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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Joe Dante
Hurlements (The Howling - Joe Dante, 1981)

Karen White (Dee Wallace) a vécu une expérience traumatisante: sa rencontre avec le tueur en série Eddie Quist (Robert Picardo) s’est terminé par la mort de ce dernier, tué par un policier alors qu’il tentait d’agresser la jeune femme.

Choquée, elle est envoyée à la Colonie du Dr. Waggner (Patrick Mcnee), afin de soigner ses nerfs et retrouver une vie normale. Les différents résidents ont quelque chose d’étrange, et surtout, on entend des hurlements la nuit : de ceux qui ont un très (trop ?) lointain rapport avec ceux d’un chien.

Il faut dire que cette colonie est très particulière : chacun de ses occupants n’est rien d’autre qu’un loup-garou.

Pendant ce temps, en ville, le corps d’Eddie Quist a disparu…

 

Retour à l’horreur pour Joe Dante après sa contribution (non créditée) dans Rock’n’roll high School. Et encore une fois, il nous montre qu’il connaît son sujet, réalisant un film qui restera dans les mémoires, maîtrisant avec brio cette histoire de transformation particulière. Il faut croire d’ailleurs que 1981 fut une grande année pour les loups-garous puisque John Landis (autre grand réalisateur) a sorti quelques mois plus tard son Loup-Garou de Londres, lui aussi resté dans les annales (certains le préfèrent). Mais restons avec Dante.

C’est encore une fois un film fantastique à tout point de vue, que ce soit le genre ou la façon de le qualifier. Dante a bien compris comment fonctionnaient les films d’horreur et il s’en donne à cœur joie : on tremble et on sursaute, à des moments bien précis et balisés, soutenus par une musique adéquate signée, encore une fois, Pino Donaggio.

 

Certes, on n’échappe pas à quelques scènes un tantinet racoleuses offrant quelques jeunes femmes nues, dont la belle Elisabeth Brooks (Marsha Quist) qui ne s’attendait pas à ce que sa nudité soit autant révélée : Dante lui avait annoncé qu’il y aurait de la fumée pour voiler son intimité… Eton remarque que la séquence qui la voit faire l’amour avec Bill Neill (Christopher Stone, qui épousera après le film Dee Wallace) est l’une des rares qui se passe la nuit sans quelque brume…Mais encore une fois, passons.

Et venons-en au sujet en lui-même : les loups-garous.

 

Bien entendu, la grande référence du film est celui de Waggner (1941) qui donnera son nom au personnage (1) de Patrick Mcnee), où Lon Chaney Jr. était la seule victime de lycanthropie. Ici, les hommes-loups sont nombreux et surtout très réussis ! Il faut dire que le maquillage de Rob Bottin est absolument extraordinaire. Quant aux effets spéciaux, ils sont époustouflants, et ce quinze ans (environ) avant l’explosion numérique de la décennie suivantes. Nous sommes bien loin des transformations du même Lon Chaney Jr. quarante ans plus tôt !

 

Bref, un film qui se laisse voir et revoir avec beaucoup de plaisir, avec un sourire en coin. On y retrouve quelques visages rencontrés dans plusieurs films de Dante : outre Robert Picardo, on reconnaît Kevin McCarthy (Fred Francis) et l'inévitable Dick Miller (Walter Paisley)… Sans oublier le plaisir de revoir le grand John Carradine (Erle Kenton).

 

  1. Le scénario de John Sayles (qui apparaît dans le film : il travaille à la morgue) et Terence H. Winkless reprend d’autres noms de réalisateurs de cinéma d’horreur antérieurs : cherchez-les...

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Matthew Vaughn
The King's Man : première Mission (The King's Man - Matthew Vaughn, 2021)

Tout commence donc en 1902, en Afrique du Sud, où le Duc d’Oxford (Ralph « Voldemort » Fiennes) est envoyé en tant que membre de la Croix-Rouge, avec sa femme (Alexandra Maria Lara) et son fils (Alexander Shaw). Las, elle est tuée par un tireur embusqué.

Douze ans plus tard, la guerre est déclarée entre l’Allemagne et (presque) le reste de l’Europe, dont le Royaume-Uni, mené par le roi George V (Tom Hollander). En Russie, Nicolas II (Tom Hollander) pense à arrêter la guerre, suivant les suggestions de Raspoutine (Rhys Ifans).

Oxford et son fils (Harris Dickinson) sont envoyés à Moscou pour déjouer les sombres plans du moine.

 

Et de trois !

Matthew Vaughn nous revient avec un troisième opus de cette agence secrète britannique située à Savile Row, le célèbre quartier de la confection. Et nous retrouvons avec plaisir Kingsman, l’une de ces échoppes prestigieuses, qui n’est pas encore la couverture de cette institution secrète : c’est avant tout le tailleur des rois et des gens de l’aristocratie.

Mais malgré le fait qu’il s’agit d’un troisième volet, nous nous retrouvons, comme c’est souvent le cas lorsqu’une série fonctionne, aux origines du succès : comment en est-on arrivé là. Et à cela s’ajoute une question fondamentale : pourquoi ?

Et Vaughn va nous répondre, construisant progressivement son intrigue (1) jusqu’au basculement indispensable qui va donner tout son sens à cet organisme. Ce basculement va se faire en deux temps : la mort du jeune Oxford et la révolte de la femme de confiance du Duc, Polly (Gemma Arterton).

Ensuite, Vaughn déroule jusqu’à une fin, prévisible certes mais tout de même bien réjouissante.

 

Bien entendu, l’Histoire est écornée, ce qui n’est pas un vrai problème, au cinéma tout étant permis. Mais encore faut-il que cette liberté soit bien menée, ce qui est le cas, une nouvelle fois, du film de Vaughn. Sans pour autant trop s’éloigner des faits historiques – la mort brutale mais interminable de Raspoutine ; la Première Guerre Mondiale – Vaughn et ses acolytes réécrivent le déroulement des événements, avec en point d’orgue l’importance de cette officine secrète : si la guerre s’est terminée – victorieusement – c’est grâce au premier King’s Man, et son équipe : Polly, mais aussi et surtout le fidèle et indispensable Shola (Djimon Hounsou).

 

Et que les dessous de cette guerre mettent à jour une conspiration internationale amène un petit plus bienvenu à cette intrigue déjà très agréable : une organisation secrète – une autre – aux buts inavouables (sinon elle ne serait pas secrète) qui n’est pas sans rappeler celle que combattra James Bond, ou encore l’inévitable Austin Powers.

Cette organisation, outre Raspoutine, comprend quelques membres des plus illustres, loin des numéros habituellement utilisés, dont la ressemblance pas toujours frappante est compensée par certaines attitudes et regards qui font très bien illusion.

 

Bref, on s’amuse, d’autant plus que les différents interprètes ont l’air d’y prendre beaucoup de plaisir.

Pour ma part, j’en redemande…

 

  1. Il a collaboré au scénario avec Jane Goldman et Karl Gajdusek.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Joe Wright
Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice - Joe Wright, 2005)

Non.

Je n’ai pas lu le (formidable, bien sûr) roman de Jane Austen. Je n’ai pas non plus vu la série (culte, bien sûr aussi) de 1995 sur la BBC (1). Quant à la version de Robert Z. Leonard, on verra…

 Je peux donc parler librement du très beau film de Joe Wright (2), interprété avec brio par une distribution de haute volée, Keira Knightley en tête.

 

Mr. Bennet (Donald « Hawkeye Pierce » Sutherland) est un gentleman farmer du Hertfordshire (au nord de Londres) qui a cinq filles qu’il doit marier : l’horloge de sa vie tourne et s’il disparaît, ses filles seront sans le sou : seuls les hommes – ici un cousin, le révérend Collins (Tom Hollander) – peuvent conserver le patrimoine familial (3). Heureusement, le jeune Bingley (Simon Woods) vient de s’installer. Il est jeune et beau et surtout riche, ce qui ne déplaît pas Mrs. Bennet (Brenda Blethyn) qui le verrait bien au bras d’une de ses filles, Jane (Rosamund Pike), par exemple.

Ce Bingley, en plus de sa sœur (Kelly Reilly) a amené avec lui son ami, le fier et farouche Darcy (Matthew Macfadyen). Rapidement, ce dernier se retrouve en conflit avec la sœur Bennet qui a le plus de caractère, la belle Elizabeth aussi appelée Lizzie (Keira Knightley, donc).

 

Pas besoin d ‘être grand druide pour savoir que Lizzie et Darcy finiront ensemble. Et Wright va souligner cet amour qui s’ignore en les isolant totalement pendant le bal que va donner Bingley : les amoureux sont seuls au monde, c’est bien connu. Bien entendu, seuls les spectateurs savent alors que ces deux-là sont faits l’un pour l’autre, possédant la même force de caractère. Et utiliser cet isolement alors que chacun méprise (ou semble mépriser) l’autre est du plus bel effet, jouant sur l’opposition des amoureux seuls au monde alors qu’ils ne s’aiment pas (encore). Et Wright réutilisera ce concept d’opposition quand Lizzie, seule tournera sur sa balançoire pendant que le temps va passer : alors que ce dernier s’écoule vite (à chaque tour une nouvelle saison, c’est au ralenti que nous sont présentées les images.

Et puisque nous parlons d’images, autant saluer ici le travail remarquable de Romand Osin qui nous offre de très beaux paysages ainsi que des cadrages d’une grande pertinence, et en particulier le lever de soleil  qui voit nos deux amoureux enfin s’avouer leur amour : la place de ce soleil accentue fortement cet amour qui va illuminer leur vie.

 

A son tour, Joe Wright réussit à nous recréer cette Angleterre de fin XVIIIème siècle, à l’heure où les femmes ne sont pas grand chose aux yeux de la loi. Mais jamais il ne se rend à Londres comme l’avait fait Ang Lee dix ans plus tôt : le film reste concentré sur cette vie provinciale, voire paysanne qui donne une plus grande authenticité à ses différents protagonistes. Mais on ne peut s’empêcher de remarque le décalage qui pouvait exister entre cette gentry et les autres,ceux qu’on ne fait qu’apercevoir dans cette fresque : serviteurs, paysans…

 

Et le choix des différent(e)s interprètes se révèle primordial : chacun campe avec beaucoup de justesse et de talent son personnage. Keira Knightley, bien sûr, éblouissante (encore une fois) en Lizzie, faisant front avec subtilité à chaque revers qui se présente – l’attitude orgueilleuse de Darcy (Macfadyen est lui aussi formidable), l’intervention nocturne de Lady Catherine (Judi « M » Dench)…

Mais il ne faut surtout pas oublier la magnifique prestation de Brenda Blethyn, en mère un tantinet cyclothymique, elle aussi bourrée de contradictions.

Quant à Donald Sutherland, ses rares interventions sont toujours un plaisir, mais étant un de ses admirateurs, je ne suis absolument pas objectif.

Le tout avec une pointe d’humour bienvenu dans ces milieux plus ou moins guindés. Et la déclaration de Collins à Elizabeth est à ce propos savoureuse : alors qu’ilne doute pas un instant qu’elle acceptera de l’épouser, Wright (avec l’aide d’Osin) accentue la position de Lizzie – il n’est absolument pas question d’épouser cet homme terne et ennuyeux – en utilisant une contre-plongée qui rabaisse le pasteur, lui qui n’était déjà pas bien grand…

 

Bref, une très belle réussite, n’en déplaise aux puristes qui reprocheront une adaptation fantaisistes (si ce n’est déjà fait…) : rappelez-vous que nous sommes ici au cinéma, alors tout est possible !

 

  1. On captait très mal à cette époque sur le canal hertzien…
  2. En plus, j’aime beaucoup son travail…
  3. Oui, comme dans Sense and Sensibility)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Leo McCarey
Elle et Lui (An Affair to remember - Leo McCarey, 1957)

18 ans après Elle et Lui (Love Affair, 1939), Leo McCarey propose une nouvelle version de cette même histoire qui porte le même titre en français mais diffère en VO : après Liaison, voici donc Une Liaison mémorable. (1)

Le séducteur Charles Marnay (Charles Boyer) est remplacé par un autre du même acabit, Nickie Ferrante (Cary Grant) et Deborah Kerr reprend le rôle d’Irene Dunn, Terry McKay.

Pour le reste, c’est exactement la même histoire, celle de ces deux étrangers promis à une vie facile qui se rencontrent, se découvrent et se perdent, du fait du destin, mais se retrouvent tout de même, parce qu’au cinéma, tout est possible, et surtout les belles histoires d’amour.

 

Parce que c’est encore une fois une très belle histoire d’amour, exactement la même que 18 ans plus tôt. Enfin pas exactement la même. Si on y retrouve les mêmes péripéties, le point de vue va tout de même varier, laissant plus de place à ce qui était indicible, elliptique. Mais ne croyez pas qu’on y perde au change. A nouveau, Leo McCarey mène demain de maître cette histoire extra-ordinaire, avec un duo qui n’a rien à envier au précédent. L’émotion est intacte, et ce malgré une intrigue connue (2).

Et si Cary Grant n’a pas l’aspect play-boy de Boyer, il n’en demeure pas moins extrêmement séduisant de par son allure et son esprit des plus vifs.

 

Alors pourquoi refaire le même film ? Et bien tout simplement parce qu’il est différent : l’époque a changé et le scénario (de McCarey et Delmer Daves, excusez du peu) s’attache beaucoup plus aux personnages, remplissant quelques blancs de l’intrigue originelle, sans pour autant alourdir le propos. Les deux protagonistes semblent passer plus de temps sur le bateau, décor où va d’ailleurs plus s’épanouir la tendance comique de McCarey : n’oubliez pas qu’il a un passé burlesque très chargé (3). Et si la séquence du restaurant (sur le bateau) était très drôle, elle gagne encore en comique avec ce nouveau duo : il faut dire que Cary Grant a toujours possédé une grande force comique.

Bien sûr, Deborah Kerr a un maintien plus prononcé qu’Irene Dunn, mais elle donne à Terry une retenue différente, réussissant à faire oublier cette dernière sans pour autant l’éclipser : chacune des deux amène un élément à ce personnage qui va le compléter et la rendre à chaque fois inoubliable.

Encore une fois, la séquence avec la grand-mère Janou (Cathleen Nesbitt) est l’élément qui fait basculer l’intrigue. Et si Maria Ouspenskaïa y dégageait une immense douceur, on apprécie une certaine authenticité chez Nesbitt, dont le français impeccable est le plus bel atout (Janou habite Villefranche-sur-Mer). Là encore, chacune possède un élément que l’autre n’a pas, ajoutant un nouvel élément de complémentarité entre les deux films.

 

Bref, cette nouvelle (?) liaison est un nouveau régal, justifiant ce remake : vous avez d’ailleurs remarqué que je n’ai pas posé de question en préambule comme j’ai (souvent) l’habitude de le faire.

Ruez-vous donc sur ce deuxième opus de l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma et surtout ne cherchez pas plus loin où vous avez déjà vu l’acteur qui interprète le galeriste Courbet (Fortunio Bonanova) : c’est lui qui interprète Matiste, le maître de musique qui essaie désespérément de faire chanter Susan Alexander (Dorothy Comingore) dans Citizen Kane.

 

  1. Traductions très littérales.
  2. Sauf si vous n’avez pas vu le premier film…
  3. Avec entre autres Laurel & Hardy, là encore, excusez du peu !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Drame, #Jean Becker, #José Giovanni
Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Roberto La Rocca (Jean-Paul Belmondo) vient d’arriver à Marseille. Malgré son allure de jeune homme, c’est un dur : il a la gâchette facile, mais surtout rapide comme l’a constaté à ses dépens le caïd du lieu, Villanova (Nico). Bien qu’il reprenne les affaires de ce dernier, il n’est venu à Marseille qu’avec une seule intention : faire sortir son ami Xavier Adé (Pierre Vaneck) de prison.

Mais la présence de déserteurs américains qui tentent de monter une entreprise de racket, dans cette France d’après-guerre va compliquer les choses : La Rocca se retrouve à son tour incarcéré. Pour sortir, trois solutions :

  • Attendre la fin de la peine ;
  • S’évader ;
  • Participer au déminage de la côte en vue d’une remise de peine.

C’est la troisième option que choisiront La Rocca et Adé.

 

Jean Becker (le fils de Jacques) signe ici son premier long métrage et il met un certain nombre d’atouts de son côté. Le premier, c’est la révélation de la nouvelle vague : Jean-Paul Belmondo. Le second, c’est un écrivain/ dialoguiste qui monte (sa troisième participation directe à un film) et qui passera plus tard derrière la caméra, José Giovanni.

Alors comme Giovanni est là, on peut s’attendre à une intrigue virile où ces hommes sont des gangsters, mais avec de l’honneur. Et ce nommé « La Rocca » est tout cela à la fois, interprété par un Belmondo qui le rend d’emblée sympathique.

Et comme c’est Jean Becker, nous sommes bien loin de l’incontournable Paris des truands. Mais rassurez-vous, ces derniers n’ont rien à leur envier, les pratiques criminelles étant toujours les mêmes : celui qui l’emporte est celui qui défouraille le mieux !

Et comme nous sommes avant 1968, la morale l’emporte : les truands n’en sortiront pas indemnes, physiquement comme moralement.

 

Outre l’aspect autobiographique – José Giovanni a vécu cette période (1) – c’est la distribution qui attire notre attention, et surtout ceux qui entourent Belmondo et Vaneck : on y reconnaît de nombreuses têtes qui vont émailler le cinéma français dans les trois décennies suivantes, à des degrés différents d’apparition, dont l’éternel Dominique Zardi, ici avec des cheveux !

Mais malgré tout, le film reste mineur. Et c’est très certainement dû à cette intrigue inspirée du roman (2) de Giovanni : trop de péripéties et personnages hauts en couleurs. Becker essaie de montrer un maximum de choses mais du fait du format (1 h 41), il ne va pas jusqu’au bout des différents épisodes ni ne donne assez d’épaisseurs à ces marginaux qui auraient alors pu se révéler pas si mauvais que ça.

Et cela nous laisse un goût d’inachevé jusque dans le plan final : il manque un épilogue à cette histoire malheureuse.

 

Par contre, Becker réussit pleinement la séquence du déminage, alternant (les plans d’ensemble et les très gros plans sur les visages angoissés de cette singulière « chair à canon » que sont ces démineurs occasionnels. La peur et la tension sont palpables, accentuées par les inévitables explosions.

 

Giovanni lui-même ne sera pas satisfait du résultat, réalisant à son tour sa propre adaptation de son roman : La Scoumoune (1972). Il s’entourera en particulier du même Belmondo et de celui qui interprète ici le chef des gangsters Américains, Michel Constantin.

Vous vous en doutez : ceci est (presque) une autre histoire…

 

  1. Il fut emprisonné et même condamné à mort, parce qu’il était lui-même un de ces truands dont il parle.
  2. L’Excommunié (1958)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Planète des Singes, #Don Taylor
Les Evadés de la Planète des Singes (Escape from the Planet of the Apes - Don Taylor, 1971)

Ces évadés sont de vieilles connaissances : Zira (Kim Hunter), Cornelius (Roddy McDowall, disponible cette fois-ci). Seul le troisième évadé,  Milo (Sal « Plato » Mineo, bien entendu méconnaissable), apparaît pour la première fois, mais de toute façon, il va vite disparaître.

Rappelez-vous la dernière fois : Zira et Cornelius s’étaient enfuis alors que le cataclysme nucléaire avait lieu, réduisant à néant la Terre et l’espèce humaine par conséquent(et les autres semble-t-il), confirmant que cette race incongrue était la seule capable de s’autodétruire.

Nous sommes donc cette fois-ci à notre époque (1) où ce sont les trois chimpanzés qui viennent d’arriver. Ils sont très bien accueillis, mais rapidement vont représenter une menace pour l’espèce humaine : les singes allant prendre le pouvoir dans un futur plutôt lointain, ne seraient-ils pas une menace pour l’avenir de l’homme ? Auquel cas se débarrasser d’eux ne serait-il pas la solution pour modifier le futur et donc sauver l’humanité ?

 

C’est une intrigue habile que nous livre ici Don Taylor où les rôles sont inversés, les chimpanzés devenant les sujets d’étude des humains. Mais Taylor accélère les choses et fait très rapidement parler les singes, amenant des situations pas toujours tragiques, surtout grâce à la verve de Zira. Il y a aussi comme un écho du Tarzan in New York avec ces personnages absolument pas dans leur décor, mais là encore très rapidement l’aspect tragique s’impose et les sourires disparaissent.

Il faut dire que le personnage de Hasslein (Eric Braeden) amène cette dimension tragique : faussement perçu comme du côté des visiteurs, il n’est rien d’autre qu’un vil salaud qui ira jusqu’au bout pour se débarrasser de ces étranges invités. Il y a d’ailleurs un élément peu relevé autour de ce personnage de Hasslein dont le prénom souligne son origine germanique, Otto. Et cet élément accentue l’aspect raciste dénoncé par Taylor et son scénariste, Paul Dehn.

On peut se demander ce qu’un certain Otto Hasslein, sommité scientifique, peut faire autour d’un président des Etats-Unis (William Windom). Et on songe alors à la période qui a suivi la seconde guerre mondiale qui vit des scientifiques de haute volée être recrutés par certaines administrations (américaines ou/et russes),malgré leur récent passé peu glorieux. Et le président va sous-entendre cette origine quand il va intimer à Hasslein de ne pas tuer ces deux chimpanzés. Mais ceci reste une supputation on ne peut plus subjective.

 

Pour le reste, si les différents interprètes s’en sortent plutôt bien (pour le duo Hunter/McDowall, ce n’est pas une surprise), on appréciera à sa juste mesure les prestations entre autres d’Eric Braeden comme expliqué plus haut, mais aussi celle de Ricardo Montalban (Armando, directeur de cirque), véritable porte-parole du réalisateur.

Malheureusement, la réalisation a tendance à souffrir d’un budget plutôt serré pour ce genre de production. La technique montre plusieurs fois ses limites, comme le dernier plan qui ouvre vers cet avenir inévitable d’où viennent Zira et Cornelius.

Cette faiblesse technique plombe le film et le réduit à une série de bonnes intentions.

Mais encore une fois, cela ne suffit pas pour faire un bon film.

 

  1. Enfin, un futur très proche du temps de sortie du film : 1973. On retrouve le décalage institué par le premier film de la série.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Film noir, #Policier, #Otto Preminger
Crime passionnel (Fallen Angel - Otto Preminger, 1945)

Eric Stanton débarque (1) à Walton (Californie), avec un seul dollar en poche.

Une semaine plus tard, il a séduit Stella (Linda Darnell), la belle serveuse de chez Pop (Percy Kilbridge), et épousé la non moins belle June Mills (Alice Faye), malgré l’avis de sa sœur Clara (Anne Revere).

Son secret : il sait parler, et encore mieux aux femmes. Mais derrière son discours envoûtant, qui est cet aventurier, avant tout intéressé par l’argent de June, et qui rêve de partir avec Stella ?

Mais ce succès est de courte durée : Stella est retrouvée mort, assassinée. Et Stanton se retrouve rapidement en tête des suspects.

 

C’est un film très subtil que nous propose là Otto Preminger, un an après son phénoménal Laura. Il y retrouve d’ailleurs Dana Andrews, cette fois-ci dans le rôle du personnage mystérieux. C’est lui l’ange déchu du titre original : il n’a plus rien et échoue lamentablement dans cette petite ville. Et Preminger nous emmène dans cette histoire émaillée de fausses pistes où son héros désarçonne le spectateur : Stanton n’est pas un personnage bien clair, toujours sur le fil du rasoir, embobinant plus qu’il ne convainc ceux qui l’approchent. A l’instar du véritable « Ange déchu » (Lucifer), Stanton possède la même séduction diabolique, se fichant des convenances – il veut toujours partir avec Stella alors qu’il est marié avec June – amenant un certain désordre dans une petite ville bien tranquille – malgré ses petites histoires inévitables.

Et l’ambiguïté de ce personnage est accentuée par l’aspect noir du film : de par son sujet mais aussi sa plastique, véritable jeu d’ombres et de lumières.

 

En effet, et c’est un des paradoxes du film, c’est de l’ombre que vient la lumière : que ce soit la part d’ombre personnelle que chacun renferme en soi, ou cette ombre propice à (se) cacher. Je m’explique : C’est tapie dans l’ombre que Clara saura à quoi s’en tenir à propos de celui qui vient d’épouser sa sœur. C’est en restant dans l’ombre que le policier Judd (Charles Bickford) aura la révélation de la relation existante entre Stanton et Stella.

Et c’est d’ailleurs la part d’ombre d’un de ces personnages qui permettra la résolution de l’intrigue et nous indiquera le nom de l’assassin de Stella.


Et que les fans de Dana Andrews (dont je fais partie) se rassurent : le grand Dana n’est pas le coupable ! Mais son jeu ambigu s’accorde tout à fait avec le style adopté par Preminger, laissant planer le doute sur son personnage jusqu’à la dernière limite : il faut attendre les cinq dernières minutes du film pour avoir – enfin – le fin mot de l’histoire.

Alors certes, la fin est un tantinet entendue, mais elle pèse vraiment peu à côté de tout le cheminement qui nous y amené, servi par une distribution à la hauteur du cinéaste (2).


Un film à (re)découvrir de toute urgence !

 

  1. Au vu de sa situation pécuniaire, il est plus juste de dire qu’il est débarqué.
  2. D’ailleurs, beaucoup, à part Alice Faye, ont récidivé avec lui, malgré son attitude autoritaire (euphémisme…).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Robert Mitchell
Under the silver Lake (David Robert Mitchell, 2018)

Ce « Silver Lake » dont il est question, c’est le réservoir de Los Angeles, à deux pas d’Hollywood, dénominateur commun du film, de par son emplacement et ses nombreuses références.

Mais qu’y a-t-il donc sous ce lac d’argent qui fait courir Sam (Andrew « Spider-Man » Garfield), à la recherche de Sarah (Riley Keough) une jeune femme croisée une seule fois et dont il est fatalement tombé amoureux, et qu’il devait retrouver avant qu’elle ne disparaisse ?

La réponse viendra, mais d’une manière inattendue, laissant le spectateur autant que Sam dans une attitude mêlant la fatalité et la perplexité : ce voyage était-il vraiment nécessaire ?

 

Parce qu’il s’agit avant tout d’une odyssée plus ou moins intérieure tant le réalisateur ne nous donne pas toutes les clés de son intrigue. Très peu de repères de temps, encore moins de repères d’action : on ne sait jamais si ce que nous voyons est vrai ou issu de l’imagination (féconde) de Sam. Même ce qui nous semble acquis est remis en cause par ce qui va suivre (la couverture du Playboy que Sam aurait volé à son père).

Reste donc ce voyage dans l’une des villes les plus célèbres au monde et les références inévitables : Rear Window (Sam espionne ses voisines à la jumelles, surtout celle qui se promène les seins à l’air (Wendy Vanden Heuvel) et bien sûr Sarah que la tenue de bain ne laisse pas indifférent.

C’est aussi Citizen Kane, avec ce compositeur isolé (Jeremy Bob), dont la maison (le palais ?) renferme de très nombreux objets d’art (musicaux, cela va de soi), et bien sûr le Seventh Heaven de Frank Borzage, nous permettant de revoir la formidable Janet Gaynor, référence prédominante du film (au moins trois éléments). J’oubliais Comment épouser un Millionnaire avec le trio féminin (Bacall, Grable & Monroe), trio qui se répétera à l’envi tout au long du film (1).

 

Mais, et c’est à mon avis le plus gênant, ce film est difficilement compréhensible (je ne suis pas une lumière, certes, mais tout de même !) : doit-on y chercher, à l’instar de Sam, des détails nous ouvrant sur autre chose ? Certains le pensent. Pour ma part, cet aspect théorie du complot a tendance à me lasser, même si – c’est normal, nous sommes au cinéma – Sam arrive à quelque chose : il y a un message caché dans ce qu’il voit et entend.

Mais avec un sceptique comme moi, ça ne prend que difficilement.

 

Au final, de belles images et des interprètes convaincants et justes, avec en tête Andrew Garfield qui n’hésite pas à casser son image de Spider-Man (encore une fois) pour le rôle de ce zonard friand de sexe (avec une partenaire ou tout seul), assumant les différents clins d’œil dont celui concernant son personnage de chez Marvel (2). Mais est-ce bien suffisant ?

 

Inclassable.

A voir.

Ou pas.

 

  1. Les trois escort girls, les choristes de Jesus (Luke Baines), les trois femmes avec dans la cabane…
  2. Que je vous laisse découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Robert Wise
West Side Story (Robert Wise, 1961)

Etonnamment, ce texte s'était « perdu dans le tri » et aurait dû être publié l'an passé. Soit bien avant  le film de Spielberg...

 

Plus de 60 ans se sont écoulés depuis la sortie du film, et ce dernier garde toujours sa force intacte. Robert Wise aidé de Jerome Robbins dirige cette tragédie avec brio, modernisant comme c’était prévu la pièce de Shakespeare.

La musique de Leonard Bernstein n’a pas pris une ride, enchaînant ce qui sont des classiques plus de soixante ans après la présentation à Broadway (1957).

On vibre toujours autant à cette histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens qui ne sont pas de la même « espèce » (1).

On frémit devant cette violence annoncée et on se dit que la vie n’est pas juste et qu’il aurait suffi d’un tout petit coup de pouce du Destin dans l’autre sens pour que cette histoire se termine bien.

Parce qu’elle se termine mal. Très mal. Et les plus pessimistes – dont il m’arrive de faire partie – diront que cette histoire, sur le fond n’est pas près de se finir.

 

Leonard Bernstein (musique) et  Stephen Sondheim (paroles) – sur un livret d’Arthur Laurents – ont su adapter cette histoire d’amour absolue, remplaçant les deux familles par deux gangs issus de l’immigration : les Jets et les Sharks.

La différence qu’il existe entre eux ? La couleur tout d’abord, et la période d’arrivée aux Etats-Unis.

Et les Sharks, d’origine portoricaine ont le désavantage d’être plus foncés et arrivés récemment.

Parce que les Jets, eux aussi, ne sont pas ce qu’on peut appeler des Américains « pur souche », pour reprendre une expression nauséabonde qui est malheureusement toujours d’actualité. Ils sont arrivés – ou plutôt, leurs ancêtres – bien avant, s’intégrant petit à petit dans ce grand pays de la Liberté…

En effet, Tony (Richard Beymer) est d’origine polonaise et s’appelle en réalité Anton, Action a des ascendants italiens, d’autres irlandais…

Ils forment tous ce creuset (2) dans lequel se mélangent ceux qui sont venus en quête d’une meilleure vie, loin des persécutions et de la misère.

Mais tous ces ados n’ont pas connu cette misère que leurs parents ont dû fuir, et maintenant se comportent comme tous les autres, ceux arrivés avant eux, voire ceux qui ont fondé ce pays.

Pire, ils se décident supérieurs à ceux qui leur sont différents.

Ce sont avant tout des ados qui comme leurs aînés, s’expriment par cette violence et ce désir de domination. Ils ne sont pas loin de Johnny Strabler (Marlon Brando) dans The wild One (1953) ou évidemment Jim Stark (James Dean) (3). Eux aussi avaient cette même haine qui les animait, comme elle anime les ados aujourd’hui. Malheureusement encore, ce sera la même chose demain.

Mais heureusement, au milieu de ce monde de violence et de haine, il y a Maria (Natalie Wood) et Tony. Tony est un ancien Jet, et Maria la sœur de Bernardo (George Chakiris), le chef des Sharks.

Et puisque tout les sépare, ils vont se trouver, s’aimer, et rêver qu’il existe quelque part un endroit pour eux (4).

Mais comme pour leurs prédécesseurs shakespeariens, il n’en est rien, la mort est au bout du chemin.

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne peux pas regarder ce film sans finir les larmes aux yeux tellement l’histoire, la musique et les interprètes sont prenants. J’ai beau avoir passé des heures à écouter la BO du film, quand Maria (Marni Nixon) et Tony (Jimmy Bryant) chantent Tonight (fin de la première partie), j’ai des frissons. Rien que d’en parler, ça me reprend.

Il faut dire qu’il s’agit peut-être du plus grand film musical qui ait été tourné.

Mais il n’y a pas que la musique. Il y a la danse qui a une place très importante et qui est absolument magnifique. Au premier abord, cela peut paraître étonnant de voir des ados qui jouent aux durs en train de danser, mais très rapidement on entre dans cet univers où la danse est une autre façon d’exprimer la violence qui est en eux.

Et le travail chorégraphique de Jerome Robbins, après la scène de Broadway, s’accorde parfaitement avec les différents points de vue dirigés par Wise et photographiés par Daniel L. Fapp. Sans oublier non plus les montages visuel (Thomas Standford) et sonore (Gilbert D. Marchant) qui donnent au film son rythme (5).

 

Parce que les plans et les différents filtres utilisés sont là encore en totale adéquation avec l’histoire.

La rencontre de Maria et Tony, pendant le bal est on ne peut plus pertinente. Tony aperçoit Maria qui en fait de même et tout autour est flou, seuls eux deux existent : c’est normal, « les amoureux sont seuls au monde », comme dans le film de Decoin (1948).

En plus, la musique ralentit qui leur permet de faire quelques pas de danse avant de s’étreindre. Le temps semble s’être arrêté. Jusqu’au moment où la musique accélère et la réalité les rattrape, les séparant.

Autre élément visuel important, la couleur : le bleu de Maria, qui lui donne une allure de Madone et qui se transformera malheureusement en Mater Dolorosa.

Et le rouge surtout, symbole du sang, messager la mort. Pas étonnant donc que Bernardo soit en rouge.

Tout comme la partie Quintet, chantée par tous les protagonistes, en groupes – Jets et Sharks – ou en individuels – Maria, Tony, Anita – et annonçant les événements de la nuit. Wise a choisi un filtre rouge des plus agressifs, se reflétant sur les lieux et surtout sur les visages, même celui d’Anita.

 

Et puis il y a la fin. Cette fin en demi-teinte, où finalement personne n’est sauvé. Les Jets et les Sharks repartent, emportant le corps de Tony, réassemblés temporairement par cette mort encore plus terrible que celles de Bernardo et Riff (Russ Tamblyn), parce que voulue.

C’est une sorte d’union sacrée qui fait s’en aller les jeunes gens, mais on sait que cette union n’aura qu’un temps et que finalement, ça recommencera. Peut-être pas dans le West Side, il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que ça ne s’est jamais arrêté.

Hélas.

 

  1. « stick to your own kind », chante Anita à Maria (deuxième partie).
  2. Le fameux Melting-pot.
  3. James Dean était pressenti pour le rôle de Tony à Broadway, mais il mourut avant les auditions. A noter la présence (déjà) de Natalie Wood à ses côtés dans le film de Nicholas Ray.
  4. There’s a Place for us (deuxième partie) chanté par Maria et Tony.
  5. Terme on ne peut plus adéquat.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Steven Spielberg
West Side Story (Steven Spielberg, 2021)

Soixante ans se sont écoulés, et l’histoire n’a pas pris une ride. C’était déjà le cas en 1961 d’ailleurs, quand Wise a sorti son propre film : le thème de Roméo & Juliette (publié en 1597 d’après une histoire encore plus ancienne…) reste indémodable : cet amour fou qui se termine (très) mal continue d’émouvoir les spectateurs, dont votre serviteur (1).

Donc, dans le New York de la fin des années1950, deux bandes rivales se disputent le territoire du West Side (2) : les Jets et les Sharks. La seule différence entre ces deux bandes rivales : la couleur de la peau. En effet, les Sharks ont le teint plus halé puisqu’ils viennent de Porto Rico. Les autres ont le teint plus clair, puisqu’ils descendent pour la plupart des colons européens : mais tous ont un véritable point en commun : ils ne sont pas les véritables indigènes de ce grand pays.

A côté de ces deux bandes de voyous qui passent leur temps à se chercher, se développe un amour entre une fille de Porto Rico – Maria (Rachel Zegler) – et un de ces descendants de colons blancs – Anton « Tony » (Ansel Egort).

Mais bien sûr, cet amour n’est pas possible.

 

La première question qui me vint à l’esprit quand le film est sorti fut la suivante : un tel film était-il nécessaire ? Même si c’est Spielberg… Bien sûr que non (3), mais on en va pas bouder son plaisir pour autant ! Parce que ce film, s’il n’est pas « nécessaire », reste tout de même un très beau moment de cinéma comme sait (toujours ou presque) le faire Steven Spielberg. Certes, on n’imagine pas une issue différentes de l’intrigue, et donc pour une fois, cela se termine mal (4), et puisque l’intrigue est rebattue, encore une fois, c’est la façon de faire qui prime. Et là, on est servi !

 

Suivant la pratique actuelle qui veut que tous les écrits viennent en fin de film, Spielberg entre tout de suite dans le sujet, évitant l’Ouverture initialement prévue, celle qui annonçait clairement les différents thèmes qu’on allait trouver tout au long de l’histoire. C’est un quartier désolé qui nous est montré, attaqué par les boules de chantier qui détruisent ce qui furent des taudis, en attendant l’expulsion totale des différents habitants afin de créer un nouveau West Side, plus conforme à l’air du temps. Alors les bisbilles entre les deux bandes rivales semblent tout à coup bien mesquines : si un des deux clans l’emporte, des toute façon, ils seront tous envoyés ailleurs…

 

Mais c’est cet aspect bien petit par rapport à cette immense ville en mutation qui va donner cette dimension grandiose à cet amour tragique : certes, ces deux jeunes gens ne pèsent pas bien lourd face à cette transformation, mais le seul fait qu’ils existent les rend uniques et de ce fait dignes d’attention.

Et Spielberg réussit là où Wise s’était arrêté : ses acteurs ont une apparence plus jeune, comme si Spielberg avait restauré cette histoire, lui redonnant toute la jeunesse des protagonistes (5), bien qu’Ansel Elgort soit plus âgé que Richard Beymer quand il a interprété Tony en 1961 ! Et cela peut s’expliquer par un élément « signe des temps » :les jeunes gens de 1960 étaient plus mûrs que ceux de 2020. Et puis n’oublions pas non plus les effets du maquillage conjugués à ceux du numérique.

 

Et au final, ce nouveau West Side Story est une très belle surprise :non seulement Spielberg nous confirme qu’il est un très grand réalisateur, mais surtout, il donne une teinte colorée et brillante qui rehausse cette intrigue sombre, donnant, malgré l’artificialité des pas de danse un certain réalisme qui s’exprime dans les différentes séquences de violence : il réussit la synthèse adéquate entre les ballets de Wise et ceux de Kubrick dans Orange Mécanique ! (Musique : la Pile voleuse).

Et tout cela avec une profusion de couleurs qui teintent chaque moment du film : entre les tenues des protagonistes, les tentures ou même les projections solaires des vitraux, tout donne un aspect plus chatoyant que dans le premier film. A cela s’ajoute un jeu de lumières pertinent où c’est la multiplication des sources lumineuses qui accentue le grandiose de cette petite histoire, illustrant avec beaucoup de subtilité les paroles de Tonight, la chanson de la scène du balcon :

      « Tonight, tonight, the world is full of light (Ce soir, ce soir, le monde est rempli de lumières)

         with suns and moons all over the place. » (avec partout des soleils et des lunes)

Même la séquence de combat qui voit Mercutio (Riff – Mike Faist) être tué par Thibault (Bernardo – David Alvarez), lui-même tué par Roméo (Tony) reste lumineuse, et ce malgré les lumière éteintes (pour faire plus discret).

 

Et bien sûr, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Les différents interprètes sont des artistes complets : ils jouent, ils dansent et ils chantent (6). Même Rita Moreno (Valentina) peut enfin faire entendre sa voix. Elle qui fut une inoubliable Anita nous démontre pourquoi on ne pouvait pas l’entendre chanter en 1961 : sa tessiture est trop haute !

Et puisqu’on parle d’Anita, elle est ici interprétée avec brio par Ariana de Bose, formidable en tout point dans ce rôle difficile parce que déjà interprété avec beaucoup de brio…

Et si Ansel Elgort est un Tony un peu plus dégourdi que ne l’était Beymer, on notera la très belle prestation (encore une) de Rachel Zegler encore plus Maria que ne l’était l’irrésistible Natalie Wood (c’est dire !).

 

Alors oui, précipitez-vous sur cette nouvelle version, pour toutes ces qualités visuelles, mais aussi pour la musique éternelle de Leonard Bernstein !

 

  1. Je n’arrive pas à ne pas verser une larme à la fin. C’est mon côté midinette…
  2. Ce n’est pas loin de chez Aloysius Pendergast.
  3. Poser la question, c’est déjà y répondre.
  4. Ca reste rare, chez Spielberg, une fin tragique.
  5. Roméo & Juliette sont des adolescents, ne l’oublions pas.
  6. Natalie Wood (Maria) et Richard Beymer étaient doublés (7).
  7. J’espère que vous ne vous lassez pas des notes de bas de page…

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