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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor, #Drame
La Foule (The Crowd - King Vidor, 1928)

John (James Murray) et Mary (Eleanor Boardman) sont deux anonymes dans la foule. Ils se rencontrent, ils se marient. Ils ont des enfants.

Une histoire banale. Mais au cinéma, rien n'est banal, sinon on n'en ferait pas un film.

 

Ici, nous suivons surtout John. C'est un petit garçon plein de promesses : d'ailleurs, son père fait tout pour qu'il soit un jour quelqu'un. Mais à 12 ans, Sim senior meurt, laissant John orphelin.

On échange les chiffres, et on retrouve John - 21 ans - prend New York d'assaut : il sera quelqu'un.

En attendant, il travaille comme comptable dans une grosse compagnie d'assurances. Mais il travaille le soir, pour gagner son paradis financier !

U n soir, d'ailleurs, Bert (Bert Roach) l'invite à l'accompagner à Coney Island s'amuser avec lui et deux jeunes femmes. John, réticent, accepte. Il fait la connaissance de Mary. Dans le Tunnel de l'Amour, ils s'embrassent : ils vont se marier.

Malgré le pessimisme de l'impayable Bert, leur union tient, et ils ont deux enfants.

Et quand une idée publicitaire est payée à John 500 dollars, c'est l'explosion de joie. Alors on appelle les enfants qui jouent dehors, afin qu'ils profitent de la fête. Mais c'est le moment que le destin attendait : leur petite fille se fait écraser.

Les malheurs vont s'enchaîner et John va se retrouver contre la foule des autres, ceux qui sont rentrés dans le rang.

 

Rien de bien joyeux dans ce film de King Vidor. Et c'est aussi pour ça qu'il se distingue des autres productions de la MGM. Il n'était pas de bon ton de montrer des situations ordinaires avec une fin triste. Mais Vidor s'est accroché. Et si nous voyons cette fin, c'est parce qu'elle fut l'une des neuf proposées. C'est sans doute la moins triste (la moins pire ?). Peut-être, parce que finalement, John n'atteint pas son but : il ne sera pas quelqu'un. Juste un clampin dans la foule, parmi tant d'autres.

Car c'est là que réside tout l'intérêt de ce film. On assiste à la naissance d'une romance rapide. Rapide, parce que la société l'exige : tout va vite : les voitures, les trains, les gens qui vont travailler. Alors on n'a que peu de temps pour soi, pour fonder quelque chose. On est sans cesse happé par cette marée humaine. Il faut voir la débauche pour s'en rendre compte : les gens qui sortent pile à l'heure : pas une seconde de rab. Et ça s'engouffre dans les ascenseurs, et ça s'en va bras dessus, bras dessous, vers son quotidien.

Pourtant, John n'a toujours eu qu'une envie : sortir du lot. Il se sent supérieur. Il se croit investi d'une mission, d'un but formidable. Il en devient même pénible pour son entourage. Il se croit supérieur et se moque du pauvre type obligé de jongler, habillé en clowns alors qu'il fait l'homme sandwich pour un resto-grill. Alors qu'il sera bientôt heureux de pouvoir prendre sa place pour subsister !

Dès que nous entrons dans New York, les choses sérieuses commencent. Vidor choisit un building, nous fait monter le long de la façade vers une fenêtre. Nous entrons : des bureaux à perte de vue. Alors il s'approche (magnifique travelling avant) vers un homme : John Sim, 137. Et cet individu, un nombre parmi tant d'autres, il va le sortir, le mettre en lumière. Il va lui faire vivre toutes ces péripéties, raconter son quotidien : sa rencontre, son mariage, son voyage de noces, sa vie quotidienne, sa belle famille (pas si belle que ça), ses enfants, ses malheurs. [A ce propos, il y a une émotion lors de la mort de la petite fille qu'on retrouvera dans Hallelujah, lors de la mort d'un autre enfant]

Mais si un enfant amène le malheur et la désolation, un autre ramène l'espoir. C'est complètement désespéré, proche du suicide que la révélation se fait : son fils l'aime ! Son fils voudrait être comme lui. C'était tout ce dont il avait besoin. Il va remonter la pente.

Mais pour cela, il devra tout de même rentrer dans le rang. Il devra retrouver sa place dans cette foule qui régit la vie de la société.

Alors il l'accepte. L'histoire est terminée. Et Vidor finit comme il a commencé. La caméra, dans un travelling arrière progressif, s'éloigne de ce couple à l'amour retrouvé, révélant la foule immense autour, jusqu'à le perdre complètement, happé - encore une fois - par la foule.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Frank Borzage, #Télévision, #Comédie dramatique
A Ticket for Thaddeus (Frank Borzage, 1956)

On frappe à la porte. Thaddeus (Edmond O'Brien) se réveille en sursaut. Ils l'ont retrouvé. Thaddeus est paniqué. Il appelle sa femme, Kathi (Narda Onyx). Elle ne répond pas. Les hommes forcent la porte qui s'éventre dans un bruit terrible. Thaddeus continue de se décomposer.

Les hommes pénètrent dans la chambre. Ils ont tout de noir vêtus. Ce sont des Allemands. Des SS. Ils viennent arrêter Thaddeus pour l'envoyer dans un camp. Thaddeus continue d'appeler sa femme.

Elle le réveille. Ce n'était qu'un (mauvais) rêve. C'est juste un livreur qui s'est trompé de nom.

Thaddeus et Kathi sont deux Américains fraîchement naturalisés (14 novembre 1955, à 14 heures 27 !). Avant, ils vivaient en Pologne, où Thaddeus a réellement été arrêté et envoyé dans un camp de concentration. Il a même une trace de son passage : un tatouage sur le bras.

Mais maintenant, il travaille en Amérique - il est menuisier ébéniste - et restaure des meubles anciens.

Ca, c'est quand tout va bien. Parce que dès qu'un uniforme pointe à l'horizon, Thaddeus perd tous ses moyens : il a peur d'être à nouveau envoyé dans un camp.

Alors quand il reçoit une convocation pour passer au tribunal, il prépare sa va       lise et une dernière lettre pour sa femme.

 

Cette histoire est tirée de la série Le Choix de... (en VO : Screen directors Playhouse) qui proposait des courts-métrages signés par des grands noms du cinéma, interprétés par d'autres grands noms, entre 1955 et 1956, à l'initiative de Hal Roach.

C'est donc ici Frank Borzage qui s'y colle et qui nous propose une histoire très américaine qui parle... D'immigré polonais !

La séquence d'introduction (l'intervention nazie) est très convaincante, et c'est la disposition de la pièce, autant que la voix rassurante de Kathi qui nous explique qu'il s'agissait d'un rêve : nous pouvons admirer les lits séparés !

Dans un souci de préservation des bonnes mœurs, nos amis Américains faisaient dormir un couple marié (même très récemment !) dans deux lits séparés par un bon mètre ! [Katherine Hepburn et Spencer Tracy, réellement mariés dans la vie, avaient droit à un traitement de faveur]

Quoi qu'il en soit, une fois passée cette anomalie, nous assistons à ce qui aurait pu être une injustice : un homme accusé à tort d'avoir embouti une autre voiture. Mais ce qui rend cette histoire singulière, c'est le décalage entre la gravité de l'infraction et l'état d'esprit de Thaddeus. Pour ne plus avoir affaire à la police - et plus généralement aux gens en uniforme - il est capable d'avouer sa culpabilité et régler tout à l'amiable, perdant par là-même toute fierté, voire dignité. Mais les policiers arrivent et ils sont habillés tout en noir.

Heureusement, nous sommes chez Borzage, et notre « héros » va évoluer, et ce en bien.

 

Il s'agit donc d'une œuvre mineure, pour la télévision, le fameux « petit écran ». Et on se demande si ce qualificatif n'a pas influé sur le sujet traité. En effet, rien de grandiose dans cette histoire. Il s'agit d'un « petit » fait divers, avec des « petites » gens (souvent chez Borzage). Mais malgré tout, Borzage transforme cette « petite » histoire en grande (r)évolution pour cet homme poursuivi par ses démons.

 

Comme quoi, il n'y a jamais de « petite » histoire !

 

 

[NB : ce court-métrage est en complément du Bluray Street Angel du même Borzage.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Ange de la rue (Street Angel - Frank Borzage, 1928)

L'Italie. Naples. Naples éternelle, hors du temps. Celle des opérettes. Parce que ça commence comme une opérette, avec ses décors peints, et ses carabinieri plus vrais que nature, leur bicorne bien ajusté et leurs boutons d'uniformes lustrés. L'Italie ou chacun s'exprime avec ses mains et où un petit incident devient rapidement catastrophe nationale.

Mais rapidement, nous nous apercevons que c'est plutôt l'envers du décor. Angela (Janet Gaynor) vit avec sa mère qui est en train de mourir, dans un appartement sordide, la vielle femme dormant à même le sol. Seul un remède - cher - peut la sauver. Mais elles sont pauvres. Alors Angela tente le tout pour le tout : elle descend dans la rue afin d'y proposer ses appas. Or, personne ne la remarque. Dépitée, elle n'a plus qu'une solution : voler l'argent qui lui permettrait l'achat du médicament.

Elle est surprise et arrêtée et rapidement jugée : un an de « maison de travail ».

Mais elle réussit à s'évader et rejoint un cirque qui va la protéger. Elle devient rapidement équilibriste dans cette troupe itinérante, et au moment où la voyante lui prédit l'amour, elle rencontre Gino (Charles Farrell), un peintre itinérant qui se joint au cirque.

Bien entendu, ils tombent amoureux. Un jour, apercevant des policiers, Angela tombe et se brise la cheville : elle doit quitter le cirque pour se soigner. Gino l'emmène. Où ? A Naples, bien entendu. Là où elle est toujours recherchée...

 

Borzage aurait dû être allemand. En plus des acteurs Janet Gaynor et Charles Farrell, il partage avec Murnau une technique d'éclairage où l'ombre et la lumières sont terriblement pertinents. Les ombres sur les murs : la taille immense des barreaux de la prison, des gardiens, celle des filles sur le mur carcéral... Et puis il y a le brouillard : épais et mystérieux, qui emmène Angela et Gino vers l'inconnu, après l'accident. Celui qui les fera se retrouver...

Il y a un jeu d'impressions dans cette façon de tourner. Pas étonnant qu'on assiste, en sous-intrigue à une histoire de maquillage de tableau, cherchant à faire passer une toile de Gino en œuvre de vieux maître italien.

Tout n'est qu'impression. En plus du faux tableau de maître, on assiste à une série de mensonges plus ou moins gros. Ca commence avec la saucisse dérobée par le directeur du cirque, provoquant la destruction de la grosse caisse « la plus musicale d'Italie ». Et ça continue avec Angela, essayant de ressembler à un « ange de la rue » (d'où le titre), espérant séduire quelque homme de passage. Mais le plus gros mensonge (par omission), c'est celui d'Angela qui ne dit pas à Gino son passé, le laissant espérer un mariage prochain, alors qu'elle est attendue par un policier qui l'emmènera - évidemment - à l'ombre.

Le point culminant étant la séquence des adieux : Gino vient de trouver un gros engagement, mais Angela a été retrouvée par un policier. S'ensuit une scène bouleversante où Angela - incapable d'avouer son infortune - embrasse son amant comme si elle partait pour toujours, alors que lui pense tout naturellement la retrouver au réveil.

Notons enfin la parfaite entente entre Janet Gaynor et Charles Farrell. Lui, artiste, lunaire, elle femme-enfant, mais tout de même pragmatique. Complémentaires, formidables.

Une alchimie qui se poursuivra pendant encore dix films, avec ou sans Borzage.

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Comédie dramatique
Un Carnet de bal (Julien Duvivier, 1937)

Monsieur est mort. Un suicide, peut-être : il reste encore une balle dans le fusil.

Madame - Christine (Marie Belle) - est triste, mais pas plus que d'habitude. Cela fait presque vingt ans (dix-huit pour être précis) qu'elle est triste. Depuis ce bal.

C'était le dix-huit juin 1919. Elle avait seize ans et assistait à son premier bal, à Bordeaux.

Ce jour-là, tous ses cavaliers ont découvert une magnifique jeune fille qui profitait à fond de chaque instant.

Chacun avait un mot gentil pour elle. Chacun n'avait jamais aimé avant : elle était celle qu'ils devaient aimer.

Mais ça, c'était avant. Avant qu'elle épouse un homme riche et s'en aille vivre sur les bord 'un lac italien.

Alors quand Monsieur est mort, elle a retrouvé son carnet de bal, par hasard.

Commence alors une quête, pour s'occuper d'abord et ensuite pour se retrouver, pour revivre sa jeunesse.

Christine va revoir chaque cavalier - encore vivant - dans sa nouvelle vie.

 

Il s'agit avant tout d'un film à sketch, comme on dit. Ce sont des histoires indépendantes les unes des autres dont le seul fil rouge est Christine, en quête de sa jeunesse perdue.

Une fois éliminés les cavaliers morts, elle va visiter tous ses hommes qui, à un moment où à un autre ont voulu tout quitter pour elle, qui étaient même prêts à mourir pour elle.

D'ailleurs, l'un d'eux s'est tué. Certainement pour elle. Par dépit, par regret. Le regret de ne pas avoir été capable de lui dire qu'il l'aimait, peut-être.

Dès la première histoire, Duvivier fait fort. Et Françoise Rosay y est pour beaucoup. Elle est extraordinaire. Elle campe une mère aimante, prête à tout pour son fils. Tellement qu'elle en vient à nier la mort d'icelui. Nous assistons à une crise de démence entrecoupée de brefs moments de lucidité. Non seulement Françoise Rosay joue une femme complètement folle, mais en plus, elle fait peur dans son délire. Formidable.

Puis les histoires s'enchaînent. Les moins malheureuses pour commencer, puis nous entrons dans une partie de plus en plus noire. C'est normal, c'est Duvivier, c'est un film français, c'est l'entre-deux-guerres.

Il y a pourtant une tentative comique, quand Raimu, maire d'un village varois, doit se marier à Milly Mathis. Nous retrouvons deux partenaire de la trilogie marseillaise de Pagnol. On se dit alors que Raimu va nous refaire son grand numéro de gueulard. Et c'est presque vrai. Mais bien entendu, ça ne se passe pas comme prévu, et l'aspect noir se manifeste, au moment le plus heureux : pendant le repas de noces.
Et que dire de l'épisode avec Pierre Blanchar, médecin plus ou moins radié, qui aide les femmes à effacer certaines traces (extrêmement criminel en 1937 !) ? Il vit dans un vieil appartement, avec une femme vieillissante (Sylvie, terrible elle aussi en vieille gloire décadente).D'autant plus que Duvivier choisit des angles de caméra penchés, accentuant l'état d'esprit du docteur, en proie à l'alcool, voire autre chose (il a fait les colonies et en a aussi ramené le paludisme). C'est certainement le moment le plus noir du film.

Alors quand arrive Fernandel et ses tours de cartes éculés, on a l'impression de revivre. Mais c'est à ce moment que Christine ne se sent plus bien. Son passé lui apparaît dans toute sa rudesse, dans sa triste réalité.

Finalement, c'est peut-être le moment le plus noir pour elle.

 

Mais il lui reste un espoir : le dernier cavalier.

 

Et nous sommes dans un film de Duvivier...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin, #Drame
L'Opinion publique (A Woman of Paris - Charles Chaplin, 1923)

Attention. Ceci est un film sérieux.
Ce n'est pas moi qui le dis, mais Monsieur Chaplin soi-même, comme prélude au film.

Alors, pas de vagabond, pas de coup de pied au derrière, ni tarte à la crème.

Du sérieux. C'est tout.

Marie (Edna Purviance, magnifique) aime Jean (Carl Miller) qui l'aime en retour. Ils pourraient vivre une très belle histoire d'amour, mais...

Mais ils ont des parents.

Le père de Marie (Clarence Geldart) tout d'abord, est une espèce de vieux tromblon qui préfère l'enfermer (dedans comme dehors) pour lui passer le goût des fréquentations masculines.

Mais ça ne marche pas. Elle s'en va avec Jean.

Chez Jean, c'est aussi le père (Charles K. French) qui pose problème. Il refuse que Jean vive sa vie avec Marie.

Mais de guerre lasse, et aussi grâce à l'intervention de sa femme (Lydia Knott) il le laisse partir.

C'est là que le destin entre en scène : alors que Jean et Marie doivent partir, le père de Jean meurt (de chagrin ? de vieillesse ? autre ?), compromettant le départ de son fils.

Alors Marie part pour Paris, seule, triste.

Mais à Paris, elle a complètement refait sa vie. Ce n'est plus la petite Marie qui embrassait fugacement Jean à la nuit tombée. C'est maintenant une femme en vue, vivant dans une grande maison, sortant au bras du plus riche célibataire de Paris : Pierre Revel (Adolphe Menjou, comme toujours impeccable).

IL faut dire que Pierre Revel, en plus d'être un homme très riche, est aussi un personnage très intéressant : toujours à l'aise quelle que soit la situation, irrésistible (toutes les femmes rêvent de lui), sans gêne (il se sert sans vergogne chez Marie), et surtout arrogant (son attitude envers Jean étant franchement indigne). Bref, il a tout du riche oisif un tantinet imbuvable.
Et puis un soir, le destin s'invite à nouveau : Marie se rend à une soirée parisienne et se trompe de porte : elle frappe chez Jean, qui s'est installé à Paris, qui vit avec sa mère dans son atelier de peinture. Ils renouent, Jean propose de faire son portrait...

Mais la mère de Jean ne voit pas d'un très bon œil cette femme aux mœurs légères.

 

C'est plus qu'un film sérieux : c'est un film noir. Noir comme la nuit qui domine le film, noir comme les pensées des parents, noir comme la mort qui frappe deux fois.

Mais c'est malgré tout un film de Chaplin, alors il n'a pas pu s'empêcher de le saupoudrer de gags :

- Au restaurant, Revel visite la cuisine où les normes d'hygiène laissent fortement à désirer : le gibier n'étant pas d'une grande fraîcheur, les cuisiniers fument en travaillant au-dessus des marmites... Le patron du restaurant (Henry Bergman) est - avec Edna Purviance - le seul lien avec les films burlesques habituels. Sa façon de s'adresser à ses subalternes est assez éloquente.

- Chez Marie, quand la masseuse vient, et qu'elle masse sans perdre une miette des commérages de Marie et son amie Fifi (Betty Morrissey).

- Un beau jeu de mots quand les enfants annoncent l'arrivée de leur « père » : il s'agit d'un abbé qui leur rend visite.

Et puis il y a Edna Purviance, qui est extraordinaire. Elle est femme et libre. Libre de recevoir qui elle veut, de se comporter comme elle le veut. Elle fume ouvertement. Bref, c'est une vraie Parisienne (d'où le titre original).

Mais on ne peut s'empêcher de penser que nous assistons à un grand gâchis. Ces deux jeunes gens que tout réunissait ont vu leur relation détruite par leurs parents. Le père de Marie au début, mais surtout celui de Jean, ainsi que sa mère.

Ces gens qui semblent personnifier l'opinion publique du titre français, font un mal terrible et amènent le malheur sur leurs enfants.

La mère de Jean, si compréhensive au début devient une terrible mégère, n'hésitant pas à user de chantage affectif pour garder son fils auprès d'elle, quitte à le rendre malheureux, définitivement.

Et puis le destin intervient une dernière fois. Il suffit parfois de trois fois rien pour qu'une rencontre ne se fasse pas : une carriole qui emmène Marie et son fils adoptif, et la voiture continue son chemin vers l'oubli.

Alors elle retourne à sa nouvelle vie, tellement plus épanouissante pour elle...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #F. W. Murnau, #Horreur
Nosferatu (F. W. Murnau, 1922)

Encore Nosferatu ?

Oui.

C'est un film dont on ne se lasse pas. (je ne parle pas de celui de Werner Herzog).

Il y a toujours quelque chose à découvrir, quelque chose à aimer. Nous sommes dans une histoire qui est devenu un incontournable de la littérature mondiale. Mais pourtant, en voyant de ce film, on redécouvre cette histoire.

Là où Browning, et même Coppola se focalisaient sur le vampire, Murnau, quant à lui, s'intéresse plus aux conséquences de la venue de cet être maléfique.

La peste, les morts, la ville qui se replie sur elle-même afin d'éviter la contagion.

Jamais auparavant on n'avait aussi bien illustré les années de chien qui arrivaient. Nous assistons à l'installation d'un  mal  insidieux, diffus, mais ô combien terrible.

Nosferatu (il n'a pas le droit de s'appeler Dracula, question de droits) tisse sa toile doucement, sans que ses (futures) victimes s'en rendent compte.

Et quand il est trop tard, certains se rendent compte de son influence néfaste. Mais c'est trop tard, le mal s'est installé et ronge le lieu de son expansion.

SI les rôles de Hutter, Orlock (Nosferatu) et Ellen son bien définis, il n'en va pas de même pour Knock, le commanditaire originel du projet : en effet, on ne comprend pas vraiment son rôle dans cette histoire. Il faudra attendre Browning pour avoir plus d'explication (Coppola sera encore plus explicite). Mais peu importe. Son allure, qui n'est pas sans rappeler celle des Juifs dans les publications antisémites accentuent sa dimension mauvaise. Et quand la peste se propage, c'est vers lui que les soupçons se portent (ce qui n'est pas totalement faux, d'ailleurs).

Mais attention : Nosferatu n'est en rien une œuvre antisémite.

Pourtant...

Pourtant le personnage d'Orlock, avec son nez crochu et ses oreilles surdimensionnées est - lui aussi - l'archétype du Juif.

Mais quatre-vingt-quinze ans après, nous savons quel péril il a pu représenter.

Revenons sur cette menace apparue dans Le Cabinet du docteur Caligari et qui n'a cessé de hanter la production cinématographique allemande.

Caligari hypnotisait ses victimes (Cesare, en l'occurrence) pour leur faire faire ce qu'il voulait.

Ici, Orlock agit la nuit - quand tout le monde dort - et se livre à des exactions des plus abjectes : il vide ses victimes de leur substance vitale - leur sang - afin de survivre, voire vivre plus intensément. Il y a une corrélation entre ces deux personnages (Caligari et Orlock). Chacun se nourrit de ses victimes pour exister.
Avançons dans le temps et allons retrouver Lang :

- Metropolis :

Ici, c'est un robot qui prend les commandes et fait faire au petit peuple des exactions qu'ils n'auraient pas eu obligatoirement l'idée de faire.

- Les Espions :

Là, le rôle du méchant est encore plus évident. Haghi règne en maître sur une armée de l'ombre. Il maîtrise tous les secteurs clés et a - bien entendu - dans l'intention de diriger un beau (?) jour cette société, en attendant de diriger le monde.

 

Ces exemples pour montrer que le monstre national-socialiste est en train de s'installer en Allemagne pendant ces années de la République de Weimar.

Bien entendu, les leaders nazi n'avaient pas (encore) le vent en poupe dans toute la société allemande. Mais force est de constater que la menace était présente. C'était insidieux, comme un poison qui se répand doucement dans un organisme, le temps qu'il s'habitue. Et quand l'accoutumance s'est installée, c'est tout naturellement que le véritable mal prend en main la destinée du pays visé.

 

Mais Murnau nous laisse une lueur d'espoir dans cet avenir sombre : il faut distraire la bête, quitte à en perdre son âme afin de la terrasser.

C'est ce que fera Ellen, au grand dam de Hutter.

Mais si ce sacrifice peut nous aider à nous débarrasser de cette malfaisance...

 

Pour le reste, reportez-vous à :

http://djayesse.over-blog.com/nosferatu.html

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin, #Comédie
Charlot débute (His new Job - Charles Chaplin, 1915)

Déjà un an que le personnage du vagabond existe. Il s'agit ici du premier film de Chaplin à la Essanay qu'il vient de rejoindre.

On retrouve les ingrédients habituels qui font la gloire du burlesque américain, tarte à la crème exceptée, ce qui n'empêche pas le metteur en scène de recevoir un objet à la figure !

Le metteur en scène ? Oui. Voici un film sur un film, une espèce de mise en abîme.

On suit alors notre vagabond préféré s'essayer au cinéma : il a un entretien d'embauche à la suite duquel il est engagé... Comme charpentier, assistant l'accessoiriste (Arthur W. Bates).

Mais rapidement, il grimpe l'échelon suivant et se retrouve dans un rôle premier plan, auprès d'une star dans un rôle en costume. Bien entendu, il n'est pas à sa place et le tournage commence à dégénérer.

Jusqu'à ce qu'il entre dans son rôle. C'est court, mais tout à coup, c'est formidable. Hélas, il marche sur la traîne de l'actrice, révélant ses chevilles (scène osée pour l'époque !). Mais il reste dans son rôle d'amoureux et passe dans une autre dimension : il ne joue plus, il vit son chagrin. Et il le vit tellement qu'il sort du champ au grand désespoir du metteur en scène.

 

Ce n'est certes pas le meilleur film de Chaplin. Mais on y trouve certains gags récurrents qui seront la base de ses longs métrages : chapeau qui s'envole, personnage à terre sur lequel il marche sans vergogne, grattages divers d'allumettes, déplacement du vagabond qui ressemble à un mouvement de danse.

Et puis il y a l'autre, l'ennemi : Ben Turpin. Lui aussi cherche du travail. Mais dès son apparition, on sait qu'il sera le souffre-douleur du vagabond.

Pourquoi ?

Parce qu'il lui ressemble trop. Ils sont habillés de la même façon, ont un niveau de vie similaire (c'est à dire pas très élevé) et peu de soin corporel tous les deux. Alors ils s'affrontent, pour notre plus grand plaisir.

Et puis il reste le cinéma, ou plutôt ce qu'on nous en fait voir : de fausses colonnes, des acteurs interchangeables dont on se sépare sans ménagement, un chef opérateur qui tourne inlassablement sa manivelle sur un rythme régulier, et un metteur en scène tout puissant avec casquette. Il n'a pas encore sa culotte et ses bottes de cavalier, mais ça va arriver (merci à Cecil B. DeMille !)

Et aussi une autre curiosité : une caméra qui se déplace doucement, latéralement quand le vagabond tourne avec la star.

 

Et pour les observateurs : Gloria Swanson soi-même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John Ford, #Western
Le Cheval de fer (The iron Horse - John Ford, 1924)

Davy Brandon (George O'Brien) voit son père se faire tuer par un faux Indien à deux doigts. Désormais, une seule chose comptera pour Davy : venger son père.

Mais une autre chose se met à compter pour lui : Miriam (Madge Bellamy), son amie d'enfance.
La troisième chose, c'est ce qui donne le titre du film : le chemin de fer.

Nous assistons alors à la construction de la voie transcontinentale américaine, voulue par Lincoln, achevée sous Grant.

 

Mais surtout, un an après La Caravane vers l'Ouest (James Cruz, 1923), nous assistons à la mise en place du western fordien. Tous les ingrédients sont là. Il ne manque que Monument Valley, mais au vu des contraintes historiques, il n'était pas possible d'aller y tourner.

Parce que nous sommes dans l'Histoire américaine. On trouve des vrais cowboys qui convoient un troupeau vers l'Ouest, et John Ford utilise plusieurs éléments historiques pour étayer son propos :

- Abraham Lincoln, tout d'abord. L'origine du projet. Lincoln était l'une des références de Ford, qui le fera intervenir dans d'autres films  : Je n'ai pas tué Lincoln (1936), et bien entendu Vers sa Destinée (1939).

- William Cody, tueur de bisons, plus connu sous le nom de Buffalo Bill ;

- Wild Bill Hicock, célèbre gâchette de l'Ouest, et même compagnon de Calamity Jane ;

- Les locomotives de la séquence finale qui sont les véritables engins qui firent la jonction le 10 mai 1869.

- les travailleurs du chemin de fer sont tous issus de l'immigration  : on trouve des Irlandais, des Espagnols (ou Mexicains) et surtout des Chinois qui travaillaient sur la partie occidentale du chantier.  Chacun est fier de son origine, mais en fin de compte, tous se réunissent autour de ,cette belle réalisation, se déclarant avant tout des Américains.

 

John Ford met en place petit à petit un microcosme qu'on retrouvera dans ses westerns ultérieurs (ainsi que dans ses autres films). Le héros est beau, fort et généreux. Il est aidé d'un vieux ronchon (J. Farrell McDonald, formidable), lui même entouré d'autres personnages de son acabit. On trouve ainsi un trio de militaires (Casey, Slattery & Shultz) qui annoncent les Trois sublimes Canailles.

Sa promise est une femme fordienne : elle est déterminée et possède une force qui amène même les récalcitrants à retourner travailler dans un moment de découragement. Elle est aussi intransigeante envers le héros qui n'a pas respecté sa parole, allant jusqu'à lui battre froid, quitte à en être malheureuse (mais rassurez-vous, ils s'embrassent à la fin !).

Les autres femmes ne sont pas en reste, puisqu'elles décident (avant les hommes) d'aller se battre contre les Indiens, Ruby (Gladys Hulette) en tête.

En face, nous trouvons deux méchants, chacun dans son genre :

- un renégat à deux doigts, fourbe à souhait (Fred Kohler, qui avait vraiment perdu les autres dans un accident de dynamite) ;

- un ingénieur traître (Cyril Chadwick) qui essaie même de tuer notre héros (quel inconscient, le héros ne meurt pas comme ça !), et qui échange moult regards en coin avec l'autre affreux sus-nommé.

Et puis il y a tous les autres qui constituent une ville champignon, se déplaçant avec le train, et s'arrêtant là où le QG s'installe.

- Les courtisanes du saloon ;

- Les joueurs de cartes dont l'un - fine moustache et cigare aux lèvres - servira de modèle à Hatfield (John Carradine) dans La Chevauchée fantastique (1939)

- le juge qui est aussi propriétaire du saloon, personnification de Roy Bean (autre juge ayant réellement existé), qui, comme son modèle, arrange la justice à sa façon, et surtout pour avoir le moins de problème possible.

Les Indiens ont aussi leur rôle à jouer, même s'il n'est pas très glorieux. Seuls les Pawnees sont du bon côté. Les autres sont associés au criminel et aux attaques intempestives. Nous ne sommes pas encore dans les années 1950, quand la tendance commencera à s'inverser. Ici, un bon Indien, est surtout un Indien mort.

Et puis il y a la bagarre (il en a même deux, mais c'est la première la plus impressionnante. Ce n'est pas encore L'Homme tranquille (1952), ou La Taverne de l'Irlandais (1963), mais les ingrédients sont là, et tout le monde en profite (les vieux ronchons encourageant le héros, bien entendu).

 

[N'oublions pas aussi la grande prouesse technique du film : le train, puis les chevaux qui passent par-dessus la caméra, ajoutant encore un élément dans le côté grandiose du film]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Isolé (Lucky Star - Frank Borzage, 1929)

En français, le titre se traduirait par « bonne étoile ». Et cette bonne étoile, c'est Mary Tucker (Janet Gaynor, tout simplement sublime). Mais on a choisi un autre titre. L'Isolé, c'est Tim Osborne (Charles Farrell, formidable aussi).

Mais reprenons.

Tim travaille pour la compagnie du téléphone, sous les ordres de Wrenn (Guinn « Big Boy » Williams), une espèce de bon à rien avec une grande gueule.

Tous les jours, Mary leur apporte du lait sur le chantier.

Mary est une paysanne mal dégrossie qui vit avec sa mère et ses quatre frères et sœurs. ILs subsistent dans la campagne américaine en fonction de ce qu'ils produisent ou récoltent : lait, légumes, baies... Bref, c'est loin d'être rose tous les jours. Surtout que Ma (Hedwiga Reicher) a la main leste envers sa fille.

Alors Mary se débrouille comme elle peut, n'hésitant pas à truander ses clients quand l'occasion se présente. C'est ce qui lui permet de recevoir l'une des plus belles fessées du cinéma des mains de Tim.

C'est aussi ce même jour que leur vie bascule (il faut bien que ça arrive, sinon, pas de film !) : la guerre est déclarée. Nous sommes en avril 1917.

Les hommes s'engagent : Tim par devoir patriotique, Wrenn pour vérifier que les Françaises sont aussi jolies qu'on le dit.

Et Mary ? Elle reste et leur écrit, attendant de leur tricoter des chaussettes.

Mais la guerre étant injuste, Tim a les deux jambes broyées et revient dans un fauteuil roulant. Wrenn revient avec son grade de sergent et une belle médaille pour acte de bravoure (!!?).

Dès lors, nous allons suivre la relation qui va s'établir entre Tim et Mary, polluée par l'inévitable Wrenn...

 

Tout est affaire d'éclairage dans ce film de Borzage. On pense alors à Murnau, tant le jeu de l'ombre et de la lumière est important (D'autant plus que Janet Gaynor et Charles Farrell ont joué pour cet autre maître). La représentation de la guerre doit être l'une des moins coûteuse du cinéma : sur un fond noir, des flashes de lumières se succèdent à intervalles irréguliers, de temps en temps une explosion nous rappelle les ravages qu'elle peut faire. Pas de classes, pas de scène de bataille. Tout est dans la suggestion. Et qu'est-ce que ça fonctionne !

Mais ce qui prime dans ce film, c'est la relation entre Mary et Tim. Comme dans L'Heure suprême, nous assistons à une relation dont les deux partenaires tireront bénéfice. Mais cette fois-ci, Tim est déjà invalide. Et c'est de cette invalidité que naît cette relation amicale qui va se transformer en amour.

Mary va y gagner une éducation : sa mère, préoccupée par sa situation économique n'a pas vraiment le temps d'élever ses enfants (les lettres de Mary nous montrent qu'elle n'a pas beaucoup fréquenté l'école). Tim va donc enseigner à Mary la propreté : physique et morale.

Et Mary va - sans s'en rendre compte - rendre le goût de la vie à un homme brisé, physiquement et moralement.

Bien entendu, la mère de Mary ne peut supporter une telle relation : il n'y a rien à attendre d'un paralysé, c'est un improductif. Alors quand Wrenn débarque avec ses cadeaux et ses belles paroles, elle ne peut que céder sa fille à cet homme qui lui promet un avenir aussi brillant.

Pourtant, que d'émotion quand Mary saute au cou de Tim : il a un visage tellement débordant de bonheur... Mais rapidement, sa félicité se transforme en crainte : il se rend compte qu'il tombe amoureux - alors que Mary n'éprouve que de la reconnaissance - et aussi que sa condition d'invalide ne lui permet pas un bonheur normal. Alors, doucement, il désenlace les bras de Mary, freinant par là même ses ardeurs et sa propre excitation.

Outre le jeu formidable du couple, il faut avouer que Guinn Williams a un rôle déterminant dans ce film. C'est bien connu, pour qu'une histoire soit réussie, il faut que le méchant le soit. Et Wrenn est plutôt réussi. On a constamment envie de lui boxer le nez, tant son numéro de baratineur est énervant. Que de malhonnêteté ! Et une question reste en suspend : quel avenir pouvait-il offrir à Mary, sachant qu'il avait été chassé de l'armée, tout en promettant que cette institution s'occuperait du mariage. Pas besoin de chercher bien loin la réponse :

- Sachant que c'est une espèce de parasite qui ne fait rien sinon parader en uniforme (usurpé) ;

- Sachant qu'il est capable de payer beaucoup de cadeaux sans travailler

La seule solution qui s'offre à nous : c'est un proxénète. Il compte - bien entendu - sur Mary pour lui assurer un futur revenu.

Mais nous sommes dans une comédie. Alors tout se terminera bien, et Mary et Tim sortiront de cette épreuve grandis, ou comme il le dit : « réparés ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Andrew Niccol, #Science-Fiction
Bienvenue à Gattaca (Gattaca - Andrew Niccol, 1997)

Gattaca, c'est le summum des entreprises. Ceux qui y travaillent ont été sélectionnés... A la naissance !

Depuis qu'on est capable de lire la vie d'un homme dans son ADN, et ce dès la naissance, les déviants de toute sorte sont mis de côtés rapidement. Les violents, les alcooliques, mais aussi ceux qui ont un cœur faible, ceux qui sont myopes...

Bref, nous sommes dans une société qui pratique l'eugénisme sans vergogne.

Et que font les gens qui travaillent à Gattaca ? Ils préparent leur voyage dans l'espace.

Parce que Gattaca, c'est le voyage interstellaire à la portée de tous (les sélectionnés).

Vincent (Ethan Hawke) rêve de voyager dans l'espace. Mais il a un mauvais cœur, un penchant pour la violence et ne voit pas à deux mètres.

Et pourtant...

 

Pourtant, nous allons assister à une magnifique supercherie, mâtinée d'usurpation d'identité. Dans Plein Soleil, Alain Delon prenait la place de Maurice Ronet pour lui voler sa fortune et son statut (sa vie, quoi). Ici, il n'y a pas de vol. Tout juste une usurpation consentie entre Vincent et celui qu'il prétend être : Jérôme (Jude Law). Parce que le vrai Jérôme vit aussi à travers sa doublure.

Nous sommes dans un univers futuriste très aseptisé où la santé semble la vraie valeur marchande. Mais cet univers fait froid dans le dos. Et une fois le voyage dans l'espace enclenché, qu'en résulte-t-il ? On ne voit que des engins partir. Jamais de retour, comme si ce grand voyage était le dernier, une sorte d'euthanasie consentie. Et cette idée est envisagée dans le film.

 

Toujours est-il que cette société eugéniste, hiérarchisée, nous amène vers d'autres univers : on pense aux expériences nazies, mais aussi aux livres d'Aldous Huxley (Le meilleur des Mondes) ou encore Boris Vian et son Et on tuera tous les Affreux.

Mais comme pour le roman de Vian, la science (ou ce qui s'en rapproche) a ses limites. Ou plutôt SA limite : le facteur humain. On peut TOUT planifier, tout extrapoler, mais il est une variable qui peut déstabiliser, voire détruire les plus beaux projets : l'homme lui-même, qui de par son libre-arbitre ne choisira pas toujours ce qui avait été prévu. Heureusement.

 

Alors Vincent va court-circuiter ce monde pour faire ce qui lui était défendu par sa naissance dégénérée. Grâce à Jerome Morrow (« lendemain » en anglais), évidemment, mais aussi grâce à d'autres personnes, dont une qu'on n'aurait pas attendue... [Je vous laisse découvrir qui]

Finalement, le ver étant dans le fruit, on peut espérer une remise en question de ce système et un retour inévitable vers ce qui fait l'homme : le choix.

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