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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cecil B. DeMille, #Aventures
Four frightened People (Cecil B. DeMille, 1934)

Alors qu’on envoie par le fond un marin mort de la peste bubonique, quatre passagers s’échappent à bord d’une chaloupe rudimentaires : le chimiste Arnold Ainger (Herbert Marshall), le reporter Stewart Corder (William Gargan), la riche oisive à chienchien Mrs Mardick (Mary Boland) et la professeure Judy Jones (Claudette Colbert).

Mais alors que les trois premiers se sont entendus pour s’échapper, il n’en va pas de même pour la jeune femme qui fut emmenée contre son gré.

Ces quatre personnes se retrouvent alors en pleine jungle malaisienne, conduites par Montague (Leo Carillo), un guide original qui porte cravate anglaise sur son torse nu.

Ce sont elles, ces quatre personnes qui ont peur comme nous le dit le titre.

 

Alors que la MGM engrange de fabuleuses recettes suite au premier Tarzan et qu’un nouvel épisode va sortir trois mois plus tard, que la RKO a présenté l’année précédente l’incroyable King Kong, il était temps que la Paramount propose à son tour quelques aventures exotiques. C’est donc Cecil B. DeMille, réalisateur vedette qui s’y met et nous propose cette aventure extraordinaire de gens plutôt ordinaires (1). Et quinze ans après Male and Female, il retourne dans une île où sont d’une certaine manière prisonniers quatre ressortissants américains loin de tout : de la mer, des hommes, de la civilisation.

Mais encore une fois, si ces gens sont loin de tout, les codes sociaux ont tout de même tendance à résister, les fréquentations inter-classes n’étant pas toujours de mise. C’est pourquoi dans la première partie, Judy, simple enseignante, est à peine considérée, voire rabrouée à chaque initiative.

 

Mais encore une fois chez DeMille, cette femme effacée va se révéler et faire marcher son monde à la baguette : alors que Mrs Mardick est emmenée par des indigènes, elle se retrouve seule femme avec ces deux mâles (2), qui découvrent, alors qu’elle se baigne sous une cascade, que cette jeune femme n’est pas si insignifiante que cela… Et surtout qu’elle possède certains arguments invisibles au premier contact…

Et comme c’est Claudette Colbert, on sait bien que révéler ses charmes n’était pas un grand problème pour elle : le film suivant de Cecil B. (3) la verra à nouveau peu vêtue…

Et quand le film sort, le Code Hays n’est pas encore entré en vigueur.

 

Si nous sommes dans une comédie (entendre : une histoire qui se termine bien), nous sommes bien loin de Male and Female, si ce n’est une libéralisation des mœurs. Tout comme Crichton (Thomas Meighan) était attiré par sa patronne Mary (Gloria Swanson), rompant alors les convenances sociales de la grande ville, Ainder est attiré par Judy alors qu’il est marié par ailleurs. A nouveau les liens se relâchent : la chair est faible, que voulez-vous.

Mais une fois le retour à la civilisation effectué, ce couple ne peut plus exister et le dilemme se posera pour le chimiste, qui devra choisir : l’épouse qui l’a attendu (pas très) patiemment, ou l’amante avec qui il a vécu des moments forts (il a même reçu une flèche dans le bas du dos (4). Cela nous donnera une dernière occasion de (sou)rire : le programme des différentes stations de radio.

 

Bien sûr, Claudette Colbert est magnifique dans ce rôle de femme qui se révèle : aux autres mais surtout à elle-même. Et c’est quand elle casse ses lunettes qu’elle ouvre enfin les yeux ! Et dans le même temps, les deux hommes eux aussi les ouvrent : comment ont-ils pu être si aveugles pendant tout ce temps ?

Mais cette révélation n’est possible que grâce à l’autre femme : Mrs Mardick se « sacrifie » pour les autres et accepte de suivre un chef indigène (Tetsu Komai). Et Mary Boland interprète certainement le personnage le plus comique du film, amenant même une révolution dans la tribu où elle est emmenée. Et ce rôle comique était de toute façon annoncé dans la présentation des personnages, au tout début du film, à la façon des films muets : un petit intertitre de présentation suivi d’un plan de chaque protagoniste.

 

DeMille dose avec son habileté coutumière tous ses ingrédients pour faire de ce film un succès – avec surtout les scènes déshabillées qui vont beaucoup plus loin que dans King Kong – mais cet avantage prendra fin quand trois mois plus tard va sortir Tarzan et sa Compagne, dernier  film à présenter aussi ouvertement la nudité, dans un ballet aquatique des plus subtils.

 

 

  1. Encore que. DeMille est bien connu pour ses comédies avec des personnages un tantinet aristocratiques.
  2. Terme on ne peut plus pertinent.
  3. Cleopatra (1934). Rappelez-vous aussi The Sign of the Cross (1932)
  4. Pas trop bas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters
Lost Identity (Wrecked - Michael Greenspan, 2010)

C’est nébuleux. Noir, puis avec des reflets rouges, pendant que quelques éléments de générique s’affichent difficilement, les inscriptions tremblotant. Puis la lumière arrive sur un œil qui s’ouvre : on comprend alors l’obscurité de l’introduction. Quant au rouge, il s’explique par la présence du sang sur un visage : c’est un homme (Adrien Brody) qui vient d’ouvrir les yeux.

 

Il est coincé dans une voiture, au milieu de nulle part, en pleine forêt d’Amérique du Nord.

Coincé par le tableau de bord et sa jambe en dessous, l’os fracturé.

Une fois ses esprits repris, il se rend compte qu’il ne se souvient de rien, et que les hommes – morts – qui l’accompagnent lui sont absolument inconnus.

Puis il trouve un pistolet. Et une carte de parking avec un nom dessus : Raymond Plazzy.

Et quand la radio (qui fonctionne) annonce qu’on recherche ce même Plazzy pour un hold-up meurtrier, cet homme sent que sa situation est pire que ce qu’il imaginait.

 

Deux parties dans ce film : dans la voiture et dehors, dans des proportions relativement similaires. Deux parties mais un seul homme, accidenté et très endolori. On pourrait presque parler de huis clos, mais comme à un moment, la portière s’ouvre et qu’il réussit à sortir…

Mais malgré tout la solitude s’installe, dérangée par quelques créatures qui vont et viennent : un renard, un chien, un puma et une femme (Caroline Dhavernas). Mais malgré tout ce monde, l’homme est seul avec sa douleur et son désespoir.

Michael Greenspan reste toujours au plus près de cet homme, alternant plans (très) rapprochés et caméra subjective, nous faisant ressentir ces (ses ?) différents instants où chaque étincelle d’espoir s’éteint à cause d’une réalité implacable et aussi froide que l’atmosphère.

 

Et malgré tous ces éléments plus ou moins hostiles et sa solitude toujours plus prenante, autour des cadavres de ses compagnons d’infortune (1), nous allons assister à un retour à la vie. Une fois la vue rétablie et le toucher revenu (avec la douleur, hélas), ce sont les autres sens qui vont s’y mettre : l’odeur de putréfaction  (dans sa blessure, mais on peut imaginer aisément ailleurs), et le goût dû aux besoins naturels : manger et boire. Sans oublier un autre besoin naturel : expulser (le liquide).

Adrien Brody est magnifique dans ce rôle anonyme. C’est une succession de regards qui nous est offerte, les mots n’ayant d’utilité que parce qu’il est désespérément seul, tel un naufragé sur une île. Et c’est exactement ce qu’il est, luttant pour sa survie, aidé par de drôles de Vendredi.

 

Et cette renaissance passe aussi par le mouvement : quitter cette « île déserte » symbole de mort. Nous assistons alors à ses efforts (surhumains) pour arriver à se sortir de la voiture et échapper à revenir à la vie.

Mais Greenspan joue avec son personnage, alternant les moments de veille et d’assoupissement, amenant alors de nouvelles situations qui s’effacent subrepticement – ou non - si l’homme se réveille. C’est d’ailleurs la frontière un tantinet trop ténue entre rêve et le réel qui peut être reprochée au scénariste (2) et par extension au réalisateur : à trop jouer sur le mélange des deux, l’attention du spectateur s’émousse.

 

Mais outre ce jeu d’ombres entre rêve et réalité, certains éléments nous permettent tout de même de nous raccrocher à une narration linéaire : ses blessures et ecchymoses qui disparaissent progressivement ou changent de couleurs, son œil qui s’ouvre à mesure que la paupière dégonfle (3). Mais aussi la nuit et le jour qui alternent. Le seul repère temporel formel c’est le bulletin d’information qui annonce qu’un hold-up a eu lieu un vendredi précédent. Combien de jours se sont écoulés ? On ne sait pas, et on ne saura jamais.

 

Mais heureusement, la mémoire va revenir, et avec elle la délivrance de savoir ce qu’il s’est passé (pour lui comme pour nous). Doucement, par de vrais flashes – des images pendant une fraction de seconde puis des séquences qui s’allongent jusqu’à la révélation finale et l’explication de l’accident.

 

La boucle est refermée.

Le film est terminé.

 

PS : ce film n’est jamais sorti sur les écrans en France. Dommage, peut-être.

 

PPS : quoi qu’il en soit, je ne comprends pas pourquoi le titre original (« accidenté », « détruit », « naufragé »…) a été remplacé par cette « identité perdue », mais en VO.

Décidément, le monde des traducteurs de cinéma est un espace fort curieux…

 

  1. Largement plus infortunés que lui, donc…
  2. Qui a écrit parfois un peu au hasard : n’ayant pas trouvé de nom à son personnage, il ajoute une amnésie…
  3. Très beau travail de maquillage.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Millard Webb, #John Wayne
The drop Kick (Millard Webb, 1927)

Quelques semaines après Buster Keaton (1), c’est Richard Barthelmess qui est à l’université, mais dans un registre fort différent : le mélodrame.

Jack Hamill (Barthelmess, donc) est l’une des stars de l’équipe de Shoreham, son botteur qui fit plus d’une fois la différence. Et cette année ne déroge pas : la grande finale contre Central aura lieu très bientôt, et Hamill doit donc se ménager.

Mais c’est très difficile, parce que dans le même temps, il tombe amoureux de Cecily (Barbara Kent), une amie d’enfance et Brad (Eugene Strong), son meilleur ami, se suicide suite à un détournement de fonds dû à l’attitude dépensière de son épouse : la belle est redoutable (et sournoise, cela va sans dire) Eunice (Dorothy Revier).

Mais rassurez-vous, l’équipe de Shoreham va gagner ! (2)

 

Si le titre fait référence à la partie sportive du film, ce n’est pas cette dernière qui est la plus importante. En effet, suite à une duperie de la belle Eunice, la mort de Brad amène Jack à renoncer à celle qu’il aime pour épouser la récente veuve, pour sa plus grande satisfaction (à elle).

Bref, une histoire plutôt sordide mais tout de même bien servie : Barthelmess est toujours ce même jeune premier fougueux et un tantinet séducteur et à ses côtés Hedda Hopper dans le rôle de sa mère, alors qu’elle n’a que 5 ans de plus sur ce « fils », l’adjuvant indispensable à la bonne résolution de l’intrigue : la passion amoureuse ayant tendance à aveugler ses victimes.

Et du côté obscur, Dorothy Revier est une belle garce, de ces femmes « fatales » croqueuses de diamants comme on en trouve beaucoup dans la production cinématographique de l’époque.

Quant au match en lui-même, il se situe à L.A. donc, et on peut reconnaître le Los Angeles Memorial Coliseum qui fut mis en service quatre ans plus tôt et servira de site pour les JO de 1932 et 1984. Cet espace immense permet d’avoir une foule incroyable venue assister au fameux match de l’année, celui dont on nous parle depuis le début du film.

 

Pour le reste, le film est plutôt mineur dans cette année 1927 si faste. Certes, on note quelques effets de caméras intéressants (travelling arrière, surimpression), mais pas de quoi se relever la nuit. La durée (68 minutes) amenant une intrigue resserrée à l’essentielle : le scandale étouffé du détournement de fonds et ses conséquences, sans oublier l’inévitable match.

On peut décemment lui préférer l’autre film cité ci-dessus, même si c’est toujours un plaisir de revoir Richard Barthelmess.


PS : pour les plus observateurs, on peut distinguer un jeune acteur encore inconnu : Marion Morrison. Il changera son nom quelques années plus tard et aura une carrière des plus prestigieuses : John Wayne…

 

PPS : Barbara Kent fut la dernière actrice vivante ayant tourné pendant la période muette. Elle est morte en 2011, à quelques semaines de son 104ème anniversaire.

 

  1. La présentation de College a lieu le 6 août alors que pour the Drop Kick c’est le 25 septembre. 
  2. Ce n’est pas révéler un grand secret que de le dire : la victoire est comprise dans le paquet-cadeau de la résolution de l’intrigue principale.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Grand Corps Malade, #Mehdi Idir
La Vie scolaire (Grand Corps Malade & Mehdi « Minos » Idir, 2019)

Samia Zibra (Zita Hanrot) débarque au collège des Francs-Moisins (Saint-Denis, 9-3) en tant que CPE, quittant son Ardèche ensoleillée, pour une sorte de rapprochement de conjoint, son ami étant en prison à Nanterre.

Elle découvre alors une autre réalité (1) de l’Education Nationale : la REP+ dans toute sa splendeur pas toujours merveilleuse.

 

Trois ans après le magnifique Patients, Grand Corps Malade et son complice Mehdi « Minos » Idir nous proposent une nouvelle chronique de notre monde moderne, touchant un autre secteur mis à mal par la société de (trop grande) consommation et surtout l’ultra libéralisme : l’école.

Ce n’est en rien une critique du système : il se trouve que l’école est mal en point, et le sujet du film nous le montre.

 

Et tout comme dans Patients, nul misérabilisme, seulement une description plus ou moins objective (2) de ce qu’il peut se passer – et aussi de ce qu’il se passe – dans un collège de ces zones qu’on dit « difficiles ».

Mais au contraire de ce que fit Gérard Lauzier il y a une vingtaine d’années (Le plus beau Métier du monde, 1996), nos deux réalisateurs évitent le piège manichéen qui voit les bons ou les mauvais professeurs, les bons ou les mauvais élèves : tous ont une part de bien et de mal, amenant des situations plus ou moins agréables, plus ou moins heureuses.

Mais surtout, on reste toujours dans le registre du vraisemblable, sans besoin de charger les traits (3).

 

Au côté de Zita Hanrot, on retrouve quelques interprètes de Patients : Soufiane Guerrab (Messaoud) en tête, dans le rôle du prof de maths (4), et d’une certaine façon le porte-parole des auteurs, donnant une analyse très juste des différentes situations ; Moussa Mansaly (Moussa) en surveillant/grand frère, vivant dans la même cité que les élèves ; et Alban Ivanov, encore une fois formidable dans un rôle comique – il en faut aussi (5) – distribuant des punitions inutiles et débiles que je vous laisse découvrir. Et surtout, ne ratez pas ses différents T-Shirts !

 

Et ce qui est le plus important, et qui nous ramène au film précédent, nul misérabilisme n’est utilisé. Et cela est d’autant plus fort qu’on entend malgré tout ce discours dans certaines écoles du même acabit, la plupart du temps chez les enseignants.

Tout comme Ben (Pablo Pauly) à l’hôpital, Yanis (Liam Perron, très juste) ne recherche pas une quelconque pitié, et nos deux co-auteurs lui font assumer son décrochage, refusant les « circonstances atténuantes » qui peuvent être évoquées lors de son conseil de discipline.

Il est décrocheur et son attitude n’est pas admissible dans l’enceinte d’un établissement scolaire.

 

Et comme c’est une chronique, l’année avance, avec ses petits et grands événements dans le collège, ses élèves virés de cours que la Vie Scolaire récupère et essaie de remettre sur les rails, en attendant la rentrée suivante qui amènera ses nouvelles péripéties heureuses – la musique qui nous permet un grand moment d’émotion mêlant des élèves jouant de la flûte (il me semble qu’elle fut un tantinet écartée des nouveaux programmes) et accompagnant un très beau rap – ou beaucoup moins comme la violence, inévitables dans ces établissements, un peu plus qu’ailleurs.

 

Et si cette chronique n’est pas toujours radieuse, on a droit à quelques moments comiques, outre le professeur de sport, avec deux entretiens avec des parents qui valent le déplacement : à propos de la tenue vestimentaire de Cindy, ou avec cet élève qui danse au lieu de faire des maths (encore elles !).

 

Bref, un nouveau film rempli d’émotion, de joie et de tristesse, et surtout d’amour pour ces différents personnages : du cinéma, tout simplement.

Avec en prime la belle voix grave de Grand Corps Malade – avec celle des autres – qui chante pendant que le générique de fin se déroule : Je suis la Vie scolaire.

 

  1. Un tantinet forcée parfois, je vous l’avoue.
  2. Un film, quel qu’il soit reflète toujours un point de vue, empêchant donc l’objectivité, que ce soit celle des réalisateurs ou celle des spectateurs.
  3. Je vous accorde que le prof de sport (Redouane Bougheraba) propose des activités un peu trop originales : le badminton avec un ballon sauteur coincé entre les pieds n’est pas très aisé ni très productif…
  4. J’ai le souvenir d’un dessin de Cabu présentant un prof de maths maghrébin disant : « les sales boulots, c’est pour les immigrés… »
  5. N’oubliez pas qu’humour rime avec amour.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Tarzan, #Wilhelm Thiele
Le Triomphe de Tarzan (Tarzan triumphs - Wilhelm Thiele, 1943)

Tarzan revient. Encore (1).

Tout d’abord, comme Maureen O’Sullivan était indisposée, indisponible et lasse (2), les scénaristes ont usé du subterfuge disant que Jane était restée à la grande ville pour s’occuper de sa mère.

Autre changement notable : la MGM a cédé les droits du personnage d’Edgar Rice Burroughs à la RKO.

Nous avons donc notre Tarzan (Johnny Weissmuller) et Boy (Johnny Sheffield) seuls dans la jungle, et notre héros obligé de prendre la place de Jane pour éduquer Boy.

Mais heureusement, la princesse de la cité mystérieuse (Palandria) du voisinage, la belle Zandra (Frances Gifford), prendra un peu la place de Jane, sinon dans le cœur tout du moins aux côtés de notre « bon sauvage ».

 

Mais nous sommes en 1942 quand le film est tourné et les Etats-Unis sont entrés en guerre contre l’Allemagne nazie. C’est pourquoi à son tour, Tarzan va servir la cause des Alliés, même dans ses contrées franchement perdues. Tellement perdues que le côté africain a été totalement gommé et les animaux présents – les archives de la RKO la plupart du temps – sont répartis un peu partout dans le monde : le lion d’Afrique, bien sûr, mais l’éléphant est « d’Inde » et on n’aperçoit aussi un nasique qui vit, comme nous le savons tous depuis Vol 714 pour Sidney, sur l’île de Bornéo. Mais passons. Cet universalisme animal permet de déplacer les intrigues à la convenance du réalisateur et en finit une bonne fois pour toute avec les porteurs africains sacrifiés par les Blancs dans les premiers épisodes. De plus, la place plus importante prise par les Afro-américains pendant la guerre va aider à éliminer cette vision colonialiste un tantinet méprisante mais surtout raciste : les autochtones noirs étant facilement escamotables du fait de la couleur de leur peau.

 

Mais ces contrées ne sont pas si perdues, puisqu’un escadron de nazis va atterrir à Palandria, contrôler la cité et exploiter ses habitants sous le prétexte habituel chez ces affreux : « les plus forts dominent ».

Nous allons alors assister à de terribles exactions, d’autant plus terribles qu’elles concernent des gens considérés ouvertement « inférieurs », les nazis se considérant comme « la race des seigneurs ». Bien sûr, c’est plutôt la race des « saigneurs » qui nous est montrée ici.

Et ce déséquilibre dans l’intrigue (3) va amener Tarzan progressivement à intervenir.

 

Vous l’avez compris, à travers ce scénario un tantinet convenu, c’est la deuxième Guerre Mondiale qui est évoquée : les Nazis sont eux-mêmes et donc d’affreux salauds meurtriers et racistes, et Tarzan symbolise l’Amérique ezn lutte.

Et comme l’Amérique dans les premières années du conflit, Tarzan n'intervient pas tant qu'on ne le dérange pas. Un des  soldats le qualifie alors d’isolationniste, ce qui était la position américaine jusqu’à Pearl Harbour.

Mais à partir du moment où les nazis s’en prennent à Boy, Tarzan entre en guerre et, bien sûr, va triompher. D’où le titre.

 

Rien de bien notable dans ce film de propagande si ce n’est tout de même l’utilisation très limitée des animaux dans les différents épisodes de l’intrigue, mis à part Cheetah, toujours fidèle au poste, et Buli, un jeune éléphant qui apparaît au début.

Mais il faut dire qu’en passant de la MGM à la RKO, Johnny Weissmuller n’a pas pu amener son cri si caractéristique. Nous avons donc droit à une pâle imitation plutôt dans les aigus, qui est d’ailleurs peu utilisée (on comprend donc pourquoi).

 

J’oubliais : parmi les infâmes nazis, on trouve un sergent interprété par une ancienne connaissance, Sig Ruman. Comme dans To be or not to be (« Concentration Camp » Ehrhardt) ou encore Stalag 17 (Sergent Schultz) il interprète un Allemand aux caractéristiques légèrement comiques, mais qui se révèle tout de même redoutable dans l’exercice de ses fonctions (soldatesques).

 

  1. C’est le septième film pour Johnny Weissmuller, le quatrième pour Johnny Sheffield.
  2. Elle demanda d’être libérée de son contrat pour s’occuper de son mari (et aussi de ses enfants).
  3. Le déséquilibre propre aux contes et autres belles histoires qui amène la quête principale du héros et qui va lui permettre de se transfigurer en remettant tout en ordre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton, #Comédie, #Western
Ma Vache et moi (Go West - Buster Keaton, 1925)

C’est l’histoire d’un jeune homme (Buster Keaton) seul (« Sans Ami » annonce le générique) qui, lassé de la solitude et de l’inactivité quitte l’Indiana pour New York, où il est toujours désespérément seul malgré la marée humaine, toujours à contre-courant dans cette course effrénée en avant.

Il se souvient alors des paroles d’Horace P. Greeley (1) et prend le train vers Santa Fe, où il sera cowboy et aura à emmener un troupeau en Californie, à Los Angeles, bien sûr.

 

Il s’agit déjà du sixième film que Buster Keaton coréalise, situé entre Seven Chances et Battling Butler. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous assistons à une nouvelle histoire improbable où le personnage interprété par Keaton lui-même est un tantinet différent des autres. En effet, plus qu’à un autre moment, son personnage est inadapté. Inadapté dans son Indiana, à New York cela va de soi, mais encore plus dans un ranch.

Et pourtant, ça marche. L’intrigue se résout formidablement, et le jeune homme peut avoir celle qu’il désire…

 

Soyons clairs, ce film n’atteint pas le niveau du précédent. Mais on ne peut tout de même que se régaler de ce jeune homme au final pas si inadapté que ça. Et sa partenaire – la vache Brown Eyes (« yeux marron ») – forme avec lui un duo assez sympathique, au point d’éclipser la jeune première (Kathleen Myers, obscure actrice qui a disparu avec l’avènement du parlant), joli certes, mais insipide : tout le monde ne peut pas être Jobyna Ralston.

 

Mais si ce film est mineur au milieu de la carrière de Keaton, on y retrouve tout de même quelques éléments comiques subtils autour de son chapeau et des relations qu’il a avec tous les autres, qu’ils soient humains ou animaux.

Et parmi les gags du film, l’un d’eux prend une place prépondérante : alors qu’il tente de gagner aux cartes de quoi sauver Brown Eyes, un des joueurs surpris à tricher le menace d’une arme et lui ordonne de sourire ! Bien sûr, il ne le fera pas et se sortira de ce faux-pas comme seul Keaton sait le faire, sans pour autant relever les commissures de ses lèvres.

 

Alors que le film met un peu plus de temps que d’habitude pour trouver son rythme, à partir du moment où le train se met en branle et emmène les bêtes vers L.A. avec parmi elles notre héros, nous assistons à une fin endiablée et pas seulement du fait d’un rythme plus soutenu (2). Et d’une certaine façon le final qui voit Keaton emmener les bêtes aux entrepôts n’est pas sans rappeler la foule de femmes qui lui courait après dans le film précédent (3). Mais alors que les femmes lui couraient après pour l’épouser, il est ici un lièvre qui amène les bêtes à le suivre vers leurs destinations finale et fatale.

 

Cette séquence est à nouveau un grand élément de l’humour de Keaton, jouant sur l’opposition des bovins et des humains, amenant une situation gagnant en intensité d’un point de vue physique (de grands mouvements de foule) et moral (les rapports policiers).

L’invasion de la ville par le troupeau amène des situations toujours plus folles et absurdes, et quand on regarde bien, on ne peut manquer de reconnaître celui qui l’a découvert et lancé, qui fut son ami et mentor : Roscoe « Fatty » Arbuckle, grimé en femme dans le grand magasin.

 

Alors certes, on aurait pu attendre mieux de Keaton et sa clique, mais il est humain d’avoir parfois quelque(s) faiblesse(s). Et savourons ce film comme une petite confiserie qu’on s’octroie après un bon repas : ça n’a pas le faste de ce qu’on a dégusté avant, mais ça permet de terminer sur une note enjouée…

 

PS : A propos du titre français, no comment. Tant qu’on n’a pas Frigo (ou Malek) et Marguerite

 

  1. Pionnier de l’information aux Etats-Unis, une de ses citations était : « Go west, young man, go west » (« va vers l’Ouest, jeune homme »), d’où le titre original du film.
  2. Hé ! Hé ! Hé ! Allez-y voir !
  3. Loin de moi l’idée de comparer les bovins et les femmes, l’analogie ne concerne que le nombre de membres des deux groupes (je n’ai pas dit « meutes » !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Oliver Stone, #Kevin Costner
JFK (Oliver Stone, 1991)

Près de trente ans après les faits, Oliver Stone reprend à son compte l’enquête sur la mort de John F. Kennedy (d’où le titre), à travers la reconstitution de l’enquête menée par Jim Garrison (1), qui déboucha sur le procès de l’un des éventuels participant à un complot, Clay Shaw (Tommy Lee Jones).

Nous allons alors revivre cette journée du 22 novembre 1963, l’une des plus noires qu’ait connu les Etats-Unis.

 

Dès le début, Oliver Stone nous replonge dans cette journée fatale, vue à travers les différentes vidéos qui furent tournées , avec des plans de coupe reconstituées, : ces micro-événements qui seront utilisés par Garrison et son équipe pour mettre en lumière le côté complot de l’intrigue (2).

Nous revoyons ces images cent fois montrées qui voient l’accueil enthousiaste des gens de Dallas à ce président différent, jusqu’au premier coup de feu qui éclatera dans le noir, cet instant marquant le début de ce que Garrison va appeler et tenter de démontrer : un complot.

 

Impressionnant.

C’est le mot qui nous vient quand se termine le film, une fois les dernières précisions énoncées à propos des rares avancées dans l’enquête. Quant à la véracité de ce que nous montre Stone, il est difficile de se faire une idée, étant avant tout ici dans un cadre cinématographique.

Mais le montage est essentiel tout au long de ce film, mêlant avec habileté images d’archives et reconstitution narrative de cette journée décidément particulière, puisqu’elle a été déclarée « jour du souvenir du président John F. Kennedy » par le président Obama en 2013.

 

Parallèlement à cette reconstitution des événements, on assiste à celle de l’enquête de Garrison, tiraillé entre la quête de vérité et sa propre vie : marié et père de cinq enfants, il déserte peu à peu sa famille pour se lancer à corps perdu dans l’enquête de sa vie, dont il écrira le livre sur lequel se base Stone trois ans avant la sortie du film, avec le point d’orgue constitué par le procès de Shaw et la magnifique plaidoirie qui n’empêchera pas malgré tout l’acquittement de ce dernier, malgré les zones d’ombre soulevées par son enquête.

 

Et Stone n’a pas lésiné sur les moyens : plus de trois heures de film avec une distribution très riche – par le cachet mais surtout par le talent, parmi laquelle on peut trouver le duo de Billy Wilder Jack Lemmon – Walter Matthau, Donald Sutherland ou encore Sissy Spacek dans le rôle de l’épouse de Garrison, de plus en plus accablée par les proportions de l’enquête qui la prive de plus en plus de son mari.

Le casting est à mon avis l’un des éléments les plus importants de cette reconstitution : la présence de pointures du cinéma américain permet au spectateur de tenir bon et surtout de conserver intacte son attention, témoin cette longue séquence mettant en scène Garrison/Costner et Mr. X, interprété par le génial Donald Sutherland. Il s’agit très certainement de la partie la plus indigeste de l’enquête puisque nous recevons une grande masse d’informations, mais le ton pris par cet acteur, soutenu par les images réelles et/ou reconstituées nous permet de ne pas nous noyer dans les ramifications de ce qui ressemble à un « coup d’état », terme repris tel quel à différents moments du film par Garrison, surtout dans sa plaidoirie finale.

 

Cette plaidoirie, arrivant au terme du procès est magnifique, Costner étant éblouissant dans ce morceau de bravoure qui le voit disserter pendant de longues minutes et démontrant de manière plutôt convaincante les différentes responsabilités au plus haut niveau de l’enquête.

Cette plaidoirie s’inscrit dans la partie judiciaire qui se démarque un peu des films traitant habituellement de ce sujet : alors que Garrison nous livre ce qui fut peut-être la plaidoirie de sa vie, le verdict va totalement à l’encontre de l’issue recherchée, e cinéma ne pouvant pas toujours aller à l’encontre de la vérité historique. Vérité factuelle ne remettant aucunement en cause les conclusions de son enquête.

 

Encore une fois, Oliver Stone s’insurge, livrant ainsi un nouveau film militant, mais cette fois-ci, l’impact ne sera pas seulement ressenti par le public puisque le Congrès américain votera une loi en 1992 sur la divulgation des assassinats.

Mais plus de 25 ans après la sortie du film, le mystère reste entier et ce malgré toutes les théories et autres enquêtes menées.

 

Qu’importe, nous avons passé un bon moment nous replongeant dans cette période trouble où mourut un espoir, symbolisé par ce président atypique, et ce alors que le monde fut au plus près d’une guerre nucléaire…

 

 

  1. C’est Kevin Costner qui l’interprète bien qu’il apparaisse lui-même – ironiquement - dans le rôle du juge Warren qui présida à la commission devant faire la lumière sur l’assassinat, dont les conclusions seront battues en brèche par Garrison quelques années plus tard.
  2. Terme absolument pas usurpé pour cette affaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Salvadori, #Comédie
De vrais Mensonges (Pierre Salvadori, 2010)

Quelle bêtise de mentir : à un moment, tout se sait.

 

Oui. Mais cela nous aurait évité un si beau film, plein de subtilité, de tendresse et de brio.

D’un côté Emilie, jeune coiffeuse-esthéticienne, belle comme le jour (1) ; de l’autre Jean (Sami Bouajila), ancien employé de l’Unesco avec un CV long comme au moins deux bras, qui se remet d’une « nervous breakdown » (2) en assurant la maintenance dans le salon d’Emilie, mais surtout amoureux éperdu de sa patronne ; et dans un autre côté, Maddy (Nathalie Baye), mère d’Emilie, muse éternelle, mais accrochée à des chimères, et surtout un amour défunt pour le père d’Emilie (Daniel Duval, méchant patenté du cinéma français depuis La Dérobade…) qui a refait sa vie ailleurs.

Et au milieu de tout ça, Paulette (Julie Chemla), employée un tantinet nunuche, tampon entre tout ce monde, ou plutôt entre Emilie et les autres…

 

Avec un tel titre, on ne pouvait attendre qu’une comédie enchaînant les mensonges les uns après les autres, arrivant au constat évident : que de temps perdu alors que tout aurait été si simple, avec dès le départ la vérité. Mais si la vie était simple, on n’aurait pas non plus un si beau film plein de subtilité et d’émotion, servi par des interprètes au diapason.

Et comme toujours, Pierre Salvadori est (partout) derrière cette histoire où la vérité, si simple, n’amènerait certainement pas cette émotion attendue à chaque nouveau film par les spectateurs.

 

Cette histoire de mensonges est d’autant plus réussie que chacun qui la voit se retrouve à un moment ou à un autre derrière ces faux-semblants qui s’égarent et amèneraient quelque drame s’il ne s’agissait ici de cinéma.

Combien de mensonges, assumés ou par omission, afin de protéger une autre ou soi-même et qui au final font souffrir, parce que c’est inéluctable, à un moment quelqu’un souffre, et souvent l’initiateur du mensonge, malgré ses bonnes intentions.

Et ici, la souffrance est pour tous : pour Emilie qui n’arrive pas à se situer par rapport à Jean, ni à percevoir à travers ses attitudes son profond amour qu’il éprouve, gêné, et timide de par sa situation, professionnelle (il est l’employé) tout comme personnelle (il a un parcours à mille lieux de celui d’Emilie), et qui finit par en souffrir.

La souffrance touche aussi Maddy, perdue dans ses souvenirs, touchée par cet amour inexistant (3), et qui se rend compte qu’elle a fait fausse route.

Et si le drame effleure l’intrigue, c’est pour être tout de suite remplacé par un élément de comédie qui, s’il ne remet pas les choses à leur place, tout du moins atténue l’effet désastreux attendu.

 

Et l’habileté de Pierre Salvadori – ici – c’est d’entrer directement dans le vif du sujet : il nous révèle l’élément déclencheur alors qu’on n’a pas eu le temps de s’habituer au cadre de l’intrigue. Mais de toute façon, ces mensonges promis par le titre sont les choses les plus importantes, alors autant faire le contraire de ce qui aurait été attendu : on entre dans le mensonge tout en distillant des éléments de vie, du quotidien des différentes protagonistes, puisque de toute façon, c’est ce que nous, spectateurs, sommes venus voir.

Et si les mensonges sont là, encore une fois le titre nous ramène à la vérité : ces mensonges sont vrais, puisqu’à chaque instant de leurs développements, les raisons invoqué »es vont le justifier jusqu’à le maquiller, amenant une autre vérité, à l’opposé de ce qui était attendu, par les différents personnages tout comme les spectateurs, avec une différence notable entre les uns et les autres : les spectateurs eux, gardent le sourire aux lèvres.

 

Et au final, nous ne sommes pas loin des Emotifs anonymes de Jean-Pierre Améris : la seule différence – malheureusement de taille – c’est que les émotifs ne disent rien.

Mais le résultat est le même : tout le monde passe à côté d’une occasion, celle d’une vie, pour une histoire d’apparences.

 

Et au final, on se dit : « que de temps perdu : c’est pourtant simple d’aimer ».

 

Non ?

 

 

PS : Et la vérité dans tout ça ? Quelle importance quand une histoire d’amour se développe et va jusqu’au bout. Mais tout de même, quand elle est révélée ici, elle n’est pas simple et crue. Elle se pare d’artifices (le scénario, bien sûr) mais à un niveau très haut puisqu’elle est multiple, de par ses protagonistes et ses niveaux : dans une scène de révélation impliquant un montage parallèle, tout aussi subtile que le reste du film, mais qui en plus est des plus pertinents.

 

PPS : Je vais en rester là, sinon nous y serons encore demain, et même après…

  1. C’est normal, c’est Audrey Tautou.
  2. Prononcer [nervus brεkdon] ou pour les ceusses qui ne lisent pas la phonétique : nervousse brèkdône.
  3. Il faut dire qu’Emilie lui a adressé sa lettre d’amour pour la sortir de sa dépression. Mauvaise idée, tout à fait, mais tellement belle…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Don Siegel, #Clint Eastwood
Sierra torride (Two Mules for Sister Sara - Don Siegel, 1970)

Hogan (Clint Eastwood est un cow-boy solitaire (1) qui surprend trois hommes alors qu’ils s’apprêtent à faire subir les derniers outrages à une jeune femme. Ni une ni deux, ils s’occupent (définitivement) d’eux et laisse la jeune femme se rhabiller.

Mais le plus étonnant (pour lui comme pour nous) c’est que cette jeune femme est en réalité une nonne, et qui plus est impliquée dans la révolution juariste contre Maximilien – soutenu par les troupes de Napoléon III.

Cette nonne s’appelle Sara (Shirley McLaine).

 

Deux ans près Coogan’s Bluff, on Siegel retrouve Clint Eastwood pour un véritable western, situé au Mexique pendant l’indépendance de ce pays. Eastwood, révélé par la trilogie du Dollar retrouve un personnage assez proche de Joe, solitaire et motivé par l’argent, mais avec tout de même un tantinet plus de morale, ce qui lui vaut de prendre sous son aile cette bonne sœur bien solitaire dans ce pays en guerre (civile). Et pour souligner cet aspect leonien, Siegel a fait appel au complice du grand Sergio : Ennio Morricone.

 

Et ça fonctionne. Même très bien puisque Siegel et Eastwood vont se retrouver dans les années suivantes, dont un autre western : Les Proies.

Mais déjà Hogan annonce un peu Harry Callahan (deux ans plus tard) par ses moyens expéditifs pour sauver la jeune nonne.

Mais bien sûr, le film repose sur l’association improbable et antithétique de ces deux éléments : un homme sans beaucoup de principes et certainement athée, face à une nonne et toute la religion qu’elle porte avec elle, même si certaines de ses actions sont plutôt étonnantes pour une bonne sœur : elle boit sec le whisky (frelaté) et fume le cigare à l’occasion.

 

Et comme nous sommes dans western, Siegel, avec l’aide de son scénariste (Albert Maltz), aborde différents éléments propres au genre : grands espaces plus ou moins désertiques, Indiens peu amènes et résolution finale dans la violence. Il ne manque qu’un véritable méchant – un salaud patenté comme chez Leone – pour compléter le tableau, l’affrontement se faisant plus contre une entité – l’armée française – qu’une identité. Même Leone (encore lui), quand il tournera sa version d’une autre révolution mexicaine (Duck, you Sucker), aura un personnage dûment estampillé comme tel.

 

Il n’empêche que cet affrontement final est des plus spectaculaires : ça tire, ça mitraille, ça explose dans tous les coins, avec en prime quelques plans de coupe impressionnant – un soldat avec une machette dans le visage, un soldat qui perd un bras (…) – amenant un nombre incalculable de morts violentes.

 

Quant à la fin (prévisible ?), je vous laisse la (re)découvrir…

 

PS : un petit mot pour finir. Le titre français est bien loin de l’original mentionnant les « deux mules de sœur Sara ». Rapidement, le spectateur polyglotte comprend que Hogan est la deuxième – la première sert de moyen de transport pour Sara – puisqu’elle le qualifie ainsi peu après leur rencontre. Doit-on voir dans ce titre français (minable, vous vous en doutez) une forme de racolage, surtout en cette période de fin des années 1960s marquées par une libération sexuelle ? Parce que question sexe (ou érotisme, si vous préférez), mis à part Shirley McLaine protégeant son intimité avec sa robe, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Et d’ailleurs, pourquoi fouetter un chat ?

 

(1) Loin de son foyer ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #John Frankenheimer
The Train (John Frankenheimer, 1964)

2 août 1944.

Le colonel von Waldheim (Paul Scofield) visite le Musée du Jeu de Paume, y rencontrant la conservatrice Melle Villard (Suzanne Flon). Il est surtout là pour lui annoncer qu’il va repartir en Allemagne avant que les Alliés arrivent à Paris. Mais en outre qu’il emmène les chefs-d’œuvre de son musée.

Elle prévient alors le réseau de Paul Labiche (Burt Lancaster), à l’intérieur de la SNCF, lui demandant d’empêcher ce train d’arriver à destination.

C’est ce qu’il va faire, mais à quel prix…

 

Tourné entre Le Jour le plus long (1960) et Paris brûle-t-il (1966), l’intrigue du film se situe entre les deux événements décrits. Et si les noms ont été changés, l’histoire originale a bel et bien eu lieu, Melle Villard s’appelant en réalité Rose Valland (1898-1980), dont le livre a inspiré le scénario.

Et tout comme les deux autres films, il est tourné en France, mélangeant les acteurs de différentes nationalités et notoriétés.

 

Côté Américain, outre Lancaster, c’est surtout dans l’équipe qui a tourné qu’il faut trouver ces ressortissants : Arthur Penn qui commença le tournage fut même remplacé par un autre Américain crédité au générique, John Frankenheimer. Côtés britannique, peu de ressortissant, on trouve l’essentiel de la distribution venant de France et d’Allemagne, dans un souci de  réalisme. Sauf que…

Sauf que comme René Clément deux ans plus tard, Frankenheimer & C° ne laissent pas les acteurs s’exprimer dans leur propre langue, donnant une artificialité dommageable, les seules versions disponibles étant ou tout en Anglais ou tout en français et en allemand, ce qui semble presque préférable, malgré tout…

 

Quoi qu’il en soit, cette histoire étonnante de tableaux sauvés par des cheminots s’inscrit dans la grande épopée de la SNCF pendant la Seconde Guerre Mondiale, près de 20 ans après La Bataille du rail.

Mais alors que le premier film de René Clément reste au niveau humain et d’une certaine façon ordinaire, ici, c’est avant tout un film porté par Burt Lancaster, chef de réseau et de service(s), véritable poison pour son homologue ennemi, von Waldheim.

Mais malgré tout, il est assisté de quelques grands noms du cinéma français, spécialisés dans les seconds rôles : Jacques Marin, Albert Rémy, Charles Millot, ainsi que Jeanne Moreau, l’autre femme du film.

 

Alors c’est bien fait, on passe un petit peu plus de deux heures en bonne compagnie, Lancaster ayant demandé un peu plus d’action que dans son « grand » film précédent (1). Et Frankenheimer s’exécute, réalisant un film honnête dont l’intrigue avait tout de même un bon potentiel de réussite, ce qui fut bien sûr le cas. Et parmi les images qui restent du film, on repense à cette boucle que fait le train emportant les Allemands qui se voient déjà chez eux alors qu’ils reviennent à leur point de départ…

De plus, Frankenheimer utilise peu de trucages et a réellement envoyé des trains se télescoper, pendant que Burt Lancaster réalisait lui-même les différentes cascades ferroviaires.

 

Pour ma part, c’est un film que j’ai vu dans mon enfance et qui a gardé le même charme qu’au début, même si je sais très bien comment tout va se passer. Certes, la Résistance de la SNCF ici est moins authentique que dans le film de Clément. Et mon seul regret c’est de ne pas entendre les répliques de Michel Simon qu’il avait tournées en français : pour cela, il faut s’éloigner de la VO, ce que j’ai beaucoup de mal à faire…

(1) Le Guépard. C’est sûr, en mettre moins était plutôt difficile…

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