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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #James Mangold
Walk the Line (James Mangold, 2005)

Tout commence à Represa (Californie), 1968.

Johnny R. Cash (Joaquin Phoenix) va entrer en scène. Avant cela, il se remémore comment il en est arrivé là. De son enfance à sa déchéance due à la drogue (des cachets qui ne rapportent que des ennuis), en passant par ses débuts avec d’autres jeunes gens comme lui : Jerry Lee Lewis (Waylon Payne), Roy Orbison (Johnathan Rice), et bien sûr l’incontournable Elvis (Tyler Hilton).

Mais c’est avant tout sa relation – compliquée – avec celle qui sera son grand amour qui est au centre de cette vie qui a failli être ratée : June Carter (Reese Witherspoon).

J’oubliais : le public enthousiaste est constitué dans sa presque totalité de prisonniers… Normal, Represa, c’est la fameuse prison de Folsom.

 

Géant.

Encore une fois, James Mangold nous a gâtés. Quinze ans avant Baz Luhrmann et son formidable Elvis, il dresse un portrait magnifique d’un des précurseurs du rock blanc américain : l’immense J.R. Cash. Et permettez-moi ce (mauvais) jeu de mots : il est cash !

Pas de fioriture ni de délire ou d’éléments pathétiques. Un homme – quel homme ! – tout simplement, avec ses qualités et ses défauts, marqué par un père injuste ( Robert « T-1000 » Patrick) et surtout la mort trop tôt d’un frère aimé et considéré comme meilleur que lui (surtout par ce même père).

Mais c’est avant tout sa musique qui fait tout le sel de cette intrigue prévisible – on sait qu’il meurt à la fin (le 12-9-2003) – mêlant avec bonheur la country et le rock. Mais surtout son intérêt pour la Prison en tant qu’institution, qu’il transcrira avec beaucoup de talent à travers Folsom Prison Blues bien sûr, mais aussi I got Stripes (1).

Certes, Johnny Cash n’a pas eu le même succès  qu’Elvis, mais il a déjà duré plus longtemps. Mais c’est sans doute son aspect country qui ne lui a pas permis d’avoir la même notoriété mondiale que le King : c’est un genre très américain qui ne fait pas toujours l’unanimité (2). Et Cash fut une grande star outre atlantique, ce qui n’est que justice : ses chansons – à texte ! – et sabelle voix grave ont beaucoup fait pour son succès.

Et James Mangold fait de ce film un superbe hommage à cette grande star, choisissant un duo tout aussi superbe pour interpréter ces deux amis-amants-mais-pas-trop.

 

Encore une fois, Joaquin Phoenix est époustouflant. Lui aussi n’est pas Johnny Cash, mais c’est tout de même ce dernier qu’on voit évoluer avec plus ou moins de bonheur sur ces différentes scènes, pas toujours sobre non plus. Il cerne très bien le personnage, sa façon de chanter (les deux acteurs ne sont pas doublés), et sa tenue particulière de guitare (horizontale). Bref, finalement, il est Johnny Cash (3). Décidément, cet acteur sait vraiment tout faire. Tant mieux.

De son côté, la belle Reese Witherspoon est une June Carter fort appréciable (euphémisme), jouant dans le même registre que son partenaire (notez la performance !) et interprétant celle qui fut plus qu’une muse pour le chanteur. Elle s’impose dans le film autant que son personnage dans la vie de Cash. Et les récompenses qu’elle en tira ne furent certainement pas imméritées.

 

Bref, un biopic comme on les aime – enfin comme moi je les aime – avec une bande originale qui vous les poils au garde-à-vous, et pas besoin de connaître le répertoire ce grand artiste pour apprécier ses diverses création : l’émotion est là.

Du cinéma, quoi !

 

PS : Si Johnny Cash et June Carter sont morts tous les deux en 2003, on oublie de dire que Sam Philips (Dallas Roberts dans le film) est lui aussi mort cette année-là, le 30 juillet : c’est lui qui a enregistré – entre autres – le premier disque de Cash.

 

  1. « J’ai des rayures » : celles de l’uniforme de prisonnier.
  2. J’aime bien, mais sans en abuser non plus…
  3. D’un autre côté, c’est ce qu’on demande à un acteur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Monta Bell, #Marion Davies
Lights of Old Broadway (Monta Bell, 1925)

Décidément, Marion Davies était une très grande actrice ! Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais tout de même, il y a chez elle un jeu qui, même s’il se rapproche de Mary Pickford, lui reste malgré tout très personnel. Alors que Mary interprétait des très jeunes filles, les personnages de Marion paraissent un tantinet plus âgés, presque comme si l’une interprétait l’autre plus tard. D’ailleurs, Marion étant arrivée après Mary, c’est un peu cela qu’il s’est passé… Alors si on ne peut que reconnaître le talent de Pickford, ne négligeons pas celui de Davies qui s’exprime différemment, mais avec autant de force.

Mais revenons.

 

Anne De Rhonde (Marion Davies) est une jeune femme de bonne famille : fille d’un banquier de l’aristocratie new-yorkaise, elle passe des journées paisibles et oisives, à l’abri du besoin, en attendant d’épouser un fils d’une autre bonne famille.

Fely O’Tandy (Marion Davies), est une jeune fille rugueuse des bas-fonds new-yorkais, vivant au croisement entre la 5ème rue et la 59ème. A Broadway donc, avant que ce quartier devienne prestigieux.

Adulte, elle est danseuse chez Pastor (George Bunny) et fait la rencontre du jeune (et séduisant) Dirk De Rhonde (Conrad Nagel), le frère d’Anne. Mais pour De Rhonde père (Frank Currier), il n’est pas question d’une telle mésalliance. Et en plus, les O’Tandy occupent illégalement le terrain des De Rhonde.

L’affrontement est donc inévitable.

J’oubliais : si les deux jeunes femmes se ressemblent autant (et pour cause !), c’est avant tout parce qu’elles étaient sœurs jumelles et que les deux familles les ont adoptées à la mort de leurs parents pendant la traversée qui les mena en Amérique.

 

Bien sûr, l’affrontement n’est pas le véritable enjeu du film : c’est avant tout l’histoire d’amour entre Anne et Dirk. Même la sororité entre Anne et Fely n’est pas exploitée autant qu’elle aurait pu : elle ne constitue pas un véritable enjeu dans l’intrigue et Monta Bell ne l’exploite que très peu, préférant suivre la truculente Fely plutôt que la mièvre Anne. Cela ne l’empêche pas de faire se rencontrer deux fois les deux jeunes femmes, mais sans pour autant en faire des séquences de prouesse technique : tout est dans le montage puisqu’on ne voit jamais les deux visages en même temps, l’utilisation des champ/contrechamp est suffisante.

Non, la prouesse est ailleurs : Monta Bell réussit à réaliser une belle comédie avec un sujet somme toute assez tragique.

 

En effet, outre l’expulsion des Irlandais de leur taudis, nous assistons à des scènes de violence – une émeute dirigée contre les « aristocracks » comme dit O’Tandy père (Charles McHugh) une tentative d’assassinat et un crack boursier qui va plonger les De Rhonde dans la pauvreté – sans pour autant perdre le sourire né de la première apparition de Marion Davies.

Parce que Monta Bell traite ces différentes étapes du scénario avec la rigueur nécessaire pour en tirer pleinement les effets comiques (1). De plus, les différents interprètes utilisent pleinement leur potentiel comique pour faire de ce film une réussite. Outre Marion Davies qui est irrésistible (dans la joie ou la tristesse), on savoure la prestation de Charles McHugh dans le rôle de cet Irlandais vindicatif, grand consommateur de briques, surtout celles qui rebondissent sur le nez des riches. Devenu riche lui-même, sa nouvelle apparence n’a pas grand-chose à voir avec celle de son ennemi juré : il ressemble plutôt à un leprechaun, surtout avec son chapeau à ruban.

 

Bien  sûr, l’affrontement aura lieu, mais il sera, comme dans une autre bagarre célèbre (2) entre deux autres Irlandais – Sean Thornton (John Wayne & Red Will Danaer (Victor McLaglen) dans L’Homme tranquille – l’occasion d’une solide amitié qui en plus sert l’intrigue amoureuse parfaitement.

 

Bref, une très belle comédie qui voit réuni pour la première fois le duo Davies-Nagel (il y en aura deux autres), où Marion Davies est (encore une fois) magnifique. Il est tout de même bien réducteur de la comparer à la Susan Alexander (Dorothy Comingore) de Charles Foster Kane (Orson Welles), parce qu’elle eut une liaison avec Hearst qui a inspiré Citizen Kane.

Parce que si Susan Alexander n’avait aucun talent, Marion Davies en avait à revendre !

 

  1. La comédie, c’est sérieux !
  2. Robert Israel, qui signe ici une nouvelle partition pour le film, en reprend d’ailleurs un thème…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Aleksandar Petrovic
Le Maître et Marguerite (Majstor i Margarita - Aleksandar Petrovic, 1972)

Le « Maître » Nikolaj Afanasijevic Maksudov (Ugo Tognazzi) fait répéter sa nouvelle pièce de théâtre : Ponce Pilate. Il aperçoit puis rencontre une jeune femme, Marguerite (Mimsy Farmer), de qui il tombe amoureux. Et c’est réciproque.

Mais nous sommes dans l’URSS de l’entre-deux guerres, et une pièce au contenu religieux est très mal vue des autorités qui vont tout faire pour la saboter.

Heureusement (?), le Maître à un ange gardien qui veille sur lui : le professeur Woland (Alain Cuny), spécialiste en Magie Noire. Sauf que c’est un ange déchu connu sous d’autres noms, Lucifer étant le plus emblématique (1).

 

C’est un film halluciné qui nous est ici proposé. Nous naviguons dans les eaux troubles du fantastique, mais malheureusement sans le savoir faire américain, ce qui se fait ressentir à différents moments. Du roman de Mikhaïl Boulgakov (écrit entre 1927 et 1939), l’intrigue en est (très) librement inspirée, mais le film reste malgré tout un pur produit de son époque : les années 1970.

Entre hallucinations et racolage, Aleksandar Petrović tente de mener à bien son film dont les effets spéciaux laissent tout de même à désirer.

 

On peut établir un parallèle entre ce film et Les Visiteurs de Soir de Marcel Carné. En effet, l’un des personnages centraux est là aussi le Diable, accompagné de deux acolytes singuliers : Azazello (Pavle Vuisic) et Korovjev (Velimir « Bata » Zivojinovic). Et, cerise sur le gâteau, c’est cette fois-ci Alain Cuny qui interprète le Diable, alors qu’il n’était qu’un démon de seconde zone trente ans plus tôt.

Mais à la différence du film de Carné, Cuny est ici beaucoup plus convaincant (2) : il possède le flegme et la retenue indispensable au rôle pour en faire un personnage fascinant.

 

Et d’une certaine manière, c’est l’interprétation qui sauve ce film pas toujours très bien fichu : comme je l’ai déjà écrit plus haut, les effets spéciaux ne sont pas convaincants (pas toujours très bien réalisés surtout), et le final dénudé (3) qui ajoute à la confusion de l’intrigue.

Outre Alain Cuny, on relèvera la très belle interprétation d’Ugo Tognazzi et on regrettera quand même la sous utilisation de Mimsy Farmer, dont le personnage qui partage le titre est beaucoup moins visible que son partenaire.

Mais on retiendra surtout les prestations des deux démons, avec, pour ma part, une préférence pour Pavle Vuisic, truculent à souhait (son allure joue beaucoup dans ce sens…).

 

Dernier point qui fait que ce film, malgré les réserves avancées plus haut, restera dans les mémoires : la musique d’Ennio Morricone. Encore une fois, le Maestro (4) nous gratifie d’une très belle musique. C’est d’ailleurs parce que je la connaissais que je me suis laissé tenter à regarder ce film…

 

  1. « Celui qui apporte la lumière. »
  2. D’un autre côté, l’être moins était difficile !
  3. Grande tendance des années 1970 depuis le renouveau du cinéma pornographique (1969) : il fallait du nu (d’où l’idée de racolage énoncée plus tôt)
  4. N’est-ce pas lui le véritable « Maître » du film ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Laurent Tuel
Jean-Philippe (Laurent Tuel, 2006)

Fabrice (Luchini) est un fan inconditionnel de Johnny (Hallyday) : il ne vit que par et pour son idole. Un soir, ivre, il sort du pub et chante (à tue-tête, évidemment) un tube de son idole (des jeunes). Et comme il est bien tard, un voisin (Christophe Rouzaud) descend lui expliquer qu’i est temps d’arrêter son tapage. Mais comme Fabrice enchaîne les chansons comme son idole les tubes, il prend le poing de ce voisin.

C’est alors le trou noir. Quand il se réveille, non seulement il ne sait pas ce qu’il lui est arrivé, mais en plus, personne autour de lui ne connaît Johnny.

Mais il reste un espoir : le patron du bowling où il emmène sa fille Marion/Laura (Elodie Bollée) n’est autre que Jean-Philippe Smet, qui n’a pas pu faire carrière dans la musique, ayant eu un grave accident alors qu’il devait faire ses débuts à la télévision…

Evidemment, Fabrice n’a qu’une seule envie : faire de ce Jean-Philippe le Johnny qu’il connaît.

 

13 ans avant Danny Boyle et son extraordinaire Yesterday, Laurent Tuel posait la question existentielle : peut-il y avoir un monde sans Johnny ? Pour ma part, j’aurais tendance à dire oui, mais je ne suis pas objectif : ce n’est pas mon chanteur préféré. Et de loin. Mais je dois tout de même avouer que Tuel mène très bien sa barque, réussissant presque à faire aimer ce monument de la chanson française. On s’amuse, comme c’est toujours le cas dans ce genre de scénario décalé, mais hélas, on n’atteint pas la maîtrise de Boyle. On s’amuse aussi des nombreux clins d’œil que le scénario accumule mêlant cet univers parallèle et celui que nous connaissons. Sans oublier la présence étonnante de Bernard Frédéric (le véritable sosie de Claude François).

 

Mais je l’ai déjà dit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas à faire un grand film. Loin de moi tout de même de vouer aux gémonies celui-ci, il manque une dimension universelle que Johnny, malgré son talent, n’avait pas : la barrière de la langue ne lui a pas permis cet aspect international, et même s’il fut reconnu (justement) par ses pairs anglophones, le public lui, fut moins au rendez-vous. Et ce qui va convenir à Yesterday un peu partout dans le monde sera plus circonscrit pour Jean-Philippe.

 

Restent tout de même 92 minutes de plaisir (coupable pour ma part, on a sa fierté !), formidable hommage pour cette bête de scène qu’était le chanteur. L’émotion demeure, même chez un Béotien comme moi.

De pus, Luchini est en pleine forme, bien dirigé, et on sent la complicité entre les deux acteurs. Et si Johnny était avant tout un chanteur et donc beaucoup moins un acteur, n’oublions pas que jouer son propre rôle est très certainement la chose la plus difficile qui soit (1), alors jouer son propre rôle qui est celui qu’on aurait pu être mais qui n’est pas et courir en même temps après celui qu’on est tout en l’étant pas (2), devient un véritable tour de force.

 

Quoi qu’il en soit, cinq ans après, je comprends que Johnny manque toujours à ses fans…

 

  1. On le fait tous, tous les matins, en sortant de chez soi.
  2. Ce n’est pas clair ? Ce n’est pas grave, je me comprends !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Joel & Ethan Coen, #George Clooney
O'Brother, where art thou? (Joel & Ethan Coen, 2000)

Mississipi, Grande Dépression.

Ulysses Everett McGill (George Clooney), Pete (John Turturro) & Delmar O’Donnell (Tim Blake Nelson) s’évadent du bagne afin de retrouver le trésor du premier, avant son engloutissement  prévu une semaine plus tard (1).

Les trois hommes vont déambuler pendant ces quelques jours, poursuivis par la police, s’insérant dans une élection (celle du gouverneur de l’état), rencontrant des personnalités plus ou moins recommandables – Pappy O’Daniel (Charles Durning), George « Baby Face » Nelson (Michael Badalucco) – et bien sûr Penny Wharvey/McGill (Holly Hunter), la femme légitime d’Ulysses (2).

 

A nouveau, c’est le début d’une nouvelle collaboration fructueuse : celle des frères Coen et d’un de leurs acteurs fétiches, George Clooney. Et dès ce premier film ensemble, le ton est donné : ne cherchez pas un personnage distingué aux manières élaborées et à l’intellect supérieur. Ulysses Everett McGill n’est rien d’autre qu’un abruti, aussi intelligent que ses deux comparses. Le seul atout de cet homme, c’est son bagout. Mais c’est aussi son défaut : il faut qu’il parle, quitte à ne faire que du vent, ce qui est tout de même souvent le cas.

Sans oublier l’autre aspect indispensable des personnages de Clooney pour les Coen : le ridicule. Ici, cela passe par l’usage continuel de brillantine (de la Dapper Dan, pas une autre !) pour être bien coiffé, ainsi qu’un filet pour protéger ses cheveux la nuit.

 

D’une manière générale, McGill n’est pas vraiment ce qu’il prétend, et ce sera un immense mensonge qui va se dérouler sous nos yeux, entrecoupé de moments de vérité : ils sont tout de même recherchés par la police parce que prisonniers en fuite. Ce long mensonge a aussi d’autres collaborateurs eux aussi hauts en couleurs : Big Dan Teague (John « Walter » Goodman), Homer Stookes (Wayne Duvall).

Mais si McGill est ainsi, c’est surtout parce qu’il est inspiré d’un personnage beaucoup plus célèbre et lui aussi beau parleur : Ulysse (3), celui d’Homère. Mais cette Odyssée est passée à la moulinette des frères Coen pour en devenir l’une des plus belles parodies. Et on va s’amuser à retrouver les éléments mythologiques dans cette comédie débridée (et absurde, cela va de soi) : les Lotophages, le Cyclope, les Sirènes (les plus faciles à identifier) ou encore le passage chez Circé (plus dur, déjà)…

 

Et on s’amuse d’un bout à l’autre, les Coen jouant sur tous les niveaux de comiques sans toutefois sortir de la période qui elle, n’encourageait pas vraiment la rigolade. Et à travers ces pérégrinations, on va retrouver les éléments du Sud traditionnel : les bayous, la musique noire, et le Klan ! C’est l’occasion d’une séquence un tantinet déjantée elle aussi avec chorégraphies inspirées de celles qu’on pouvait hélas voir quelques milliers de kilomètres plus à l’Est à la même époque (Le Triomphe de la volonté, 1935).

Et à l’arrivée, nous avons un road-movie inoubliable, avec en prime la Rédemption inévitable et donc le salut. Mais une question demeure tout de même : ont-ils vraiment changé entre leur départ précipité (et pour cause) et cette drôle de happy end ?

Pas sûr…

 

  1. Il est sur la zone inondable d’un barrage.
  2. Penny, pour Penelope, bien entendu.
  3. D’Où son premier prénom.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Florian Zeller, #Anthony Hopkins
The Father (Florian Zeller, 2020)

Ce « Père », c’est Anthony (Hopkins). Il vit dans son grand appartement londonien, avec sa fille Anne (Olivia Colman) et son conjoint, Paul (Rufus Sewell).

On attend Laura (Imogen Poots) qui doit venir s’occuper de lui dans la journée, quand Anne part travailler. Mais quand elle arrive, ce n’est pas celle qu’il attendait : il se souvenait qu’elle ressemblait à sa plus jeune fille Lucy.

C’est normal : Anthony est un vieil homme malade, atteint de sénescence (il a plus de 80 ans), sa mémoire s’efface progressivement l’amenant vers une solitude désespérée, se demandant même qui il est réellement.

 

Adapter une pièce de théâtre au cinéma n’est pas une chose très aisée, le lieu de la représentation étant la plupart du temps unique, et puis surtout, les dialogues sont omniprésents, amenant aussi parfois une bavardage aussi lourd qu’inutile. Alors quand Florian Zeller a décidé d’adapter sa propre pièce au cinéma, on pouvait craindre le pire. Et c’est le meilleur qui est arrivé. Non seulement ce film fut primé à de très nombreuses reprises, mais surtout, c’était justifié !

Zeller réussit à sortir de la scène et à réaliser un véritable film, servi par une distribution impeccable, avec en tête l’incroyable Anthony Hopkins, extraordinaire (encore une fois) dans ce rôle là encore emblématique.

 

Il est un autre Anthony – celui du rôle – absolument fabuleux. Il ne joue pas cette déliquescence mentale qui lui arrive, il la vit ! Et l’intrigue profite du travail de Christopher Hampton qui coécrit le scénario avec Zeller : non seulement les dialogues (nombreux dans la pièce) sont réduits, mais le travail d’acteur et les différentes prises de vue vont illustrer encore mieux la désorientation totale d’Anthony dans ce monde familier qui a tendance à devenir étranger.

Et le maître mot de cette intrigue, c’est le temps. Il va s’illustrer de différentes façons : la montre et le déroulement de la vie du vieil homme.

 

La montre parce qu’il ne cesse de l’égarer, accusant même son entourage de la lui voler. Cette montre, c’est le seul marqueur temporel qu’il lui reste, mais comme il l’a sans cesse égarée, elle ne lui est d’aucune utilité, ce qui amène une forme de désespoir : comment se rattraper à quelque chose si le temps n’est pas maîtrisé (1).

De même, le déroulement des journées est aussi confus pour le spectateur que pour Anthony et ce n’est que grâce à quelques indices récurrents qu’on comprend que le vieil homme n’arrive plus à maîtriser son environnement : on assiste même à une boucle temporaire qui met mal à l’aise. Tout comme ces visages différents qui représentent une même personne et illustre parfaitement cet effacement de la mémoire.

 

Bref, c’est un film très fort sur la vieillesse, sans véritable concession ni pathos : et Anthony Hopkins est bouleversant dans le corps de cet homme que son esprit abandonne. Avec ses moments de lucidité tout comme ceux de détresse voire d’agressivité : cette méchanceté involontaire (?) qui blesse à tous les coups. Et Olivia Colman donne la réplique magnifiquement à Hopkins, tout en subtilité, se hissant au niveau du grand acteur.

 

C’est superbe, fort, prenant.

A voir.

Absolument.

 

  1. “The time is out of joint” (Hamlet, I, 5)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil
I comme Icare (Henri Verneuil, 1979)

22 mai 1977. Le président Jary (Gabriel Cattand) est acclamé par une foule en liesse à son passage en auto. Et quand il s’arrête pour saluer cette même foule, il est abattu. Par Karl Eric Daslow (Didier Sauvegrain), un tireur isolé. Enfin ça, c’est ce que conclut le rapport Heiniger (Michel Etcheverry) un an après. Mais au moment de le signer, le procureur Henri Volney (Yves Montand) remet en cause ces conclusions : il va devoir reprendre l’enquête à zéro afin d’essayer de trouver la vérité sur cet assassinat pas si simple que ça.

Seulement voilà : les témoins capitaux ont tous disparu, et de manière pas toujours très naturelle. Et Daslow lui-même a été exécuté juste après son geste qui n’en était pas même pas un : son fusil était vide.

 

Bien sûr, on ne pense qu’à l’assassinat de Kennedy, à travers celui de Jary, et à une des théories qui circule concernant l’implication de la Mafia, ainsi que du second tueur. Bref, Verneuil et Didier Decoin ont surfé sur la vague conspirationniste pour pondre un scénario béton, soutenu par l’interprétation impeccable d’un Yves Montand en pleine forme.

Et au final, c’est un film foisonnant qui nous est offert : foison de détails que le procureur va donc tenter d’expliquer ; foison de personnages plus ou moins importants qui vont donner du corps à cette minutieuse enquête.

Et ça marche !

 

Ce n’est pas la première fois que Verneuil fait un film politique. On se souvient de son formidable Président qui permit à Gabin un grand moment d’acteur, mais c’était là de la politique politicienne. Ici, c’est de la politique d’arrière-cuisine, celle qu’on évite d’exposer au grand jour, avec les inévitables Services Secrets dont les pratiques en eaux saumâtres (quand elles ne sont pas troubles) accentuent l’aspect conspirationniste ici développé. Et à leur tête, Verneuil a choisi Jacques Sereys (Mallory) qui s’adapte parfaitement à cette intrigue : il a un aspect très bien mis mais on sent poindre en lui une efficacité impitoyable, ne s’embarrassant ni de principe, ni de témoins. Un superbe méchant, quoi.

 

Mais au-delà de l’aspect un tantinet manichéen du film (le gentil procureur Volney contre les méchants Services Secrets), on savoure avec bonheur cette quête de la vérité d’un homme solitaire – malgré ses collaborateurs – qui va progressivement s’approcher de la vérité recherchée. On s’en amuse aussi parce qu’il y a une dimension sarcastique dans les propos du procureur quand il s’adresse à certains acteurs du drame : l’interrogatoire de Nicky Farnese (Henry Djanik) qui a « tout vu » est caractéristique de la méthode Volney. Et cette façon de faire le rend même encore plus humain à nos yeux, face à cet être protéiforme qui a mis en place une telle machination.

Volney est un personnage passionné. Passionné de vérité et tel un bouledogue il ne lâchera pas sa proie sans en avoir tiré tout ce qu’il peut. C’est le cas avec le témoin mystère (Jean Lescot), le seul qui a survécu à la vague de décès qui a touché ceux qui l’entouraient le jour fatidique… Ce dernier nous donne l’occasion d’une séquence à suspense intéressante, Verneuil jouant avec ses nerfs – et donc les nôtres – pas bien originale certes, mais bien menée.

Et d’une manière générale, Verneuil mène son film avec beaucoup de maîtrise, servi aussi par une belle distribution – on a plaisir à reconnaître quelques figures habituelles des seconds rôles de la période (Louis Navarre, Robert « Fouché » Party, etc.), et même, une jeune actrice qui dévoile une grande partie de ses charmes et qui prendra une direction un brin parallèle : Brigitte Lahaie (Ursula Hoffmann, témoin « suicidée »).

 

Bref, un film qui, s’il comporte tous les éléments de son époque (la technologie est la première des choses qui devient obsolète avec le temps qui passe), reste l’un des meilleurs de son réalisateur. Son sujet est malheureusement toujours d’actualité et encore plus à cette époque où l’information circule à grande vitesse : on apprend de temps en temps que certains organismes à vocation confidentielle ont aidé à mettre en place des opérations pas toujours nécessaires ni très orthodoxes, avec à l’arrivée des situations qui n’ont fait qu’envenimer celles déjà en place avant…

 

A (re)voir !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Robert Zemeckis
Sacrées Sorcières (Witches, Robert Zemeckis, 2020)

Un jeune garçon (Jahzir Kadeem Bruno) a perdu ses parents dans un accident de voiture. Il est recueilli par sa grand-mère (Octavia Spencer), une femme formidable, un tantinet rebouteuse (des secrets qui se transmettent de mère en fille…). Mais une sorcière apparaît en Ville. La grand-mère et le petit-fils fuient et s’installent dans un hôtel très luxueux. Donc tout devrait bien aller, mais les sorcières ont un congrès dans ce même hôtel, décidées à se débarrasser de tous les enfants, qui leurs sont insupportables (moralement et surtout physiquement).

Notre jeune garçon est découvert et se retrouve transformé en souris, avec deux autres rongeurs dans le même cas. A eux trois, aidés de la même grand-mère, ils vont contrecarrer les plans diaboliques de la Grande Sorcière (Anne Hathaway).

 

Dommage.

Zemeckis revenait avec un nouveau film, il adaptait le génial Roald Dahl, et en plus, il maîtrise les effets spéciaux. Bref, tout est là pour passer un très bon moment. Et en fait, ce moment n’est pas si bon que ça. Il manque quelque chose pour que ce soit extraordinaire, mais non. Ca reste tout de même plat. Le seul moment où ça s’envole, c’est quand les sorcières se transforment en rats, créant une scène de chaos délirante. Pour le reste, c’est un film très (trop ?) sage avec finalement peu de moments véritablement réjouissants.

Certes, Octavia Spencer est encore une fois formidable, tout comme Anne Hathaway, même si cette dernière a une légère tendance à surjouer. Même si son personnage est outrancier, ça fait tout de même beaucoup (trop).

 

Et pourtant, quand on apprend, dans le générique de fin que des gens comme Guillermo del Toro (scénario & production) ou Alfonso Cuarón (production) ont participé au projet, on ne peut s’empêcher de penser qu’on assiste à du gâchis. On pouvait s’attendre à mieux de leur part.

Mais non. C’est un petit film avec quelques beaux effets spéciaux, mais pas de quoi être transporté, ni même vraiment rêver. Oui, c’est bien léché, mais c’est tout. Zemeckis nous a habitué à largement mieux : son film précédent, par exemple (Marwen, 2018).

Et c’est d’autant plus dommage que Roald Dahl est toujours une source d’inspiration formidable pour des longs-métrages (1). Mais pas là.

Oui, dommage. Vraiment.

 

PS : vous avez remarqué qu’il y avait un homme parmi l’assemblée de sorcières ? Vous avez donc aussi remarqué que c’est le seul qui ne se transforme pas (devant nous en tout cas) ?

 

  1. Ou des courts (Lambs to the Slaughter, 1958)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Norman Ferguson, #T. Hee, #Wilfred Jackson, #Animation, #Walt Disney
Pinocchio (Norman Ferguson, T. Hee & Wilfred Jackson, 1940)

Forts du succès de Blanche Neige trois ans plus tôt, les studios Disney reviennent au devant de la scène avec une nouvelle production. C’est donc le conte de Carlo Collodi qui est adapté avec beaucoup de brio, visuellement parlant, cela s’entend.

C’est magnifique, tout point de vue.

 

Si Blanche Neige était une formidable réussite, il n’existe alors pas beaucoup de mots pour décrire ce second long métrage des studios Disney : l’animation est à son plus haut niveau, assurée par une équipe de haute volée. Et à nouveau, les décors sont extraordinaires. Si on n’y trouve pas les aspects inquiétants de la forêt de BN, ceux de « L’Ile enchantée » (Pleasure Island) une fois que la fête est finie sont extraordinaires de désolation. Et Jiminy Cricket (voix de Cliff Edwards) ne s’y trompe pas, comparant l’endroit à un cimetière. Là où les couleurs le disputaient au faste, ce ne sont que vestiges morts : comment y a-t-il pu avoir de la vie là ?

 

Mais Pinocchio, c’est avant tout l’histoire de cette marionnette (voix de Dickie Jones) sans fil (1), découvrant la vie d’un œil candide, véritable proie facile pour toute sorte d’escrocs et autres malfaisants. Ils son quatre, formant trois partis distincts dont le duo Gideon (voix borborygmes du grand Mel Blanc) & Honest John (voix de Walter Catlett) est le lien avec les deux autres. Ce sont deux rabatteurs sans scrupule ni quelque conscience que ce soit. Mais avec tout de même une force comique indispensable afin d’atténuer l’aspect noir de leurs manigances. C’est un duo (improbable, est-il besoin de le préciser) complémentaire qui allie l’intelligence et la bêtise, la ruse et la violence, mais se termine souvent dans le ridicule. Oui, on peut penser à Laurel & Hardy même si ces deux comiques n’avaient pas les noirs desseins de ces deux filous-là.

Les deux autres infâmes le sont beaucoup plus, et l’équipe d’animation ne s’y trompe pas : entre Stromboli (voix de Charles Judels) qui représente une caricature d’un goût douteux aujourd’hui (2), et le cocher (même voix) au visage faussement débonnaire mais véritablement torve, ce sont deux individus d’une grande méchanceté, les deux composantes d’une même entité maléfique dont l’appât du gain reste le moteur principal, tout comme les deux autres, d’ailleurs.

Et Monstro ? Comme c’est un animal (il ne parle pas), et malgré son nom, on ne peut pas le classer dans les méchants. On le qualifiera de dangereux, tout simplement.

 

A côté de ces éléments négatifs, on trouve – déjà – la magie qui va perdurer pendant des décennies et faire la réputation des studios Disney. Il n’est étonnant pour personne qu’un cricket parle, tout comme une marionnette. Mais pour la marionnette, l’intervention magique de la Fée Bleue (voix d’Evelyn Venable) est une justification plausible. Par contre, que Honest John soit un renard parlant, on est en droit de se poser des questions. Mais si on rapproche le renard de la ruse, alors quoi de mieux pour représenter un tel personnage. Et s’il parle, c’est tout à fait normal : nous sommes au cinéma ! Mais on retrouve alors le paradoxe disneyien qui voit que Gideon est habillé et semble être doté de parole alors que Figaro est un chat tout à fait normal. Sauf qu’il ne mange pas le poisson de Geppetto (voix de Christian Rub), Cleo.

Et cette dernière est l’un des personnages les plus réussis du film : c’est un poisson hautement féminin, avec de long cils et une grâce qui n’ont absolument rien d’ichtyologique.

 

La magie s’opère aussi quand les objets inanimés sont mis en mouvement quand Geppetto est heureux. On leur découvre alors une âme et des effets comiques souvent provoqués par Jiminy. Il en va de même des marionnettes de Stromboli qui prennent vie grâce surtout au talent des animateurs (les ficelles de Stromboli ne sont là que pour le décor) et l’utilisation d’accents pour les différentes femmes est du plus bel effet (en VO en tout cas).

Et puis il y a le monde sous-marin qui va apporter son lot de féerie, véritable feux d’artifices coloré avec des poissons dont certains traits rappellent plus ceux des humains que des animaux. Et on voit d’ailleurs la différence quand Geppetto – encore lui – pêche des (petits) thons : ils sont impersonnels, académiques. Normal, ils sont destinés à être mangés : on ne peut pas leur donner un aspect sympathique…

Et là encore, l’épisode maritime confirmera la haute maîtrise de l’équipe technique du film : c’est absolument magnifique. Et je suis modéré.

 

Un chef-d’œuvre, je vous dis !

 

PS : On notera la présence dans l’équipe des animateurs de Preston Blair qui travaillera sur les deux prochains films des studios avant d’aller à la MGM collaborer avec le non moins immense Tex Avery.

 

  1. Comme chez Jim Henson !
  2. Un croisement entre un Gitan et un Juif, deux cibles privilégiées de l’époque (et malheureusement aujourd’hui) en Amérique comme ailleurs…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road Movie, #Chloé Zhao
Nomadland (Chloé Zhao, 2020)

Fern (Frances McDormand) n’a plus d’emploi depuis que l’usine d’Empire (Nevada) a fermé. Il n’en reste plus rien, que des vestiges d’une activité.

Et Fern, qui a en plus perdu son mari, a pris un van et a décidé de prendre la route, se déplaçant avec le travail saisonnier, du Nebraska au Dakota du Sud, en Arizona et jusqu’en Californie. Elle rencontre des gens, des anonymes qui comme elle ont décidé de tout abandonner et de prendre la route, au hasard, à la recherche d’une éventuelle liberté, ou d’une vérité personnelle. A moins que ce soit une rédemption…

 

Et non, pas de rédemption ici. Il n’y a pas de place. Mais des quêtes intérieures, en extérieur, ce n’est pas ce qui manque dans ce superbe film de Chloé Zhao (son troisième) qui fut fort justement récompensé un peu partout dans le monde : c’est beau, tout simplement. Nous sommes au croisement entre le documentaire et la fiction, mais sans rien de sensationnel ni aucune démonstration. C’est un road-movie basique où finalement la route n’est pas beaucoup empruntée : ce sont les rencontres à chaque étape qui sont le cœur de l’intrigue (minimaliste). Et ce qui donne l’authenticité indispensable à ce genre de film, c’est la présence de protagonistes dans leurs propres rôles : ce sont tous des nomades américains dont le van est leur foyer. Et Frances McDormand s’intègre magnifiquement dans cette communauté singulière, loin des attaches familiales qu’elle retrouve tout de même de temps en temps, comme une pause – inévitable dans le cas présent – à travers cette vie sans cesse en mouvement.

 

Et c’est un incroyable plaisir de voir évoluer Fern dans cette immensité de paysages tous plus extraordinaires les uns que les autres, et quand le film se termine, on n’a plus qu’une envie : suivre ses traces dans cette immensité : aller admirer les montagnes du Nevada ou/et les pierres de tous ces endroits. Les pierres sont au cœur des pérégrinations de Fern : chaque endroit lui en apporte de nouvelles, avec à chaque fois des caractéristiques uniques au lieu.

Et ces pierres, c’est aussi la seule richesse de ces nomades qui vivent en marge de la société : ils en font partie, mais ne participent pas pleinement à la vie des villes qu’ils traversent. LE temps d’une saison puis ils repartent. Mais ce ne sont pas des asociaux pour autant : le discours – authentique lui aussi – de Bob Wells le confirme. De même, chacun d’eux a un téléphone portable et reste connecté au monde, à travers les réseaux sociaux par exemple.

 

C’est un film qui prend son temps et qui décrit une certaine forme de vie, choisie et assumée par chacun d’entre eux, avec ses avantages – liberté, paysages grandioses (etc.) – mais aussi ses inconvénients – ennuis mécaniques, besoins naturels (etc.) – avec ceux qui s’en vont comme Dave (David Strathairn) ou Swankie (Charlene Swankie) et ceux qui y viennent comme le jeune homme que Fern va croiser deux fois : une forme d’équilibre donc où celle qui s’en va définitivement (Swankie) est remplacée de toute façon.

Une petite précision toutefois, ces nomades ne sont pas ce qu’on appelle par ici des « Gens du Voyage » : leur décision de migrer indéfiniment s’est imposée à un moment de leur vie où un changement était devenu nécessaire. Et on ne ressent pas dans toute cette odyssée quelque inimitié que ce soit : la violence, verbale ou physique, est d’ailleurs absolument absente dans ce milieu, ce qui n’est pas le cas dès qu’on parle des Gens du Voyage qui, eux, sont rarement appréciés des sédentaires, avec tous les préjugés qui vont avec.

 

Bref, c’est un road-movie particulier où la route n’est pas le milieu privilégié : c’est dans chaque étape – collective ou solitaire – que se révèle la richesse des différents protagonistes : tout ce qu’ils voient est à eux, et pas besoin de l’emmener chez soi pour le arder puisqu’on en profite à chaque instant.

Et puisque c’est un road-movie, on devrait assister à une forme de métamorphose de notre personnage principal : elle est là, mais elle est comme le film lui-même. Ni démonstrative, ni sensationnelle, mais malgré tout spectaculaire. Et comme Fern repart vers d’autres lieux à la toute fin, il faut se dire que cette transformation n’est pas terminée. Le sera-t-elle un jour ?

Qu’importe.

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