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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
3 h 10 pour Yuma (3:10 to Yuma - Delmer Daves, 1957)

Yuma (Arizona) est une ville célèbre pour deux choses :

  1. C’est la ville la plus ensoleillée au monde (plus de 4000 heures de soleil par an) ;
  2. On y trouve un pénitencier modèle qui fut en activité entre 1876 et 1909, et qui sert ici de but ultime de l’intrigue.

Mais reprenons.

Ben Wade (Glenn Ford) et sa bande écument l’Arizona, dévalisant les diligences sans faire trop de détail. Un jour, près de Bisbee, ils attaquent la diligence de trop. Ils sont reconnus par Dan Evans (Van Heflin) qui menait son troupeau avec ses fils. Ben Wade est arrêté à Bisbee et doit être emmené à Contention pour prendre le train : celui de 3 h 10 pour Yuma (d’où le titre). Mais personne ne veut s’occuper d’un prisonnier aussi dangereux, surtout que sa bande est tout proche, attendant la moindre occasion pour délivrer son chef.

Acculé par la sécheresse qui fait rage, Dan Evans accepte de l’emmener contre récompense.

Si l’arrivée à Contention se passe sans encombre, l’attente va se révéler terrible, surtout que Charlie Prince (Richard Jaeckel) a retrouvé son chef et convoqué quelques-uns de ses complices.

 

Delmer Daves voulait tourner un western différent, changer de ton. Il y parvient avec brio, signant l’un de ses plus beaux films, servi par un duo de talent en la personne de Glenn Ford et Van Heflin. Les deux acteurs s’opposent avec beaucoup de subtilité, dans leurs personnages comme dans leurs physiques : on y retrouve une part du manichéisme traditionnel, accentué par la « belle gueule » de Glenn Ford en opposition avec le physique singulier de Van Heflin. Le « beau méchant » contre le gentil quelconque. Mais cette opposition physique n’est qu’une petite partie de l’affrontement qui est lui-même une sorte de huis clos élargi.

Huis clos parce que c’est dans la chambre d’hôtel que les deux protagonistes vont réellement s’affronter, mais que pendant ce temps, il se passe des choses en dehors et que ces mêmes choses vont tenter d’entrer : le frère (Sheridan Comerate) du conducteur de la diligence que Wade a tué, les complices de ce même Wade qui veulent abattre Evans, ou encore les incursions de Butterfield (Robert Emhardt), le propriétaire de la ligne de diligence et accessoirement celui qui offre la récompense.

Mais ce huis clos ne dure pas puisqu’il faut bien sortir de l’hôtel pour aller prendre le train. Et cette sortie finale correspond à l’affrontement incontournable – et lui aussi final – entre Evans et la bande de Wade.

 

Bien sûr, on retrouve des similitudes avec le formidable High Noon de Fred Zinnemann – un train qu’on attend, des soutiens qui lâchent le héros – mais la grande différence vient de l’opposition entre celui qui est estampillé comme le méchant et son opposant. Et ce méchant, à l’instar des principes hitchcockiens, est très réussi. Tout d’abord parce que c’est Glenn Ford, en contre emploi de ses rôles habituels. D’ailleurs Daves lui avait de prime abord proposé le rôle d’Evans qu’il avait décliné, préférant celui de Wade. Et ce choix est des plus judicieux, l’aura de Ford amenant une dimension ambiguë dans son personnage.

Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : Wade est un bandit de grand chemin. Si l’attaque de la diligence ne concerne que la cargaison d’or qu’elle transporte, elle se solde tout de même par la mort de deux personnes, le conducteur de la diligence (Boyd Stockman) et un membre de la bande de Wade, les deux tués par ce même chef.

 

Mais malgré cet aspect dangereux, on ne peut, en tant que spectateur, haïr le personnage. Tout d’abord parce que c’est Ford, mais aussi parce qu’il présente certaines qualités évidentes : une certaine éducation couplée à un charme irrésistible. Et ce charme opère aussi sur les rares femmes du film : Alice Evans (Leora Dana) la femme de Dan, et Emmy (Felicia Farr), la serveuse du saloon de Bisbee. Cette dernière est d’ailleurs la raison pour laquelle Wade va se faire pincer : le charme de la jeune femme le fait s’attarder dans la ville, erreur fatale bien connue.

Et ces deux femmes sont elles aussi très différentes : d’un côté la femme fidèle qui endure les mêmes souffrances que son mari ; de l’autre la femme qu’on qualifierait de « facile », mais dont le passé tumultueux explique son attitude envers Wade. Et Daves va jusqu’au bout de la relation entre elle et Wade puisqu’une ellipse évidente nous montre qu’ils couchent ensemble, peu avant l’arrestation de Wade.

 

Et le tour de force de Daves dans ce film, c’est l’attente qui fait monter crescendo la tension, jusqu’à l’explication finale, avec une formidable opposition entre ces deux hommes. Avec en prime une distinction pertinente d’avec le film de Zinnemann : alors que Will Kane (Gary Cooper) qui attend dans High Noon a de bonnes raisons d’attendre le train parce que représentant de la loi et un passé commun avec celui qu’il attend, Evans n’a aucune inimitié envers Wade. On sent même une certaine attirance vers cet homme si différent de lui pour qui la vie semble si facile et surtout très riche (financièrement mais pas seulement). Et les différentes insinuations de Wade pour amener Evans à le laisser partir complètent l’aspect particulier de ce personnage « pas si méchant que ça », donnant l’impression qu’Evans lui aussi tombe peu à peu sous le charme de Wade.

 

Je ne me prononcerai pas sur la résolution de l’intrigue – pour laisser ceux qui n’ont pas vu le film la découvrir – mais sachez tout de même que la morale est sauve malgré tout, Glenn Ford ne pouvant interpréter un salaud absolu, sans oublier une happy end inévitable.

En conclusion je me contenterai de citer Les Sept Mercenaires en disant tout simplement : « seuls les paysans gagnent ».

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Michael Crichton
La grande Attaque du train d'or (The first great train Robbery - Michael Crichton, 1978)

 

Londres, 1855.

Victoria est au pouvoir depuis maintenant dix-huit ans et la Guerre de Crimée fait rage, loin, là-bas, à l’Est. Et toutes les semaines, la banque d’Angleterre envoie 25.000 livres en lingots d’or pour l’entretien des troupes. Ces 25.000 font des envieux mais voilà : ils sont emmenés par le train et un vol n’a encore jamais été commis sur un train en mouvement.

C’est donc à ce nouvel exercice que l’élégant Edward Pierce (Sean Connery) va se livrer, aidé pour cela par un maître-pickpocket, Robert Agar (Donald Sutherland), et sa compagne la belle Miriam (Lesley-Ann Down).

 

Je l’ai déjà écrit ici, les films où les protagonistes montent un casse ont toujours beaucoup de succès. C’est le cas de celui-ci, dirigé par Michael Crichton qui a aussi signé l’adaptation… De son propre roman (1). Et ce vol audacieux se couple d’une reconstitution du Londres de 1855, avec ses belles dames aux beaux atours, et ses beaux messieurs en haut-de-forme. Mais pas seulement : on a aussi droit à quelques visites dans le Londres plus populaire, où les truands côtoient les prostituées, et où le chaland étourdi le sera encore plus dans une ruelle sombre, par un voleur opportuniste. N’oublions pas que Londres est alors une ville très criminelle et encore, je ne parle pas des hommes politiques (2). Et notre trio est habitué à ces bas-fonds, où les lupanars fleurissent et où sont aussi organisées des courses de rats (3).

Dernier détail pittoresque : la présence d’un troupeau de moutons : si la « révolution » industrielle bat son plein, n’oublions pas que l’Angleterre est encore très rurale.

 

Bien entendu, on pense – du fait du titre – au film primitif d’Edwin S. Porter, auquel Crichton a ajouté un first (première) devant : le temps de l’intrigue lui est antérieur. Et bien sûr, le format – 110 minutes – permet de régaler les spectateurs en exposant les différents stratagèmes employés par le duo vedette – comment récupérer les quatre clés indispensable à l’ouverture du coffre – et aussi le casse en lui-même qui permit à Sean Connery d’effectuer de belles cascades : sauter d’un wagon à l’autre pendant que le train file tout de même à près de 60 km/h (4), sans oublier la fumée et les cendres… Bref, du grand spectacle, servi par un trio bien assorti, dont Donald Sutherland avec de magnifiques favoris.

 

Crichton prend le parti de la comédie et nous montre des truands qu’on pourrait facilement qualifier de gentlemen-cambrioleurs si le terme n’était pas déjà utilisé par quelqu’un d’autre. Edward Pierce est un formidable menteur, mais son allure et son style en font un véritable homme du monde. Pour agar, c’est un peu moins flagrant : c’est un homme de la rue – c’est là qu’il exerce ses talents – et il n’a pas la même classe que son acolyte. Certains diront que c’est normal : Connery était un Britannique, alors que Sutherland vient des colonies (Canada).

Troisième élément du trio, Miriam est actrice, ce qui permet à Lesley-Ann Down de nous montrer son talent : entre grimage et jeu sur les différents accents anglais ou étrangers, elle excelle dans cette petite mise en abîme de la comédie.

 

Mais si comédie il y a, il ne faut pas oublier la place de la tragédie. N’oublions pas que Pierce et agar sont avant tout des brigands et celui qui les trahit a intérêt à disparaître de lui-même, s’il ne veut pas qu’ils s’en chargent. Définitivement. Autre élément moins drôle : l’exécution d’une femme par pendaison, avec le public venu en nombre pour voir le spectacle. La foule scande tout le long de cette « cérémonie » un lancinant : « oh my, I think I’m gonna die » (5) qui ne sera interrompu que par la bascule de la potence, amenant les applaudissements nourris de ces spectateurs comblés. Terrible.

 

Par contre, on peut reprocher quelques petits détails à Crichton : la surimpression n’est pas toujours très bien faite, et surtout, la cathédrale Saint-Paul fait vraiment fausse. Et puis il y a les fils électriques. ILS sont tout le long de la voie de chemin de fer, et dès qu’on les a remarqués, on ne voit plus qu’eux. Pas sûr qu’ils étaient là à cette époque, et surtout aussi nombreux…

Pour le reste, on appréciera à sa juste valeur la photographie de Geoffrey Unsworth dont c’est le dernier film, et on savourera avec gourmandise cette histoire (tout de même) pour rire où l’alliance Connery-Sutherland fonctionne parfaitement.

 

  1. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.
  2. Elle était facile, celle-là. Désolé.
  3. Un chien doit tuer un nombre précis de rats dans un temps imparti : les parieurs misent sur la réussite ou non du challenge. Vous avez dit barbare ?
  4. 40 miles par heure au lieu des 20 prévus…
  5. « Mon Dieu, je crois que je vais mourir. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Delannoy
Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy, 1956)

Paris, 1482 : crépuscule de Louis XI (Jean Tissier)…

Sur le parvis de Notre-Dame, Esmeralda (Gina Lollobrigida) dans et chante, pendant que les spectateurs l’admirent amoureusement. Parmi eux, deux personnages particuliers : Claude Frollo (Alain Cuny), dévot tourmenté, et le sonneur des cloches de la cathédrale, Quasimodo (Anthony Quinn).

Autour d’eux, c’est un Paris qui enterre le Moyen-âge, avec ses mendiants menés par Clopin Trouillefou (Philippe Clay), et ses soldats menés par Phœbus de Châteaupers (Jean Danet), sous l’égide gigantesque de l’édifice gigantesque consacré

 

C’est à un double monument que Jean Delannoy s’est attaqué : la cathédrale d’un côté et le roman de Victor Hugo de l’autre. Et si l’un est très bien exploité, l’adaptation de l’autre est tout de même plus fidèle que la version de Wallace Worsley. Mais comme toujours dans le cas de cette histoire, c’est vers le personnage le plus spectaculaire qu’on se tourne : Quasimodo.

Et on peut l’avouer, à nouveau nous avons un Quasimodo repoussant à souhait, au corps difforme et au visage cyclopéen très impressionnant. Certes, ce n’est pas Lon Chaney, mais on peut tout de même saluer le travail de Louis Bonnemaison et/ou Georges Klein dans l’élaboration du personnage.

De plus, la performance d’Anthony Quinn dans ce rôle ô combien emblématique est à la hauteur de l’événement : la première adaptation en couleur du roman de Hugo.

 

Il y a dans cette adaptation l’élan épique des nombreuses superproductions françaises – en couleur ou non – qui ont émaillé les décennies 1950-1960, où les distributions sont aussi prestigieuses que les intrigues traitées. Avec aussi le revers de la médaille : on néglige un peu ce qu’il se passe pour reconnaître tel où telle interprète. Et ce film ne fait pas exception : on s’amuse à voir Boris Vian dans un rôle d’ecclésiastique haut gradé (le cardinal de Paris, excusez du peu), ou encore Daniel Emilfork (Andry le Roux), pour ne citer qu’eux.

 

Et puisque nous en sommes à l’interprétation, arrêtons-nous sur l’autre personnage principal : Esmeralda. Gina Lollobrigida est une parfaite Esmeralda. Et le fait qu’elle ne soit pas doublée accentue l’aspect exotique de son personnage (1), mais surtout apporte une touche de réalisme bienvenue (2).

Patsy Ruth Miller (dans le film de 1923) fut une Esmeralda plutôt quelconque, débordée par un Quasimodo (Lon Chaney) trop spectaculaire pour ses partenaires. De son côté, Maureen O’Hara (en 1939 chez William Dieterle) est superbe mais n’a pas le physique attendu du personnage (pas assez brune, ni les yeux noirs indispensables).
Et Gina réunit toutes les caractéristiques et la sensualité du personnage, même dans sa robe austère de condamnée à mort.

 

De son côté Anthony Quinn est un Quasimodo fort acceptable et le handicap de son personnage justifie pleinement qu’il ne soit pas non plus doublé. Par contre, on peut se dire que Quasimodo parle beaucoup dans ce film… Le seul reproche qu’on peut faire au jeu de Quinn, c’est de se tenir trop droit : on en oublie presque qu’il est bossu !

Dans l’ensemble, les personnages sont bien campés, mais encore une fois, le jeu (trop) lisse d’Alain Cuny laisse à désirer. Il me paraît évident que ce dernier aurait eu beaucoup de mal dans la période muette du cinéma : son visage n’offre que très peu de variétés, affaiblissant de ce fait le personnage interprété.

De son côté, Jean Danet est un Phœbus lui aussi très acceptable ne serait-ce son physique plutôt commun face à une Esmeralda aussi magnifique : on aurait préféré (3) un jeune premier plus caractéristique, voire plus séduisant (4).

 

Au final, Jean Delannoy s’en tire plutôt bien dans cette adaptation, mais on peut tout de même regretter plusieurs choses :

  • le format du film (115 minutes) qui ne permet pas de retranscrire la richesse du roman original ;
  • une mise en scène plutôt sage à laquelle manque un véritable souffle épique, surtout dans l’attaque de la cathédrale par les troupes du Royaume d’Argot.

 

Mais rien que pour Esmeralda et Quasimodo, on ne va pas bouder son plaisir…

 

  1. On l’appelle « Egyptienne » bien qu’elle ne le soit pas du tout…
  2. J’ai déjà parlé ici des doublages systématiques des vedettes étrangères (cf. Paris brûle-t-il ?).
  3. Enfin, « on », c’est surtout moi.
  4. Au hasard (?) : Gérard Philipe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Reginald Barker, #William S. Hart
Le Serment de Rio Jim (The Bargain - Reginald Barker, 1914)

Il est clair que le titre français est plus vendeur et nous replace dans l’Ouest mythique américain. Il n’empêche : le titre original – Le Marché – est plus proche de l’intrigue de ce western du grand Reginald Barker.

Le marché dont il est question, c’est celui que passe Jim « the two gun man (1) » Stokes (William S. Hart avec le shérif Bud Walsh (J. Frank Burke). Quel marché ?

Reprenons.


Jim est un bandit de grand chemin qui attaque, malgré l’avertissement, la diligence qui transporte u chargement d’or. Poursuivi, il réussit à s’échapper, blessé, et trouve refuge chez le prospecteur Phil Brent (J. Barney Sherry) et sa fille Nell (Clara Williams).

Et comme c’est souvent le cas, Jim tombe amoureux de Nell et ils se marient. Sauf que le forfait de Jim doit trouver une résolution légale.

Il est alors arrêté par le shérif qui n’a rien de mieux à faire que de perdre l’argent du hold-up au jeu.

Le marché est alors simple : Jim lui fera récupérer son argent contre sa liberté.

 

Reginald, que les cinéphiles ont vite oublié (2), était un grand réalisateur et qui était à l’aise partout, capable de réaliser l’inoubliable l’Italien comme ce western, superbement servi par le non moins grand William S. Hart. On retrouve d’ailleurs dans le personnage de Jim Stokes l’archétype des personnages Hartiens : un bandit au grand cœur et un homme d’honneur. La preuve : le serment dont parle le titre français, ou plutôt le marché qu’il va proposer à Walsh, et surtout qu’il va tenir.

 

Mais comme nous sommes en 1914, l’Ouest qui nous est proposé est bien loin de ceux plus romantiques qui nous seront exposés dans les décennies suivantes, avec ces héros tout aussi honorables mais autrement plus distingués. Non pas que Jim est un barbare. Loin de là, mais les personnages qui l’entourent possèdent une touche autrement plus réaliste que celle qu’on trouvera chez Walsh et consorts une quinzaine d’années plus tard.

 

On retrouve dans ces « véritables » cowboys l’aspect dont Harvey Kurtzman et Jack Davis se sont moqués dans MAD (Cowboy! – 1955) : grosses moustaches tombantes avec (peut-être) des restes de haricots rouges à la sauce chili, à moins que ce soient des barbes fournies…

Seul Jim échappe à cet aspect rudimentaire : toujours impeccable, les cheveux bien coiffés avec une belle raie bien droite sur le côté gauche.

Bref, il n’est pas un héros ordinaire et ouvre la voie à tous ceux qui vont lui ressembler dans les années qui suivent, en particulier Ringo Kid (John Wayne) vingt-cinq ans plus tard (3) : un autre méchant qui se réforme.

 

Au final, Reginald Barker nous livre ici un très beau western – sous le patronage de l’incontournable Thomas Ince à la production – où Hart rayonne encore une fois dans ce rôle sur mesure. Un seul (petit) regret toutefois : nous n’avons pas droit à la séquence de soleil couchant comme c’est souvent le cas chez Barker.

Entre nous, ce n’est pas bien grave !

 

  1. « L’homme aux deux flingues ». Ce qui n’est pas exact : « l’homme aux 5 flingues » eût été plus approprié.
  2. Sauf les acharnés du muet tels le professeur Allen John ou moi-même.
  3. Stagecoach (John Ford, 1939)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques Tati
Playtime (Jacques Tati, 1967)

Monsieur Hulot (Jacques Tati) est de retour !

Après des vacances à Saint-Marc-sur-Mer et un rendez-vous avec son neveu, il nous revient dans ce qui est pour moi le film le plus emblématique de son auteur et peut-être le plus personnel, sublime mélange d’humour et de poésie, et où les fausses pistes sont très nombreuses, détournant continuellement ce que nous voyons en ce que nous croyons voir avant de nous révéler la réalité.

Hulot revient donc : il a rendez-vous à Paris dans un grand centre d’affaires avec un personnage important qu’il ne rencontrera qu’après de multiples pérégrinations (1).

Dans le même temps, un groupe de touristes américain débarque à Orly et va passer la journée dans Paris, à la recherche des différents monuments emblématiques (eux-aussi) de la Ville Lumière. Parmi eux, la jeune Barbara (Barbara Dennek), une touriste un tantinet timide et qui, comme d’aucune avant elle, va tomber sous le charme de notre héros dégingandé.

 

Si Mon Oncle montrait la progression de la société moderne dans la ville traditionnelle (le monde de Hulot en opposition à celle de sa sœur et son beau-frère), avec Playtime, nous savons qui a gagné : la modernité l’a emporté et les terrains vagues qui attendaient en 1958 ont été remplis de buildings moches et uniformisés. Tellement uniformisés qu’on sourit devant les différentes photos publicitaires de voyages qui annoncent des destinations prestigieuses avec toujours ce même immeuble laid. Mais tout est tellement uniformisé que la première séquence nous parachute dans un lieu aseptisé et froid véritable carrefour architectural entre la salle d’attente d’un hôpital et celle d’un aéroport. Et bien sûr, les personnages qui y évoluent ne nous aident pas à faire le choix et cette indécision va durer jusqu’à l’annonce d’une hôtesse qui nous confirme que nous sommes à l’aéroport, au moment où arrive le groupe de touristes annoncé.

 

Mais cette première fausse piste n’est pas la seule : dans cet aéroport, nous apercevons un homme grand, au pantalon trop court, par-dessus informe, chapeau mou et parapluie. Mais ce n’est pas Hulot, juste quelqu’un qui lui ressemble, jusque dans sa démarche ! Et ce « sosie » n’est que le premier d’une série qui va émailler le film, dans des lieux – uniformisés, on s’en doute – avec des conséquences pas toujours heureuses, avec en point d’orgue l’industriel allemand (Reinhard Kolldehoff) qui propose des portent qui claquent ans bruit (!) et s’emporte devant un Hulot abasourdi et surtout intrigué par cette porte qui claque silencieusement.

 

Mais bien sûr, Hulot reste Hulot et amène – involontairement comme toujours – les catastrophes avec en point culminant l’ouverture du restaurant-night club Royal Garden. Et si Hulot se retrouve dans ce lieu à cent lieues de ses habitudes, c’est parce qu’il y connaît le portier (Tony Andal) avec qui il a fait son service militaire. Cette relation est un nouvel élément dans l’univers de monsieur Hulot. Alors que Les Vacances de Monsieur Hulot nous présentaient un homme seul boudé par ses co-vacanciers, et que Mon Oncle proposait un élément familial à cet homme toujours solitaire, Playtime introduit des amis dans son univers. Outre le portier, il va se retrouver invité chez un autre ancien compagnon d’armes (Yves Barsacq). Et ces deux hommes nous confirment ce que nous savions et que peu de vacanciers avaient remarqué : Hulot est un type formidable.

C’est très certainement l’opinion des convives avec lesquels il se trouve mêlés dans le restaurant qui commence à partir en morceaux. Et surtout de la jeune femme avec qui il va même danser. Et ce dernier élément nous renvoie – encore une fois – aux Vacances : Barbara n’est pas très éloignée de Martine (Nathalie Pascaud) : comme elle, elle est (très) réservée, et voit d’un bon œil ce grand échalas aux belles manières.

 

Mais Playtime, comme son nom l’indique est aussi un prolongement du livre d’Etiemble : Parlez-vous Franglais ?, sorti trois ans plus tôt. A aucun moment, alors que nous sommes à Paris (?), nous ne voyons un quelconque élément écrit en français. Tout est écrit en anglais, et nous trouvons même une femme d’un certain âge s’en offusquer, remarquant « qu’ils pourraient écrire en français ». Les personnages que nous rencontrons, à l’exception de Hulot et ses copains de régiment parlent d’ailleurs presque tous la langue de Shakespeare (ou celle de Poe) à l’exception de l’industriel allemand, bien sûr, qui mélange allègrement les trois langues. Mais tout cela n’a pas beaucoup d’importance : comme le disait Gotlib, Hulot « se bat contre les moulins à parole », qui sont, encore une fois, nombreux dans cet univers moderne, uniforme et froid.

 

Mais malgré cette victoire de la modernité, Tati réussit à y glisser quelques éléments merveilleux dont l’effet poétique est magnifique : il transforme un embouteillage matinal (et habituel) en véritable carrousel soutenu par la musique Francis Lemarque qui s’adapte parfaitement à la situation, avec les soubresauts des moteurs qui complètent l’impression de manège et de fête foraine : parmi les véhicules qui tournent, on trouve un bateau qu’un petit garçon choisit avant d’être rattrapé par ses parents qui s’engouffrent dans un taxi. Avec en plus un vendeur de glace empêtré lui aussi dans ce ballet motorisé et qui fait ce qu’il sait faire (vendre des glaces aux passants) accentuant l’illusion de la fête.

Dernier élément poétique : le brin de muguet (factice, nous sommes en pleine modernité !) qui se retrouve dans les lampadaires de la route qui mène à l’aéroport, vers où repartent les touristes après cette journée (2) si riche.

 

Paris, d’ailleurs, dont les monuments ne font que se refléter dans les vitres des portes vitrées, apportant un peu de couleur aux bâtiments noir et blancs (et donc gris). Ces reflets permettent alors à la ville de se distinguer des autres capitales prestigieuses (voir plus haut) qui ont malheureusement tendance à toutes se ressembler (3).

Mais à nouveau Hulot veille au grain et offrira à la jeune touriste ce Paris qu’elle est venue admirer, et qu’elle emportera avec son brin de muguet.

 

Un film sublime qui fut – hélas – un échec cuisant pour Tati.

 

  1. Avec Hulot, tout se complique.
  2. Tout se déroule en moins de 24 heures.
  3. « Ça serait pourtant le moment de revoir nos plages
    Car les pays se ressemblent de plus en plus » (Adelaïde, Jacques Debronckart, 1965).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Quentin Tarantino, #Steve Buscemi
Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992)

Ils sont 6 : Mr. White (Harvey Keitel), Mr. Orange (Tim Roth), Mr. Pink (Steve « Donnie » Buscemi), Mr. Blonde (Michael Madsen), Mr. Blue (Edward Bunker) et Mr. Brown (Quentin Tarantino). Ce sont des gangsters. Ils ont été rassemblés par Joe Cabot (Lawrence Tierney) et son fils « Nice Guy » Eddie (Chris Penn) pour dérober un lot de diamants.

Mais le braquage ne se passe pas comme prévu et Mr. Brown y reste. Quant à Mr. White, il ramène au point de rendez-vous un Mr. Orange en piteux état : il a pris une balle dans le ventre et se vide de son sang.

Oui, le braquage a foiré. Normal, l’un des protagonistes est un flic infiltré.

Lequel ?

 

Malgré cette dernière question, savoir qui est le flic infiltré n’est pas spécialement l’enjeu du film. Il s’agit plus d’un exercice de style cinématographique entrepris par un petit débutant (son premier film en l’occurrence) qui renouvelle le genre et surtout casse le schéma narratif habituel. Et ce sera une constante dans ses films ultérieurs : la narration n’est pas linéaire même si le temps de l’intrigue principale – la rencontre dans la planque après le casse – s’écoule presque normalement ou tout du moins de façon linéaire. Cette phase de retrouvailles et d’explications (à plusieurs niveaux) est interrompue par des flashbacks plus ou moins explicatifs, resserrés autour des trois truands les plus emblématiques : Mr. White, Mr. Orange et Mr. Blonde. Et c’est bien sûr un de ces trois-là qui est l’infiltré (1).

 

Il y a dans ce film une véritable volonté de trancher avec ce qu’on connaît et qui se faisait avant (2). Tout d’abord, c’est l’histoire d’un braquage raté. Jusque là, rien de bien nouveau, on en connaît d’autres (3). Par contre, ce qui change, c’est que ce ratage commence par la fin : le coup est manqué et on le sait tout de suite, puisque nous suivons White et Orange en fuite.

Et l’utilisation des flashbacks va nous permettre de comprendre comment on en est arrivé là, sans toutefois tout nous montrer : à aucun moment on n’entre dans le lieu du casse qui ne sera pour nous qu’une façade (4). Et donc on ne verra pas le point de rupture qui a fait capoter l’affaire : l’activation de l’alarme et la tuerie qui s’ensuit. Et si la violence est très présente, Tarantino ne montre pas tout : l’imagination est toujours un meilleur stimulant…

 

Et Tarantino prend son temps pour nous distiller les informations, ramenant l’intrigue à différents points du passé des protagonistes. Et on sent une maîtrise technique dans les prises de vue d’Andrzej Sekula tout au long du film, soutenue par un montage équilibré.

Mais – et nous ne le savons pas encore puisque ce n’est que son premier film – Tarantino se laisse aller à son péché mignon : les dialogues.

C’est (déjà) un film où on parle. Trop à mon avis, mais je sais qu’il y a des inconditionnels de la « tchatche » de l’auteur. Ca parle, ça parle, ça parle. Tellement qu’on a peur que l’intrigue se noie. Cela donne peut-être un certain cachet voire une forme de réalisme, mais je trouve que c’est tout de même un peu trop.

 

Pire même : la séquence d’introduction où tous les protagonistes principaux (voir 1er paragraphe) dégoisent autour d’une table en fin de repas n’est même pas indispensable. Elle n’y serait pas que la compréhension du film n’en serait pas altérée.

 

  1. Non, je ne vous le dirai pas.
  2. Et encore maintenant, rassurez-vous !
  3. Le sublime The Killing (S. Kubrick, 1956) est un formidable fiasco qui ne s’annonce qu’au tout dernier moment.
  4. Même sur les photos utilisées par le gang, on n’a aucun plan nous montrant les intérieurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Alexander Korda, #Douglas Fairbanks
La Vie privée de Don Juan (The private Life of Don Juan - Alexander Korda, 1934)

Don Juan est de retour ! Et comme Don Juan, c’est Douglas Fairbanks, vous imaginez l’émoi suscité par ce retour inespéré pour les femmes de Séville et la crainte d’éventuelles cornes qui hantent les esprits de leurs maris.

C’est alors une succession d’ascension de balcons avec distribution de roses aux belles Sévillanes.

Seulement voilà : le vrai Don Juan (Douglas Fairbanks, donc) n’a pas passé la nuit à distribuer des fleurs. Il s’agit d’un admirateur-imitateur : Rodrigo (Barry MacKay).

Et comme Rodrigo n’est qu’une pâle copie du séducteur, il est tué dans un duel provoqué par un mari jaloux, don Alfredo (Gibson « McTeague » Gowland).

S’ensuivent évidemment des funérailles quasi nationales où les pleureuses sont légion, mais qui sont une bonne occasion pour le vrai Don Juan de s’éloigner et donc de « faire le mort ».

Mais l’éloignement lui pèse et il s’en retourne à Séville. Seulement voilà, Don Juan est mort, et qui va croire cet inconnu à l’âge un tantinet avancé qui se prétend être le défunt regretté ?

 

C’était un pari pour Douglas Fairbanks : revenir au premier plan. Malheureusement, ce pari risqué fut un échec et on ne revit plus jamais ce grand acteur au cinéma (1). Il s’éteignit même cinq ans plus tard, terrassé par une crise cardiaque. Il avait 56 ans.

On peut déceler une certaine analogie entre Fairbanks et ce personnage emblématique qu’il interprète. Depuis Le Masque de fer (1929), son dernier muet, il n’a tourné que trois fois, et son style bondissant n’est plus d’actualité : le parlant a remplacé l’action par des dialogues et sa voix n’est peut-être pas à la hauteur de son physique. En effet, on aurait imaginé une voix plus forte et plus profonde. Attention, il n’y a aucun problème avec, mais il y a tout de même un décalage avec ses personnages d’« avant ».

 

Mais la véritable analogie, c’est l’âge de l’artiste et de son personnage. Fairbanks a passé la cinquantaine et ce qui faisait son charme et son empreinte devient ici très accessoire : il ne bondit plus beaucoup et l’humour inhérent à ses personnages a presque totalement disparu. Fairbanks est vieux, et il le sait, engageant ce pari – osé – sur un personnage célèbre certes, mais vieillissant. Et la séquence qui illustre le mieux cette idée le voit en présence d’une jeune femme qui lui a donné rendez-vous. Pour qu’il passe un message à son amant, un homme beaucoup plus jeune que lui. Et elle lui explique qu’il pourrait être son père. Le baiser d’adieux qu’elle lui demande doit aussi être celui d’un père, et donc pas d’un amant fougueux…

 

Quant au retour de Don Juan  à Séville, il est aussi réussi que celui de Fairbanks au cinéma : un fiasco total dû aussi à la parution d’un livre posthume (2) racontant ses frasques supposées : La Vie privée de Don Juan. Ce livre décrit un jeune homme fougueux séducteur en diable et continuellement en mouvement (d’un balcon à l’autre…), bien loin de l’image qu’offre cet homme qui a vieilli et n’est plus que l’ombre de lui-même. Le public le refuse préférant la légende à la réalité.

C’est bien connu : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Un bel adieu (involontaire) au cinéma de celui qui fut l’un de ses plus grands acteurs.

 

  1. Enfin pas exactement : il apparaît dans Ali-Baba goes to Town (1937) de David Butler mais n’est pas crédité au générique.
  2. Qui donne son titre au film

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Comédie dramatique, #Peter Farrelly
Green Book (Peter Farrelly, 2018)

Ca commence comme un film de gangsters, de type Cotton Club : nous sommes au Copacabana, en 1962. Tony « Lip » Vallelonga (Viggo Mortensen) est chargé des relations publiques. En clair, il s’occupe de ceux qui font du scandale dans le club, n’hésitant pas à user d’arguments frappants.

Mais le club doit fermer pour travaux, alors Tony doit trouver du travail pendant ce temps-là. Avec ses relations, ça ne devrait pas poser de problème. Seulement voilà, Tony a beau être un véritable Italien de New York, il n’accepte pas n’importe quoi. C’est pourquoi il est embauché pour conduire Don « Doc » Shirley (Mahershala Ali) dans sa tournée de concerts dans le Sud. Le seul problème, c’est que Don Shirley est noir, et en 1962, il ne fait pas bon d’être « de couleur » dans le Sud, et ce malgré la présence des frères Kennedy au sommet de l’Etat.

 

Quand Peter Farrelly se lance en solo derrière la caméra, il ne fait pas semblant, et en plus, il y réussit divinement. Ce livre vert (1) en est un exemple magnifique. Il s’agit d’un formidable road movie, avec tous les codes attendus du genre : les pérégrinations de deux voyageurs – très dissemblables – qui vont s’enrichir mutuellement de leur expérience, et aussi (et surtout) de celle de l’autre. Et en plus, c’est d’après une histoire vraie.

 Peter Farrelly, avec ce film, réussit à recréer ces années 1960 qui ont vu l’imposition – dans la douleur quand ce n’était pas la mort – de ces fameux Droits civiques qui se résumaient essentiellement aux droits des Noirs, alors considérés comme des citoyens de seconde zone (dans le meilleur des cas), voire plus bas que des chiens (2).

Et Shirley est le digne héritier de Luther King, refusant l’affrontement à chaque occasion, et ce malgré ce qu’en pense son chauffeur si singulier.

 

Pourtant, Tony n’est pas un type extraordinaire. Mais c’est avant tout un homme loyal, qui a été embauché pour un travail et qui l’intention de l’effectuer jusqu’au bout, malgré ce qu’il peut penser.

Parce que Tony n’st ni pire ni meilleur qu’un autre. Quand des ouvriers noirs viennent effectuer un travail chez eux et que sa femme leur offre un verre, son premier réflexe, c’est de jeter les deux verres « souillés », au grand dam de cette dernière. Oui, Tony est raciste, comme la majorité des gens de l’époque. Même dans le Nord.

 

Alors ce boulot de chauffeur, c’est aussi une révélation pour lui : les Noirs, quoi qu’il en pense, sont avant tout des gens comme lui, voire meilleurs que lui. Parce que Don est cent fois supérieur à Tony : mieux éduqué, maîtrisant le piano comme peu, il est tout ce que Tony n’est pas. Tony es un être ordinaire, je l’ai déjà dit, fruste et plutôt vulgaire, il n’a absolument rien de commun avec ce pianiste distingué. Et leur première entrevue insiste sur ce point : non seulement Don est assis sur un trône, mais en plus, ce trône est (très) surélevé par rapport au fauteuil où se trouve Tony. Mais cette supériorité n’y fait rien : Tony ne se laisse pas démonter et impose ses règles, que Don va accepter. Mais a-t-il le choix ? (3)

 

Mais si Don est supérieur – tout au long du film, il est ce que Tony ne sera jamais – il n’en demeure pas moins redevable de cet homme qui va lui apporter autant que lui va donner en retour : Don est un homme seul – son frère ne lui parle plus, sa femme l’a quitté. Et l’emplacement de son appartement – au-dessus du Carnegie Hall (vrai ou non) – n’est pas anodin. Il est véritablement dans sa tour d’ivoire, ne sortant que pour ses concerts, mais surtout dominant ce qui se fait de mieux du point de vue musical à New York. Et ce périple dans le Sud va faire vaciller ce piédestal : les lieux qui vont l’accepter, au-delà de la Ligne déjà mentionnée n’ont plus rien à voir avec ce qu’il connait dans le Nord. Ce sont des bouges miteux ou des motels minables qu’il doit accepter, et avec le sourire (4).Ce sont ces lieux que recommande le fameux Livre vert du titre : The Negro motorist Green book. Ce livre écrit par Victor H. Green qui eut cours de 1936 à 1966. Un guide de voyage pour ne pas faire de scandale ni s’attirer des ennuis dans le Sud (ou ailleurs aux Etats-Unis).

 

Et ce film, s’il est un choc entre deux hommes, est aussi un choc culturel pour les deux hommes. Pour Tony, je l’ai déjà dit, c’est une révélation : cet homme noir lui est infiniment supérieur et il devient prêt à tout pour lui, devenant, malgré lui, un défenseur des Droits civiques, même si on peut se demander s’il sait que cela existe.

Mais le choc le plus fort est pour Don. Ce n’est pas la rencontre de Tony qui le marque le plus dans ce voyage, mais cet arrêt pour cause de radiateur vide. Alors que Tony s’affaire pour le remplir d’eau, juste à côté, des Noirs travaillent le champ. Rapidement, ces derniers s’arrêtent pour contempler un tableau absolument incongru pour eux : un Noir conduit par un blanc et qui en plus lui tient la portière pour qu’il s’installe.

Autre choc culturel : l’entrée de Don et Tony dans un bar « pour gens de couleurs » à Birmingham. Non seulement Tony est accepté par les clients malgré sa différence évidente, mais il faut voir Don monter sur la scène et se positionner derrière le piano (droit, bien loin d’un Steinway) et jouer.

Un grand moment.

 

Un grand film.

 

PS : suis-je le seul à avoir vu Tim Robbins ?

 

  1. « Green book » en VO.
  2. Sous la Mason-Dixon Line, cette frontière qui marquait la différence entre le Nord et le Sud pendant la Guerre Civile.
  3. Le film ne répond pas à cette question.
  4. Ca, c’est moi qui le dis, mais je ne suis pas bien loin de la réalité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Navet, #James Franco, #Bruce Thierry CHeung
Future World (James Franco & Bruce Thierry Cheung, 2018)

On n’attendait pas James Franco dans ce registre. Depuis Spiderman de Sam Raimi, on a eu l’habitude de le voir dans des rôles très intéressants, voire très humains. Alors le retrouver à codiriger un film post-apocalyptique était une surprise.

Malheureusement, ce n’en fut pas une bonne.

Mais reprenons.

 

C’est une androïde qui parle : Ash (Suki Waterhouse). Elle raconte – brièvement – la fin du monde des hommes, celle d’après du « monde d’avant » (1). Des hordes de motards écument les rares concentrations humaines, semant la mort et la désolation. A l’écart de ce monde ravagé se trouve l’Oasis où la reine (Lucy Liu) se meurt des suites de la « fièvre rouge ». Son fils, Prince (Jeffrey Wahlberg, le neveu de), va entreprendre un périple pour lui rapporter le traitement capable de la sauver. Il va devoir affronter les hordes de motards pour y parvenir. Mais s’il n’y avait qu’eux…

 

Dès les premières images, on a une sensation de « déjà vu » (2) : ces hordes de motard rappellent les barbares de la route de Mad Max 2, et la narration post-apocalyptique a déjà été utilisée (3). Et les images qui nous sont proposées sont très prometteuses. Les décors choisis sont très pertinents et très bien cadrés. Mais voilà, c’est tout. Le reste n’est qu’un road movie pas toujours très cohérent et l’intrigue proposée, si elle part d’une situation intéressante bien qu’un tantinet éculée, ne tient pas la distance, accumulant les incohérences et la complaisance racoleuse.

C’est une suite d’images de violence gratuite où le même James Franco semble n’avoir qu’un seul but : rire afin de nous exposer sa gencive remplie de chicots pourris. Les personnages sont très (trop) superficiels et les affrontements cruels ne proposent aucun recul voire second degré : ça flingue, ça poignarde, ça décapite à qui mieux mieux jusqu’à l’écœurement.

 

Bref : répugnant.

A fuir.

 

  1. Avec leur manie de nous parler du « monde d’avant » (la COVID-19), on en perd la continuité temporelle au cinéma (surtout avec les salles fermées). Ici, c’est donc le monde d’après du monde d’avant. C’est clair ? Non ? Tant pis. Ca n’a pas beaucoup d’importance.
  2. Comme disent les anglophones.
  3. Je ne sais plus où et je n’ai pas envie de chercher. N’hésitez pas à me renseigner

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Ruben Alvès
La Cage dorée (Ruben Alvès, 2013)

Maria Ribeiro (Rita Blanco) et son mari Jose (Joaquim de Almeida) sont arrivés à Paris il y a bien longtemps. Ils ont deux enfants – Paula (Barbara Cabrita) et Pedro (Alex Alves Pereira) – et vivent dans la loge de Maria. Parce que Maria est concierge d’une belle copropriété parisienne où la distinguée Mme Reichert (Nicole Croisille) fait la pluie et le beau temps.

Tout va bien pendant plus de trente ans quand arrive une tuile de taille : le frère de Jose meurt. Ce n’est pas la mort e ce frère (très) éloigné qui pose problème : Jose et lui ne parlaient plus depuis belle lurette à cause d’une histoire d’héritage.

Le problème, c’est un nouvel héritage : le frère leur lègue tout. Tout, c’est la maison mais aussi les vignes et l’usine d’exploitation qui va avec.

Bien sûr, cette manne tombée du ciel est inespérée. Mais la vraie tuile, c’est pour les autres, ceux qui ont eu tendance à les exploiter pendant ces décennies : les copropriétaires qui abusent de leur gentillesse pour leur faire faire toutes les (basses) besognes ; le patron de José – Francis (Roland Giraud – qui ne peut supporter de voir partir un travailleur de la classe de Jose, alors qu’un gros contrat se négocie.

 

Ca commence comme des cartes postales de Paris, mais très rapidement, on entre dans le vif du sujet et on suit la vie de Maria, concierge inamovible d’une belle résidence cossue. Mais aussi celle de son mari Jose, travailleur infatigable, toujours le cœur sur la main.

Et la cage ? C’est la loge. Celle où ils vivent depuis si longtemps malgré sa taille aussi modeste que les copropriétaires sont riches. Et Ruben Alves (Miguel) insiste sur cet enfermement. Non seulement la loge est exiguë, mais elle ne possède aucune fenêtre ouverte : si ce n’est pas un grillage solide qui s’offre aux regards, ce sont carrément des barreaux qui accentuent cet effet d’enfermement.

 

Mais cet enfermement n’empêche pas Maria et Jose d’être heureux : ils sont habitués à cette situation et ne s’en rendent même pas compte. Pire, cet héritage (vraiment) inespéré va faire leur malheur (1). C’est alors que ce qui devait être une bénédiction va devenir un cauchemar, avec festival de mesquinerie et surtout d’hypocrisie. C’est un véritable déferlement qui va (presque) emporter ce couple qui n’a rien demandé et à qui on propose de devenir riche.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : nous sommes dans une comédie. Et Ruben Alves s’en tire à merveille dans ce domaine. Il faut dire aussi que la distribution est à la hauteur du challenge, la présence

 

Il réussit le pari de faire un film estampillé « portugais » sans tomber une seule fois dans la caricature ni l’outrance, se moquant (brièvement) des clichés (2), avec un immense respect pour ces gens qui, comme bien d’autres ont dû venir en France pour survivre. Et dans une certaine mesure, on retrouve le même ton employé par Philippe Le Guay dans son formidable Les Femmes du 6è étage, mais de l’autre côté de la péninsule ibérique.

C’est vrai aussi que les deux personnages principaux sont attachants : prévenants, attentionnés et ne comptant pas leur temps. Et l’explication que Maria en donne à ses employeurs le résume très bien, même si on a tendance à penser qu’ils sont quand même un peu trop bons (3).

 

Et puis il y a la musique.

Si la musique a plutôt pour habitude de soutenir l’intrigue du film, ici elle va plus loin, devenant un ingrédient indispensable du film. Bien sûr, la musique traditionnelle portugaise tient une grande place, ce qui est tout à fait normal. C’est d’ailleurs pendant deux chansons que le film prend toute sa dimension émotionnelle.

C’est L’Etrangère de (et chantée par) Linda de Suza (4) qui illustre à la perfection la condition de Maria, à croire que le film a été élaborée à partir d’elle (la chanson) : c’est très court, quelques vers seulement, et nous comprenons alors pourquoi Maria ne voit plus les barreaux de sa cage.

L’autre, c’est Prece, un fado (5) interprété avec beaucoup de talent par Catarina Wallenstein, et qui va accentuer l’émotion de la résolution de l’intrigue vers la conclusion inévitable et (presque) prévisible.


Bref, une belle comédie. Une grande.

 

  1. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est bien connu.
  2. Une histoire de moustaches que je vous laisse découvrir.
  3. Avec un grand C.
  4. Pourtant, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé (ou de Ricoré).
  5. Inévitable, bien entendu…

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