Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mervyn LeRoy, #Gangsters
Le petit César (Little Caesar - Mervyn LeRoy, 1931)

Caesar Enrico Bandello. Le petit César. Mais on l'appelle Rico (Edward G. Robinson).

C'est une petite frappe. Le genre à braquer des stations services, avec son partenaire, Joe Massara (Douglas Fairbanks Jr.). Mais il a de l'ambition.

Un jour, qu'il lit le journal à propos d'un truand notoire new-yorkais, il a la vocation : il sera un grand.

Alors nous assistons à son ascension fulgurante dans un milieu d'argent facile, où le plus fort l'emporte toujours. Quoi que...

 

Malgré un budget restreint, Mervyn LeRoy nous gratifie d'un film de fort bonne facture.

Rico fait partie de ces gangsters sans foi ni loi qui vont fleurir à Hollywood des années 1930. Nous en sommes encore aux prémices du film de gangster. Bien loin de Scarface. Ici, pas de mort à grand spectacle : on éteint la lumière avant de tuer. Ou alors c'est hors champ. Il faudra attendre la toute fin pour que deux morts se déroulent devant nous : Otero (George E. Stone), et bien sûr Rico.

Et Edward G. Robinson est un gangster plus vrai que nature : mise impeccable, gâchette facile, et surtout trogne vraiment patibulaire. Ce n'est pas James Cagney avec sa gueule d'ange. Pas du tout. Il s'agit d'un personnage qui ne rit jamais, voire sourit très peu. C'est un homme expéditif et très manichéen : d'un côté ceux qui sont avec lui de l'autre, ceux qui sont contre lui.

Malgré tout, Rico n'est qu'un pauvre type. Une espèce de pignouf qui se donne des airs. C'est un frustré qui a besoin de reconnaissance. Il lorgne vers ceux qui sont au-dessus : Pete Montana (Ralph Ince) ou encore plus haut Big Boy (Sidney Blackmer).

Il va tout faire pour leur ressembler, avoir leur classe vestimentaire ou leur distinction. Mais il reste avant tout un homme fruste, peu éduqué, qui balance les cendres de son cigare n'importe où, sauf dans un cendrier.

Dès qu'il commence à monter dans la hiérarchie, son apparence se modifie : il porte le même genre de bijoux que Pete Montana, il est habillé avec beaucoup de soin. Mais dès que l'occasion de parader se présente, il retrouve ses habitudes naturelles : c'est un parvenu qui exhibe sa fortune.

Une scène caractéristique est celle où il doit s'habiller pour rencontrer le grand patron (Big Boy). Il a beau être extrêmement bien mis, il n'est pas satisfait : avec un tel habit, il ne lui manque que le plateau et le torchon pour servir, pense-t-il. Mais il prend le temps de s'admirer dans un immense miroir en pied, de s'habituer à se voir dans des habits aussi classe.

Autre élément de ce narcissisme exacerbé : sa dernière rencontre avec Pete Montana, dans laquelle il lui fait remarquer que lui aussi sait avoir de la classe. Quelque temps après, on peut voir qu'il a adopté un autre élément de l'allure de Montana (une espèce de broche ronde).

Et puis il a une très belle montre...

Alors quand la déchéance arrive, Rico n'est plus que l'ombre de lui-même : mal rasé, vêtements en loque, allure pitoyable, alcool (lui qui se targuait de ne pas y toucher ). Il est retourné d'où il vient, tout en bas. « Dans le caniveau », nous dit-on.

 

Et au milieu de tout ça, on trouve Joe Massara. Rico est un homme simple, primaire. Pas Joe. Joe est un homme torturé, pour qui le monde n'est pas dual. Rico est son ami, son presque frère. Mais il aime Olga (Glenda Farrell) et devra, à un moment choisir. Il est tiraillé entre son amour et son passé de gangster : on ne quitte pas une organisation criminelle autrement que les pieds devant. Dans ces conditions, Joe a-t-il vraiment le choix ?

De toute façon, Rico ne peut pas gagner, ne doit pas gagner. La morale de l'époque, et le tableau peu flatteur qui est dressé nous laissent présager, dès le début que sa fin sera brutale et rapide. Nous ne sommes donc pas déçus.

Mais avec certaine une ironie (cruelle pour lui) : pendant qu'il agonise dans la rue, Joe et Olga triomphent au cinéma, sur une affiche. Juste au-dessus...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jack Kinney, #Donald Duck, #Dessins animés, #Walt Disney
Der Fuehrer's Face (Jack Kinney, 1943)

1943. En pleine deuxième guerre mondiale, les studios Disney proposent ce film de Jack Kinney, reprenant une chanson parodique de Oliver Wallace : Der Fuehrer's Face.

Oliver Wallace était compositeur pour ces mêmes studios, d'où une facilité d'exploitation de cette chanson.

Mais, Spike Jones était passé par là : en 1942, alors que le film va bientôt être sorti en salles, il crée sa propre version de la chanson. Et quelle version : comme toujours, les instruments classiques (saxophones, tubas, etc.) côtoient les instruments plus improbables (klaxons de voiture entre autres) et des bruits plus ou moins gracieux.

Ce qui devait s'appeler Donald Duck in Nutziland change de titre et surfe - dirions-nous maintenant - sur la vague jonesienne.

Certes, la musique n'a pas la force de celle des City Slickers (le groupe de S. Jones), mais le film compense largement ce handicap.

Nous suivons les aventures de Donald, membre du Reich, qui travaille dans une usine d'armement (bien entendu), contraint de participer à l'effort de guerre.

 

La forme la plus représentée est bien sûr la croix gammée : elle apparaît dans chaque centimètre carré de pellicule disponible. Ailes de moulins, bouche d'incendie, buissons, robinets, haies, poteaux électriques, pièce raccommodée, réveil, horloge (avec coucou à moustache carrée)... Même le coq est nazi ! C'est un festival magnifiquement absurde. La musique (de Wallace) est jouée par une formation minimale dont les incontournables instruments de fanfare : tuba, grosse caisse, clarinette. Une espèce de formation musicale militaire. Tout à fait dans l'esprit des défilés nazis. De plus, les instrumentistes sont tous de fiers nazis ou assimilés : on y retrouve Goering, Hiro-Hito et Mussolini. Le seul qu'on ne voit pas est Hitler, à part dans un cadre avec ses alliés de l'Axe.

Et Donald fabrique des bombes. Des petites, des moyennes, des grosses, le tout sous l'œil de ses gardiens (invisibles) qui ne se manifestent qu'en le menaçant de leurs fusils à baïonnettes. Les cadences sont infernales et ne sont pas sans rappeler celle de Chaplin dans Les Temps modernes. Comme le vagabond, Donald pète les plombs et s'ensuit une scène onirique malgré tout rattachée à la guerre : on y voit voler/danser des bombes, un Donald à petite moustache carrée et mèche sur le côté, pendant que tout a une forme d'obus. Ce sont tous les éléments de l'armée allemande qu'on retrouve sous forme de bombe : les musiciens, les soldats casqués, les bottes à clous, et même Hitler !

Derrière cette parodie, malgré tout, se cache le véritable message du film : Hitler et son armée ne sont pas des gens fréquentables. Donald n'a aucune liberté, mange très peu : une tranche de pain extrêmement rassis avec un bol d'eau dans lequel il plonge un grain de café récupéré dans son coffre-fort ! Bref, toutes les conditions pour démontrer que ce pays est mauvais.

Parce que nous sommes dans un film de propagande. Il fallait bien que les studios Disney participent à l'effort de guerre et motivent le moral des Américains.

Et le but est atteint. Comme pour Spike Jones ou Tex Avery et son Blitz Wolf, le rire sert la cause. Malgré tout, Tex Avery va plus loin dans sa charge contre Hitler, annonçant d'ailleurs sa mort finale. Ici, Hitler ne reçoit qu'une tomate (pourrie ?) dans la figure.

[Il est clair que Disney lui-même était un fasciste. Mais l'Amérique, malgré tout, importait tout de même plus. Il y a un temps pour recevoir Leni Riefenstahl dans ses studios (1938), et un autre pour défendre son pays.]

 

Il n'empêche : je préfère Blitz Wolf !

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks, #Gangsters
Scarface (Howard Hawks, 1932)

Tony Camonte (Paul Muni) est un homme de main. Il siffle Lucia di Lamermoor avant d'exécuter un contrat. C'est un Italo-américain. Un vrai. Plus italien qu'américain, d'ailleurs. Surtout avec sa sœur, Cesca (Ann Dvorak). Mais surtout, c'est un homme sans foi ni loi, ni scrupule.

 

Le film commence par un avertissement : l'histoire que nous allons voir est vraisemblable. Ca se passe en Amérique en 1932. Il s'agit d'un véritable fléau, déjà révélé l'année précédente par Mervyn LeRoy (Little Caesar) et William Wellman (The Public Enemy). De plus, Hawks reprend un véritable événement de la guerre des gangs qui faisait rage : le massacre de la Saint Valentin qui eut lieu le 14 février (évidemment) 1929 où sept truands furent abattus.

De plus, Tony Camonte, de par sa physionomie, rappelle un gangster notoire de la même époque : Al Capone, dit le Balafré.

Si Hawks n'a pas été approché par des truands pendant le tournage, il n'en va pas de même pour Ben Hecht, qui fut reçu (chez lui !) par des hommes de mains de Capone à propos du scénario. George Raft, lui aussi, fut contacté par ses anciens amis truands, après le film, pour leur donner des cours de style (ils voulaient lui ressembler !).

[Ne perdons pas non plus de vue que le Code Hays avait été approuvé (en mars 1930) et que ses effets vont se faire sentir : certaines scènes seront tronquées voire la fin retournée (avec Tony de dos, Paul Muni n'étant plus là). Mais - heureusement pour nous - la première fin est celle qui nous est proposée.]

Malgré l'avertissement, le film nous montre un déchaînement de violence, dont Tony n'est pas le seul artisan. Guino « Little Boy » Rinaldo (George Raft) et Angelo (Vince Barnett) n'hésitant pas à tuer de sang-froid (d'une manière générale, ça flingue à tout va, d'un côté comme de l'autre).

Angelo, par ailleurs a un rôle plutôt comique : son apparence, d'abord nous le présente plus comme un plouc qu'un truand véritable. A cela s'ajoute une ignorance crasse - il ne sait pas écrire (ça m'étonnerait qu'il sût lire aussi), ni répondre au téléphone, sauf - ironie cruelle - au moment de mourir.

Parce que tout le monde - ou presque meurt. D'un autre côté, il n'était pas pensable, en 1932, de laisser des criminels pareils survivre. Surtout Tony. Car, en plus d'être un sale type, il a une relation avec sa sœur plutôt ambiguë : si ce n'est pas de l'inceste, ça y ressemble tout de même beaucoup.

Et puis il y a les éléments qui font de ce film un chef-d'œuvre : l'ombre de Tony dans le club et dans l'hôpital ; la pièce que jette inlassablement Rinaldo ; le dernier strike de Gaffney (Boris Karloff) ; Tony retranché dans son repaire ; les X à chaque mort violente (comme on barre un nom sur une liste), et le crépitement des mitraillettes Thompson.

On l'aura compris, Tony est l'homme à abattre. Mais son arrestation (ou du moins la tentative) n'est pas sans ironie. Alors que nombre de chefs d'inculpation peuvent être retenus contre lui, c'est suite au meurtre de son partenaire qu'il est activement recherché. C'est d'ailleurs cette erreur qui lui sera fatale : à partir du moment où il mène ses affaires comme n'importe quel négociant (commercial ?), c'est au moment où il sort de ce rôle de chef d'entreprise que tout se met à dérailler. Il devient l'ombre de lui-même, une espèce de mort-vivant, comme si en tuant Rinaldo, c'est une partie de lui-même (son âme ?) qu'il avait tuée.

Alors Tony, tout comme Little Caesar et Tom Powers terminera abattu, seul, dans la rue.

La morale est sauve.

N'empêche, quelle jouissance pour le spectateur, de voir un tel film ! (et encore plus en 1932)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Wallace Worsley, #Lon Chaney, #Gangsters
Satan (The Penalty - Wallace Worsley, 1920)

Un accident de la circulation.

Le jeune docteur Ferris (Charles Clary) opère le jeune garçon : ses deux jambes sont amputées.

Mais c'est une erreur de diagnostique.

Une erreur de jeunesse aux conséquences funestes.

 

Vingt-sept ans plus tard, à San Francisco. C'est une ville très prospère, peut-être la plus prospère des Etats-Unis. Même la pègre est prospère. Elle est dirigée par Blizzard (Lon Chaney).

Blizzard est handicapé : ses jambes s'arrêtent juste au-dessus des genoux.

A part la truande, Blizzard a un autre centre d'intérêt : la musique. C'est un magnifique joueur de piano, dont les conquêtes amoureuses (volontaires ?) lui servent de pédalier.

La dernière en date : Rose (Ethel Grey Terry). Or Rose est un agent du gouvernement infiltré pour découvrir les plans secrets de Blizzard.

Blizzard n'a pas oublié ce qui lui était arrivé enfant. Il compte bien se venger et retrouver de nouvelles jambes.

Et Rose tombe amoureuse de lui...

 

Voici un film qui incita fortement les ligues de vertus à contrôler le cinéma :

- le personnage principal est un véritable méchant ;

- il use de violence envers les femmes ;

- en moins de cinq minutes, il y a déjà un cadavre tué de mort violente ;

- le tueur est un toxicomane un tantinet névrosé (James « Jim » Mason) ;

- on y tue aussi des policiers ;

- il y a même une femme nue.

Bref, tout pour faire un magnifique film de gangster, avec - cerise sur le gâteau - Lon Chaney, « l'Homme aux mille visages ».

Mais ici, Chaney n'a recours à aucun maquillage. Il ne joue que de ses propres traits. Et avec une maestria certaine. Il passe du rire aux larmes, et surtout d'un visage noir et renfrogné à un visage enjoué et inversement. Rarement il fut aussi menaçant. Il n'aura jamais autant de malfaisance dans le regard dans ses autres films. Il a véritablement un côté satanique.

L'autre performance de Chaney, c'est d'évoluer sur les genoux, les jambes repliées derrière, à l'aide de béquille ou de ses propres mains. Et ce fut un sacré tour de force. L'exercice était une véritable torture, aussi on compatit un peu quand on le voit descendre d'un étage accroché une rampe verticale, ou tomber d'un piédestal après une séance de pose (parce la fille du docteur Ferris cherche un modèle pour représenter l'archange déchu, et c'est lui qui a été choisi !).

Ce film est le premier film d'une série qui le verra jouer des rôles marquants d'hommes diminués physiquement (surtout avec Tod Browning), avec ou sans maquillage : Notre-Dame de Paris (du même Wallace Worsley, 1923) ; Le Fantôme de l'Opéra (Rupert Jullian, 1925) ; l'Oiseau noir (Tod Browning, 1926) ; La Route de Mandalay (1926) L'Inconnu (1927) et à l'Ouest de Zanzibar (1928), tous trois de Tod Browning.

 

Si le titre original parle d'une pénalité à payer pour avoir fait le mal, le titre français - pour une fois - est plus en rapport avec le film.

En effet, le diable - Lucifer, Satan, Belzébuth, appelez-le comme vous voulez, mais pas un soir de nouvelle lune avec une poule noire à un carrefour - est sans cesse présent dans l'histoire : le chef de la police parle d'un mutilé de l'enfer ("cripple from hell") ; Blizzard se définit comme Satan ou encore le diable lui-même ("the Devil himself") ; les intertitres le qualifient de Bête (dont le nombre doit être 666, évidemment) ; et enfin, la pègre se dit "underworld" en anglais, ce qui signifie aussi « le monde d'en-dessous »...

 

On peut reprocher tout de même une part de naïveté quand Blizzard est guéri et devient bon. La société lui donnera sa chance : il pourra se marier (avec Rose) et il emploiera sa fabuleuse intelligence à faire le bien plutôt que le mal.

A moins que le Destin s'en mêle...

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bob Fosse, #Musical, #Drame
Cabaret (Bob Fosse, 1972)

Il y a Sally Bowles (magnifique Liza Minnelli), et le reste du monde. Ou plutôt de Berlin. Tout est centré sur elle. Et Liza Minnelli explose. Elle est extraordinaire. Le seul qui joue dans le même registre, c'est le Maître de Cérémonie (Joel Grey). Lui aussi est époustouflant dans ce rôle de présentateur-chanteur-danseur dans un monde en (mauvaise) évolution. Il est clair que les autres acteurs sont éclipsés par ces deux-là (surtout Liza).

 

Ca commence par un reflet - déformé - du Maître de cérémonie. Et tout ce qui va suivre est comme un reflet déformé. On croit qu'il se passe une chose, mais c'est une autre qui arrive.

Nous vivons les deux dernières années de la République de Weimar.

Au Kit Kat Club, cabaret berlinois, les filles sont belles, les artistes sont beaux, même l'orchestre est beau. Maintenant que nous sommes installés dans le saint des saints, l'histoire peut commencer.

C'est un montage parallèle qui ouvre le film : pendant que le Maître de cérémonie nous présente les artistes, nous voyons arriver Brian Roberts (Michael York) à Berlin. Il va habiter chez Frau Schneider, la chambre en face de celle de Sally.
Bientôt ils seront amis, puis amants, et puis ils rencontrent le beau Maximilien (Helmut Griem), un aristocrate...

 

Le cabaret est omniprésent dans la vie de Sally. Mais aussi dans le film où chaque chanson illustre un épisode, qu'il soit en rapport avec les personnages ou la situation de l'Allemagne : Wilkommen(Bienvenue) pour nous faire entrer dans ce monde ; Maybe this Time (Cette Fois, peut-être) quand Sally et Brian se mettent ensemble ; Two Ladies (Deux femmes), alors que Sally et Brian vont chez Max pour une relation un peu plus intime ; If you could see her (Si vous pouviez la voir[comme moi]), chanson à la chute antisémite...

Parce que pendant que Sally espère un contrat au cinéma, l'avenir de l'Allemagne se joue. Les Nazis prennent de plus en plus de place. Au début, le patron du club vire un SA qui quêtait pour son parti. Il a fini dans la rue, battu à mort par ce même SA et ses copains. Puis les nazis s'affichent de plus en plus, ayant même recours à l'assassinat, pendant que la classe supérieure (les aristocrates comme Max) se repaît de la fin de cette république, se disant qu'ils arriveront bien à museler ces fanatiques. Là encore, la réalité est vu à travers un miroir déformant.

Nous suivons donc la relation entre Sally et Brian qui évolue comme l'Allemagne : au fur et à mesure que leur relation se détériore, l'Allemagne s'enfonce dans le nazisme. Et quand ils se quittent, les nazis sont installés.

 

Bob Fosse nous propose de beaux numéros de cabaret, d'un goût plus ou moins douteux - on s'amusait ainsi, dans les années 1930 - toujours entrecoupés d'éléments montrant la montée du parti nazi. Ils prennent de plus en plus de place, jusqu'à carrément s'installer au premier rang du cabaret. Que de chemins parcourus depuis le début, sous le regard entendu de la population. La scène où un jeune Allemand se met à chanter est celle qui amène un véritable malaise : malaise pour Brian et Max, mais aussi pour nous, spectateurs. Nous assistons réellement à l'avènement du parti nazi. Ce jeune homme est un jeune hitlérien avec uniforme et croix gammée et son chant, au premier abord doux et mélodieux se transforme en véritable hymne à la jeunesse appelée à diriger le pays : Tomorrow belongs to me (demain m'appartient). Et pendant que les jeunes et moins jeunes se lèvent pour reprendre cet hymne, un vieillard, à une table, se lamente en voyant l'ampleur du phénomène. Brian et Max repartent, se rendant compte qu'ils n'arriveront jamais à contrôler un mouvement d'une telle ampleur. Cette montée en puissance se manifeste aussi dans le cabaret : on se moque d'abord d'Hitler (Le Maître de Cérémonie se passe de la boue sous le nez pour lui ressembler),  et quand il chante If you could see her, sa fiancée est une guenon. Il termine en disant qu'elle a l'apparence d'une Juive. Les esprits sont corrompus, même au Kit Kat Club.

 

Mais c'est la société allemande tout entière qui est corrompue. Tout se délite. La relation entre le trio Sally-Brian-Max est des plus décadentes : l'alcool coule à flot (surtout le champagne), ils ont une relation ambiguë, couchant les uns avec les autres sans tabou. Sally enfin, est une femme libre qui couche avec qui bon lui semble, et quand il le faut, elle n'hésite pas à avorter, crime impardonnable à l'époque. C'est aussi les dernières heures de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) dont Otto Dix fut un formidable représentant. D'ailleurs, dans la séquence de présentation du cabaret, on aperçoit un plan d'une femme en robe, portant un monocle, une cigarette à la main : il s'agit de l'illustration parfaite du Portrait de la journaliste Sylvia von Harden par ce même artiste. Plusieurs images montrant l'Allemagne, pratiquement figées rappellent d'autre tableaux de ce grand peintre.

Hélas, les Nazis décréteront que son art est « dégénéré » et l'interdiront.

 

Le film se termine dans le même reflet déformé, après le salut final du Maître de Cérémonie, tandis que le générique se déroule dans un silence lourd, sur fond de croix gammée au bras d'un SA.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Hal Roach, #Comédie
Le Manoir hanté (Haunted Spooks - Hal Roach & Alfred J. Goulding, 1920)

En descendant le Mississipi sur plusieurs kilomètres et en tournant à  droite, on trouve une magnifique propriété, avec tous ses serviteurs noirs (dont un enfant - Ernest Morrison).

La fille (Mildred Davis) en a hérité. Le seul problème : son oncle (Wallace Howe) - le méchant - qui lorgne sur cette magnifique bâtisse et n'a pas l'intention de la laisser acquérir ce superbe manoir.

Beaucoup plus loin, une jeune femme est courtisée par deux jeunes hommes qui vont se battre pour avoir le privilège de demander sa main. Une fois la main accordée, le vainqueur (Harold Lloyd) s'aperçoit qu'elle en aime une autre.

Heureusement, l'avocat de la fille - qui lui cherche un mari, condition sine qua non pour habiter la propriété - l'embarque avant qu'il ne tente - à nouveau - de se suicider.
Ils se marient et vont habiter leur nouvelle maison. Mais l'oncle veille à son (futur) bien : il va rendre la maison hantée (d'où le titre).

 

Là encore, nous assistons à une série de gags, chaque repli du synopsis étant prétexte à fairte rire : course à la jeune fille, voyage en voiture, et bien sûr, la chasse aux fantômes.

Dès le générique, le ton est donné : les personnages - seulement une fonction (garçon, fille, oncle) sont commentés brièvement avec humour, ainsi que le lieu (voir plus haut), et l'époque (« trop tard pour les boules de neige, trop tôt pour les roses de juin »).

Les intertitres sont du même acabit : ils sont illustrés et accentuent le côté burlesque des situations. Ainsi, quand l'avocat ramène le jeune homme il annonce : « je t'ai ramené un mari, un pasteur, un anneau et un livre de cuisine. »

Il faut attendre la deuxième moitié du film pour que le titre corresponde à l'intrigue. En effet, la première partie, une fois la situation exposée s'attarde sur le garçon désespéré de ne plus être aimé, et surtout ses multiples tentatives - toutes fort heureusement infructueuses - de suicide :

- coup de pistolet dans la tempe ;

- être écrasé par un tramway ;

- sauter avec une pierre autour du coup ;

- sauter d'un pont pour se noyer ;

- se faire écraser par une voiture.

Si rapidement l'oncle et sa compagne sont rattrapés par leurs tentatives pour faire fuir les jeunes mariés, leur stratagème se retournant - bien évidemment - contre eux, on retiendra de cette séquence un moment culte : les cheveux de Harold Lloyd qui se dressent sur sa tête, en proie à une terreur effroyable !

 

C'est le quatrième film qui voit Harold Lloyd et Mildred Davis se partager la vedette. Trois ans plus tard, ils se marieront. Pour de vrai.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Chaplin, #Comédie dramatique, #Muet
Les Temps modernes (Modern Times - Charles Chaplin, 1936)

Voici la dernière véritable apparition du vagabond. Lors du prochain film, ce ne sera plus un vagabond. Ce sera un barbier établi dans le quartier juif d'une grande ville.

Profitons-en, alors.

Il s'agit d'un film muet parlant (à ne pas confondre avec Extase, qui est un film parlant muet).

Muet parce que la plupart du temps, les personnages ne s'expriment que par geste. Et parlant parce que finalement, le rouleau compresseur du cinéma parlant a eu raison de Charles Chaplin. Même le vagabond fera entendre le son de sa voix.

 

Les Temps modernes sont ceux que Chaplin connaît : il lui suffit de lire le journal et il peut trouver tous les éléments pour faire ce film. A cette époque, aux Etats-Unis (et dans le reste du monde, c'est la grande dépression. Une crise sans précédent qui a plongé les gens dans un marasme économique terrible, ne laissant que le désespoir et la tristesse.

Pourtant, Chaplin va faire rire de cette situation. Mais s'il se moque, c'est avant tout de ceux qui possèdent. Il y a du respect - d'une certaine façon - pour les véritables victimes de cette crise. Dès la séquence d'ouverture, le ton est donné : des moutons se précipitent hors champ (vers l'abattoir ?). Parmi eux, un mouton noir. Tout de suite après, un fondu sur des hommes qui vont travailler, dans une de ces grandes usines sidérurgiques. Leur patron, quand il ne donne pas des ordres, essaie de résoudre un puzzle. Il a en outre une jolie secrétaire qui veille sur sa santé.

Pendant ce temps, ses ouvriers turbinent. Nous nous intéressons à la section 5, où travaille un petit homme à moustache. Le mouton noir, c'est lui. C'est une chaîne de gestes élémentaires : il tourne deux écrous d'un quart de tour, pendant qu'un deuxième frappe l'un et un troisième frappe l'autre (écrou). Bref, rien de très palpitant. Surtout qu'à la cadence sans cesse s'accélérant, s'arrêter pour se gratter met en péril la production. Et le petit homme pète les plombs. Qui ne le ferait à sa place ?

 

Nous sommes donc dans un univers totalement absurde, une espèce de temple de la productivité où le travail est la finalité. Jamais on n'a d'idée de ce qui est produit dans cette usine : on voit les fameux boulons, des tubes d'acier, et c'est tout. Notre héros, à la différence d'autres films, est tout à fait intégré dans cette société : il pointe comme tous l'es autres, fait son travail consciencieusement. Bref, le vagabond s'est rangé.

Alors Chaplin le sort de cet environnement pour le renvoyer à la rue. Il y a tout d'abord ce burn out, comme on dit de nos jours, puis ce sera une arrestation suivie d'un séjour en prison qui le rendront irrémédiablement à la rue. Mais c'est aussi dans la rue qu'il rencontrera sa nouvelle complice : une gamine (Paulette Goddard, merveilleuse !), qui, chose rare chez Chaplin, possède un état civil - Ellen Peterson. C'est une jeune orpheline - son père a été tué pendant une manifestation -  recherchée par les services sociaux, qui ont prévu de s'occuper d'elle.

 

Il n'y avait pas eu une telle complicité entre le vagabond et un autre personnage depuis The Kid, avec Jackie Coogan. Quand Coogan était le pendant enfant du vagabond, nous pouvons dire qu'ici, la gamine est son pendant féminin : elle a les mêmes mimiques, la même moralité quant à la société : peu de scrupules. D'ailleurs, il est obligé de la reprendre quand elle vole leur pitance.

Alors ils s'installent ensemble. Rassurez-vous, le Code Hays est passé par là et ils font chambre à part : lui dans un réduit qui ressemble plus à une niche, elle par terre, au milieu de leur taudis.

Parce que la majorité des personnages rencontrés dans ce film sont pauvres. Le père de la gamine, ses sœurs, les autres employés de l'usine qui se retrouveront au chômage, ceux qui manifestent contre les conditions de travail (ou de non-travail).

Malgré tout, le vagabond et la gamine vont tenir bon et vouloir s'en sortir. Parce que le vagabond ne l'est plus, il aspire à une vie stable, dans un foyer digne de ce nom.

Et quand finalement, ils y arrivent, la Loi retrouve la trace de la jeune orpheline et veut s'en occuper. Là encore le vagabond va tout faire pour qu'elle lui échappe. Voici un autre parallèle avec The Kid : quand la société décide de s'occuper de ses laissés-pour-compte.

 

Je dis toujours que les films de Chaplin ne se terminent pas bien. Sauf La Ruée vers l'or.

Les Temps modernes n'échappent pas à cette règle : après une nuit passée à échapper aux représentant de la Loi, ils sont sur le bord du chemin, se reposant rapidement.

Puis ils repartent, sur la route, vers une destination inconnue, l'épée de Damoclès des services sociaux se balançant au-dessus de leurs têtes.

Il n'y aura pas d'autres alternative que la fuite en avant. En attendant que - peut-être - elle soit en âge de s'assumer et que par conséquent l'administration la laisse tranquille.

 

Pour la première fois - et aussi la dernière - nous entendons la voix du vagabond. Chaplin a reculé le plus possible le passage au parlant de son personnage. Même dans l'intrigue, tout est fait pour que ça arrive le plus tard possible : malgré sa réticence, il doit chanter. Il fait tout (consciemment ou non) pour y échapper : il ne se souvient plus des paroles, ce n'est pas grave elle les lui notes sur ses manchettes ; il perd ses manchettes, pas d'importance, elle l'encourage à chanter n'importe quoi, du moment qu'il chante. Alors il fait attendre le public - celui du restaurant et celui du cinéma...

Et il chante. C'est une chanson qui lui ressemble, un compromis entre le cinéma muet et le cinéma parlant : des mots issus d'un grand nombre de langues, accompagnés de gestes pertinents et comiques. Tout le monde est content : le patron du restaurant (Henry Bergman), la gamine, et bien entendu nous, les spectateurs, et surtout ceux de 1936 qui attendaient depuis presque dix ans que Chaplin se mette au parlant et par conséquent pouvoir enfin entendre la voix du vagabond.

Ayant accepté que le vagabond s'exprime, il devient clair que ce fut sa dernière apparition en tant que tel. Le barbier dans le Dictateur lui ressemble, certes, mais c'est une autre sorte de personnage.

 

Le vagabond a trouvé celle qui lui ressemblait. Il est parti et ne reviendra pas.

Chaplin a tiré un trait définitif sur le cinéma muet.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Fleming, #Comédie, #Fantastique
Le Magicien d'Oz (The Wizard of Oz - Victor Fleming, 1939)

Dorothy (Judy Garland) vit dans une ferme du Kansas, avec son oncle Henry (Charley Grapewin) et sa tante Em (Clara Blandick). Elle a aussi un chien : Toto. Toto est un chien qui chasse les chats, surtout celui d'une voisine : miss Gulch (Margaret Hamilton), une vieille fille acariâtre (ici, c'est un véritable pléonasme) qui veut éliminer ce même chien.

Mais comme tout ce petit monde vit dans le pays des tornades, l'une d'entre elles arrive et emporte la maison où Dorothy s'était réfugiée. Quand la maison a fini de voler, elle se pose sur la Méchante Sorcière de l'Est qui ressemble comme deux gouttes d'eau à miss Gulch.

Dorothy est arrivée par-delà l'arc-en-ciel, au pays d'Oz. En chemin pour rencontrer le grand Magicien de cet endroit (Frank Morgan), elle fait la connaissance d'un épouvantail (Ray Bolger), d'un homme en fer-blanc (Jack Haley) et d'un lion peureux (Bert Lahr). Ensemble, ils partent pour la cité d'émeraude, où vit le magicien. Mais sur sa route se dresse l'autre Méchante Sorcière (celle de l'Ouest), la sœur (jumelle ?) de la précédente, bien résolue à se débarrasser de cette petite fille et de son insupportable cabot.

 

Le film - pourtant annoncé en Technicolor - s'ouvre en noir et blanc. Et tout ce qui concerne le Kansas sera tourné en noir et blanc. De là à conclure que le Kansas est sans couleur, il n'y a qu'un pas, que d'ailleurs je ne franchirai pas.

Mais quand Dorothy sort de sa maison et entre au pays d'Oz, la couleur apparaît. Tout devient magique. D'ailleurs, des sorcières interviennent régulièrement : l'une bonne (Billie Burke), l'autre méchante (vous savez qui).

Il ne s'agit pas de la première adaptation du roman de L. Frank Baum. Ceux qui me lisent régulièrement ont déjà entendu parler de la magnifique version de Larry Semon, qui fut la première, soit dit en passant.

 

Mais cette nouvelle version laisse de côté le burlesque cher à Larry Semon pour se concentrer sur la magie de l'histoire. Tout n'est que couleur : les souliers sont rouges (rubis), la méchante sorcière est verte, l'eau est bleue et le chemin de briques, bien sûr, jaune.

Les décors ne sont pas naturels ? La belle affaire. Ce qui nous intéresse, c'est le rêve. A ce propos, j'espère ne pas trop dévoiler en disant que Dorothy rêve. On peut donc en conclure qu'elle rêve en couleurs ! Et c'est surtout ce qui donne l'effet évidemment faux des paysages.

 

D'une certaine façon, c'est tout à fait normal : nous sommes dans une sorte d'opérette où les personnages évoluent en musique, et surtout en chanson. Les costumes aussi sont ceux d'une opérette. Tout est léger, aérien, même la méchante sorcière sur son balai. Et comme c'est le rêve de Dorothy, on retrouve les personnes qui font son quotidien dans les protagonistes qui l'accompagnent, chacun ayant les mêmes caractéristiques en vrai comme en faux. Même le grand sorcier Oz (Frank Morgan).

Bien sûr, Judy Garland est la star du film. On ne voit qu'elle. Elle est une magnifique Dorothy aux souliers de rubis. Non, ce n'était pas son premier film. Mais c'est tout de même celui qui fera d'elle une star incontournable.

 

Et puis si on regarde bien, on aperçoit un frère et sa sœur, dans une foule incroyable de nains : Harry et Daisy Earles : Hans et Frieda de Freaks.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terry Gilliam, #Comédie, #Fantastique
Les Aventures du Baron de Münchhausen (The Adventures of Baron Munchausen - Terry Gilliam, 1988)

Fin XVIIIème siècle. Une ville côtière, assiégée par les Turcs.

Sally (Sarah Polley) en a assez : elle est la fille d'un célèbre acteur qui n'arrête pas d'écrire sur ses affiches de spectacles qu'il a un fils. En fait, c'est surtout parce que c'est vendeur. Qui irait voir un spectacle d'un acteur « et fille » ?

Surtout que le spectacle proposé n'est pas n'importe quel spectacle : il s'agit de la vie et l'œuvre d'un personnage local, le Baron de Münchhausen, héros extraordinaire et accessoirement  sauveur de la ville.

Malgré la guerre, le spectacle continue. Il faut dire que c'est une guerre plutôt convenue, avec des tractations - elles aussi - convenues. Un coup la ville se rend aux Turcs, le coup suivant, ce sont les Turcs qui reconnaissent leur défaite.

Il faut dire que nous sommes en fin de siècle des lumières, celui qui vit triompher la raison. Voilà pourquoi Horatio Jackson (Jonathan Pryce), élu au service de la cité, organise des foin de guerre on ne peut plus rationnels, alternant les défaites et les victoires avec le sultan.

Mais ce soir, le spectacle ne se passe pas comme convenu : en effet, afin de soulager la population des affres de la guerre, le gouvernement a autorisé la tenue de spectacles, permettant de maintenir un moral haut dans une cité assiégée. Et voici qu'arrive un témoin e dernière minute : le Baron de Münchhausen (John Neville) soi-même !

Evidemment, ça remet tout en cause : le spectacle, mais aussi les tractations.

Quoi qu'il en soit, une fois la surprise passée, Münchhausen décide d'expliquer à tous - spectateurs et acteurs - les véritables raisons du conflit, pourquoi on est toujours en guerre après autant d'années.

 

Et c'est vraiment là qu'intervient Terry Gilliam, le cinéaste rêveur. Nous allons vivre une épopée merveilleuse, où chaque épisode annoncé du baron (dans la pièce de théâtre initialement jouée) va se réaliser. Mais.

Mais ses héros son fatigués. Si Münchhausen rajeunit à l'envie, il n'en va pas de même de ses compagnons extraordinaires : abandonnés successivement en fonctions de ses divers exploits, chacun a vieilli en attendant un éventuel retour de ce héros fantasque, surtout porté sur les jupons de la première femme venue que sur la survie de ses compagnons...

Mais celle qui donne du corps à ce personnage haut en couleur, c'est la jeune Sally. C'est elle, la véritable héroïne des aventure du Baron. C'est elle qui relance à chaque fois l'action, empêchant ce vieux brigand de succomber à un jupon. Elle a toujours en tête le sort de sa ville, des siens.
Il s'agit d'un remake. Enfin,  d'une nouvelle adaptation. Vu que la dernière adaptation de référence fut réalisée en 1943, pour les vingt-cinq ans de la UFA, sur ordre de Goebbels, j'ai du mal à parler de « remake ».

Et si la scène incontournable du boulet de canon est commune, pour le reste, nous sommes dans un film ultra-gilliamien (je sais, c'est un néologisme, mais que voulez-vous, c'est un mot qui manquait à notre vocabulaire).

Nous passons de la lune à l'Etna, du ventre d'une baleine à la ville initiale. Et tout ça grâce à un scénario tout à  fait plausible. [Comme disait Boris Vian : « cette histoire est vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. »]

Et nous jubilons. Que faire d'autre ?

John Neville est un baron extraordinaire, plus vraie que sa statue, et toujours un tantinet troublé dès qu'une (jolie) femme apparaît. Tour à tour vieux, puis jeune, il incarne ce baron légendaire avec beaucoup de malice. Heureusement, Sally veille sur lui, et nous irons vers une fin heureuse, même si cela inclut la mort de ce cher Baron. On est un personnage de légende ou on ne l'est pas !

Ce film est aussi l'occasion de (re)dé&couvrir quelques acteurs : Oliver Reed en Vulcain ; Uma Thurman, à ses débuts (déjà très belle !) ; Valentina Cortese ; et bien entendu l'incontournable Ray D. Tutto, roi de la lune et accessoirement Robin Williams.

 

Féérique, grandiose, magique. Bref, INCONTOURNABLE !

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frères Lumière, #Documentaire
Arrivée d'un Train en gare à La Ciotat (Auguste & Louis Lumière, 1895)

Le quai d'une gare. Pas n'importe quelle gare : celle de La Ciotat (Est de Marseille). Un bagagiste dégage son chariot. Un train arrive. Des gens attendent, tous bien habillés. Des grosses dames en grandes robes (les canons de la beauté ont évolué), quelques hommes. L'un d'entre eux porte une espèce de sac. Tous ont un chapeau, c'était l'usage.

Le train. Le voilà qui arrive. Doucement (c'est un vapeur). Une bonne dizaine de wagons. Une femme tenant un enfant par la main se presse : il va falloir vite monter. Pour l'instant, on descend. Des voyageurs sont étonnés et nous regardent : «qui sont ces hommes avec cette drôle de boîte ? » semblent-ils se demander.

Puis, c'est la montée. Beaucoup de femmes montent ou se préparent à le faire.

Et puis ? Rien. Un cinquantaine de secondes et c'est fini.

 

C'est fini, mais c'est là que tout a commencé. Voici ce qui est considéré comme le film fondateur du cinéma (rien que ça).

C'est en janvier 1896 qu'il fut projeté pour la première fois. Imaginez la stupeur des spectateurs quand le train s'approche, silencieusement. Comme dans la vie. Mis à part ceux qui avaient assisté à la projection du 28 décembre 1895, peu s'attendaient à un tel résultat. De là à dire que ce fut la panique, c'est un tantinet exagéré.

Tout de même.Cent vingt ans après, ce film paraît d'une très grande banalité. Mais ce fut le même effet pour les spectateurs que pour moi quand nous avons eu la télévision en couleur.

Une véritable révolution.

On comprend maintenant pourquoi les gens regardent l'objectif en descendant du train. Ils ne savaient pas - et pour cause ! - qu'ils étaient filmés.

Il faudra un peu de temps encore, avant que le cinéma s'impose en France (surtout après l'incident du Bazar de la Charité de 1897, où un incendie - dû au cinéma - a fait des ravages !)

Peu nous importe. Le cinéma est en marche. Bientôt, un génie s'en emparera : George Méliès.

Mais ceci est une autre histoire.

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog