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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Guerre
Colditz (1972-1974)

Puisque le monde est aux séries, revenons sur l’une d’entre elles : Colditz (1972-1974).

Nous sommes en 1940 et la guerre fait rage : le lieutenant Carter (David McCallum) est fait prisonnier lors d’une mission de reconnaissance. Elément un tantinet retors, il est envoyé à Colditz (Saxe). ET comme un malheur n’arrive jamais seul, il est placé avec un contingent d’autres prisonniers de guerres spécialistes de l’évasion : on ne s’évade pas de Colditz.

Enfin si, mais avec beaucoup de parcimonie.

 

Avant toute chose, je ne saurai vous recommande d’aller voir ce que les prisonniers du lieu ont pu mettre en place pour essayer (et parfois réussir) une évasion. C’est tout bonnement incroyable, jusqu’à ce planeur qui n’a pas pu être mis en circulation, la guerre s’étant terminée avant. Quoi qu’il en soit, nous sommes dans une configuration qui n’est pas sans rappeler celle de La grande Evasion, avec le temps nécessaire pour développer l’intrigue : au lieu d’un film de  172 minutes, c’est une série de 28 épisodes d’environ 50 minutes chacun (un peu plus en règle générale) prenant le temps de mettre en avant les différents enjeux en lice, donnant aux différents protagonistes une existence pertinente.

 

Il est clair que la présence de David McCallum est un atout non négligeable : ayant participé au formidable La grande Evasion près de 10 ans plus tôt, il est un peu le garant de l’authenticité de la série. Comme si on en avait besoin…

Il est évident que cette série (formidable) nous rappelle certains films d’évasion (La grande Illusion ou le film de Sturges susnommé), mais comme les scénaristes on eu la possibilité » d’étayer leur propos (50 minutes environ à chaque fois), l’intrigue va à chaque fois développer un élément propice à une éventuelle évasion (1). Si McCallum est d’une certaine façon la caution morale de la série (voir plus haut), il n’en demeure pas moins que ses différents partenaires sont d’une aide absolument indispensable. A commencer par un habitué lui aussi des séries : Robert Wagner.

 

Nous allons alors vivre cinq ans de captivité britannique mais avec toujours en évidence que les prisonniers ne sont rien sans leurs geôliers : outre le Kommandant (Bernard Hepton, impeccable) on trouve deux officiers eux aussi pertinents : Uhlmann (HansMeyer) et Mohn (Anthony Vaentine) aussi différents que leur grade, l’un étant plutôt Wehrmacht, le second SS.

Et cette différence va nourrir les différentes intrigues, jusqu’à la décision inévitable de choisir prendre une décision quand l’avancée alliée s’approche de la forteresse. Et si Uhlmann choisit les honneurs, Mohn, véritable salaud (normal, c’est un SS), n’a d’autre choix que de déserter afin d’éviter une mort assurée. On pourra souligner que cette désertion est totalement assumée par la production : d’un autre côté, un tel salaud ne va plus apparaître, et ce malgré son haut degré de nuisance, et surtout l’envie des prisonniers – et des spectateurs – d’en découdre avec lui.

 

Mais quoi qu’il en soit, nous sommes devant une série de haute qualité, servie par de grands interprètes, Robert Wagner et David McCallum en tête. Et si la résolution finale ne peut pas rendre hommage à tout ce qui fut mis en place pour permettre à certains de s’évader, on est tout de même heureux que quelques tentatives aient pu être couronnées de succès.

Quoi qu’il en soit, c’est avec beaucoup de bonheur qu’on va suivre cette série guerrière (deux saisons et donc 28 épisodes) qui va mettre en évidence des (petits) faits héroïques que nous ne verrons pas beaucoup dans les publications traitant de la même période…

 

  1. On ne s’évade pas de Colditz !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Paul Schrader
The card Counter (Paul Schrader, 2021)

William Tell (Oscar Isaac) – c’est bien sûr un pseudonyme – est, comme l’indique le titre (1), un joueur : black jack et poker n’ont aucun secret pour lui. Pendant une de ses virées au casino, il fait la connaissance de Cirk Baufort (Tye « Cyclops » Sheridan) : le père du jeune homme ont un passé commun. Et ce passé est tout sauf reluisant : ils étaient interrogateurs à Abou Ghraib (Irak). En clair, ils ont torturé sans vergogne ni limite de nombreux prisonniers irakiens.

Mais ils ont été rattrapés par ces exactions : Tell a passé huit ans et demi en prison militaire. Pendant que leurs supérieurs s’en tiraient sans égratignure.

Et c’est là qu’intervient véritablement Cirk (2) : il propose à Tell de séquestrer, torturer et tuer l’un des pires supérieurs du lieu : John « Gordo » Rogers (Willem Dafoe).

Tell n’est pas très enthousiaste et propose à Cirk une tournée des casinos. Mais ce projet reste bien ancré dans la tête du jeune homme.

 

Pas étonnant que Martin Scorsese ait participé à la production du film : non seulement Paul Schrader lui avait écrit le scénario de Taxi Driver, mais en plus, ce William Tell est un héros très scorsesien : ne vous attendez pas à une quelconque élévation, ou alors elle ne peut être que temporaire et il retournera d’où il vient.

Tell est un homme seul, hanté par son passé de bourreau : il en rêve la nuit, bien sûr, mais ses souvenirs surgissent aussi le jour, surtout depuis l’apparition du jeune.

Et Oscar Isaac est impeccable dans ce personnage torturé (à son tour !), aux yeux tristes, bien loin de Poe Dameron (Starwars, troisième cycle) : sous ses dehors plutôt sympathiques se cache cet affreux personnage qu’il fut et qu’il essaie tant bien que mal d’exorciser.

Bien entendu, il n’y arrive pas complètement et sa proposition à Cirk est des plus glaçantes : en peu de mots et surtout grâce à une attitude accentuée par ce même regard (moins) triste, il nous montre qu’il reste toujours cet être abject qu’il pensait avoir laissé en prison.

 

ATTENTION la suite risque de révéler la résolution de l’intrigue.

Continuez à vos risques et périls !

 

Mais Schrader lui donne une chance : la rédemption. Et cette rédemption va passer par deux personnes : Cirk, bien sûr, qui lui offrira la possibilité de se venger (acceptera-t-il ?) ; et La Linda (formidable Tiffany Hadish), avec qui il retrouvera un peu de son amour propre, et même d’amour tout court.

Mais comme annoncé plus haut, il ne faut pas s’attendre à une fin heureuse : il retournera en prison pour la même raison que la première fois, torture ayant entraîné la mort.

Et Paul Schrader va filmer la séquence, d’une façon remarquable – à mon avis – restant dans la pièce que les deux protagonistes viennent de quitter, n’accompagnant les _images que des sons qui sortent de la pièce où a lieu le supplice.

Cette dernière séquence (avant la finale qui se veut un peu emplie d’espoir) fait écho au film de Scorsese susnommé : mais alors que nous suivons Travis Bickle (Robert de Niro jusqu’au bout de sa nuit, nous restons donc ici sur le pas de la porte, laissant la violence hors champ.

Cette analogie avec le héros de T. D. ne s’arrête pas là : tout comme Bickle, Tell est poursuivi par son passé militaire.

 

Mais malgré tout ça, je garde ma préférence pour le grand Martin. Le scénario n’est pas tout et parfois, la façon de filmer de Schrader est un tantinet lente, s’attardant un petit peu trop sur certains détails.

Mais qu’importe, le film se laisse regarder sans déplaisir, et on notera que l’ouverture du film se fait à l’ancienne, avec le générique principal avant que tout commence.

 

  1. Le compteur de cartes.
  2. Ca se prononce « Kirk », mais avec un C.
  3. La facilité aurait été de livrer crûment cette mise à mort

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Jonathan Demme, #Tom Hanks, #Denzel Washington
Philadelphia (Jonathan Demme, 1993)

Ca commence avec le Boss (Bruce Springsteen) et ses « Rues de Philadelphie » (Streets of Philadelphia), et nous voyons différents habitants de cette mégalopole nous saluer. Normal, Philadelphie est la vielle de William Penn par excellence : celle où la tolérance est le ciment de la communauté.

Alors quand Andy Beckett (Tom Hanks), jeune avocat brillant et dynamique, est licencié parce qu’il a contracté le SIDA, c’est ce principe cher aux Pères Fondateurs qui est remis en cause. Mais Beckett ne s’en laisse pas compter : il engage l’avocat populaire (il passe à la télévision !) Joe Miller (Denzel Washington) pour le représenter.

Le premier problème qu’il rencontre : Miller est ce qu’on appelle aujourd’hui un homophobe, considérant les homosexuels comme des sous-hommes.

Le deuxième problème : le temps presse, la maladie se développe de plus en plus vite et les défenses immunitaires de Beckett tombent les unes après les autres, l’affaiblissant toujours plus.

 

Magistral.

Encore une fois, Jonathan Demme nous démontre qu’il était un grand réalisateur, signant ici un film presque parfait (1), servi par une distribution non seulement prestigieuse mais aussi à la hauteur de l’enjeu : l’acceptation de l’homosexualité. Parce que derrière cette intrigue judiciaire se joue la place des homosexuels dans la société américaine – et ailleurs, son influence a un peu fait bouger les lignes un peu partout dans le monde – même si ce n’est pas encore gagné (2).

Et le plus remarquable dans ce film, c’est la façon dont Demme montre les différents stéréotypes – faux – qu’on trouve sur le SIDA : l’attraper par une poignée de mains en est la meilleure illustration, puisque c’est aussi la première.

En effet, la première poignée de mains qu’échange Beckett avec quelqu’un est mise en évidence par un resserrement du cadrage sur cette effusion qui n’était alors pas toujours considérée comme saine par les ignorants (3). Et cette insistance est prémonitoire : jusque là, un spectateur qui n’a pas eu vent de l’intrigue peut alors se poser des questions, jusqu’à la révélation de Beckett à Miller. Autre élément prémonitoire : l’observation de Kenton (Robert Ridgely) à propos de la marque que porte Beckett sur le front qui se révèlera une lésion due à la maladie.

 

Mais c’est surtout la présentation de cette maladie qui est le meilleur atout du film : avoir le SIDA dans les années1980s, c’est comme être noir avant le Mouvement des Droits Civiques. Les personnes atteintes – homosexuelles, surtout – sont marginalisées voire ostracisées. Ce n’est pas par hasard si Sarah Beckett (Joanne Woodward) déclare qu’elle n’a pas élevé ses enfants pour qu’ils se retrouvent à l’arrière des bus (4) : la place qui était réservée aux « gens de couleur » (colored) autrefois aux Etats-Unis.

Parce que si Beckett qui est licencié officiellement pour faute grave, c’est bel et bien à cause de sa maladie que ses patrons se débarrassent de lui.

 

Et pendant le procès qui suit, la défense abjecte des associés patrons est tout bonnement écoeurante, avec une mention spéciale pour les deux avocats, Belinda Conine (Mary « Miss Clayton » Steenburgen) et Jerome Green (Obba Babatundé, qu’on pouvait apercevoir dans le film précédent de Demme) : ils utilisent les arguments courants homophobes afin de criminaliser la conduite de Beckett qu’ils jugent irresponsable, comparée à celle d’une autre personne atteinte de la même maladie suite à une transfusion ; cette dernière est une véritable victime à leurs yeux, tandis que Beckett a, d’une certaine façon, reçu ce qu’il méritait. Pourtant, l’issue pour ces deux personnes sera la même : une mort annoncée.

 

Mais si ce film a eu un tel impact sur les spectateurs, c’est aussi pour les différentes performances d’acteurs, outre celle de Mary Steenburgen, on notera :

  • Jason Robards (Charles Wheeler,le grand patron) est un formidable salaud, n’exprimant aucun regret ni remord vis-à-vis de Beckett, malgré les perches que semble nous tendre Demme à chacune de ses interventions :on croit qu’il va revenir sur son opinion (son visage semble l’indiquer) mais rien ne changera. D’ailleurs, l’issue du procès (défavorable à son encontre, heureusement) lui semble aberrante et il ne veut pas en rester là.
  • Antonio Banderas (Miguel Alvarez, le « partenaire » de Beckett) un peu à contre-emploi (il sait tout jouer, cet homme-là) est magnifique de subtilité dans ce rôle difficile parce qu’un tantinet éclipsé par Tom Hanks.
  • Denzel Washington, bien entendu, pour ce rôle là aussi pas évident en face de Hanks, et surtout loin de l’image d’humanité qu’on avait l’habitude de voir chez lui dans ses rôles précédents. La première réaction qu’a Miller quand il apprend la maladie de Miller est des plus évidente et résume en quelques secondes les idées fausses véhiculées alors. Mais on ne pouvait laisser Washington dans ce rôle un brin négatif et son évolution va de pair avec la maladie de Beckett : alors que l’état général de ce dernier se détériore, la mentalité et l’attitude du premier s’améliorent, comme si ce que perdait Andy ne l’était pas pour tout le monde (perdu !). La dernière entrevue entre ces deux protagonistes est, bien sûr, la plus évidente.
  • Tom Hanks enfin, qui interprète là un de ses plus beaux rôles, avec en point d’orgue la séquence qui le voit commenter la musique qu’il fait écouter à Miller, Andrea Chénier (Umberto Giordano, 1896), avec la voix extraordinaire de La Callas, chantant La Mamma morta (« Ils ont tué ma mère », dit la traduction française officielle…). Il y a dans ce chant le même espoir et le même désespoir que ceux de Beckett, qu’il exprime avec une immense justesse, laissant Miller subjugué par ce qu’il vient de voir et d’entendre, tout comme l’est le spectateur. C’est très certainement le tournant du film pour ce dernier, le moment où il prend pleinement la mesure de son client qui n’est alors plus un client comme les autres.

 

Quant aux dernières paroles de cette aria, elle résume magnifiquement l’état dans lequel se trouve Andy à la veille de son audition :

« Corpo di moribonda è il corpo mio. / Ce corps de moribond est mon corps,
Prendilo dunque. / Prends-le donc.
Io son già morta cosa! » / Car je suis déjà morte.

 

Sublime.

 

  1. La perfection n’est pas de ce monde, et en plus, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous dire qu’il y a ceci ou cela qui ne va pas…
  2. On trouve toujours, 30 ans après, des pays où l’homosexualité est considérée comme contre nature sinon un délit, voire un crime.
  3. Ceux qui ne savaient pas comment se véhiculait le VIH.
  4. “I didn't raise my kids to sit in the back of the bus.”

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Paul Haggis, #Tommy Lee Jones
Dans la Vallée d'Elah (In the Valley of Elah - Paul Haggis, 2007)

On peut –on doit même – remercier Clint Eastwood qui a permis à Paul Haggis de réaliser ce film !

En effet, le pari n’était pas gagné : non seulement, nous sommes dans un passé proche, mais en plus, il égratigne l’armée américaine avec beaucoup de style.

 

Mike « Doc » Deerfield (Jonathan Tucker), qui revient d’Irak (nous sommes en 2004) ne s’est pas présenté après sa permission. Son père, Hank (Tommy Lee Jones) tient à le retrouver avant l’armée afin de lui éviter quelques ennuis.

Il va bien le retrouver, mais en morceaux brûlés : Mike a été tué et dépecé.

Aidé d’Emily Sanders (Charlize Theron), il va chercher – et découvrir – les causes de cette mort brutale, en lien (forcément) avec ce qu’il s’est passé en Irak.

 

Si Eastwood a en plus refusé le rôle de Hank, on ne peut que se réjouir du choix (proposé par ce dernier) de prendre Tommy Lee Jones : encore une fois, il est formidable, interprétant un ancien militaire (de la police du même nom) très américain, un tantinet raciste, et surtout garant des valeurs patriotiques de son pays. La séquence qui le voit remettre le drapeau dans le bon sens illustre magnifiquement l’état d’esprit dans lequel il commence cette douloureuse expérience : le drapeau a été donc hissé à l’envers par un fonctionnaire d’origine latino, qu’il va sermonner à propos du symbole véhiculé par sa bévue. On sent déjà poindre une forme de mépris par rapport à cet « étranger » : ce mépris ira jusqu’au paroxysme qui le verra s’en prendre à un autre de ces étrangers, un militaire cette fois-ci (Victor Wolf).

 

Mais son talent s’exprime ici surtout par rapport à la situation qui insinue de plus en plus le doute dans son esprit et surtout remet en cause ce qu’il a servi pendant de nombreuses années avant que ses deux fils prennent sa relève. Parce que si Deerfield est un militaire, il n’en demeure pas moins quelqu’un de très intuitif et déductif, aidant plus ou moins habilement la jeune policière. Il y a, en plus de la rigueur militaire de son personnage, une forme légère d’autisme qui va se révéler à nous par touches successives : ses rapports avec son épouse (Susan Sarandon, que j’aurais aimé voir plus) ou d’autres personnes ne sont jamais sereines ni naturelles. On notera aussi un léger balancement de son corps pendant une contrariété (-le film en est plein, de contrariétés : la première, le meurtre de son fils !).

Et encore une fois, c’est vers ses partenaires qu’il faut se tourner pour expliquer le talent de Jones : outre Charlize Theron qui fait jeu égal avec lui, on appréciera les différents protagonistes de cette intrigue militaire et criminelle, et on aura plaisir à retrouver quelques têtes connues dans des rôles subalternes – James Franco (Dan Carnelli), Josh Brolin (le chef Buchwald) ou encore Frances Fisher (Evie), dans un rôle plutôt inattendu.

 

Par contre, le talent de Paul Haggis – réalisateur peu prolifique (seulement 5 longs métrages), c’est – comme savent très bien le faire les Américains – de traiter d’un sujet qu’on peut qualifier d’actualité tant ce qu’il raconte est proche du moment où les faits (il s’agit d’une adaptation d’un fait divers) se sont déroulés. En plus de l’intrigue criminelle, le syndrome post-traumatique de la guerre est le véritable enjeu du film : ces jeunes militaires que nous voyons sont autant des victimes de cette situation que ceux qu’ils ont tués. Mais demeure tout de même le fait que les militaires ne sont pas tous bien intelligents. Et le fils Deerfield n’échappe pas à la règle, ce qui lui vaut son surnom, « Doc ».

 

AU final, c’est une belle condamnation de la guerre qui nous est présentée ici, interprétée avec justesse par les différentes personnes qui le peuplent, où transparaît une profonde tristesse qui ne s’exprime pas de la même façon par tous. Si la mère de Mike est effondrée, c’est avant tout parce que c’est le deuxième enfant que l’armée lui prend, alors que la tristesse de Hank mêle subtilement la mort du fils avec la désillusion qu’amène cette ultime enquête pour lui. Pour Emily, c’est une autre enquête ratée qui surgit dans ce contexte tendu. Pour les autres militaires du bataillon de Mike, c’est encore autre chose : une tristesse très bien portée par Penning (Wes Chatham), à la limite des larmes, sans jamais céder à cette émotion prégnante (1).

Et tout cela sans pour autant basculer dans le pathétique : le portrait de ces jeunes militaires n’appelant aucune pitié chez le spectateur.

 

Quant à la vallée d’Elah, vous irez lire le chapitre 17  du Premier Livre de Samuel, pour savoir à quoi elle fait référence, si vous n’avez pas l’occasion de voir le film…

 

  1. C’est bien connu : les militaires, ça ne pleure pas !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Western, #Edward Zwick, #Anthony Hopkins
Légendes d'Automne (Legends of the Fall - Edward Zwick, 1994)

Comme me le répète mon ami Thierry : « quel gâchis ! ».

Parce que c’est un véritable gâchis qui nous est proposé ici, avec des morts (injustes, cela va de soi) qui s’accumulent et qui veulent nous prouver que le bonheur n’est pas de ce monde.
En tout cas, pas pour les Ludlow.

Après le père William (Anthony Hopkins), ancien colonel qui n’a pas supporté les « politiques indiennes » pratiquées par l’administration qu’il a longtemps soutenue, c’est au tour de ses trois fils de subir le poids de leur époque : Première Guerre mondiale et Prohibition.

Alfred (Aidan Quinn) deviendra politicien, élu au Congrès, avec toute la compromission que cela suppose. Samuel (Henry « Elliott » Thomas) mourra en Europe, en 1915, sur le Front. Quant à Tristan (Brad Pitt), il survivra à tout cela. Mais à quel prix !

 

Edward Zwick signe ici un très beau western, un tantinet particulier (1), servi par une distribution à la hauteur, ainsi qu’une équipe technique du même acabit. Nous y retrouvons les grands espaces qui en font un western, ainsi qu’une rencontre finale (2) qui n’est pas sans rappeler celle de certains classiques du genre, et tant pis si ce n’est ni à l’aube ni au crépuscule.

Et ce malgré l’aspect moderne de l’intrigue (les années 1910-20). Outre les deux éléments évoqués ci-dessus, on y retrouve une solide intrigue familiale avec en outre une très belle histoire d’amour, elle aussi (et surtout) gâchée par ces situations historiques troublées : on passe de la Guerre à la Prohibition, avec dans le deuxième événement des éléments injustes qui ne sont pas anodins : la guerre, elle, frappe sans discernement les pauvres conscrits qui sont venus plus ou moins volontairement (ici, les trois frères sont volontaires, malgré les réticences – légitimes – de leur père).

Par contre, que la belle Isabel 2 (Karina Lombard), épouse de Tristan, tombe sous les balles des caïds locaux n’a rien de juste.

 

Et cet événement tragique va tout de même être le déclenchement nécessaire qui va faire basculer l’intrigue et amener la résolution attendue, voire prévisible. Mais c’est, bien entendu, une résolution que nous espérions, surtout après la mort de la jeune métisse.

Parce qu’une grande partie de l’intrigue se joue sur les différences. Outre le colonel qui abandonne sa charge, déçu par une administration qui ne va pas assez loin, on trouve ici des éléments presque étonnants pour une histoire qui se passait voilà plus de cent ans : avant que Tristan n’épouse Isabel 2, il faut savoir que cette même jeune femme est issue d’une union mixte entre une Indienne (Tantoo Cardinal) et un cow-boy classique (Paul Desmond).

Sans oublier le personnage de One-Stab (Gordon Tootoosis), narrateur de ces légendes automnales, et enjeu d’une rixe entre les Ludlow et un barman raciste.

 

Décidément Edward Zwick sait lui aussi tout faire, et ce western en est une autre preuve. On retrouve les ingrédients indispensables du genre avec en prime une connotation humaniste (c’est – heureusement – le cas maintenant) et surtout un mélange heureux entre ce qui fit le western, tourné inévitablement vers le XIXème siècle, et cette nouvelle ère qui l’a supplanté (après la Guerre 14-18) sans pour autant lui retirer ses codes (la vengeance, l’affrontement final…).

 

Non, le western n’est pas près de mourir…

 

  1. Nous sommes dans les années1910 quand le film commence.
  2. J’aillais écrire un duel final, mais il y a plus de deux personnes concernées.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Benjamin B.Hampton
Heart's Haven (Benjamin B. Hampton, 1922)

Il est clair que nous sommes en plein mélo, avec bons sentiments et destin moralisateur. Mais il n’importe, ce petit film (62 minutes) de Benjamin B. Brompton (et Jean Hersholt qui est annoncé en ouverture avec Eliot Howe et William H. Clifford) est très bien fait, soutenu par un montage adéquat, et interprété par des actrices et acteurs convaincants, et en premier lieu la grande Claire McDowell, celle qui fut tout de même la mère de Ben-Hur chez Niblo.

 

Adam Breed (Robert McKim) engage le jeune Joseph « Joe » Laird comme secrétaire, lui qui fut un temps amoureux de sa mère May Caroline (Claire McDowell, donc, préposée aux rôles de mères). Breed a une jeune fille, Vivian (Claire Adams). Mais ne concluez pas trop vite : Laird est marié à Gladys (Betty Brice) et a eu deux enfants d’elle.

Mais Gladys regrette ce mariage et délaisse son foyer au profit du riche Henry Bird (Jean Hersholt).

Un jour que la fille Laird (Mary Jane Irving) est en difficulté dans un arbre, labelle Vivian vient l’aider mais se retrouve à son tour en difficulté et fait une mauvaise chute qui la paralyse. Elle se retrouve alors engoncé tout comme la jambe du jeune Laird (Frankie Lee).

Mais la foi de May Caroline va libérer cette jambe et le petit Bobbie marchera à nouveau normalement.

Quant à la colonne vertébrale de Vivian…

 

Pas besoin d’être grand druide pour deviner qu’elle va se remettre et qu’elle va terminer avec Joe. Mais cela ne se fera pas sans mal, même si le Destin – pas toujours farceur – va se mettre de son côté.

D’une certaine façon, ce film est sur les couples qui tentent de renouer. Si pour Joe et Gladys, la messe est dite, il n’en va pas de même pour cette dernière et celui qu’elle avait autrefois refusé (1), ni pour Breed et May Caroline qui se retrouve quelques décennies plus tard (deux à trois).

 

Mais le véritable intérêt du film, c’est tout de même le personnage de Pynch (Frank Hayes). C’est le serviteur des Breed et il a la particularité, en plus d’avoir un physique caractéristique (2), interprète un serviteur un brin maladroit mais surtout hypocondriaque : il possède un placard entier rempli de remèdes des plus inoffensifs sinon inefficaces. Les différentes interventions de ce personnage amènent inévitablement le sourire, de par son physique ou les situations dans lesquelles il se met.

Mais encore une fois, ce personnage ne se suffit pas : il est accompagné d’une partenaire tout aussi truculente, Mrs. Harohan (Aggie Herring). Pas étonnant qu’ils terminent eux aussi ensemble, suite à une demande en mariage des plus savoureuses.

 

Bref, un petit film très sympathique qui, s’il n’a pas défrayé la chronique se laisse regarder avec beaucoup de plaisir. Et ça aussi, c’est important !

 

PS : On peut sourire en découvrant le prénom de Breed, Adam. En effet, son patronyme entier peut alors se traduire par « Race d’Adam ». Il semble donc le premier homme. Normal, c’est lui le patron de Joe.

 

  1. Il est amusant d’apprendre que Betty Brice avait elle-même refusé les avances d’un fiancé qui se montrait un tantinet entreprenant : elle en épousa (presque) tout de suite un autre !
  2. Pas étonnant qu’il ait commencé chez Sennett…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Dessins animés, #James Algar, #Samuel Armstrong, #Ford Beebe Jr., #Walt Disney
Fantasia (James Algar, Samuel Armstrong & Ford Beebe Jr, etc. - 1940)

Du grand art. Extraordinaire… J’arrête là, je n’aurai jamais assez de superlatifs pour louer ce film, véritable coup de maître des studios Disney, entraînés par un homme qui, s’il n’était pas toujours très fréquentable, n’en demeure pas moins une référence pour le dessin animé : Walter Elias Disney.

Parce qu’il fallait oser un tel film : faire découvrir des œuvres classiques à un public avide avant tout d’histoires merveilleuses comme l’ont prouvé les deux précédents longs métrages : Blanche-Neige et les 7 Nains et Pinocchio.

C’est un brusque virage qui est ici proposé parce que s’il reste quelques éléments narratifs dans certaines œuvres interprétées par l’orchestre de Philadelphie, dirigé par le grand Leopold (1), ce sont avant des images animées qui sont proposées aux spectateurs : réelles tout d’abord avec l’orchestre qui s’installe et le narrateur (Deems Taylor) qui présente, puis incorporant des dessins (animés, évidemment) qui rappellent cet orchestre jusqu’à laisser la place au travail des différents animateurs.

Sublime.

 

Et comme il s’agit d’un film musical, il faut avant tout l’assimiler à un concert. Unique en son genre, bien sûr, mais rien d’autre. Et le découpage va dans ce sens : avant et après chaque pièce présentée par Deems Taylor (2) nous voyons Stokowski lancer et/ou arrêter son orchestre. Et le décor choisi pour cet orchestre est lui aussi un coup de génie : il n’y a rien qu’un fond bleu (3) sur lequel se détache une estrade où prendra place Leopold. Cet absence de décor va totalement dans le sens du projet de Disney : promouvoir la musique. En effet, seules les images issues des cerveaux fertiles des animateurs viendront agrémenter cette musique. Et c’est peut-être là qu’il faut trouver le paradoxe de cette œuvre unique.

 

En effet, Taylor commence par expliquer le premier morceau (Toccata & Fugue en ré mineur de J-S Bach), annonçant que nous sommes dans un registre non narratif et que les images qu’on va y voir peuvent sortir de notre imagination. Mais c’est bien de celle de Samuel Armstrong qu’elle est issue, épaulé par son équipe d’animateurs. Donc, une imagination bridée pour le spectateur. Mais si ce n’est que le seul reproche qu’on peut faire au film, ça ne remet pas beaucoup de choses en cause : dans ce cas-là, toutes les adaptations d’œuvres (littéraires ou picturales) sur grand écran sont bridantes

 

C’est donc un extraordinaire film que nous proposent les studios Disney, véritable œuvre artistique à mi-chemin entre la peinture et le cinéma d’animation, comme en témoignent certains plans fixes qui introduisent ou concluent certains éléments musicaux. Sans oublier une utilisation de la lumière et de l’ombre qui atteint ici certains sommets esthétiques. C’est le cas pour l’extraordinaire Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski (avant-dernière œuvre présentée) ou encore les balais dans l’Apprenti Sorcier de Dukas, qui voit pour la première fois Mickey Mouse (voix de Walt Disney) dans un long métrage.

Ce segment est très certainement celui dont tout le monde se souvient, la présence du rongeur aux gants à quatre doigts y étant pour beaucoup. Et il est difficile, aujourd’hui encore, de dissocier cette œuvre de Paul Dukas du film.

 

Autre segment quia fait la renommée du film : les dinosaures. Ou plutôt le Sacre du Printemps de Stravinsky. Bien sûr, on ne se souvient pas d’une quelconque mélodie (4) mais cette odyssée dans le passé de la Terre a un aspect aussi grandiose que le furent ces créatures. Et tant pis pour la vraisemblance : que l’archéoptéryx cohabite avec le tyrannosaure (seulemnt90 millions d’années les séparent, un instant dans l’histoire de la Terre…) ne gêne personne, et c’est tout à fait normal, nous sommes au cinéma !

Autre élément purement cinématographique : la Danse des Heures (Amilcare Ponchielli). C’est un incroyable ballet qui nous est ici proposé par Norman Ferguson et T. Hee, mélangeant allègrement les codes du ballet classique. Si les autruches font des danseuse acceptables, surtout grâce à leur longues pattes postérieures, avoir fait des éléphantes et des hippopotames des ballerines est là encore sublime : non seulement elles vont à l’encontre de ce qui se faisait (et se fait encore) dans les corps de ballet, mais en plus, l’intrigue joue sur leur présence mastoc, les jeunes danseurs étant des crocodiles dont la silhouette longiligne tranche avec celles des pachydermes.

 

Bref, c’est un festival, pour les oreilles comme pour les yeux, qui fera date dans le genre, et hissera ce film parmi les meilleurs – le meilleur pour ma part – des studios Disney. Certes, les arrangements de Stokowski d »es différentes œuvres présentées n’ont jamais été du goût de tous, mais pour ma part, même si je préfère les « originales », elles se placent dans le même cadre que tout le reste : au cinéma, tout est possible. Et il ne faut pas non p^lus négliger leur impact sur le public qui à travers ce film a pu découvrir une musique qui était un tantinet tombée en désuétude avec l’avènement du jazz.

 

Le jazz, d’ailleurs, est tout de même présent dans le film : avant de reprendre – il y a un entracte, comme au concert – les musiciens qui sont revenus se délassent improvisant une musique aux résonances jazzy. Pourquoi cet intermède « moderne » dans ce répertoire « classique » ? J’aurai tendance à penser que c’est pour montrer aux spectateurs rétifs au programme proposé que tous ces musiciens à l’apparence guindée sont comme eux : ils aiment aussi se délasser en écoutant quelque chose de plus décontracté…

 

Fantasia ? Un classique. Dans tous les sens du terme !

 

  1. Stokowski (1885-1977) !
  2. Deems Taylor était un chantre américain de la musique classique, son promoteur outre-Atlantique. Pas étonnant que Disney lui ait demandé d’assurer la présentation des différentes œuvres.
  3. Je le suppose, étant toujours aussi daltonien…
  4. Encore que…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Roland Joffé, #Robert de Niro
Mission (The Mission - Roland Joffé, 1986)

1750, quelque part en Amérique du Sud (Paraguay ?), une petite mission se développe, dirigée par le jésuite Gabriel (Jeremy Irons). Comme beaucoup de missions dans cette région, son développement dérange : le Portugal et l’Espagne  aimeraient bien récupérer ces territoires et en jouir à leur manière (exploitation, esclavage, violence…).

Le cardinal Altamirano (Ray McAnally) est donc envoyé par le Saint-Siège pour évaluer la situation, et éviter une quelconque crise diplomatique entre le Vatican et les deux états ibériques.

Parallèlement, le capitaine Mendoza (Robert De Niro) se retrouve dans cette mission, ayant expié le meurtre de son propre frère (Aidan Quinn).

Il y trouvera la rédemption, bien sûr, mais à quel prix…

 

Trente-six ans après, le film de Roland Joffé garde toute sa force. C’est, deux ans après son premier film, l’inoubliable The killing Fields, Joffé dénonce à nouveau. Cette fois-ci,c’est l’attitude hypocrite de l’Eglise face aux autochtones de ce « nouveau continent », quantité négligeable face aux enjeux économiques de deux grandes puissances sur le déclin.

Et l’intertitre final qui annonce que des Indiens d’Amérique du Sud continuent la lutte pour survivre – et faire survivre leur culture – reste toujours d’actualité : regardez ce qu’il se passe dans cette même région aujourd’hui même !

Et le Vatican, qui n’est pas toujours rancunier, considère lui aussi ce film comme très important (1995).

Le film s’ouvre et se ferme sur un martyre, au nom du Christ. Entre les deux, une évolution des mentalités qui gênait plus qu’elle n’arrangeait les puissants.

 

Et je ne peux que donner raison au Vatican : ce film est, à bien des égards, magnifique.

La photographie de Chris Menges, qui a débuté dans le documentaire, est superbe, mettant en valeur la forêt et le site prestigieux du parc national d’Iguazú (Argentine). C’’est un florilège de très beaux cadrages, montés avec brio par le talent de Jim Clark.

De même la musique d’Ennio Morricone se prête complètement à cette reconstitution, même si ce que nous entendons n’est pas toujours ce que nous voyons… Il y a une parfaite adéquation entre la musique du grand Ennio et l’intrigue – comme d’habitude !

Et cette musique, surtout ses chœurs, sont restés longtemps dans les souvenirs des spectateurs : aujourd’hui encore, on la reconnaît sans hésitation.

 

Et puis il y a l’interprétation.  Si Jeremy Irons est impeccable, comme d’habitude, on a le plaisir de découvrir un second rôle qui va faire parler de lui très vite : Liam « Schindler » Neeson (le jeune père Fielding). On remarquera aussi la présence d’un véritable ecclésiastique aux côtés de Jeremy Irons : Daniel Berrigan. Ce bon père est surtout célèbre pour ses prises de positions pas très catholiques dans l’Amérique de Nixon (et des autres) : ses positions et actions contre la guerre du Vietnam lui ont valu un procès au terme duquel il disparut, empêchant une quelconque incarcération. Pas étonnant de le voir ici du côté des opprimés…

J’oubliais : il a commencé son sacerdoce chez les Jésuites…

 

Mais c’est encore une fois Robert De Niro qui retient l’attention : il est formidable dans le rôle de cet ex-esclavagiste (2), à la recherche d’une rédemption qui viendra. En deux temps.

En effet, si la première partie est interrompue par un Indien dont il a capturés quelques parents – après un calvaire qui a des allures sisyphiennes, c’est bien sûr la seconde qui lui assure définitivement son Salut : il va combattre – malgré les vœux prononcés auprès de ses frères – aux côtés de ceux qu’il a (pour)chassés autrefois, assistant jusqu'au bout au martyre de ceux qui étaient devenus ses amis, son peuple.

 

Magnifique.

 

  1. Ayant longtemps pratiqué d’un instrument à vent, le jeu de Jeremy Irons est absolument incompréhensible par rapport à ce que nous entendons. D’un autre côté, les interprètes ne connaissent que très rarement les intentions du compositeur : la musique est réalisée après.
  2. Plus facile à écrire qu’à prononcer !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Darren Aronovsky
Black Swan (Darren Aronovsky, 2010)

Décidément, que de drames avec la danse classique. Outre le ballet dont il est question ici, c’est, soixante-deux ans après The red Shoes (Michael Powell & Emeric Pressberger, 1948), c’est à nouveau une tragédie qui nous est proposée ici, menée avec brio par la superbe Natalie Portman (1).

 

Nina Sayers (Natalie Portman, donc) est danseuse de ballet au Concert Hall de New York. Le chorégraphe Thomas Leroy (Vincent Cassel) veut dépoussiérer le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, se séparant de son étoile vieillissante (Winona Ryder), et choisissant une nouvelle tête pour le public : c’est bien sûr Nina qui est choisie.

Malheureusement, Nina, bien que parfaite en cygne blanc n’arrive pas à atteindre le niveau voulu pour le cygne noir (2), autre versant de son personnage. Les conseils et imprécations de Thomas n’y font rien : Nina reste un cygne blanc, échouant à passer du côté sombre (3)

Parmi le corps de ballet vient d’arriver la troublante Lily (Mila Kunis), jeune danseuse douée et libérée : véritable cygne noir du spectacle ?

 

Au risque de me répéter, je signale que la danse classique et moi, ça n’a pas souvent fait bon ménage (4), mais quand c’est filmé ainsi, on en oublie tout et on entre pleinement dans cette tragédie un tantinet fantastique, où cette jeune femme qui obtient une forme de consécration va sombrer dans un délire mortifère. Et comme c’est bien filmé, cette tragédie devient féerie – noire – amplifiée par la formidable musique de Tchaïkovski (et Clint Mansell qui assure quelques belles variations sur les thèmes du maître russe).

 

Mais bien entendu, c’est la performance de Natalie Portman qui transparaît le plus, véritable prouesse physique qui fut – justement – récompensée.

Elle est une Nina tourmentée et à la limite (?) de la folie, puisant son inspiration dans ce qu’il se passe (ou non) autour d’elle. Mais encore une fois, une actrice principale n’est rien sans les seconds rôles s’ils ne sont pas à la hauteur. Et Darren Aronovsky s’entoure de quelques pointures qui transcendent son film : danseuses et danseurs de haut vol et Vincent Cassel en directeur de ballet, lui qui a une formation de danseur ajoutent une dimension authentique à cette intrigue fantastico-tragique. De son côté, Barbara Hershey est une mère formidable, de celle qu’on a envie de ne pas avoir quand on se destine à une carrière artistique : étouffante est le qualificatif qui lui sied le mieux… Bref, une mère.

 

Bien sûr, on ne peut pas passer à côté des aspects sexuels de l’intrigue qui nourrissent les hésitations de Nina sur l’aspect sombre de son personnage, et si on peut considérer qu’il y aurait de la complaisance, ce serait minimiser l’impact du sexe dans la vie et surtout chez cette jeune femme qui ne semble pas vraiment avoir connu l’amour avant ce rôle. Pour cela, il suffit de voir sa chambre pour s’en rendre compte : elle n’a certainement jamais connu l’amour et quand elle annonce à Thomas qu’elle n’est plus vierge, on peut légitimement en douter. Il suffit devoir les difficultés qu’elle à « se toucher »comme lui avait préconisé le même Thomas.

 

Et tout ça pour en arriver à une performance hors du commun lors du final (du film et du ballet), motivée par tout ce que nous avons vu avant, et clôturée par une résolution – prévisible, certes, je vous l’ai annoncée plus haut – mêlant réalisme et mysticisme – véritable illustration de ce qu’a pu vivre Nina pendant toute cette période.

 

Magnifique.

 

  1. N’oublions pas Sarah Lane qui double la belle Natalie dans les parties dansées.
  2. D’où le titre.
  3. N’oublions pas que c’est Natalie « Padmé » Portman !
  4. La danse en règle général, d’ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Suspense, #Alfred Hitchcock
L'Homme qui en savait trop (The Man who knew too much -Alfred Hitchcock, 1934)

Jill & Bob Lawrence (Edna Best & Leslie « Zaroff » Banks) sont à Saint Moritz avec leur fille Betty (Nova Philbeam). Jill (Edna Best, donc) y participe à un concours de tir aux pigeons (d’argile). Il y a aussi un concours de ski où un ami des Lawrence fait une descente remarque, Louis Bernard (Pierre Fresnay).

Plus tard dans la soirée, Bernard est tué et laisse un message étrange à Jill : il était agent secret et quelque chose de terrible se tramait. Mais Jill et Bob n’ont pas le temps d’avertir qui que ce soit : leur fille est enlevée et ne leur sera rendue vivante que s’ils se taisent…

 

Après le terrible Chant du Danube (Waltzes from Vienna), Hitchcock est de retour dans son domaine de prédilection : le suspense. Et malgré l’acharnement du producteur C.M. Woolf qui n’aimait pas le film, Hitchcock non seulement s’en tire magnifiquement, mais en plus le film fut un succès (mérité). Il faut dire que le grand Alfred fait montre ici d’une grande maîtrise, utilisant les différents éléments qui font son cinéma : des mouvements de caméra, détails pertinents et bien sûr, une héroïne blonde.

De plus, on y découvre un méchant plutôt réussi : Abbott (Peter Lorre) avec cicatrice et mèche de cheveux blancs. Et ce méchant est d’autant plus réussi que Lorre ne parlait pas vraiment l’anglais, ayant appris une version phonétique de son rôle. Et grâce à lui, Hitchcock confirme que la réussite du méchant entraîne celle du film. Mais Abbott ne suffit pas, puisqu’il lui a été adjoint quelques acolytes dont Ramon Levine (Frank Vosper), champion du concours de tir face à Jill.

 

Et ce concours de tir, qui ne semble qu’anecdotique va devenir la séquence primordiale du film. Non seulement on y rencontre tous les protagonistes importants, mais en plus, se met en place toute l’intrigue criminelle qui commencera par l’assassinat de Bernard et se terminera par l’exécution du même Abbott, après l’attentat raté contre un dignitaire étranger (Arnold Lucy), par le même Ramon Levine.

En effet, l’accident de Bernard (il tombe pour éviter la jeune Betty) va mettre ce dernier en contact avec Abbott qui le reconnaîtra, et par conséquent le fera abattre (on devine alors par qui), amenant cette famille sans histoire dans un complot de dimension internationale.

 

Ce concours va aussi permettre la résolution finale : le sauvetage de la jeune Betty. Sa mère, qui est donc une championne de tir – elle perd à cause d’Abbott – sera à même d’atteindre celui qui menace sa fille sans toucher cette dernière.

Et que fait Abbott pour déconcentrer Jill ? Sa montre va sonner, amenant Jill à décaler sensiblement sa visée et manquer le projectile. Ce manqué annonce celui de Levine au Royal Albert Hall : elle va crier pendant le soupir (1) qui précède le coup de cymbales, faisant dévier à son tour le tir de Levine.

On peut alors dire que la montre d’Abbott est le mcguffin (2) du film : outre ces deux utilisations pertinentes, c’est elle qui permettra à la police de débusquer définitivement ce répugnant personnage, sonnant au mauvais moment et le révélant alors aux policiers.

 

Et Hitchcock ?

Il faut de bons yeux, mais surtout savoir que c’est lui : après la demi-heure du film, Bob sort de chez un dentiste accompagné de Clive (Hugh Wakefield), et parmi les personnes qu’ils croisent, on trouve un (gros) homme dans un manteau de pluie. On devine plus qu’on ne voit qu’il s’agit d’Hitchcock…

 

  1. Un temps de silence.
  2. Non, celui-ci ne sert pas non plus à chasser les lions dans les montagnes d’Ecosse.

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