Yuma (Arizona) est une ville célèbre pour deux choses :
- C’est la ville la plus ensoleillée au monde (plus de 4000 heures de soleil par an) ;
- On y trouve un pénitencier modèle qui fut en activité entre 1876 et 1909, et qui sert ici de but ultime de l’intrigue.
Mais reprenons.
Ben Wade (Glenn Ford) et sa bande écument l’Arizona, dévalisant les diligences sans faire trop de détail. Un jour, près de Bisbee, ils attaquent la diligence de trop. Ils sont reconnus par Dan Evans (Van Heflin) qui menait son troupeau avec ses fils. Ben Wade est arrêté à Bisbee et doit être emmené à Contention pour prendre le train : celui de 3 h 10 pour Yuma (d’où le titre). Mais personne ne veut s’occuper d’un prisonnier aussi dangereux, surtout que sa bande est tout proche, attendant la moindre occasion pour délivrer son chef.
Acculé par la sécheresse qui fait rage, Dan Evans accepte de l’emmener contre récompense.
Si l’arrivée à Contention se passe sans encombre, l’attente va se révéler terrible, surtout que Charlie Prince (Richard Jaeckel) a retrouvé son chef et convoqué quelques-uns de ses complices.
Delmer Daves voulait tourner un western différent, changer de ton. Il y parvient avec brio, signant l’un de ses plus beaux films, servi par un duo de talent en la personne de Glenn Ford et Van Heflin. Les deux acteurs s’opposent avec beaucoup de subtilité, dans leurs personnages comme dans leurs physiques : on y retrouve une part du manichéisme traditionnel, accentué par la « belle gueule » de Glenn Ford en opposition avec le physique singulier de Van Heflin. Le « beau méchant » contre le gentil quelconque. Mais cette opposition physique n’est qu’une petite partie de l’affrontement qui est lui-même une sorte de huis clos élargi.
Huis clos parce que c’est dans la chambre d’hôtel que les deux protagonistes vont réellement s’affronter, mais que pendant ce temps, il se passe des choses en dehors et que ces mêmes choses vont tenter d’entrer : le frère (Sheridan Comerate) du conducteur de la diligence que Wade a tué, les complices de ce même Wade qui veulent abattre Evans, ou encore les incursions de Butterfield (Robert Emhardt), le propriétaire de la ligne de diligence et accessoirement celui qui offre la récompense.
Mais ce huis clos ne dure pas puisqu’il faut bien sortir de l’hôtel pour aller prendre le train. Et cette sortie finale correspond à l’affrontement incontournable – et lui aussi final – entre Evans et la bande de Wade.
Bien sûr, on retrouve des similitudes avec le formidable High Noon de Fred Zinnemann – un train qu’on attend, des soutiens qui lâchent le héros – mais la grande différence vient de l’opposition entre celui qui est estampillé comme le méchant et son opposant. Et ce méchant, à l’instar des principes hitchcockiens, est très réussi. Tout d’abord parce que c’est Glenn Ford, en contre emploi de ses rôles habituels. D’ailleurs Daves lui avait de prime abord proposé le rôle d’Evans qu’il avait décliné, préférant celui de Wade. Et ce choix est des plus judicieux, l’aura de Ford amenant une dimension ambiguë dans son personnage.
Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : Wade est un bandit de grand chemin. Si l’attaque de la diligence ne concerne que la cargaison d’or qu’elle transporte, elle se solde tout de même par la mort de deux personnes, le conducteur de la diligence (Boyd Stockman) et un membre de la bande de Wade, les deux tués par ce même chef.
Mais malgré cet aspect dangereux, on ne peut, en tant que spectateur, haïr le personnage. Tout d’abord parce que c’est Ford, mais aussi parce qu’il présente certaines qualités évidentes : une certaine éducation couplée à un charme irrésistible. Et ce charme opère aussi sur les rares femmes du film : Alice Evans (Leora Dana) la femme de Dan, et Emmy (Felicia Farr), la serveuse du saloon de Bisbee. Cette dernière est d’ailleurs la raison pour laquelle Wade va se faire pincer : le charme de la jeune femme le fait s’attarder dans la ville, erreur fatale bien connue.
Et ces deux femmes sont elles aussi très différentes : d’un côté la femme fidèle qui endure les mêmes souffrances que son mari ; de l’autre la femme qu’on qualifierait de « facile », mais dont le passé tumultueux explique son attitude envers Wade. Et Daves va jusqu’au bout de la relation entre elle et Wade puisqu’une ellipse évidente nous montre qu’ils couchent ensemble, peu avant l’arrestation de Wade.
Et le tour de force de Daves dans ce film, c’est l’attente qui fait monter crescendo la tension, jusqu’à l’explication finale, avec une formidable opposition entre ces deux hommes. Avec en prime une distinction pertinente d’avec le film de Zinnemann : alors que Will Kane (Gary Cooper) qui attend dans High Noon a de bonnes raisons d’attendre le train parce que représentant de la loi et un passé commun avec celui qu’il attend, Evans n’a aucune inimitié envers Wade. On sent même une certaine attirance vers cet homme si différent de lui pour qui la vie semble si facile et surtout très riche (financièrement mais pas seulement). Et les différentes insinuations de Wade pour amener Evans à le laisser partir complètent l’aspect particulier de ce personnage « pas si méchant que ça », donnant l’impression qu’Evans lui aussi tombe peu à peu sous le charme de Wade.
Je ne me prononcerai pas sur la résolution de l’intrigue – pour laisser ceux qui n’ont pas vu le film la découvrir – mais sachez tout de même que la morale est sauve malgré tout, Glenn Ford ne pouvant interpréter un salaud absolu, sans oublier une happy end inévitable.
En conclusion je me contenterai de citer Les Sept Mercenaires en disant tout simplement : « seuls les paysans gagnent ».
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