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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick, #Horreur
Shining (The Shining - Stanley Kubrick, 1980)

Un homme seul avance dans la neige.

Il erre.

Il boite.

Il a froid.

Il crie.

Il porte une hache.

C'est Jack Torrance (Jack Nicholson). Un ancien prof. Un écrivaillon.

C'est le gardien d'hiver de l'hôtel Overlook.

L'hôtel Overlook est ouvert six mois dans l'année : aux beaux jours exclusivement : de mai à octobre. Jack a été rengagé pour s'occuper du bâtiment pendant les autres mois, pour l'entretien général, histoire de ne pas avoir de mauvaises surprises à la réouverture.

Il s'installe avec sa femme Wendy (Shelley Duvall) et son fils Danny (Danny Lloyd). Et tant que la neige ne montre pas le bout de son nez, tout se passe bien. Sauf que.

Sauf que Danny possède un don particulier : le shining. Cela lui permet de voir le passé, mais aussi le futur. Mais sans explication. Alors se retrouver dans un hôtel où ils ne vivent qu'à trois et croiser, au détour d'un couloir deux petites filles qui l'invitent à jouer, évidemment, ça a de quoi inquiéter.

Et quand la neige arrive, la situation se dégrade vite : l'état mental de Jack se détériore rapidement, et des drôles de phénomènes se produisent... Car c'est avec l'arrivée de la neige que la folie se déclare.

 

Absolument brillant.

Trois ans après la fresque en costumes Barry Lyndon, Kubrick se remet à tourner. Après avoir tâté différents genres - film de gangsters avec L'ultime Razzia, péplum avec Spartacus, film de guerre avec Les Sentiers de la gloire, anticipation avec 2001, l'Odyssée de l'espace et Orange mécanique - Kubrick nous fait son film d'épouvante, plus un film d'atmosphère d'ailleurs.

C'est un film complet, au rythme lent mais inexorable qui nous amène à une conclusion (presque) prévisible. Parce que la fin n'est pas tout. Ce qui est important, c'est d'y arriver.

Alors Kubrick prend son temps et joue avec. La première séquence se situe en été, et Jack est embauché. Puis, nous nous retrouvons le jour de la fermeture, seule date à peu près définie (Octobre ? Novembre ?). Puis, nouvelle indication temporelle : « un mois plus tard ». Ensuite, se suivent des jours de la semaine, non consécutifs jusqu'au dernier intertitre : « 16 heures ». Mais si le temps de la narration s'accélère, le film, lui garde ce même rythme faussement lent. Le montage est parfait. Chaque changement de plan est pertinent.

La caméra est extrêmement importante. Toujours, me direz-vous. Mais ici, encore plus qu'ailleurs. Les plans sont incroyables, voire impossibles. On voit les visages des acteurs selon des angles inhabituels (un peu moins maintenant, le film a fait des émules...) : des contre-plongées inquiétantes quand Wendy lit la prose de Jack ; quand Jack est enfermé dans la réserve... Et puis il y a les travellings : avant quand Danny pédale à travers les longs couloirs de l'hôtel, arrière quand Jack poursuit son fils dans le labyrinthe. Parce qu'en plus, il y a un labyrinthe. On le voit deux fois : aux beaux jours, un après-midi, quand tout va bien, Wendy et Danny s'amusent à s'y perdre pendant que Jack écrit ; à la fin, la nuit, quand Danny essaie d'échapper à son père.

Ce labyrinthe n'est pas seulement une curiosité pour les clients de l'hôtel ; on peut imaginer qu'il représente les méandres de l'esprit dérangé de Jack. Et Jack s'y perdra, comme il a perdu la raison dans un recoin de son cerveau. Mais tout compte fait, il avait dit à son fils qu'il voudrait y rester pour toujours, alors...

Nous sommes dans un lieu hanté. Hanté par la folie de Jack, mais aussi par des phénomènes et des gens : les jumelles dans le couloir, la femme de la chambre 237, une balle de base-ball, une chambre ouverte (la 237, tiens, tiens...). Bref du surnaturel pas si incroyable. Juste un peu décalé. Juste assez pour nous faire frissonner. Et les musiques retenues collent parfaitement à l'atmosphère du film. A tel point qu'à un moment, on peut se demander si elles accompagnent l'action ou si elles en sont parties prenantes.

Les acteurs, enfin, sont formidables. Jack Nicholson est - on le savait déjà - un fou magnifique. Il passe rapidement d'un regard normal à celui d'un déséquilibré avec beaucoup de naturel. Son premier « dérangement » le voit la tête baissée, mais le regard vers le haut : un regard de folie maintes fois utilisé par Kubrick dans ses films, et surtout repris dans le suivant (Full metal Jacket) avec le personnage de Whale.

Shelley Duvall, elle aussi, est extraordinaire. Il est clair que le tournage fut éprouvant pour elle, et sa performance n'en est que plus belle. Elle campe une Wendy terrible et terrifiée plus que vraisemblable. Son physique particulier étant un atout supplémentaire pour son rôle.

Danny Lloyd, enfin, avait six ans au début du tournage et n'a vu le film que presque 10 ans après. On comprend pourquoi : il ne savait pas que le film faisait peur pendant le tournage. Là encore, quelle performance !

La fin nous laisse sur une énigme. La photo du bal du 4 juillet 1921. Pour ma part, je pense que cette énigme est aussi sa solution : il faut revenir dans le passé, revenir avant.

Avant.

Avant dans le film, avant dans l'histoire de la construction de l'hôtel...

Et peut-être qu'on y trouve la réponse.

A vous de vous faire un idée.

 

Conclusion :

Un film qui, en plus, se bonifie à chaque visionnage : il y a toujours quelque chose à y (re)découvrir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Negulesco, #Marilyn Monroe, #Comédie
Comment épouser un Millionnaire (How to marry a Millionaire - Jean Negulesco, 1953)

Il était une fois trois filles superbes qui avaient décidé d'épouser chacune un millionnaire.

Une, Schatze Page (Lauren Bacall), l'intellectuelle, dirige l'opération. Une autre, Pola Debevoise (Marilyn Monroe), la myope, essaie de na pas montrer qu'elle porte des lunettes. Et la troisième, Loco Dempsey (Betty Grable), juste Loco ou Loke (ça fait moins espagnol...).

Toutes trois se sont installées dans un appartement de New York, un véritable piège à ours célibataire et fortuné. Mais c'est bien connu, l'enfer est pavé de bonnes intentions, et rapidement nos trois drôles de dames se retrouvent sans le sous et doivent vendre régulièrement le mobilier de leur meublé...

Et puis J. D. Hanley débarque dans leur vie alors que tout va mal, et la roue se met à tourner. Elles rencontrent de riches messieurs et commencent à échafauder des projets futurs où luxe et volupté sont les maîtres mots.

Mais si la vie était aussi simple, ça se saurait, et le film serait rapidement terminé.

Nous allons donc suivre trois destins en parallèle avec tous un point commun : elles ne finiront pas avec celui qu'elles espéraient.

Trois bombes !

- Betty Grable, qui fut l'égérie des soldats américains pendant la deuxième guerre mondiale ;

- Lauren Bacall, l'épouse de Bogart, avec sa voix grave et sensuelle ;

- Marilyn, bien entendu, plus besoin de la présenter.

 

Même si Betty Grable est plus âgée, elle ne détone pas dans cette comédie faussement féministe. Parce que malgré le fait que ces trois superbes actrices se partagent la vedette, leurs aspirations n'ont rien de féministes [Rappel : Simone de Beauvoir a écrit Le deuxième Sexe quatre ans auparavant...]. Que cherchent-elles ? Un mari riche qui satisfera leur moindre désir. Il faut dire que nous sommes aux Etats-Unis dans la première moitié des années 1950, et que la cause féministe n'est pas d'actualité au cinéma. Pour preuve, il suffit de bien observer les musiciens de l'orchestre dirigé par Alfred Newman : à part les deux flûtistes, il n'y a que des hommes ! Et le format Cinemascope n'arrive pas à masquer ce fait.

Quoi qu'il en soit, nous nous régalons de ces trois jeunes femmes aux hautes aspirations qui finalement succombent à l'amour à défaut d'argent.

La palme revenant à Lauren Bacall qui fera tout pour épouser un vieux riche (J. D.), alors qu'elle aime un jeune homme (pas assez bien pour elle, bien entendu...). Elle montre aussi qu'on peut être intellectuelle et froide et succomber à la passion... Avec humour !

 

Negulesco s'amuse avec ces trois femmes. Chacune a droit à un clin d'œil particulier :

- Betty Grable : Loco pense reconnaître Harry James à la radio et bien entendu, elle se trompe. Mais le plus comique, c'est que H. James était son mari à l'époque.

- Lauren Bacall : Pour épouser un homme riche, même vieux, Schatze annonce qu'elle aime les hommes d'âge mûr, et de préciser : « Par exemple ce vieux type, comment il s'appelle? Celui qui joue dans La Reine africaine. Je suis folle de lui ! » (Vous savez tous que c'est Bogart qui le jouait)

- Marilyn Monroe : elle est mannequin comme les deux autres, et lors d'un défilé, elle porte un ensemble « Diamonds are the girls' best Friend », titre de la célèbre chanson qu'elle interprétait dans son film précédent (Gentlemen prefer Blondes).

 

Donc, beaucoup d'humour, et des actrices waouh !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lon Chaney, #Rupert Julian, #Horreur
Le Fantôme de l'Opéra (The Phantom of the Opera - Rupert Julian, 1925)

Lon Chaney était « l'Homme aux mille visages ».

Pourtant, ici, pour voir son visage, il faut attendre trois quarts d'heure. Le reste du temps, il porte un masque.

Mais l'attente est comblée. Rarement, on a vu un visage aussi défiguré. Il y a de la laideur, de la méchanceté et beaucoup de désespoir dans ce visage.

Comme Lon Chaney ne peut pas toujours montrer son visage, il se rattrape avec ses mains. Elles sont elles aussi très expressives et participent beaucoup à l'intrigue.

L'intrigue ?

Un sortilège entoure l'Opéra Garnier. Un fantôme y rôde et y fait la pluie et le beau temps. Il réussit à remplacer la grande vedette Carlotta (Mary Fabian) par sa doublure Christine Daaé (Mary Philbin).

Mais cette promotion a un prix : elle doit aimer en retour le fantôme à qui elle doit sa renommée. Mais Christine aime Raoul de Chagny (Norman Kerry).

Encore une fois, Lon Chaney a un rôle d'amoureux frustré. Erik, comme plus tard Alonzo (L'Inconnu), aime sans retour. Mais cette fois-ci, quand le masque tombe, on comprend pourquoi. Il est à noter que Mary Philbin, quand elle enlève le masque voit pour la première fois le visage que s'est fait Lon Chaney. Sa répulsion devenant tout d'un coup moins feinte.

Il faut dire que ce visage fut l'un des coups les plus étonnants du cinéma. On avait même prévu des sels dans la salle de cinéma pour d'éventuels évanouissements...

On est aussi frappé par l'utilisation de la lumière et de la couleur dans ce film.

De nombreux filtres de couleurs émaillent ce film, le rapprochant des couleurs réelles. La scène du bal costumé étant par ailleurs la seule rescapée de toutes celles qui furent tournées en couleur. Et grâce au travail dirigé par Kevin Brownlow (loué soit son nom...), nous pouvons maintenant apprécier ce film dans une copie de bonne facture où le brouillard des mauvaises copies a été effacé, nous permettant de savourer une heure trente-quatre de Lon Chaney.

Et puis il y a les ombres. On se croirait presque dans un film allemand de la même époque.

D'ailleurs, le fantôme est avant tout une ombre qu'on aperçoit sur des murs, dans des décors sombres. On ne sait s'il existe réellement.

Ce rôle extrêmement marquant est l'un des plus significatif de Lon Chaney. On ne peut oublier Erik, cet ange du mal qui  n'a rien à envier au Méphisto du Faust qui est joué sur la scène de l'Opéra. Oui, Lon Chaney a souffert pour ce visage : son nez saignait, sa peau était tirée par des élastiques et de petits crochets... Lon Chaney reste Lon Chaney !

Mais Erik, malgré son apparence monstrueuse, est humain. C'est un amoureux désespéré. Tout, dans son attitude le montre. Quand il pense avoir trouvé l'amour auprès de Christine, il se rend compte qu'il n'en est rien. Elle aura beau lui promettre de l'aimer pour sauver son amoureux, il se rend compte qu'elle n'en fera rien. Alors Erik n'a rien à perdre. Et sa fin tragique est empreinte d'un désespoir grandiose,  la seule possible pour un personnage qui était devenu complètement fou.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bertrand Tavernier, #Drame
Coup de Torchon (Bertrand Tavernier, 1981)

Bourkassa, Afrique occidentale française, 1938.

Nous sommes à la veille de la guerre. Plus précisément, à la veille des Accords de Munich.

A Bourkassa, Cordier (Philippe Noiret) est le policier de la ville.

Dans la ville, on trouve de tout : des colons blancs, des colonisés noirs, une femme battue par son mari, ce même mari qui bat son serviteur (noir), une sœur et son frère, et deux maquereaux notoires.

Cordier n'est pas ce qu'on peut appeler le « mauvais flic ». Non. C'est plutôt un pauvre bougre, au mauvais endroit, au mauvais moment.

Tout le monde profite de lui, de sa nonchalance qu'on prend pour de la lâcheté. Alors évidemment, il n'arrête jamais personne.

Jusqu'au jour où tout bascule. Il est investi d'une mission : remettre les choses en ordre. Alors il s'y applique. Et les cadavres s'amoncèlent. Les maquereaux d'abord, puis le mari... Quand on a tué une fois, c'est toujours plus facile ensuite.

 

Bertrand Tavernier et Jean Aurenche adaptent un roman américain qui se situe dans le Sud des Etats-Unis. Mais de quelle façon ! Tout est pesant. Le soleil de plomb, l'atmosphère, les relations humaines.

Au milieu de tout ceci, Lucien « poil au chien » Cordier. Le brave Cordier. Incapable du moindre mal. Et pourtant.

Philippe Noiret campe un Cordier très juste, très humain. Pas de grandiloquence, pas de surjeu. Il est humain quand il prend la défense des Noirs, humain aussi quand il entre dans le lit de Rose (Isabelle Huppert). Et comme Rose est battue par son mari...

Ce qui commence comme une sorte de règlement de comptes se mue rapidement en quête spirituelle. Cordier n'est plus un assassin. Il est un envoyé divin, un outil de la puissance divine. Une sorte de catalyseur qui va aider à purger le mal dans la ville. Il n'y a nulle animosité chez ce fonctionnaire. Seulement de la pitié.

Et puis finalement, ses meurtres arrangent bien tout le monde.

Alors Cordier balance un immense coup de torchon sur la ville.

Et au final, il se retrouve seul. Seul avec sa conscience - claire, il n'a fait que ce qui devait être fait.

Mais bougrement seul, tel un fantôme, errant en attendant le jugement dernier.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache - John Ford, 1948)

Immanquable : John Wayne et Henry Fonda sur la même affiche !

Deux légendes du cinéma et du western se rencontrent enfin. La prochaine fois, ce sera pour Le Jour le plus long, mais ils ne seront même pas ensemble dans une scène.

Il s'agit d'un premier opus ayant pour sujet la cavalerie régulière. Suivront deux autres films (La Charge héroïque et Rio Grande) autour du même sujet.

On pourrait presque parler de passage de témoin. Fonda fut un acteur privilégié de Ford (Vers sa Destinée, Les Raisins de la Colère, La Poursuite infernale…), toujours dans des rôles de justiciers. Mais cette fois, c’est de lui que le scandale arrive. Ou plutôt la déroute.

 

Fraîchement nommé à Fort Apache, Owen Thursday (Henry Fonda) dirige d’une main de fer un poste de cavalerie sans grande importance ni grande histoire. Il débarque avec sa fille Philadelphia (Shirley Temple), et décide de tout changer.

Fort Apache est un fort typiquement fordien. Il y règne une ambiance familiale où la discipline s’adresse surtout aux nouvelles recrues. On y vit tranquillement, dégustant à l’occasion un peu de whisky plus ou moins frelaté (dans le punch, par exemple...). On retrouve là le microcosme fordien : tous ces gens qui forment une communauté, s'aident si besoin est, et surtout accourent dès qu'il se passe quelque chose sortant de l'ordinaire. Quant à la femme forte (autoritaire), c'est Mrs O'Rourke (Mae Marsh), mère et femme de soldats, à qui on ne la fait pas.

Alors quand Thursday débarque et change les règles, ça fait un peu grise mine.

 

Il faut dire que les acteurs choisis pour interpréter les soldats sont des habitués des films de Ford : Victor McLaglen (Mulcahy), Jack Pennick (Schattuck) ou Ward Bond (O’Rourke Sr.) pour ne citer qu’eux. [A noter une apparition de Francis Ford (frère de l’autre) dans un rôle qui rappelle Steamboat round the Bend]

Nous avons ici du grand Ford (en est-il autrement ? Ne parlons pas de Tobacco Road…).

Alors nous assistons aux incontournables : le square dance (il y en a deux) et la boisson, où McLaglen est bien entendu mis à contribution.

 

Mais Le Massacre de Fort Apache, c’est avant tout l’histoire d’une déroute annoncée. Celle de cette unité de cavalerie qui chargea à sa perte, suivant les ordres d’un officier aveuglé par l’orgueil. Malgré les mises en garde de York, Thursday ira jusqu'au bout de son plan insensé. On retrouve cette obstination dans deux films de guerre : Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick et Gallipoli de Peter Weir. Là encore, des soldats seront sacrifiés grâce à la bêtise des généraux.

Ici, Ford prend le parti des Indiens contre cette technocratie washingtonienne représentée par Meacham (Grant Withers), qui achète la paix indienne contre des fusils et du whisky frelaté. Mais les fusils se retournent contre les fournisseurs, dans une charge dérisoire et on ne peut plus meurtrière.

 

J'ai parlé d'un passage de témoin pour deux raisons :

- le colonel Thursday sera remplacé par York à Fort Apache.

- Henry Fonda ne jouera plus directement dans un film de Ford (Il joue dans La Conquête de l'Ouest, mais dirigé par George Marshall). Avec la mort de Thursday, c'est la fin de Fonda chez Ford. Wayne prendra sa place comme interprète privilégié, jusqu'à La Taverne de l'Irlandais.

 

Certes, cette charge n’a jamais existé. Mais on pense à Custer à Little Big Horn, quand on voit Thursday blessé retourner au front pour y mourir. Et quand les journalistes viendront se renseigner sur ce qui s’est passé, York (John Wayne) ne reniera pas le courage et l’abnégation de cet homme un tantinet exalté voire carrément fou qui accompagna ses hommes à l’abattoir. Parce que comme il le fera dire plus tard dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « Si la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Mais on sent chez York une désillusion quant aux guerres indiennes qui ne quittera pas les personnages de John Wayne avec Ford, le point culminant étant La Prisonnière du Désert, mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Roman Polanski, #Drame
Tess (Roman Polanski, 1979)

Quel gâchis !

Tout ça parce qu’un pasteur s’intéresse à la généalogie.

Alors Jack Durbeyfield (John Collin) devient Sir John d’Urberville et toute la vie de sa famille est changée.

Tess (Nastassja Kinski, merveilleuse), sa fille, aurait pu faire une très bonne institutrice. Mais non. Elle doit « réclamer » son nom.

A qui ? A d’autres d’Urberville. Des Stoke. En clair : des faux.

Mais quand on a toujours été pauvre, c’est difficile de faire valoir des droits. Alors Tess accepte tout, et n’importe quoi. Elle devient même la maîtresse du fils de la maison, le séduisant Alec (Leigh Lawson), son « cousin ».

Mais si elle quitte cette maison, il en restera des traces. Et ces traces ne s’effaceront pas de sitôt. Il faudra du temps. Beaucoup de temps.

Et quand elles se seront effacées, il ne restera plus de temps, ou si peu.

 

Roman Polanski nous offre l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. Et il permet à une toute jeune actrice de crever l’écran. Nastassja Kinski est sublime. Elle incarne à merveille cette jeune fille qui mûrit doucement et devient (très) progressivement une femme. Femme malheureuse, mais femme tout de même. Que d’affres elle doit endurer pour arriver à sa véritable libération et son plus grand amour.

Et quel prix à payer.

Sans cesse déçue par la vie, elle erre. Elle erre dans une Angleterre rurale et pudibonde, traînant son nom prestigieux comme une marque d’infamie : depuis la révélation paternelle, jamais la vie ne lui sourit. Sans cesse, elle s’enfonce dans la solitude et le désespoir.

 

Quand elle rencontre Angel (Peter Firth), on imagine enfin une lueur dans sa vie terrible. Mais cette lueur s’éteint une fois le mariage prononcé, Angel n’étant pas prêt à accepter le passé honteux de Tess. Alors Tess repart sur les routes et reprend cette vie d’errance, espérant secrètement un rappel de son mari.

Lentement, Polanski développe le destin – tragique – de Tess. La scène du mariage – raté – est d’une grande importance. Alors qu’elle a avoué sa faute à son mari, il s’en va, la laissant seule avec son passé, dans cette salle à manger vide, où, sur une banquette, git une corde : objet prémonitoire de son destin funeste.

Elle le rejoint, mais il continue sa route. Elle repart, dans l'autre sens. Nouvelle occasion manquée.

Tess n'atteindra jamais le bonheur. Ou si peu de temps.

 

En plus d'une belle histoire d'amour, nous avons droit à des images superbes. Beaucoup de brumes, de temps automnal. Nous sommes dans une toile. Polanski use d'un sfumato donnant une impression de rêve. Rêve pour le spectateur, plutôt cauchemar pour Tess. Le crépuscule, cette période où on ne sait très bien si le soleil se lève où se couche est très présent dans cette œuvre. L'une des plus belles illustrations étant quand les filles de la ferme Crick observent Angel dans le soleil couchant, la fenêtre tantôt éclairée par les rayons, tantôt éclairant les jeunes filles.

Deux crépuscules sont importants :

  • Quand Tess et d'autres jeunes filles, au tout début, participent au bal de son village ;
  • Quand le soleil se lève sur Stonehenge, à la toute fin du film, accompagnant Tess vers son destin tragique

 

Tess a donc vécu une longue nuit, cette longue nuit prenant fin à Stonehenge, site « païen » dédié au retour de la vie, alors que paradoxalement elle marche vers la mort.

Mais cette mort n'est pas une fin en soi. C'est ce qu'elle appelle de tous ses vœux tout le temps.

 

Et la seule question qui la hante et qu'elle pose à Angel - « est-ce qu'on se retrouvera après ? » - devient son espoir, sa planche de salut dans un monde supposé meilleur. Après.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner, #Comédie dramatique
Sans plus attendre (The bucket List - Rob Reiner, 2007)

Il y a toujours, chez Rob Reiner, des alliances improbables : une princesse et un valet de ferme, un homme brun et une femme blonde... Ici, ça ne rate pas : un riche directeur d'hôpitaux et un mécano.

Bref deux personnes que rien ne devait relier. Et pourtant.

Pourtant, il suffit d'un crabe opiniâtre pour que ces deux extrêmes se rencontrent et se trouvent. Parce qu'en plus - et c'est toujours le cas avec Reiner - c'est une histoire d'amour.

Ces deux hommes que tout sépare se retrouvent dans la même chambre d'hôpital, avec les mêmes symptômes et une espérance de vie se réduisant comme peau de chagrin.

Rapidement, nous passons d'un rapport riche-pauvre où le riche est arrogant voire désagréable à une coexistence qui se mue doucement en complicité.

Jusqu'au grand saut.

Non. Pas la mort. Justement. C'est parce qu'ils se savent condamnés qu'ils décident de réaliser leur plus grands rêves avant de partir définitivement. Et cette quête de sensations se mue tranquillement en quête spirituelle, malgré eux, pour atteindre des sommets qui sont aussi physiques.

Le tandem Jack Nicholson - Morgan Freeman ajoute à la dissemblance des personnages. D'un côté, Nicholson et son visage de fou, et de l'autre Freeman toujours impeccable, toujours dans la retenue.

Mais...

Ca marche. On rit de ces deux morts en sursis, et on se prend à espérer une quelconque rémission. Mais la mort frappe sans distinction et l'issue fatale est inévitable.

Quoi qu'il en soit, les pérégrinations de ces deux jeunes vieux ne nous laissent pas indifférents. L'alchimie fonctionne et tout le monde prend du bon temps : le spectateur, les acteurs et le metteur en scène.

Mais au bout du compte, s'ils parcourent le monde à la recherche de sensations fortes ou de choses sublimes, c'est pour mieux revenir chez eux et vers les leurs, la base de leur vie. Et si c'est plus simple pour l'un que pour l'autre, au final, ils y arriveront. Et cette liste de choses à faire avant de mourir s'accomplira. Cette liste à l'origine personnelle devenant au passage collective, ces deux complices ne pouvant l'accomplir l'un sans l'autre.

 

Une très belle réflexion de vie. Avec, comme toujours chez Reiner, un certain sentiment de bien-être à la fin, un peu comme chez Capra...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Horreur
Freaks (Tod Browning, 1932)

C'est l'émoi au cirque : un enfant est né. Et pas n'importe quel enfant, celui de la femme à barbe.
Alors Phroso (Wallace Ford) se rend à son chevet pour nous donner (avec humour) un indice : c'est une fille.

Parce que Phroso travaille comme clown dans le cirque. Et ce cirque ressemble beaucoup à celui de Phileas T. Barnum : on y rencontre à chaque coin du village nomade un « monstre ».

Ces monstres sont ce qu'on appelle des « accidents de la nature » : femmes sans bras ou à barbe ; homme squelette ou simple tronc ; et bien entendu, divers nains.

Parmi ces derniers : Hans (incontournable Harry Earles).

Hans vient d'Allemagne et est fiancé à Frida (Daisy Earles), une jeune écuyère, naine comme lui. Mais...

Mais Hans aime une grande. Et pas n'importe laquelle : Cleopatra, la belle trapéziste (Olga Baclanova).

Et c'est là que ça devient intéressant. A force de cadeaux, Hans réussit à épouser Cleopatra. Mais...

Mais si Hans aime la trapéziste, Cleopatra, elle, aime la fortune de son mari.

 

Ce film aurait très bien pu s'appeler Le Code des monstres. Car la base de la résolution de l'intrigue est tirée de ce code : offenser l'un d'entre eux, c'est les offenser tous.

Tod Browning revient à ses premières amours : le cirque. Dans sa jeunesse, il a fréquenté cet univers, ayant rejoint très tôt une troupe de « monstres ». Et son cinéma s'appuie beaucoup sur ces phénomènes de foire. Qu'ils soient de nature innée ou accidentelle. Et son acteur fétiche pour ces monstres était, bien entendu, l'incomparable Lon Chaney, roi du maquillage, empereur de la transformation.

Mais quand Browning commence Freaks, Chaney est mort d'un cancer du larynx, victime de ses produits de maquillage. Alors Browning passe au stade supérieur : plutôt que d'avoir un accord super transformiste, il prend de véritables curiosités de foire, des « accidentés » de la vie malgré eux. Et ils sont tous là. Certains feront même carrière dans le cinéma (Johnny Eck dans Tarzan, Angelo Rossito dans Mad Max III entre autres...).

Et en plus, Browning rend ces monstres sympathiques, capables aussi d'humour. Parce que l'humour est essentiel dans ce film. Il en fallait pour ôter le côté voyeur et parfois dérangeant qui fit la renommée de ces phénomènes. La relation entre Violette, mariée à Roscoe (Ates) et sa sœur siamoise Daisy, célibataire mais qui va se fiancer est formidable d'humour et de réflexion. Comment peut-on vivre avec un homme marié quand on a une sœur siamoise célibataire ? Et comment vont-ils tous vivre une fois que Daisy sera mariée ? La réplique du nouvel arrivant à son futur beau-frère vaut à elle-seule son pesant d'or : « Il faudra venir nous voir de temps en temps. » Et puis le visage de Violette quand sa sœur et son fiancé s'étreignent apporte (comme s'il n'y en avait pas déjà assez) une sacrée dose d'ambigüité.

 Mais si ce film est un plaidoyer pour la différence, c'est aussi une formidable occasion de montrer au monde qu'on a beau être différent, on n'en demeure pas moins humain. Il y a plus d'humanité dans ces monstres que dans l'esprit de Cleopatra et son complice Hercule (Henry Victor).

Et Browning va les filmer dans leur vie normale. Ils vivent, mangent, discutent, NORMALEMENT. Leur étrangeté n'est visible que par les yeux des autres, ceux qui les considèrent inférieurs. Et l'intervention de MmeTetralini (Rose Dione) résume assez bien ce qu'il faut penser de beaucoup d'entre eux : des enfants. Différents peut-être, mais avant tout des enfants.

La scène certainement la plus impressionnante étant quand Prince Randian, l'homme tronc, s'allume une cigarette. Mais quand la femme sans bras boit une bière est aussi impressionnante. On pense à Lon Chaney (encore lui) dans l'Inconnu. Mais cette fois-ci, c'est pour de vrai. Et c'est cette authenticité qui fait de ce film l'un des plus impressionnant du cinéma.

Ce film est avant tout une réponse de la MGM à Universal qui venait de se lancer dans une série de films mettant en scène des créatures maléfiques voire horrifiques dont Browning fut l'un des acteurs avec son Dracula. Ce sont Frankenstein, Dracula et l'Homme invisible qui viennent d'être proposés aux spectateurs, et qui ont connu un franc succès. La MGM, qui ne voulait pas être en reste récupéra Browning et lui fit tourner un film de monstres avec...De vrais monstres !

Ce fut un véritable fiasco. Le film, en plus d'être boudé par le public, fut mutilé, une partie de la violence finale des monstres enlevée, devenant suggérée. Il s'agit du dernier argument de Browning : ces monstres sont totalement humains et capables, eux aussi des pires atrocités quand on s'attaque à eux.

 

Il faudra trente ans pour que Freaks soit reconnu comme le chef-d'œuvre qu'il est.

 Le public, alors, n'était pas prêt. Le serait-il aujourd'hui ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Drame
Marie-Octobre (Julien Duviviers, 1958)

De temps en temps, le cinéma se permet des productions théâtrale.

C'est le cas de ce film, où dix personnes se retrouvent dans une pièce le temps d'une soirée.

Pas d'autre décor. Un grand salon/salle à manger un soir de catch à la télé.

Ces dix personnes ? Dix compagnons de lutte pendant la deuxième guerre mondiale. Les survivants d'un réseau de résistance qui fut dénoncé  à la Gestapo, le chef étant tué dans l'intervention.

Mais si, quinze ans après,  ces dix personnes sont réunies ce soir, ce n'est pas que pour évoquer le bon vieux temps. Il s'en est passé des choses, en quinze ans. Chacun a une nouvelle situation. Toutes honorables. Et sans cette invitation, chacun aurait continué à ignorer la nouvelle vie des autres.

Mais Marie-Octobre veillait. C'est elle qui est à l'origine de cette rencontre : elle a appris que l'un d'entre eux était le traître qui a vendu le réseau aux Allemands.

S'ensuit une enquête afin de faire la lumière sur les événements de cette soirée funeste.

 Le tour de force de ce film, c'est bine entendu le respect (relatif) des trois unités. En effet, unités d'action, de lieu et de temps sont bien là, même si on a des doutes quant au temps qui passe. Mais l'enchaînement évident de l'action nous fait croire qu'il s'agit d'une heure trente de délibération autour d'une page peu glorieuse de l'histoire d'un réseau. Car il y a eu une planche pourrie, et, rassurez-vous, on la découvre avant la fin.

 L'autre force de ce film, c'est sa distribution. Autour de la star interprétant le rôle-titre on trouve une pléiade de gloires du cinéma français : Blier, Ventura, Meurisse et la formidable Danielle Darrieux, pour ne citer qu'eux. Ces personnes représentent l'union nationale face à la barbarie nazie. On trouve un ancien truand reconverti dans le club de strip-tease (Ventura), un médecin (Daniel Ivernel), un contrôleur des contributions (Noël Roquevert), un imprimeur (Serge Reggiani), un boucher (Paul Frankeur), un avocat (Blier), un plombier (Robert Dalban), une modiste (Darrieux) et un industriel (Meurisse) et même un prêtre (Paul Guers). Tous ces braves gens sous l'œil vigilant de Victorine,  la gouvernante (Jeanne Fusier-Gir).

Tous ces gens d'horizons différents accréditent les valeurs républicaines : de liberté, dans le combat qu'ils ont mené pour elle ; de fraternité, car la vie en réseau leur a conféré un lien fort pendant ces années terribles ; d'égalité enfin, puisque aucun, malgré son origine sociale ou politique n'est au-dessus d'un autre. Même politiquement, ces gens sont différents. Il faut voir Blier avouer venir des mouvements fascistes, sans vergogne ni fierté. Mais tous avaient le sens du bien commun, de la France éternelle.

Alors apprendre que l'un d'entre eux les a donnés fait l'effet d'un séisme. Et les réactions sont très contrastées. L'un veut tuer illico le responsable, l'autre (le prêtre) appelle à la clémence et au pardon. Un troisième s'en balance, et préférerait regarder le catch en rigolant un bon coup. Mais dans l'ensemble, c'est le doute qui prime. Peut-on juger un événement quinze ans après les faits, quand la vie a recouvert toute cette période terrible ? Peut-on tuer pour des faits apparemment prescrits ? Et puis le contexte a changé. On ne peut plus tuer impunément. Il y a une loi, et cette éventualité relève plus de la vengeance que de la justice.

Et puis il y Marie-Octobre. C'est le seul élément féminin du réseau (Victorine n'en faisait pas partie). C'est elle qui donne son titre au film. C'est par elle que tout commence, et c'est donc elle qui conclura cette histoire.

Entretemps, c'est elle la véritable responsable (involontaire !) de cette trahison. C'est à cause d'elle, que le réseau a été dénoncé, à cause d'elle que l'un d'eux est mort. Parce que derrière cette histoire patriote, il y a une histoire d'amour tragique.

 Et puis avec Julien Duvivier, ça ne pouvait pas être autrement qu'une histoire d'amour tragique.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gavin O'Connor
Jane got a Gun (Gavin O'Connor, 2015)

Il ne s'agit pas ici d'une féminisation du film de Dalton Trumbo . Même si on y pense dès la lecture du titre. Pas de guerre mondiale, pas d'hôpital.

Un western. Un vrai, avec des bons et des méchants et une bonne dose de réalisme chère à Sergio Leone. En effet, les personnages masculins semblent s'être échappés des films du maître italien. Mais...

Mais il y a une femme. Elle s'appelle Jane (Natalie Portman), vit retirée avec son « mari » Bill Hammond (Noah Emmerich), qui rentre après avoir eu une explication avec un vieil ennemi, John Bishop (Ewan McGregor, méchant distingué). Résultat : cinq balles dans le buffet, avec en prime une chasse à l'homme. Alors Jane, seule, va trouver son seul allié potentiel, Dan Frost (Joel Edgerton), qui fut en outre son premier fiancé.

Pendant que Bishop recherche Bill, Jane et Ned préparent le siège qui aura inévitablement lieu.

 

Pendant longtemps, les rôles de femmes dans les westerns étaient restreints. On trouvait la jeune fille/femme courtisée avec qui le héros s'en allait fonder une famille. Il y avait aussi la femme mûre qui s'occupait des autres, et l'incontournable prostituée (au cœur plus ou moins grand). Et puis Calamity Jane. Mais comme cette dernière portait un flingue, le était plutôt asexuée.

Alors quand on annonce que Jane a reçu un flingue (titre francisé), on pouvait craindre une femme dans le genre hommasse, prompte à la gâchette, et flinguant à vue. Or Jane, c'est Natalie Portman. Difficile donc de faire hommasse...

Jane est une vraie femme : elle s'occupe de son intérieur, fait la lessive, des bocaux... Bref, une vraie femme de l'Ouest qui attend le retour de son mari. Mais.

Mais elle sait se servir d'un revolver (d'où le titre).

En plus du siège qui se prépare, Jane se trouve à la croisée des chemins. D'un côté son mari moribond, de l'autre son ex-fiancé qui est revenu. Alors Jane se souvient. Elle se souvient de Ned, et aussi de Bill, comment ils sont entrés et sortis de sa vie, pour se retrouver dans le cercle rouge : tous les trois dans cette maison isolée. Mais les souvenirs qui remontent touchent aussi Dan, qui lui aussi se souvient : comment il a quitté Jane (« quelle connerie la guerre »), et comment il l'a perdue...

Et le lien entre leurs deux vies séparées : John Bishop, méchant distingué. Bishop est élégant, parle avec distinction. Mais ne vous y fiez pas, c'est une magnifique crapule, réduisant à la prostitution les jeunes femmes faibles qu'il était censé protéger.

Tout est donc prêt pour un règlement de compte formidable. Et on n'est pas déçu.

Et ça se termine bien (enfin, ça dépend du point de vue).

Mais on a un léger regret quant au film : il manque cette pointe d'humour qui pimentait les westerns des grands maîtres (Ford, Walsh & Hawks, pour ne citer qu'eux...).

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