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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rex Ingram, #Rudolph Valentino, #Drame
Les quatre Cavaliers de l'Apocalypse (The four Horsemen of the Apocalypse - Rex Ingram, 1921)

La conquête, la guerre, la pestilence et la mort.

Tels sont ces quatre cavaliers qui sèment la désolation partout où ils passent.

Tout commence dans une hacienda d’Amérique du Sud, dirigée par Madariaga (Pomeroy Cannon). C’est un patron aimé, mais surtout craint.

Il a deux filles qui ont épousé deux hommes très différents : l’une un allemand, von Hartrott(Alan Hale), l’autre un Français, Desnoyers (Josef Swickard). L’Allemand n’a pas la préférence, et le jour où le couple français a un fils, Madariaga est aux anges : voilà – enfin – son héritier, Julio (Rudolph Valentino).
Cet héritier grandit et devient l’un des plus grands danseurs de tango du pays. Mais il doit retourner au pays de son père, où, sous des dehors d’artiste, il s’adonne à une vie oisive.

Et puis un jour, c’est la rencontre de trop : Marguerite Laurier (la belle Alice Terry), mariée trop tôt à un ami de Desnoyers.

C’est tout de suite la grande passion entre Marguerite et Julio, au grand dam du mari.

Mais, alors que tout semble se régler pour les deux amants (divorce en cours, réunion prochaine), François Ferdinand est assassiné. La guerre éclate, annonçant l'arrivée prochaine des quatre cavaliers.

Même si la guerre occupe la deuxième moitié du film, il s'agit d'une histoire d'amour impossible. Impossible du fait des circonstances et surtout de la morale (l'action se passe en 1914 !). Mais (mal)heureusement, la guerre arrange tout. Parfois même définitivement.

Alors parlons de la guerre. Rex Ingram nous fait un portrait fidèle de cette guerre que les Américains n'ont connu que sur la fin : Julio est un Poilu (il n'est pas rasé quand son père vient le voir) ; les soldats se grattent la tête (poux) mais aussi le dos (puces) ; la solidarité bat son plein (Julio partage tous ses paquets) ; et puis on assiste à une (courte) vie dans les tranchées.

L'autre versant de la guerre, c'est l'occupation. Le château de Desnoyers doit accueillir des Allemands qui se comportent comme seuls savent le faire les vainqueurs dans un territoire conquis. Ce sont des brutes avinées dont le lieutenant-colonel von Richthosen est un magnifique spécimen, joué par l'incomparable Wallace Beery, absolument pas en subtilité. Un vrai Teuton, barbare à souhait.

Mais si la guerre va régler certains points, elle en soulève d'autres : Julio s'engage du côté français, certes, mais ses cousins sont en face. Et le devoir oblige à tirer.

Rassurez-vous, il n'y aura pas de cas de conscience. Ce seront des bons petits soldats.

Au-delà de cette histoire faussement scandaleuse (finalement, la morale est sauve), nous assistons à la naissance d'un mythe : Rudolph Valentino.

Il est Julio, cet Argentin arrogant, sûr de lui, séducteur. Un tantinet horripilant, même. Mais quand il se met à danser le tango avec Beatrice Dominguez, on passe dans une autre dimension. Alors que le premier couple nous sert un tango conventionnel, voire prude, dès que Valentino dirige, un grand souffle de sensualité se lève sur l'écran. Il est irrésistible.

Pourtant, malgré ce rôle de tombeur absolu, en rencontrant la belle Marguerite, il nous montre qu'il peut aussi être l'homme d'une seule femme, allant jusqu'à s'engager dans la guerre afin de ne plus souffrir de leur séparation.

Bref, un grand acteur est né, dont l'aura survivra à sa mort prématurée cinq ans plus tard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Histoire, #Drame
Gangs of New York (Martin Scorsese, 2002)

Five points.

Ce n'est pas un score, c'est une carrefour. Celui de cinq rues de New York : Mulberry, Anthony Street, Cross Street, Orange Street et Little Water Street. Dans Manhattan.

En 1846, et même après, c'est une espèce de bidonville où survivent les nouveaux arrivants sur ce nouveau continent. Et, bien entendu, surtout des Irlandais. Il y a des gens qui vivent les uns au-dessus des autres, mais aussi en-dessous des autres. Enfin qui essaient de survivre.

Leur chef : « Priest » Vallon (Liam Neeson). Sous les yeux de son fils, il se prépare pour l'affrontement final.

Contre qui ? Contre Bill « the Butcher » Cutting (Daniel Day-Lewis), le chef des Natives, ces Américains pur souche, racistes, et qui, de par ce fait, se considèrent supérieurs à tous les autres et, s'ils ne les persuadent pas de retourner d'où ils viennent, leurs font la guerre.

Alors c'est la guerre. Un affrontement à l'ancienne, à mains nues ou au couteau, avec tout ce qui peut servir d'arme.

Cette fois-ci, « Priest » Vallon a perdu, Bill Cutting l'a défait définitivement. Son fils est « confié » à l'assistance publique.

Seize ans plus tard, « Amsterdam » Vallon sort de maison de redressement avec une idée en tête : venger la mort de son père.

 

Martin Scorsese nous offre ici un magnifique film de gangsters en costumes. Parce que pour une fois, les costumes ne cachent pas quelque pudibonderie ou hypocrisie. Non. Les costumes servent surtout à se reconnaître dans la mêlée : chapeaux haut de forme pour les Natives, guenilles pour les Dead Rabbits.

Au-delà de l'affrontement, c'est un pan de la Guerre Civile américaine qui est évoqué dans ce film. Quand Amsterdam revient à Five Points, c'est en pleine guerre de Sécession. L'enrôlement (pour le Nord) se fait à tour de bras. Cela permet une magnifique séquence pleine de cynisme dans le port de New York :

- les immigrants descendent du bateau et sont accueillis par l'administration ;

- les hommes signent leur reconnaissance de nationalité américaine ainsi que leur contrat d'enrôlement ;

- puis, ils sont habillés et équipés pour la guerre ;

- ensuite, ils prennent un autre bateau qui les descendra vers le théâtre des opérations, pendant qu'on y décharge les cercueils de ceux qui sont tombés récemment et qui seront rendus à leur famille.

 

Et pendant la Guerre, les affaires continuent et Bill Cutting règne en patron sur Five Points alors que s'y déroulent maints forfaits : vols, extorsion, violences caractérisées (etc).

Le tout avec la bénédiction du représentant de l'Etat (Jim Broadbent), qui, en plus, organise la conscription.

Nous assistons alors à la montée de la colère des habitants de New York qui en ont assez de cette guerre civile lointaine et veulent retrouver une vie normale. Et cette colère s'amplifie à mesure que Scorsese nous fait lire les coupures de presse annonçant les morts.

Et quand a lieu l'affrontement final, c'est le jour où l'armée décide d'intervenir : tirant sur la foule au fusil voire au canon, détruisant par là-même en partie Five Points.

 

Mais, comme chez John Ford, la civilisation est en marche et ceux qui la refusent disparaîtront avec elle.

En effet, les Natives, forts de leur droit du sol (et du sang) ne peuvent éternellement contrôler l'arrivée massive des immigrants de la vieille Europe. Et ces immigrants (irlandais, allemands, polonais) s'uniront pour faire de l'Amérique ce qu'elle est encore aujourd'hui : un creuset où sont mélangés différentes populations afin de créer l'Américain rêvé, fier et reconnaissant de son nouveau sol.

Au vu des élections prochaines (2024), on peut se demander si ce modèle va perdurer. Mais je disais déjà ça il y a huit ans...

 

La vanité, enfin, est une composante du film. Elle concerne Bill Cutting, bien entendu, mais aussi Amsterdam. Quand il est soigné dans les catacombes, Scorsese nous montre des empilements de crânes. Or, les peintres plaçaient toujours un crâne dans leurs natures mortes, afin de souligner la vanité des hommes. Et ici, Scorsese ajoute un élément essentiel à cette vanité : dans le plan final, on y voit les tombes de « Priest » Vallon et Bill Cutting, l'une à côté de l'autre - comme deux chefs qui se respectent et se respectaient - s'enfouir lentement mais totalement alors que New York évolue pour devenir celle que nous connaissons.

 

Il ne reste plus rien de ces « grands » hommes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marc Forster, #Drame
Neverland (Finding Neverland - Marc Forster, 2004)

Il n'y a pas de quoi révolutionner le cinéma, non. Mais un je ne sais quoi qui nous amène « un sourire, et peut-être, une larme. »

James Barrie (Johnny Depp) est coincé dans sa vie victorienne, avec sa femme victorienne, dans sa maison victorienne, dans cette société victorienne. Pourtant, la vieille Victoria est morte depuis deux ans quand commence le film. Mais plus de cinquante ans de règne, ça laisse des traces. C'est une société sclérosée, refermée sur elle-même, prude... Bref, ennuyeuse à souhait. Mais que voulez-vous, c'était aussi ça, l'Angleterre au début du vingtième siècle.

James est un dramaturge. Malheureusement pour lui, son inspiration a choisi d'aller faire un tour, et ce qu'il produit n'est pas terrible. Tout se délite. Surtout sa femme (victorienne) Mary (Radha Mitchell) avec qui il fait chambre à part...

 

Mais, un jour qu'il part chercher l'inspiration dans le parc, il fait la connaissance des enfants Llewellyn-Davies, que leur mère (Kate Winslet) emmène jouer. Et là, sa vie bascule.

Il se prend d'amitié pour eux et retrouve alors son inspiration juvénile. Et à force de croiser ces enfants, d'élaborer des aventures pour eux, lentement une nouvelle histoire se met en place. Ce sera Peter Pan.

Mais la maladie est le quotidien des enfants et après avoir perdu leur père, les enfants voient leur mère décliner.

 

Ce qui est bien avec le cinéma, c'est que tout est permis. Et quand on fait un biopic, on arrange toujours un peu les choses. Alors oui, Marc Forster triche avec la vérité. Mais est-ce là le principal ? Non. Ce qui est magique (je pèse mes mots), c'est l'élaboration de ce qui sera l'un des plus grands best-sellers de l'enfance. Nous assistons à la mise en place d'une histoire qui fait encore rêver les enfants. Et la scène de la première de la pièce, avec la présence des orphelins du voisinage est une très bonne illustration du pouvoir onirique de cette histoire. Le placement des enfants, disséminés dans un théâtre qui n'était pas conçu pour eux est le coup de génie, l'inspiration suprême de Barrie pour contribuer au succès de sa pièce.

Alors on se laisse faire, comme les adultes à la représentation et on plonge la tête la première dans cet univers, comme le fait Kate Winslet dans une scène d'un onirisme fantastique.

 

Alors oui, c'est beau, c'est bien fait, émouvant à souhait, les acteurs jouent juste. Il n'y a pas de raison de bouder son plaisir. Et en plus, on découvre un petit jeune homme qui fera parler de lui, dans le rôle de Peter : Freddie Highmore.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Arthur Penn, #Gangsters
Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967)

Elle s'ennuie, seule, nue, sur son lit, contre les barreaux. Elle s'ennuie. Elle regarde par la fenêtre, histoire de.

Il est là. Il regarde la voiture, imagine où il pourrait aller avec.

Elle le voit. Elle lui parle.

Il répond.

Elle s'habille. Elle descend.

Ils s'en vont avec la voiture.

C'est le début de leur aventure. De leurs aventures. Le début de leur fin.

Elle, c'est Bonnie Parker (Faye Dunaway).

Lui, c'est Clyde Barrow (Warren Beatty).

 

En 1931, l'Amérique vit la grande Dépression depuis la fin 1929. Peu d'espoir pour les gens, dans l'Amérique profonde. On pense aux Raisins de la colère, à Notre Pain quotidien, ces films sur les gens chassés de chez eux par la crise. Peu d'espoir, sinon un seul, entrevu deux fois, en miroir, au début et à la fin : Franklin D. Roosevelt.

Mais Bonnie & Clyde ont choisi de partir. La crise ne les a pas vraiment touchés. Juste l'ennui pour Bonnie, et un passé peu recommandable pour Clyde.

Alors ils partent, et ils pillent. Parce que Clyde est armé. Il a un gros pistolet. Bonnie caresse ce pistolet en métal froid. Et c'est tout. Parce que Clyde n'est pas du genre « amoureux ».

Tant pis, Bonnie se résigne. Pas de relation physique.

 

Ou plutôt si. Mais pas dans un lit. Clyde, ce qui le fait jouir, c'est de braquer une banque. Mais la première fois, avec Bonnie, ça ne se passe pas comme il faut. C'est parfois ainsi la première fois. Alors ils persévère : il sort son pistolet et il le brandit fièrement, activant la remise des espèces. Jusqu'au jour où ça fonctionne. Jusqu'au jour où il pourra - enfin - transposer cette relation horizontalement. Malheureusement, il sera déjà trop tard.

 

Arthur Penn s'attaque au road movie de gangsters. Un mélange de genre plutôt réussi. Bien entendu, c'est une vision romancée, voire idéalisée de Bonnie & Clyde. Mais qu'importe. Nous suivons les tribulations du gang Barrow sur les routes américaines, accompagné d'une musique enjouée de banjo (Foggy Mountain Breakdown) : un véritable décalage entre ce qui s'est produit, le caractère criminel de leurs activités et le ton léger ainsi donné.

 

Parce que ce film a une tendance à admirer ce couple sulfureux. La critique - (très) conservatrice, on est avant 1968 - tombera sur le film et reprochera cette vision idyllique. Mais le public ne s'y trompera pas et l'encensera, en faisant, avec le temps un film culte.

Parce qu'au-delà de l'errance criminelle de deux jeunes gens (23 et 25 ans le jours de leur mort), c'est aussi l'errance d'une jeunesse - celle de 1966-67 - qui ne croit plus en rien et va s'épanouir l'année suivante.

 

Mais « heureusement », force reste à la loi. Bonnie & Clyde sont exécutés, de façon expéditive, à la manière de ce bon juge Lynch : sans procès, dans une embuscade, le temps de vider les chargeurs.

Et là, s'installe le silence. Pas de commentaire.

The end.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick, #Horreur
Shining (The Shining - Stanley Kubrick, 1980)

Un homme seul avance dans la neige.

Il erre.

Il boite.

Il a froid.

Il crie.

Il porte une hache.

C'est Jack Torrance (Jack Nicholson). Un ancien prof. Un écrivaillon.

C'est le gardien d'hiver de l'hôtel Overlook.

L'hôtel Overlook est ouvert six mois dans l'année : aux beaux jours exclusivement : de mai à octobre. Jack a été rengagé pour s'occuper du bâtiment pendant les autres mois, pour l'entretien général, histoire de ne pas avoir de mauvaises surprises à la réouverture.

Il s'installe avec sa femme Wendy (Shelley Duvall) et son fils Danny (Danny Lloyd). Et tant que la neige ne montre pas le bout de son nez, tout se passe bien. Sauf que.

Sauf que Danny possède un don particulier : le shining. Cela lui permet de voir le passé, mais aussi le futur. Mais sans explication. Alors se retrouver dans un hôtel où ils ne vivent qu'à trois et croiser, au détour d'un couloir deux petites filles qui l'invitent à jouer, évidemment, ça a de quoi inquiéter.

Et quand la neige arrive, la situation se dégrade vite : l'état mental de Jack se détériore rapidement, et des drôles de phénomènes se produisent... Car c'est avec l'arrivée de la neige que la folie se déclare.

 

Absolument brillant.

Trois ans après la fresque en costumes Barry Lyndon, Kubrick se remet à tourner. Après avoir tâté différents genres - film de gangsters avec L'ultime Razzia, péplum avec Spartacus, film de guerre avec Les Sentiers de la gloire, anticipation avec 2001, l'Odyssée de l'espace et Orange mécanique - Kubrick nous fait son film d'épouvante, plus un film d'atmosphère d'ailleurs.

C'est un film complet, au rythme lent mais inexorable qui nous amène à une conclusion (presque) prévisible. Parce que la fin n'est pas tout. Ce qui est important, c'est d'y arriver.

Alors Kubrick prend son temps et joue avec. La première séquence se situe en été, et Jack est embauché. Puis, nous nous retrouvons le jour de la fermeture, seule date à peu près définie (Octobre ? Novembre ?). Puis, nouvelle indication temporelle : « un mois plus tard ». Ensuite, se suivent des jours de la semaine, non consécutifs jusqu'au dernier intertitre : « 16 heures ». Mais si le temps de la narration s'accélère, le film, lui garde ce même rythme faussement lent. Le montage est parfait. Chaque changement de plan est pertinent.

La caméra est extrêmement importante. Toujours, me direz-vous. Mais ici, encore plus qu'ailleurs. Les plans sont incroyables, voire impossibles. On voit les visages des acteurs selon des angles inhabituels (un peu moins maintenant, le film a fait des émules...) : des contre-plongées inquiétantes quand Wendy lit la prose de Jack ; quand Jack est enfermé dans la réserve... Et puis il y a les travellings : avant quand Danny pédale à travers les longs couloirs de l'hôtel, arrière quand Jack poursuit son fils dans le labyrinthe. Parce qu'en plus, il y a un labyrinthe. On le voit deux fois : aux beaux jours, un après-midi, quand tout va bien, Wendy et Danny s'amusent à s'y perdre pendant que Jack écrit ; à la fin, la nuit, quand Danny essaie d'échapper à son père.

Ce labyrinthe n'est pas seulement une curiosité pour les clients de l'hôtel ; on peut imaginer qu'il représente les méandres de l'esprit dérangé de Jack. Et Jack s'y perdra, comme il a perdu la raison dans un recoin de son cerveau. Mais tout compte fait, il avait dit à son fils qu'il voudrait y rester pour toujours, alors...

Nous sommes dans un lieu hanté. Hanté par la folie de Jack, mais aussi par des phénomènes et des gens : les jumelles dans le couloir, la femme de la chambre 237, une balle de base-ball, une chambre ouverte (la 237, tiens, tiens...). Bref du surnaturel pas si incroyable. Juste un peu décalé. Juste assez pour nous faire frissonner. Et les musiques retenues collent parfaitement à l'atmosphère du film. A tel point qu'à un moment, on peut se demander si elles accompagnent l'action ou si elles en sont parties prenantes.

Les acteurs, enfin, sont formidables. Jack Nicholson est - on le savait déjà - un fou magnifique. Il passe rapidement d'un regard normal à celui d'un déséquilibré avec beaucoup de naturel. Son premier « dérangement » le voit la tête baissée, mais le regard vers le haut : un regard de folie maintes fois utilisé par Kubrick dans ses films, et surtout repris dans le suivant (Full metal Jacket) avec le personnage de Whale.

Shelley Duvall, elle aussi, est extraordinaire. Il est clair que le tournage fut éprouvant pour elle, et sa performance n'en est que plus belle. Elle campe une Wendy terrible et terrifiée plus que vraisemblable. Son physique particulier étant un atout supplémentaire pour son rôle.

Danny Lloyd, enfin, avait six ans au début du tournage et n'a vu le film que presque 10 ans après. On comprend pourquoi : il ne savait pas que le film faisait peur pendant le tournage. Là encore, quelle performance !

La fin nous laisse sur une énigme. La photo du bal du 4 juillet 1921. Pour ma part, je pense que cette énigme est aussi sa solution : il faut revenir dans le passé, revenir avant.

Avant.

Avant dans le film, avant dans l'histoire de la construction de l'hôtel...

Et peut-être qu'on y trouve la réponse.

A vous de vous faire un idée.

 

Conclusion :

Un film qui, en plus, se bonifie à chaque visionnage : il y a toujours quelque chose à y (re)découvrir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Negulesco, #Marilyn Monroe, #Comédie
Comment épouser un Millionnaire (How to marry a Millionaire - Jean Negulesco, 1953)

Il était une fois trois filles superbes qui avaient décidé d'épouser chacune un millionnaire.

Une, Schatze Page (Lauren Bacall), l'intellectuelle, dirige l'opération. Une autre, Pola Debevoise (Marilyn Monroe), la myope, essaie de na pas montrer qu'elle porte des lunettes. Et la troisième, Loco Dempsey (Betty Grable), juste Loco ou Loke (ça fait moins espagnol...).

Toutes trois se sont installées dans un appartement de New York, un véritable piège à ours célibataire et fortuné. Mais c'est bien connu, l'enfer est pavé de bonnes intentions, et rapidement nos trois drôles de dames se retrouvent sans le sous et doivent vendre régulièrement le mobilier de leur meublé...

Et puis J. D. Hanley débarque dans leur vie alors que tout va mal, et la roue se met à tourner. Elles rencontrent de riches messieurs et commencent à échafauder des projets futurs où luxe et volupté sont les maîtres mots.

Mais si la vie était aussi simple, ça se saurait, et le film serait rapidement terminé.

Nous allons donc suivre trois destins en parallèle avec tous un point commun : elles ne finiront pas avec celui qu'elles espéraient.

Trois bombes !

- Betty Grable, qui fut l'égérie des soldats américains pendant la deuxième guerre mondiale ;

- Lauren Bacall, l'épouse de Bogart, avec sa voix grave et sensuelle ;

- Marilyn, bien entendu, plus besoin de la présenter.

 

Même si Betty Grable est plus âgée, elle ne détone pas dans cette comédie faussement féministe. Parce que malgré le fait que ces trois superbes actrices se partagent la vedette, leurs aspirations n'ont rien de féministes [Rappel : Simone de Beauvoir a écrit Le deuxième Sexe quatre ans auparavant...]. Que cherchent-elles ? Un mari riche qui satisfera leur moindre désir. Il faut dire que nous sommes aux Etats-Unis dans la première moitié des années 1950, et que la cause féministe n'est pas d'actualité au cinéma. Pour preuve, il suffit de bien observer les musiciens de l'orchestre dirigé par Alfred Newman : à part les deux flûtistes, il n'y a que des hommes ! Et le format Cinemascope n'arrive pas à masquer ce fait.

Quoi qu'il en soit, nous nous régalons de ces trois jeunes femmes aux hautes aspirations qui finalement succombent à l'amour à défaut d'argent.

La palme revenant à Lauren Bacall qui fera tout pour épouser un vieux riche (J. D.), alors qu'elle aime un jeune homme (pas assez bien pour elle, bien entendu...). Elle montre aussi qu'on peut être intellectuelle et froide et succomber à la passion... Avec humour !

 

Negulesco s'amuse avec ces trois femmes. Chacune a droit à un clin d'œil particulier :

- Betty Grable : Loco pense reconnaître Harry James à la radio et bien entendu, elle se trompe. Mais le plus comique, c'est que H. James était son mari à l'époque.

- Lauren Bacall : Pour épouser un homme riche, même vieux, Schatze annonce qu'elle aime les hommes d'âge mûr, et de préciser : « Par exemple ce vieux type, comment il s'appelle? Celui qui joue dans La Reine africaine. Je suis folle de lui ! » (Vous savez tous que c'est Bogart qui le jouait)

- Marilyn Monroe : elle est mannequin comme les deux autres, et lors d'un défilé, elle porte un ensemble « Diamonds are the girls' best Friend », titre de la célèbre chanson qu'elle interprétait dans son film précédent (Gentlemen prefer Blondes).

 

Donc, beaucoup d'humour, et des actrices waouh !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lon Chaney, #Rupert Julian, #Horreur
Le Fantôme de l'Opéra (The Phantom of the Opera - Rupert Julian, 1925)

Lon Chaney était « l'Homme aux mille visages ».

Pourtant, ici, pour voir son visage, il faut attendre trois quarts d'heure. Le reste du temps, il porte un masque.

Mais l'attente est comblée. Rarement, on a vu un visage aussi défiguré. Il y a de la laideur, de la méchanceté et beaucoup de désespoir dans ce visage.

Comme Lon Chaney ne peut pas toujours montrer son visage, il se rattrape avec ses mains. Elles sont elles aussi très expressives et participent beaucoup à l'intrigue.

L'intrigue ?

Un sortilège entoure l'Opéra Garnier. Un fantôme y rôde et y fait la pluie et le beau temps. Il réussit à remplacer la grande vedette Carlotta (Mary Fabian) par sa doublure Christine Daaé (Mary Philbin).

Mais cette promotion a un prix : elle doit aimer en retour le fantôme à qui elle doit sa renommée. Mais Christine aime Raoul de Chagny (Norman Kerry).

Encore une fois, Lon Chaney a un rôle d'amoureux frustré. Erik, comme plus tard Alonzo (L'Inconnu), aime sans retour. Mais cette fois-ci, quand le masque tombe, on comprend pourquoi. Il est à noter que Mary Philbin, quand elle enlève le masque voit pour la première fois le visage que s'est fait Lon Chaney. Sa répulsion devenant tout d'un coup moins feinte.

Il faut dire que ce visage fut l'un des coups les plus étonnants du cinéma. On avait même prévu des sels dans la salle de cinéma pour d'éventuels évanouissements...

On est aussi frappé par l'utilisation de la lumière et de la couleur dans ce film.

De nombreux filtres de couleurs émaillent ce film, le rapprochant des couleurs réelles. La scène du bal costumé étant par ailleurs la seule rescapée de toutes celles qui furent tournées en couleur. Et grâce au travail dirigé par Kevin Brownlow (loué soit son nom...), nous pouvons maintenant apprécier ce film dans une copie de bonne facture où le brouillard des mauvaises copies a été effacé, nous permettant de savourer une heure trente-quatre de Lon Chaney.

Et puis il y a les ombres. On se croirait presque dans un film allemand de la même époque.

D'ailleurs, le fantôme est avant tout une ombre qu'on aperçoit sur des murs, dans des décors sombres. On ne sait s'il existe réellement.

Ce rôle extrêmement marquant est l'un des plus significatif de Lon Chaney. On ne peut oublier Erik, cet ange du mal qui  n'a rien à envier au Méphisto du Faust qui est joué sur la scène de l'Opéra. Oui, Lon Chaney a souffert pour ce visage : son nez saignait, sa peau était tirée par des élastiques et de petits crochets... Lon Chaney reste Lon Chaney !

Mais Erik, malgré son apparence monstrueuse, est humain. C'est un amoureux désespéré. Tout, dans son attitude le montre. Quand il pense avoir trouvé l'amour auprès de Christine, il se rend compte qu'il n'en est rien. Elle aura beau lui promettre de l'aimer pour sauver son amoureux, il se rend compte qu'elle n'en fera rien. Alors Erik n'a rien à perdre. Et sa fin tragique est empreinte d'un désespoir grandiose,  la seule possible pour un personnage qui était devenu complètement fou.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bertrand Tavernier, #Drame
Coup de Torchon (Bertrand Tavernier, 1981)

Bourkassa, Afrique occidentale française, 1938.

Nous sommes à la veille de la guerre. Plus précisément, à la veille des Accords de Munich.

A Bourkassa, Cordier (Philippe Noiret) est le policier de la ville.

Dans la ville, on trouve de tout : des colons blancs, des colonisés noirs, une femme battue par son mari, ce même mari qui bat son serviteur (noir), une sœur et son frère, et deux maquereaux notoires.

Cordier n'est pas ce qu'on peut appeler le « mauvais flic ». Non. C'est plutôt un pauvre bougre, au mauvais endroit, au mauvais moment.

Tout le monde profite de lui, de sa nonchalance qu'on prend pour de la lâcheté. Alors évidemment, il n'arrête jamais personne.

Jusqu'au jour où tout bascule. Il est investi d'une mission : remettre les choses en ordre. Alors il s'y applique. Et les cadavres s'amoncèlent. Les maquereaux d'abord, puis le mari... Quand on a tué une fois, c'est toujours plus facile ensuite.

 

Bertrand Tavernier et Jean Aurenche adaptent un roman américain qui se situe dans le Sud des Etats-Unis. Mais de quelle façon ! Tout est pesant. Le soleil de plomb, l'atmosphère, les relations humaines.

Au milieu de tout ceci, Lucien « poil au chien » Cordier. Le brave Cordier. Incapable du moindre mal. Et pourtant.

Philippe Noiret campe un Cordier très juste, très humain. Pas de grandiloquence, pas de surjeu. Il est humain quand il prend la défense des Noirs, humain aussi quand il entre dans le lit de Rose (Isabelle Huppert). Et comme Rose est battue par son mari...

Ce qui commence comme une sorte de règlement de comptes se mue rapidement en quête spirituelle. Cordier n'est plus un assassin. Il est un envoyé divin, un outil de la puissance divine. Une sorte de catalyseur qui va aider à purger le mal dans la ville. Il n'y a nulle animosité chez ce fonctionnaire. Seulement de la pitié.

Et puis finalement, ses meurtres arrangent bien tout le monde.

Alors Cordier balance un immense coup de torchon sur la ville.

Et au final, il se retrouve seul. Seul avec sa conscience - claire, il n'a fait que ce qui devait être fait.

Mais bougrement seul, tel un fantôme, errant en attendant le jugement dernier.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache - John Ford, 1948)

Immanquable : John Wayne et Henry Fonda sur la même affiche !

Deux légendes du cinéma et du western se rencontrent enfin. La prochaine fois, ce sera pour Le Jour le plus long, mais ils ne seront même pas ensemble dans une scène.

Il s'agit d'un premier opus ayant pour sujet la cavalerie régulière. Suivront deux autres films (La Charge héroïque et Rio Grande) autour du même sujet.

On pourrait presque parler de passage de témoin. Fonda fut un acteur privilégié de Ford (Vers sa Destinée, Les Raisins de la Colère, La Poursuite infernale…), toujours dans des rôles de justiciers. Mais cette fois, c’est de lui que le scandale arrive. Ou plutôt la déroute.

 

Fraîchement nommé à Fort Apache, Owen Thursday (Henry Fonda) dirige d’une main de fer un poste de cavalerie sans grande importance ni grande histoire. Il débarque avec sa fille Philadelphia (Shirley Temple), et décide de tout changer.

Fort Apache est un fort typiquement fordien. Il y règne une ambiance familiale où la discipline s’adresse surtout aux nouvelles recrues. On y vit tranquillement, dégustant à l’occasion un peu de whisky plus ou moins frelaté (dans le punch, par exemple...). On retrouve là le microcosme fordien : tous ces gens qui forment une communauté, s'aident si besoin est, et surtout accourent dès qu'il se passe quelque chose sortant de l'ordinaire. Quant à la femme forte (autoritaire), c'est Mrs O'Rourke (Mae Marsh), mère et femme de soldats, à qui on ne la fait pas.

Alors quand Thursday débarque et change les règles, ça fait un peu grise mine.

 

Il faut dire que les acteurs choisis pour interpréter les soldats sont des habitués des films de Ford : Victor McLaglen (Mulcahy), Jack Pennick (Schattuck) ou Ward Bond (O’Rourke Sr.) pour ne citer qu’eux. [A noter une apparition de Francis Ford (frère de l’autre) dans un rôle qui rappelle Steamboat round the Bend]

Nous avons ici du grand Ford (en est-il autrement ? Ne parlons pas de Tobacco Road…).

Alors nous assistons aux incontournables : le square dance (il y en a deux) et la boisson, où McLaglen est bien entendu mis à contribution.

 

Mais Le Massacre de Fort Apache, c’est avant tout l’histoire d’une déroute annoncée. Celle de cette unité de cavalerie qui chargea à sa perte, suivant les ordres d’un officier aveuglé par l’orgueil. Malgré les mises en garde de York, Thursday ira jusqu'au bout de son plan insensé. On retrouve cette obstination dans deux films de guerre : Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick et Gallipoli de Peter Weir. Là encore, des soldats seront sacrifiés grâce à la bêtise des généraux.

Ici, Ford prend le parti des Indiens contre cette technocratie washingtonienne représentée par Meacham (Grant Withers), qui achète la paix indienne contre des fusils et du whisky frelaté. Mais les fusils se retournent contre les fournisseurs, dans une charge dérisoire et on ne peut plus meurtrière.

 

J'ai parlé d'un passage de témoin pour deux raisons :

- le colonel Thursday sera remplacé par York à Fort Apache.

- Henry Fonda ne jouera plus directement dans un film de Ford (Il joue dans La Conquête de l'Ouest, mais dirigé par George Marshall). Avec la mort de Thursday, c'est la fin de Fonda chez Ford. Wayne prendra sa place comme interprète privilégié, jusqu'à La Taverne de l'Irlandais.

 

Certes, cette charge n’a jamais existé. Mais on pense à Custer à Little Big Horn, quand on voit Thursday blessé retourner au front pour y mourir. Et quand les journalistes viendront se renseigner sur ce qui s’est passé, York (John Wayne) ne reniera pas le courage et l’abnégation de cet homme un tantinet exalté voire carrément fou qui accompagna ses hommes à l’abattoir. Parce que comme il le fera dire plus tard dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « Si la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Mais on sent chez York une désillusion quant aux guerres indiennes qui ne quittera pas les personnages de John Wayne avec Ford, le point culminant étant La Prisonnière du Désert, mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Roman Polanski, #Drame
Tess (Roman Polanski, 1979)

Quel gâchis !

Tout ça parce qu’un pasteur s’intéresse à la généalogie.

Alors Jack Durbeyfield (John Collin) devient Sir John d’Urberville et toute la vie de sa famille est changée.

Tess (Nastassja Kinski, merveilleuse), sa fille, aurait pu faire une très bonne institutrice. Mais non. Elle doit « réclamer » son nom.

A qui ? A d’autres d’Urberville. Des Stoke. En clair : des faux.

Mais quand on a toujours été pauvre, c’est difficile de faire valoir des droits. Alors Tess accepte tout, et n’importe quoi. Elle devient même la maîtresse du fils de la maison, le séduisant Alec (Leigh Lawson), son « cousin ».

Mais si elle quitte cette maison, il en restera des traces. Et ces traces ne s’effaceront pas de sitôt. Il faudra du temps. Beaucoup de temps.

Et quand elles se seront effacées, il ne restera plus de temps, ou si peu.

 

Roman Polanski nous offre l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. Et il permet à une toute jeune actrice de crever l’écran. Nastassja Kinski est sublime. Elle incarne à merveille cette jeune fille qui mûrit doucement et devient (très) progressivement une femme. Femme malheureuse, mais femme tout de même. Que d’affres elle doit endurer pour arriver à sa véritable libération et son plus grand amour.

Et quel prix à payer.

Sans cesse déçue par la vie, elle erre. Elle erre dans une Angleterre rurale et pudibonde, traînant son nom prestigieux comme une marque d’infamie : depuis la révélation paternelle, jamais la vie ne lui sourit. Sans cesse, elle s’enfonce dans la solitude et le désespoir.

 

Quand elle rencontre Angel (Peter Firth), on imagine enfin une lueur dans sa vie terrible. Mais cette lueur s’éteint une fois le mariage prononcé, Angel n’étant pas prêt à accepter le passé honteux de Tess. Alors Tess repart sur les routes et reprend cette vie d’errance, espérant secrètement un rappel de son mari.

Lentement, Polanski développe le destin – tragique – de Tess. La scène du mariage – raté – est d’une grande importance. Alors qu’elle a avoué sa faute à son mari, il s’en va, la laissant seule avec son passé, dans cette salle à manger vide, où, sur une banquette, git une corde : objet prémonitoire de son destin funeste.

Elle le rejoint, mais il continue sa route. Elle repart, dans l'autre sens. Nouvelle occasion manquée.

Tess n'atteindra jamais le bonheur. Ou si peu de temps.

 

En plus d'une belle histoire d'amour, nous avons droit à des images superbes. Beaucoup de brumes, de temps automnal. Nous sommes dans une toile. Polanski use d'un sfumato donnant une impression de rêve. Rêve pour le spectateur, plutôt cauchemar pour Tess. Le crépuscule, cette période où on ne sait très bien si le soleil se lève où se couche est très présent dans cette œuvre. L'une des plus belles illustrations étant quand les filles de la ferme Crick observent Angel dans le soleil couchant, la fenêtre tantôt éclairée par les rayons, tantôt éclairant les jeunes filles.

Deux crépuscules sont importants :

  • Quand Tess et d'autres jeunes filles, au tout début, participent au bal de son village ;
  • Quand le soleil se lève sur Stonehenge, à la toute fin du film, accompagnant Tess vers son destin tragique

 

Tess a donc vécu une longue nuit, cette longue nuit prenant fin à Stonehenge, site « païen » dédié au retour de la vie, alors que paradoxalement elle marche vers la mort.

Mais cette mort n'est pas une fin en soi. C'est ce qu'elle appelle de tous ses vœux tout le temps.

 

Et la seule question qui la hante et qu'elle pose à Angel - « est-ce qu'on se retrouvera après ? » - devient son espoir, sa planche de salut dans un monde supposé meilleur. Après.

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