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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Espionnage, #McG
Target (This means War - McG, 2012)

Tuck (Tom Hardy) et FDR (Chris Pine) sont amis. Et en plus, ils sont collègues. Ils travaillent en grande intelligence pour une agence qui est spécialisée dans ce domaine (1). Ils sont forts, beaux et efficaces, ce dernier atout étant le plus important dans leur métier.

Mais du fait de ce même métier, une vie familiale leur est plutôt difficile : d'un côté FDR est célibataire endurci et jouisseur invétéré (2), de l'autre Tuck est divorcé d'avec sa femme et voit donc très peu son fils. Il faut dire qu’ils se présentent officiellement comme capitaine de croisière et agent de voyage, ce qui n’est pas si éloigné que ça : parfois, les voyages qu’ils proposent sont des allers simples définitifs, avec retour annoncé mais pas encore prouvé.

Alors quand la belle Lauren (Reese Witherspoon) cherche l’âme sœur sur le net, elle fait la connaissance de Tuck. Mais curieusement, elle rencontre dans la foulée FDR tous les deux immédiatement amoureux d’elle : lequel va-t-elle choisir des deux ?

 

Vous prenez Jules et Jim (F. Truffaut, 1962), vous le mixez avec La Totale (C. Zidi, 1991), vous enlevez la chanson et vous la remplacez par Smooth Operator de Sade, et vous faites appel à un spécialiste des comédies d’aventure (McG) : vous servez alors une comédie débridée avec un triangle amoureux mal assorti au premier regard mais qui fonctionne magnifiquement.

On y retrouve l’indécision du premier film et surtout la compétition inévitable ; et vous y retrouvez aussi les moyens mis en œuvre pour espionner cette femme, pour tout savoir d’elle et surtout voir les progrès que font chacun des deux hommes dans le duel – de gentlemen – qu’ils se livrent.

 

C’est très drôle, parce qu’à cela se greffe une histoire d’espionnage et de vengeance – n’oublions pas qu’ils travaillent pour la CIA) – mais qui se retrouve rapidement reléguée au second plan, la compétition susmentionnée l’emportant allègrement.

D’ailleurs, l’intrigue d’espionnage sert d’ouverture et de fermeture, donnant alors la solution quant au dilemme auquel est confrontée la belle Lauren.

Et comme c’est McG, cette sous-intrigue est expédiée en deux temps trois mouvements : à un rythme un tantinet trop rapide (3) à mon sens, même si c’est sa façon d’expédier cette composante finalement accessoire du film.

 

Cette composante d’espionnage considérée comme la sous intrigue, McG laisse plus de place aux deux femmes du film : Lauren bien sûr, et son amie Trish (Chelsea Handler), dont la conversation tourne essentiellement autour du sexe, ce qui causa quelques petits problèmes dans l’exploitation commerciale du film aux Etats-Unis (4). La vie maritale et familiale de Trish amenant un décalage heureux dans ses conversations sur l’amour (5).

 

Bref, on s’amuse beaucoup – des deux côtés de l’écran – dans cette comédie enlevée menée (parfois trop) tambour battant, avec un trio amoureux irrésistible, le tout baignant dans un climat cinéphile en rapport avec le thème : la première rencontre entre Lauren et FDR se situe d’ailleurs dans un magasin de vidéo où on peut apercevoir Gene Tierney et Don Ameche se remémorer leur rencontre dans la bibliothèque (Heaven can Wait, 1943).

 

  1. Central Intelligence Agency (CIA).
  2. A moins que ce soit le contraire…
  3. 319 plans à la secondes… J’exagère à peine !
  4. Quelques coupures permirent d’abaisser l’âge légal pour voir le film à 13 ans.E
  5. A moins que ce soit sur le sexe…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #George Clooney
Confessions d'un Homme dangereux (Confessions of a dangerous Mind - George Clooney, 2002)

Chuck Barris (Sam Rockwell) était un homme de télévision qui imagina des émissions de télévision, surtout à partir de la fin des années 1960s, jusqu’au début des années 1980s. Parmi elles, certaines qui ont connu des adaptations dans d’autres pays comme The dating Game (1965) ou encore the Newly Wed Game (1966)…

Mais parallèlement à cette profession, il travaillait sous contrat pour la CIA, exécutant des indésirables, le tout bien sûr, pour la défense de l’Amérique et de son mode de vie…

 

Pour son premier film en tant que réalisateur, George Clooney fait déjà appel à un second rôle éternel et prestigieux : Sam Rockwell (1). Et déjà, c’est le monde de la télévision qui lui sert de cadre d’intrigue, même si de nombreuses séquences sont censées se passer dans quelques régions du globe où son personnage doit y exécuter de contrats.

Mais alors que dans Good Night, and good luck il rend hommage à une certaine forme de journalisme à l’éthique irréprochable, ici celle de Chuck Barris (1929-2017) peut présenter quelques lacunes voire être carrément remise en question.

Le titre original est, à ce propos, des plus intéressants : c’est d’un esprit dangereux qu’il est question, ce qui ne réduit pas Barris à un simple tueur à gages (2). Et si la mort fait partie de son mode de vie, il lui est d’un autre côté reproché d’abêtir les foules en proposant des émissions idiotes voire méprisantes (the Gong Show, 1976).

 

Encore une fois, le fait que le film soit réalisé par quelqu’un qui est avant tout un acteur amène un film où ceux et celles qui sont de la même catégorie vont avoir la part belle. Et Sam Rockwell est impeccable dans le rôle de ce personnage pas si lisse que ça, ou tout du moins de ce qu’il montrait au public. Et cette interprétation passe par une évolution de l’intrigue qui démarre comme n’importe quelle comédie mais va progressivement se muer en tragédie.

C’est Barris, tout comme dans son livre d’où est tirée cette histoire, qui raconte : debout, nu devant une télévision allumée, il fait un retour sur sa vie, de l’enfance jusqu’à ce moment de 1981 qui le voit au début devant le serment présidentiel de Ronald Reagan, autre acteur de cinéma.

 

Et cette longue narration va jouer sur les effets visuels, rapprochant les gens éloignés comme peut le faire le téléphone, mais sans franchement couper l’écran en deux comme on peut le voir habituellement : ici, le décor inclut la personne qui est au loin comme si elle était dans une pièce ouverte adjacente.

De même, nous allons assister à une détérioration du personnage principal, comme si cet esprit dangereux du titre original avait gangréné le corps de Barris : le niveau de ses émissions baisse à mesure qu’il avance dans son métier parallèle de tueur.

Sans oublier bien sûr l’utilisation de substances qui, sans être montrée, ont un impact sur le comportement de Barris (drogue ? Alcool ? Autre… ?).

 

De plus, tout comme le sera Ed Murrow dans le film suivant de George Clooney, Chuck Barris est seul. Il est seul aussi du fait de son travail supplémentaire pour la CIA : l’anonymat et la discrétion sont les deux principes de base d’un tueur efficace.

Et si Murrow avait Friend pour l’épauler, ici, c’est Penny (Drew Barrymore) qui permet à Barris de ne pas sombrer dans la solitude absolue. Certes, elle n’a pas le même rôle : Friend était surtout un collègue pour Murrow, alors qu’il y a une dimension amoureuse dans la relation qu’entretient Barris avec la jeune femme.

 

Mais cette solitude s’arrête au moment où Barris va finir son autobiographie dans laquelle il reconnaît n’avoir pas été un homme de télévision irréprochable.

Je vis encore vous parler de rédemption, mais je n’y peux rien : c’est un film américain…

En effet, nous assistons alors à une nouvelle naissance – la nudité du personnage quand il raconte en est un élément important, (quand on naît, on est rarement habillé…) – provoquée  toutes ces confessions peu brillantes : c’est un nouveau départ pour lui car, comme toujours, l’absolution suit immanquablement la confession. C’est alors un être nouveau qui en sort, libéré de ses péchés ou/et ses travers, prêt à une nouvelle vie (3).

 

 

PS : le film, situé entre deux épisodes de la trilogie Ocean’s nous permet de retrouver quelques personnalités. Outre Steven Soderbergh qui produit, et Julia Roberts qui est un des contacts de Chuck pendant ses missions, Brad Pitt et Matt Damon font une apparition remarquée et savoureuse : je vous laisse la découvrir…

  1. Il en fera de même pour Good Night and good luck comme nous l’avons déjà vu ici même.
  2. Ses contrats sont assez lucratifs.
  3. Enfin, c’est ce qui doit se passer dans l’absolu…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #George Clooney
Good Night, and good luck (George Clooney, 2005)

Des visages de gens attablés, en noir et blanc, qui passent du bon temps ensemble (1). C’est ainsi que commence le film, lors d’une célébration du journaliste de télévision Edward R. Murrow (David Strathairn), pour son travail à CBS. Nous sommes en 1958, et Murrow revient sur son combat antérieur contre le célèbre sénateur Joseph McCarthy et son acharnement à trouver des agents soviétiques dans tous les corps de métier du pays.

 

« Bonne nuit, et bonne chance », c’est ce que répétait à la fin de chacune de ses émissions ce même Ed Murrow (1908-1965) sur la chaîne CBS dans les années 1950s. Quand le film commence, nous sommes en 1953, et il semble que McCarthy a fait un pas de trop dans sa croisade/chasse aux sorcières : un soldat a été mis à pied parce que son père, d’origine serbe, lisait un journal dans sa langue maternelle. Et comme le soulignait le discours de Fulton (par Churchill le 5 mars 1946), l’opposition Est-Ouest est des plus effectives, réduisant le monde en deux camps sans aucune nuance.

 

Trois ans après Confessions d’un homme dangereux, George « What else » Clooney retourne derrière la caméra et nous propose à nouveau comme cadre la télévision américaine. Mais cette fois-ci, l’intrigue reste essentiellement dans les studios de CBS, où on assiste à une forme de joute oratoire entre Murrow et McCarthy, amenant dans le même temps des dommages collatéraux (2). Sans oublier que cette campagne va fragiliser la chaîne, après le retrait d’un de ses sponsors le plus important, amenant une série de licenciements, semble-t-il inévitables.

 

Il était tout de même temps que David Strathairn, éternel second rôle du cinéma américain ait pour une fois la vedette dans un film de relative importance. Et qui d’autre est le mieux placé pour mettre en valeur un acteur qu’un autre acteur, en l’occurrence le beau George. De plus, l’utilisation du noir et blanc permet l’insertion d’archives de la commission – HUAC (3) – dirigée par « Big Joe ».

C’est donc un film d’acteur(s) où Strathairn campe un Murrow très fidèle à son modèle, proposant des émissions de qualité et surtout où on ne prend pas le spectateur pour un imbécile. Cela ne vaut bien sûr que pour les émissions elles-mêmes, la réclame (on appelait ça ainsi en France à la même période) qui y est diffusée ayant tendance à en prendre le contrepied (publicité pour les cigarettes). 

Et avec le développement de l’intrigue qui nous amène à la veille de la chute du sénateur, c’est toute une époque qui est retracée dans ces noirs et blancs superbes dus à la caméra de Robert Elswitt.

 

Certains diront que cette période est définitivement révolue et j’aurai du mal à objecter le contraire, tant le sérieux montré par Murrow/Strathairn est bien loin de la démonstration actuelle qu’on peut trouver sur certaines chaînes à grande audience, préférant se focaliser sur l’image au dépend de l’information.

De plus, la posture que prend le journaliste devant la caméra est des plus impensables aujourd’hui : la présence d’une cigarette qui plus est allumée dans sa main pendant les émissions en étant la première cause.

 

Mais surtout, ce qu’on peut aujourd’hui regretter en voyant ce film, c’est le professionnalisme  et l’éthique qui ont tendance à se galvauder de nos jours, les puissants interviouvés ou les journalistes qui le font ayant recours à ce qu’on appelle des « fake news », américanisme qui cache un terme beaucoup plus crû et définitif : le mensonge. Et cette éthique d’un autre âge est d’autant plus remarquable que les téléspectateurs de l’époque n’avaient pas la même possibilité de vérifier les informations qu’on leur apportait.

Et je pense tout de même qu’il existe encore des journalistes de la trempe de Murrow ou Fred Friendly (George Clooney), son complice pendant toutes ces années, mais qu’il est toujours plus facile d’entendre un mensonge rassurant qu’une vérité dérangeante, sans oublier dans le même temps la paresse de ces mêmes spectateurs qui prennent pour argent comptant tout ce qu’on leur dit.

 

Mais ce débat n’a pas sa place dans cette chronique, même si à travers Murrow & C°, George Clooney rend hommage à ce qu’était le journalisme d’investigation d’après-guerre, et son film s’inscrit dans la même lignée que d’autres traitant de ce même sujet – l’information : les inoubliables All the President’s Men ou encore The Post (4).

 

 

PS : A noter la présence de Grant Heslov qui joue et a coécrit le scénario avec Clooney. Heslov tournera avec ce dernier The Men who stare at goats.
PPS : Ainsi que celle – involontaire mais inévitable – de Joseph N. Welch dans son propre rôle, lui qui fut le juge dans le magnifique Anatomy of a Murder (Otto Preminger, 1959)

 

  1. On y reconnaît les différents interprètes sans pour autant deviner où nous ni quand sommes. Un élément pourtant permet de dater ce film dans les années 1950 : un appareil photo qui capture certains de ces instants plutôt festifs.
  2. Outre la déchéance de McCarthy après le blâme qu’il reçut du Sénat en décembre 1954, Don Hollenbeck (1909-1954) se suicidera, suite aux différents articles qui seront publiés pendant la même période, surtout ceux d’un journaliste des plus conservateurs du New York Journal American, soutien farouche du sénateur du Wisconsin.
  3. House Un-American Activities Committee.
  4. Pour ceux qui ont du mal avec la langue de Shakespeare (!) : Les Hommes du Président (Alan J. Pakula, 1976) et Pentagone Papers (Steven Spielberg, 2017)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Grant Heslov, #George Clooney, #Guerre
Les Chèvres du Pentagone (The Men who stare at goats - Grant Heslov, 2009)

Robert Wilton (Ewan McGregor) est un obscur journaliste d’un quotidien local qui interviouve un jour Gus Lacey (Steven Root). Celui lui dévoile l’existence d’un bataillon parapsychologique à l’intérieur de l’armée américaine, dirigé par un allumé de première, Bill Django (Jeff « el Duderino » Bridges).

En Irak pour oublier sa femme qui l’a quittée, il rencontre alors le mythique Lyn « Skip » Cassady (George « What else » Clooney) qui fut un membre très actif de ce corps d’armée.

Ce bataillon très « peace and love » avait pour mission de faire la guerre de façon pacifique : bref, beaucoup d’argent dépensé pour des résultats on ne peut douteux…

 

La première séquence donne le ton :

Nous voyons le visage d’un homme (le général de brigade Hopgood/Stephen Lang) concentré sur un élément (le mur en face de lui) avant de se décider : il va sortir de son bureau. Il prend son élan, se concentrant une dernière fois et il s’élance… Contre le mur !

Et bien sûr, il n’arrive pas à passer à travers…

 

On n’a plus beaucoup l’habitude des films comiques prenant pour cadre la guerre. De plus, le film évite – facilement – l’écueil des films de bidasses à l’humour lourdingue et de mauvais goût.

Or, il se trouve que ce bataillon a réellement existé, comme cela est annoncé au début du film et rappelé à la fin (1).

Mais le traitement qui en est fait se met en place très rapidement, baignant le spectateur dans une atmosphère un tantinet déjantée que même l’arrivée du maléfique Larry Hooper (Kevin Spacey) n’arrive pas à complètement détruire.

Il faut dire que le titre original – Les Hommes qui fixent les chèvres – a de quoi dérouter : c’est d’abord le hamster de Lacey puis une chèvre qui tombent raides morts suite à un regard fixe appuyé.

Sans oublier le regard brillant qui permet à Lyn de dissiper les nuages…

 

Il n’est pas étonnant que ce film ait reçu un accueil des plus mitigés, surtout qu’à la même époque, les soldats américains étaient toujours en guerre en Irak suite aux annonces (fausses) de présence d’armes de destruction massive (2).

Mais c’est surtout la distribution qui fait de ce film qu’on s’y amuse beaucoup : le quatuor (Clooney-McGregor-Bridges-Spacey) est à la hauteur (3), amenant une dimension antimilitariste inévitable, due surtout à l’utilisation de LSD dans la nourriture. Quant à Jeff Bridges en gourou lebovskien, on en redemande !

 

Bref, c’est un film foutraque où le sérieux ne l’est pas beaucoup et où les références abondent. Celle aux guerriers « Jedi » pour les différents membres de ce bataillon (4) est d’autant plus savoureuse que Ewan McGregor avait interprété Obi-Wan Kenobi par trois fois entre 1999 et 2005…

 

  1. Il faut d’ailleurs rester jusqu’au bout du générique de fin pour découvrir une annonce qui n’est pas piquée des vers, dernier avatar comique de ce film.
  2. La guerre se finira officiellement le 18 décembre 2011.
  3. Avec une mention spéciale pour George Clooney
  4. La création a eu lieu en 1978, un an après le film de l’autre George (Lucas)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Justice, #William Friedkin
L'Enfer du devoir (Rules of Engagement - William Friedkin, 2000)

Tirer sur la foule quand on est militaire n’est pas un acte très apprécié, par la foule tout d’abord et par la hiérarchie ensuite. Mais tirer sur la foule quand on est en pays étranger est encore plus inacceptable. C’est ce qui arrive au colonel Terry Childers (Samuel L. Jackson) alors qu’il protège l’évacuation de l’ambassadeur des Etats-Unis (Ben Kingsley).

Mais quand la foule est armée et qu’il en va de sa propre vie et de celle de ses hommes, il semble que le choix de tirer s’impose.

C’est donc ce qu’a fait Childers : sa hiérarchie l’a alors désavoué et a mis en place une cour martiale pour statuer de son sort.

Childers fait alors appel à son vieil ami Hayes Hodges (Tommy Lee Jones) qu’il a sauvé en 1968, au Vietnam.

 

Encore un film de guerre sur le Vietnam ?

Pas vraiment. Il s’agit d’un film où les militaires sont présents, où le Vietnam a une incidence mais c’est avant tout un film judiciaire qui voit un vieux briscard – Hodges, donc – défendre une cause perdue contre un jeune loup déjà rompu au système – Biggs (Guy Pearce).

Par contre, encore une fois Pearce est du mauvais côté, la préférence allant à ces deux vieux compagnons d’armes qui ont.

C’est d’ailleurs un problème pour moi, qui suis antimilitariste primaire, d'éprouver quelque sympathie pour ces personnages.

Mais nous sommes au cinéma et si l’intrigue prend le parti de la défense (et donc d’un militaire), il ne faut pas oublier que de l’autre côté nous avons aussi des militaires. Le choix devient alors un tantinet plus aisé : de deux maux on choisit le moindre, et donc la défense.

 

La défense parce que en face, on assiste à une manipulation inique devant amener la condamnation de Childers : nous – les spectateurs qui ont (presque) tout vu - avons accès aux rouages de ce système et surtout aux exactions due Bill Sokal (Bruce Greenwood) directeur de la NSA (1) qui fait tout pour enfoncer Childers. Parce qu’il s’agit avant tout pour d’une opération de communication : que Childers soit ou non coupable lui importe peu, les Etats-Unis en tant que nation devant rester innocents aux yeux du monde.

C’st bien sûr cet aspect diplomatique qui nous fait définitivement basculer du côté de Childers et Hodges, les pressions exercées par Sokal devenant inadmissibles.

 

Ce film fut, à sa sortie, décrit comme raciste par le American-Arab Anti-Discrimination Committee (2), du fait de la présentation peu avantageuse des Yéménites.

Et cette objection peut nous sembler aujourd’hui fort étonnante, mais il ne faut pas oublier qu’un an et demi plus tard (environ) eut lieu le 11 septembre 2001, qui donna alors au film un caractère actuel : ce rejet des Américains s’étant déjà exprimé à différents endroits du globe surtout depuis la révolution  islamiste iranienne se transformant alors en agression caractérisée, de la même façon que les événements décrits ici.

 

Reste alors un film qui oscille entre le thème de la guerre – ce terrorisme qui s’est muté en guerre urbaine – et le judiciaire, amenant une position difficilement tenable des points de vue national et international : acquitter Childers c’est accepter qu’il ait ouvert feu sur une foule semble-t-il désarmée ; le condamner c’est accepter que d’autres événements similaires aient lieu, légitimant cette manifestation officiellement « pacifique » mais qui ne l’était pas vraiment comme nous pouvons le voir au début du film.

 

Alors, coupable ou non ?

Réponse dans le film.

 

  1. National Security Agency : agence nationale de sécurité (comité de surveillance serait plus juste).
  2. Comité Américano-arabe Anti-Discrimination.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bryan Singer
Un Elève doué (Apt Pupil - Bryan Singer, 1998)

Todd Bowden (Brad Renfro) est un élève brillant et très certainement doué.

Suite à une semaine sur l’holocauste, il consulte divers ouvrages et documents à la bibliothèque du lycée : il se rend alors compte qu’un homme de sa ville ressemble beaucoup à un ancien criminel de guerre nazi, Kurt Dussander (Ian « Magneto » McKellen). Bien sûr, il ne s’appelle pas pareil – Arthur Denker – mais son accent germanique est un autre élément qui pousse Todd à faire une enquête sur lui : il est bien ce nazi qui officia à Bergen-Belsen ou Auschwitz entre 1942 et 1944.

S’ensuit alors une relation particulière et malsaine entre le jeune homme et le vieillard (nous sommes en 1984).

 

« Malsaine » est un euphémisme au vu de la résolution de l’intrigue, et on peut comprendre que ce film reçût un accueil très mitigé tant l’intrigue est noire. Et pourtant, Bryan Singer a un tantinet édulcoré les éléments violents de la nouvelle de Stephen King. Mais il est clair que ces deux personnages éprouvent une attirance en même temps qu’une répulsion qui met le spectateur dans une position délicate : l’identification pour l’un ou l’autre des deux principaux protagonistes est difficile tant leur relation est malsaine.

 

Il est clair que Todd est un élève doué. Scolairement. Par contre, d’un point de vue cynique, il a encore des efforts à faire : son mentor n’est pas le premier venu, et surtout ses desseins ne sont pas aussi clairs que ceux du jeune homme.

Et surtout, la fascination (morbide) qu’exerce le nazi sur le jeune homme l’entraîne à mettre le doigt dans un engrenage où il ne va pas laisser que le bras. C’est d’abord l’invitation à déjeuner chez ses parents (Ann Dowd & Bruce « Kelly » Davison), puis l’entrevue avec le conseiller d’éducation (David Schwimmer).

 

C’est cette fascination qui baigne le film et qui installe le malaise.

En effet, Bryan Singer présente l’holocauste selon un point de vue très différent des autres au cinéma. En effet, alors qu’on s’attend à ce que Todd dénonce ce criminel, il n’en fait rien, et même veut tout savoir de l’activité de cet homme qui n’est pas celui qu’il prétend. Et alors que le thème – l’holocauste – prend de plus en plus de place et devient une obsession, Singer nous montre qu’on fait fausse route : à aucun moment Dussander/Denker n’est en danger à cause du garçon.

Et pire même : le nazi va prendre le dessus sur le jeune homme jusqu’à l’irréparable.

Mais avec ce genre de personnage, qui pendant les quarante années passées à dissimulé sa propre personnalité, y a-t-il vraiment quelque chose d’irréparable ? Malheureusement, je crois que non.

 

L’autre élément qui donne le malaise sus-décrit, c’est l’interprétation : Brad Renfro et surtout Ian McKellen sont époustouflants :

  • Renfro exprime à merveille les sentiments que ressent son personnage entre la fascination et l’obsession et surtout la culpabilité qu’a pu instillé en lui ce vieil homme indigne.
  • McKellen, comme d’habitude, est impeccable et réussirait presque à nous le faire trouver sympathique s’il n’y avait ce lourd passé plutôt rédhibitoire. De plus, ses exercices en costume, dirigés par le jeune homme deviennent vite hors contrôle et on y découvre alors ce qui faisait du régime nazi un système des plus horrible qui soit : au début, Todd s’amuse à commander cet homme qu’il pense tenir en son pouvoir, mais le nazi retrouve sers réflexes et n’obéit plus du tout aux ordres, les énonçant et appliquant intérieurement, amenant pour la première fois la crainte chez le jeune homme.

Au final, on a un film très particulier dans la filmographie de Bryan Singer, mais on y retrouve tout de même le thème du contrôle des autres qu’on a pu trouver dans le personnage de Keyser Söze dans Usual Suspects (son film précédent), et qu’on trouvera chez Magneto (encore Ian McKellen) ou chez Charles Xavier dans X-Men et X2, ses deux suivants.

 

Un film très particulier, à ne pas mettre devant tous les yeux sans avertissement préalable (1).

 

 

(1) Il fut d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en France.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Richard, #Comédie
Je sais rien, mais je dirai tout (Pierre Richard, 1973)

Pierre Gastié-Leroy est le fils de Gastié-Leroy (Bernard Blier), industriel mais surtout marchand de canons français, dont la famille fournit régulièrement les secteurs du sabre et du goupillon en personnel ou/et en matériel.

Mais Pierre n’est pas comme son père : il travaille et a des idées sociales beaucoup plus évoluées que celles de son père : il est éducateur et s’occupe de trois jeunes gens plus en rupture de ban qu’intégrés à cette société de (sur)consommation (1) : Didier (Kaminka), Luis (Rego) et Georges (Beller).

L’association – instillée par Pierre – des trois « P’tits gars » et du marchand de canon aura des résultats explosifs – terme absolument pas usurpé dans cette situation…

 

Le générique d’ouverture donne le ton : la chanson Les Gentils, les méchants de Michel Fugain est une critique à peine voilée de la société ancienne et traditionnelle (2) – les gentils – par opposition à celle qui est née cinq ans plus tôt (2), prônant une liberté de mœurs un tantinet salutaire, et se terminant par la conclusion inévitable qu’on préfère ici les Méchants.

Et ces méchants, c’est ce quatuor (Pierre + les P’tits Gars), qui vont totalement dynamiter le représentant de ce monde archaïque qu’est Gastié-Leroy.

 

Depuis l’irrésistible Distrait (1970), Pierre Richard est devenu l’un des phares du cinéma comique français, participant en outre l’année précédente au formidable Grand Blond d’Yves Robert.

On retrouve donc ici ce qui fit son succès pendant ces trois années (et pendant celles qui suivront, cela va de soi) : un comique avant tout visuel, rencontre du burlesque et du son, mais d’une autre manière que le faisait à la même époque Jacques Tati.

En effet, alors que Tati n’usait que très peu de paroles, Pierre Richard inclut celles-ci dans ses effets.

Mais la grande différence avec son aîné, c’est surtout la démesure de son personnage, conscient de son « énaurmité » là où Tati/Hulot n’était que réserve et discrétion (3).

 

Parce que Pierre Richard en fait des tonnes, se roulant par terre, exultant et criant au milieu de sa famille des plus dignes malgré sa source d’enrichissement.

Mais c’est cet excès qui nous le rend des plus sympathiques, parachuté dans une famille plus austère qu’un pasteur protestant, véritable association des grands pourvoyeurs de guerre : la religion et l’armée.

Et Pierre Richard truffe son intrigue (voir plus haut) de saynètes interchangeables où le comique de situation (la peinture avec Victor Lanoux) se mêle au comique de mots (les dialogues contrepétant avec Pierre Repp ; la joute – oratoire – avec Bernard Haller) pour notre plus grand plaisir.

 

Alors certes, le film paraît décousu, l’improvisation semblant de mise dans certaines séquences, mais peu importe, on s’amuse de ces personnages qui tiennent plus de la caricature que de la vraisemblance, sans oublier les corps de métier en rapport avec l’ordre qui sont critiqués avec beaucoup de bonheur (pour nous) : l’armée avec le soldat Antoine (Francis Lax) victime malgré lui de l’aide que lui veut apporter Pierre ; ou encore ce commissariat de police où  Pierre finit régulièrement. Ce dernier lieu est un repère de sycophantes obséquieux mené par Pierre Tornade et secondé par Daniel Prévost, à la botte de Gastié-Leroy, allant même jusqu’à entonner un « Faites la guerre, pas l’amour ! » des plus savoureux.

 

Bref, une comédie des plus débridées où  sous sa couverture se cache une critique réjouissante de ce monde sclérosé qui a volé en éclat cinq ans plus tôt.

Mais ça, c’était avant.

En effet, quand le film sort le 6 décembre, a eu lieu quelques semaines plus tôt un événement qui va changer radicalement l’avenir de cette société (un peu) libérée : le premier choc pétrolier (16-17 octobre 1973)…

 

  1. Militaire ici, mais d’une manière générale, ce film dénonce les excès de ces fameuses « Trente Glorieuses » dont nous récoltons aujourd’hui les fruits (gâtés).
  2. Avant 1968.
  3. Discrétion de son propre point de vue mais qui ne laisse pas ses interlocuteurs de marbre ni indifférents à sa personne.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Guerre
11 Novembre

Ce 11 novembre, comme tous les ans, nous avons célébré l’Armistice de 1918, ce qui ne correspond qu’à l’arrêt des combats mais pas à la fin de la guerre puisque la paix ne sera officiellement signée que le 28 juin 1919, avec le très controversé Traité de Versailles.

Depuis ce temps, nous fêtons la fin de cette guerre – ô combien meurtrière – qui annonça enfin le début du 20ème siècle (1).

Ces commémorations régulières (depuis 1922) ont pour objectif que plus jamais on ne vive une telle horreur meurtrière.

Mais nous savons tous – et cent ans après la paix, encore plus – que cette cérémonie du souvenir n'a en rien empêché de nouveaux conflits avec en point culminant celui de 1939-1945 qui se solda par un nombre de morts inimaginable alors par ceux qui célébrèrent cette première commémoration.

 

Et tous les ans, c’est la même chose : dans les villes françaises (2) on se rassemble devant le monument aux morts (qui fut d’ailleurs édifié après cette même 1ère Guerre Mondiale) en présence de quelques têtes galonnées et on y écoute avec recueillement le message du ministre en charge des anciens combattants et/ou celui du Président de la République (3).

Ensuite, nous avons droit à la Sonnerie aux Morts que tout le monde écoute religieusement, rendant ainsi hommage à ceux qui s’en allèrent joyeux mourir pour leur pays bien loin de chez eux pour la plupart.

 

Puis, c’est le grand moment de ferveur patriotique : La Marseillaise.

Nous sommes bien loin de l’émotion qu’on peut trouver dans des films comme Napoléon (Abel Gance, 1927), La grande Illusion (Jean Renoir, 1937) ou encore Casablanca (1943) où cet hymne national prend à chaque fois une connotation émouvante en rapport direct avec l’intrigue, lui donnant une dimension qui va au-delà du nationalisme que certains peuvent ressentir lors de son exécution (terme intéressant dans ce contexte…) en d’autres circonstances (matches de football, Jeux Olympiques...).

En effet, quand les participants entonnent l’hymne, on est étonné d’entendre de telles paroles dans une cérémonie dont le but principal, je vous le rappelle, est d’éviter une nouvelle guerre :

 

« Aux armes, citoyens !

Formez vos bataillons

Marchons, marchons,

Qu’un sang impur abreuve nos sillons. »

 

Si ce n’est pas un appel à la guerre, je vous demande un peu ce que c’est.

Mais si ce n’était « que » ça : dans de nombreuses communes, on demande aux enfants des écoles de participer à cette commémoration, leur apprenant alors à chanter cet hymne afin de donner un meilleur effet à la cérémonie. Vous pouvez encore plus juger de l’effet produit par ces paroles à la violence avérée dans la bouche de jeunes enfants à la voix cristalline.

 

Je suggère donc que pour commémorer la Première Guerre Mondiale, nous laissions de côté l’hymne aux connotations guerrière pour lui substituer une chanson dont les paroles  furent composées à la même époque que ce conflit célébré : La Chanson de Craonne.

En plus d’exprimer le sentiment de nombres de soldats morts pendant ces quatre années (et quelques) de combats, elle remet en cause les motifs de cette « guerre infâme » : au lieu de « pour quoi » se battre, on passe à « pour qui ».

 

Je vous laisse donc avec cette très belle chanson, véritable œuvre antimilitariste et qu’il serait, à mon avis, de bon ton d’apprendre dans les écoles, ou tout du moins de l’y faire découvrir.

  1. Certains siècles ont tendance à être en retard par rapport à la date officielle : ainsi le 19ème commença en 1815 (défaite de Napoléon à Waterloo), mais heureusement (?), le 21ème a commencé en 2001. Par contre, ce fut encore une fois suite à un événement qu’on peut qualifier de guerrier : l’attentat contre les Tours Jumelles, le 11 septembre.
  2. Etant français, je connais mieux cet aspect national, pour les autres, s’adresser aux ressortissants des pays concernés.
  3. Ou du premier ministre, du dernier ministre… Ca dépend des années !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Cape & épée, #Christian-Jaque, #Gérard Philipe
Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952)

Ca bondit, ça chevauche, ça brette, ça douglasfairbankse presque ! Mais ce n’est pas Douglas Fairbanks, ce dernier étant mort treize ans plus tôt.

Non, c’est le grand Gérard Philipe – par la taille et le talent – qui interprète ce personnage légendaire, imaginé par le chansonnier Emile Debraux en 1819.

 

Nous sommes en pleine Guerre de 7 ans, Louis XV (Marcel Herrand) est roi de France et Fanfan court la gueuze : un mariage arrangé le fait s’enrôler dans les armées royales qui le mèneront à la gloire et l’amour avec la belle Adeline (Gina Lollobrigida).

Dès lors Fanfan va accomplir son destin (heureux) comme le lui a faussement prédit cette même belle Adeline.

Tout comme la chanson originelle, tout ceci n’est pas sérieux : le narrateur (Jean Debucourt), servi par les savoureux dialogues d’Henri Jeanson, accentuant l’aspect comique du film.

Et surtout, soixante-sept ans après sa sortie, le charme agit toujours.

 

Il faut dire que la présence de Gérard Philipe y est pour beaucoup : délaissant un temps les planches du Théâtre National Populaire, il  nous livre ici une interprétation haute en couleur (1) de Fanfan, qui restera – malgré Vincent Pérez et Penélope Cruz – la version de référence.

A ces côtés, on retrouve quelques visages connus dont bien sûr Noël Roquevert (Fier-à-Bras), éternel second rôle du cinéma français, et pour une fois sans moustache !

Et pour les femmes, les trois principales actrices – outre la belle Gina, on retrouve Geneviève Page (La Pompadour) et Sylvie Pelayo (Madame Henriette), elles sont aussi belles que talentueuses, même si Sylvie Pelayo a un rôle plutôt décoratif.

 

L’autre élément comique du film concerne l’armée, tournée en ridicule (n’oublions pas qu’en 1952, l’armée française est engoncée dans le conflit indochinois) pour le plaisir du spectateur.

Fier-à-Bras est un archétype de sergent aux méthodes aussi absurdes qu’inutiles, ce que comprend rapidement Fanfan, abandonnant les exercices imbéciles qui contente l’esprit un tantinet sadique qu’on retrouve chez le genre de sous-officiers représentés par Fier-à-Bras.

De plus, la présence de la femme (Georgette Anys) de Tranche-Montagne (Olivier Hussenot), une de ces cantinières qui accompagnaient les armées, et ses huit enfants, ajoute à la drôlerie, constituant une famille bien singulière pour Fanfan.

 

Il y a dans ce Fanfan un parfum nostalgique pour le spectateur que je suis (et que beaucoup d’autres sont), mais surtout le plaisir de retrouver Gérard Philipe, jeune premier éternel et disparu beaucoup trop tôt, il y a maintenant soixante ans.

De plus, cela nous ramène à une époque où un film en noir et blanc ne rebutait pas encore les (télé)spectateurs

On peut même regretter qu’avec la mort (foudroyante) de ce grand monsieur il n’ait pu interpréter d’autres rôles emblématiques du cinéma de capes et d’épées français : les différents assauts qu’on peut voir ici en laissant présager d’autres qui se déroulèrent dans la décennie suivante.

 

Nous reste alors son sourire un tantinet ironique et sa voix claire, et son destin tragique qui en fit une sorte de James Dean français (du point de vue du destin s'entend), longtemps admiré (avec raison) des jeunes filles françaises.

 

(1) Il était donc inutile d’en sortir une version colorisée (berk !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Stanley Kubrick
Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory - Stanley Kubrick, 1957)

Depuis le temps que je vous mentionne ce film, je me suis dit qu’il était temps que je l’abordasse. De plus, la proximité ders célébrations de l’Armistice 1918 lui rend, comme chaque année, son actualité éternelle : la guerre, sous quelque forme qu’elle se présente reste une absurdité et un mal inutile pour les humains.

 

Kubrick sort à peine de son film de gangsters aux points de vue multiples quand il s’attaque pour la première fois au film de guerre. Et pour une première fois, c’est magistralement réussi !

Alors que ne se préparent même pas les superproductions sur la Deuxième Guerre mondiale, Kubrick revient sur la Première, en y introduisant un élément essentiel et régulièrement écarté dans les autres productions du genre : le rôle des membres de l’Etat-major, et en particulier ici l’obstination criminelle d’un général vexé d’avoir surestimé ses troupes et surtout celles de l’ennemi.

 

Ce général, c’est Mireau (George Macready), encouragé par un autre haut gradé – Broulard (Adolphe Menjou, toujours aussi magnifiquement fourbe quand nécessaire) – qui ira même jusqu’à ordonner de tirer sur ses troupes qui ne sont pas allées à l’assaut du fait des tirs de barrage ennemis.

Mais malgré cette obstination insensée, nous assisterons tout de même à l’exécution de trois hommes « pour l’exemple », et ce malgré la défense de leur officier supérieur, le colonel Dax (Kirk Douglas).

Cette exécution militaire étant d’ailleurs l’une des plus inhumaines montrée dans un film de guerre : le soldat Pierre Arnaud (Joe Turkel, un habitué des films du maître) est attaché à un brancard déposé contre le poteau d’exécution, le sergent (Bert Freed) lui pince la joue pour qu’il soit conscient pendant son exécution.

Et le pire dans tout cela, c’est que ces scènes ont réellement eu lieu, dans des circonstances assez similaires…

 

Bien sûr, et n’importe quel critique l’a dit avant moi, les différents membres de l’état-major français, déjà bien embêtés par les « événements » d’Algérie n’ont pas vu d’un bon œil ce qui ressemble prou à un brûlot antimilitariste, et il fut même décidé de ne pas exploiter le film de fait de cette actualité un tantinet chaude pour nos têtes galonnées.

Il faudra d’ailleurs attendre près de vingt ans (18 pour être précis) avant que les spectateurs français puissent jouir du spectacle lamentable de ces vieilles badernes susceptibles.

Quant à son premier passage à la télévision (française), il faudra encore attendre 1988 : mon vieil ami le professeur Allen John et moi-même eûmes le plaisir de l’y découvrir en cette occasion.

 

Evidemment, l’armée française en prend pour son grade, les deux généraux de l’intrigue étant des archétypes fort peu glorifiant, mais surtout la séquence d’introduction à l’assaut qui va suivre – Broulard vient flatter l’égo de Mireau (1) certes, mais il ne faudrait pas non plus oublier que c’est ce même Broulard qui lui force la main – une nouvelle étoile à la clef - dans cette entreprise que de prime abord Mireau refuse !

Mais si le film se concentre sur l’armée française, je pense qu’on peut tout aussi bien mettre le reste des autres armées humaines où de tels énergumènes existent à différents niveaux.

Il suffit de voir ce qui a pu se passer auparavant ; mais aussi les conflits à venir dans lesquels les Etats-Unis auront une part très importante. Un exemple au hasard ? Le Vietnam (vraiment au hasard…).

 

Mais si l’intrigue dénonce les errements militaires de ces deux vieilles ganaches, elle n’en demeure pas moins admirablement filmée. C’est un festival de caméra vivante (manœuvrée par Georg Krause), digne du grand Karl Freund, où les travellings s’enchaînent avec maestria, et le montage dynamique d’Eva Kroll alternant champs et contrechamps donne à la séquence de préparation de l’assaut, avec Dax/Douglas qui sillonne les tranchées pour gagner sa position de tête, une tension qui ne se relâchera à peine quand l’attaque va s’exécuter.

S’ensuit alors une charge terrible pour laquelle je paraphraserai La Butte rouge de Montéhus (1872-1952) : « […] tous ceux qui montèrent tombèrent dans le ravin […] ». C’est un carnage, l’un des plus spectaculaires du cinéma (2) avec le premier quart d’heure de Save Private Ryan.


Et puis il y a la fin : dans une auberge où les soldats se délassent avant de retourner se faire tuer, le maître de céans présente une « prise allemande » (Christiane Harlan qui s’appellera bientôt Kubrick) qui chante pour les soldats (3) dans sa langue, ne connaissant aucune autre langue.

Il y a une montée en puissance pendant cette chanson qui se fait alors que la salle, dans le même temps perd de son intensité sonore jusqu’à murmurer cette même chanson, d’une manière indistincte, la caméra s’attardant sur les visages de ses soldats, tous des morts en sursis. Et le spectateur sent l’émotion monter et voit ces rudes gaillards gagnés par l’émotion, versant quelques larmes, la chanson de soldat qu’elle interprète étant d’une certaine façon universelle : l’histoire d’un soldat qui apprend que sa fiancée se meurt pendant qu’il est à la guerre.

Les soldats rejoignant alors la jeune femme, partageant cet instant à l’abri des bombes et autres balles meurtrières. Cette communion ultime achève de montrer l’absurdité de la guerre : à part être une femme et parler une langue étrangère, elle n’est pas bien différente de ses spectateurs ; il ne suffit pas de grand-chose pour que tout le monde s’accorde.

 

Quand enfin Dax demande au sergent de laisser encore quelques instants à ses hommes qui doivent partir au front, il leur offre un dernier instant loin des combats, le tant d’un air. Mais ce sursis n’est-il que pour ses hommes ? (4)

 

  1. Doit-on voir dans le patronyme de ce répugnant personnage une homophonie pertinente mireau/miro ? En effet, on assiste réellement à un aveuglement aigu de sa part à propos du fiasco militaire annoncé…
  2. Cet avis n’engage que moi.
  3. Der treue Husar (le Hussard fidèle), traditionnel allemand (v. 1825).
  4. Vous pouvez relier cette question à la dernière entrevue qu’il a avec Broulard/Menjou.

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