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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin, #Drame
L'Opinion publique (A Woman of Paris - Charles Chaplin, 1923)

Attention. Ceci est un film sérieux.
Ce n'est pas moi qui le dis, mais Monsieur Chaplin soi-même, comme prélude au film.

Alors, pas de vagabond, pas de coup de pied au derrière, ni tarte à la crème.

Du sérieux. C'est tout.

Marie (Edna Purviance, magnifique) aime Jean (Carl Miller) qui l'aime en retour. Ils pourraient vivre une très belle histoire d'amour, mais...

Mais ils ont des parents.

Le père de Marie (Clarence Geldart) tout d'abord, est une espèce de vieux tromblon qui préfère l'enfermer (dedans comme dehors) pour lui passer le goût des fréquentations masculines.

Mais ça ne marche pas. Elle s'en va avec Jean.

Chez Jean, c'est aussi le père (Charles K. French) qui pose problème. Il refuse que Jean vive sa vie avec Marie.

Mais de guerre lasse, et aussi grâce à l'intervention de sa femme (Lydia Knott) il le laisse partir.

C'est là que le destin entre en scène : alors que Jean et Marie doivent partir, le père de Jean meurt (de chagrin ? de vieillesse ? autre ?), compromettant le départ de son fils.

Alors Marie part pour Paris, seule, triste.

Mais à Paris, elle a complètement refait sa vie. Ce n'est plus la petite Marie qui embrassait fugacement Jean à la nuit tombée. C'est maintenant une femme en vue, vivant dans une grande maison, sortant au bras du plus riche célibataire de Paris : Pierre Revel (Adolphe Menjou, comme toujours impeccable).

IL faut dire que Pierre Revel, en plus d'être un homme très riche, est aussi un personnage très intéressant : toujours à l'aise quelle que soit la situation, irrésistible (toutes les femmes rêvent de lui), sans gêne (il se sert sans vergogne chez Marie), et surtout arrogant (son attitude envers Jean étant franchement indigne). Bref, il a tout du riche oisif un tantinet imbuvable.
Et puis un soir, le destin s'invite à nouveau : Marie se rend à une soirée parisienne et se trompe de porte : elle frappe chez Jean, qui s'est installé à Paris, qui vit avec sa mère dans son atelier de peinture. Ils renouent, Jean propose de faire son portrait...

Mais la mère de Jean ne voit pas d'un très bon œil cette femme aux mœurs légères.

 

C'est plus qu'un film sérieux : c'est un film noir. Noir comme la nuit qui domine le film, noir comme les pensées des parents, noir comme la mort qui frappe deux fois.

Mais c'est malgré tout un film de Chaplin, alors il n'a pas pu s'empêcher de le saupoudrer de gags :

- Au restaurant, Revel visite la cuisine où les normes d'hygiène laissent fortement à désirer : le gibier n'étant pas d'une grande fraîcheur, les cuisiniers fument en travaillant au-dessus des marmites... Le patron du restaurant (Henry Bergman) est - avec Edna Purviance - le seul lien avec les films burlesques habituels. Sa façon de s'adresser à ses subalternes est assez éloquente.

- Chez Marie, quand la masseuse vient, et qu'elle masse sans perdre une miette des commérages de Marie et son amie Fifi (Betty Morrissey).

- Un beau jeu de mots quand les enfants annoncent l'arrivée de leur « père » : il s'agit d'un abbé qui leur rend visite.

Et puis il y a Edna Purviance, qui est extraordinaire. Elle est femme et libre. Libre de recevoir qui elle veut, de se comporter comme elle le veut. Elle fume ouvertement. Bref, c'est une vraie Parisienne (d'où le titre original).

Mais on ne peut s'empêcher de penser que nous assistons à un grand gâchis. Ces deux jeunes gens que tout réunissait ont vu leur relation détruite par leurs parents. Le père de Marie au début, mais surtout celui de Jean, ainsi que sa mère.

Ces gens qui semblent personnifier l'opinion publique du titre français, font un mal terrible et amènent le malheur sur leurs enfants.

La mère de Jean, si compréhensive au début devient une terrible mégère, n'hésitant pas à user de chantage affectif pour garder son fils auprès d'elle, quitte à le rendre malheureux, définitivement.

Et puis le destin intervient une dernière fois. Il suffit parfois de trois fois rien pour qu'une rencontre ne se fasse pas : une carriole qui emmène Marie et son fils adoptif, et la voiture continue son chemin vers l'oubli.

Alors elle retourne à sa nouvelle vie, tellement plus épanouissante pour elle...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #F. W. Murnau, #Horreur
Nosferatu (F. W. Murnau, 1922)

Encore Nosferatu ?

Oui.

C'est un film dont on ne se lasse pas. (je ne parle pas de celui de Werner Herzog).

Il y a toujours quelque chose à découvrir, quelque chose à aimer. Nous sommes dans une histoire qui est devenu un incontournable de la littérature mondiale. Mais pourtant, en voyant de ce film, on redécouvre cette histoire.

Là où Browning, et même Coppola se focalisaient sur le vampire, Murnau, quant à lui, s'intéresse plus aux conséquences de la venue de cet être maléfique.

La peste, les morts, la ville qui se replie sur elle-même afin d'éviter la contagion.

Jamais auparavant on n'avait aussi bien illustré les années de chien qui arrivaient. Nous assistons à l'installation d'un  mal  insidieux, diffus, mais ô combien terrible.

Nosferatu (il n'a pas le droit de s'appeler Dracula, question de droits) tisse sa toile doucement, sans que ses (futures) victimes s'en rendent compte.

Et quand il est trop tard, certains se rendent compte de son influence néfaste. Mais c'est trop tard, le mal s'est installé et ronge le lieu de son expansion.

SI les rôles de Hutter, Orlock (Nosferatu) et Ellen son bien définis, il n'en va pas de même pour Knock, le commanditaire originel du projet : en effet, on ne comprend pas vraiment son rôle dans cette histoire. Il faudra attendre Browning pour avoir plus d'explication (Coppola sera encore plus explicite). Mais peu importe. Son allure, qui n'est pas sans rappeler celle des Juifs dans les publications antisémites accentuent sa dimension mauvaise. Et quand la peste se propage, c'est vers lui que les soupçons se portent (ce qui n'est pas totalement faux, d'ailleurs).

Mais attention : Nosferatu n'est en rien une œuvre antisémite.

Pourtant...

Pourtant le personnage d'Orlock, avec son nez crochu et ses oreilles surdimensionnées est - lui aussi - l'archétype du Juif.

Mais quatre-vingt-quinze ans après, nous savons quel péril il a pu représenter.

Revenons sur cette menace apparue dans Le Cabinet du docteur Caligari et qui n'a cessé de hanter la production cinématographique allemande.

Caligari hypnotisait ses victimes (Cesare, en l'occurrence) pour leur faire faire ce qu'il voulait.

Ici, Orlock agit la nuit - quand tout le monde dort - et se livre à des exactions des plus abjectes : il vide ses victimes de leur substance vitale - leur sang - afin de survivre, voire vivre plus intensément. Il y a une corrélation entre ces deux personnages (Caligari et Orlock). Chacun se nourrit de ses victimes pour exister.
Avançons dans le temps et allons retrouver Lang :

- Metropolis :

Ici, c'est un robot qui prend les commandes et fait faire au petit peuple des exactions qu'ils n'auraient pas eu obligatoirement l'idée de faire.

- Les Espions :

Là, le rôle du méchant est encore plus évident. Haghi règne en maître sur une armée de l'ombre. Il maîtrise tous les secteurs clés et a - bien entendu - dans l'intention de diriger un beau (?) jour cette société, en attendant de diriger le monde.

 

Ces exemples pour montrer que le monstre national-socialiste est en train de s'installer en Allemagne pendant ces années de la République de Weimar.

Bien entendu, les leaders nazi n'avaient pas (encore) le vent en poupe dans toute la société allemande. Mais force est de constater que la menace était présente. C'était insidieux, comme un poison qui se répand doucement dans un organisme, le temps qu'il s'habitue. Et quand l'accoutumance s'est installée, c'est tout naturellement que le véritable mal prend en main la destinée du pays visé.

 

Mais Murnau nous laisse une lueur d'espoir dans cet avenir sombre : il faut distraire la bête, quitte à en perdre son âme afin de la terrasser.

C'est ce que fera Ellen, au grand dam de Hutter.

Mais si ce sacrifice peut nous aider à nous débarrasser de cette malfaisance...

 

Pour le reste, reportez-vous à :

http://djayesse.over-blog.com/nosferatu.html

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin, #Comédie
Charlot débute (His new Job - Charles Chaplin, 1915)

Déjà un an que le personnage du vagabond existe. Il s'agit ici du premier film de Chaplin à la Essanay qu'il vient de rejoindre.

On retrouve les ingrédients habituels qui font la gloire du burlesque américain, tarte à la crème exceptée, ce qui n'empêche pas le metteur en scène de recevoir un objet à la figure !

Le metteur en scène ? Oui. Voici un film sur un film, une espèce de mise en abîme.

On suit alors notre vagabond préféré s'essayer au cinéma : il a un entretien d'embauche à la suite duquel il est engagé... Comme charpentier, assistant l'accessoiriste (Arthur W. Bates).

Mais rapidement, il grimpe l'échelon suivant et se retrouve dans un rôle premier plan, auprès d'une star dans un rôle en costume. Bien entendu, il n'est pas à sa place et le tournage commence à dégénérer.

Jusqu'à ce qu'il entre dans son rôle. C'est court, mais tout à coup, c'est formidable. Hélas, il marche sur la traîne de l'actrice, révélant ses chevilles (scène osée pour l'époque !). Mais il reste dans son rôle d'amoureux et passe dans une autre dimension : il ne joue plus, il vit son chagrin. Et il le vit tellement qu'il sort du champ au grand désespoir du metteur en scène.

 

Ce n'est certes pas le meilleur film de Chaplin. Mais on y trouve certains gags récurrents qui seront la base de ses longs métrages : chapeau qui s'envole, personnage à terre sur lequel il marche sans vergogne, grattages divers d'allumettes, déplacement du vagabond qui ressemble à un mouvement de danse.

Et puis il y a l'autre, l'ennemi : Ben Turpin. Lui aussi cherche du travail. Mais dès son apparition, on sait qu'il sera le souffre-douleur du vagabond.

Pourquoi ?

Parce qu'il lui ressemble trop. Ils sont habillés de la même façon, ont un niveau de vie similaire (c'est à dire pas très élevé) et peu de soin corporel tous les deux. Alors ils s'affrontent, pour notre plus grand plaisir.

Et puis il reste le cinéma, ou plutôt ce qu'on nous en fait voir : de fausses colonnes, des acteurs interchangeables dont on se sépare sans ménagement, un chef opérateur qui tourne inlassablement sa manivelle sur un rythme régulier, et un metteur en scène tout puissant avec casquette. Il n'a pas encore sa culotte et ses bottes de cavalier, mais ça va arriver (merci à Cecil B. DeMille !)

Et aussi une autre curiosité : une caméra qui se déplace doucement, latéralement quand le vagabond tourne avec la star.

 

Et pour les observateurs : Gloria Swanson soi-même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John Ford, #Western
Le Cheval de fer (The iron Horse - John Ford, 1924)

Davy Brandon (George O'Brien) voit son père se faire tuer par un faux Indien à deux doigts. Désormais, une seule chose comptera pour Davy : venger son père.

Mais une autre chose se met à compter pour lui : Miriam (Madge Bellamy), son amie d'enfance.
La troisième chose, c'est ce qui donne le titre du film : le chemin de fer.

Nous assistons alors à la construction de la voie transcontinentale américaine, voulue par Lincoln, achevée sous Grant.

 

Mais surtout, un an après La Caravane vers l'Ouest (James Cruz, 1923), nous assistons à la mise en place du western fordien. Tous les ingrédients sont là. Il ne manque que Monument Valley, mais au vu des contraintes historiques, il n'était pas possible d'aller y tourner.

Parce que nous sommes dans l'Histoire américaine. On trouve des vrais cowboys qui convoient un troupeau vers l'Ouest, et John Ford utilise plusieurs éléments historiques pour étayer son propos :

- Abraham Lincoln, tout d'abord. L'origine du projet. Lincoln était l'une des références de Ford, qui le fera intervenir dans d'autres films  : Je n'ai pas tué Lincoln (1936), et bien entendu Vers sa Destinée (1939).

- William Cody, tueur de bisons, plus connu sous le nom de Buffalo Bill ;

- Wild Bill Hicock, célèbre gâchette de l'Ouest, et même compagnon de Calamity Jane ;

- Les locomotives de la séquence finale qui sont les véritables engins qui firent la jonction le 10 mai 1869.

- les travailleurs du chemin de fer sont tous issus de l'immigration  : on trouve des Irlandais, des Espagnols (ou Mexicains) et surtout des Chinois qui travaillaient sur la partie occidentale du chantier.  Chacun est fier de son origine, mais en fin de compte, tous se réunissent autour de ,cette belle réalisation, se déclarant avant tout des Américains.

 

John Ford met en place petit à petit un microcosme qu'on retrouvera dans ses westerns ultérieurs (ainsi que dans ses autres films). Le héros est beau, fort et généreux. Il est aidé d'un vieux ronchon (J. Farrell McDonald, formidable), lui même entouré d'autres personnages de son acabit. On trouve ainsi un trio de militaires (Casey, Slattery & Shultz) qui annoncent les Trois sublimes Canailles.

Sa promise est une femme fordienne : elle est déterminée et possède une force qui amène même les récalcitrants à retourner travailler dans un moment de découragement. Elle est aussi intransigeante envers le héros qui n'a pas respecté sa parole, allant jusqu'à lui battre froid, quitte à en être malheureuse (mais rassurez-vous, ils s'embrassent à la fin !).

Les autres femmes ne sont pas en reste, puisqu'elles décident (avant les hommes) d'aller se battre contre les Indiens, Ruby (Gladys Hulette) en tête.

En face, nous trouvons deux méchants, chacun dans son genre :

- un renégat à deux doigts, fourbe à souhait (Fred Kohler, qui avait vraiment perdu les autres dans un accident de dynamite) ;

- un ingénieur traître (Cyril Chadwick) qui essaie même de tuer notre héros (quel inconscient, le héros ne meurt pas comme ça !), et qui échange moult regards en coin avec l'autre affreux sus-nommé.

Et puis il y a tous les autres qui constituent une ville champignon, se déplaçant avec le train, et s'arrêtant là où le QG s'installe.

- Les courtisanes du saloon ;

- Les joueurs de cartes dont l'un - fine moustache et cigare aux lèvres - servira de modèle à Hatfield (John Carradine) dans La Chevauchée fantastique (1939)

- le juge qui est aussi propriétaire du saloon, personnification de Roy Bean (autre juge ayant réellement existé), qui, comme son modèle, arrange la justice à sa façon, et surtout pour avoir le moins de problème possible.

Les Indiens ont aussi leur rôle à jouer, même s'il n'est pas très glorieux. Seuls les Pawnees sont du bon côté. Les autres sont associés au criminel et aux attaques intempestives. Nous ne sommes pas encore dans les années 1950, quand la tendance commencera à s'inverser. Ici, un bon Indien, est surtout un Indien mort.

Et puis il y a la bagarre (il en a même deux, mais c'est la première la plus impressionnante. Ce n'est pas encore L'Homme tranquille (1952), ou La Taverne de l'Irlandais (1963), mais les ingrédients sont là, et tout le monde en profite (les vieux ronchons encourageant le héros, bien entendu).

 

[N'oublions pas aussi la grande prouesse technique du film : le train, puis les chevaux qui passent par-dessus la caméra, ajoutant encore un élément dans le côté grandiose du film]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Isolé (Lucky Star - Frank Borzage, 1929)

En français, le titre se traduirait par « bonne étoile ». Et cette bonne étoile, c'est Mary Tucker (Janet Gaynor, tout simplement sublime). Mais on a choisi un autre titre. L'Isolé, c'est Tim Osborne (Charles Farrell, formidable aussi).

Mais reprenons.

Tim travaille pour la compagnie du téléphone, sous les ordres de Wrenn (Guinn « Big Boy » Williams), une espèce de bon à rien avec une grande gueule.

Tous les jours, Mary leur apporte du lait sur le chantier.

Mary est une paysanne mal dégrossie qui vit avec sa mère et ses quatre frères et sœurs. ILs subsistent dans la campagne américaine en fonction de ce qu'ils produisent ou récoltent : lait, légumes, baies... Bref, c'est loin d'être rose tous les jours. Surtout que Ma (Hedwiga Reicher) a la main leste envers sa fille.

Alors Mary se débrouille comme elle peut, n'hésitant pas à truander ses clients quand l'occasion se présente. C'est ce qui lui permet de recevoir l'une des plus belles fessées du cinéma des mains de Tim.

C'est aussi ce même jour que leur vie bascule (il faut bien que ça arrive, sinon, pas de film !) : la guerre est déclarée. Nous sommes en avril 1917.

Les hommes s'engagent : Tim par devoir patriotique, Wrenn pour vérifier que les Françaises sont aussi jolies qu'on le dit.

Et Mary ? Elle reste et leur écrit, attendant de leur tricoter des chaussettes.

Mais la guerre étant injuste, Tim a les deux jambes broyées et revient dans un fauteuil roulant. Wrenn revient avec son grade de sergent et une belle médaille pour acte de bravoure (!!?).

Dès lors, nous allons suivre la relation qui va s'établir entre Tim et Mary, polluée par l'inévitable Wrenn...

 

Tout est affaire d'éclairage dans ce film de Borzage. On pense alors à Murnau, tant le jeu de l'ombre et de la lumière est important (D'autant plus que Janet Gaynor et Charles Farrell ont joué pour cet autre maître). La représentation de la guerre doit être l'une des moins coûteuse du cinéma : sur un fond noir, des flashes de lumières se succèdent à intervalles irréguliers, de temps en temps une explosion nous rappelle les ravages qu'elle peut faire. Pas de classes, pas de scène de bataille. Tout est dans la suggestion. Et qu'est-ce que ça fonctionne !

Mais ce qui prime dans ce film, c'est la relation entre Mary et Tim. Comme dans L'Heure suprême, nous assistons à une relation dont les deux partenaires tireront bénéfice. Mais cette fois-ci, Tim est déjà invalide. Et c'est de cette invalidité que naît cette relation amicale qui va se transformer en amour.

Mary va y gagner une éducation : sa mère, préoccupée par sa situation économique n'a pas vraiment le temps d'élever ses enfants (les lettres de Mary nous montrent qu'elle n'a pas beaucoup fréquenté l'école). Tim va donc enseigner à Mary la propreté : physique et morale.

Et Mary va - sans s'en rendre compte - rendre le goût de la vie à un homme brisé, physiquement et moralement.

Bien entendu, la mère de Mary ne peut supporter une telle relation : il n'y a rien à attendre d'un paralysé, c'est un improductif. Alors quand Wrenn débarque avec ses cadeaux et ses belles paroles, elle ne peut que céder sa fille à cet homme qui lui promet un avenir aussi brillant.

Pourtant, que d'émotion quand Mary saute au cou de Tim : il a un visage tellement débordant de bonheur... Mais rapidement, sa félicité se transforme en crainte : il se rend compte qu'il tombe amoureux - alors que Mary n'éprouve que de la reconnaissance - et aussi que sa condition d'invalide ne lui permet pas un bonheur normal. Alors, doucement, il désenlace les bras de Mary, freinant par là même ses ardeurs et sa propre excitation.

Outre le jeu formidable du couple, il faut avouer que Guinn Williams a un rôle déterminant dans ce film. C'est bien connu, pour qu'une histoire soit réussie, il faut que le méchant le soit. Et Wrenn est plutôt réussi. On a constamment envie de lui boxer le nez, tant son numéro de baratineur est énervant. Que de malhonnêteté ! Et une question reste en suspend : quel avenir pouvait-il offrir à Mary, sachant qu'il avait été chassé de l'armée, tout en promettant que cette institution s'occuperait du mariage. Pas besoin de chercher bien loin la réponse :

- Sachant que c'est une espèce de parasite qui ne fait rien sinon parader en uniforme (usurpé) ;

- Sachant qu'il est capable de payer beaucoup de cadeaux sans travailler

La seule solution qui s'offre à nous : c'est un proxénète. Il compte - bien entendu - sur Mary pour lui assurer un futur revenu.

Mais nous sommes dans une comédie. Alors tout se terminera bien, et Mary et Tim sortiront de cette épreuve grandis, ou comme il le dit : « réparés ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Andrew Niccol, #Science-Fiction
Bienvenue à Gattaca (Gattaca - Andrew Niccol, 1997)

Gattaca, c'est le summum des entreprises. Ceux qui y travaillent ont été sélectionnés... A la naissance !

Depuis qu'on est capable de lire la vie d'un homme dans son ADN, et ce dès la naissance, les déviants de toute sorte sont mis de côtés rapidement. Les violents, les alcooliques, mais aussi ceux qui ont un cœur faible, ceux qui sont myopes...

Bref, nous sommes dans une société qui pratique l'eugénisme sans vergogne.

Et que font les gens qui travaillent à Gattaca ? Ils préparent leur voyage dans l'espace.

Parce que Gattaca, c'est le voyage interstellaire à la portée de tous (les sélectionnés).

Vincent (Ethan Hawke) rêve de voyager dans l'espace. Mais il a un mauvais cœur, un penchant pour la violence et ne voit pas à deux mètres.

Et pourtant...

 

Pourtant, nous allons assister à une magnifique supercherie, mâtinée d'usurpation d'identité. Dans Plein Soleil, Alain Delon prenait la place de Maurice Ronet pour lui voler sa fortune et son statut (sa vie, quoi). Ici, il n'y a pas de vol. Tout juste une usurpation consentie entre Vincent et celui qu'il prétend être : Jérôme (Jude Law). Parce que le vrai Jérôme vit aussi à travers sa doublure.

Nous sommes dans un univers futuriste très aseptisé où la santé semble la vraie valeur marchande. Mais cet univers fait froid dans le dos. Et une fois le voyage dans l'espace enclenché, qu'en résulte-t-il ? On ne voit que des engins partir. Jamais de retour, comme si ce grand voyage était le dernier, une sorte d'euthanasie consentie. Et cette idée est envisagée dans le film.

 

Toujours est-il que cette société eugéniste, hiérarchisée, nous amène vers d'autres univers : on pense aux expériences nazies, mais aussi aux livres d'Aldous Huxley (Le meilleur des Mondes) ou encore Boris Vian et son Et on tuera tous les Affreux.

Mais comme pour le roman de Vian, la science (ou ce qui s'en rapproche) a ses limites. Ou plutôt SA limite : le facteur humain. On peut TOUT planifier, tout extrapoler, mais il est une variable qui peut déstabiliser, voire détruire les plus beaux projets : l'homme lui-même, qui de par son libre-arbitre ne choisira pas toujours ce qui avait été prévu. Heureusement.

 

Alors Vincent va court-circuiter ce monde pour faire ce qui lui était défendu par sa naissance dégénérée. Grâce à Jerome Morrow (« lendemain » en anglais), évidemment, mais aussi grâce à d'autres personnes, dont une qu'on n'aurait pas attendue... [Je vous laisse découvrir qui]

Finalement, le ver étant dans le fruit, on peut espérer une remise en question de ce système et un retour inévitable vers ce qui fait l'homme : le choix.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Horreur
Dracula (Francis Ford Coppola, 1992)

Le mari d'Elisabeta (Winona Ryder) est mort à la guerre. C'est un message qu'elle a reçu qui l'annonce. Celui qu'elle aimait par-dessus tout est parti : elle n'a plus d'autre choix que mourir à son tour, espérant ainsi le retrouver. Alors elle tombe dans la rivière et disparaît doucement.

Mais c'était un mensonge. Son mari, le comte Dracul (Gary Oldman) est revenu pleurer sa femme perdue et maudire Dieu, responsable de son malheur.

Quatre siècles plus tard, un mystérieux comte Dracula prend possession des restes de l'abbaye de Carfax, en face de chez Mina Murray (Winona Ryder, encore elle !) et Lucy Westenra (Sadie Frost).

Il faut dire que Mina ressemble comme deux gouttes d'eau à Elisabeta...

 

Il était évident qu'un maître de la démesure comme Francis Ford Coppola devait s'atteler à l'adaptation du roman de Bram Stoker. C'était inéluctable. Et quel résultat.

Il y a une influence évidente du Nosferatu de Murnau, ainsi qu'une autre de Tod Browning.

Et Coppola réussit à se situer à mi-chemin entre les deux :

- d'un côté les ombres chères à Murnau  ;

- de l'autre, la volonté spectaculaire du personnage de Dracula, accentuée par des effets spéciaux plus « naturels » qu'en 1931...

Mais à la différences de ces deux adaptations, Coppola ne présente pas Dracula seulement comme une bête assoiffée de sang. L'accent, cette fois-ci, est mis sur l'homme derrière le monstre.

Parce que, malgré tout, monstre il reste, avec des effets sanguinolents renforcés. Mais...

 

Mais ici, Dracula est avant tout la victime du Destin : ce Destin mythologique qui ne favorise personne et qui fait le malheur de ses victimes. Mais ce Destin explique l'attitude de Dracula pendant tous ces siècles : sans ce message, pas de malédiction, pas de massacre (pas de film, non plus !).

Et la quête mortifère de Dracula se mue en quête amoureuse : c'est par l'amour qu'il sera sauvé !

Et cette quête amoureuse devient transcendante, appuyée par des images magnifiques où les couleurs - le rouge surtout - apporte une dimension magique voire poétique. De plus, Coppola passe régulièrement d'une séquence à l'autre en utilisant une récurrence de forme, le cercle : le soleil, l'œil de la plume de paon, le verre de cristal...

 

Gary Oldman est extraordinaire. Il campe un Dracula plus vrai que nature. Il n'a pas l'allure du psychopathe de Browning, ou décharnée de Murnau. Et son maquillage en vieil homme est bluffant. De plus, il n'a pas besoin de surjouer cet être infernal pour être inquiétant ou menaçant.

Winona Ryder est magnifique elle aussi (je suis un petit peu amoureux...), passant d'une jeune fille bien prude à un être pervers avec une facilité étonnante.
Et les autres ? A part Keanu Reeves qui campe un Harker un peu falot, nous avons des acteurs solides pour les seconds rôles : Anthony Hopkins et Tom Waits en tête.

Anthony Hopkins interprète un van Helsing plus humain, plus terre à terre, qui préfère agir le ventre plein, mais qui reste tout de même très pointu (surtout avec un pieu en main) quand il s'agit de chasser le vampire.

Tom Waits, quant à lui, nous transmet avec beaucoup de justesse la folie de Renfield, passant d'une phase consciente à un délire terrible, chassant les insectes pour s'en nourrir.

 

N'oublions pas non plus la dimension sexuelle de l'œuvre. Le roman, paru en 1897 - fin de l'ère victorienne - suggérait plus qu'il ne montrait cette dimension, alors que Coppola se libère des carcans moraux du livre pour nous offrir des scènes où le sexe est indissociable du sang et de la mort, surtout avec le personnage de Lucy.

Et puis il y a les ombres. Celle de Dracula, et les autres. Coppola use des ombres dans sa scène de bataille, dans les restaurants et au cinématographe : il n'est d'ailleurs pas étonnant, ayant situé son film en 1897 (année de sortie du livre) qu'il emmène ses protagonistes au cinéma ! Les ombres font un lien entre le présent de la narration et le passé guerrier du comte. Sans cesse présente avec le personnage, celle de Dracula se joue de tous : de Harker tout d'abord, du spectateur surtout. Il y a toujours un décalage entre l'action du comte et celle de son ombre. Soit elle est en retard, soit elle est en avance ou anticipe les désirs de Dracula. Elle s'allonge à l'envi, rappelant celle de Nosferatu dans le film de Murnau.

 

Et c'est tout à fait normal, ce film étant, d'une certaine façon, un très bel hommage au film allemand, qui reste - à mon avis - la plus belle adaptation du roman, même si elle ne fut pas autorisée.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Chaplin, #Muet, #Comédie
Une Vie de chien (A dog's Life - Charles Chaplin, 1918)

Un homme riche rentre chez lui, ivre. Dans un recoin, deux autres hommes : un grand épais (Bud Jamison) et un petit malingre (Albert Austin). Bien entendu, les deux truands l'assomment et lui font les poches. Il repart chez lui. Le butin est enterré.

Elle (Edna Purviance) est jeune, elle chante des chansons tristes mais ne sait pas « flirter » avec les clients (en clair, les faire consommer), alors, évidemment, elle est virée de son emploi, au dancing.

Scraps est un chien des rues. Une espèce de bâtard blanc avec des taches. Il se débrouille plus ou moins, mais une chose lui fait peur : les policiers !

Et puis il y a le vagabond (Charles Chaplin). Il vit dans une espèce de terrain vague, à tous vents où le moindre courant d'air affecte son sommeil. Eternel chômeur - incapable de décrocher un job - il vit de l'air du temps, surtout si l'air du temps ressemble à un vendeur ambulant. Lui aussi a des ennemis de choix : les policiers...

Et puis un jour, un bout de viande est jeté dans la rue. Scraps se précipite dessus, rapidement imité par d'autres chiens autrement plus costauds... C'est là que le vagabond intervient : est-ce pour sauver Scraps, ou pour acquérir la nourriture abandonnée ?

Toujours est-il, qu'entre eux deux, c'est à la vie et à la mort.

Surtout quand Scraps met à jour le butin précédemment enterré. Il peut alors se rendre au dancing conquérir la belle chanteuse...

 

Ce film est la rencontre de trois inadaptés. Ils sont tous les trois inadaptés à la vie en société : elle ne se plie pas aux règles du dancing, ils sont tous les deux en conflit avec les autres, voire avec la police.

Mais tous trois se rencontrent et rêvent d'une vie en commun. Enfin surtout elle et lui (le vagabond).

Et chacun aura son rôle à jouer dan la réalisation de ce rêve. Perce que - bien entendu - le rêve deviendra réalité. Mais à quel prix !

Parce qu'den fin de compte, le vagabond n'est rien d 'autre qu'un voleur. Peut-être un peu moins que les truands dont il doit se défaire, mais tout de même. La séquence chez le vendeur à la roulotte (Sidney Chaplin, frère de) est parlante : sous des dehors comiques extrêmement précis, il ne s'agit de rien d'autre que de grivèlerie !

 

Mais il s'agit d'un film de Chaplin, alors la fin n'est pas si heureuse que ça. Sous des dehors de bonheur : ils ont une maison à la campagne, leur rêve ! Mais qui dit à la campagne, dit loin des autres. Normal, pour des inadaptés, non ?

Et puis il y a la façon dont l'ex-vagabond procède aux semailles : dans un grand champ bien sillonné, il plante une par une des graines qui ne demandaient qu'à être jetées à la volée, dans un geste auguste, par exemple...

Et puis il y a le berceau près du feu, la promesse d'avenir.

Et qu'y a-t-il dans ce berceau ?

Je laisse la surprise de la découverte à ceux qui n'ont pas encore vu le film (s'il y en a encore...).

Quant aux autres, vous voyez ce que je veux dire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick, #Drame
Lolita (Stanley Kubrick, 1962)

C'est un homme mûr et réfléchi qui entre chez Clare Quilty (Peter Sellers). Il n'est venu que pour une seule chose : le tuer. Et il le fait. Froidement.

En tuant Quilty, il met un terme à une histoire qui a commencé quatre ans plus tôt, quand, professeur en vacances, Humbert Humbert (James Mason) a débarqué chez Mrs Haze (Shelley Winters), à la recherche d'une chambre pour passer l'été. Mais il y a peu de chance qu'il s'installe chez cette bavarde, jusqu'au moment où il découvre le jardin, et surtout Lolita (Sue Lyon), qui prend le soleil en bikini.

Comme le veut la formule : à ce moment, la vie de Humbert bascule...

 

Kubrick adapte Nabokov. Et comme toujours dans ce cas-là, non seulement, il adapte, mais en plus, il s'approprie. Lolita est devenue indissociable du maître, tout comme Lolita est indissociable de Sue Lyon. C'est même devenu un nom commun pour désigner une jeune fille aguicheuse.

Mais Lolita, c'est plus que ça.

Lolita, c'est avant tout une relation qu'on pourrait qualifier de « contre nature » : un homme d'âge mûr s'éprend d'une toute jeune fille. Quel scandale ! En 1955 quand Nabokov fait publier le roman, puis quand le film sort, en 1962. Même si dans ce film elle est plus âgée, la relation de Lolita et Humbert est sulfureuse. Sulfureuse, et surtout destructrice.

 

Un à un, l'entourage de Lolita va sombrer, voire disparaître. Sa mère d'abord, qu'Humbert a épousé pour rester en contact avec la jeune fille. C'est la marque du destin, ce qui va permettre de réaliser physiquement cette relation. Mais aussi ce qui va amener cette errance.

Car ce film est la description d'une errance. D'une errance morale tout d'abord. Humbert sait que sa relation avec Lolita est coupable et interdite. Mais son esprit élude ces objections morales pour jouir pleinement de la situation.

Rapidement, cette errance devient physique : ils doivent sans cesse bouger, aller d'hôtel en meublé afin de se cacher et se protéger.

 

D'une certaine façon, nous assistons à une espèce de road movie sans but, mais dont nous savons - depuis la séquence d'ouverture - que l'issue sera fatale. Ce qui est aussi un juste retour moral des choses, la relation Humbert-Lolita ne pouvant (devant ?) pas être une réussite.

Et puis, il y a Quilty. Il pourrait être la personnification du scrupule, d'une certaine façon. C'est lui qui, à chaque fois, amène la crise dans le couple, les empêche d'être complètement heureux. Mais ce n'est pas dans un but moral. Loin de là. Quilty, même s'il est plus jeune qu'Humbert, n'est pas mieux : lui aussi convoite Lolita.

Pour arriver à ce magnifique résultat, Kubrick a à sa disposition deux acteurs phénoménaux : James Mason et Peter Sellers.

 

James Mason est formidable de justesse dans cette histoire d'amour impossible car interdit. C'est un rôle très difficile, voire dangereux qu'il interprète : le public n'étant pas toujours très fin, ayant parfois tendance à confondre un acteur avec son personnage.

Peter Sellers a un rôle plus complexe. De second plan, certes, mais primordial. Il nous montre déjà qu'il est à l'aise dans les rôles de composition : il use et abuse des déguisements et des accents avec beaucoup de talent. Pas étonnant que Kubrick fasse à nouveau appel à lui dans son film suivant où il jouera quatre rôles distincts !

 

Et puis il y a Sue Lyon. C'est le rôle de sa vie. Elle aura un rôle un peu similaire dans La Nuit de l'iguane, deux ans plus tard. On dit que cela lui a gâché sa vie. C'est possible. Il n'empêche qu'elle reste une Lolita superbe. Tour à tour jeune fille aspirant à grandir, puis petite fille capricieuse qui mène Humbert par le bout du nez. Son regard possède aussi ses mêmes caractéristiques. Elle est capable de passer d'un regard de femme à celui de petite fille avec brio.

Et Kubrick, formidable démiurge, contrôle tout ce petit monde. Vu le sujet sulfureux, il réussit à filmer de belles scènes d'amour sans baiser, sans geste déplacé. Mais on sent tout de même l'intensité de la relation.

 

Du grand art. Tout simplement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Friedkin, #Thriller
Le Convoi de la peur (Sorcerer - William Friedkin, 1977)

Un homme éteint la dernière cigarette. Il se sert le dernier verre. Un autre homme à la fine moustache - Nilo (Francisco Rabal) - entre, le met en joue et tire. Ensuite, il repart tranquillement.

Kassem (Amidou) est un terroriste palestinien. Il regarde la police emmener son complice, après un attentat. Lui seul s'en est tiré.

Victor Manzon (Bruno Cremer), riche Parisien a spéculé et tout perdu. Il s'enfuit pour échapper à la prison, abandonnant sa femme.

Jackie Scanlon (Roy Scheider)est un petit truand américain. Son seul problème : s'être attaqué à un autre truand plus gros que lui. Et comme si ça ne suffisait pas, avec ses complice, il a un accident dont il est le seul à se sortir. Mais maintenant, il est devenu persona non grata.

Quand un puits de pétrole prend feu dans une quelconque « république » d'Amérique du sud, on a besoin de nitroglycérine pour éteindre l'incendie. Mais la nitro est à deux cent dix-huit kilomètres. On a alors besoin de quatre chauffeurs - payés à prix d'or - pour la convoyer dans deux camions.

 

Dès la scène d'ouverture, le ton est donné. Le ton est rude. Il n'y aura pas de concession. C'est un film brut, voire brutal. Mais d'une très grande justesse de ton. Friedkin n'hésitant pas à utiliser une caméra sur l'épaule pour coller à l'action.

Certes, c'est un remake. Celui du Salaire de la peur de Clouzot. Friedkin était fasciné par le classique du maître. Et cette nouvelle adaptation (la troisième) du roman de George Arnaud, vingt-cinq ans après, vaut le détour. Si l'histoire de Scanlon reste prioritaire, Friedkin traite ses quatre personnages sur le même plan, là où Clouzot se concentrait sur Yves Montand. Il va les suivre jusqu'au bout. Et ce qui n'était qu'un souffle de vent devient une fantastique explosion : l'autre camion et ses occupants a disparu. C'était le Sorcerer, d'où le titre original.

 

Mais Friedkin, à la différence de Clouzot construit un contexte à ses (anti) héros. D'ailleurs, le périple en camion ne concerne que la seconde moitié du film. Nous découvrons ainsi les motivations de ces individus, pourquoi ils en sont arrivés là. Tout comme l'accent est plus mis sur les conditions de vie de ces trois épaves dans un bidonville sud-américain. Il y a des relents de dictature, tout est sale : les rues, les intérieurs, les voitures, les gens. Malgré le lavage quotidien. On aura beau frotter, la saleté reste, s'imprègne, colle à la peau des personnages. Elle est à l'image de l'âme de ces hommes. Ce ne sont pas des enfants de chœurs. Et si le barman parle allemand, c'est seulement parce que c'est un ancien réfugié nazi.

 

Tous n'ont qu'un rêve : quitter cette antichambre de l'enfer. Ce convoi, ce sera leur dernière chance de partir. Dans tous les sens du terme.

L'atmosphère y est poisseuse, étouffante. Ce n'est plus le désert aride d'Afrique du Nord. C'est la jungle américaine, avec les pluies qui vont avec. Et le passage obligé sur un pont de bois soutenu par des lianes. On tremble avec eux, encore une fois. Parce qu'on se laisse prendre par cette tension. On se laisse presque prendre par l'espoir de réussir de Scanlon. Mais comme chez Clouzot, on ne peut pas échapper à son destin, et ici, à son passé.

 

Sorti en même temps que Starwars, sans véritable star, ce film fut un échec.

Dommage.

A (re)découvrir.

 

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