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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Justice, #William Friedkin
L'Enfer du devoir (Rules of Engagement - William Friedkin, 2000)

Tirer sur la foule quand on est militaire n’est pas un acte très apprécié, par la foule tout d’abord et par la hiérarchie ensuite. Mais tirer sur la foule quand on est en pays étranger est encore plus inacceptable. C’est ce qui arrive au colonel Terry Childers (Samuel L. Jackson) alors qu’il protège l’évacuation de l’ambassadeur des Etats-Unis (Ben Kingsley).

Mais quand la foule est armée et qu’il en va de sa propre vie et de celle de ses hommes, il semble que le choix de tirer s’impose.

C’est donc ce qu’a fait Childers : sa hiérarchie l’a alors désavoué et a mis en place une cour martiale pour statuer de son sort.

Childers fait alors appel à son vieil ami Hayes Hodges (Tommy Lee Jones) qu’il a sauvé en 1968, au Vietnam.

 

Encore un film de guerre sur le Vietnam ?

Pas vraiment. Il s’agit d’un film où les militaires sont présents, où le Vietnam a une incidence mais c’est avant tout un film judiciaire qui voit un vieux briscard – Hodges, donc – défendre une cause perdue contre un jeune loup déjà rompu au système – Biggs (Guy Pearce).

Par contre, encore une fois Pearce est du mauvais côté, la préférence allant à ces deux vieux compagnons d’armes qui ont.

C’est d’ailleurs un problème pour moi, qui suis antimilitariste primaire, d'éprouver quelque sympathie pour ces personnages.

Mais nous sommes au cinéma et si l’intrigue prend le parti de la défense (et donc d’un militaire), il ne faut pas oublier que de l’autre côté nous avons aussi des militaires. Le choix devient alors un tantinet plus aisé : de deux maux on choisit le moindre, et donc la défense.

 

La défense parce que en face, on assiste à une manipulation inique devant amener la condamnation de Childers : nous – les spectateurs qui ont (presque) tout vu - avons accès aux rouages de ce système et surtout aux exactions due Bill Sokal (Bruce Greenwood) directeur de la NSA (1) qui fait tout pour enfoncer Childers. Parce qu’il s’agit avant tout pour d’une opération de communication : que Childers soit ou non coupable lui importe peu, les Etats-Unis en tant que nation devant rester innocents aux yeux du monde.

C’st bien sûr cet aspect diplomatique qui nous fait définitivement basculer du côté de Childers et Hodges, les pressions exercées par Sokal devenant inadmissibles.

 

Ce film fut, à sa sortie, décrit comme raciste par le American-Arab Anti-Discrimination Committee (2), du fait de la présentation peu avantageuse des Yéménites.

Et cette objection peut nous sembler aujourd’hui fort étonnante, mais il ne faut pas oublier qu’un an et demi plus tard (environ) eut lieu le 11 septembre 2001, qui donna alors au film un caractère actuel : ce rejet des Américains s’étant déjà exprimé à différents endroits du globe surtout depuis la révolution  islamiste iranienne se transformant alors en agression caractérisée, de la même façon que les événements décrits ici.

 

Reste alors un film qui oscille entre le thème de la guerre – ce terrorisme qui s’est muté en guerre urbaine – et le judiciaire, amenant une position difficilement tenable des points de vue national et international : acquitter Childers c’est accepter qu’il ait ouvert feu sur une foule semble-t-il désarmée ; le condamner c’est accepter que d’autres événements similaires aient lieu, légitimant cette manifestation officiellement « pacifique » mais qui ne l’était pas vraiment comme nous pouvons le voir au début du film.

 

Alors, coupable ou non ?

Réponse dans le film.

 

  1. National Security Agency : agence nationale de sécurité (comité de surveillance serait plus juste).
  2. Comité Américano-arabe Anti-Discrimination.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bryan Singer
Un Elève doué (Apt Pupil - Bryan Singer, 1998)

Todd Bowden (Brad Renfro) est un élève brillant et très certainement doué.

Suite à une semaine sur l’holocauste, il consulte divers ouvrages et documents à la bibliothèque du lycée : il se rend alors compte qu’un homme de sa ville ressemble beaucoup à un ancien criminel de guerre nazi, Kurt Dussander (Ian « Magneto » McKellen). Bien sûr, il ne s’appelle pas pareil – Arthur Denker – mais son accent germanique est un autre élément qui pousse Todd à faire une enquête sur lui : il est bien ce nazi qui officia à Bergen-Belsen ou Auschwitz entre 1942 et 1944.

S’ensuit alors une relation particulière et malsaine entre le jeune homme et le vieillard (nous sommes en 1984).

 

« Malsaine » est un euphémisme au vu de la résolution de l’intrigue, et on peut comprendre que ce film reçût un accueil très mitigé tant l’intrigue est noire. Et pourtant, Bryan Singer a un tantinet édulcoré les éléments violents de la nouvelle de Stephen King. Mais il est clair que ces deux personnages éprouvent une attirance en même temps qu’une répulsion qui met le spectateur dans une position délicate : l’identification pour l’un ou l’autre des deux principaux protagonistes est difficile tant leur relation est malsaine.

 

Il est clair que Todd est un élève doué. Scolairement. Par contre, d’un point de vue cynique, il a encore des efforts à faire : son mentor n’est pas le premier venu, et surtout ses desseins ne sont pas aussi clairs que ceux du jeune homme.

Et surtout, la fascination (morbide) qu’exerce le nazi sur le jeune homme l’entraîne à mettre le doigt dans un engrenage où il ne va pas laisser que le bras. C’est d’abord l’invitation à déjeuner chez ses parents (Ann Dowd & Bruce « Kelly » Davison), puis l’entrevue avec le conseiller d’éducation (David Schwimmer).

 

C’est cette fascination qui baigne le film et qui installe le malaise.

En effet, Bryan Singer présente l’holocauste selon un point de vue très différent des autres au cinéma. En effet, alors qu’on s’attend à ce que Todd dénonce ce criminel, il n’en fait rien, et même veut tout savoir de l’activité de cet homme qui n’est pas celui qu’il prétend. Et alors que le thème – l’holocauste – prend de plus en plus de place et devient une obsession, Singer nous montre qu’on fait fausse route : à aucun moment Dussander/Denker n’est en danger à cause du garçon.

Et pire même : le nazi va prendre le dessus sur le jeune homme jusqu’à l’irréparable.

Mais avec ce genre de personnage, qui pendant les quarante années passées à dissimulé sa propre personnalité, y a-t-il vraiment quelque chose d’irréparable ? Malheureusement, je crois que non.

 

L’autre élément qui donne le malaise sus-décrit, c’est l’interprétation : Brad Renfro et surtout Ian McKellen sont époustouflants :

  • Renfro exprime à merveille les sentiments que ressent son personnage entre la fascination et l’obsession et surtout la culpabilité qu’a pu instillé en lui ce vieil homme indigne.
  • McKellen, comme d’habitude, est impeccable et réussirait presque à nous le faire trouver sympathique s’il n’y avait ce lourd passé plutôt rédhibitoire. De plus, ses exercices en costume, dirigés par le jeune homme deviennent vite hors contrôle et on y découvre alors ce qui faisait du régime nazi un système des plus horrible qui soit : au début, Todd s’amuse à commander cet homme qu’il pense tenir en son pouvoir, mais le nazi retrouve sers réflexes et n’obéit plus du tout aux ordres, les énonçant et appliquant intérieurement, amenant pour la première fois la crainte chez le jeune homme.

Au final, on a un film très particulier dans la filmographie de Bryan Singer, mais on y retrouve tout de même le thème du contrôle des autres qu’on a pu trouver dans le personnage de Keyser Söze dans Usual Suspects (son film précédent), et qu’on trouvera chez Magneto (encore Ian McKellen) ou chez Charles Xavier dans X-Men et X2, ses deux suivants.

 

Un film très particulier, à ne pas mettre devant tous les yeux sans avertissement préalable (1).

 

 

(1) Il fut d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en France.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Richard, #Comédie
Je sais rien, mais je dirai tout (Pierre Richard, 1973)

Pierre Gastié-Leroy est le fils de Gastié-Leroy (Bernard Blier), industriel mais surtout marchand de canons français, dont la famille fournit régulièrement les secteurs du sabre et du goupillon en personnel ou/et en matériel.

Mais Pierre n’est pas comme son père : il travaille et a des idées sociales beaucoup plus évoluées que celles de son père : il est éducateur et s’occupe de trois jeunes gens plus en rupture de ban qu’intégrés à cette société de (sur)consommation (1) : Didier (Kaminka), Luis (Rego) et Georges (Beller).

L’association – instillée par Pierre – des trois « P’tits gars » et du marchand de canon aura des résultats explosifs – terme absolument pas usurpé dans cette situation…

 

Le générique d’ouverture donne le ton : la chanson Les Gentils, les méchants de Michel Fugain est une critique à peine voilée de la société ancienne et traditionnelle (2) – les gentils – par opposition à celle qui est née cinq ans plus tôt (2), prônant une liberté de mœurs un tantinet salutaire, et se terminant par la conclusion inévitable qu’on préfère ici les Méchants.

Et ces méchants, c’est ce quatuor (Pierre + les P’tits Gars), qui vont totalement dynamiter le représentant de ce monde archaïque qu’est Gastié-Leroy.

 

Depuis l’irrésistible Distrait (1970), Pierre Richard est devenu l’un des phares du cinéma comique français, participant en outre l’année précédente au formidable Grand Blond d’Yves Robert.

On retrouve donc ici ce qui fit son succès pendant ces trois années (et pendant celles qui suivront, cela va de soi) : un comique avant tout visuel, rencontre du burlesque et du son, mais d’une autre manière que le faisait à la même époque Jacques Tati.

En effet, alors que Tati n’usait que très peu de paroles, Pierre Richard inclut celles-ci dans ses effets.

Mais la grande différence avec son aîné, c’est surtout la démesure de son personnage, conscient de son « énaurmité » là où Tati/Hulot n’était que réserve et discrétion (3).

 

Parce que Pierre Richard en fait des tonnes, se roulant par terre, exultant et criant au milieu de sa famille des plus dignes malgré sa source d’enrichissement.

Mais c’est cet excès qui nous le rend des plus sympathiques, parachuté dans une famille plus austère qu’un pasteur protestant, véritable association des grands pourvoyeurs de guerre : la religion et l’armée.

Et Pierre Richard truffe son intrigue (voir plus haut) de saynètes interchangeables où le comique de situation (la peinture avec Victor Lanoux) se mêle au comique de mots (les dialogues contrepétant avec Pierre Repp ; la joute – oratoire – avec Bernard Haller) pour notre plus grand plaisir.

 

Alors certes, le film paraît décousu, l’improvisation semblant de mise dans certaines séquences, mais peu importe, on s’amuse de ces personnages qui tiennent plus de la caricature que de la vraisemblance, sans oublier les corps de métier en rapport avec l’ordre qui sont critiqués avec beaucoup de bonheur (pour nous) : l’armée avec le soldat Antoine (Francis Lax) victime malgré lui de l’aide que lui veut apporter Pierre ; ou encore ce commissariat de police où  Pierre finit régulièrement. Ce dernier lieu est un repère de sycophantes obséquieux mené par Pierre Tornade et secondé par Daniel Prévost, à la botte de Gastié-Leroy, allant même jusqu’à entonner un « Faites la guerre, pas l’amour ! » des plus savoureux.

 

Bref, une comédie des plus débridées où  sous sa couverture se cache une critique réjouissante de ce monde sclérosé qui a volé en éclat cinq ans plus tôt.

Mais ça, c’était avant.

En effet, quand le film sort le 6 décembre, a eu lieu quelques semaines plus tôt un événement qui va changer radicalement l’avenir de cette société (un peu) libérée : le premier choc pétrolier (16-17 octobre 1973)…

 

  1. Militaire ici, mais d’une manière générale, ce film dénonce les excès de ces fameuses « Trente Glorieuses » dont nous récoltons aujourd’hui les fruits (gâtés).
  2. Avant 1968.
  3. Discrétion de son propre point de vue mais qui ne laisse pas ses interlocuteurs de marbre ni indifférents à sa personne.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Guerre
11 Novembre

Ce 11 novembre, comme tous les ans, nous avons célébré l’Armistice de 1918, ce qui ne correspond qu’à l’arrêt des combats mais pas à la fin de la guerre puisque la paix ne sera officiellement signée que le 28 juin 1919, avec le très controversé Traité de Versailles.

Depuis ce temps, nous fêtons la fin de cette guerre – ô combien meurtrière – qui annonça enfin le début du 20ème siècle (1).

Ces commémorations régulières (depuis 1922) ont pour objectif que plus jamais on ne vive une telle horreur meurtrière.

Mais nous savons tous – et cent ans après la paix, encore plus – que cette cérémonie du souvenir n'a en rien empêché de nouveaux conflits avec en point culminant celui de 1939-1945 qui se solda par un nombre de morts inimaginable alors par ceux qui célébrèrent cette première commémoration.

 

Et tous les ans, c’est la même chose : dans les villes françaises (2) on se rassemble devant le monument aux morts (qui fut d’ailleurs édifié après cette même 1ère Guerre Mondiale) en présence de quelques têtes galonnées et on y écoute avec recueillement le message du ministre en charge des anciens combattants et/ou celui du Président de la République (3).

Ensuite, nous avons droit à la Sonnerie aux Morts que tout le monde écoute religieusement, rendant ainsi hommage à ceux qui s’en allèrent joyeux mourir pour leur pays bien loin de chez eux pour la plupart.

 

Puis, c’est le grand moment de ferveur patriotique : La Marseillaise.

Nous sommes bien loin de l’émotion qu’on peut trouver dans des films comme Napoléon (Abel Gance, 1927), La grande Illusion (Jean Renoir, 1937) ou encore Casablanca (1943) où cet hymne national prend à chaque fois une connotation émouvante en rapport direct avec l’intrigue, lui donnant une dimension qui va au-delà du nationalisme que certains peuvent ressentir lors de son exécution (terme intéressant dans ce contexte…) en d’autres circonstances (matches de football, Jeux Olympiques...).

En effet, quand les participants entonnent l’hymne, on est étonné d’entendre de telles paroles dans une cérémonie dont le but principal, je vous le rappelle, est d’éviter une nouvelle guerre :

 

« Aux armes, citoyens !

Formez vos bataillons

Marchons, marchons,

Qu’un sang impur abreuve nos sillons. »

 

Si ce n’est pas un appel à la guerre, je vous demande un peu ce que c’est.

Mais si ce n’était « que » ça : dans de nombreuses communes, on demande aux enfants des écoles de participer à cette commémoration, leur apprenant alors à chanter cet hymne afin de donner un meilleur effet à la cérémonie. Vous pouvez encore plus juger de l’effet produit par ces paroles à la violence avérée dans la bouche de jeunes enfants à la voix cristalline.

 

Je suggère donc que pour commémorer la Première Guerre Mondiale, nous laissions de côté l’hymne aux connotations guerrière pour lui substituer une chanson dont les paroles  furent composées à la même époque que ce conflit célébré : La Chanson de Craonne.

En plus d’exprimer le sentiment de nombres de soldats morts pendant ces quatre années (et quelques) de combats, elle remet en cause les motifs de cette « guerre infâme » : au lieu de « pour quoi » se battre, on passe à « pour qui ».

 

Je vous laisse donc avec cette très belle chanson, véritable œuvre antimilitariste et qu’il serait, à mon avis, de bon ton d’apprendre dans les écoles, ou tout du moins de l’y faire découvrir.

  1. Certains siècles ont tendance à être en retard par rapport à la date officielle : ainsi le 19ème commença en 1815 (défaite de Napoléon à Waterloo), mais heureusement (?), le 21ème a commencé en 2001. Par contre, ce fut encore une fois suite à un événement qu’on peut qualifier de guerrier : l’attentat contre les Tours Jumelles, le 11 septembre.
  2. Etant français, je connais mieux cet aspect national, pour les autres, s’adresser aux ressortissants des pays concernés.
  3. Ou du premier ministre, du dernier ministre… Ca dépend des années !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Cape & épée, #Christian-Jaque, #Gérard Philipe
Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952)

Ca bondit, ça chevauche, ça brette, ça douglasfairbankse presque ! Mais ce n’est pas Douglas Fairbanks, ce dernier étant mort treize ans plus tôt.

Non, c’est le grand Gérard Philipe – par la taille et le talent – qui interprète ce personnage légendaire, imaginé par le chansonnier Emile Debraux en 1819.

 

Nous sommes en pleine Guerre de 7 ans, Louis XV (Marcel Herrand) est roi de France et Fanfan court la gueuze : un mariage arrangé le fait s’enrôler dans les armées royales qui le mèneront à la gloire et l’amour avec la belle Adeline (Gina Lollobrigida).

Dès lors Fanfan va accomplir son destin (heureux) comme le lui a faussement prédit cette même belle Adeline.

Tout comme la chanson originelle, tout ceci n’est pas sérieux : le narrateur (Jean Debucourt), servi par les savoureux dialogues d’Henri Jeanson, accentuant l’aspect comique du film.

Et surtout, soixante-sept ans après sa sortie, le charme agit toujours.

 

Il faut dire que la présence de Gérard Philipe y est pour beaucoup : délaissant un temps les planches du Théâtre National Populaire, il  nous livre ici une interprétation haute en couleur (1) de Fanfan, qui restera – malgré Vincent Pérez et Penélope Cruz – la version de référence.

A ces côtés, on retrouve quelques visages connus dont bien sûr Noël Roquevert (Fier-à-Bras), éternel second rôle du cinéma français, et pour une fois sans moustache !

Et pour les femmes, les trois principales actrices – outre la belle Gina, on retrouve Geneviève Page (La Pompadour) et Sylvie Pelayo (Madame Henriette), elles sont aussi belles que talentueuses, même si Sylvie Pelayo a un rôle plutôt décoratif.

 

L’autre élément comique du film concerne l’armée, tournée en ridicule (n’oublions pas qu’en 1952, l’armée française est engoncée dans le conflit indochinois) pour le plaisir du spectateur.

Fier-à-Bras est un archétype de sergent aux méthodes aussi absurdes qu’inutiles, ce que comprend rapidement Fanfan, abandonnant les exercices imbéciles qui contente l’esprit un tantinet sadique qu’on retrouve chez le genre de sous-officiers représentés par Fier-à-Bras.

De plus, la présence de la femme (Georgette Anys) de Tranche-Montagne (Olivier Hussenot), une de ces cantinières qui accompagnaient les armées, et ses huit enfants, ajoute à la drôlerie, constituant une famille bien singulière pour Fanfan.

 

Il y a dans ce Fanfan un parfum nostalgique pour le spectateur que je suis (et que beaucoup d’autres sont), mais surtout le plaisir de retrouver Gérard Philipe, jeune premier éternel et disparu beaucoup trop tôt, il y a maintenant soixante ans.

De plus, cela nous ramène à une époque où un film en noir et blanc ne rebutait pas encore les (télé)spectateurs

On peut même regretter qu’avec la mort (foudroyante) de ce grand monsieur il n’ait pu interpréter d’autres rôles emblématiques du cinéma de capes et d’épées français : les différents assauts qu’on peut voir ici en laissant présager d’autres qui se déroulèrent dans la décennie suivante.

 

Nous reste alors son sourire un tantinet ironique et sa voix claire, et son destin tragique qui en fit une sorte de James Dean français (du point de vue du destin s'entend), longtemps admiré (avec raison) des jeunes filles françaises.

 

(1) Il était donc inutile d’en sortir une version colorisée (berk !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Stanley Kubrick
Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory - Stanley Kubrick, 1957)

Depuis le temps que je vous mentionne ce film, je me suis dit qu’il était temps que je l’abordasse. De plus, la proximité ders célébrations de l’Armistice 1918 lui rend, comme chaque année, son actualité éternelle : la guerre, sous quelque forme qu’elle se présente reste une absurdité et un mal inutile pour les humains.

 

Kubrick sort à peine de son film de gangsters aux points de vue multiples quand il s’attaque pour la première fois au film de guerre. Et pour une première fois, c’est magistralement réussi !

Alors que ne se préparent même pas les superproductions sur la Deuxième Guerre mondiale, Kubrick revient sur la Première, en y introduisant un élément essentiel et régulièrement écarté dans les autres productions du genre : le rôle des membres de l’Etat-major, et en particulier ici l’obstination criminelle d’un général vexé d’avoir surestimé ses troupes et surtout celles de l’ennemi.

 

Ce général, c’est Mireau (George Macready), encouragé par un autre haut gradé – Broulard (Adolphe Menjou, toujours aussi magnifiquement fourbe quand nécessaire) – qui ira même jusqu’à ordonner de tirer sur ses troupes qui ne sont pas allées à l’assaut du fait des tirs de barrage ennemis.

Mais malgré cette obstination insensée, nous assisterons tout de même à l’exécution de trois hommes « pour l’exemple », et ce malgré la défense de leur officier supérieur, le colonel Dax (Kirk Douglas).

Cette exécution militaire étant d’ailleurs l’une des plus inhumaines montrée dans un film de guerre : le soldat Pierre Arnaud (Joe Turkel, un habitué des films du maître) est attaché à un brancard déposé contre le poteau d’exécution, le sergent (Bert Freed) lui pince la joue pour qu’il soit conscient pendant son exécution.

Et le pire dans tout cela, c’est que ces scènes ont réellement eu lieu, dans des circonstances assez similaires…

 

Bien sûr, et n’importe quel critique l’a dit avant moi, les différents membres de l’état-major français, déjà bien embêtés par les « événements » d’Algérie n’ont pas vu d’un bon œil ce qui ressemble prou à un brûlot antimilitariste, et il fut même décidé de ne pas exploiter le film de fait de cette actualité un tantinet chaude pour nos têtes galonnées.

Il faudra d’ailleurs attendre près de vingt ans (18 pour être précis) avant que les spectateurs français puissent jouir du spectacle lamentable de ces vieilles badernes susceptibles.

Quant à son premier passage à la télévision (française), il faudra encore attendre 1988 : mon vieil ami le professeur Allen John et moi-même eûmes le plaisir de l’y découvrir en cette occasion.

 

Evidemment, l’armée française en prend pour son grade, les deux généraux de l’intrigue étant des archétypes fort peu glorifiant, mais surtout la séquence d’introduction à l’assaut qui va suivre – Broulard vient flatter l’égo de Mireau (1) certes, mais il ne faudrait pas non plus oublier que c’est ce même Broulard qui lui force la main – une nouvelle étoile à la clef - dans cette entreprise que de prime abord Mireau refuse !

Mais si le film se concentre sur l’armée française, je pense qu’on peut tout aussi bien mettre le reste des autres armées humaines où de tels énergumènes existent à différents niveaux.

Il suffit de voir ce qui a pu se passer auparavant ; mais aussi les conflits à venir dans lesquels les Etats-Unis auront une part très importante. Un exemple au hasard ? Le Vietnam (vraiment au hasard…).

 

Mais si l’intrigue dénonce les errements militaires de ces deux vieilles ganaches, elle n’en demeure pas moins admirablement filmée. C’est un festival de caméra vivante (manœuvrée par Georg Krause), digne du grand Karl Freund, où les travellings s’enchaînent avec maestria, et le montage dynamique d’Eva Kroll alternant champs et contrechamps donne à la séquence de préparation de l’assaut, avec Dax/Douglas qui sillonne les tranchées pour gagner sa position de tête, une tension qui ne se relâchera à peine quand l’attaque va s’exécuter.

S’ensuit alors une charge terrible pour laquelle je paraphraserai La Butte rouge de Montéhus (1872-1952) : « […] tous ceux qui montèrent tombèrent dans le ravin […] ». C’est un carnage, l’un des plus spectaculaires du cinéma (2) avec le premier quart d’heure de Save Private Ryan.


Et puis il y a la fin : dans une auberge où les soldats se délassent avant de retourner se faire tuer, le maître de céans présente une « prise allemande » (Christiane Harlan qui s’appellera bientôt Kubrick) qui chante pour les soldats (3) dans sa langue, ne connaissant aucune autre langue.

Il y a une montée en puissance pendant cette chanson qui se fait alors que la salle, dans le même temps perd de son intensité sonore jusqu’à murmurer cette même chanson, d’une manière indistincte, la caméra s’attardant sur les visages de ses soldats, tous des morts en sursis. Et le spectateur sent l’émotion monter et voit ces rudes gaillards gagnés par l’émotion, versant quelques larmes, la chanson de soldat qu’elle interprète étant d’une certaine façon universelle : l’histoire d’un soldat qui apprend que sa fiancée se meurt pendant qu’il est à la guerre.

Les soldats rejoignant alors la jeune femme, partageant cet instant à l’abri des bombes et autres balles meurtrières. Cette communion ultime achève de montrer l’absurdité de la guerre : à part être une femme et parler une langue étrangère, elle n’est pas bien différente de ses spectateurs ; il ne suffit pas de grand-chose pour que tout le monde s’accorde.

 

Quand enfin Dax demande au sergent de laisser encore quelques instants à ses hommes qui doivent partir au front, il leur offre un dernier instant loin des combats, le tant d’un air. Mais ce sursis n’est-il que pour ses hommes ? (4)

 

  1. Doit-on voir dans le patronyme de ce répugnant personnage une homophonie pertinente mireau/miro ? En effet, on assiste réellement à un aveuglement aigu de sa part à propos du fiasco militaire annoncé…
  2. Cet avis n’engage que moi.
  3. Der treue Husar (le Hussard fidèle), traditionnel allemand (v. 1825).
  4. Vous pouvez relier cette question à la dernière entrevue qu’il a avec Broulard/Menjou.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Michel Audiard, #Policier
Flic ou Voyou (Georges Lautner, 1979)

Avec une pensée pour mon ami Max : 10 ans déjà...

 

Antoine Cerutti (Jean-Paul Belmondo) est de retour à Nice et a l’intention de régler quelques comptes. Il faut dire que sa sœur Rita a été tuée récemment.

Alors il se permet de drôles de pratiques franchement illégales à l’encontre de deux truands notoires : Achille Volfoni (Claude Brosset) et Théo Musard (Georges Géret).

Sauf que Cerutti ne s’appelle pas Cerutti, il s’appelle Stanislas Borowitz et il est commissaire divisionnaire.

 

Belmondo-Lautner-Audiard : le trio gagnant.

Gagnant financièrement parlant, c’est le cas. Par contre, cinématographiquement, on est beaucoup plus loin du compte.

Certes, Belmondo est en pleine forme et enchaîne les bons mots et les cascades – indispensables, bien sûr – tout comme il le fit avec Verneuil dans Peur su la Ville. On y retrouve aussi un Volfoni, et même Venantino Venantini (Mario).

Mais force est de constater que la recette qui fit mouche en 1963 n’a pas été bien respectée : au final, on a une « belmonderie » mal servie par un Audiard qu’on a connu beaucoup plus inspiré.

Les prises de vue sont toujours bien soignées (on est chez Lautner, tout de même !), mais cela ne suffit pas.

Et l’idée de doter ce superflic et super voyou d’une parentèle ne fait qu’alourdir l’intrigue : il semble qu’un père soit tout de même moins vendeur qu’un oncle (1)… Quant aux autres références aux Tontons (2), si elles peuvent faire sourire, elles ne nous avancent pas beaucoup.

 

Et pourtant ça commençait bien :

Un double assassinat dans un motel tenu par Michel Beaune (M. Langlois) et Catherine Lachens (Madame Langlois) avec de drôles d’individus qui viennent nettoyer l’endroit et déplacer ce même assassinat un peu plus loin.

Et la première intervention de Belmondo auprès de ses braves gens (3) est dans la lignée des autres productions Lautner/Audiard. Mais c’est bien peu sur les 107 minutes que dure le film.

 

Sans oublier le couplet réactionnaire sur les criminels qu'on relâche une fois arrêtés : on attendait mieux de cette association. Ce n’est pourtant pas la première fois que Belmondo récite du Audiard, mais il manque ce petit quelque chose qui faisait basculer l’intrigue dans le comique comme ce fut le cas dans d’autres associations entre ces deux messieurs du cinéma français. Alors on me dira que c’était avec d’autres que Lautner, que Bébel clamait du Audiard. Mais ça ne suffit pas : le film ne trouve à aucun moment le ton juste, ne sachant s’il doit être considéré comme une comédie ou comme un polard. Et il ne peut être les deux à la fois.

C’est peut-être là qu’il faut y voir la faiblesse de ce film.

 

Pour le reste, c’est spectaculaire, c’est Belmondo, quoi. Ca détend.

Mais il me semble qu’on pouvait tout de même attendre autre chose de ce trio « gagnant »…

 

  1. Même si les deux se guillotinent aussi bien l’un que l’autre…
  2. Le Terminus des Prétentieux, le bourre-pif dans Venantini…
  3. Doit-on y voir une raison dans l’amitié qui liait Belmondo et Beaune ? Toujours est-il que les deux interventions de Stanislas chez le couple sont, à mon avis, les meilleurs moments du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Drame, #Todd Phillips
Joker (Todd Phillips, 2019)

On l’attendait, il est là !

Joker (Joaquin Phoenix), l’ennemi de Batman  (Bruce Wayne), est de retour sur les écrans !

Mais cette fois-ci sans Batman. En effet, l’intrigue se situe quelques temps avant la mort des parents de Bruce Wayne (Dante Pereira Olsen), alors Thomas (Brett Cullen) brigue le fauteuil de maire de Gotham City.

Nous allons donc voir comment Arthur Fleck (Phoenix, donc), qui vit avec sa mère, devient ce bandit hilare, pour qui le monde est une scène dont il est l’amuseur.

 

La gageure était de taille, et Todd Phillips s’en est sorti avec brio, soutenu par un Joaquin Phoenix extraordinaire.

Pourtant, nous avions tous en tête (sauf le professeur Allen John, mais je l’aime quand même) la performance de Heath Ledger (dont ce fut l’avant-dernier film, le dernier étant sorti après sa mort). Nous avions alors un truand des plus froids au visage caché par un maquillage qu’il ne quittait jamais.
Joaquin Phoenix réussit aussi à nous rendre cet homme sympathique, jusqu’à une demi-heure de la fin, quand le Joker se révèle tel qu’il va être dans les futures aventures de Batman.

Et comme on parle de Batman (qui n’apparaît à aucun moment, Bruce Wayne étant enfant), n’oublions pas que nous sommes ici chez DC Comics, concurrent direct et prestigieux de Marvel.

Et le film de Todd Phillips se place complètement à part des autres films de la franchise : à aucun moment n’intervient quelque super-héros aux pouvoirs et surtout actions très spectaculaire.

 

Et Joaquin Phoenix est pour beaucoup dans le succès du film. Il faut dire qu’il interprète avec beaucoup de talent ce personnage tout compte fait ordinaire avant de basculer du côté sombre. Il est ce qu’on peut appeler un pauvre type dont la vie est des plus ternes, voire malheureuse, coincé entre sa mère (Frances Conroy) et son métier de clown (1), ce dernier aspect expliquant son maquillage.

Phoenix amène même une empathie étonnante pour celui qui va devenir l’un des pires symboles du mal de Gotham City : son handicap (2) le plaçant régulièrement dans des situations difficiles qui se terminent bien souvent par une violence subie (passage à tabac) qui accentue son désespoir.

Et pas besoin d’être psychanalyste pour comprendre comment cet homme est devenu ce Joker.

 

L’autre élément qui tranche par rapport aux différentes versions antérieur montrant le Joker, c’est le traitement de la famille Wayne, et surtout du père : cet homme est un personnage très loin de ce qu’on a pu voir auparavant. Il est toujours aussi riche et souhaite le bien des habitants de Gotham City, mais son mode de pensée n’est pas aussi philanthropique qu’on eût pu le penser.

Le mépris qu’il porte au « petit peuple » n’a d’égale que l’immensité de sa fortune. Et le chaos que va mettre en place le Joker n’est pas sans rappeler les manifestations anti-gouvernementales qu’on peut voir aux informations télévisées : le masque de clown (plus ou moins inspiré du maquillage de Fleck, a remplacé celui de Guy Fawkes chez les Anonymous.

 

De plus, auprès de ces révoltés, Joker y tient un rôle qui n’est pas sans dimension messianique.

En effet, alors qu’il a été » arrêté pour meurtre (3), il est convoyé par la police mais la voiture est percutée par un van : ayant reconnu son « héros » quelques personnes vont le sortir du véhicule avec beaucoup d’attention et le déposer sur le capot, les bras en croix. Cette attention particulière pour Joker n’est pas sans rappeler la descente de croix, accentuée par la position de ses bras sur la voiture. Il est d’ailleurs porté en triomphe, devenant le symbole de la lutte contre les riches.

Bien sûr, cette adoration n’est pas raisonnable, mais une foule en colère est parfois peu raisonnable !

 

Dernière chose enfin, la narration. Todd Phillips, se basant sur le scénario qu’il a élaboré avec Scott Silver, prend quasiment pendant tout le film le point de vue de Joker, amenant parfois des ruptures surprenantes et surtout décrit avec beaucoup de réalisme le cheminement erratique de la pensée de cet antihéros. Et à de nombreux moments son esprit s’embrumant, nous n’entendons plus ce qui se dit autour de lui, son émotion prenant le pas sur sa raison : tout se tait alentour, et il reste isolé par le silence qui envahit tout.

Cet état d’esprit amenant irrémédiablement la mutation qui fera de lui un psychopathe dangereux. Pour preuve, les deux meurtres dans la dernière demi-heure du film sont d’une violence terrible, renforcée par une soudaineté surprenante, même si on s’attend à un moment ou à un autre ce passage à l’acte.

 

Bref, un film formidable, soutenu par un Joaquin Phoenix au meilleur de sa forme.

 

  1. Clown on ne peut plus triste qui égaie les enfants malades à l’hôpital, ou fait la promotion d’un magasin en faillite qui se débarrasse de ses marchandises.
  2. Il ne peut s’empêcher de rire quand il éprouve une grande émotion, surtout quand elle est à son désavantage.
  3. De sang-froid, renvoyant à l’image implacable de The dark Knight.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Biopic, #Bryan Singer
Bohemian Rhapsody (Bryan Singer, 2018)

Londres, 13 juillet 1985.

Freddie Mercury (Rami Malek) se prépare à entrer sur scène pour le monumental Live Aid instigué par Bob Geldof (Dermot Murphy).

Quinze ans plus tôt, le jeune Farrokh Bulsara travaille à Heathrow comme bagagiste passant certaines soirées au pub où il voit Brian May (Gwilym Lee) et Roger Taylor (Ben Hardy) que Tim Staffell abandonne pour d’autres cieux.

Grâce à sa voix, Freddie est engagé. Suivent alors quinze années de musique, de création, de démesure.

 

Quel film !

Je sais, la vie de Freddie a été malmenée par l’intrigue, mais on ne peut pas rester de marbre devant un tel monument.

Rami Malek est Freddie. Il ne lui ressemble pas exactement peut-être, mais on ne peut voir d’autre que le grand Mercury dans les différentes poses et autres prestations. Jusqu’au fameux concert de Wembley où chacun des gestes effectués sera reproduit à l’identique, amenant cette même émotion que celle qui submergea les (télé)spectateurs ce jour-là.

Alors qu’importe la vérité puisque nous sommes au cinéma : tout est possible, à partir du moment où nous avons un intrigue solide de belles images et une distribution adéquate.

 

Et là, c’est le cas. Les différents interprètes choisis retransmettent magnifiquement cette époque et surtout l’ébullition mercurienne lors de la création de la chanson qui donne au film son titre : Bohemian Rhapsody.

C’est un grand moment musical filmé comme tel : entre la ligne de piano qui obsède Freddie avant et les différentes prises de Roger Taylor et son Galileo, on voit se monter ce qui reste à ce jour comme très certainement le plus grand single du rock (1).

Et à nouveau, l’émotion est là.

Et encore, ce n’est rien à côté de la séquence finale lors de la prestation devenue depuis mythique à Wembley (on termine là où on a commencé).

Rami Malek s’efface alors et laisse place au grand Freddie qui envahit définitivement l’écran.

 

Certes, le tournage ne fut pas des plus faciles, l’entente entre les quatre du groupe n’étant pas la même avec Bryan Singer qui fut remercié avant la fin, remplacé au pied levé par Dexter Fletcher qui fut un temps pressenti pour la totalité du tournage dès sa mise en chantier en 2013.

Quoi qu’il en soit, cette tranche de vie – et malgré les entorses à la vérité – de Queen est passionnante, et même si l’accent est porté sur Mercury, on ne peut réduire l’influence des trois autres dans cette musique et cette formation qui continuera après la mort du chanteur.

Car si Freddie était d’une certaine façon la vitrine du groupe, la démesure qu’il développa était aussi liée à la musique créée.


Et pour le reste, je reprendrai la réplique célèbre de L’Homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende. »

Qu’importe la vérité vraie (existe-t-elle d’ailleurs ?), le plus important c’est très certainement l’émotion qui submerge le spectateur.

Et ici, c’est magnifiquement le cas.

 

 

(1) Et fort curieusement, lors du classement 100 45 tours de 1988 par le magazine Rolling Stone, ce titre n’apparaît pas, pas plus qu’un autre titre de Queen, grand absent de ce classement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Histoire, #Christian-Jaque
François 1er (Christian-Jaque, 1937)

Honorin (Fernandel) est régisseur de théâtre et accessoirement doublure du jeune premier (Pierre Ferval).
Après quatre ans de patience, son heure est enfin venue : il sera le héros d’une comédie musicale sur François 1er et ses amours tumultueuses avec la Belle Ferronnière de son vrai nom Rolande des Meldeuses.

Mais Honorin a le trac. Cagliostro (Alexandre « Piquoiseau » Mihalesco) va, par l’hypnose l’envoyer dans le temps, à la cour de François 1Er (Aimé Simon-Gérard), où il rencontrera, bien sûr, la belle Ferronnière (Mona Goya).

 

Autant le dire tout de suite : cela n’a rien de sérieux, et en ce qui concerne la vérité historique, elle est distillé au compte-goutte, reprenant qui ça, qui là, quelques vérités, noyées dans cette comédie décalée, essentiellement dans le temps.

Et Christian-Jaque s’amuse autant que Fernandel et ses compagnons dans cette mise à jour de la Renaissance, par les bons soins d’Honorin, inventant coup sur coup l’emprunt d’état, la loterie nationale et le bal musette, même s’il n’y a pas d’accordéon.

 

Bien sûr, c’est surtout Fernandel qui retient notre attention, évoluant avec facilité dans cet univers prestigieux. Et surtout, lui faire jouer le rôle de jeune premier est une gageure  qu’il endosse avec aisance et ce, malgré son physique chevalin qui est même rappelé par sa partenaire dans le monde réel.

Il en use avec beaucoup de facilité, transformant ce qui eût été un désavantage en un atout comique irrésistible. Et d’une manière générale, il accentue le côté comique de chacune de ses interventions, en usant la plastique (distendue) de son visage et sa diction faussement hésitante.

De plus, on a l’impression que Fernandel a eu les coudées franches pour son jeu : improvisant dans certaines séquences. En effet la caméra suit jusqu’au bout ses moindres faits et gestes, comme on peut le voir quand il entre chez Ferron, son épée au côté qui l’empêche de pénétrer de suite à l’intérieur.

 

Ce qui nous frappe aussi, c’est le placement de la caméra au fur et à mesure que l’intrigue se développe.

A de très nombreux moments, Christian-Jaque pose sa caméra au plus près de l’action, n’hésitant pas à user de la  caméra subjective dans certains moments de tension : le combat entre Honorin et le cornard Ferron (Henri Bosc).

Cette proximité, à défaut de faire tout le temps de belles prises (1), amène une teinte d’authenticité en plus des costumes et autres accessoires.

Et bien entendu, les objets apportés par Honorin dans cette époque un tantinet reculée se trouvent être ceux qui le sauveront de Ferron et l’Inquisition (2), et feront sa (bonne) fortune : la lampe-torche et surtout son dictionnaire Larousse dans lequel il prédit l’avenir, succinctement, mais évidemment surement !

 

Bref, on s’amuse autant que Fernandel et les autres, dans ce film qui traite du voyage dans le temps, thème encore peu utilisé au cinéma en 1937.

Avant il y avait Angèle, dans lequel il interprétait un Saturnin tout en subtilité.

Dorénavant, il y a  François 1er et son Honorin des Meldeuses !

 

  1. On a de temps en temps droit à des personnages très flous.
  2. On ne rigolait pas beaucoup en ce temps-là des choses qu’on ne comprenait pas.

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