Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie musicale, #Norman Jewison
Un Violon sur le toit (Fiddler on the Roof - Norman Jewison, 1971)

Anatevka, Russie tsariste, début du vingtième siècle.

La vie dans le quartier juif de ce village ukrainien, où la tradition est sans cesse bousculée, par les jeunes gens qui s’éveillent à la vie et surtout à l’amour, quand ce ne sont pas les ordres antisémites de Moscou qui le font.

Au milieu de ce monde en mutation, Teviah (Chaim Topol), laitier et père de cinq filles, toutes, bien sûr, bonnes à marier.

 

Il s’agit de la première comédie musicale que met en scène Norman Jewison – la seconde sera Jesus Christ Superstar, tout un programme encore une fois ! – adaptée de la « comédie » musicale du même nom.

A ce propos, le vocabulaire français est des plus pauvres quand il s’agit de qualifier un film, reliant inexorablement son aspect musical à la comédie. Pourtant, si l’humour (juif) est bien présent, je ne vois pas en quoi ce film est une comédie.

Les Anglo-Saxons sont beaucoup moins partiaux, ils parlent d’un(e) « Musical ».

 

N’ayant pas assisté à une représentation sur scène, je me contenterai de ce film, de cette fresque devrais-je plutôt dire, dont les 173 minutes passent avec une vitesse incroyable, alternant les moments légers et graves comme le fait la vie, qu’on habite ici où là-bas, qu’on soit Juif ou Gentil.

Teviah est le narrateur de cette histoire, tragique cela va sans dire, où les choses bougent beaucoup trop vite pour lui, étant sans cesse en retard sur ses enfants qui ont anticipé ce vingtième siècle qui se déroule inexorablement et écrase sur son passage les certitudes et pis que cela, les traditions.

Dès la séquence d’ouverture, il nous décrit son village qui évolue au rythme de sa chanson, décrivant la partie juive sans pour autant négliger les autres, et en particulier le connétable (Louis Zorich), dont le rôle – subalterne certes – n’en demeure pas moins humain.

 

Mais bien sûr, une fois le postulat – la Tradition – énoncé, les différents protagonistes n’auront de cesse de le remettre en cause, outrepassant sa portée, ne laissant aux anciens – dont Teviah, évidemment – que la possibilité de s’indigner, mais sans rien y changer.

Les sorts des trois premières filles de Teviah et sa femme Golde (Norma Crane) allant de plus en plus loin dans ces bouleversements qui ne font malgré tout que faire évoluer la communauté et l’entraîner dans ce siècle des mutations.

La première – Tzeitel (Rosalind Harris) fait revenir son père sur la promesse qu’il avait faite à un ami de la marier (1) ; la seconde déclare qu’elle a pris seule sa décision avec celui qui sera son mari (2) ; Quant à la troisième, c’est encore pire : elle épouse un Gentil ! (3)

 

Mais malgré ces mutations abruptes, la communauté continue sa vie, malgré aussi les exactions antisémites de cette Russie tsariste (4) : un pogrom pendant le mariage de Tzeitel et Motel (Leonard Frey) ; la déportation finale qui les voit tous quitter ce qui était leurs foyers.

Mais malgré cette fatalité – tragique – qui pèse sur ce peuple et les différentes calamités, on n’est pas triste pour ces gens qui sont sans cesse en mouvement (« peut-être est-ce pour ça qu’on garde notre chapeau » déclare Teviah à l’aune de ce nouveau départ).

Il reste cet espoir d’un Messie qui doit venir, et qui viendra donc ailleurs, là où ils seront. Et quand on pense à ce que ce vingtième siècle leur réserve, on se dit qu’il leur faudra beaucoup d’espoir pour ne pas renier cette religion qui les présente comme le « peuple élu. »

Et les pensées de Teviah vont elles aussi dans ce sens, un tantinet blasphématoires, demandant à d’autres d’être ce peuple élu. Elu, mais tout de même bien malheureux.

 

Et le violon me direz-vous ? Ce n’est pas un violon (5) mais un violoniste (Tutte Lemkow) qui ouvre et ferme le film, partant lui aussi avec ses coreligionnaires vers des cieux espérés plus cléments…

 

Et quand le film se termine, on reste là avec une larme au coin de l’œil, et peut-être aussi un sourire…

 

  1. D’un autre côté, cet ex-futur – Lazar Wolf (Paul Mann) – est le boucher du village et a, à peu de choses près, le même âge que Teviah.
  2. Perchik (Michael « Starsky » Glaser, qui n’a pas encore ajouté Paul en tête de son prénom).
  3. Elle épouse Fyedka (Ray Lovelock) qui est chrétien (orthodoxe, donc).
  4. Rappel : Pogrom est avant tout un mot russe.
  5. Pourquoi cette traduction/translation/(trahison) originelle ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Dréville
Copie conforme (Jean Dréville, 1947)

Tout commence avec la vente du château de Niolles par son propriétaire le duc (Louis Jouvet) à un couple de gogos.

Ensuite, c’est une armoire livrée par erreur par un déménageur (Louis Jouvet) : ce dernier et ses complices récupèrent l’armoire lestée des objets précieux de la maison.

Après, c’est un Norvégien (Louis Jouvet) qui dérobe des diamants à un joailler belge.

Vous l’avez compris, Louis Jouvet est Manuel Ismora, officiellement maître photographe et officieusement escroc de haut vol.

Mais il y a aussi Gabriel Dupon (1), employé modeste et insignifiant des Boutons Béton, qui se rend dans l’hôtel où Ismora a dérobé les diamants, et où il est arrêté et déferré au parquet Il faut dire que Gabriel Dupon est le sosie parfait de Manuel Ismora, jusqu’à sa propre voix.

Cette ressemblance va alors intéresser Ismora qui s’en servira d’alibi pour ses mauvais coups.

 

En marge de sa stature de grand comédien et metteur en scène, Louis Jouvet ne rechignait pas à la comédie, interprétant quelques rôles devenus fameux depuis grâce à lui (Knock, Mosca), et bien sûr ces deux personnages qui, s’ils se ressemblent sont tout de même très opposés.

Là où Ismora n’est que tromperie et malhonnêteté, Dupon est franchise et droiture ; où Ismora est entreprenant et dominateur, Dupon est timide et respectueux, surtout envers la maîtresse du premier, la belle Coraline (Suzy Delair qui va sur ses 102 ans le 31 décembre prochain).

 

Bien sûr, Louis Jouvet envahit l’écran, régalant le spectateur avec cette double composition, où l’un semble le négatif de l’autre (3), mais demeurant malgré tout les deux faces identiques d’une même pièce.

Et c’est vrai qu’on se régale de cette histoire on ne peut plus improbable au scénario complexe et habile de Jacques Companeez, mené avec brio par Jean Dréville, et servi par une distribution (prestigieuse, même si beaucoup de ces interprètes sont maintenant oubliés) qui se hisse au niveau du maître, donnant alors un film fort réjouissant.

On reconnaît entre autres Jane Marken, qui logeait Frédérick Lemaître/Pierre Brasseur dans Les Enfants du Paradis, et un petit jeune homme de 27 ans qui débute : Jean Carmet (un des complices d’Ismora).

Quant à la belle Suzy, toujours aussi énergique, elle pousse à nouveau la chansonnette : « L’Amour est une comédie » chante-t-elle, ce qui n’est pas sans rapport avec l’intrigue dans laquelle elle participe,

 

Bien sûr, nous avons droit à quelques scènes où Louis Jouvet donne la réplique à Jouvet Louis, le tout rédigé par le formidable Henri Jeanson, dont les dialogues n’ont rien à envier au grand Michel Audiard.

La preuve :

  • « S’aimer comme des pauvres, ça doit être chic, quand on sait qu’on a de l’argent » (Suzy Delair).
  • « Vous avez déjà lu le Larousse ? C’est un recueil de noms célèbres totalement inconnus. » (Louis Jouvet)

Bref, Copie conforme est une pépite du cinéma français d’après guerre, où Jouvet est comme toujours impérial, partageant la vedette avec la belle Suzy, avec qui il sera à nouveau à l’affiche trois mois plus tard, sous la direction de Clouzot, dans un rôle beaucoup moins comique.

 

  1. Ni d, ni t.
  2. Vous vous doutez bien qu’il est aussi interprété par Louis Jouvet.
  3. A moins que l’autre soit le positif de l’un…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #X-Men, #Brett Ratner
X-Men : L'Affrontement final (X-Men: The last Stand - Brett Ratner, 2006)

Et de trois ! (1)

Nous en étions restés à la fuite du barrage, les flots entraînant Jean Grey (Famke Janssen), laissant ces compagnons X-Men désemparés.

Mais comme le suggérait le plan final du second opus, elle n’est pas morte.

Par contre, si elle n’est pas morte, elle n’en devient pas moins redoutable, devenue la mutante la plus puissante, reléguant notre ami Eric « Magneto » Lehnsherr (Sir Ian McKellen) à un statut de curiosité de foire.

Et comme ce dernier l’annonçait et le souhaitait dans les deux premiers épisodes, la guerre entre les mutants et les hommes va avoir lieu.

 

C’est un véritable festival d’effets spéciaux numériques et pyrotechniques qui nous est offert pour ce dernier opus (2). On y retrouve les mêmes protagonistes, avec bien sûr une nouvelle brochette de mutants étonnants et plus ou moins dangereux.

Mais il y en a un qui manque à l’appel : Bryan Singer a été remplacé par Brett Ratner pour conclure cette épopée. On n’y trouve donc pas les transitions subtiles que Singer a coutume d’utiliser pendant ses films, amenant une agréable fluidité dans la narration.

De même, la dimension humaine et humaniste a complètement disparu, l’intrigue se resserrant sur l’affrontement promis par le titre.

 

En effet, alors que la base de cet affrontement est un traitement contre les gènes facteurs de la mutation, le scénario de Zak Penn et Simon Kinberg ne s’étendent pas beaucoup sur ces deux concepts de base : d’un côté le traitement qui considère intrinsèquement que la mutation est une maladie ; de l’autre cette négation d’humanité que confère cette même mutation pour ceux qui n’en sont pas porteurs.

Bref, on remet les discussions philosophiques aux calendes grecques et on s’embarque pour un affrontement final qui devrait voire le triomphe de l’un ou l’autre des camps, reprenant alors le concept manichéen initial et un tantinet réducteur.

 

Question action, on est donc servi, mais est-ce vraiment la seule chose qui importe ? Pour ma part, je trouve bien dommage qu’on n’ait pas développé tout ce pan de réflexion que pouvait amener l’intrigue, la réduisant à cet affrontement spectaculaire certes mais peut-être pas si indispensable que ça.

Mais comme dans le même temps nous perdons quelques personnages-phares de la série, cet affrontement qui aurait pu être évité ne l’est pas : le grand diplomate Charles Xavier (Sir Patrick Stewart) ne pourra donc pas empêcher la guerre de Magneto.

 

Je n’irai pas jusqu’à dire que ce troisième opus n’était pas nécessaire, mais je le trouve franchement un ou deux crans en dessous des deux précédents. La durée est aussi un des facteurs expliquant ce resserrage de l’intrigue autour de l’affrontement : on perd 30 minutes entre les deux épisodes, peut-être celles qui auraient pu développer les implications théoriques énoncées ci-dessus.

De même le personnage de Magneto perd de sa superbe, passant d’un rôle de meneur qui n’est pas sans rappeler d’aucun dictateur passé célèbre (3), à une sorte de petit vieux pleurnichard devant les dégâts qu’il a pu créer, aveuglé par sa propre haine des autres humains.

 

Alors oui, ce film clôt la série. Enfin, clôt provisoirement cette série puisque nous savons que d’autres épisodes ont été tournés depuis, avec bien sûr notre ami Stan Lee qui, en plus de produire, apparaît dans ce film comme dans les autres. Ici, il est en train d’arroser son jardin…

 

  1. Vous avez remarqué que toutes les productions Marvel des différents super-héros vont par trois ?
  2. De cette histoire, d’autres épisodes seront tournés) pour raconter le avant et même le après de cette fresque.
  3. Le passé de Magneto (voir la séquence d’ouverture de X-Men, 2003) ne le destine pas vraiment à ce rôle de chef tout puissant.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks
Le Métis (The Half-Breed - Allan Dwan, 1916)

Lo Dorman (Douglas Fairbanks) est un parai : né d’une mère indienne et d’un père blanc (1), il est rejeté de tous pour son appartenance à l’ethnie ennemie dans chaque camp.

A la mort de son bienfaiteur, chassé de ce qui fut son foyer, il arrive en ville où il est à nouveau rejeté, surtout que la belle Nellie n’est pas insensible à son charme.

Mais le père de cette dernière, le révérend Wynn (Frank Brownlee), ne voit pas d’un si bon œil cette relation inintéressante.

Surtout que le shérif Dunn (Sam De Grasse) et le jeune Brace (George Beranger) ont des vues sur la jeune fille ;

Ajoute2 à cela que Dunn est le père biologique de Lo, et vous avez un western fort particulier,

 

Avant toute chose, il nous faut remercier la Cinémathèque française et le Festival du film muet de San Francisco qui ont permis la restauration de ce film qui fut longtemps incomplet. Si quelques fragments sont malheureusement irrémédiablement abimés, la copie présentée est de toute beauté et l’image très nette.

Bref, une petite perle comme Hollywood savait en faire, et surtout un duo gagnant Fairbanks-Dwan pour notre plus grand plaisir.

 

Alors qu’on connaît Fairbanks pour ses comédies menées à bâton rompu où ses aptitudes athlétiques sont mises en valeur, ce film est d’un tout autre genre, mêlant à ce qui aurait pu être une comédie endiablée une touche d’amertume due essentiellement au statut bancale de notre métis.

La toute première séquence donne tout de même le ton : la jeune squaw abusée par l’homme blanc confie son fils à un botaniste ermite avant de se suicider du fait de son exclusion du monde des hommes.

 

On retrouve dans cette intrigue un élément des plus importants de la culture américaine : le statut incommode de métis. En effet, la société américaine a tendance à mettre ses citoyens dans des classes plutôt définies, qu’elles soient physiques ou morales (religieuses surtout), tenant les métis dans un espace en marge de cette société, étant incapable de le ranger dans une de ces classes du fait de son identité physiologique.

Et dans le cinéma muet, on retrouve souvent les métis dans des rôles sournois ou/et mauvais, rappelant d’une certaine façon qu’il n’est qu’un bâtard, avec toute la morgue que cela comporte.

 

Le fait qu’on trouve Fairbanks dans ce rôle atypique est assez courageux de sa part ainsi que de celle d’Allan Dwan (sur un scénario de la grande Anita Loos). En effet, avec ce film, ils nous montrent l’injustice faite à tous ces métis qui ont de tout temps été rejetés du fait de leur naissance (2).
Et en plus de cette injustice, on retrouve une certaine hypocrisie de cette même société à travers le révérend Wynn, qui prêche la tolérance envers ceux qui sont différents sans pour autant accepter que sa fille puisse avoir une relation amoureuse avec cet Indien-là !

 

Il n’est donc pas étonnant que Lo soit montré comme un personnage des plus sympathiques, considéré par de nombreuses personnes comme un homme (de) bien, loin des clichés de l’époque (3), mais sans pour autant amener ce métis à être accepté par la bonne société de la ville d’Excelsior, à l’écart de laquelle notre métis vit, dans le renfoncement d’un de ces séquoias qu’on peut admirer en Californie.

Parce que de toute façon il ne sera jamais accepté, le film se termine sur une touche plutôt amère, Lo Dorman (4) se retrouvant forcé à l’exil, toujours en mouvement tant qu’il n’aura pas trouvé un lieu assez accueillant pour s’y installer.

Pas étonnant non plus qu’il trouve une alliée dans le personnage de Teresa (la belle Alma Rubens), qu’on imagine d’origine mexicaine, et par là-même ostracisée elle aussi.

 

Il est étonnant par contre, après avoir vu ce film tout compte fait fort humaniste, de retrouver l’année suivante Douglas Fairbanks dans Wild and Woolly : les Indiens y étant décrits de façon peu flatteuse.

 

  1. Non, ce n’est pas un missionnaire !
  2. Il est clair qu’on ne choisit pas la famille dans laquelle on arrive, encore plus quand il s’agit d’une relation considérée pour l’époque comme honteuse.
  3. J’en ai déjà parlé dans Wolfblood (1925).
  4. De son vrai nom « L’Eau Dormante » (« Sleeping Water » est-il appelé dans le film) : la prononciation française étant fort compliquée pour les anglophones, donne ce patronyme étrange.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #X-Men, #Bryan Singer
X-Men 2 (X2 - Bryan Singer, 2003)

X2.

Ca se présente comme une formule de Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas comte de Champignac. Et si certains protagonistes ont une force surhumaine (comme avec le X1 du même savant), je vous rappelle que le X2 avait tendance à faire vieillir celui qui l’absorbait.

Et surtout, nous sommes bien loin de l’univers loufoque du grand André (1).

 

Ils sont donc de retour, mais avec quelques nouveaux venus : Pyro (Aaron Stanford) qui maîtrise le feu sans toutefois l’allumer (tout le monde n’est pas chanteur de rock) ; et l’étonnant Kurt Wagner, dit Nightcrawler (Alan Cumming), qui se téléporte à volonté.

Mais nous restons tout de même dans une dynamique manichéenne avec d’un côté les bons mutants – Logan/Wolverine (Hugh Jackman), Charles Xavier (Sir Patrick Stewart), Storm (Halle Berry), sans oublier Jean Grey (Famke Janssen), etc. – et de l’autre les Méchants – Magneto (Sir Ian McKellen) et sa fidèle Mystique (Rebecca Romijn-Stamos).

Mais entre ces deux forces vient se placer un troisième camp, en guerre ouverte contre les deux autres, dirigé par William Stryker (Brian Cox) et qui a l’intention de se débarrasser définitivement de tous ces mutants.

Nous assistons alors à une trêve puis une alliance afin de se débarrasser de cet importun.

 

On retrouve avec plaisir ces personnages hors du commun, trois ans après leur apparition au cinéma, et si Marie/Rogue (Anna Paquin) passe au second plan, Jean Gray va prendre sa place : sur l’écran et dans le cœur de Wolverine, réveillant un petit conflit entre ce dernier et le régulier de Jean, Cyclops (James Marsden).

Mais surtout, la situation va évoluer jusqu’à une sorte de cristallisation, les deux camps bien distincts, en marche route vers un affrontement inévitable.

 

On remarque dans la mise en scène de Bryan Singer une aisance qu’il n’y avait pas dans le premier opus. On sent qu’il cerne bien son sujet et de ce fait travaille beaucoup plus sur cette mise en scène et surtout a mise en image : les plans de transitions sont des plus soignés et surtout pertinents, j’en veux pour preuve la tête de loup qui se transforme en Wolverine, les yeux de l’un se plaçant au même endroit que ceux de l’autre.

On retrouve à nouveau, mais de façon moins appuyée la tentative d’ostracisation des mutants par les « normaux », les premiers étant essentiellement considérés comme des pestiférés, ou pire des dégénérés.

Si le premier film faisait référence au statut des Juifs, ici nous sommes dans une autre thématique : c’est Bobby/Ice Man (Shawn Ashmore) qui va annoncer à ses parents qu’il est un mutant, ce que ces derniers ignoraient, persuadés qu’ils étaient que leur enfant était dans une école pour surdoués ordinaire (2). L’annonce à la famille ressemble plus à un coming out : Sir Ian a d’ailleurs travaillé sur le scénario afin de donner à cette révélation cet aspect (3).

 

Pour le reste, on a droit encore à de superbes effets spéciaux numériques, donnant plus de poids à la narration, servant avec pertinence le scénario.

S’ajoute à nouveau le talent des différents interprètes et on a alors une suite qui ne dépare pas avec le premier opus, comme on aurait pu le craindre.

Et quand le film se termine, cette fois-si tout est prêt pour une conclusion qui s’annonce des plus explosives.

Une mention spéciale pour Famke Janssen qui interprète ce personnage des plus subtile mais certainement la mutante la plus évoluée et donc la plus puissante. D’ailleurs, on pourrait presque donner à cet épisode le sous-titre suivant : Jean Grey face à son Destin.

 

Suite et fin trois ans plus tard…

 

  1. Franquin (1924-1997).
  2. Si ce genre d’école peut être considérée comme « ordinaire ».
  3. Ian McKellen est aussi un homme actif au sein des combats pour les droits des LGBT.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #X-Men, #Bryan Singer
X-Men (Bryan Singer, 2000)

Dans un futur proche, l’humanité a commencé une nouvelle mutation, amenant des personnes à devenir fortement différente : des mutants.

Et comme d’habitude, quand quelque chose est nouveau et surtout différent, les hommes sont méfiants voire agressifs sinon plus.

Alors ces mutants capables de traverser les murs, lire dans les esprits ou encore s’auto-régénérer sont montrés du doigt par les politiques – dont le sénateur Kelly (Bruce Davison) – affirmant qu’il devient urgent de légiférer à propos de ces nouveaux « dégénérés ».

Mais qui sont ces nouveaux mutants, Des amis ? Des ennemis ? Les deux ?

 

Malgré les différentes adaptations antérieures (jeux vidéo, dessins animés…) il s’agit réellement de la première au cinéma, reprenant les personnages de Stan Lee et Jack Kirby dans une histoire originale, nous présentant progressivement ces nouveaux super-héros, dont Logan/Wolverine (Hugh Jackman) est le principal.

Qui sont les X-Men ? Des mutants donc mais qui ont réussi à maîtrisé leur mutation pour la mettre au service du Bien (1) – Ororo Munroe/Storm (Halle Berry ; Scott Summers/Cyclops (James Marsden) ; Dr Jean Grey (Famke Janssen) – sous la direction du professeur Charles Xavier (Sir Patrick « Picard » Stewart).

Et s’il y a le Bien, c’est qu’il y a le Mal : certains de ces mutants n’ont pas tous des intentions honorables, et c’est le cas d’Eric Lehnsherr/Magneto (Sir Ian « Gandalf » McKellen), secondé par la troublante Mystique (Rebecca Romijn-Stamos).

 

On connaissait Brian Synger pour son mémorable Usual Suspects, et maintenant, on ne peut négliger l’impact qu’a eu ce film dans le développement de la franchise Marvel au cinéma. Certes, ce n’est pas encore la lourde machine Avengers & C°, mais là encore, on a de quoi se régaler dans cette histoire qui, à première vue nous raconte une énième rencontre entre le Bien et le Mal, mais avec une teinte particulière qui est exposée dès la séquence d’introduction.

En effet, alors que nous voyons des Juifs dans un camp de concentration allemand être « sélectionnés » par leurs bourreaux (2), nous découvrons en même temps un jeune garçon séparé de ses parents qui, tenaillé par le désespoir et la tristesse fera se plier les grilles de séparations par sa seule force mentale.

L’analogie est alors claire, et quand l’intrigue principale (presque contemporaine) s’ouvre sur une séance du Sénat à propos du statut des mutants, on se dit alors que le cauchemar va pouvoir recommencer.

Mais heureusement les X-Men veillent, et ce nouveau « statut » n’est pas encore au programme, mais pour combien de temps ?

 

Il y a dans ce X-Men un souffle frais qui s’étend sur le cinéma américain, utilisant à bon escient les effets spéciaux numériques pour donner à ces différents personnages hors du commun une touche réaliste bienvenue. De plus, si le manichéisme est très présent, les personnages n’en sont tout de même pas tous blancs ou noirs, et le Wolverine en est l’illustration la plus évidente : Logan n’est pas un être social et sociable, sa longévité (3) l’ayant peut-être contraint à ne pas trop s’attacher aux autres.

Et c’est sa différence par rapports aux « vrais » X-Men qui fait tout le charme de ce personnage.

Sans oublier que Hugh Jackman a profité de ce rôle pour se retrouver sur le devant de la scène, lui qui n’était pas très célèbre avant.

Et j’avoue que Logan est un de mes personnages préféré dans cette nouvelle saga.

 

Nouvelle saga ? Bien sûr, la fin ne laisse aucun doute là-dessus, tout comme l’affrontement qui est inévitable pour Magneto malgré les bons sentiments de Xavier.

Et la suite lui donnera raison. Mais nous n’en sommes pas encore là, et vous le savez bien : ceci est une autre histoire…

 

  1. Oui, le manichéisme est bien là.
  2. D’un côté ceux qui vont (sur)vivre, et de l’autre ceux qui vont mourir : l’ellipse est très habile, nous montrant une immense cheminée dont nous ne voyons pas le sommet. Nul besoin d’insister en montrant une fumée s’en échapper, il s’agit bien d’un four crématoire.
  3. Il est fait référence au fait qu’il pût être plus âgé que Xavier.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Ted Kotcheff, #Sylvester Stallone
Rambo (First Blood - Ted Kotcheff, 1982

A l’origine, c’est un roman : Premier Sang (1).

Ecrit par David Morell et publié 10 ans avant la sortie du film, il raconte l’errance d’un vétéran du Vietnam qui revient au pays et a du mal à s’intégrer, étant avant tout rejeté par ce pays qu’il est allé défendre, à 20.000 kilomètres de chez lui.

David Morell était professeur et a eu des élèves qui sont revenus du Vietnam. Ce roman cristallise la difficulté pour ces jeunes anciens  combattants dans une société qui a changé et ne les reconnaît pas comme des héros, et a tendance à les blâmer d’être allés se battre et surtout de revenir en vaincus.

 

John Rambo (Sylvester « Sly » Stallone) est donc un vétéran de la guerre du Vietnam (« Nam », comme ils disent) et s’en va visiter n compagnon d’arme à Hope, dans le nord-ouest des Etats-Unis. Malheureusement son « frère » d’armes est mort et Rambo décide donc de continuer sa route, passant par le centre de Hope.

C’est là qu’il fait la connaissance du shérif Teasle (Brian Dennehy) qui insiste pour l’accompagner hors de la ville, ne voyant pas d’un bon œil ce vagabond aux cheveux longs.

Mais comme Rambo veut malgré tout se rendre dans le centre-ville, Teasle l’arrête et le fait mettre en cellule.

Sauf que Rambo, dans un passé proche (10 ans environ) était prisonnier dans un camp vietnamien avec les tortures et autres sévices que cela inclut.

Alors évidemment, les choses se passent (très) mal.

Mais comme le dit Rambo à son chef, le colonel Trautman (Richard Crenna) : ce sont eux qui ont commencé. Ils ont répandu le « premier sang. »

 

Les différentes suites de ce film ont jeté beaucoup de discrédit sur cet opus originel (et original). A aucun moment il ne s’agit d’une épreuve de force ou de démontrer que Rambo est le plus fort ; Au contraire, Rambo est ici avant tout une victime, mais à plusieurs degrés :

  1. Il est la victime d’une injustice flagrante due au shérif Teasle qui n’aime pas les étrangers, qui plus est à cheveux longs. L’arrestation et les mauvais traitements justifient alors la révolte de Rambo et la course-poursuite qui s’ensuit.
  2. Il est la victime de cette guerre, traumatisé par le traitement inhumain vécu dans un camp de prisonniers (2) : le rasoir lui rappelant la lame qui lui fit une de ses cicatrices.
  3. Il est enfin la victime du système militaire, qui l’a entraîné à devenir un tueur sans avoir à aucun moment anticipé son retour à la vraie vie, comme il l’exprime dans sa longue tirade finale à celui qui fut son ancien chef.

 

Avec Rambo, Ted Kotcheff  dénonce autant que Coppola une guerre inutile (3) qui, en plus de mutiler une région et son peuple, abîme irrémédiablement l’esprit de ceux qui l’ont faite. Le traumatisme d’après-guerre étant là accentué voire sublimé par le rejet de l’ancien soldat par ceux pour qui il était allé se battre.
En effet, alors que les vétérans de la Deuxième Guerre Mondiale étaient allés se battre (4) au nom d’un idéal démocratique valable (le refus du nazisme), ils en sont revenus vainqueurs avec les honneurs : vaincre la barbarie étant tout de même un motif valable (4).

 

Mais les pauvres « purotins » qui sont revenus de Nam, en plus d’avoir participé à une sale guerre, en sont revenus vaincus, ce qui était absolument impossible quand les Etats-Unis sont entrés dan ce conflit local qui devint international par le jeu des alliances – comme d’habitude – mais surtout grâce à une médiatisation beaucoup plus importante qu’autrefois. Sans oublier une opinion publique menée par la jeunesse de ce pays engagé, comme en témoignent les différentes manifestations et événements de la même époque.

 

Rambo n’a eu aucune chance : non seulement il revient traumatisé part une guerre qu’il n’a pas obligatoirement choisie, mais en plus, il souffre du mépris et de l’hostilité de ceux pour qui il croyait être allé se battre.

 

Bref, un film pas si primaire que ça, dans la droite lignée de la vague qu’a engendrée l’extraordinaire Apocalypse Now, trois ans plus tôt. (5)

 

  1. First Blood, titre original du film.
  2. Rappelez-vous The deer Hunter (Michael Cimino, 1978).
  3. Pléonasme. Il me semble l’avoir déjà dit…
  4. Officiellement ! Nous savons tous qu’il est surtout question d’argent et de richesses.
  5. En 1978 (encore une fois), Hal Ashby signait déjà un film exposant le retour des soldats du Vietnam. Ce film s’inspirait déjà un peu de l’expérience de Ron Kovic, dont Oliver Stone a raconté le parcours éprouvant (calvaire ?) dans son très beau Born on the 4th of July.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Apted, #Histoire
Amazing Grace (Michael Apted, 2006)

1797.

William Wilberforce (Ioan Guffud) arrive chez son cousin Henry Thornton (Nicholas Farrell) et son épouse Marianne (Sylvestra Le Touzel), épuisé, malade et en proie à ses démons.

Quinze ans plus tôt, il avait lancé une grande campagne pour l’abolition de l’esclavage en Grande Bretagne, proposant inlassablement au vote de la Chambre cette grande loi humaniste mais surtout humaine.

Et inlassablement, la Chambre a rejeté cette loi.

C’est le récit de ce parcours que raconte ici le film de Michael Apted.

 

C’est d’ailleurs un beau film en costume qui nous est offert, avec une distribution (prestigieuse, cela va de soi) impeccable, les personnalités importantes montrées étant fort convaincantes.

Autant le dire tout de suite : oui, il y a des erreurs historiques et factuelles. Mais je vous rappelle (1) que nous sommes au cinéma et que, outre que tout est permis, l’intrigue et la façon de la raconter son les éléments les plus importants. Le reste n’est que détail, n’influant que très peu sur les deux éléments susmentionnés. Alors que les personnages se serrent autant les mains ne me semble pas un véritable reproche qu’on puisse faire au film…

 

Parce que malgré ces « erreurs », Michael Apted nous offre un film des plus honnêtes avec des interprètes solides. A sa manière, Apted contribue au renouveau cinématographique anglais depuis le début de ce siècle.

De plus, Apted entraîne le spectateur vers un film qui n’est pas sans rappeler ceux produits par les Américains, prouvant que les Anglais eux aussi savaient remettre en cause leur passé un tantinet honteux : oui, l’Angleterre fut un état esclavagiste, à l’économie basée sur la traite des Africains. N’oublions pas que Liverpool fut la plus grande ville portuaire négrière, loin devant la ville de Nantes, la première en notre « beau pays de France » (2).

 

Michael Apted retransmet très bien la lutte de Wilberforce contre ce parlement conservateur et réactionnaire, représenté par la paire Clarence (Toby Jones) & Tarleton (Ciarán Hinds) farouches adversaires à cette idée libertaire, dans un monde en (r)évolution :

A la même période (1782), les Etats-Unis d’Amérique sont près de renvoyer les troupes anglaises chez elles et de mettre (enfin) en place leur république ; quelques années plus tard, la Révolution Française va mettre en péril la souveraineté anglaise, son idée de liberté résonnant mal dans les oreilles de ces même conservateurs acharnés : la lutte de Wilberforce pour la liberté des esclaves se transformant en appel antimonarchique !

 

Et puis il y a cet hymne mondialement connu, Amazing Grace, écrit par John Newton (Albert Finney, encore une fois magnifique), ce négrier repenti. Ce chant Nous avons trois fois le plaisir de l’entendre : la première quand Wilber la chante à la face de Clarence, comme un défi à son esprit réactionnaire. La seconde, c’est quand Wilber se marie (enfin) avec la belle Barbara Spooner (Romola Garai), son pendant féminin.

Parce que les femmes ont leur rôle à jouer dans cette lutte. Elles sont trois : outre Barbara Spooner, on trouve Marianne Thornton et Hannah More (Georgie Glen). Si Marianne n’a somme toute qu’un rôle de soutien et d’entremetteuse, Lady More est une femme qui annonce le mouvement des suffragettes qui fleurira une centaine d’année plus tard dans cette même Angleterre, avec le même résultat : la victoire.

 

Alors quand le film se termine sur cette victoire inéluctable des abolitionnistes, c’est avec une grande émotion que nous voyons la valeur de Wilberforce reconnue et louée par Sir Charles Fox (Michael « Dumbledore » Gambon) qui, même s’il n’était pas Lord dans la réalité n’en prononce pas moins un très bel hommage à ce grand philanthrope.

Cette fin n’est pas sans nous rappeler celle du film de Spielberg traitant du même sujet – l’esclavage – dans un autre contexte : Amistad.

 

Alors savourons…

 

  1. Encore une fois…
  2. Etant nantais de naissance, ce n’est pas un aspect de cette belle dont je suis le plus fier. Bien au contraire.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Zwick
Les Insurgés (Defiance - Edward Zwick, 2008)

C’est d’abord une main, au bout d’un bras tendu qui ouvre le film. Mais cette main et ce bras ne sont pas destinés à aider quiconque : il s’agit de ceux d’Hitler, alors que la Wehrmacht et les SS envahissent la Biélorussie, le 22 juin 1941.

Avec la guerre, c’est aussi la répression et le massacre des Juifs qui s’installent dans ce pays.

Parmi les Juifs de Biélorussie, les frères Bielski ont organisé un camp dans la forêt, sauvant jusqu’à 1200 personnes d’une mort assurée, résistant par la force à l’ennemi allemand.

C’est la création de ce camp et de sa vie pendant une année qui nous est racontée ici.

 

Après Steven Spielberg (Schindler’s List, 1997), Roman Polanski (The Pianist, 2002), ou encore Jon Avnet (Uprising, 2004), c’est au tour d’Edward Zwick de participer à la mémoire des Juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale au cinéma.

A nouveau, c’est un épisode tragique qui nous est décrit ici, d’une résistance désespérée mais pourtant pleine d’espoir : celui de vivre toujours comme des êtres humains.

Et dans sa façon de diriger le film, Zwick illustre la survie de ce peuple déraciné au milieu de nulle part, avec le sort du peuple juif dans l’Ancien Testament.

 

La première référence concerne les deux aînés : la Genèse.

D’un côté nous avons Tuvia (Daniel « My name is Bond » Craig), et de l’autre Zus (Liev « Cotton » Schreiber). On ressent tout de suite une barrière entre ces deux hommes qui semble remonter à loin mais doit s’estomper dans cette heure grave où les deux autres plus jeunes frères – Asoel (Jamie « Billy Elliott » Bell) et Aron (George « Bedovan » McCay) – ont plus que besoin d’eux puisque leurs parents sont morts.

Mais l’affluence toujours plus forte des réfugiés juifs renforce leur différent et on arrive alors à un combat fratricide. Si Tuvia peut être identifié à Abel de part son côté accueillant et donc Zus à Caïn du fait de son « égoïsme » compréhensible, c’est tout de même Tuvia qui manque de tuer Zus, et comme son prédécesseur biblique à l’aide d’une pierre.

 

Autre référence importante : l’Exode.

Alors que l’Exode concerne le départ des Juifs d’Egypte, menés par Moïse, ici ce sont les membres du camp qui sont emmenés loin du fait de l’arrivée des Allemands qui viennent liquider le camp. On retrouve alors l’analogie avec le peuple hébreu quand ils se retrouvent arrêtés par des marais à perte de vue, leur « Mer Rouge ». On retrouve à ce moment le même découragement devant cette barrière naturelle semble-t-il infranchissable. Mais si Tuvia ne va pas partager les flots, ils réussiront tout de même à passer.

La dernière partie de ce « passage » (1) concerne la nouvelle menace allemande qui les attend de l’autre côté : alors que Tuvia-Moïse est las de tout cet effort, c’est Asoel qui prend sa suite, remotivant ses compagnons d’infortune, à l’instar de Josué qui prit la suite de Moïse.

 

Autre référence biblique : le bouc émissaire.

C’est un soldat SS allemand qui est capturé peu avant l’exode qui va payer pour tous les autres qui, comme lui, ont tué les autres Juifs de Biélorussie, leurs familles, leurs amis, leurs coreligionnaires. Les membres du camp vont s’acharner et le tuer, lui rappelant leur peine et leur désespoir engendré par l’arrivée de ces méchants hommes (étaient-ce encore des hommes ?).

Cet épisode, malgré tout, amène un certain malaise : il n’est jamais agréable de voir des hommes et des femmes s’entretuer, et par cette action, l’humanité s’efface tout de même un peu, malgré les circonstances – ô combien – atténuantes dont peuvent bénéficier ces meurtriers occasionnels.

 

 

Mais malgré tout, Edward Zwick, malgré ces références bibliques évidentes, continue son récit, illustrant les différents états d’esprit qu’on put voir ou lire pendant cette période sombre :

  • le Judenrat (Conseil juif) de Baranavitchy qui refuse de croire à l’élimination totale des Juifs par les Nazis, persuadés de leur importance dans ce système avant tout barbare ;
  • la supplique un tantinet blasphématoire de Shamon Haretz (Alan Corduner) à la mort de deux hommes, qui demande à Dieu de ne plus être considérés comme le « Peuple béni », cette bénédiction n’amenant que des catastrophes ;
  • L’attitude plus qu’ambiguë de l’Armée Rouge vis à vis des Juifs.

 

Cette dernière assertion s’illustre dans le film par le passage à tabac d'un de ses compagnons dans le camp des partisans russes.

Il ne faut pas oublier que les Juifs furent beaucoup persécutés en Europe de l’Est et en Russie : pogrom est d’ailleurs un mot russe qui signifie détruire. On retrouve d’ailleurs mention de cet antisémitisme dans l’un des premiers dialogues entre Shamon (encore lui) et Isaac Malbin (Marc Feuerstein) quand ils comparent les deux dictateurs à moustaches : à l’ouest celui qui a une petite et à l’Est celui qui en a une grosse.

 

Au final, nous avons une fresque humaine d’un épisode fort méconnu de l’histoire juive pendant la deuxième guerre mondiale. Et Edward Zwick filme avec beaucoup de conviction cette histoire atypique : rarement on n’a vu les Juifs résister au cinéma, si ce n’est dans le cadre du Ghetto de Varsovie.

On retrouve aussi dans ce film l’engagement qui est cher à Zwick et qui s’exprimait dans son film précédent Blood Diamond (2006). Ici l’engagement des frères est le moteur du film et donne un sens à leur vie, les faisant se révéler : aux autres comme à eux-mêmes.

 

 

(1) le terme hébreux « Pessa’h » peut être ainsi traduit, même si je ne suis pas spécialiste.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #John Avnet, #Robert de Niro
La Loi et l'ordre (Righteous Kill - John Avnet, 2008)

Si John Avnet est producteur au nez creux, il est aussi un cinéaste talentueux, nous proposant ici une nouvelle rencontre entre deux monstres hollywoodiens : Robert De Niro et Al Pacino.

C’est d’ailleurs la troisième fois qu’ils se partagent l’affiche, même si dans la première – The Godfather part II – ils ne se rencontraient pas.

Et à nouveau, ils sont réunis dans une histoire policière particulière, mais cette fois-ci en tant que partenaires (1).

 

Dans une vidéo, Tom « Turk » Cowan (De Niro) confesse avoir tué quatorze personnes dans les quatre années passées : ces personnes étaient des criminels qui avaient pu échapper à la justice et qui méritaient de mourir pour l’ensemble de leur œuvre, comme on dit dans ces cas-là.

Nous allons alors assister à ces différentes exécutions, souvent suite à des affaires qui ont été résolues par son partenaire David « Rooster » Fisk (Pacino).

S’ensuit alors l’illustration de cette confession, de l’élément déclencheur – le maquillage d’un meurtre non résolu imputé à un tueur et violeur d’enfant – jusqu’à la conclusion – sanglante cela va sans dire – de cette affaire.

 

Bien sûr, le duo Pacino-De Niro est l’élément le plus important du film. Cette réunion fonctionne merveilleusement bien et John Avnet mène son intrigue avec assurance, ces deux stars étant des plus fiables. On sent en même temps la complicité qui lie les deux hommes, contents de travailler ensemble à cette énième intrigue policière.

Enième certainement, mais cette intrigue possède une originalité qui tient dans le basculement final : pourquoi cette confession.

 

Et Avnet nous surprend dès le début : alors que Turk raconte les différents meurtres perpétrés au nom d’une justice immanente qui supplante la Justice des hommes (légale donc), il n’y a à aucun moment de débat plus ou moins contradictoire sur cette pratique. Le fait est là : ces hommes méritaient leur sort.

Et Avnet préfère se concentrer sur l’élaboration et surtout l’exécution (c’est le cas de le dire) de ces châtiments, se concentrant sur l’enquête qui suit chaque mort.

Et ces enquêtes se passent dans des conditions très particulières avec trois partis en action : Turk & Rooster d’un côté ; Perez (John Leguizamo) & Riley (Donnie Wahlberg, le frère de Mark) d’un autre ; et au milieu de cette réunion la belle Karen Corelli (Carla Gugino), membre de la police scientifique.

 

Les deux duos de policiers sont en concurrence dans cette enquête malgré la collaboration – forcée – qui les fait se réunir et échanger.

Et cette concurrence a plusieurs aspects :

  • l’âge : comme le souligne leur supérieur – le capitaine Hingus (Brian Dennehy) – Turk et Rooster sont en fin de parcours, et doivent penser à leur avenir en dehors de la Force, ce qui peut être remis en cause en fonction de leur travail et surtout leur implication. Et la confession initiale de Turk lui donne raison.
  • Le tempérament : chacun des deux duos est composé d’un policier emporté et d’un modéré qui refrène l’autre, amenant des tensions qui ne facilitent pas les différentes enquêtes ;
  • La jalousie entre Turk et Perez qui, en plus d’être les plus sanguins, ont tous les deux un rapport amoureux avec Karen Corelli : l’un (Perez) l’a connue autrefois alors que l’autre sort avec (Turk). Cette jalousie va donc desservir l’enquête, Turk se retrouvant inévitablement en minorité et surtout en ligne de mire comme coupable.

A cela s’ajoute un élément qui pimente la situation : la belle Karen a des tendances masochistes, se repaissant des scènes de crime en imaginant ce qui a pu s’y passer.

 

Bref une histoire pas si simple que ça, surtout quand on connaît l’issue du film : mais si vous êtes attentifs, vous avez tous les éléments pour anticiper la résolution de cette intrigue policière – élaborée par Russell Gerwitz – plutôt habile.

 

PS : Avnet s’amuse aussi avec les acteurs et surtout les films dans lesquels ils ont tourné. Un exemple ? Hingus-Dennehy parle du meurtre d’un proxénète nommé Rambo (le champion de skateboard Rob Dyrdek) : quand on sait que Dennehy joue dans First Blood (2)…

 

 

  1. La fois précédente, Hanna-Al Pacino, le policier poursuivait le truand McCauley-De Niro dans le formidable Heat de Michael Mann.
  2. Film de 1982 réalisé par Tef Kotcheff, dont la traduction (trahison) française est Rambo

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog