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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Doug Liman
Mr. & Mrs. Smith (Doug Liman, 2005)

Ca commence comme When Harry met Sally : un couple nous parle de sa relation. Mais alors que dans le film de Rob Reiner, il s’agissait d’histoires d’amour heureuses, on se rend vite compte qu’il s’agit ici d’un mariage qui s’enlise et que les deux membres s’éloignent progressivement.

Il faut dire qu’il y a de quoi : alors qu’officiellement, elle s’occupe d’informatique et intervient nationalement pour des interventions délicates de dépannage, elle est en réalité tueuse à gage pour une agence qui l’envoie par monts et par vaux liquider une cible encombrante ; de son côté, il n’est pas vraiment l’ingénieur annoncé et s’il déclare qu’il doit intervenir sur les dysfonctionnements d’un barrage, c’est surtout parce qu’on lui a assigné à lui aussi, une nouvelle cible dont il doit disposer dans un temps donné.

Et puis arrive LA cible : Benjamin Danz (Adam Brody), dit « Le Tank ». Elle (Angelina Jolie) doit l’éliminer, alors que lui (Brad Pitt) doit le protéger.

 

Un couple de tueurs à gage ? Déjà vu : Prizzi’s Honor (John Huston, 1985). Avec là encore l’un qui doit tuer l’autre. Un couple qui lutte physiquement l’un contre l’autre ? Déjà vu : The War of the Roses (Danny DeVito, 1989). Alors évidemment, ayant vu les deux premiers films, je ne pouvais qu’avoir un a priori devant ce film de Doug Liman. Surtout que malgré le thème (des époux qui veulent s’entretuer), ces deux films étaient des comédies. Et on sent que Liman a envie de faire basculer son propre film dans ce genre. Mais voilà : Liman est surtout réputé pour ses films d’action (1) plutôt efficaces (The Bourne Identity, Edge of tomorrow, etc.), et on comprend assez vite que la comédie n’est pas vraiment son rayon. Et c’est là que le bât blesse.

 

S’il arrive à manier sporadiquement l’ironie, on se rend compte que c’est là où l’action éclate (par son rythme et surtout ses explosions !) qu’il est le plus à l’aise, multipliant les prouesses de ses personnages, surtout qu’il a à sa disposition un couple qui va défrayer la chronique. Mais ceci est une autre histoire qui déborde de mon cadre. Toujours est-il que Brad Pitt et Angelina Jolie s’entendent à la perfection, interprétant deux êtres parfaitement semblables et donc inévitablement compatibles.

 

Mais on en revient aux deux films évoqué dans le paragraphe précédent : le film de Liman manque cruellement d'humour. Pire, son accumulation d’explosions, rafales de mitraillettes et autres coups de feu lasse (enfin surtout moi).

Difficile alors de croire à cette intrigue plus qu’improbable (2), où j’ai même décelé quelque(s) incohérence(s) (3). Et la séquence d’explication finale (à coups de flingues, cela va sans dire), forcément spectaculaire, aurait dû être le point culminant d’une parodie autour de cette situation qui s’y prêtait à merveille.

 

Mais ce n’est pas une parodie : à force d’osciller entre le comique et le sérieux, c’est ce dernier qui l’a emporté.

Dommage.

 

  1. Je sais, professeur Allen John, il n’existe que des films « d’action » : tout est animé, même chez  Godard…
  2. Je sais, nous sommes au cinéma et tout est possible. Mais malgré tout, il faut un minimum de crédibilité. Autrement, cela s’appelle un rêve.
  3. Je vous laisse seul(e)s juges de cet avis.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Renoir
Boudu sauvé des Eaux (Jean Renoir, 1932)

Edouard Lestingois (Charles Granval) est libraire sur les quais de Seine, face au Pont des Arts. Bon bourgeois (1), il est marié à la belle madame Lestingois (Marcelle Hainia) et a bien entendu une liaison ancillaire nocturne avec la jeune Anne-Marie (Séverine Lerczinska).

Un jour qu’il observe les jeunes femmes à la longue-vue, il aperçoit un clochard qui se jette à l’eau. C’est Boudu (Michel Simon), qui vient de perdre son chien (il est parti sans crier gare) et qui n’a plus de raison de vivre.

Lestingois n’hésite pas une seconde : il sort sauver ce malheureux. Une fois récupéré, il le fait venir chez lui. Puis il l’y installe. Et évidemment, la présence de cet être fruste va complètement modifier la vie dans la maison : ce drôle de paroissien qui fait ce qui lui chante (la plupart du temps, rien) va bientôt diriger tout ce petit monde…

 

Habits déchirés et décousus, cheveux longs et barbe hirsute, Michel Simon est un magnifique Boudu, un des rôles qui a fait sa notoriété et sa réputation. Il faut dire qu’il s’en donne à cœur joie dans ce rôle de clochard un brin anarchiste, qui déboule dans cette famille comme un chien dans un jeu de quilles… Et Renoir ne fait rien pour retenir Simon qui va faire basculer le film de deux façons :

  • dans l’intrigue qui voit la situation initiale prendre un tournant inattendu (sauf pour les spectateurs) ;
  • dans la mise en scène qui va enfin sortir du cadre un tantinet pompeux du théâtre filmé.

Parce que le début fait un peu peur : Granval était un grand monsieur, sociétaire de la Comédie Française, et ça se voit : son jeu reste très académique et son élocution reste un brin empesée. Alors l’arrivée de Boudu/Simon va donner de l’air au film, participant à toutes les séquences en extérieur. Et ces séquences se ressentent comme de véritables bouffées d’air frais, pour le spectateur comme pour le réalisateur qu’on sent prisonnier du décor dès qu’on retourne à l’intérieur.

Il faut dire aussi que c’est le quatrième film que Renoir et Simon tournent ensemble et la complicité qui lie les deux hommes explique la facilité qu’a Michel Simon pour s’imposer dans ce film (2).

 

Mais Boudu, c’est aussi un immense pied-de-nez à la bourgeoisie et la morale en place : Boudu est scandaleux. Non seulement il est fruste, mais en plus il va coucher avec madame Lestingois et passer son temps à cracher, au grand dam de Lestingois, bien embarrassé par ce fardeau inattendu. Le personnage de Boudu est tellement scandaleux (en 1932-33) que les forces de l’ordre doivent intervenir à certaines séances devant les réactions offusquées et violentes de certains spectateurs. Aujourd’hui, l’attitude de Boudu amuse plus qu’elle ne choque, mais il faut se replacer dans le début de ces années 1930 : un tel personnage est d’une disgrâce inqualifiable. Et c’est là que Simon et Renoir se rejoignent et s’entendent. Seul Michel Simon était capable, à mon avis, de personnifier cet individu fort répugnant. Et la résolution de l’intrigue n’a rien d’étonnant : Boudu est un anarchiste à tendance asociale.

Et les Anglo-Saxons ne s’y laisseront pas prendre : Boudu ne sera projeté au Royaume-Uni qu’en 1965, et aux Etats-Unis en 1967. Et trente-cinq ans après, on a pu constater des réactions similaires à celles de sa sortie (3) : 1968 n’était pas encore passé par là…

 

Un régal !

 

  1. Honnête cela va sans dire.
  2. Ce sera d’ailleurs, étonnamment, leur dernier film ensemble.
  3. Un critique américain s’est dit scandalisé !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Todd Phillips
Very bad Trip 2 (The Hangover part II - Todd Phillips, 2011)

Ils sont de retour : Phil (Bradley Cooper), Stu (Ed Helms), Doug (Justin Bartha) et bien sûr l’inévitable Alan (Zack Galifiniakis). On se souvient du mariage de Doug et surtout des effets de la drogue amenée par Alan pour l’enterrement de sa vie de garçon.

Cette fois-ci, c’est Stu qui se marie, avec la belle Lauren (Jamie Chung), en Thaïlande (c’est là que vit sa famille). L’avant-veille de ce mariage, les quatre amis se retrouvent pour une dernière bière sur la plage, accompagnés par Teddy, le petit frère de Leslie.

Quand la nuit se termine, ils ne sont plus sur la plage, mais Bangkok. Et en plus, Teddy a disparu. Et le mariage est le lendemain…

 

Comme d’habitude quand il s’agit d’une suite, on peut légitimement se poser la question : était-ce bien nécessaire ? Et la réponse semble évidente : non. Certes, on s’amuse de ces nouveaux débordements, mais la sensation de déjà vu est telle qu’on regrette un certain manque d’originalité : outre la situation initiale (le mariage à venir), on retrouve la même structure et la même quête qui est de retrouver quelqu’un de disparu. A cette réminiscence (1) s’ajoute des situations crues impliquant cette fois-ci une strip-teaseuse transgenre (Yasmin Lee) qui n’hésite pas à exhiber ses attributs d’avant. Bref, encore une fois, Todd Phillips ne recule devant rien, avec des résultats plus ou moins probants.

Sans oublier l’apparition du « gangster international » Chow (Ken Jeong) qui nous fait une nouvelle apparition de diable dans la boîte, cette fois-ci hors d’une réserve de glaçons. Et toujours pas habillé quand il apparaît pour la première fois !

 

Au final, un film drôle certes, mais qui joue – avec moins de brio – sur une même situation où la plupart des éléments sont prévisibles et où on peut aussi reprocher d’avoir cantonné le personnage de Doug en standardiste, alors que sa présence aurait pu donner une autre teinte à ces nouvelles péripéties – un type sérieux peut amener des développements autrement comiques. Mais Phillips se contente – à mon avis – du minimum et même Zack Galifiniakis n’est pas employé au niveau de l’opus 1.

Quant à l’apparition finale de la « guest star » (2) qui nous ramène là encore à l’épisode précédent, si la chanson de Murray Head qu’il interprète est très à propos (3), qu’est-ce qu’il chante faux !

 

PS : Il y a eu une troisième partie…

 

  1. Euphémisme.
  2. Je vous laisse découvrir qui… Autrement, sur n’importe quel site de cinéma vous trouverez.
  3. One Night in Bangkok, évidemment…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Abderrahmane Sissako
Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014)

Merci Jocelyne

 

Tombouctou, Mali. 201…

Les Islamistes ont pris le pouvoir. Bien sûr, tout ce qui est à connotation culturelle est interdit (musique) et les femmes doivent se couvrir entièrement (gants et chaussettes) et chacun doit appliquer la loi d’Allah. Et bien sûr, tout contrevenant sera châtié.

AU milieu de ce changement sociétal, on trouve Kidane (Ibrahim Ahmed, dit Pino) et sa petite famille : son épouse Satima (Toulou Kiki) et sa fille Toya (Layla Walet Mohamed), et leur pâtre Issan (Mehdi A.G. Mohamed).

C’est de ce dernier que vient le drame : le pêcheur Amadou, excédé par le passage récurrent des vaches de Kidane en tue une qui s’est trop approchée de ses filets. Et accidentellement, Kidane l’a tué.

Evidemment, il est condamné à mort.

 

C’est beau, et en plus, c’est très juste. Abderrahmane Sissako se base sur une histoire vraie qui a vu la lapidation de ses protagonistes, pour nous livrer ici une histoire terrible (1), oscillant sans cesse entre le présent et le passé – censé intemporel de cette religion, de paix, bien entendu (2).

Et il y a du courage dans ce film, dont certains ont voulu lancer une polémique bien loin des enjeux artistiques (3) sur lesquels on doit d’abord se concentrer. Et de ce côté-là, Abderrahmane Sissako nous offre un festival de plans magnifiques. Que ce soit en extérieur ou dans des lieux clos, sa caméra (celle de Sofian El Fani) est toujours là où il faut : toujours au bon endroit et au bon moment. Les différentes compositions picturales sont magnifiques !

 

Mais au-delà de ces belles images, il y a la condamnation un système absolument injuste (4) qui s’exprime à travers certains protagonistes : cette femme qui refuse de porter des gants pare que pour vendre du poisson, c’est absolument contrindiqué ; ces jeunes gens qui continuent de jouer de la musique (profane) et qui seront condamnés (à mort) ; et même Kidane qui devra rembourser la mort d’Amadou par 40 vaches, alors que ce dernier lui en a tué une (il ne lui en reste plus que 7).

Et Sissako va jusqu’au bout de sa dénonciation : la lapidation a bien lieu et même si nous n’assistons qu’au dernier jet de pierre, les images parlent d’elles-mêmes : entre le jeune musicien et la (très) jeune fille qui parlait à son frère (au portable), les images restent insoutenables.

 

Et Sissako enfonce le clou avec le personnage de ce djihadiste qui débarque dans ce pays qu’il ne connaît pas pour imposer un système inique : alors que nous sommes en pleine Afrique noire, peu des dirigeants ont cette couleur. Ils semblent tout droit sortis du Maghreb et/ou du Moyen-Orient, parachutés dans un pays qu’ils ne connaissent absolument pas (et surtout la langue qui le régit) et édictant des lois étrangères à ce même pays, refusés par l’intermédiaire de cette même poissonnière (voir plus haut).

 

Et on se laisse prendre par cette intrigue terrible que même l’imam (Adel Mahmoud Cherif) ne peut endiguer, semblant très fort, mais jouant toujours sur une corde raide : la limite (très) ténue entre le dogme et l’interprétation que ces fous de Dieu en font.

Et malgré tout cela, ce film reste une très belle histoire d’amour.

 

Admirable.

 

 

  1. Dès que les religions sont en cause, les histoires sont toujours terribles. Et e n’a rien à voir avec la religion concernée.
  2. Je sens que je vais me faire des amis.
  3. Cela ne reste qu’un film…
  4. Comme il est dit chez Luc (10:25) : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». En clair, que les hommes s’occupent de leurs affaires et Dieu ce qu’il reste. Là encore, je me prévois de nouveaux amis.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Hans Behrendt, #Veit Harlan
La Culotte (Die Hose - Hans Behrendt, 1927)

Dimanche matin.

Comme tous les dimanches, les Maske se préparent à aller à l’office. Elle, Luise (Jenny Jugo), remarque que son jupon est un peu lâche. Lui, Theobald (Werner Krauss), est un haut fonctionnaire qui tient à son rang. Au sortir de l’office, alors que le Prince local ( Christian Bummerstaedt) salue la foule, le jupon glisse au sol, s’étalant au grand jour. C’est alors l’effervescence et certains se souviennent que les Maske proposent des chambres à louer.

Deux prétendants (c’est le cas de le dire) se présentent : Scarron (Rudolf Forster), le philosophe du prince, et Mandelstam (Veit Harlan) l’aide coiffeur. Une fois dans la place, bien entendu, ils commencent à faire des avances à la maîtresse de maison…

 

Bien sûr, il s’agit d’une comédie, mais elle est tout de même un tantinet grinçante, la morale étant un peu écornée au passage. Mais dans cette période de République de Weimar, un peu de rire n’est pas à négliger. Et si Werner Krauss est comme toujours impeccable – sans pour autant surjouer comme certaines fois – c’est bien Jenny Jugo qui tire son épingle du jeu, interprétant une (très) jeune épouse mariée à un homme (beaucoup) plus âgé qu’elle et qui rêve d’une vie de plaisir et de richesse.

Et, à l’instar du Chapeau de paille d’Italie de Labiche (1), ce jupon qui se révèle va entraîner une suite de péripéties où vont se mêler la concupiscence, le plaisir, et même l’amour.

 

Et si Hans Behrendt dirige avec maîtrise tout son petit monde, on peut tout de même regretter qu’il n’ait pas à sa disposition un chef-opérateur de la classe de Karl Freund : les différentes prises de vue de Carl Drews sont soignées mais ses différents mouvements de caméra n’ont pas la fluidité du maître. ON notera tout de même quelques surimpressions très pertinentes pour exprimer les différentes pensées des personnages, mais surtout, on retiendra le plan fixe de la poignée de la porte que la main de Jenny Jugo va actionner, mettant fin à une histoire d’amour impossible et qui a à peine commencé…

 

Mais si ce film est resté dans le patrimoine du cinéma allemand, c’est aussi parce qu’il réunit quelques personnalités qui vont faire parler d’elles dans les décennies suivantes.

Hans Behrendt mourra lors de sa déportation à Auschwitz et Veit Harlan dirigera ce qui reste – de l’avis de nombreuses personnes – l’un des pires films du cinéma allemand : Le Juif Süss, avec dans un des rôles principaux, nul autre que Werner Krauss.

Mais nous sommes ici en 1927 et les menaces sont encore bien confuses pour les Allemands, et le film n’en annonce d’ailleurs aucune, n’en déplaise à Siegfried Kracauer…

Alors profitons de cette petite comédie, interprétée avec justesse par le duo vedette avec une mention spéciale pour le jeu comique de Rudolf Forster.

 

  1. Et donc de René Clair

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Alan Crosland
Le Sceptique (The Unbeliever - Alan Crosland, 1918)

Ce sceptique, c’est Philip Landicutt (Raymond McKee). Fils de bonne famille, il passe ses journées au golf ou à quelque autre activité prisée de la jeunesse dorée et oisive américaine. Bien entendu, il est bourré de préjugés, surtout sociaux : on ne se mélange pas avec les basses classes. De plus, il ne croit pas en Dieu, ce qui est à double titre une hérésie aux Etats-Unis.

Vous imaginez le désespoir de sa propre mère (Kate Lester), d’avoir un fils aussi peu américain…

Et puis la guerre est arrivée et ce fut une révélation : Philip décide de partir en Europe casser du Boche, parce que ce peuple ennemi est haïssable à l’envi.

Mais voilà, si la guerre est une belle chose (de son point de vue), elle oblige malgré tout à se mélanger avec le vulgum pecus…

 

Quand le film sort, le 11 février 1918, voilà environ huit mois que les Américains ont débarqué à Saint-Nazaire et continuent régulièrement d’y affluer. Bref, nous sommes dans un film de propagande – le cinéma est un medium qui s’y prête admirablement – pour pousser les jeunes Américains à s’enrôler. Et cet aspect est renforcé par l’aide du corps des Marines qui ont participé au film : les différentes scènes générales de batailles ont été interprétées par ces militaires, tout comme certains personnages de gradés sont interprétés par de véritables officiers. Mais à la différence des films qui seront tournés après la guerre, le personnage principal est envoyé directement au front et confronté au conflit. Et surtout, il s’agit de montrer l’armée sous un jour favorable afin d’accentuer la conscription.

 

Pas de réflexion pacifiste comme dans The big Parade ou plus tard All quiet on the Western Front, mais de l’action payante : les braves soldats américains sont les plus forts, il suffit de voir la prise de la tranchée allemande pour s’en convaincre. Et c’est bien entendu dans la présentation de l’ennemi que la dimension propagandiste s’épanouit : les Allemands sont d’infâmes salauds, de vrais « Huns » comme ils disaient, et il suffit de voir l’un de leurs officiers pour s’en convaincre. Non seulement le lieutenant Kurt von Schnieditz est un barbare cruel et sans pitié – il fait abattre une mère et son petit garçon pour motif d’espionnage – mais surtout il est interprété par le spécialiste des rôles de méchants Allemands : Erich von Stroheim. Et encore une fois, on aime le détester !

 

Il est clair que l’intrigue du film est très simpliste, mais son objectif l’explique : il faut que les jeunes Américains se retrouvent dans cette histoire héroïque et foncent aux bureaux de recrutement en sortant de la séance (1). Et le personnage de Philip est crucial : ce riche snob, méprisant et un rien athée est le parfait exemple de l’influence bénéfique (2) de la guerre : son arrogance et sa distance vont fondre, sa foi va revenir et même sa vision des ennemis va être altérée.

Bref : la guerre va faire de lui un véritable Américain et en plus, il va trouver l’amour en la personne de Virginie Harbrok (Marguerite Courtot), jeune Belge victime de la guerre : c’est sa maman et son frère qui sont exécutés par l’infâme von Schnieditz.

 

PS : cinq ans plus tard, Marguerite Courtot et Raymond McKee vont se marier et vivront ensemble jusqu’à sa mort à lui en 1984…

 

  1. Voire sortent de la salle de cinéma avant la fin pour le faire !
  2.  ????

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Aventures, #James Cruze
Terror Island (James Cruze, 1920)

Harry Houdini était certainement l’un des plus grands illusionnistes américain, considéré comme Le Roi de l’Evasion. On le connaît beaucoup moins comme acteur de cinéma, même si j’en ai déjà parlé ici (1). Et fort honnêtement, ce n’est pas spécialement pour ses prouesses cinématographiques qu’on doit se souvenir de lui. Il me paraît évident que sa présence est plus une opération de promotion – pour le studio comme pour lui – qu’autre chose. Mais fort heureusement pour nous, c’est James Cruze qui est à la manœuvre.

 

La belle Beverly West (Lila Lee) est désespérée : son père (F.A. Turner) est captif de « sauvages » qui ne le libèreront que s’il rend une perle sacrée qu’il avait pillée (2). Elle se tourne alors vers Harry Harper (Harry Houdini) qui vient d’inventer un submersible bien pratique pour retrouver les trésors qui gisent au fond des mers. C’est d’ailleurs avec la promesse de retrouver la cargaison diamantaire d’un navire qu’il accepte (3). De plus, la famille de Beverly n’est pas spécialement fréquentable : entre son oncle Job Mordaunt (Wilton Taylor) et son fils Guy (Eugene Pallette), elle a beaucoup de souci à se faire.

 

Encore une fois, Houdini apparaît dans une histoire fort improbable. Nous sommes à une période où les intrigues exotiques avaient le vent en poupe, accumulant stéréotypes et préjugés, et rebondissements divers. Ici, nous avons tout cela, mais avec une restriction toutefois : il manque deux bobines (environ une vingtaine de minutes) résumées par deux intertitres. Et quand on les lit, on se rend compte qu’il manque de la matière : enlèvement, séquestration, évasion… Un festival.

Et tout ça mené tambour battant par un Houdini en pleine forme, athlétique au possible comme il nous le montre à plusieurs reprises (4). Il faut dire que c’est du sur mesure et un intertitre d’ouverture nous prévient que le magicien n’a pas été doublé pour les scènes d’action : et à ce que l’on voit, on comprend pourquoi il fût considéré comme le Roi de l’Evasion.

 

Mais à force d’accumuler les exploits, on en vient tout de même à décrocher : certes c’est spectaculaire, mais trop c’est tout de même trop. Et la maîtrise technique de Cruze ne suffit pas : outre le numéro de Houdini, on relève quelques éléments qui fleurent bon les années 1910-20, essentiellement dans le traitement des non-blancs. Entre les domestiques et les « sauvages » iliens, on retrouve les mêmes visions un tantinet racistes qui avaient cours à l’époque (5) : le serviteur d’origine asiatique est tué par l’ignoble Guy Mordaunt – il n’avait que blessé Murphy (Taylor N. Duncan) l’ami de Harper ; les Iliens sont superstitieux au possible et Harper apparaît comme l’homme blanc sauveur… Bref, du tout venant de cette époque.

 

Quant à la vraisemblance l’intrigue, on peut se demander comment un savant philanthrope tellement absorbé par son travail peut être un athlète aussi accompli, tendance lutteur de foire…

Mais c’est aussi cela le cinéma : rendre tout possible !

 

  1. L’Homme du passé (Burton L. King, 1922)
  2. C’était très courant chez les archéologues à cette période…
  3. Dans un but philanthropique : Harper est un cœur pur.
  4. Il apparaît longuement le torse nu.
  5. Qu’on ne se méprenne pas : il y a encore des gens qui pensent ainsi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Danny Boyle, #Aaron Sorkin
Steve Jobs (Danny Boyle, 2015)

1984.

Steve Jobs (Michael Fassbender) lance le Mac(Intosh) pour la firme Apple. Echec.

1988.

Steve Jobs lance NeXT, en free lance. Nouvel échec.

1998.

Steve Jobs, de retour à Apple lance l’IMac. Un succès.

14 ans pour en arriver là. Quatorze années d’incompréhension, d’erreurs et surtout de solitude.

Parce que Steve Jobs est seul (1). Mais peut-il en être autrement avec un tel personnage ?

 

Nous sommes quatre ans après la mort du personnage principal quand sort le film de Danny Boyle. Et ce qu’on peut dire c’est que le (peu de) temps qui a passé n’a pas vraiment estompé les souvenirs. Et le scénario d’Aaron Sorkin n’est pas vraiment une hagiographie. Au contraire, cette période de quatorze années dans la vie de Jobs, à travers trois dates emblématiques nous montre un homme dur, toujours (trop) sûr de lui, persuadé d’avoir raison quoi qu’il arrive. Et franchement, c’est un personnage qu’on n’a pas tellement envie de rencontrer tant son entêtement est grand et sa relation aux autres difficile.

 

Mais nous sommes au cinéma, et Danny Boyle réussit malgré tout à en faire un personnage attachant, s’appuyant sur l’interprétation impeccable de Michael Fassbender. Mais pas seulement. Tous ceux qui gravitent autour de lui font ce qu’il est et comme je le dis régulièrement ici : c’est parce que les seconds rôles sont réussis que la vedette peut donner le meilleur de lui-même. Outre Kate Winslet (Joanna Hoffman) toujours aussi magnifique, on retrouve un Michael Stuhlbarg (Andie Herzfeld) – grand second rôle du cinéma américain s’il en est – tout aussi formidable, tout comme Seth Rogen (Steve Wozniak).

Bref, une interprétation au meilleur niveau pour servir un destin singulier.

 

Et Danny Boyle va prendre son temps pour raconter cette descente aux enfers annoncée avant qu’éclate pleinement le génie de Jobs en 1998. Et bien qu’il soit britannique, Boyle réussit un film totalement américain : dans les thèmes abordés ainsi que dans la résolution de son intrigue, amenant son personnage à la Rédemption inévitable.
Parce que Steve Jobs sera sauvé, tout comme il va sauver Apple du désastre initié en 1984 (2). Et cela va passer par une certaine remise en question, chose peu commune pour cet homme : se serait-il trompé ?  Toujours est-il que tout s’efface d’un coup, comme le suggère John Sculley (Jeff Daniels), ancien PDG d’Apple : même si Jobs ne reconnaît pas ouvertement – un bel échange avec Rogen/Wozniak par ailleurs – qu’il s’est trompé, on peut penser qu’il y songe et qu’il va changer.

C’est en tout cas ce qui est suggéré.

 

Dernière chose : j’aime beaucoup le parti pris de Danny Boyle de ne choisir de montrer un Steve Jobs à son meilleur niveau – dans le succès comme dans l’échec – laissant de côté sa maladie et sa mort : parce que c’est cela qui a fait de Steve Jobs cette légende de l’informatique moderne, accessible à tous (3).

 

  1. L’affiche du film montre un Steve Jobs petit et seul sur un fond blanc : une très belle illustration de ce personnage.
  2. D’un autre côté, s’il avait amené – malgré lui – le déclin d’Apple, il était normal qu’il remette la firme sur les rails…
  3. Par contre, les produits de sa firme ne le sont pas toujours, financièrement parlant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Die Hard, #Len Wiseman
Die hard 4 : Retour vers l'Enfer (Live free or die hard - Len Wiseman, 2007)

« Yippee kai-yay, motherfucker ! »

John McClane (Bruce Willis) est de retour, et ça se voit (ça s'entend aussi, voir au-dessus).
Cette fois-ci, il est aux prises à une bande de hackers qui veut mettre sous sa coupe la totalité des Etats-Unis en lançant une cyber-attaque au niveau national.

Bien entendu, cette attaque n’est qu’une diversion : encore une fois, c’est avant tout après le pognon que la bande de Thomas Gabriel (Timothy Olyphant), mais comme McClane veille, ils ne s’en tireront pas.

 

A nouveau, ça tire dans tous les sens. A nouveau McClane va se retrouver dans des situations impossibles. A nouveau, il va sauver la journée et par la même occasion le pays. Il y a une montée en puissance dans les sauvetages de McClane que je trouverai inquiétante si j’étais scénariste. Après avoir sauvé les occupants d’un immeuble (quelques dizaines de personnes), ceux d’un aéroport et les passagers des avions (quelques milliers) et les habitants de New York (quelques millions), ici il sauve un peu plus de 300 000 000 (1) d’Américains attaqués par de méchants cyber-terroristes. Sur cette lancée, il va devoir sauver la terre entière dans Die Hard 5 ? Et dans Die Hard 6, aller dans l’espace afin d’élargir son champ d’action ? Et après, peut-être qu’on en restera là…

 

Plaisanterie mise à part, il y a tout de même une certaine surenchère dans les aventures de ce cowboy moderne qui règle tous ses problèmes à coups de flingue. Certes, on n’a pas beaucoup le temps de s’ennuyer, mais on peut tout de même se lasser de cette accumulation. Malgré tout, l’intrigue reste intéressante et cette idée de cyber-attaque est assez jouissive, si on se place du point de vue de Gabriel : un lanceur d’alerte qui se fait étriller et se venge avec ce qu’il avait annoncé. Tout un programme (informatique).

Mais c’est aussi à double tranchant : en concoctant un tel scénario, n’ajoute-t-on pas à la paranoïa ambiante ?

 

Quoi qu’il en soit, Bruce Willis semble beaucoup s’amuser dans cette nouvelle aventure de faux loser, avec en prime le retour d’une sous-intrigue familiale en la personne de sa fille Lucy (Mary Elizabeth Winstead), sans oublier le faire valoir sympathique Matthew Farrell (Justin  Long).

Et puis, tuer un hélicoptère avec une voiture n’est pas à la portée de tout le monde !

 

  1. Toujours plus impressionnant en chiffre, n’est-ce pas ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
Le Chat (Pierre Granier-Deferre, 1971)

« Le Chat ».

C’est la première chose que nous voyons Julien Bouin (Jean Gabin) dire à Clémence (Simone Signoret). Enfin « dire » est un bien grand mot. « Ecrire » serait plus juste : Julien ne parle plus à Clémence. Ils vivent ensemble dans leur pavillon de banlieue en attendant l’expropriation : place aux grands ensembles (1). Même ensemble n’a plus son sens premier. Ils cohabitent, l’un à côté de l’autre.

Tout ça à cause du chat. Greffier. Julien l’a ramené un soir et petit à petit, il a remplacé Clémence dans le cœur de Julien, la délaissant inexorablement. Jusqu’au soir où…

 

Magnifique.

Un huis clos pas si fermé – on sort de ce pavillon promis à la démolition – mais qui n’en demeure pas moins étouffant, surtout pour ces deux personnages somme toute très semblables, usés par la vie et l’amour. Et le choix de ces deux « monstres sacrés » pour interpréter ces deux anciens amants est on ne peut plus pertinent. Ils sont tous les deux, d’une certaine manière des symboles cinématographiques de cette banlieue un tantinet bucolique, celle des guinguettes : La belle Equipe pour Gabin, Casque d’Or pour Signoret.

Parce que l’un des éléments omniprésents de ce film, c’est l’urbanisation galopante qui transforma les banlieues en cités dortoirs, alignant le béton et entassant les gens (2).

Et Granier-Deferre insiste sur la destruction du quartier, prélude à l’apparition d’un énième immeuble : chaque coup de boule de démolition se répercute sur l’amour agonisant de Clémence et Julien, les précipitant toujours plus vers l’abîme final.

 

De même Granier-Deferre évite le piège évident de tourner avec deux grands artistes : le surjeu. Gabin est dans la dernière partie de sa carrière, et les rôles de patriarches bougons voire gueulards sont légion. Ici, pas de gueulante, pas d’emportement. De la sobriété, tout simplement : Gabin savait encore faire autre chose que du Gabin… La gueulante, c’est Signoret qui y a droit : elle s’emporte, vidant ce qu’elle a sur le cœur à propos de ce chat, sans tomber dans l’excès. Il faut dire que son personnage de femme délaissée est déjà assez ingrat pour en rajouter. D’autant plus qu’il y a une différence d’âge certaine entre elle et Gabin. Dans le roman de Simenon, seules deux petites années séparent les deux protagonistes, alors que 17  ans séparent les deux interprètes. Et Signoret n’en assume que mieux la marque terrible et inévitable du temps, elle qui fut si belle dans sa jeunesse (3).

 

L’autre atout du film, c’est la narration. Granier-Deferre joue avec le temps du récit avec beaucoup de bonheur, amenant des flashbacks plus ou moins éloignés : le temps de la jeunesse des héros (3), et celui plus proche qui a amené le mutisme de Julien. Le premier sert à créer le contexte du film : ce couple qui s’est aimé et qui ne s’aime plus, qui fut insouciant comme on l’était au sortir de la guerre – le temps des promenades en barque (sur les bords de la Marne, cela va de soi), quand Clémence se baignait nue. Dans ce passé lointain, le parti pris est celui de la caméra subjective : c’est un coup Julien, un coup Clémence qui nous partagent leurs souvenirs de cette époque d’avant. Seules les voix de Gabin et Signoret sont identifiables : leurs voix actuelles (de 1970), parce que les souvenirs mélangent toujours tout.

 

Quant à la deuxième époque des flashbacks, elle montre graduellement comment ce chat rencontré un soir va précipiter ce qui était inéluctable : la fin de l’amour.

Encore que…

 

  1. « J’avais rêvé de grands ensembles / Ensemble est un si joli nom. » (Bernard Haillant, Béton armé)
  2. Rassurez-vous, cette tendance bétonnante est toujours d’actualité…
  3. Qu’on ne s’y trompe pas : Simone Signoret, malgré le passage des années, demeure toujours aussi magnifique.
  4. C’est là la grande différence avec Simenon : dans le roman original, les deux se rencontrent (très) tardivement.

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