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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Aventures, #James Cruze
Terror Island (James Cruze, 1920)

Harry Houdini était certainement l’un des plus grands illusionnistes américain, considéré comme Le Roi de l’Evasion. On le connaît beaucoup moins comme acteur de cinéma, même si j’en ai déjà parlé ici (1). Et fort honnêtement, ce n’est pas spécialement pour ses prouesses cinématographiques qu’on doit se souvenir de lui. Il me paraît évident que sa présence est plus une opération de promotion – pour le studio comme pour lui – qu’autre chose. Mais fort heureusement pour nous, c’est James Cruze qui est à la manœuvre.

 

La belle Beverly West (Lila Lee) est désespérée : son père (F.A. Turner) est captif de « sauvages » qui ne le libèreront que s’il rend une perle sacrée qu’il avait pillée (2). Elle se tourne alors vers Harry Harper (Harry Houdini) qui vient d’inventer un submersible bien pratique pour retrouver les trésors qui gisent au fond des mers. C’est d’ailleurs avec la promesse de retrouver la cargaison diamantaire d’un navire qu’il accepte (3). De plus, la famille de Beverly n’est pas spécialement fréquentable : entre son oncle Job Mordaunt (Wilton Taylor) et son fils Guy (Eugene Pallette), elle a beaucoup de souci à se faire.

 

Encore une fois, Houdini apparaît dans une histoire fort improbable. Nous sommes à une période où les intrigues exotiques avaient le vent en poupe, accumulant stéréotypes et préjugés, et rebondissements divers. Ici, nous avons tout cela, mais avec une restriction toutefois : il manque deux bobines (environ une vingtaine de minutes) résumées par deux intertitres. Et quand on les lit, on se rend compte qu’il manque de la matière : enlèvement, séquestration, évasion… Un festival.

Et tout ça mené tambour battant par un Houdini en pleine forme, athlétique au possible comme il nous le montre à plusieurs reprises (4). Il faut dire que c’est du sur mesure et un intertitre d’ouverture nous prévient que le magicien n’a pas été doublé pour les scènes d’action : et à ce que l’on voit, on comprend pourquoi il fût considéré comme le Roi de l’Evasion.

 

Mais à force d’accumuler les exploits, on en vient tout de même à décrocher : certes c’est spectaculaire, mais trop c’est tout de même trop. Et la maîtrise technique de Cruze ne suffit pas : outre le numéro de Houdini, on relève quelques éléments qui fleurent bon les années 1910-20, essentiellement dans le traitement des non-blancs. Entre les domestiques et les « sauvages » iliens, on retrouve les mêmes visions un tantinet racistes qui avaient cours à l’époque (5) : le serviteur d’origine asiatique est tué par l’ignoble Guy Mordaunt – il n’avait que blessé Murphy (Taylor N. Duncan) l’ami de Harper ; les Iliens sont superstitieux au possible et Harper apparaît comme l’homme blanc sauveur… Bref, du tout venant de cette époque.

 

Quant à la vraisemblance l’intrigue, on peut se demander comment un savant philanthrope tellement absorbé par son travail peut être un athlète aussi accompli, tendance lutteur de foire…

Mais c’est aussi cela le cinéma : rendre tout possible !

 

  1. L’Homme du passé (Burton L. King, 1922)
  2. C’était très courant chez les archéologues à cette période…
  3. Dans un but philanthropique : Harper est un cœur pur.
  4. Il apparaît longuement le torse nu.
  5. Qu’on ne se méprenne pas : il y a encore des gens qui pensent ainsi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Danny Boyle, #Aaron Sorkin
Steve Jobs (Danny Boyle, 2015)

1984.

Steve Jobs (Michael Fassbender) lance le Mac(Intosh) pour la firme Apple. Echec.

1988.

Steve Jobs lance NeXT, en free lance. Nouvel échec.

1998.

Steve Jobs, de retour à Apple lance l’IMac. Un succès.

14 ans pour en arriver là. Quatorze années d’incompréhension, d’erreurs et surtout de solitude.

Parce que Steve Jobs est seul (1). Mais peut-il en être autrement avec un tel personnage ?

 

Nous sommes quatre ans après la mort du personnage principal quand sort le film de Danny Boyle. Et ce qu’on peut dire c’est que le (peu de) temps qui a passé n’a pas vraiment estompé les souvenirs. Et le scénario d’Aaron Sorkin n’est pas vraiment une hagiographie. Au contraire, cette période de quatorze années dans la vie de Jobs, à travers trois dates emblématiques nous montre un homme dur, toujours (trop) sûr de lui, persuadé d’avoir raison quoi qu’il arrive. Et franchement, c’est un personnage qu’on n’a pas tellement envie de rencontrer tant son entêtement est grand et sa relation aux autres difficile.

 

Mais nous sommes au cinéma, et Danny Boyle réussit malgré tout à en faire un personnage attachant, s’appuyant sur l’interprétation impeccable de Michael Fassbender. Mais pas seulement. Tous ceux qui gravitent autour de lui font ce qu’il est et comme je le dis régulièrement ici : c’est parce que les seconds rôles sont réussis que la vedette peut donner le meilleur de lui-même. Outre Kate Winslet (Joanna Hoffman) toujours aussi magnifique, on retrouve un Michael Stuhlbarg (Andie Herzfeld) – grand second rôle du cinéma américain s’il en est – tout aussi formidable, tout comme Seth Rogen (Steve Wozniak).

Bref, une interprétation au meilleur niveau pour servir un destin singulier.

 

Et Danny Boyle va prendre son temps pour raconter cette descente aux enfers annoncée avant qu’éclate pleinement le génie de Jobs en 1998. Et bien qu’il soit britannique, Boyle réussit un film totalement américain : dans les thèmes abordés ainsi que dans la résolution de son intrigue, amenant son personnage à la Rédemption inévitable.
Parce que Steve Jobs sera sauvé, tout comme il va sauver Apple du désastre initié en 1984 (2). Et cela va passer par une certaine remise en question, chose peu commune pour cet homme : se serait-il trompé ?  Toujours est-il que tout s’efface d’un coup, comme le suggère John Sculley (Jeff Daniels), ancien PDG d’Apple : même si Jobs ne reconnaît pas ouvertement – un bel échange avec Rogen/Wozniak par ailleurs – qu’il s’est trompé, on peut penser qu’il y songe et qu’il va changer.

C’est en tout cas ce qui est suggéré.

 

Dernière chose : j’aime beaucoup le parti pris de Danny Boyle de ne choisir de montrer un Steve Jobs à son meilleur niveau – dans le succès comme dans l’échec – laissant de côté sa maladie et sa mort : parce que c’est cela qui a fait de Steve Jobs cette légende de l’informatique moderne, accessible à tous (3).

 

  1. L’affiche du film montre un Steve Jobs petit et seul sur un fond blanc : une très belle illustration de ce personnage.
  2. D’un autre côté, s’il avait amené – malgré lui – le déclin d’Apple, il était normal qu’il remette la firme sur les rails…
  3. Par contre, les produits de sa firme ne le sont pas toujours, financièrement parlant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Die Hard, #Len Wiseman
Die hard 4 : Retour vers l'Enfer (Live free or die hard - Len Wiseman, 2007)

« Yippee kai-yay, motherfucker ! »

John McClane (Bruce Willis) est de retour, et ça se voit (ça s'entend aussi, voir au-dessus).
Cette fois-ci, il est aux prises à une bande de hackers qui veut mettre sous sa coupe la totalité des Etats-Unis en lançant une cyber-attaque au niveau national.

Bien entendu, cette attaque n’est qu’une diversion : encore une fois, c’est avant tout après le pognon que la bande de Thomas Gabriel (Timothy Olyphant), mais comme McClane veille, ils ne s’en tireront pas.

 

A nouveau, ça tire dans tous les sens. A nouveau McClane va se retrouver dans des situations impossibles. A nouveau, il va sauver la journée et par la même occasion le pays. Il y a une montée en puissance dans les sauvetages de McClane que je trouverai inquiétante si j’étais scénariste. Après avoir sauvé les occupants d’un immeuble (quelques dizaines de personnes), ceux d’un aéroport et les passagers des avions (quelques milliers) et les habitants de New York (quelques millions), ici il sauve un peu plus de 300 000 000 (1) d’Américains attaqués par de méchants cyber-terroristes. Sur cette lancée, il va devoir sauver la terre entière dans Die Hard 5 ? Et dans Die Hard 6, aller dans l’espace afin d’élargir son champ d’action ? Et après, peut-être qu’on en restera là…

 

Plaisanterie mise à part, il y a tout de même une certaine surenchère dans les aventures de ce cowboy moderne qui règle tous ses problèmes à coups de flingue. Certes, on n’a pas beaucoup le temps de s’ennuyer, mais on peut tout de même se lasser de cette accumulation. Malgré tout, l’intrigue reste intéressante et cette idée de cyber-attaque est assez jouissive, si on se place du point de vue de Gabriel : un lanceur d’alerte qui se fait étriller et se venge avec ce qu’il avait annoncé. Tout un programme (informatique).

Mais c’est aussi à double tranchant : en concoctant un tel scénario, n’ajoute-t-on pas à la paranoïa ambiante ?

 

Quoi qu’il en soit, Bruce Willis semble beaucoup s’amuser dans cette nouvelle aventure de faux loser, avec en prime le retour d’une sous-intrigue familiale en la personne de sa fille Lucy (Mary Elizabeth Winstead), sans oublier le faire valoir sympathique Matthew Farrell (Justin  Long).

Et puis, tuer un hélicoptère avec une voiture n’est pas à la portée de tout le monde !

 

  1. Toujours plus impressionnant en chiffre, n’est-ce pas ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
Le Chat (Pierre Granier-Deferre, 1971)

« Le Chat ».

C’est la première chose que nous voyons Julien Bouin (Jean Gabin) dire à Clémence (Simone Signoret). Enfin « dire » est un bien grand mot. « Ecrire » serait plus juste : Julien ne parle plus à Clémence. Ils vivent ensemble dans leur pavillon de banlieue en attendant l’expropriation : place aux grands ensembles (1). Même ensemble n’a plus son sens premier. Ils cohabitent, l’un à côté de l’autre.

Tout ça à cause du chat. Greffier. Julien l’a ramené un soir et petit à petit, il a remplacé Clémence dans le cœur de Julien, la délaissant inexorablement. Jusqu’au soir où…

 

Magnifique.

Un huis clos pas si fermé – on sort de ce pavillon promis à la démolition – mais qui n’en demeure pas moins étouffant, surtout pour ces deux personnages somme toute très semblables, usés par la vie et l’amour. Et le choix de ces deux « monstres sacrés » pour interpréter ces deux anciens amants est on ne peut plus pertinent. Ils sont tous les deux, d’une certaine manière des symboles cinématographiques de cette banlieue un tantinet bucolique, celle des guinguettes : La belle Equipe pour Gabin, Casque d’Or pour Signoret.

Parce que l’un des éléments omniprésents de ce film, c’est l’urbanisation galopante qui transforma les banlieues en cités dortoirs, alignant le béton et entassant les gens (2).

Et Granier-Deferre insiste sur la destruction du quartier, prélude à l’apparition d’un énième immeuble : chaque coup de boule de démolition se répercute sur l’amour agonisant de Clémence et Julien, les précipitant toujours plus vers l’abîme final.

 

De même Granier-Deferre évite le piège évident de tourner avec deux grands artistes : le surjeu. Gabin est dans la dernière partie de sa carrière, et les rôles de patriarches bougons voire gueulards sont légion. Ici, pas de gueulante, pas d’emportement. De la sobriété, tout simplement : Gabin savait encore faire autre chose que du Gabin… La gueulante, c’est Signoret qui y a droit : elle s’emporte, vidant ce qu’elle a sur le cœur à propos de ce chat, sans tomber dans l’excès. Il faut dire que son personnage de femme délaissée est déjà assez ingrat pour en rajouter. D’autant plus qu’il y a une différence d’âge certaine entre elle et Gabin. Dans le roman de Simenon, seules deux petites années séparent les deux protagonistes, alors que 17  ans séparent les deux interprètes. Et Signoret n’en assume que mieux la marque terrible et inévitable du temps, elle qui fut si belle dans sa jeunesse (3).

 

L’autre atout du film, c’est la narration. Granier-Deferre joue avec le temps du récit avec beaucoup de bonheur, amenant des flashbacks plus ou moins éloignés : le temps de la jeunesse des héros (3), et celui plus proche qui a amené le mutisme de Julien. Le premier sert à créer le contexte du film : ce couple qui s’est aimé et qui ne s’aime plus, qui fut insouciant comme on l’était au sortir de la guerre – le temps des promenades en barque (sur les bords de la Marne, cela va de soi), quand Clémence se baignait nue. Dans ce passé lointain, le parti pris est celui de la caméra subjective : c’est un coup Julien, un coup Clémence qui nous partagent leurs souvenirs de cette époque d’avant. Seules les voix de Gabin et Signoret sont identifiables : leurs voix actuelles (de 1970), parce que les souvenirs mélangent toujours tout.

 

Quant à la deuxième époque des flashbacks, elle montre graduellement comment ce chat rencontré un soir va précipiter ce qui était inéluctable : la fin de l’amour.

Encore que…

 

  1. « J’avais rêvé de grands ensembles / Ensemble est un si joli nom. » (Bernard Haillant, Béton armé)
  2. Rassurez-vous, cette tendance bétonnante est toujours d’actualité…
  3. Qu’on ne s’y trompe pas : Simone Signoret, malgré le passage des années, demeure toujours aussi magnifique.
  4. C’est là la grande différence avec Simenon : dans le roman original, les deux se rencontrent (très) tardivement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gérard Oury
Le Cerveau (Gérard Oury, 1969)

Fort de ses deux précédents succès avec la vedette, Gérard Oury retrouve Bourvil (Anatole) pour une nouvelle comédie, lui associant la révélation de la Nouvelle Vague (1), Jean-Paul Belmondo (Arthur).

Ils interprètent tous les deux des braqueurs miteux qui ont dans l’idée de renouveler l’attaque du train de Glasgow qui avait été perpétrée par Le Cerveau (David Niven). L’objectif : les fonds secrets de l’OTAN qui seront transférés de Paris à Bruxelles.

Mais ils ne sont pas les seuls sur le coup : épaulé par le mafieux Frankie Scannapieco (Eli Wallach), le Cerveau soi-même a prévu de réitérer son exploit écossais.

 

Nous sommes à la fin des trente glorieuses et mai 68 vient de pointer le bout de son nez : le tournage fut retardé du fait des « événements ». Et le film commence d’ailleurs à Londres, en plein dans Carnaby Street, où David Niven se balade, étonné de l’habillement des jeunes gens qu’il rencontre. Même les Beatles sont cités puisqu’on peut voir quelques images de Yellow Submarine dans une vitrine (2).

Mais c’est avant tout en France que le film se déroule, ce qui permet aussi de mettre en valeur l’un des derniers joyaux de l’architecture française : le pont de Tancarville, mis en circulation dix ans plus tôt. Bref, la France gaullienne dans toute sa splendeur,

 

Mais voilà : les deux précédents films d’Oury ont eu un tel succès qu’on pouvait attendre un troisième volet au moins aussi comique que les autres. Mais est-ce le temps qui a passé ou la fraîcheur qui s’est émoussée, toujours est-il que ce nouveau film ne fonctionne pas aussi bien. Certes, l’association Bourvil–Belmondo tient la route, mais on ne retrouve pas ce qui faisait le succès du duo précédent (Bourvil–De Funès). La différence d’âge entre les deux interprètes y est peut-être pour quelque chose : 16 ans séparent Bourvil de Belmondo, alors que la différence n’était que de trois avec De Funès. Les différentes séquences qui montrent le duo n’ont alors pas la même force. On sent d’ailleurs que Bourvil n’est pas à son meilleur niveau. Les gags eux-mêmes n’ont pas la même portée, même si Oury varie avec toujours le même sens de la mesure ses différents ressorts comiques.

 

Mais ça ne marche pas. Enfin pas autant qu’espéré. On a l’impression que tout est forcé, et que l’intrigue – intéressante – ne se prête pas à la comédie. Et les différents éléments comiques sont parfois un tantinet exagérés ce qui diminue leur effet.

Reste la distribution qui est tout de même de qualité, mais là encore, le doublage – indispensable au cinéma français (hum !) – diminue l’intérêt du spectateur pour le film.

Dommage.

 

  1. Rien à voir avec une déferlante, n’est-ce pas professeur Allen John ?
  2. Le film est sorti l’année précédente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Catastrophe, #Jean Negulesco
Titanic (Jean Negulesco, 1953)

15 avril 1912, 2 h 20 : le Titanic coule 2 heures et cinquante minutes après avoir heurté un iceberg. Environ 1500 morts et 700 rescapés.

Parmi les passagers, outre les personnalités – Guggenheim (Camillo Guercio) ou les Astor (Frances Bergen & William Johnstone), on trouve les Sturges. Elle (Barbara Stanwyck) fuit son mari (Clifton Webb) avec ses enfants (Audrey Dalton & Harper Carter). Sturges, averti au dernier moment, réussit à prendre place dans le bateau, pour une explication sérieuse, et malheureusement finale…

 

Nous sommes donc lors de la première – et dernière –è traversée du Titanic, et déjà, nous savons que tout cela se finira très mal. Mais comme d’habitude, c’est la façon dont la catastrophe va arriver qui nous intéresse. Tout comme les différente destins croisés : les Sturges, le révérend Healey (Richard Basehart) ou encore le jeune Giff Rogers (Robert Wagner), amoureux d’Annette (Audrey Dalton).

Côté Sturges, la moitié est sure de d’en tirer (les femmes), ce qui n’en va pas de même pour les deux hommes, même si Norman (Harper Carter) n’est pas ce qu’on peut considérer un homme, mais il porte tout de même un pantalon, alors…

 

Bien sûr, le nœud de l’intrigue (1) concerne les parents Sturges, et surtout l’attitude de Richard.

Autant le dire tout de suite, Richard Ward Sturges est un personnage très peu recommandable, bouffi de vanité et d’orgueil dont le seul plaisir dans la vie est de participer à n’importe quelle cérémonie mondaine, quelle qu’elle soit. Avec en prime le désir de placer sa fille dans les bras d’un riche héritier. Bref, un type assez répugnant. Surtout que les révélations que va lui faire sa femme ne sont pas pour apaiser les esprits.

 

Mais comme nous sommes dans un film américain, même si Negulesco était roumain, le naufrage va être le prétexte à différents rachats. Que voulez-vous, on en revient à la sempiternelle rédemption. Elle va toucher deux personnages plus que d’autres : Healey et bien sûr Sturges.

Healey parce qu’il est un prêtre défroqué qui rentre de Rome vers les Etats-Unis, chassé de l’Eglise pour alcoolisme. Sturges enfin, parce qu’un personnage aussi vil ne peut pas être complètement mauvais, surtout quand il est interprété par Clifton Webb. Dès que le choc avec l’iceberg se produit, ce sale personnage se transforme en véritable gentleman, conscient de ses responsabilités : un passager modèle. Il en profite pour faire la paix avec sa femme et quitter dignement ses enfants. Bref, il n’a pas volé son salut.

 

Il est le digne représentant des passagers de ce bateau qui est en train de sombrer : nulle panique, nulle excitation alors que le navire s’enfonce inlassablement dans l’océan. Seules quelques explosions nous rappellent le tragique de la situation, ainsi que les différents plans inclinés dus à l’avant qui s’enfonce.

Et c’est là que le bât blesse dans le film de Negulesco. Il est difficile de croire que tous ces hommes – les femmes sont dans les bateaux, ne l’oublions pas – ont attendu patiemment que le bateau les engloutisse tous pendant qu’ils chantaient Plus près de Toi, mon Dieu. Et cela d’autant plus quand on a vu le formidable film homonyme de James Cameron. Il y a un manque flagrant de réalisme. Et je ne parle pas de l’utilisation (impeccable) des maquettes (2) de Maurice Ransford et Lyle R. Wheeler.

D’une manière générale, ce naufrage est très statique, chacun attendant patiemment la fin. Difficile tout de même d’y croire.

 

Reste une adaptation très académique et ma foi fort agréable à regarder, scénarisée par un Charles Brackett en pleine forme et qui a beaucoup fait pour ce film. Outre l’écriture du scénario, il est aussi producteur de ce film à grand spectacle. Et ce fut payant : en plus du succès, le film reçut un Oscar… Pour le scénario (3).

 

  1. Principale, nous savons que le bateau coule, alors ça devient accessoire…
  2. Difficile, en 1953, d’avoir recours aux effets spéciaux numériques…
  3. « Original », comme ils disent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Edward F. Cline
Miss Capitaine (Captain January - Edward F. Cline, 1924)

5 ans.

5 ans que le Capitaine Janvier (1) est entré dans la vie du vieux loup de mer Jeremiah Judkins (Hobart Bosworth). C’était une nuit de tempête et Judkins, le gardien du phare a vu, le temps d’un éclair, un bateau s’approcher dangereusement de son île. A l’éclair suivant, il ne restait qu’un petit paquet sur la plage : un bébé, seul rescapé du naufrage. Maintenant, ce bébé a grandi et est devenu une belle petite fille (Baby Peggy).

Une nuit, Judkins oublie d’allumer son phare. Et bien entendu, c’est ce soir-là qu’un yacht vient à passer. A son bord, Isabelle Morton (Irene Rich) et son mari Herbert (John Merkyl). Cinq ans plus tôt, la sœur d’Isabelle a péri dans un naufrage près de l’île…

 

Baby Peggy, qui nous a quittés l’an passé à l’âge de 101 ans, fait partie de ces enfants acteurs autour desquels furent tournés de nombreux films. Bien sûr, elle est très mignonne (« cute », comme ils disent), mais cela ne suffit pas pour faire un film et malgré ses 6 ans (quand a lieu le tournage) elle tient avec beaucoup d’aisance son personnage, compagne singulière d’un vieux briscard, isolés du monde par la mer. A ses côtés, Hubart Bosworth est un partenaire de choix, interprétant ce vieil homme attachant et touchant. On retrouve dans cette association un peu de celle qui prévalait dans My Boy (Albert Austin & Victor Heerman, 1921) entre Jackie Coogan et Claude Gillingwater. Mais l’aspect dramatique n’est pas le même, malgré une légère similitude d’intrigue (2).

De plus, la présence de d’Eddie Cline derrière la caméra est une bonne garantie même si nous sommes  loin de sa collaboration avec Buster Keaton. 

 

Et le film fonctionne, beau divertissement familial où Peggy-Jean Montgomery (3) est éclatante de justesse, véritable pendant féminin de Jackie Coogan (4), usant avec bonheur de son visage, passant du sourire aux larmes avec aisance. Et en plus, les costumes la mettent en valeur : de l’ensemble marin (pour la vie dans le phare) à la robe de ville (pour sortir) avec chapeau, sans oublier le pyjama « grenouillère », tout lui va !

Et en plus, elle a un charme fou, ce qui n’est pas pour déplaire. On retrouvera ce même engouement pour une très jeune actrice quelques années plus tard avec l’arrivée de Shirley Temple. Avec un plus non négligeable : Shirley parle (et chante aussi).

Pas étonnant que cette dernière jouera dans le remake de David Butler douze ans plus tard (5).

 

Si avec tout ça, vous n’avez pas envie d’aller y jeter un coup d’œil…

 

  1. Oui, ça sonne moins bien que « Captain January »…
  2. Bien sûr, les Morton sont la tante et l’oncle de Captain January.
  3. Le vrai nom de Baby Peggy.
  4. Elle sera sa seule véritable rivale pendant la période muette
  5. Et chose étonnante, dans le remake, « Captain January » désigne un homme (Guy Kibbee).

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Publié le par Djayesse
Les Oreilles entre les dents (Patrick Schulmann, 1987)

Patrick Schulmann était ce qu’on appelle un cinéaste complet : non seulement il réalisait des films, mais en plus il touchait à tous les autres domaines cinématographiques. Ainsi, en plus de réaliser, ici il signe le scénario et la musique, entre autres choses.

Le scénario ?

Boris (Gérard Manzetti), un tueur à gages exécute un homme qui l’a trahi, lui coupant, post mortem, les oreilles et les fourrant dans sa bouche par vengeance d’un coup antérieur : il a perdu un bout de son oreille et la boucle qui allait avec.

Dès lors, les choses s’accélèrent : chaque nouvelle personne tuée – pour des raisons plus ou moins crapuleuses – est retrouvée avec les oreilles entre les dents (d’où le titre). Le ministre Théron (Gabriel Cattand) missionne un de ses protégés pour mener à bien l’enquête, le criminologue Blido (Jean-Luc Bideau).

 

Si le cinéma de Schulmann n’est pas spécialement subtil, on ne peut négliger cette comédie policière et donc lui trouver un charme certain, servie par des acteurs pas toujours très célèbres mais dont la conviction n’est pas à remettre en cause. Parmi eux, on trouve Fabrice Lucchini (Luc Fabri, sourd), Laurent Gamelon (Max) ou encore Féodor Atkine (Phœbus).

Et bien entendu, cette histoire est hautement improbable : qui a jamais entendu d’un tueur qui fourre des oreilles entre les dents ?

Qu’importe, Schulmann conduit son intrigue dans la droite lignée de n’importe quel film policier, insistant, bien entendu, sur le rôle du criminologue incompétent, interprété par un Jean-Luc Bideau au mieux de sa forme. Sous couvert de méthodes à la pointe, ce sont avant tout les experts qui sont fustigés à travers son personnage : ces experts jusqu’au-boutistes qui trouvent toujours une raison pour étayer leur(s) théorie(s), jusqu’à l’absurde. Et ici, ça fonctionne admirablement.

 

Ajoutez à cela un gamin (très) turbulent (Kevin Burgos), un chauffeur de ministre en quête de reconnaissance (Philippe Khorsand)  et une héritière (Jeanne Marine, madame Bob Geldof) et un directeur de cabinet dépressif (Phœbus), sans oublier des concierges un tantinet à la masse, et vous obtenez un divertissement certes peu délicat mais dont le but premier, faire rire, fait mouche.

Que demander de plus ?

La présence de Christophe Salengro (Biguir), dont les organes de l’audition font un excellent appât contre ce tueur auriculaire.

 

« Put in, Carel, put in ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Gangsters, #Maurice Tourneur
Jimmy le Mystérieux (Alias Jimmy Valentine - Maurice Tourneur, 1915)

D’un côté, vous avez Lee Randall (Robert Warwick), un homme respectable, qui travaille à un haut poste dans une banque. De l’autre, il y a Jimmy Valentine (Robert Warwick), malfrat de haute volée, perceur de coffre-fort sans chalumeau oxhydrique ou autre dynamite.

Bien entendu, il s’agit de la même personne. Sauf que Jimmy Valentine, c’était avant.

Avant ? Oui, avant qu’il fasse un séjour à Sing Sing et soit sauvé (1) par le lieutenant gouverneur Fay (Frederick Truesdell) et surtout sa fille Rose (Ruth Shepley).

Mais son passé le rattrape en la personne de l’inspecteur Doyle (Robert Cummings), à propos de son séjour dans la prison « prestigieuse ».

 

Maurice Tourneur est donc aux Etats-Unis et on peut dire que ce séjour lui réussit : il s’épanouit derrière la caméra, livrant ici un film plutôt remarquable où les différentes prises de vue sont d’une très grande qualité. Certes, il manque quelques petits bouts au film, mais pas de quoi s’affoler.

Ce qui ressort le plus, c’est le placement parfait de la caméra à chaque nouveau plan. Tourneur sait où il doit placer son chef-opérateur (Lucien Andriot ?) pour arriver à un équilibre parfait de l’image, sans oublier la part esthétique des différents plans. Parce qu’en plus, c’est très beau.

 

Par contre, l’intrigue est beaucoup plus convenue, reflet d’une époque où la criminalité était combattue (rien de nouveau jusque là) et où on espérait contribuer à réformer certains esprits à travers ce nouvel art (qui n’était pas encore considéré comme tel). On retrouve la naïveté habituelle qui montre un ancien bandit repenti, ayant tiré un trait définitif sur son activité criminelle. Et en plus il fait des émules : ses anciens complices Red (Johnny Hines) et surtout Avery (Alec B. Francis). Ce dernier est l’occasion de voir Francis dans un autre rôle que celui d’un vieil homme débonnaire qu’on a l’habitude de voir. Et la séquence qui le montre veiller sur l’argent (une grosse somme), tiraillé entre son désir de fuir avec ou d’être fidèle à son ancien complice est tout à fait caractéristique de cet esprit réformateur.

 

Mais si le film tient une place importante, c’est aussi parce qu’il fut projeté en avant-première à Sing Sing ! Et c’était tout à fait normal parce que Tourneur est allé tourner (2) sur les rives de l’Hudson, directement dans la place. Et les images qui nous montrent la promenade des détenus est de ce fait un témoignage de cet univers carcéral. Les prisonniers qui défilent y sont de véritables criminels condamnés. On s’en rend compte rapidement car certains détenus placent leur képi devant leur visage, refusant d’être reconnus !

La seule chose qu’on peut regretter, c’est le format du film (65 minutes) qui aurait gagné en longueur et permis de développer certains aspects du film, en particulier le fait que la partie amenant Jimmy à Sing Sing est un flashback qui explique comment il est devenu Lee Randall.

 

Qu’importe, ne boudons pas notre plaisir et savourons ce film d’un réalisateur qui fut un des premiers maîtres du cinéma.

 

  1. Dans tous les sens du terme.
  2. Association inopinée de termes…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Voici le Temps des assassins (Julien Duvivier, 1956)

C’était le Paris des Halles (les vraies !), où les garçons bouchers venaient écluser des muscadets, comme chez André Châtelin (Jean Gabin), le propriétaire du Temps des Innocents, un café restaurant. Outre les travailleurs des Halles, on y trouve aussi quelques personnes de la haute que la cuisine du patron attire, et un jeune étudiant en médecine, Gérard Lacroix (Gérard Blain). Châtelin a pris sous son aile ce dernier, le traitant comme le fils qu’il n’a pas eu. Parce que Châtelin a été marié. A Gabrielle (Lucienne Bogaert).

D’ailleurs, Catherine (Danièle Delorme), la fille de cette dernière, débarque chez Châtelin pour lui annoncer qu’il peut se considérer comme veuf, Gabrielle venant de mourir.

Bonne pâte, il accueille la jeune fille, qui va bouleverser sa vie : Gabrielle n’est pas morte !

 

Le titre est éloquent et va hélas se réaliser. Il y aura un mort dans cette histoire encore plus sombre que celles dont nous avons l’habitude chez Duvivier. Parce que bien sûr, comme toujours, les personnages ne sont pas très reluisants, et en particulier la mère et la fille. La mère, toxico et machiavélique est magnifiquement campée par Lucienne Bogaert (qui retrouvera au cinéma Gabin l’année suivante), dont la diction particulière ajoute à la déchéance du personnage. Et la fille, interprétée tout aussi magnifiquement (sinon plus) par une jeune Danièle Delorme extraordinaire. On ne peut s’empêcher de maudire cette jeune femme qui vient semer le doute et la zizanie dans ce microcosme équilibré. Et d’autant plus qu’on a vu le film plusieurs fois (c’est mon cas) : le rôle maléfique de Catherine s’installe progressivement, instillant le mal par petites touches réfléchies. Superbe.

 

Oui, nous sommes bien chez Duvivier. On retrouve ce même pessimisme pour les humains qui enrobe tous ses films. Même Châtelin qui semble la victime de ces deux femmes n’est pas non plus très positif. Le fiel que déverse Catherine le touche et d’une certaine façon il s’attend aux révélations (mensongères) qu’elle distille. Le conflit entre lui et Gérard ne naît pas de rien. Si Catherine fait tout pour les brouiller et surtout y réussit, c’est parce qu’il y a un terreau fertile pour développer ses mensonges : non Châtelin et Gérard ne sont pas si formidables que cela.

Malheureusement, il faudra que la mort arrive pour que Châtelin se dessille les yeux et comprenne la part mauvaise de Catherine.

 

Et ce qui donne toute sa dimension à cette œuvre sombre, c’est aussi la cinématographie d’Armand Thirard, vieux complice de Duvivier (1), qui signe ici un noir et blanc superbe, accentué par une teinte ténébreuse ambiante. En effet, tout est sombre, et pas seulement l’intrigue et les personnages. Même les rares moments dans la journée ne sont pas brillants : la chambre de Gabrielle reflète admirablement la décrépitude de son occupante, qu’on sent déjà au crépuscule de sa vie, crépuscule avancé du fait de sa toxicomanie.

 

Un film noir. Très noir.

A voir, mais surtout à revoir, pour savourer toute cette histoire ô combien sombre.

 

  1.    C’est avec lui qu’il a commencé comme chef-opérateur en 1926.

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