian Helgeland, 2015)

Alors qu’Hollywood nous a offert de très belles épopées mettant en scène des gangsters devenus depuis mythiques (Tony Camonte, Rico Bandello, Michael Corleone et consorts), c’est au tour des Anglais d’en faire de même, avec ce Legend qui reprend une partie de la vie de ceux qui furent des bandits particuliers : les frères Kray, Reggie (Tom Hardy) et Ronnie (Tom Hardy).

Ceux qui comme moi sont d’inconditionnels des Monty Python se souviennent de la parodie qu’ils en donnèrent dans leur sketch sur les frères Piranha, et surtout Dinsdale qui, tout comme Ronnie, était un dangereux psychopathe qui se croyait poursuivi par un gigantesque hérisson criant son nom partout dans Londres.

 

Mais ici, nous sommes très loin d’une comédie, et les occasions de sourire sont fort rares, tant le tableau dépeint est des plus sordides.

Pourtant, à de nombreuses occasions, on se prend à espérer avec Frances Shea (Emily Browning) que les choses peuvent évoluer et que Reggie, le plus sain des deux frères (encore que) peut se sortir de cette infernale spirale qui les emmène inexorablement vers leur perte.

Et le rythme du film se nourrit de cet espoir illusoire : une période de félicité qui va à chaque fois être détruite par Ronnie, précipitant de plus en plus le duo vers sa fin.

 

L’atout – et l’originalité – du film tient dans ce duo constitué de deux frères qui sont jumeaux, ce qui explique certaines attitudes et actions de ces deux personnages sinistres.

D’un côté Reggie, avec soin aspect respectable et son charmant minois, qui tombe les filles d’un regard ; de l’autre Ronnie, qui se présente à Frances comme quelqu’un de laid, et de surcroît homosexuel. Cette dernière particularité est des plus importante quand on sait que le Royaume-Uni ne dépénalisé l’homosexualité qu’en 1969 (1).

Cette homosexualité assumée a tout de même une limite pour Ronnie qui sait qu’il n’a pas le vent en poupe auprès de ses concurrents : à chaque fois il complète son affirmation en précisant qu’il est le dominant.

 

Mais cette orientation sexuelle ne bride en rien sa folie, n’ayant absolument rien à voir avec son penchant pour la violence. Parce que ces hommes sont violents.

Alors qu’on ne les condamna chacun « que » pour un seul meurtre, Brian Helgeland ne tergiverse pas pour nous montrer quelques événements des plus violents : la bagarre dans le pub contre la bande de Richardson (Martin McCreadie) en est une superbe illustration, Reggie avec poings américains et Ronnie une paire de marteaux.

Les deux meurtres ne sont pas non plus des plus photogéniques : si Ronnie tue sa victime « proprement », celle de Reggie est littéralement massacrée avec une frénésie qu’on retrouve d’habitude chez Joe Pesci dans les films de Scorsese.

 

Et d’une manière générale, si Reggie et Ronnie sont très différents, ils se rejoignent dans leur activité criminelle et sont les deux côtés d’une même pièce, une sorte de négatif : ce que n’est pas l’un, l’autre l’est. Et comme les deux versants de cette même pièce ne se rencontrent jamais, les deux frères ne peuvent se faire de mal l’un envers l’autre, indissociables qu’ils sont jusqu’au bout, malgré leurs divergences qui se règlent parfois autrement que par une engueulade.

Et on en arrive alors à la « prouesse » cinématographique : le double (2).

Alors qu’on a l’’habitude de ces doubles dans des comédies, ici aucun ressort comique, et les différentes apparitions doubles de Tom Hardy sont on ne peut plus pertinentes et deviennent très vite naturelles tant les différences physiques sont évidentes entre les deux (tout comme dans la réalité).

 

Je terminerai en ajoutant la reconstitution du « swinging London » en prend un sacré coup au niveau du prestige (3) : la reconstitution est superbe tant pour les costumes et les coiffures, mais aussi en recentrant les lieux de tournages dans ces endroits qui n’ont pas beaucoup changé pendant ces soixante dernières années. Sans oublier non plus les implications gênantes de certains éléments des milieux politiques de l’époque…

Bien sûr, on trouvera certaines inexactitudes et autres détails un tantinet déplacés dans cette période de l’intrigue.

Mais nous sommes au cinéma : et tout est possible. Même d’avoir une certaine sympathie pour ce duo pourtant improbable (4), interprété par un Tom Hardy en grande forme.

 

 

  1. Reggie et Ronnie ne seront arrêtés qu’en 1968 et jugés l’année suivante.
  2. Est-ce encore une prouesse, 120 ans après Méliès ?
  3. « Au niveau de ». Quelle expression minable.
  4. Pour Reggie plus que pour Ronnie. Encore que…

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