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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Robert Zemeckis, #Danny DeVito
A la Poursuite du diamant vert (Romancing the Stone - Robert Zemeckis, 1984)

Angelina (Kathleen Turner) est menacée par l’infâme Grogan (Ted « Jason » White) : il veut son or et plus car affinités. Mais heureusement, elle portait dissimulé un couteau qu’elle envoie dans le cœur de son opposant, et une fois sauvée des frères de Grogan, le beau Jessie la sauve et l’emmène vers le bonheur.

Fin.

 

Enfin, fin du roman que Joan Wilder (Kathleen Kennedy) vient d’écrire et va porter à son éditrice (Holland Taylor).

A la poste ce matin, une lettre renfermant une carte que des méchants veulent à tout prix récupérer, si Joan veut pour sa part récupérer sa sœur (Mary Ellen Trainor, Mme Zemeckis à la ville) en échange.

Voilà donc Joan Wilder qui n’a jamais quitté New York sur la router de l’aventure, mais aussi sur celle de Jack T. Colton (Michael Douglas), ainsi que du dangereux Zolo (Manuel Ojeda) colonel et chirurgien mais surtout boucher notoire.

 

Avec ce film, Robert Zemeckis fut projeté en avant de la scène, enchaînant ensuite de nombreux succès dont le suivant Retour vers le Futur est emblématique de son cinéma : mêlant humour et scénario solide et un très bon sens du timing comme le montre dans ce film la descente forcée de Joan et Jack.

Bien sûr, ce film n’est pas sérieux. Mais sans tomber dans l’outrance du trio Abrahams, Zucker & Zucker (Top Secret cette année-là), Zemeckis réussit une très belle parodie du film d’aventure, mélangeant les ingrédients susnommés avec bonheur.

 

Il faut dire qu’on retrouve, outre l’emprunt au western d’introduction, tous les éléments des films d’aventure : un chasseur (Jack) solitaire (1) ; un méchant sadique (Zolo) ; deux truands à la petite semaine – un grand mince (Ira/Zack Norman) et un petit gros (Ralph/Danny DeVito) – et une belle nunuche (Joan) obligée, malgré elle, de vivre le destin de son héroïne la belle Angelina. Mais il faut avouer que traverser la jungle colombienne en talons aiguille n’est pas une très bonne idée (2).

 

On s’amuse beaucoup de cette intrigue qui (elle aussi) mêle avec bonheur les éléments des romans de Joan et sa véritable aventure, et quand se termine le film, on se demande alors quelle est la vérité entre ce qu’on a pu voir et ce qu’elle a pu écrire (3). Rassurez-vous, l’ultime séquence remet les choses au point et la fin est – pouvait-on en douter ? – heureuse.

Quoi qu’il en soit, Zemeckis nous emmène là où il veut et comme il le veut, le spectateur étant alors séduit par cette histoire qui en outre recèle des narcotrafiquants et des poursuites en voiture (avec une 4-L, s’il vous plaît) ainsi qu’une cascade et comme si cela ne suffisait pas des crocodiles. Ai-je parlé du pont qui enjambe une vallée avec rivière tout en bas ?

Bref, nous sommes gâtés et nous ressortons du film un sourire aux lèvres, comme c’est très souvent le cas avec les films de Zemeckis.

 

Par contre, le succès (mérité) amena des producteurs (dont Michael Douglas) à en faire une suite, avec le trio Kennedy-Douglas-DeVito. Et comme Zemeckis travaillait sur Retour versle futur, il ne put y participer : le résultat s’en fait sentir.

Et on en revient à la question habituelle : Une suite était-elle nécessaire ?

Franchement ?

Non.

 

  1. Il chasse les oiseaux pour les revendre.
  2. Un argument publicitaire du film à sa sortie.
  3. D’où le titre original qui allie l’émeraude et le métier de Joan qui mélange aventure et romance dans ses livres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Carl Franklin
Out of Time (Carl Franklin, 2003)

Il y a des semaines, on devrait rester couché.

C’est le cas pour le chef Whitlock (Denzel Washington) pour qui les choses se compliquent sérieusement.

Tout d’abord, le divorce d’avec Alex Diaz-Whitlock (Eva Mendes) a été prononcé et il n’a plus qu’à signer les papiers pour que tout soit en règle. Sauf qu’il l’aime toujours.

Ensuite, sa « bonne amie » Ann Merai Harrison (Sanaa Lathan) est retrouvée morte avec son mari dans l’incendie de leur maison. Nouveau problème donc, mais surtout double : il couchait avec elle et l’autopsie pratiquée sur les corps retrouvés indique qu’il s’agit d’un double meurtre. Et en plus, il a été vu dans les environs ce soir-là.

Et pour terminer ce tableau lamentable (pour lui) : c’est sa future ex-femme qui mène l’enquête.

 

Bien sûr, nous spectateurs savons qu’il n’a rien fait et qu’il est le jouet d’une machination mâtinée de fraude à l’assurance-vie, le mari ayant découvert le pot-aux-roses en ce qui les concernait tous les deux.

Mais évidemment, si l’enquête montre tout ça, il ne va pas pouvoir s’en sortir, étant beaucoup trop impliqué dans cette affaire…

Mais l’intrigue de David Collard réserve quelques coups de théâtre (et de feu, ne vous en faites pas) pour Whitlock en même temps que pour le spectateur avant de déboucher sur une fin heureuse, inévitable.

 

Comme toujours, Denzel Washington est impeccable. Il nous emmène dans cette histoire sans nous forcer – ni se forcer lui-même (1) – entouré de quelques seconds rôles solides : Chris Harrison (Dean Caine), le mari ou encore Stark (Terry Loughlin), le responsable pète-sec du DEA (2), et bien sûr Chae (John Billingsley), ami indéfectible de Whitlock, le seul qui comprenne vraiment tous les enjeux du moment.

Ce Chae est l’un des rares personnages à nous tirer un sourire dans cette histoire tant les ennuis de Whitlock vont s’accroissant : Billingsley campe très habilement un personnage étonnant, mélange de pauvre type et de tête pensante au physique quelconque, mais d’une grande loyauté et d'un potentiel comique évident.

 

Bref, nous sommes dans un polard-blockbuster efficace et habile mais on peut tout de même lui en préférer d’autres : Déjà vu ou The bone Collector avec le même Denzel Washington.

Mais on passe malgré tout un bon moment et les cent minutes du film s’égrènent plutôt rapidement, l’intrigue nous tenant en haleine jusqu’au bout (ou presque).

                                                    

  1. Il reste encore des acteurs « cool » en vie…
  2. Drug Enforcement Administration : sorte de Brigade des Stups américaine.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #John Hillcoat
Des Hommes sans loi (Lawless - John Hillcoat, 2012)

Les frères Bondurant – Howard (Jason Clarke), Forrest (Tom Hardy) et Jack (Shia LaBeouf) qui est le narrateur – ont une petite affaire qui marche très bien dans leur comté de Virginie : ils distillent de l’alcool qu’ils revendent à la ville et à ceux qui en ont besoin.

Et ce n’est pas parce que l’Amérique est en pleine Prohibition que les choses changent : on arrose la police – c’est doublement le cas de le dire – et tout va pour le mieux (pour tous) dans le meilleur des mondes (possibles).

Mais leurs affaires font des jaloux : le nouveau DA (1) veut « en croquer » et dépêche sur place son envoyé, l’agent spécial Rakes (Guy Pearce) qui a la ferme intention de mettre ce comté au pas.

Si la plupart des bootleggers rentrent dans le rang, ce n’est pas le cas des trois frères : ils n’ont pas l’intention de changer d’un iota leurs pratiques. De toute façon, tout le comté sait qu’ils sont indestructibles…

 

Pour quelqu’un comme moi qui suis né à la fin des années 1960s, la première illustration de la prohibition qui nous fut offerte était la série Les Incorruptibles (The Untouchables).

Alors le film de John Hillcoat est bien éloigné de cet univers où les gentils étaient les hommes d’Elliott Ness (Robert Stack), et les règlements de comptes plutôt édulcorés même si on pouvait compter quelques cadavres.

 

Puis ce fut (pour moi) la découverte du cinéma américain des années 1930s et son cocktail de mauvais garçons (Rico Bandello, Rom Powers et bien sûr Tony Camonte pour ne citer que ceux-là), dont les frasques restent dans les mémoires des cinéphiles.

Là encore, la violence est présente et le sang coule. Mais, époque oblige, les films étaient en noir et blanc, et l’absence de couleur permettait encore une certaine distanciation : le sang était noir.

 

Alors pour revenir au film de John Hillcoat, il n’est pas question de gangsters citadins comme ces aînés. Les frères Bondurant ne sont rien d’autre que des paysans qui distillent de grandes quantités de gnôle (une sorte de whisky qui permet der faire démarrer les moteurs…) parce que nous avons tous que le Volstead Act n’a en rien freiner la consommation d’alcool en 1919 et 1933 : au contraire, on n’a jamais autant bu !

Mais surtout, ici les gentils sont les trafiquants ! Ceux que la police devrait pourchasser au lieu de s’arranger avec.

Certes, avec l’arrivée de Wardell (Tim Tolin), le nouveau DA, on pouvait penser que les choses changeraient : au contraire, la situation empire surtout grâce à la présence de Rakes. Encore une fois, Guy Pearce est un salaud magnifique, reléguant le personnage de Forrest – certainement le plus dangereux des trois frères parce que toujours gardant son sang-froid, ce qui n’est pas souvent le cas d’Howard, le plus fort des trois – à celui de victime et ce malgré les échantillons de violence qu’il a pu nous montrer.

Nous assistons donc à une situation classique pour un film en pleine Prohibition, mais avec un cadre peu exploité : la campagne profonde.

Si les Bondurant sont les hommes sans loi du titre, il ne faut surtout pas oublier de leur associer les autres, Rakes en tête de liste.

Et si nous avons droit à un règlement de compte en pleine rue avec mitraillette (apparition de Gary Oldman en gangster désinvolte), le reste se règle essentiellement à coups de poings ou d’objets contondants.

 

Et surtout, il y a le basculement. Oh, ce n’est pas un  retournement de situation ou un deus ex machina qui apparaît tout d’un coup. Le basculement se fait autrement : d’un film de gangsters, on passe à un western !

Dans ce western, on a un étranger qui vient semer le désordre et surtout la mort, accumulant les méfaits sans vergogne, menaçant les petits producteurs s’ils ne rentrent pas dans leur organisation.

Et c’est là que la Bondurant, à l’instar des Earp à Tombstone (Arizona) vont ramener l’ordre dans le comté de Franklin, lors d’un règlement de compte final qui ne se passe pas comme prévu mais ramène tout de même l’ordre, qui de toute façon serait tout de même revenu : la Prohibition prenant fin en 1933…

La fin de la Prohibition amène l’inutilité des affaires des Bondurant, et par là même l’acceptation de la Loi. La Civilisation a encore gagné.

 

Et les femmes dans tout ça ? Elles sont deux : Maggie Beauford (Jessica Chastain) et Bertha Minnix (Mia Wasikowska). Elles sont toutes les deux très dissemblables, voire opposées dans leur personnalité. Alors que Maggie est une ancienne effeuilleuse lassée de la vie citadine et ses excès, Bertha est une jeune fille de pasteur au sermon facile et aux allures qui ne sont pas sans rappeler les Amishs (par l’apparence vestimentaire), l’époque « moderne » étant assumée ici.

Pourtant, elles vont trouver leur place dans cette maisonnée rude où violence et alcool sont les deux composantes, majeures et ce malgré l’illégalité des activités des trois frères.


Alors, les Bondurant sont-ils indestructibles ? Réponse dans le film, qui vaut tout de même le coup d’œil…

 

 

PS : les frères Bondurant ont réellement existé et l’histoire racontée ici se base sur des faits – hélas – véridiques, racontés dans le livre The wettest County in the world, écrit par Matt Bondurant, le petit-fils de Jack…

 

  1. District Attorney : sorte de procureur de la république aux Etats-Unis.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Wild and woolly (John Emerson, 1917)

De grands espaces, des Indiens belliqueux, un méchant à moustaches, l’attaque d’un train, un square dance, l’enlèvement d’une belle et un héros sans peur bondissant comme Douglas Fairbanks (1) : pas de doute possible, nous sommes dans un western !

Sauf…

Sauf que ce n’est pas un vrai western (2) puisque tout est arrangé.

 

Je m’explique.

Jeff Hillington (Douglas Fairbanks) est le fils d’un roi du chemin de fer et se dirige vers sa succession le temps venu. Mais il y a un petit problème à cela : Jeff est passionné par le Far-West et cette période mythique qui a accompagné l’histoire de son pays. Il est habillé comme un cow-boy, chique comme un cow-boy et parcourt les rues de New York (le dimanche) à cheval dans son costume adéquat, le faisant tout de même passer pour un fou.

Et quand son père l’envoie pour affaire à Bitter Creek (Arizona), c’est le suprême bonheur : il va enfin vivre cette vie de l’Ouest qu’il a tant parcouru dans ses nombreuses lectures.

Mais voilà quelques décennies que l’Arizona ne vit plus au rythme des six-coups et autres attaques de desperados.

Qu’importe, les habitants de Bitter Creek vont le recevoir en lui permettant de vivre son rêve.

Mais bien sûr, il y a un vrai méchant qui va en profiter…

 

Bien sûr, il s’agit d’un western, et les éléments énoncés ci-dessus sont tout à fait valables. Mais sans pour autant se prendre au sérieux : on rit de bon cœur de ce jeune Don Quichotte au Far-West, vivant son rêve, aveugle aux ricanements sous cape de ses hôtes, et attiré par Nell (Eileen Percy) la fille de l’homme d’affaires (Calvert Carter) qu’il est venu voir.

Et tout se passerait bien s’il n’y avait ce véritable méchant qui profite des Indiens pour s’enrichir : Steve Shelby (Sam De Grasse), agent des affaires indiennes.

 

Et bien sûr, l’Ouest qui est offert à Jeff est bourré de stéréotypes et de préjugés dont la maxime (hélas) archiconnue « un bon Indien est un Indien mort » est bel et bien présente.

Et fait exprès, les Indiens ici sont hostiles aux Blancs, excités par Shelby et le whisky qu’il leur fournit. Il n’empêche : les Indiens sont – encore une fois – montrés sous un triste jour, comme c’était de coutume à l’époque.

Autre personnage mauvais : Pedro (Charles Stevens). C’est un Mexicain complice de Shelby, montrant par là une certaine discrimination qui était faite au cinéma de cette époque (3). Et pourtant Stevens avait des origines mexicaines (sa maman était mexicaine).

Fort heureusement, ces conceptions n’ont plus cours à Hollywood depuis un moment déjà, même si on peut en douter quand on voit qui dirige ce même pays (3).

 

Dès l’introduction, Emerson donne le ton : ce qui va suivre n’est pas sérieux et pas seulement dans les images. Nous assistons à une comparaison des lieux et habitudes, mais sans pour autant que soit annoncé que « c’était mieux avant ». L’intrigue prend tout de suite ses distances et promet de nous montrer que l’âme de l’Ouest n’est pas encore morte.

Il faut dire qu’avec Douglas Fairbanks, cela devenait plus facile d’illustrer cette idée.

Comme toujours, il bondit et brave le danger, que ce soit à cheval ou à travers un plafond (mais de bas en haut !), on sent que le grand Douglas est dans son élément et il nous partage facilement et rapidement cet engouement. De plus il nous apporte une certaine jubilation quand on le voit tourmenter son majordome ou un de ses clercs, deux personnages qui évoluent avec une certaine dignité.

 

Mais bien sûr, Emerson et Anita Loos (au scénario, sur une idée de Horace B. Carpenter) ne pouvaient passer à côté d’une intrigue où le western allait l’emporter. En effet, alors que le spectateur se demande comment Jeff va redescendre sur terre, l’intrigue se charge de le ramener dans la réalité mais sans pour autant revenir à une intrigue plus moderne : d’accord, nous sommes en 1917, mais puisque on a sorti les effets western, autant aller jusqu’au bout.

La résolution – heureuse, cela va sans dire – se fera avec les moyens du Western.

Et si le film ne se termine pas dans le soleil couchant, peu importe, nous avons eu un film qui jongle avec beaucoup de bonheur entre le rêve (que vit Jeff) et la réalité de l’intrigue (les méfaits réels de Shelby).

 

Et tout le monde s’amuse, le spectateur y compris !

 

  1. Normal : c’est lui !
  2. Enfin si, quand même.
  3. Il faut croire que certaine(s) personne(s) n’ont pas dépassé cette notion archaïque et un tantinet raciste, considérant toujours, cent ans après, les Mexicains comme nuisibles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Richard Attenborough
Cry Freedom (Richard Attenborough, 1987)

Pour moi, Steve Biko était un nom qu’on entendait dans la chanson Asim Bonanga du regretté Johnny Clegg (1). Et encore, j’ai reconnu ce nom après avoir (enfin) vu le film de Richard Attenborough.

Tout comme pour ses autres films en tant que réalisateur, le grand Richard nous expose un personnage humain, avec ses forces et ses faiblesses, avec ce qui fait de lui qu’on s’intéresse ici.

 

Et Steve Biko mérite amplement qu’on s’arrête un moment pour l’évoquer.

Biko (Denzel Washington) était un leader sud-africain qui menait cette lutte pacifiste contre le gouvernement inique qui était en place en Afrique du Sud. Mais alors que Nelson «  Madiba » Mandela croupissait dans une geôle, Biko était libre – dans ce que cela signifie en 1975-1977 – et pouvait dispenser sa parole proche de celle de l’immense Nelson.

Et si Mandela a survécu à son traitement – lui aussi inhumain – il n’en fut pas de même pour Biko et nombre d’autres personnalités politiques qui sont morts pour cette cause : l’abolition de l’apartheid qui faisait que des Africains descendants de ceux qui ont toujours vécu ans cette région étaient considérés comme des sous-hommes par une poignée de colons d’origine européenne (Pays-Bas, France, Allemagne ou encore Scandinavie) qui se considéraient comme supérieurs et ce malgré les différentes mutations internationales et sociétales qu’on pût voir après la seconde guerre mondiale.

 

Donald Woods (Kevin Kline) est le rédacteur en, chef d’un journal proche du pouvoir qui considère Steve Biko comme un trublion plus ou moins inoffensif mais surtout un ennemi du système qu’il n’a aucune raison de dénoncer (le système, pas encore Biko).

Alors quand le docteur Mamphela Ramphele (Josette Simon) lui propose une entrevue avec Biko, il saisit cette opportunité de se forger sa propre opinion sur ce leader noir si sulfureux (2).

 

Et comme nous nous y attendons : Woods va devenir un chantre de cette lutte pour l’abolition de l’apartheid.

Mais surtout, il sera celui qui annoncera au monde qui était Steve Biko et remettra de facto en question la mort de tous ces leaders emprisonnés par un système raciste et inique et qui, constitutionnellement n’avait pas à justifier outre mesure la mort d’un de ses prisonniers.

La preuve ? Steve Biko est mort d’une grève de la fin, après avoir été frappé sans retenue par ses geôliers.

 

Nous allons donc assister à la mutation d’un personnage, Donald Woods. Alors qu’il est bien conditionné pour obéir au système, il va découvrir progressivement cet homme proscrit, comprenant puis soutenant sa lutte pour l’égalité sans pour autant prôner quelque vengeance contre les tenants de ce gouvernement injuste.

Et on va retrouver d’une certaine façon ce point de vue quand Nelson Mandela arrivera – avec raison – au poste suprême de ce pays : il n’y aura pas véritablement de règlement de compte. Et pourtant, il y avait de quoi !

 

Quoi qu’il en soit, le film de Richard Attenborough ne s’arrête pas à Biko, mais raconte le périple de Donald Woods qui devra prendre de grands risques pour échapper à ce système injuste et faire publier son livre racontant le calvaire puis la mort de Biko, éveillant alors les dernières consciences mondiales à ce fléau qu’est le racisme, et ce système politique désuet. Désuet bien qu’abandonné récemment (nous sommes en 1977) par les Etats-Unis (3).

 

Et tout comme pour Gandhi (1983), Attenborough montre le ^parcours de son martyr, en y adjoignant un système inique (comme déjà écrit pus haut) justifiant à lui seul le combat de cet apôtre de la paix : à aucun moment Biko n’appelle au soulèvement armé ni à quelque action violente. Tout comme Gandhi ou Luther King avant lui, il est un pacifiste convaincu de la force de son engagement et de ceux qui le suivent.

 

Mais si Biko a prôné toute sa (fin de) vie l’action pacifiste, Attenborough ne peut passer outre les exactions de ce gouvernement abject qui n’hésita pas à tirer sur la foule de Soweto en 1976, tuant hommes, femmes ET enfants pour la sauvegarde d’un modèle obsolète autant que meurtrier.

 

  1. Son album The third world Child sort la même année que le film.
  2. Tellement dangereux qu’il n’avait pas le droit de côtoyer plus d’une personne à la fois !
  3. Une dizaine d’années, sans parler du racisme ordinaire subi par les Noirs dans le Sud, et malheureusement ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Robert Altman
Nous sommes tous des Voleurs (Thieves like us - Robert Altman, 1974)

Ils sont trois.

Trois hommes qui s’évadent d’un pénitencier.

Trois hommes qui dévalisent des banques.

Trois hommes qui doivent donc mourir.

 

Nous sommes dans les années 1930s, en pleine dépression, et pendant que les files de chômeurs s’allongent, que le pays s’enfonce dans la Dépression et la pauvreté, quelques « citoyens » essaient de s’enrichir.

C’est le cas de ce trio : T-Dub (Burt Remsen), Chicamaw (John « Painless Pole » Schuck) et Bowie (Keith Carradine), sempiternellement sur les routes, écumant les banques du Mississipi, tuant si nécessaire (pour eux).

 

Bien sûr, on pense à Bonnie & Clyde, dans cette fuite en avant vers une issue fatale. Mais alors qu’il y avait un aspect provoquant dans ce couple terrible, ici aucune provocation : des braqueurs de banque sans foi ni loi, portant revolver avec l’intention de s’en servir.

Mais la comparaison porte plus sur la période de l’intrigue, pendant cette Dépression terrible où le meilleur moyen de se faire facilement beaucoup d’argent était le crime : la contrebande d’alcool jusqu’en 1933, les hold-up dans le même temps et après, cette dernière activité se pratiquant quelle que soit la situation d’un état.

 

Il y a dans ce film d’Altman une touche réaliste très marquée, qu’elle soit vestimentaire ou dans le choix des lieux, comme dans le choix de ses différents interprètes. Les différents rôles principaux sont tenus pour la plupart par des habitués d’Altman ou comme Keith Carradine par des acteurs qui ont déjà tourné avec lui.

Et le parti pris d’avoir choisi des physiques ordinaires – sauf pour Carradine et Shelley Duvall – accentue ce réalisme.

A côté de ces physiques communs – T-Dub et Chicamaw, mais pas seulement eux : Mattie (Louise Fletcher), malgré ses beaux yeux clairs n’est pas ce qu’on peut appeler une femme séduisante – on trouve d’un côté Keith Carradine avec son physique de jeune premier qui attire presque immédiatement la sympathie du public ; et de l’autre Shelley Duvall et ses yeux globuleux et son sourire denté. Une association presque contre-nature : Shelley possédant un charme fou, et jouant avec beaucoup de justesse cette jeune femme naïve et mal dégrossie, inéluctablement attirée par ce beau jeune homme, et ce malgré son passé (et présent) criminel.

 

Mais si nous sommes en pleine Crise de 1929 (qui s’étend jusqu’à la deuxième Guerre Mondiale), on ne trouve que très peu de référence politique, et ce alors qu’un élément primordial est utilisé pendant tout le film : la radio.

Cette radio que Woody Allen célèbrera dans Radio Days (1987) et qui accompagne les Américains à chaque moment de leur journée, alternant informations, musique et pièces radiophoniques.

Et il faut attendre la toute fin du film pour entendre un discours politique – réactionnaire de surcroît – évoquant le New Deal de Roosevelt.

 

Cette radio est un élément essentiel de la narration car elle commente d’une certaine façon les événements auxquels est associé le trio criminel. On y apprend leurs méfaits, mais pas seulement : alors qu’ils écument les banques, ce médium diffuse des feuilletons policiers qui sont plutôt similaires, à ceci près que les criminels ne s’en sortiront pas. Eux non plous, me direz-vous, mais on n’en est pas encore là.

Autre feuilleton qu’écoutent Bowie et Keechie (Shelley Duvall) alors qu’ils font plus ample connaissance (pardonnez cet euphémisme), Roméo & Juliet, qui se conclut inlassablement par la même phrase : « Thus did Romeo and Juliet consummate their first interview by falling madly in love with each other. » (1)

Bien sûr (comme écrit plus haut), l’issue sera fatale, et on retrouvera dans l’exécution finale – les méfaits des trois hommes étant impardonnables – le même acharnement des représentants de la loi que dans Bonnie & Clyde.

A cela s’ajoute le sang qui s’écoule de la couverture où est enveloppé le troisième homme (les deux autres ayant disparu du film), déposé sur un sol boueux, sous une pluie qui accentue l’aspect tragique du moment.

 

 

(1) « [C’est] ainsi que Roméo et Juliette conclurent (?) leur première entrevue en tombant follement amoureux l’un de l’autre. » (Pardonnez cette traduction maladroite, mon aptitude à la version étant un tantinet rouillée).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mark Herman, #Guerre
Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the striped pajamas - Mark Herman, 2008)

Bruno (Asa « Hugo Cabret » Butterfield) a huit ans, revient de l’école avec ses copains en jouant aux avions et traverse la vie de son insouciance enfantine.

Il habite une grande maison, où on y célèbre de grandes fêtes, comme celle de la promotion de son papa soldat Ralf, (David Thewlis), qui pour l’occasion est envoyé « à la campagne » et que sa famille accompagne : outre Bruno, vont venir sa maman Elsa (Vera Farmiga) et sa sœur Gretel (Amber Beattie).

Près de leur nouvelle maison, une ferme, avec des fermiers étranges : « différents ». Ils sont habillés toute la journée de pyjamas rayés.

Un jour, Bruno s’approche de cette drôle de ferme : il rencontre Schmuel (Jack Scanlon), qui a le même âge que lui. Une amitié va naître.

J’oubliais : le père de Bruno a deux lettres sur le col de sa veste : SS.

 

Nous sommes en Allemagne, au début des années 1940s et c’est la guerre, contre l’ennemi extérieur, mais aussi et surtout contre l’ennemi intérieur, le Juif. Rapidement, nous comprenons que Ralf est le commandant d’un camp de concentration et d’extermination : la présence de Pavel (David Hayman) qui porte lui aussi un pyjama, et avance avec difficulté du fait de son extrême fatigue ; la présence d’une fumée noire intermittente, qu’on nous dit accompagnée d’une odeur pestilentielle.

 

Il y a une grande subtilité dans la mise en scène de Mark Herman – qui signe aussi l’adaptation du livre de John Boyne – distillant avec mesure les différents éléments qui nous amènent à la réalité criminelle de l’Allemagne nazie :

  • La sortie de l’école voit la ville ensoleillée et les enfants courir, les bras écartés et faisant un bruit de moteur, pendant que les gens s’affairent, jusqu’au moment où Bruno et sers copains passent devant un immeuble d’où on sort les Juifs afin de les parquer dans des camions, qui partiront on ne sait où (1).
  • C’est cette fumée noire qui apparaît dans le ciel bleu immaculé, nous ramenant à l’immense tragédie : ni cri, ni alarme. Seulement de la fumée qui s’élève lentement.

 

On peut se dire que ce n’est qu’un film, qu’une adaptation d’une histoire pour (grands) enfants, et que la situation est exceptionnelle et par là-même improbable. Pourtant, nombre de récits nous racontent que les gens qui habitaient dans le voisinage d’un de ces camps y avaient la possibilité de s’en approcher et de voir ce qu’il s’y passait (2). Certes, la relation entre les deux enfants reste au niveau de l’intrigue, mais comme toujours, on se dit que « pourquoi pas ? »

 

Mais il n’en demeure pas une vision de la guerre à hauteur d’enfants, selon une logique que les adultes ont depuis longtemps oubliée : le père de Schmuel a disparu ? On va le chercher dans le camp. Et Bruno creuse pour passer sous les barbelés, déconseillant à Schmuel de sortir : son père est toujours à l’intérieur !

On y retrouve aussi la naïveté de l’enfance qui amène un dialogue toujours étonnant entre ces deux enfants, Bruno ne comprenant pas pourquoi les choses se déroulent ainsi, à l’encontre de toute espèce de logique pour un enfant de huit ans (3).

 

Bien sûr, les deux enfants – Asa Butterfield et Jack Scanlon – interprètent avec beaucoup de justesse ces deux amis particuliers pour qui, comme pour n’importe quel enfant, ne comprennent pas qu’on fasse de telles différences entre les gens. Que la grande différence va être la taille, ou le fait d’être droitier ou gaucher, mais certainement pas d’être d’une confession différente. Et leurs échanges prennent ainsi une teinte très réalistes : alors que Bruno est stupéfait par ce qu’il découvre, Schmuel, du fait de ses conditions de vie épouvantables est plus mûr, et se rend plus compte de cette injustice qui est faite. Mais sans toutefois aller jusqu’au bout : si ses grands-parents sont morts en arrivant, il ne fait pas la relation avec la disparition de son père, ce qui amène la tragédie finale : tragédie pour les enfants et leur entourage, mais quotidien pour les bourreaux : la façon de ranger à sa place le produit utilisé (zyklon B) procède d’un rituel bien établi, soulignant le programme systématique de destruction des Juifs.

 

Je terminerai en parlant un peu des adultes : alors que Ralf est un tortionnaire, sa femme va doucement ouvrir les yeux et comprendre l’origine de cette fumée. Et cette prise de conscience arrive bien sûr trop tard : il n’est pas question que Ralf cesse ses activités.

 

[Si vous n’avez pas vu le film, vous pouvez arrêter de lire, ce que je vais écrire révèle le dénouement]

 

Et quand arrive le dénouement final, la situation est assez embarrassante. On est malheureux pour ces enfants et cette mère éplorée, effondrée parce qu’elle a compris ce qui venait de se passer ; mais vis-à-vis du père, on ne sait trop quoi penser, faut-il le plaindre ou se réjouir (bien fait pour lui !) de son malheur d’avoir condamné à son insu la mort de son fils ?

Quoi qu’il en soit, la fin est terrible, résumant à elle seule cet immense crime contre l’humanité : il n’existe qu’une seule race humaine (4).

 

 

  1. Mais on le devine bien, la suite du film nous en donnant une idée très précise.
  2. Et ce malgré une certaine amnésie qui frappa ces mêmes « spectateurs » une fois l’horreur du crime mise à jour.
  3. Ce qui n’est pas le cas des nazis : les Juifs sont considérés comme des sous-hommes et donc privés de ce qui faisait leur humanité (leur nom, leur métier, leur traitement… leur dignité !).
  4. Cf. : Le Marchand de Venise, acte III scène 1.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #James Gray, #Robert Duvall
La Nuit nous appartient (We own the Night - James Gray, 2007)

Depuis Abel et Caïn, les rivalités entre frères ont très souvent amené des intrigues intéressantes.

Ici, les deux frères sont Bobby (Joaquin Phoenix) et Joe (Mark Wahlberg), l’un policier, l’autre pas, fils de Burt Grusinski (Robert Duvall) déjà policier lui aussi.

Alors que Joe court après des trafiquants, Bobby les accueille dans son club, qu’il gère en sous-main pour Marat Bouzhayev (Moni Moshonov). Ce dernier est l’oncle – propre sur lui – de Vadim Nezhinski (Alex Veadov), l’un des trafiquants les plus en vue que recherche Joe.

On en resterait là si par malheur Nezhinski ne fît exécuter Joe. Parce que, finalement, Bobby et Joe ne sont pas Caïn et Abel…

 

James Gray dirige à nouveau une histoire de famille, de police, de gangs, et le tout à New York : il boucle ainsi sa trilogie commencée treize ans plus tôt avec Little Odessa.

De plus, il retrouve Phoenix et Wahlberg qui étaient dans l’opus 2 – The Yards (2000) – et sont accessoirement les producteurs du film.

Une fois passée le fait qu’ils ne se ressemblent pas vraiment, nous assistons à une intrigue où famille et loyauté sont les deux éléments importants : la famille policière, qui ne se cantonne pas au trio Gruzinski, mais comporte les autres éléments de la Force ; et la truande qui elle aussi se serre les coudes, même si hors de ses liens du sang, il n’y a que peu de salut.

Et si Bobby des trouve au beau milieu de ces deux familles, les liens du sang se font les plus forts une fois les hostilités lancées.

 

Cette plongée dans ce qu’on peut appeler la mafia russe nous sort de l’Italienne que nous connaissons bien : cette organisation criminelle servit longuement de modèle aux cinéastes que ce soit dans les années 1930s (Wellman, Hawks ou encore LeRoy), tout comme 40, voire 60 ans plus tard (Coppola ou encore Scorsese).

Mais il faut dire que depuis la chute du Mur (novembre 1989) et surtout celle du communisme, nous avons découvert une nouvelle organisation criminelle qui n’avait rien à envier aux Italiens et autres Siciliens.

 

Ces « nouveaux » truands de l’Est sont aussi redoutables, voire peut-être un tantinet ^plus que leurs prédécesseurs, ne jouant pas le jeu avec les mêmes règles, comme s’obstine à le faire Burt Gruzinski, à son grand désavantage : il sera tué sans hésitation, ces nouveaux bandits n’ayant aucun scrupule à tuer les policiers, comme c’était souvent le cas avant.

Ce meurtre a lieu sous les yeux de Bobby, pendant une pluie battante, ne lui permettant pas de bien distinguer ce qu’il se passe. Et c’est là que se place la nouveauté dans cette énième poursuite en voiture : à aucun moment nous ne voyons la chasse à travers d’autres points de vue. Nous restons dans la même voiture jusqu’au bout, découvrant avec Bobby l’issue fatale qui ne faisait tout de même aucun doute.

 

Ce qui suit est alors prévisible et nous assistons alors à la vengeance d’un fils, obligé – comme l’avait prédit son père dans la première partie du film – de choisir son camp dans ce qui est une guerre, comme on nous le rappelle souvent dans ce genre de film.

Prévisible ou pas, on passe tout de même un agréable moment devant ce film policier où Joaquin Phoenix est passé du côté des gentils, malgré un début qui annonçait tout de même le conflit, sinon biblique, du moins fraternel.


Et les femmes dans tout ça, me demanderez-vous ?

Mise à part la belle Amada (Eva Mendes), ce ne sont que femmes au foyer, essentiellement cantonnées à la cuisine : que ce soit la mère d’Amada (Miriam Cruz) ou la femme de Bouzhaiev (Elena Solovey), elles préparent et/ou nourrissent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Danny DeVito, #Comédie
Balance Maman hors du Train (Throw Momma from the Train - Danny DeVito, 1987)

D’un côté Larry Donner (Billy Crystal), professeur de littérature, écrivain plus ou moins raté et surtout ex-époux de Margaret (Kate Mulgrew) qui est partie avec le livre qu’il avait écrit et en tirant au passage de juteux bénéfices.

De l’autre Owen Lift (Danny DeVito), élève au cours dispensé par Harry, écrivain en herbe donc, et tyrannisé par une mère on ne peut plus abusive (Anna Ramsey).

Le lien entre ces deux hommes : une envie irrépressible de se débarrasser de cette « femme de leur vie » fort encombrante.

Alors quand Owen annonce à son professeur qu’il a rempli sa part du marché en tuant son ex-femme, Larry sait qu’il a mis le pied où il ne fallait pas.

 

On pense à Hitchcock tout de suite devant intrigue où deux personnes s’échangent leur meurtre. Et Danny DeVito, dans c’est le premier film, ne s’en cache à aucun moment, amenant Owen au cinéma pour y voir Strangers on a Train qui traite de la même histoire, l’humour en moins.

Mais DeVito ne s’arrête pas à ce seul film, et si vous regardez bien, vous aurez aussi des références à Dial M for Murder ou encore North by Northwest.

Et au final, pour un premier film, c’est prometteur.


On s’amuse beaucoup de cette histoire encore une fois improbable et surtout du duo qui la mène : deux hommes que tout oppose sauf l’écriture, et encore là aussi ils ne jouent pas dans la même cour.

Mais il est une choser sur laquelle ils se retrouvent, c’est la mère d’Owen. C’est une harpie et encore je trouve que ce terme est un tantinet faible.

Il faut dire qu’Anne Ramsey est formidable dans ce rôle de mégère, amenant même le spectateur à avoir envie de la trucider tant elle est désagréable : vieille, moche et hurlante, elle a tout pour déplaire. Et Owen et Larry ne sont pas trop de deux pour éradiquer une telle menace.

Mais c’est une comédie, et tout va (à peu près) bien se finir, et si le titre n’est pas respecté complètement, ce n’est pas bien grave : tout ceci n’est pas sérieux, encore que…

 

Ce coup d’essai de Danny DeVito se révèle au final payant, le spectateur se laissant conduire dans cette intrigue-hommage avec beaucoup de grâce. Et la quand on étudie d’un peu plus près les différents noms qui ont participé au film, on comprend aussi pourquoi DeVito ne pouvait pas beaucoup se tromper : outre Anne Ramsey et Billy Crystal, on retrouve Rob Reiner qui fait une apparition comme agent littéraire, et aussi Barry Sonnenfeld derrière la caméra (1).

Et puisqu’on en est à la technique, on peut saluer le travail de montage de Michael Jablow qui réussit de très belles transitions passant d’un lieu à l’autre à partir d’un élément comment de ces deux lieux.

 

Pari réussi donc pour Danny DeVito, réussissant à jongler entre humour et mort, rêve et réalité, effleurant même l’émotion quand Owen montre sa collection de pièces de monnaie à Larry, n’étant plus alors seulement le faire-valoir de ce dernier.

Il réitèrera cela dans son film suivant : La Guerre des Rose, ou humour (noir) et mort (violente) seront à nouveau au rendez-vous.

 

 

(1) C’est derrière la caméra que Barry a commencé avant de passer à la réalisation, faisant tourner Danny DeVito à son tour dans Get Shorty quelques années plus tard (1995).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Bronco Apache (Apache - Robert Aldrich, 1954)

Alors que Geronimo (Monte « Danton » Blue) se rend, mettant fin aux guerres indiennes qui réduisirent comme peau de chagrin les effectifs amérindiens, Massai (Burt Lancaster), fier et farouche guerrier apache continue la lutte contre l’homme blanc.

Sa rencontre avec un Cherokee lui fait entrevoir un autre futur où les Indiens et les hommes blancs pourraient cohabiter en paix, le guerrier se muant en fermier.

Cette éventualité ne semble toutefois pas à son goût, et il veut à tout prix continuer la lutte pour mourir en homme libre, de la façon qu’il aura choisi.

 

Il y a souvent dans le cinéma de Robert Aldrich une singularité qui le distingue des autres réalisateur, que ce soit dans les intrigues et/ou leurs traitements : l’antagonisme entre les deux sœurs Hudson, ou la bande de criminels qui sont envoyés en mission commando…

Ici, c’est un western où le point de vue est celui d’un Indien fier jusqu’à l’orgueil, seul contre tous. Bien sûr, et c’est là qu’est la singularité, nous développons une sympathie pour ce brave parmi les braves qui se battra jusqu’au bout. Le fait qu’il soir interprété par Burt Lancaster fait aussi beaucoup pour le rendre si sympathique.

Encore que son attitude obstinée le dessert à différentes étapes de sa fuite en avant : c’est un Indien, et dans le paysage cinématographique hollywoodien des années 1950s, ce n’est pas une garantie de survie bien longue. Comme le dit alors le dicton : « un bon Indien est un Indien mort ».

 

Et Aldrich va nous montrer qu’il n’en est rien, que les « bons Indiens » sont aussi vivants que le reste de la population américaine. C’est le Cherokee qui aide Massai dans sa fuite, lui préconisant la sédentarité à travers la culture.

Et c’est surtout Nalinle (Jean Peters) qui va le dompter et d’une certaine façon le civiliser.

Mais la rupture d’avec les westerns habituels vient surtout des hommes blancs, et en particulier de Sieber (John McIntire).

 

Si nous connaissons le général Custer et William Cody comme opposants aux Indiens, la position de Sieber n’est pas aussi extrémiste. Au contraire, Sieber est un chef qui refrène les hommes qui sont avec lui, évitant de faire couler un sang inutile.

La dernière séquence qui marque définitivement la fin des guerres indiennes est d’ailleurs tout à son honneur, le laissant même prononcer la dernière réplique du film.

Autre curiosité : pour interpréter cet homme blanc raisonnable, Aldrich a fait appel au grand John McIntire, qu’on connaît plus dans des rôles beaucoup moins sympathiques, voire carrément détestables ! (1)

 

Je terminerai en disant qu’il exista un Indien qui s’appelait Massai et qui vécut en partie ce que nous voyons à l’écran. Mais sa fin nous est inconnue.

De même, Sieber est un autre protagoniste réel de cette période meurtrière, même s’il n’a pas assisté lui-même à la reddition de Geronimo.

Dernier petit détail : on ne peut ignorer que dans les quelques plans de la ville un cireur de chaussures de petite taille n’est autre que John George, un nain figurant dans une quantité phénoménale de films muets et parlants, ayant tourné avec de nombreuses grandes stars hollywoodiennes, dont plusieurs fois avec l’immense Lon Chaney : The Unknown (1927), pour ne citer que celui-là.

 

PS : J’oubliais : si Burt Lancaster est très convaincant en Indien insoumis, la couleur de ses yeux – ainsi que ceux de Jean Peters – ne joue pas en sa faveur d’un point de vue réaliste. Le bleu n’étant pas une couleur répandue chez les Indiens avant les métissages plus ou moins consentis.

PPS : autre (dernière) chose. Sieber est aidé dans sa poursuite derrière Massai par un Indien appelé Hondo, interprété par un jeune (33 ans) acteur répondant au nom de Charles Buchinsky. Buchinsky qu’il abandonnera pour un nom de scène plus américain : Bronson.

 

 

(1) Environ trois semaines après la présentation de ce film va sortir The far Country (Anthony Mann), où il interprète le juge Gannon, peu porté pourtant sur la légalité quand elle ne l’avantage pas.

 

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