Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Grande Dame d'un jour (Lady for a Day - Frank Capra, 1933)

Annie (May Robson) vit à New York. Elle a une fille (Jean Parker) qui vit en Espagne et qui va bientôt venir la visiter : elle doit se marier avec le vicomte Carlos (Barry Norton). Depuis le temps que Louise (la fille d’Annie) lui raconte les épisodes de sa vie fastueuse, le comte Romero (Walter Connolly), père de Carlos, veut rencontrer cette grande dame.

Seulement voilà : Annie vit de la vente de ses pommes qu’elle propose à la sauvette sur les grandes artères de la Grosse Pomme… Et si elle envoie des lettres à l’en-tête d’un hôtel luxueux, c’est parce qu’elle a un ai qui y travaille.

Heureusement, elle peut compter sur Dave « The Dude » (Warren William), truand notoire au grand cœur, auquel les pommes d’Annie ont toujours porté chance.

Sur lui et aussi sur Frank Capra…

 

« Vous croyez aux contes de fées j’espère ? »

Cette réplique que le Dude adresse au commissaire (Wallis Clark) résume très bien le ton du film : il s’agit d’un conte de fées moderne, où les fées se sont transformées en voyous au grand cœur. Tout est bon pour permettre à Apple Annie de ne pas perdre la face. Et il n’est pas totalement étonnant de voir un bandit à l’œuvre : la tendance en 1933 est au changement d’attitude par rapport aux gangsters, plus question de les admirer pour leurs prouesses criminelles, et le code Hays va enfoncer le clou. Mais en attendant, on trouve toujours quelques truands gentils dans le cinéma hollywoodien : à aucun moment d’ailleurs, on ne verra une quelconque exaction du Dude (1), sa réputation parle pour lui.

 

Et Capra, aidé par le scénario de Robert Riskin (c’est le second film d’une collaboration qui se révèlera très fructueuse), qui n’en est pas à son coup d’essai déroule : c’est un microcosme de petites gens qui peuple son film et lui donne une truculence attachante. On retrouve la solidarité indispensable qui baigne les films de Capra : ce sont les gens comme Annie qui vont démarcher le Dude pour qu’il intervienne. Ces gens sont bien loin de ceux de la Haute qu’on pourra apercevoir dans la dernière partie du film : des mendiants plus ou moins handicapés (aveugles, cul-de-jatte…), mais aussi les voisins de la vieille femme qui apprécient pleinement chaque fois qu’elle passe un disque sur son gramophone… Les laissés pour compte de la vie. Ce n’est pas encore la faune bigarrée de You can’t take it with you, mais on n’en est pas loin.

 

Et Capra s’amuse avec ses truands : outre Happy McGuire (Ned Sparks) qui ne sourit à aucun moment (2), c’est une brochettes de personnages frustes, incapables de retenir deux lignes de texte pour donner une bonne impression à une réception arrangée pour mettre en valeur la « grande dame d’un jour ». Sans oublier le « juge » Henry G. Blake (Guy Kibbee) dont le prétoire n’est rien d’autre qu’une salle de billard. Et au milieu de tout ce petit monde, on trouve un Dude qui doit batailler ferme pour arriver à quelque chose. Surtout avec la police qui va faire s’écrouler son projet : arrêté, il ne peut aller avec sa clique à la réception.

 

Mais c’est toujours quand on atteint le point culminant de la tragédie qu’on reconnaît un grand réalisateur de comédies. Et on en arrive à la réplique énoncée ci-dessus : nous sommes dans un conte de fées. Et la magie opère, relevant alors du miracle : la réception d’Annie est sauvée au moment où tout semblait désespéré. Au cinéma, n’oublions jamais que tout est possible.

 

Et puisqu’on parle de miracle, en 1961 Capra sortira une nouvelle version de cette Grande Dame d’un jour (on n’est jamais si bien servi que par soi même…), dont le titre original s’intitule tout naturellement Une Poche pleine de miracles (3)…

Mais ceci est, encore une fois, une autre histoire qui n’est pas une autre histoire…

 

  1. Certes, les journalistes sont mis au secret sur son ordre, mais c’est pour une bonne cause…
  2. « Happy » signifie heureux…
  3. Pocketful of miracles

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Robert Schwentke
The Captain: L'Usurpateur (Der Hauptmann - Robert Schwentke, 2017)

C’est un homme qui court, en noir et blanc. Il a le visage un brin ensanglanté et on entend un clairon (mal) sonner. Cet homme, c’est un soldat. Quand le champ s’élargit, on voit qu’il est poursuivi par un véhicule militaire dans lequel des hommes sont debout et lui tirent (mal) dessus. C’est un soldat allemand, poursuivi par d’autres soldats, eux aussi allemands.

En cette fin de Deuxième Guerre Mondiale, les militaires dont la chasse aux déserteurs. Et cet homme poursuivi en est un.

Une fois qu’il a échappé à ses poursuivants, notre homme découvre une voiture abandonnée. Dedans, une valise avec un uniforme de capitaine, et même un livret militaire. Après une courte hésitation, il endosse l’uniforme et va devenir le capitaine Herold (Max Hubacher), en mission spéciale pour le Führer afin d’évaluer la situation à l’arrière du front.

 

Après le décevant Divergente 3, Robert Schwentke se retourne vers ses racines et va tourner en Allemagne, d’après une histoire vraie, celle de Wili Herold qui fut condamné à mort avec ses hommes pour crimes de guerre (environ 125 victimes). A sa mort, il avait 21 ans. Comme quoi la valeur n’attend pas le nombre des années…

Et en plus de tourner dans un superbe noir et blanc, Schwentke joue avec le scénario (qu’il a aussi écrit) : cet homme poursuivi a toute notre sympathie (1) : peut-on en vouloir à un soldat de déserter ? Et encore plus quand la guerre est perdue (2)… Mais la découverte de la voiture est le basculement nécessaire au scénario : sans cette voiture, pas d’usurpation. Pas de crime ? Je n’irai pas jusque là. Herold est un abominable salaud, écoeurant jusqu’aux autres officiers du camps n°2 dans lequel il va exécuter sans procès 90 prisonniers qui encombrent les nazis.

 

Et Schwentke va sans cesse jouer sur deux tableaux : on veut (presque) croire que Herold est un type bien. Sa première exécution ressemble à un rite de passage : il tue un déserteur pour donner le change à ceux qui sont autour de lui. C’est aussi une façon de faire authentifier son mensonge et donc de faire passer son usurpation. Mais plus le film avance et moins il a de circonstances atténuantes. Et même s’il dit à son aide de camp Freytag (Milan Peschel) que les hommes qu’il va faire exécuter vont de toute façon mourir, cela ne l’exonère en rien de ses crimes. Pire : il va partager sa culpabilité de manière tout à fait ignoble : ce sera Freytag (3) tout d’abord qui se tient toujours en retrait des exactions de son supérieur, à qui il demandera d’achever un fusillé ; puis les acteurs à qui il demandera d’exécuter d’autres prisonniers. Cette façon de procéder est franchement abjecte : une fois la première victime tuée, on ne peut plus faire marche arrière.

 

Et si le film a commencé par une séquence bizarre, rappelant sur certains points le surréalisme (la poursuite au son du clairon mal joué), celle qui va clôturer (provisoirement, voir ci-dessous) le film relève cette fois-ci plus du rêve voire du symbole qu’autre chose : ce capitaine s’en va, traversant une plaine jonchée de squelettes jusqu’à disparaître dans la forêt avoisinante. Si cette (presque) ultime scène relève du cauchemar, elle fait aussi écho à la suite que nous ne verrons pas : arrêtés, Herold et ses hommes devront déterrer toutes les victimes du camp dans lequel ils auront « officié ».

 

Quand lez film se termine, deux intertitres silencieux nous relatent ce qu’il advint de cet ignoble individu. Sans musique. Et d’une certaine façon, c’est l’absence de musique qui domine tout au long du film. Mais ce n’est pas pour autant un film silencieux : la bande son est très importante, mettant l’accent sur le bruit (donc pas vraiment agréable) plus ou moins naturel, renforçant l’aspect terrible et brut (voire brutal) de l’intrigue, sans soutien musical.

 

Et dans la séquence finale qui va se dérouler pendant le générique de fin, Schwentke réussit un dernier coup de force : d’une certaine façon, on peut y établir un parallèle avec le film en lui-même : on retrouve ce commando dans le blindé qui l’a amené dans la dernière ville. On se dit que Schwentke nous propose quelques rushes supplémentaires. Mais rapidement le plan se décale par rapport à la séquence précédente et on aperçoit des vitrines d’échoppes qui n’ont rien en commun avec celles de 1945. Puis ce sont les voitures qui jonchent le parcours (garées ou en mouvement) qui sont celles d’aujourd’hui, tout comme les personnes qui voient ce curieux cortège évoluer.

Une dernière séquence qui crée un nouveau malaise : ces soldats de cinéma se comportent de la même façon que dans le film lui-même, un peu plus de 70 ans après, les exécutions en moins.

Ne serait-ce pas pour nous montrer que nous ne sommes pas à l'abri d'un tel retour ?

 

PS : une séquence est en couleurs, mais pour un daltonien comme moi, ça ne fait pas beaucoup de différence…

 

  1. La mienne, en tout cas.
  2. Ce que confirmera un contre-amiral (Hendrik Arnst) en fin de film.
  3. En allemand, « Freitag » signifie vendredi. Certes, c’est écrit avec un i. Mais cela sonne de la même façon que le nom de ce personnage qui va accompagner Herold dans son errance. A l’instar du compagnon de Robinson Crusoé, Freytag sembler venir de nulle part, tant la situation militaire fin avril 1945 était compliquée en Allemagne.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Leo McCarey
Elle et Lui (Love Affair - Leo McCarey, 1939)

Michel Marnay (Charles Boyer) est un riche oisif mâtiné d’un playboy. Il est sur un transatlantique qui le ramène aux Etats-Unis pour épouser une riche héritière (Astrid Allwyn). Sur le paquebot, il fait la connaissance de Terry McKay (Irene Dunne), qui rentre aussi aux USA pour épouser son patron (Lee Bowman). Bien entendu, ils tombent amoureux l’un de l’autre (1).

A l’arrivée, ils se promettent de se retrouver six mois plus tard avec une véritable situation, sauf si entre temps ils ont trouvé autre chose de plus sérieux. Où ? En haut de l’Empire State Building, l’endroit (en 1939) le plus près du ciel.

Le premier juillet, Michel est en haut du gratte-ciel (terme on ne peut plus pertinent en ce qui nous concerne). Il attend Terry. Qui ne viendra pas. Elle a eu un accident juste en bas de l’immeuble.

 

Superbe.

Leo McCarey, l’un des princes de la comédie hollywoodienne, réussit ici sa rencontre avec la tragédie, donnant un film magnifique, avec une histoire d’amour inoubliable. Tellement que le film sera refait, et même par McCarey (mais ceci est une autre histoire, même si c’est la même histoire…). Certes, le duo de stars qui tient le haut de l’affiche est impeccable, mais cela ne suffit pas : le talent de McCarey et son sens de la mise en scène sont primordiaux ici. Sans oublier quelques noms glanés durant le générique d’introduction : Delmer Daves (scénario), Edward Dmytryk (montage), Rudolph Maté (prises de vue)… On a vu largement pire !

 

Mais surtout, ce qui fait (aujourd’hui encore) le succès du film, c’est son aspect humain. Si Marnay n’est pas une personne très fréquentable quand commence le film – un riche oisif qui ne sait rien faire d’autre que peindre (2) – sa rencontre avec Terry va l’ouvrir à la vraie vie : Terry, si elle doit épouser son patron, ne vient pas d’un milieu aisé comme lui. Elle s’est faite toute seule, et ce mariage est la consécration de son parcours – sans qu’elle soit pour autant une croqueuse de diamants (3).

Et cet accident qui fait basculer le film dans la tragédie, est au bout du compte une très bonne chose. Sans lui, cette grande humanité des personnages ne se serait pas révélée à eux-mêmes. Et à cela s’ajoute l’incontournable magie de noël (le film se termine le 25 décembre) : c’est la période des miracles et ce qui arrive en est (presque) un.

 

Bien entendu, la révélation finale est extraordinaire et comme toutes les grandes révélations, elle est muette : les images se suffisent à elles-mêmes et l’émotion des personnages se transmet naturellement, d’autant plus que nous savons ce qu’il s’est passé, à la différence Marnay. Mais cette révélation magnifique passe aussi par des retrouvailles d’une immense subtilité. Les deux amants se retrouvent après presque un an sans se voir (ils s’étaient quittés le premier janvier) et le rendez-vous manqué, véritable tournant de l’histoire, est abordé avec beaucoup d’habileté et d’élégance par Marnay qui a attendu la véritable fin du jour (minuit) avant de renoncer. Et si Terry entre dans son jeu – un mensonge (très) pieux – c’est aussi pour lui montrer qu’elle n’est pas dupe de son subterfuge.

 

Je terminerai en revenant sur ce qui est, à mon avis, le véritable basculement de cette liaison : la rencontre de la grand-mère de Marnay à Madère, Janou (Maria Ouspenskaia). C’est une vieille femme adorable, qui comprend les choses indicibles, et même avant ce couple en devenir. C’est ce (très court) séjour chez elle qui va rapprocher Terry et Michel, et la chanson qu’elle interprète au piano, rapidement accompagnée par Terry, n’est pas innocente : Plaisir d’Amour. Le « plaisir d’amour, c’est ce que vit quotidiennement Marnay avant sa rencontre avec Terry. Et le « chagrin d’amour », c’est l’une des conséquences éventuelles du rendez-vous manqué.

Mais McCarey, spécialiste de la comédie, ne peut pas les laisser s’en tirer avec le seul chagrin.

Et quand le film se termine, le sourire qui reste sur nos lèvres, est aussi l’œuvre de McCarey…

 

  1. Le titre original : Histoire d’amour / Liaison.
  2. Et encore, il n’a créé qu’une toile !
  3. Autrement, l’histoire (et donc le film) n’aurait pas marché.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Jacques Feyder
Crainquebille (Jacques Feyder, 1922)

Alors que la nuit se termine, les chariots de marchandises entrent dans Paris pour déverser leur(s) contenu(s) aux Halles (une cinquantaine d’années avant leur destruction) : les bourgeois dorment du sommeil du juste, les fêtards rentrent chez eux, la police effectue une descente et ramasse les autres noctambules (prostituées, truands…).

La journée peut alors commencer et les camelots ambulants qui se sont ravitaillés font le tour des quartiers pour proposer leur marchandise. C’est le cas de Jérôme Crainquebille (Maurice de Féraudy), vendeur de légumes : il arpente son secteur, choyé par ses habitués. Un jour, un gendarme zélé (Félix Oudart) lui fait prononcer l’insulte suprême (pour un gendarme) : « Mort aux vaches ! »

Malgré les protestations de Crainquebille et les protestations des témoins, Crainquebille est arrêté, emprisonné, jugé, condamné et à nouveau emprisonné. Quand il sort de prison, plus personne ne veut de sa marchandise : il a fait de la prison.

 

Voilà un peu plus de trente ans que j’ai eu le privilège – accompagné par mon ami le professeur Allen John – d’assister à une présentation du film dans une salle de cinéma, avec accompagnement (live) au piano par le pianiste de la Cinémathèque française (rien que ça !). Et ces années passées n’ont pas émoustillée le plaisir que procure la vision de ce film : Feyder allier maîtrise technique, comédie et tragédie ainsi qu’une direction irréprochable. Un chef-d’œuvre !

Ca commence comme un documentaire, mais déjà perce une certaine ironie avec le docteur Mathieu (Charles Mosnier), le bourgeois qui dort sauf quand les roues ferrées passent trop près de chez lui ; ou quand l’avocat Lemerle (René Worms) rentre chez lui en « galantes compagnies ». Puis ce sont des plans généraux des halles, comme on en retrouvera à chaque fois que ce lieu sera le théâtre d’autres films (Voici le Temps des assassins, Un Idiot à Paris…).

Mais bien sûr, c’est quand Crainquebille arrive que nous passons pleinement dans ce que nous appelons le cinéma : moustaches tombantes de type gaulois, charrette à bras et couvre-chef, c’est un pauvre bougre qui nous est présenté là. Un type insignifiant aux yeux des bourgeois susnommés. Sauf pour ce même docteur Mathieu qui témoignera à son procès en sa faveur.

 

Le procès d’ailleurs est le moment charnière du film : outre son déroulement qui se rapproche plus de la comédie qu’autre chose, il est le véritablement basculement de l’intrigue dans la tragédie. Jusque là, le spectateur garde le sourire aux lèvres et le rendu du procès, d’une haute maîtrise technique, amène immanquablement le rire. Mais c’est pour mieux dénoncer l’injustice qui va frapper Crainquebille et le faire descendre progressivement les différents échelons sociaux jusqu’à tomber dans la cloche : tout ça parce qu’un gendarme est un incompétent notoire, voire un provocateur patenté (1).

 

Derrière l’aspect comique du déroulement de l’audience, c’est un système qui va broyer un individu qui est ici dénoncé (par Anatole France tout d’abord et Feyder ici).

Et Maurice de Féraudy est un Crainquebille formidable voire inoubliable tant son jeu s’accorde parfaitement avec les exigences du réalisateur. Lui aussi fait partie de cette satire sociale illustrée par le film où les différents personnages ont tous des détails personnels qui relèvent plus de la caricature que de la réalité : normal, nous sommes au cinéma.

On pourrait même voir dans ces différents protagonistes pittoresques (masculins & féminins) les ébauches des personnages de l’immense Albert Dubout qui va commencer à publier l’année suivante.

 

Bref, une pépite du cinéma muet français, qui se découvre et se déguste sans modération, d’une très grande rigueur cinématographique : normal, la comédie, c’est une chose sérieuse !

 

  1. A bas les manœuvres policières !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Tom McCarthy
Stillwater (Tom McCarthy, 2021)

Bill Baker (Matt Damon) vit à Stillwater, dans l’Oklahoma. Il travaille sur des chantiers, quand la demande est là. Parallèlement, il se rend régulièrement à Marseille pour visiter sa fille Allison (Abigail Breslin) : elle est en prison pour le meurtre de sa colocataire et amante – Lina – depuis cinq ans. Elle a beau clamer son innocence, rien ne bouge.

Bill va alors se mettre en chasse pour retrouver le véritable meurtrier de Lina, Akim (Idir Azougli). Le problème (de taille), c’est qu’il ne parle pas un mot de français. Il est alors aidé par Virginie (Camille Cottin) et sa fille Maya (Lilou Siauvaud).

 

Dernier film en date de Tom McCarthy, Stillwater est un film qui prend son temps, ce qui nous repose de la production américaine actuelle où tout va vite et de manière spectaculaire. Ici, rien n’est spectaculaire, ou alors dans un autre sens : les différentes prestations des interprètes le sont, par exemple. Avec ce film, McCarthy réussit à fusionner deux conceptions fort différentes du cinéma : le blockbuster (1) et l’exception culturelle qui fit couler beaucoup d’encre. Et le résultat est plus que concluant : c’est un film équilibré où les personnages ne sont pas que des ombres, au service d’un scénario pas si couru d’avance.

 

En effet, combien de films où un innocent clame son innocence qui se termine inévitablement par sa relaxe ? Ici, ce n’est pas aussi simple : le personnage principal est en butte à deux éléments primordiaux : la langue et la culture.

La langue parce que Bill n’est rien d’autre qu’un Américain (très) moyen qui n’a pas traîné longtemps sur les bancs de l’école, n’ayant même pas le minimum BSMA (2) dans la langue du pays qu’il visite, et ce malgré les nombreuses visites déjà effectuées (on aperçoit la liste lors de son premier passage aux Baumettes). La culture enfin parce que les choses ne se passent pas de la même façon de ce côté-ci de l’Atlantique et encore moins à Marseille.

Mais Bill est un type simple, voire simpliste et tous les moyens sont bons pour lui afin de libérer sa fille, même les extrêmes.

 

Et Matt Damon nous démontre une fois de plus qu’il est un grand acteur. A nouveau, il est un type plus que normal, humain, et dont les motivations n’ont rien de philosophiques : il n’a que très peu d’éducation et est prisonnier de son Oklahoma natal : quoi qu’il puisse arriver, il y retournera pour vivre comme il l’a toujours fait, et ses parents avant lui. On comprend alors pourquoi sa fille a voulu échapper à cette routine (mortelle).

A ses côtés, Camille Cottin est (encore une fois) très juste dans son jeu et la petite Lilou Siauvaud est une très bonne surprise : la relation entre Bill et Maya est aussi un élément important de l’intrigue, les liens entre cet homme et cette petite fille préfigurant ceux – distendus, et pour cause – qu’il a avec sa propre fille, comme s’il essayait de rattraper le temps perdu, essayant de profiter d’une nouvelle chance que la vie lui offre.

 

Mais ce film, c’est avant tout une nouvelle histoire de rédemption (3) : celle d’un homme qui réalise pleinement qu’il a une fille et qui se décide (enfin) à agir comme un père : être là quand elle en a besoin. Certes, c’est un peu tard, surtout qu’Allison a déjà purgé plus de la moitié de sa peine de prison. Mais il n’est jamais trop tard, et l’intrigue semble lui donner raison.

Mais cette rédemption, pour qu’elle s’accomplisse doit coûter à son bénéficiaire (sinon, ça ne compte pas). Ce sera bien sûr le cas, et d’une manière tragique alors que tout semblait lui sourire. Et quand il retourne à Stillwater, une fois que tout est terminé, il le ressent en lui-même : les choses ont changé. Mais je ne vous dirai pas en quoi, ce serait révéler la résolution de l’intrigue, et là, je ne peux pas. Sachez toutefois que le titre, s’il vient bien du nom de la ville, est avant tout un élément de résolution de cette intrigue intelligente. Le mcguffin (4) étant d’ailleurs lui aussi relié à ce titre.

 

A l’arrivée, si l’effet blockbuster ne s’est pas réalisé, le film n’en demeure pas moins une valeur sûre : la maîtrise technique est là, l’interprétation est solide et l’intrigue tient la route.

Que demander de plus ?

 

  1. Au final pas tant que ça…
  2. Bonjour – S’il vous plaît – Merci – Au revoir
  3. C’est avant tout un film américain, ne l’oubliez pas.
  4. Il y en a un ! (Il n’est pourtant pas question de lion dans les montagnes d’Ecosse)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventure, #Navet, #Tony Scott
Top Gun (Tony Scott, 1986)

Top Gun, c’est une académie de pilotage de supersoniques.

Et Peter « Maverick (1) » Mitchell a été accepté dans cette école (très) prestigieuse de ma Marine américaine (US Navy), suite à un exploit : affronter des MiG-28 soviétiques.

Pendant sa formation, il y rencontre un autre pilote avec qui la concurrence va être rude – Tom « Iceman » Kazansky (Val Kilmer) – et l’amour avec la belle Charlotte « Charlie » Blackwood (Kelly McGillis), astrophysicienne. Il y rencontrera aussi Mike « Viper » Metcalf (Tom Skerritt) qui a connu son père, pilote lui aussi qui est mort au Viêtnam.

Bien entendu, les MiG-28 vont revenir et permettre à Maverick de pleinement se réaliser.

 

Dire que je suis passé à côté de ce film « culte » à sa sortie ! Et qu’il aura fallu attendre 36 ans avant que je le voie (enfin). Et finalement, je me dis que je n’ai pas manqué grand-chose !

Certes, les images de combat aérien sont époustouflantes (Tony Scott sait être spectaculaire), mais dès qu’on repose le pied sur le plancher des vaches, l’ennui nous gagne à la vitesse grand V.

Oui, c’est le film qui a lancé définitivement Tom Cruise. Mais cela n’en fait pas pour autant un chef-d’œuvre absolu ! (Loin de là).

 

En 1986, la Guerre froide est toujours d’actualité, même si Gorbatchev est le chef de URSS. Et le film ressemble plus à un élément de propagande pour rejoindre les forces armées américaines qu’à autre chose : on y glorifie ces héros qui sont un véritable rempart contre la vermine communiste qui n’a peur de rien (Reagan est président, ne l’oublions pas) et vient défier les Américains à la moindre occasion.

Quant à la fin qui voit toutes les inimitiés disparaître avec en prime une réception triomphale, j’avoue que j’ai du mal à la supporter…

 

Tony Scott réussit un film dans l’air du temps, et qui, quelques décennies plus tard, a du mal à tenir la route. Mais l’objectif fut atteint : un succès commercial pour l’équipe du tournage et la Paramount ; une recrudescence des demandes d’enrôlement pour la Navy (+ 500 %).

 

Bref, pas sûr de vouloir voir la suite qui vient d’être présentée il y a quelques jours…

 

  1. Un  maverick est « une personne qui pense et agit de manière indépendante, se comportant souvent différemment de la manière attendue ou habituelle » (Cambridge Dictionnary). Pour l’origine du nom, je vous renvoie à l’histoire courte éponyme de la série Lucky Luke.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Luis Buñuel
La Voie lactée (Luis Buñuel, 1969)

Tout commence et finit à Saint-Jacques de Compostelle nommée parce qu’un jour, une étoile a indiquée la plaine (d’où le nom). Enfin c’est ce que dit le film. Et surtout, à une carte médiévale nous montrant les chemins qui y mènent, Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière opposent des routes plus modernes, emplies de voitures toutes plus performantes les unes que les autres (enfin c’est ce que disent les publicités et autres agents commerciaux de l’époque).

Et sur ces routes modernes de Compostelle, on retrouve deux SDF (à l’époque, on disait « clochards »), qui s’en vont eux aussi à Compostelle, mais pas obligatoirement pour les mêmes raisons…

 

« Je suis athée, Dieu merci. » Cette boutade du grand Luis prend tout son sens (encore une fois) dans ce film qu’on peut qualifier de « à sketch » tant lui et son complice (voir ci-dessus) se régalent à nous emmener dans une visite théologique fournie où le maître mot est avant tout l’hérésie. Et l’intertitre final insiste sur cet aspect : ce que nous voyons est avant tout une exposition (1) des différentes hérésies qui ont émaillé la religion catholique en un peu moins de deux mille ans. Et si Buñuel se montrait dans son premier film (Un Chien andalou), il laisse cette fois-ci ce soin à son complice dans une séquence faussement de repentir (enfin surtout pour l’église catholique) qui voit un évêque (Carrière, donc) être réintégré dans la foi. Et qui quitte l’écran accompagné d’une charmante compagnie : deux jeunes (et jolies, ce »la va de soi) femmes…

 

Même si Carrière l’a martelé dans les diverses occasions qui se sont présentées à lui, on ne peut pas voir dans ce film qu’une exposition des différentes hérésies qui ont émaillé cette religion de « tolérance, respect, partage et toute cette sorte de choses (2)…

On retrouve encore une fois l’aspect iconoclaste cher au réalisateur, ainsi que sa propre réflexion sur cette religion qu’il a depuis longtemps désertée. Et ses porte-parole, Pierre (Paul Frankeur) et Jean (Laurent Terzieff) sont les deux faces d’une même pièce : d’un côté Pierre, baigné dans cette religion qui s’y réfère par réflexe, et de l’autre Jean (2) athée convaincu sinon militant qui défie Dieu quand l’occasion se présente (orage).

 

Mais ce film est aussi l’occasion de tout mélanger et de rendre actuel des textes qui ne le sont plus beaucoup (de par leur date d’écriture) : Pierre et Jean vont devenir les témoins de cette foi en dérive, rencontrant des personnages de différentes époques, dont un Jésus (Bernard Verley) aux yeux bleus, différents ecclésiastiques plus ou moins dans le dogme (cf. Armand Maistre), jusqu’à une prostituée qui va réaliser une prophétie initiale, annoncée par un personnage qui sort de nulle par (Alain Cuny). [Qu’est-ce qu’il jouait mal !]

Et ce personnage est, à mon avis le véritable lien (autre que religieux) du cinéma de Buñuel : il apparaît sans crier gare et surtout repart accompagné d’un nain que personne n’a jamais vu (4). Nous sommes dans ce qui fut a base du cinéma de Buñuel, quarante ans plus tôt : le Surréalisme. En effet, qu’on le veuille ou non, cette voie lactée ne » ressemble à rien d’autre qu’à un rêve plus ou moins éveillé que font nos deux singuliers pèlerins.

 

Le reste n’est que théologie et autre supputation philosophique. Et come Buñuel était athée… (5)

 

  1. Plus effective qu’une condamnation : chacun peut se faire son idée.
  2. Je vais encore me faire des amis, tiens…
  3. Ne croyez pas que les noms sont aléatoires : entre Pierre, chef historique de l’Eglise (Matthieu, 16:18) et Jean, évangéliste patenté qui a vécu avec Jésus, on est bien servi…
  4. Et dont on ne verra le visage.
  5. Dieu merci !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Marion Davies
Roxelane (The bride's Play - George Terwilliger, 1922)

 

Il faut absolument qu’on m’explique : pourquoi « Roxelane » ?

Etant curieux (à plus d’un titre) de nature, je suis allé chercher une quelconque parenté, et deux choix s’offraient à moi :

- La Roxelane est une rivière de Martinique longue de 7 km et 852 m. Ce n’est pas là qu’il faut chercher.

- Roxelane (vers 1500-1558) était la sultane de Soliman le Magnifique. Ah, ça se précise.

Sauf que là s’arrête l’éventuelle analogie : Roxelane, avant, était esclave et notre héroïne, ici, vient du peuple et doit épouser un représentant de la noblesse (bien loin du niveau d’un quelconque sultan).

Mais rien ne rapproche l’histoire de Roxelane et celle d’Aileen Barrett. Encore une fois, le traducteur a pris ses aises, et deux hypothèses s’offrent à moi : il venait de lire une biographiez de la sultane ou il avait abusé de certaines substances.

Mais reprenons.

 

En Irlande, il existe une coutume appelée « Bride’s play » qui voit la (toute) jeune mariée faire le tour des invités (mâles) de la noce en leur demandant s’il est son véritable amour. Jusqu’au marié lui-même qui répond, bien entendu, oui.

Par le passé, cette coutume fut catastrophique » pour le comte de Kenmar (Frank Shannon) qui vit sa promise Enid of Cashell (Marion Davies) s’enfuir avec le marquis de Muckross (John  B. O’Brien), son véritable amour.

Alors quand la jeune Aileen (Marion Davies aussi) doit se marier avec le dernier (en date) comte de Kenmar (Wyndham Standing), la mésaventure de son ancêtre refait surface. Surtout avec la présence du beau poète Bulmer Meade (Carl Miller) à qui cette même Aileen avait donné son cœur. Qu’il avait bien sûr piétiné dès qu’un nouveau cotillon était passé à proximité…

Et le jour du mariage, Meade est là !

 

Bien sûr, c’est sur Marion Davies que repose le film, interprétant pour la première fois un rôle double : celui de la jeune Aileen et celui de la mariée malheureuse du passé. Et ce n’est que justice qu’elle soit le centre de l’attention du spectateur tant son talent était grand. La réduire à la marionnette de Hearst (même s’il produit le film comme ce fut souvent le cas) est un raccourci injuste : Marion Davies interprète avec beaucoup de justesse cette jeune femme vertueuse et naïve, abusée par un bellâtre qui confond amour et désir et l’exprime avec d’autant plus de facilité qu’il a la plume facile. Elle est une superbe Aileen, même avec sa perruque de cheveux noirs, tout comme une non moins superbe Enid avec la blonde plus élaborée, la différence (outre vestimentaire) reposant sur les réactions de son visage dans deux séquences presque identiques.

 

Ces deux séquences, bien évidemment, font le sel du film : George Terwilliger nous montre deux aspects d’une même coutume, variant non seulement l’époque et donc les costumes, mais aussi (et surtout) l’éclairage : si la version « médiévale » (1) semble haute en couleur et empreinte d’un grand faste, c’est avant tout l’aspect sombre qui domine dans cette histoire racontée par les paysans autour d’un feu, donnant à la narratrice des allures de sorcière voire d’oiseau de mauvais augure. Au contraire, la séquence moderne voit le même déroulement dans les mêmes lieux (église + château) avec beaucoup moins de pompe (un peu quand même, c’est un aristo qui se marie, ne l’oublions pas !), mais en pleine journée avec des tenues très claires, le blanc dominant sur le reste (et pas seulement chez la mariée. Cette différence flagrante nous prépare à la résolution attendue : non, Aileen ne cèdera pas au bellâtre, et de quelle façon ! (2)

 

Au final, nous avons ici un film qui, s’il s’est perdu dans l’immense production hollywoodienne muette, mérite tout de même notre attention. Et ce pour deux raisons :

  1. Il y a Marion Davies ;
  2. La « reconstitution » du premier mariage est de toute beauté et d’une certaine façon fait penser au faste que déploiera Fritz Lang dans son extraordinaire diptyque Die Nibelungen.

Alors ne boudons pas notre plaisir !

 

  1. Cela se passe 800 ans plus tôt d’après les autochtones.
  2. En outre, lors du premier mariage, Enid affiche une mine affligée, due à un mariage arrangé entre les deux familles.

 

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Navet, #Gangsters, #Brian A. Miller
Backtrace (Brian A. Miller, 2018)

Encore une fois, des bonnes intentions ne font pas un bon film.

Vous prenez deux acteurs un tantinet vieillissant (et l’un plus que l’autre). Vous les mettez dans une intrigue improbable d’amnésie mâtinée de braquage qui tourne mal. Puis, vous y ajoutez un soupçon de corruption, et pour finir, vous n’oubliez pas de faire intervenir le FBI, avec sa légendaire opposition à n’importe quelle police américaine locale.

 

Sept ans plus tôt (1), Donovan MacDonald (Matthew Modine) a organisé le braquage d’une banque avec deux complices pour un quatrième homme, policier. Mais ce dernier n’a pas le même sens du partage que les trois autres et deux complices restent sur le carreau et MacDonald prend une balle dans la tête.

Sept ans après (2), Mac, amnésique depuis sept ans, réussit à s’évader de l’hôpital-prison où il était enfermé grâce à certaines complicités internes : Lukas (Ryan Guzman), Erin (Meadow Williams) Farren (Tyler Jon Olson). Cette évasion n’est pas gratuite : il est question d’aider Mac à retrouver la mémoire. Et surtout de récupérer le reste de l’argent qui a été enterré.

Bien sûr, on retrouvera l’argent, et Mac la mémoire. Pas besoin d’aller jusqu’au bout du film pour le savoir. Bien entendu, le seul intérêt du film, c’est le comment de ce retour mnémonique. Avec dans le même temps une chasse à l’homme – Mac est un criminel, ne l’oublions pas – dirigée par un policier têtu : Sykes (Sylvester « Sly » Stallone). C’est d’ailleurs ce dernier qui est bien entendu en opposition avec le FBI.

 

Brian A. Miller fait partie de ces réalisateurs qui ne font pas dans la dentelle. Et c’est ici le moins que l’on puisse dire. Non seulement, il n’y a pas beaucoup de place pour la subtilité, mais en plus, c’est une suite de fusillades tonitruantes, où les différents policiers impliqués feraient bien d’aller s’entraîner plus régulièrement. Surtout quand on voit le nombre incroyable de munitions utilisées pour un total de victimes somme toute fort maigre…

Mais s’il n’y avait que cela…

Le jeu des acteurs est ce qu’on peut considérer minimal. En effet, peu de travail de visage : les personnages en ressortent sommaires et seul Matthew Modine, en proie à des hallucinations (le traitement qui doit lui faire retrouver le passé) utilise (un peu) autre chose qu’un masque neutre. Bien sûr, c’est Stallone qui emporte le tournoi avec son personnage qui lui garde exactement la même apparence faciale d’un bout à l’autre du film.

Bref, on aurait aimé un peu plus d’épaisseur et surtout des émotions variées chez les différents protagonistes.

Autre élément à charge : les prises de vue. Outre un montage dynamique (trop pour moi parfois), on a droit à une accumulation de cadrages gratuits, donnant (volontairement ou non, mais en tout cas inutilement) des fausses pistes au spectateur. Sans oublier les caméras subjectives qui se mêlent à des plans du visage de celui qui est censé voir : Miller nous prend-il pour des imbéciles en insérant le visage de Matthew Modine dans ses souvenirs ? Il ne nous croit pas capable de comprendre que c’est son point de vue ? Ou alors, il ne le fait pas exprès. Et là, ça devient plus grave.

 

Est-il besoin de préciser qu’on peut éviter de voir ce film ?

Pour ma part, c’est trop tard. Mais pas pour vous !

 

  1. Plus tôt que le temps de l’intrigue principale.
  2. Le présent de l’intrigue, donc

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #George Stevens
L'Homme des vallées perdues (Shane - George Stevens, 1953)

Cet homme des vallées perdues, c’est Shane (Alan Ladd). Et ces vallées perdues, ce sont celles qui ne sont pas couvertes par l’autorité de l’état, livrées à elles-mêmes (la loi est  trois jours de cheval). Alors évidemment, dans cette vallée perdue, c’est avant tout la loi du plus fort qui prévaut. Ou celle du plus riche (c’est souvent le même), en l’occurrence Rufus « Rufe » Ryker (Emile Meyer), éleveur de bétail qui possède presque toutes les terres autour de la ville de Grafton (1).

Presque parce que certains lopins appartiennent à des « fermiers » qui tentent, malgré les continuelles provocations des hommes de Ryker, de faire pousser des choses. Comme les Starrett – Joe (Van Heflin), Marian (Jean Arthur) et leur petit garçon Joey (Brandon De Wilde) – chez qui arrive un jour Shane. Ce dernier, témoin des agissements de Ryker va s’arrêter chez les Starrett et aider les fermiers à se débarrasser de ce tyranneau.

 

Phénoménal.

George Stevens signe ici un western magnifique, devenu, à juste titre, l’une des références du genre. On y trouve les éléments indispensables – grands espaces, bagarres et duels - mais avec parfois quelques variations bienvenues qui, d’une certaine façon, renouvellent ce genre indissociable du cinéma. Le duel final, par exemple, se déroule la nuit, pas au soleil (2).

Et puis bien sûr, il y a une histoire d’amour. La femme, c’est Marian et Jean Arthur, qui est revenue spécialement sur les écrans pour ce rôle (et son ami George Stevens). Et l’homme, il est double : il a le charme de Shane et la force morale de Starrett. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Marian, à aucun moment, ne cède à Shane qui, d’ailleurs, ne lui fait aucune avance. Ils n’ont que deux contacts physiques pendant tout le film : lors du bal du 4 juillet quand Shane la fait danser après Joe ; et quand il part régler définitivement le problème des fermiers.

Cette scène d’adieux est d’une grande portée amoureuse : Marian n’est pas insensible au charme de cet homme de nulle part, comme elle le montre en demandant à Joe de la serrer très fort. Et la poignée de mains qu’ils échangent vaut tous les baisers du monde.

 

Mais il ne peut pas y avoir plus : Shane n’est pas un homme avec qui vivre, ni qui s’installe. Il erre de vallée en vallée. On ne sait pas grand-chose de lui : on ne sait pas d’où il vient ni où il va. Les rares choses qu’on apprend sur lui ne concernent pas sa façon de vivre mais de survivre. C’est un pistolero. Quand Joey manipule sa carabine, déclenchant un bruit qui rappelle celui d’une gâchette qui s’actionne, il dégaine (très vite, bien sûr). Il va dégainer une autre fois quand on frappe (inopinément) à la porte : cet homme doit sa survie à son « six-coups » et surtout à sa rapidité à le sortir, comme il l’explique à Joey.

Difficile de dire pour quelle raison il dégaine aussi vite et aussi facilement : est-il un homme recherché par la justice ou par une quelconque bande de hors-la-loi ? On ne le saura jamais. Mais l’arrivée de Wilson (Jack Palance) confirme que sa vie avant n’était pas de tout repos : il sait que Wilson est un autre pistolero comme lui, ce qui se confirmera dans son premier duel face à Stonewall Torrey (Elisha Cook Jr.). Et comme Torrey est avant tout un fermier, l’issue n’est pas surprenante.

 

Bien sûr, Wilson a inspiré Morris et son Phil Defer (1956) : il lui donne d’ailleurs les traits de Palance et comme lui, il est engagé par un gros propriétaire (celui de l’autre saloon de Bottleneck Gulch) et Lucky Luke se retrouve dans la même position que Shane : il doit débarrasser la ville d’un nuisible qui est prêt à tout pour s’imposer. Mais ce n’est pas la seule fois où Morris va se référer à ce film : avec son complice Goscinny, ils vont reprendre cette histoire de fermiers menacés par un gros éleveur. Ce sera Des Barbelés sur la prairie (1967), où Lucky Luke, à nouveau, aura le même rôle que Shane, sans toutefois tuer qui que ce soit : il ne tue plus personne dans ses aventures depuis Le Sosie de Lucky Luke (1947).

Comme lui, Lucky Luke vient de nulle part et y retourne.

 

Et ce film a un petit plus qui sera repris, d’une certaine façon, par Clint Eastwood dans son Pale Rider : l’histoire, la plupart du temps est vue par les yeux de Joey. Il est toujours là quand il se passe des choses, même la nuit du règlement de compte final. Tout comme Megan Wheeler (Sidney Penny), il n’a d’yeux que pour ce personnage singulier venu de nulle part (mais pas pour les mêmes raisons). De plus, sa dextérité au pistolet en fait un personnage fascinant pour ce jeune garçon qui rêve de savoir tirer.

Et quand Shane s’en va, Joey retourne à sa vie d’avant, l’intermède est terminé : les fermiers vont pouvoir véritablement s’installer dans cette vallée perdue, et Shane partira vers leur oubli. Alors que nous importe s’il meurt ou non une fois le mot fin apparu (3), puisque c’est bien connu, ce sont toujours les fermiers qui gagnent à la fin…

 

PS : je ne saurai trop vous conseiller la parodie qu’en ont tiré Harvey Kurtzman (scénario & dialogues) et John Severin (dessin) juste après sa sortie, pour Mad (voir ci-dessous)…

 

  1. Grafton n’est pas le nom de cette ville champignon mais celui du propriétaire des bâtiments commerciaux (saloon, magasin, hôtel…) : Sam Grafton (Paul McVey).
  2. Comme chez Vidor…
  3. Ce sera une des discussions du film The Negotiator (F. Gary Gray, 1998)
L'Homme des vallées perdues (Shane - George Stevens, 1953)

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog