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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Huston, #Marilyn Monroe, #Western
Les Désaxés (The Misfits - John Huston, 1961)

Film culte. Encore une fois.

Mais il faut bien avouer que l'affiche est alléchante. On retrouve trois sex-symbols : Clark Gable, pour les année 1930, Montgomery Clift, pour les années 1940 (sur tout la fin), et Marilyn Monroe, pour les années 1950.

Et John Huston pour diriger tout ce monde-là.

Et ça devient formidable.

Dès le générique, le ton est donné. Les noms s'enchaînent sur un fond noir et blanc de trois pièces de puzzles qui ne peuvent s'emboîter. C'est là qu'il faut chercher la signification du titre américain. Nous allons suivre les destins de personnes qui n'arrivent pas à s'emboîter. A s'emboîter ensemble, et aussi à trouver leur place dans la vie.

 

Gay Langland (Clark Gable) est un vieux cowboy : pas d'attache, pas de foyer, des enfants quelque part. Un homme libre. Libre de vivre et surtout libre d'errer.

Guido Dellinni (Eli Wallach) est un pilote d'avion. Peut-être aussi le seul ami de Gay. Lui aussi zone de petit boulot en petit boulot en attendant que son vieux pote l'entraîne dans une chasse aux mustangs. La vie l'a rendu libre. Alors il erre, lui aussi.

Perce Howland (Montgomery Clift) est un autre cowboy. Plus jeune. Spécialisé dans le rodéo. Lui aussi est seul, mais ce fut son choix, quand sa mère s'est remarié à un type peu recommandable. Alors, lui aussi erre, de rodéo en rodéo, avec parfois une petite chasse aux mustangs.

Et puis il y a Roslyn Taber (Marilyn Monroe). Son sourire, c'est le soleil du matin. Elle est empathique, follement. Mais surtout, elle vient de divorcer de Raymond (Kevin McCarthy), et se retrouve à son tour perdue. Elle vit avec Isabelle Steers (Thelma Ritter), une autre âme errante, spécialisée dans les témoignages de divorce (soixante-dix-sept à son actif !).

Alors évidemment, il arrive un moment où tous ces gens se trouvent. Et vont errer ensemble.

Mais c'est la dernière virée. Peut-être celle de trop.

 

Mais cette errance est vitale. Chacun de ces personnages va la vivre pleinement, comme une journée faste. Parce que ces deux heures et quatre minutes d'errance sont structurées comme une journée faste. Même si plusieurs jours passent pour les protagonistes de cette histoire, le film est structuré comme une journée.

 Tout commence un matin, avant la décision du tribunal pour Roslyn. Cette décision lui étant favorable, Roslyn se retrouve seule, libre. Elle peut, à son tour, errer. C'est à ce moment qu'ils se rencontrent. Et comme une journée qui commence sous le soleil, on se dit qu'on va passer un bon moment ensemble, qu'on va pouvoir oublier ses errances, et pourquoi pas faire de belles choses. Mais la journée n'est pas totalement ensoleillée, et le temps se gâte : Perce se blesse, Isabelle s'en va retrouver son ex-mari et sa femme pour un étrange ménage à trois.

 

Alors ceux qui restent continuent à avancer dans cette journée particulière. La chasse aux mustangs est le clou du film. C'est aussi le révélateur implacable pour les quatre qui restent.

« Ce n'est plus comme avant ! », regrette Gay. Mais cette chasse dérisoire devient aussi le passage obligé vers le crépuscule. Plus rien ne sera comme avant, bien entendu. Il n'y a pas d'avenir. Chacun repart de son côté, vers sa propre errance, vers sa propre solitude.

 

Oui, c'est le dernier film (achevé) de Marilyn. Oui, Clark Gable est mort peu de temps après le tournage. Oui, il y a une forme de prémonition.

Il n'empêche, nous avons vu une belle fresque de l'errance et du temps qui passe, implacable, et qui finalement sépare les hommes : on meurt toujours seul.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alex Garland, #Science-Fiction

Loin des tribulations erratiques de David Swinton dans A. I. Intelligence Artificielle, voici un film fantastique (dans tous les sens du termes), sur cet aspect de la science, prétexte aux extrapolations les plus folles, maintes fois exploité au cinéma et dans la littérature d'anticipation.

C'est le plus beau jour de la vie de Caleb (Domhnall Gleeson). Il vient de remporter le premier prix d'un concours. Et pas n'importe quel prix : il a gagné une semaine avec son (grand) patron : Nathan, (ultra) génie informatique.

Bien entendu, Nathan (Oscar Isaac), multimillionnaire (milliardaire ?), est un homme qui vit en ermite dans sa (super) grande propriété (très) isolée en (haute ?) montagne. Mais cessons là les parenthèses.

Evidemment, tout est automatisé chez Nathan. Une clé électronique permet un accès illimité à (presque) toutes les parties de la maison. Alors Caleb est enthousiaste. Surtout que Nathan n'est pas le mauvais bougre. Chaque soir, il se poivre consciencieusement la tête à coups de bière et de vodka.

Mais Caleb n'est pas seulement venu pour boire, ni pour tenir compagnie à Nathan. Il est là pour évaluer une intelligence artificielle. Cette intelligence est un androïde créé par Nathan et répond au nom évocateur de Ava (Alicia Vikander).

Nous allons donc assister aux différentes confrontations entre Caleb et Ava.

Le premier mot qui m'est venu, une fois la projection terminé est : « magnifique ».

Voici un film de science fiction où le rythme est normal et les images sublimes. Mais malgré les rares incursions en montagne, l'atmosphère reste pesante. Nous sommes dans un huis clos étouffant. On ne peut sortir de la propriété, voire surtout de la maison. Parce que dans cette maison, tout est automatique, propre, aseptisé. Une sorte de prison moderne. Prison pour l'androïde, mais aussi prison pour Caleb. Parce que sous ses aspects débonnaires, Nathan n'est rien d'autre qu'un geôlier, surveillant sans cesse sa maisonnée grâce à son réseau de surveillance.

Et puis il y a Ava. Elle est belle, malgré ses circuits visibles, et surtout, elle gagne en épaisseur à mesure que ses entretiens avec Caleb évoluent, approchant de plus en plus la qualité « humaine ». Et plus Ava s'humanise, plus Nathan se déshumanise, Barbe-bleue des temps modernes...

Et quand le film se termine, la première règle d'Asimov nous revient en tête : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Taylor, #Harold Lloyd, #Muet, #Comédie

Une rencontre d'extrêmes.

D'un côté, la société de Slattery Square, lieu pauvre et mal famé de la ville, avec le frère Paul (Paul Weigel) et sa fille Hope (Espérance - la belle Jobyna Ralston) qui essaient d'aider les plus démunis. De l'autre, la haute société, celle des riches, représentée par Harold Manners (Harold Lloyd), jeune homme riche et oisif, capable d'acheter une voiture neuve quand la sienne a un accident, et aussi capable de la ruiner en moins d'une heure. Avec en prime le gag célèbre de la voiture enfoncée par un train.

Rien ne pouvait rassembler ces deux univers. Il suffit d'un (premier) quiproquo. Harold se trompe de lieu de rendez-vous, sa cigarette mal éteinte enflamme des papiers et pour l'éteindre il utilise le liquide dans un seau. Deuxième quiproquo, il s'agissait de combustible. La pauvre installation du frère Paul part en fumée. Harold veut réparer et sort son carnet de chèque. Paul croyant que ce jeune homme veut l'aider à bâtir une mission (troisième quiproquo) lui annonce le prix qu'elle couterait. Perplexe, Harold s'exécute. Il y aura une mission. Elle portera son nom.

Sauf que notre ami Harold ne veut pas de cette publicité et va trouver les organisateurs de ce lieu, arrachant au passage la banderole portant son nom.

Quatrième quiproquo : la fille de Paul le voyant détruire la devanture s'en prend à lui.

Mais heureusement, elle est très jolie, alors il se laisse entraîner...

Cette rencontre improbable est le prélude d'une série incroyable de quiproquos et de faux semblants. Ceux listés ci-dessous sont les plus importants de la première partie, mais il faut savoir que le film regorge de méprises.

Mais pour nous spectateurs, c'est une avalanche de gags qui s'offre à nous. C'est un festival ininterrompu, surtout à partir du moment où il met le pied dans la mission. Tout yeux pour la jeune femme, il devient acteur de cet endroit, amenant même les plus durs truands du voisinage, dont leur chef Bull (l'incontournable Noah Young, complice récurrent de Harold Lloyd).

Il serait trop long de lister tout ce qui se passe, mais le retour avec les truands ivres vaut à lui seul son pesant de whisky. Et si Harold Lloyd use (sans abuser) des ficelles burlesques (coups pieds au cul, peau de banane...), c'est au service de l'action et non comme un passage obligé de ce genre de comédie.

Bien sûr, l'ivresse caractérisée des cinq truands est une bonne occasion de se laisser aller dans la surenchère comique. Elle a lieu, bien entendu, mais avec beaucoup de brio.

Un véritable feu d'artifice burlesque !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Christopher Nolan
Interstellar (Christopher Nolan, 2014)

A nouveau, Christopher Nolan s'empare de l'espace-temps.

Il l'avait déjà fait dans Inception, mais cette fois nous sommes dans une histoire de temps dans l'espace. Une espèce d'aboutissement.

Bien entendu, on pense à Kubrick. Le maître est d'ailleurs partout dans le film. Surtout dans les séquences relatives au trou noir et à un voyage au-delà.

« Déjà vu », me direz vous ?

Oui. Mais là où Kubrick matérialisait des « extra-terrestres », Nolan n'en fait rien. Et quand Kubrick laissait le spectateur répondre par lui-même aux questions soulevées, Nolan y répond, par l'intermédiaire de son héros, Cooper (Matthew McConaughey).

 

Dans 2001, l'Odyssée de l'espace, Kubrick décrivait l'intervention d'extraterrestres piriformes dans le passé lointain de l'humanité pour expliquer l'évolution technique de l'homme.

Ici, des entités - « eux » (they) - interviennent pour sauver le futur de l'humanité.

Pour le reste, c'est, d'une certaine façon, un hommage au film de 1968. Et contrairement à Starwars ou Alien, les déplacements ou événements dans l'espace se font dans un silence impressionnant. Nous ne sommes pas habitués à voir exploser un élément dans l'espace sans grand renfort d'effet sonore assourdissant. C'est pourtant ce qui se passe ici.

 

Dans un futur proche, un Dust Bowl, comme dans les années 1920 aux Etats-Unis (voir Les Raisins de la Colère), assèche la Terre. Le métier qui a la cotte auprès des élites : fermier, bien entendu.

Cooper a son fils Tom (Casey Affleck) qui vient d'être accepté pour le devenir. Mais sa fille Murph (Mackenzie Foy, Jerssica Chastain puis Ellen Burstyn) est un véritable sujet de préoccupation pour ses professeurs : elle ne vit que pour l'espace et a même des livres révisionnistes qui l'entraînent à se battre contre ses camarades. Pensez-vous, dans ces livres, on y parle de la conquête spatiale au vingtième siècle, et même d'un voyage sur la Lune. Impensable. De la propagande 100% Guerre Froide !

Toujours est-il que Murph et Cooper sont contactés par Eux (They) et se rendent dans la dernière base de la NASA (heureusement, elle existe encore !).

 

A partir de là, va se dérouler un voyage dans l'espace vers un énorme trou noir (Gargantua, c'est vous dire la taille !), où Cooper, à l'instar de Bowman dans 2001 vivra un voyage au-delà, et se retrouvera à son tour dans un lieu neutre, point de rencontre de divers destins. Une sorte de cercle rouge, dirait Jean-Pierre Melville...

 

Et puis ?

Et bien, voyez-le. Ceux qui n'aiment pas Nolan en seront pour leurs frais. Pour les autres, deux heures quarante-neuf de voyage quasi féérique, avec les bonnes vieilles ficelles du voyage spatio-temporel (je ne m'en lasse pas !), avec, bien entendu, un paradoxe.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Erich von Stroheim, #James Cruze, #Cinéma, #Drame

Avant-dernier film réalisé par Stroheim, c'est surtout grâce à James Cruze qu'il doit de tourner.

Depuis Queen Kelly, Stroheim est persona non grata à Hollywood. D'ailleurs, son dernier film, Hello Sister!, sera, lui aussi, mutilé et en partie tourné sans le maître.

Malgré tout, Gabbo est un personnage de Stroheim. Il a l'apparence prussienne, à l'instar de von Steuben dans Maris aveugles, ou encore Karamzin dans Folies de Femmes. Il a même la cicatrice au front de ce dernier, ce qui lui donne un air encore plus martial et sévère. Et en plus, il possède toute une rangées de décorations !

Mais Gabbo est ventriloque (d'où le titre français). Très doué - surtout au cinéma - mais tyrannique : pour avoir fait tomber un plateau pendant son numéro, il renvoie sa partenaire, la belle Marie (Betty Compson).

Deux ans plus tard, il la retrouve alors qu'il est devenu Le grand Gabbo dans le même théâtre où elle évolue avec Frank (Donald Douglas), son mari.

Gabbo pense remettre le couvert. Mais nous savons tous que les films de Stroheim se terminent mal pour son personnage...

La volonté des studios était d'avoir un film musical. C'est pourquoi nous avons une succession de numéros chantés mettant en vedette Marie et Frank, ainsi que Babe (Marjorie Kane), sans grand rapport avec l'intrigue. Et quand on revoit Chantons sous la Pluie, on retrouve cette ambiance musicale ainsi que les costumes des danseurs. On se dit alors que Donen et Kelly ont bien recréé cette période.

Mais celui qui nous intéresse, c'est Gabbo. Enfin, on entend « celui que vous aimerez haïr ». Il est accompagné de sa marionnette, Otto. Si Gabbo parle allemand avec l'accent américain (comme dans La grande illusion), il n'en va pas de même pour Otto qui parle avec un véritable accent prussien.

L'histoire de Gabbo, c'est celle d'un homme seul, et qui pour vaincre sa solitude, s'adresse à sa marionnette comme si c'était un véritable être vivant. Nous touchons à la schizophrénie avec un côté sublime. Gabbo a beau être Otto (c'est lui qui l'anime et le fait parler), on en vient à se demander si cette marionnette n'est pas autonome. Et quand Marie lui parle, lui ouvre la bouche et qu'elle parle, tout comme Marie, on est suffoqué ! On y croit, elle vit... Mais ce n'était encore que Gabbo qui venait d'arriver.

L'utilisation du parlant est véritablement pertinente. Le ventriloque prend toute sa dimension dans un environnement sonore*.

C'est l'apanage des grands metteurs en scène d'avoir utilisé le son à bon escient, tel Fritz Lang avec M le Maudit.

Quel dommage que Stroheim ait arrêté si tôt de tourner !

* Tod Browning l'a bien compris quand il a retourné Le Club des Trois en version sonore.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Maurice Tourneur, #Muet, #Western

Maurice Tourneur et Clarence Brown.

Quelle belle affiche !

Enfin, c'est surtout parce que Tourneur est tombé malade et que Brown - qui n'était que directeur de la deuxième équipe - a terminé le travail.

Il s'agit ici d'une adaptation somme toute assez fidèle du roman de Fenimore Cooper, un peu simplifiée pour les besoins du film et surtout son format (73 minutes).

Mais tous les personnages importants sont là : la belle brune Cora (Barbara Bedford), l'Indien Uncas (Alan Roscoe) dernier de la lignée des Mohicans, et le fourbe et méchant Magua (Wallace Beery). Sans oublier Œil-de-Lynx (Harry Lorraine), Munro (James Gordon), etc...

Nous sommes en 1757, en Amérique, où les Anglais et les Français se livrent à un énième conflit (Guerre de Sept ans). Le colonel Munro a deux filles, Cora et Alice (Lillian Hall), qui sont loin de lui. Il est cerné par les Français et attend du secours, qui doit arriver, emmenant ses filles. Mais elles sont déroutées par Magua, un méchant Huron, puis heureusement sauvées par Uncas et son père, accompagnés de Œil-de-Lynx, un trappeur. Mais Magua est sur leurs traces et veut Cora pour femme, alors qu'elle est éprise de Uncas.

S'ensuivent des épisodes trépidants, mêlant l'Histoire et la fiction jusqu'au dénouement fatidique.

Deux éléments marquants dans ce film :

- L'utilisation de filtres pour caractériser les lieux et temps de l'histoire : on a de magnifiques flamboiements quand on est en intérieur, soutenus par les effets de flammes d'une virtuelle cheminée ; l'incontournable bleu des nuits, très souvent utilisé dans les films ; et aussi la flamboyance du vert pour le soleil de plomb.

La teinte utilisée donnerait presque à penser que ce film est en couleur.

- La violence de l'assaut mené par les Hurons, chauffés à blanc par l'infâme Magua. Les Indiens, déjà considérés comme des sauvages dans la vraie vie, se déchaînent contre les Anglais. L'effet est effroyable. C'est aussi dû à l'utilisation de gros plans sur des visages déformés par la fureur. Que la guerre est belle !

Petit bémol toutefois : les Indiens ne sont pas plus indiens que vous ou moi, et il suffit, pour s'en convaincre, de savoir que Magua est interprété par Wallace Berry. Pas vraiment un gabarit d'Amérindien...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chester M. Franklin, #Anna May Wong, #Muet, #Drame

C'est toujours un plaisir de retrouver Anna May Wong. Et en plus, cette fois, c'est elle qui tient le premier rôle. Et c'est en couleur ! C'est même en couleurS !

Nous sommes en Chine, sur la côte. Une jeune femme - Fleur-de-Lotus (Anna May Wong) - recueille Allen Carver (Kenneth Harlan), un homme échoué sur les rochers.

Une fois rétabli, il s'éprend de la jeune femme et ensemble, ils filent le parfait amour. Hélas, il doit retourner dans son pays. Il part, l'abandonnant alors qu'elle attend un enfant.

L'histoire s'inspire de l'opéra de Puccini Mme Butterfly. Ce n'est ni le Japon, ni un soldat, mais le résultat est le même : la femme, après des promesses chaleureuses est abandonnée, et qui plus est enceinte.

Ce n'est pas le premier film sur les femmes abandonnées, mais l'intérêt de celui-ci est la présence de la magnifique Anna May Wong. Rarement, elle eut le premier rôle, étant souvent cantonnée aux rôles d'intrigante orientale (fourbe, cela va de soi !), sinon de danseuse...

Alors la voir dans un grand rôle est un plaisir rare. Et en outre, étant d'origine chinoise, elle avait peu de chance de se retrouver au premier plan, les actrices blanches étant toujours préférées (Mary Pickford était la Japonaise Mme Butterfly en 1915 !).

Mais dès le début, nous sommes prévenus : l'océan amène l'amour et la joie, mais en contrepartie (the toll du titre original), il apporte aussi la déception et la solitude.

Carver, au début, est un homme amoureux, mais ses amis le dissuadent d'emmener sa jeune femme. Elle est trop différente. En clair, elle n'est pas blanche et ne correspond pas à leurs standards WASP. Alors cet homme amoureux cède. La séparation des amants le montre dans toute sa lâcheté, incapable de regarder celle qu'il aime dans les yeux.

Quand il revient quelques années plus tard, nous assistons au sacrifice de la mère de l'enfant pour cet homme qu'elle a aimé et qui l'avait oublié.

Un grand moment d'émotion, tout comme ceux qui sont échangés entre Fleur-de-Lotus et son fils.

Et puis il y a le Technicolor. Alors ce film prend une autre dimension. Anna May Wong est encore plus belle, dans des habits de lumière. Et même s'il manque une petite minute, on se régale de cette féérie colorée. Même moi qui suis daltonien !

Et comme me dit ma fille : « c'est étonnant un film qui ne parle pas en couleurs ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Buster Keaton, #Muet, #Comédie

Un jeune projectionniste (Buster Keaton) rêve d'être détective. En attendant, il balaie la salle...

Il a une jolie fiancée (Kathryn McGuire). Mais il y a un deuxième soupirant (Ward Crane), qui, lui, n'est pas du même style. Désargenté lui aussi, il n'hésite pas une seule seconde à dérober la montre de son possible beau-père (Joe Keaton, le père de...) pour la mettre au clou.

Mais le beau-père s'aperçoit du vol. Notre détective en herbe sauter sur l'occasion de résoudre un mystère. S'il ne retrouve pas la montre, on retrouve tout de même le ticket de vente... Dans sa poche !

Le voilà mis au ban et sa fiancée se détourne de lui.

Alors il retourne à son premier métier.

Pendant la projection du film Hearts & Pearls*, il s'endort...

En près de trois quarts d'heure, Buster Keaton montre toute l'étendue de son talent. De son immense talent.

Nous assistons à l'une des plus magnifiques mise en abîme du cinéma. Car le projectionniste s'endort, et s'en va dans le film. Les personnages ne sont plus des acteurs, mais les protagonistes de sa propre histoire. Et comme si cette situation n'était pas suffisante, la caméra s'approcher de plus en plus, jusqu'à ce que l'écran dans l'histoire devienne l'écran de notre film. Une fois ce procédé accompli, pas étonnant que le projectionniste devienne le personnage principal du film : il est Sherlock Junior, le plus grand détective, celui au regard qui lit à travers vous !

Sherlock Junior est le plus fort : sa porte d'entrée ne s'ouvre qu'avec une combinaison, il est habile de ses doigts et agile de son corps. Il utilise des déguisements aidé de son assistant Gillette, autre spécialiste du costume. Les méchants n'ont qu'à bien se tenir : quoi qu'ils puissent entreprendre, Sherlock Junior est le plus fort.

Alors Keaton déroule : les gags s'enchaînent aux cascades (le train, la barrière) et aux poursuites folles.

Sans compter un montage extrêmement précis qui permet d'enchaîner des lieux très différents avec, par exemple, un Keaton qui doit composer dans un décor qui passe d'un rocher fouetté par les vagues à un paysage sous la neige... Du grand art !

Résultat : trois quarts d'heure de bonheur, avec, bien entendu une fin heureuse (normal, nous ne sommes pas chez Chaplin), dernier avatar de cette mise en abîme.

* produit par la Veronal Film Co, ce qui peut donner une idée de ce que Keaton pensait de ce genre de films...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Cruze, #Muet, #Western

Avant La Piste des Géants, l'incontournable western de Raoul Walsh, il y a eu La Caravane vers l'Ouest.

Le titre français, s'il indique la grande tendance du scénario, est un tantinet réducteur, puisqu'il s'agit ici de deux caravanes, qui deviendront même trois...

Bref. Là encore, je préfère le titre original - the covered Wagon - qui ne fait que citer le mode de transports des pionniers américains du dix-neuvième siècle : le chariot recouvert d'une toile blanche, immortalisé - entre autres - par Morris et Goscinny.

Parce que ce film à l'instar de nombreux western est un pur produit américain. Il ne manque que Thanksgiving et la fête nationale.

Mais il s'agit aussi de poser les bases de ce que seront les westerns dans les années qui suivront : un genre à part entière, avec ses codes et ses lettres de noblesse.

Et James Cruze les pose, ces bases. On trouve :

  • Un héros au cœur noble ;
  • Une jeune fille pure (que le héros doit épouser à la fin) ;
  • Un vieux ronchon (au grand cœur lui aussi) pour épauler le héros ;
  • Des obstacles naturels (l'incontournable fleuve périlleux) ;
  • Une attaque d'Indiens ;
  • Et bien entendu, un méchant, fourbe à souhait.

Mais ce qui prévaut avant tout, c'est la recherche de réalisme. Chaque situation est vraisemblable et arriva à un moment où à un autre de chaque convoi. Chaque plan fut réellement tourné en extérieur (au Nevada), avec des figurants du crû, et quand la caravane se déplace, ce qui nous frappe, c'est la poussière qu'elle soulève.

Dans les films qui suivront, jamais il n'y aura autant de poussière ni de fumée. En effet, même quand les pionniers s'arrêtent bivouaquer, leur feu produit une fumée incroyable et peu habituelle pour les spectateurs de westerns que nous sommes. Ce n'est pas encore la vision romantique - et un peu édulcorée - des westerns de Ford, Hawks ou Walsh (etc.). Cruze reste très terre à terre dans son propos. Les pionniers n'arriveront pas tous à destination. Dès le début, nous le savons : on enterre quelqu'un, d'autres retournent « chez eux ».

Jesse Wingate (Charles Ogle) dirige une caravane qui se rend Oregon, secondé par Sam Woodhull (Alan Hale), à qui est promise Molly (Lois Wilson), la fille de Wingate.

Mais ça, c'était avant. Avant la jonction d'avec le « train de la liberté »qui arrive du Missouri, dirigé par le beau et noble Will Banion (J. Warren Kerrigan), épaulé par le bougon Bill Jackson (Ernest Torrence). Et comme Will est jeune et beau, que Woodhull l'est un peu moins, évidemment, ça va être la guerre entre ces deux-là.

Mais la caravane poursuit sa route. Nous sommes en 1848. Rapidement, un événement va transformer ce voyage : on a découvert de l'or en Californie. Alors un choix devra se faire : bâtir un état ou essayer de faire fortune.

Au-delà de l'intrigue, James Cruze tente de retracer un pan d'histoire de son pays. La Frontière, chère aux Américains à sans cesse été repoussée toujours vers l'Ouest, et nous assistons au convoi qui emmènera une partie des colons vers la limite la plus occidentale : le Pacifique (la Californie deviendra un état en 1850). Et ce qui aidera grandement cette expansion, c'est bien sûr la ruée vers l'or de 1849, qui est ici plus suggérée que montrée.

Autre référence historique : le passage de Brigham Young, en route vers Salt Lake City, empruntant le même chemin. Dernière référence : on mentionne un avocat du nom d'Abe Lincoln(!). Bref, non seulement James Cruze recherche une forme de réalisme, mais il place son film dans un contexte historique .

Pour le reste, nous assistons à une épopée grandiose. Le passage de la rivière Platte est un grand moment qui sera souvent repris dans d'autres réalisations. Et puis les personnages, s'ils ne sont pas encore mythiques, sont tout de même attachants voire pittoresques. Avec, en tête de liste Bill Jackson et son compère trappeur Jim Bridger (Tully Marshall). Ce sont des personnages qui en inspireront d'autres : Zeke dans The big Trail, tout d'abord, plus tard Stumpy dans Rio Bravo ou encore Nadine Groot dans Red River entre autres...

Pour plus de détails, je vous renvoie à Hollywood, les Pionniers de Kevin Brownlow, épisode 9.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
La Fin du jour (Julien Duvivier, 1939)

Bienvenue à l'Abbaye de Saint Jean la Rivière : son soleil, sa rivière, et bien entendu, sa maison de retraite pour comédiens.

Dans cet hospice particulier, les vieilles gloires rêvent de leur succès en s'endormant, et attendent la mort en ressassant mutuellement leurs triomphes.

Sauf Cabrissade (Michel Simon). Parce que Cabrissade ne veut pas vieillir. Alors il se comporte comme un galopin. Il taquine les autres pensionnaires et leur homme à tout faire, mais reste malgré tout bon enfant.

Bref, tout se passe bien, jusqu'au jour où...

Jusqu'au jour arrive Raphaël Saint-Clair (Louis Jouvet), vieille gloire du théâtre de boulevard, séducteur patenté et irrésistible.

Les vieilles comédiennes se trémoussent, arrangent sa chambre avant qu'il arrive... C'est une bouffée de leur jeunesse qui arrive !

Du côté des hommes, peu de réaction, hormis Cabrissade, bien sûr, ainsi que la froideur de Marny (Victor Francen). Il faut dire que la femme de Marny s'est sauvée avec le Dom Juan, alors ça laisse des traces.

Et il est toujours irrésistible : il reçoit tous les jours des lettres parfumées d'admiratrices, et Jeannette (Madeleine Ozeray) la jeune serveuse du café tombe sous son charme. Comme disait Antoine Delafoy : il ne séduit pas, il envoute !

Mais la maison de retraite est menacée de fermeture...

Julien Duvivier signe ici un très beau film sur la vieillesse. En 1938 (date de référence du film maintes fois énoncée), ce n'était pas un sujet très habituel pour le cinéma. Certes, il y a des jeunes gens, mais ils sont peu nombreux et très secondaires.

Alors nous suivons ces vieux comédiens qui attendent plus ou moins patiemment la mort dans une retraite dorée.

C'est bien sûr Michel Simon qui éclate, dans ce film. Cabrissade, doublure des plus grands (qui n'étaient jamais malades !), raconte ses succès qu'il n'a jamais vécus, sur des scènes qu'il n'a jamais fréquentés. Un acteur raté en quelque sorte. Michel Simon (43 ans à l'époque du tournage) est un vieux cabot formidable.

Bien entendu, Victor Francen est comme son personnage : froid, emprunté. Mais comment faire autrement face à un tel monstre ! Le seul qui lui tient la dragée haute, c'est Jouvet. Eternel casanova, il a tellement connu de femmes qu'il ne sait plus était qui, et finalement vit dans ses souvenirs, même quand il séduit Jeannette.

Mais que de mélancolie dans ce film, et que d'émotion. Toutes ces vieilles personnes savent que c'est leur dernière demeure avant la tombe, mais malgré tout, la vie se prolonge. Duvivier brosse un tableau de maison de retraite sans tomber dans la description de la décrépitude, mais avec toutefois quelques touches tragiques de cet état dégénérescent. La première soirée de Saint-Clair à l'hospice, quand une vieille chante le Temps des cerises est un moment fort de cette chronique crépusculaire.

Et puis Cabrissade a enfin la chance de sa vie : il remplace Marny dans l'Aiglon...

 

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