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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #René Clément
Jeux interdits (René Clément, 1952)

La guerre dans les yeux des enfants. Ou plutôt les conséquences de la guerre.
Parce que Paulette (Brigitte Fossey, encore 5 ans quand le film sort) est une de ces orphelines de la guerre : ses parents sont morts d’avoir couru après elle pendant un raid aérien, tout ça parce que son chien Jock s’est enfui.

Seule, elle trouve refuge chez les Dollé dont le fils aîné (Jacques Marin) a été blessé par un cheval rendu fou par ces mêmes bombardements.

Rapidement, Paulette est adoptée par cette famille rustique et rurale, et surtout par le fils cadet Michel (Georges Poujouly).

 

Après plus de trente ans passés à côtoyer des enfants (et ayant été un enfant moi-même), je trouve que le titre n’est absolument pas adapté à l’intrigue du film, et surtout à ses interprètes-protagonistes. En effet, le terme de jeu implique chez les adultes une idée peu sérieuse par opposition à leur monde rationnel (1). Alors la mort, vous imaginez le degré de sériosité que cela inclut…

Mais ces « jeux » enfantins n’ont rien de frivoles et ont une importance cruciale chez ces deux enfants livrés à eux-mêmes. Livrés à eux-mêmes de deux façons : Paulette est seule après la mort de ses parents ; Michel doit s’élever tout seul dans une ferme où le travail est la valeur première et laisse donc peu de temps de s’occuper de sa progéniture, sans oublier l’accident qui arrive au fils aîné qui laisse encore moins de temps de prendre soin des plus jeunes.

 

Et cet abandon laisse le temps de se concentrer sur les choses importantes : la mort. C’est là que se situe l’interdit du titre : on ne plaisante pas avec la mort, surtout quand on la vit directement, par les parents pour Paulette et par le frère pour Michel.

Mais à aucun moment les enfants ne prennent tout ceci pour un jeu : la situation est grave et va le rester jusqu’au bout, à leur niveau. Et les différentes actions qu’ils vont entreprendre, tout en ayant un aspect dérisoire à notre niveau d’adultes reste des plus sérieuses et primordiales dans leurs yeux d’enfants.

 

Et René Clément réussit ce que peu de réalisateurs ont réussi avant lui : nous livrer un monde à hauteur d’enfants, qui ne soit ni comique (cf. Our Gang aux Etats-Unis) ni artificiel comme c’est le cas dans les adaptations littéraires habituelles. Il y a une dimension naturelle dans l’évolution de ces deux enfants – les acteurs tout comme leur prestation – qu’on retrouve rarement de manière si véridique. La petite Brigitte Fossey est formidable de bout en bout, servie par un scénario qui s’est adapté à elle (à moins que ce soit la direction de René Clément). On ne se demande à aucun moment quel doit être l’âge de son personnage comme on peut le faire des adaptations littéraires « du répertoire » (Oliver Twist, David Copperfield…) : on retrouve dans la direction de la petite fille la même inspiration que celle de Charles Chaplin dans The Kid. Et il en va de même pour le (moins) petit Georges Poujouly (six ans de plus) qui campe un Michel totalement vrai : ses différentes attitudes quant à ce qui lui arrive, et surtout par rapport à la religion sentent le vécu et prennent vraiment en compte ce qu’est un enfant (2) : ses prières se mêlent parce qu’il est contraint de les réciter pour son frère (qui est en train de mourir), voire sont déformées (répétition de « crotte » à la place des vraies paroles), mais redeviennent bonnes quand ce même frère meurt, amenant une réelle émotion à cet enfant qui semblait (presque) indifférent au sort des adultes.

 

Mais Jeux interdits, c’est avant tout une magnifique histoire d’amour, là encore au niveau d’enfants. Il faut voir les immenses yeux émerveillés de la petite Paulette quand elle regarde son Michel pour s’en rendre compte. Tout comme l’attitude bravache et courageuse de ce dernier pour plaire à cette jeune « demoiselle en détresse », parce que Paulette, pour Michel, n’est pas autre chose.

C’est par amour qu’il va tenter de voler la croix du maître-autel, et par amour qu’il va lui reprocher d’être embrassée par les autres au moment de se coucher. Et on s’amuse de son argument pour l'être sur la joue par la petite fille : c’est là qu’il a pris une taloche (3).

 

A l’origine, c’était un court-métrage illustrant la guerre vue par des enfants.

Heureusement pour nous, ce fut un long.

 

PS : vous remarquerez que je n’ai pas parlé de la BO inoubliable de Narciso Yepes. Reiser, dans On vit une Epoque formidable (1976) exprime très bien ce que je pense de cette belle suite d’accords de guitare sortis de leur contexte…

 

  1. D’ailleurs, quand les adultes jouent, c’est avant tout pour gagner de l’argent (loterie, paris, cartes… Rien de bien vraiment ludique !
  2. La prochaine fois que nous aurons une belle illustration du monde de l’enfance, ce sera avec La Guerre des boutons d’Yves Robert (1962).
  3. On pourra, tout comme moi, faire un parallèle avec notre ami Indiana Jones (Harrison Ford), perclus de douleur, que Marion (Karen Allen) va embrasser là où ça ne fait pas (trop) mal… (Les Aventuriers de l’Arche perdue).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Ron Howard, #Mel Gibson
La Rançon (Ransom - Ron Howard, 1996)

Depuis l’affaire du bébé Lindbergh (1932), les rapts d’enfants (avec ou sans mort) ont toujours eu un traitement particulier dans l’information : la bassesse et la lâcheté d’un tel crime ont toujours suscité une émotion vive auprès de l’opinion publique. Bien entendu, le cinéma devait croiser la route de ce genre de fait divers propice au suspense, avec des résultats plus ou moins intéressants.

Ici, Ron Howard, sur un scénario de Richard Price et Alexander Ignon, va bouleverser l’ordre habituel des choses, mêlant une petite dose d’immoralité à une intrigue forcément convenue, pour en faire un film fort et un brin réaliste.

Mais reprenons.

 

Tom Mullen (Mel Gibson) dirige une compagnie aérienne. Au cours d’une Fête de la Science, son fils Sean (Brawley Nolte, le fils de Nick) est quasiment enlevé sous ses yeux et ceux de son épouse Kate (Rene Russo) et sera rendu contre rançon.

Après une première tractation qui se solde par un échec, Tom décide ne pas verser l’argent : au contraire, il propose de la donner à la personne qui récupérera son fils des mains des ravisseurs.

Mieux. Il va doubler le montant de la rançon exigée par ces mêmes ravisseurs.

 

A partir d’une intrigue simple, donc – un kidnapping qui amène le versement d’une rançon – Ron Howard renouvelle le genre en faussant les données habituelles. Certes, on a droit aux tractations habituelles – qui n’aboutissent pas – mais c’est bien entendu quand les règles changent – totalement- - que le film prend toute sa saveur : les ravisseurs, qui mènent le jeu, sont pris de vitesse et se retrouvent en position faible, à la merci des conditions de leur propre victime, l’argent étant un excellent facteur motivant pour créer un héros d’un jour.

Bien sûr, cette attitude est peu raisonnable, voire un tantinet immoral : encourager, à coup de millions de dollars, des gens à récupérer son fils par n’importe quel moyen, si ce n’est pas un appel au meurtre, ça y ressemble tout de même beaucoup.

Sans oublier la position de ce même fils aux mains de ravisseurs dont les conditions – on ne peut plus favorables – évoluent dans le mauvais sens et peuvent amener à des positions radicales et donc tragiques.

 

C’est un phénoménal coup de bluff que joue Tom Mullen en se retournant contre ses bourreaux, à l’encontre de la raison, incarnée par l’imposant agent du FBI Lonnie Hawkins (Delroy Lindo) : les statistiques parlent en faveur de la solution négociée et ce retournement inattendu rend les choses décidément très compliquées, voire inédites.

Et il est presque dommage que les objections morales aient été abandonnées au profit de l’intrigue principale consistant à récupérer cet enfant malmené. Mais là encore, ce qui nous est offert à voir est aussi intéressant que les reproches moraux qui sont – brièvement – faits à Tom à travers la télévision.

Parce que Ron Howard mène son film sur un ton réaliste rarement employé. Les conditions de détention de l’enfant sont sordides, comme le témoigne son sweat-shirt envoyé aux parents à un moment des négociations. Et la performance du jeune Brawley Nolte est à saluer tant son personnage est criant de vérité.

 

Et puis il y a le méchant de l’histoire : James Shaker (Gary « Lieutenant Dan » Sinise). Bien sûr, en lisant le nom de cet acteur formidable au générique, on se l’imagine du côté obscur et la surprise est là quand on apprend qu’il est policier. Mais dès sa première intervention, on peut commencer à avoir des doutes : son regard croise celui du véhicule des ravisseurs.

Quand son véritable rôle est – rapidement – dévoilé, on n’en est que plus ravi, ses différentes prestations de « méchant » parlant en sa faveur.

Quant aux « gentils » de l’histoire, on appréciera à sa juste valeur le duo Gibson-Russo qu’on avait découvert avec beaucoup de plaisir dans Leathal Weapon 3, dans des interprétations plus sérieuses mais tout de même dans la même verve réaliste que le film (1).

 

A voir !

 

  1. Je sais : il est plus facile de faire pleurer que de faire rire, mais quand une interprétation est juste, il ne faut pas s’empêcher de la souligner.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #John Huston
Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre - John Huston, 1948)

De l’or.

Une montagne d’or.

Voilà le trésor de cette Sierra Madre que trois aventuriers américains vont aller chercher, misant leur maigre fortune sur cette expédition formidable.

Mais l’or est capricieux, il monte rapidement à la tête, transformant les hommes, toujours plus cupides à mesure que le temps passe et que le capital s’amasse.

Et ces trois hommes ne font pas exception : l’or va progressivement les métamorphoser, surtout l’un d’eux – Fred C. Dobbs (Humphrey Bogart) – les amenant vers une fin tragique inévitable.

 

Troisième véritable film de John Huston (1), ce dernier s’entoure de deux valeurs sûres : Humphrey Bogart avec qui il avait tourné Le Faucon maltais, et son père Walter (Howard, le vieux prospecteur). Au jeu sobre (au moins au début) du premier, s’oppose la truculence du second, ces deux caractères étant modérés par le dernier membre du trio, Curtin (Tim Holt).

Nous sommes ici au croisement des films d’aventure, dramatiques et du western, même si ce dernier genre peut englober les deux autres.

Certes, ce n’est pas le western traditionnel qui arrive à son apogée dans ces années d’après-guerre, mais les différents éléments qui composent le film n’en sont pas très éloignés, voire en font partie : grands espaces plus ou moins sauvages, bandits de grand chemin, et bien sûr les échanges de coups e feu indispensables, surtout quand le trio, rejoint par un quatrième – Cody (Bruce Bennett) – est assiégé par un groupe de bandidos mexicains, sans oublier la soirée au coin du feu où Howard sort régulièrement son harmonica pour interpréter Swanee River (1851), qui nous ramène au temps des westerns, quand la Frontière n’était pas encore définitive.

 

Nous sommes donc ici devant un monument dans l’œuvre de John Huston. Son film est construit en partie comme un huis clos entre ces trois hommes qui, même s’ils sont en extérieur, sont prisonniers de leur soif de l’or et dont la mentalité va – malheureusement – mal évoluer, comme l’avait pourtant prédit Howard bien avant l’idée de partir en expédition.

Et le jeu des trois acteurs principaux va grandement participer à son succès – mérité.

Bogart est encore une fois éblouissant de justesse, interprétant cet esprit rongé par l’or et la cupidité, devenant toujours un peu plus fou à mesure que la richesse se précise, développant une paranoïa qui l’étonnerait s’il se souvenait de ses propos quand Howard parlait de ses expéditions passées et des dangers liés à l’or.

Et bien sûr, la performance de Walter Huston est phénoménale, interprétant un de ces personnages haut en couleur comme on en trouve dans les westerns plus classiques, ceux de John Ford en particulier : Howard semble tout droit sorti de cet univers fordien. Il fut récompensé par un Oscar, et même si je rejoins mon ami, le professeur Allen John à propos de ces récompenses, je ne peux m’empêcher de penser que cette récompense fût amplement méritée.

 

Et puis il y a le contexte de ce film. Nous sommes en 1925, soit quelques années seulement après la révolution mexicaine, du temps où les campagnes grouillaient encore de ces bandits, d’anciens soldats démobilisés qui attaquaient les prospecteurs isolés, américains de surcroît.

Mais ce sont surtout les trois hommes  en vedette qui retiennent notre attention : ils n’ont rien des canons habituels des héros hollywoodiens : sales, hirsutes, sans le sou, obligés de mendier pour survivre, ils font partie de ce qu’on appelait alors la lie de l’humanité. La rencontre de Dobbs et de l’homme riche américain (John Huston) est typique de la pensée – alors – en cours au pays : il serait temps qu’il se prenne en main plutôt que de mendier, lui dit (en gros) cet homme impeccable. Bien sûr, cette conception est toujours d’actualité.

Et Bogart est magnifiquement dirigé à contre-emploi, lui qui fut ce héros magnifique de la période de guerre (Casablanca, To have and have not…), est ici dans un rôle absolument pas glamour, sombrant peu à peu dans la folie. Inoubliable.

J’ai lu récemment qu’il s’agit d’un des films préférés de Stanley Kubrick. Pas étonnant alors d’y voir plus qu’une résonnance dans la fin de son propre film L’ultime Razzia (the Killing) huit ans plus tard.

Dernier clin d’œil (?) : l’une des dernières répliques de Howard à Curtin n’est pas sans faire écho à la participation de ce dernier dans le film de Michael Curtiz, La Bataille de l’or (Gold is where you find it).

 

  1. Après the Maltese Falcon (1941) et Is this our Life ? (1942), les deux autres sont des films qu’on peut qualifier de propagande, suite à l’entrée en guerre des Etats-Unis.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks, #Erich von Stroheim
Amour et Publicité (His Picture in the papers - John Emerson, 1916)

Prindle est une marque de produits végétariens dont on dit beaucoup de bien. Dans les journaux végétariens.

Par contre, on ne parle pas de Pete Prindle (Douglas Fairbanks), le fils du magnat du même nom (Clarence Handyside). Et pour cause : ce rejeton est un jeune homme oisif, incapable et plus intéressé par la boxe que les affaires. Et surtout, le régime végétarien, il en a soupé !

Mais son avenir n’est pas brillant : s’il ne réussit pas à faire parler de lui (en bien) et avoir sa photo dans les journaux (1), il peut dire adieu à son héritage : le végétarisme est peut-être contraignant à son niveau, mais il paye bien !

Pete va donc tout tenter pour se distinguer. Et bien sûr, il va y arriver.

 

Si l’intrigue est convenue et de temps un temps un tantinet brouillonne, le film n’en demeure pas moins un repère dans la filmographie de Douglas Fairbanks. C’est alors seulement son troisième film en vedette, mais c’est surtout sa première collaboration avec John  Emerson avec qui il tournera six autres longs métrages en deux ans qui le mèneront, avec l’aide aussi d’Allan Dwan au premier plan du cinéma américain. La légende de Douglas Fairbanks se met en place, mêlant comédie et prouesses athlétiques pour le plus grand bonheur des spectateurs.

 

Ici, à nouveau il est un homme de la haute bourgeoisie, un de ces jeunes oisifs qui ne savent pas trop quoi faire pour se dérider. Mais il est surtout le fils (indigne) du roi du végétarisme : dès qu’il le peut, il s’en va déguster d’immenses steaks !

Cette opposition paternelle est un des thèmes du film et s’exprime par une conduite à l’opposé des valeurs prônées par le vieil homme. Dans le même temps, on découvre Christine Cadwalader (Loretta Blake) dont le père (Charles Butler) est un autre farouche végétarien, associé de Prindle. Christine, tout comme Pete a une légère tendance à rejeter le régime alimentaire paternel et préfère, au fiancé mièvre (Homer Hunt) et végétarien que son père lui a choisi, le même Pete avec qui elle s’offre quelques repas pantagruéliques et surtout bien fournis en viande.

Mais nous retrouvons la même équation : pour épouser Christine, Pete doit devenir l’héritier indiscutable de son opère, et donc avoir sa photo dans les journaux !

 

Douglas Fairbanks est donc en train de monter (et pas seulement à la façade de la maison de Christine) et on commence à trouver ce qui fera sa marque de fabrique : un personnage athlétique de la bonne société, plein de ressources qui est entraîné dans des aventures rocambolesques avec une histoire d’amour (vrai) qui se termine bien. Ici, outre les végétariens décrits ci-dessus, on trouve une bande de hors-la-loi, les bien nommés Weazels (2) dont un élément est un jeune acteur et futur immense réalisateur : Eric von Stroheim. On appréciera son personnage « différent » : il est borgne.

Bien entendu, on s’amuse autant que Douglas à suivre les pérégrinations de ce jeune homme un brin truqueur qui essaie par tous les moyens de faire parler de lui et on se dit que de tout temps, ce genre de personnage a existé.

 

Mais on se dit aussi que ce film aurait beaucoup de mal à être tourné aujourd’hui. En effet, les végétariens ne sont pas à la fête dans le film, en témoigne le personnage de Melville (le « fiancé » de Christine), qualifié de cinglé (« nut »), tout comme son hypothétique futur beau-père.

De la même façon, il faut voir ce que pense des produits Prindle le fils héritier pour comprendre que ce mode alimentaire n’a pas le vent en poupe à cette époque.

C’était un temps où on se riait de tout et de tous, mais pas toujours avec la main heureuse.

Quoi qu’il en soit, le film reste très plaisant et Fairbanks est irrésistible (même Christine se laisse prendre) et on passera sur les maladresses de l’intrigue et certains de ses raccourcis un peu limites : ça foisonne un peu trop pour les 62 minutes (seulement) que dure le film.

 

  1. Le titre original.
  2. Le mot « weasel » désigne habituellement la fouine, la belette ou tout autre personnage sournois

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Norman Jewison
Rollerball (Norman Jewison, 1975)

Le rollerball est un jeu très simple : il y a une boule d’acier qui file, vous la ramassez et la placez dans l’en-but.

Quelques précisions tout de même : les joueurs sont en patin à roulettes ou en moto et progressivement tous les coups sont permis. Bref, un sport hybride rassemblant le pire côté d’autres très en vogue aux Etats-Unis : le football et le hockey.

Le pire côté ? La violence.

Mais reprenons.

 

Jonathan E. (James Caan) est un joueur de rollerball mondialement célèbre et célébré. En pleine gloire et en pleine ascension de son équipe (Houston), on lui demande de prendre sa retraite. Ne comprenant pas la raison de cette demande, il décide de continuer. On va alors modifier progressivement les règles dans le seul but inavoué : se débarrasser de ce joueur désobéissant.

« On » ? Les différentes corporations (énergie, nourriture…) qui dirigent le monde.

Nous sommes en 2018 et les corporations ont pris le pouvoir après une guerre dont il est difficile d’avoir des informations.

Nous sommes donc dans un futur proche (de la sortie du film) et qui pour nous spectateurs est déjà du passé, un passé parallèle, bien sûr, mais en regardant de plus près, on peut tout de même se poser la question ? Est-il si éloigné de nous ?

 

Lors de ma première vison du film, c’est la violence qui m’avait choqué, laissant de côté l’aspect anticipation du film. Aujourd’hui, si la violence reste omniprésente, c’est l’aspect visionnaire de l’intrigue qui retient le plus mon attention : ce monde d’abondance, s’il reste marqué dans les années 1970, est avant tout une projection pas tellement éloignée de notre monde actuel. En effet, la mainmise actuelle des multinationales sur l’économie mondiale, dictant plus ou moins ouvertement aux différents gouvernements les décisions à prendre n’est pas très éloignée de ces conglomérats (corporations) sectorielles qui dirigent ce monde de plaisirs qui se repaît d’une violence gratuite portée par ce sport extrême.

 

Mais le véritable enjeu de l’intrigue, c’est la liberté aliénée aux profits de l’aisance et du confort, ce dernier étant le souverain bien dans cette société au bout du compte déshumanisée. Et c’est ce que va découvrir Jonathan, à partir d’une simple demande : un livre pour avoir des explications sur la guerre des corporations qui a eu lieu et a amené l’état politique de son monde.

Et quel monde !

 

Sur certains aspects, il ressemble à celui de The Sleeper (Woody Allen, 1973) la dimension comique en moins, où le plaisir et l’oisiveté sont les bases qui permettent de contrôler le peuple. S’ajoute ici ce sport d’une violence extrême qui accentue le pouvoir des corporations, permettant aux gens un exutoire qui les détourne de ce qui devrait être leur principale préoccupation : leur liberté.

Le rollerball, c’est une version moderne des jeux du cirque, dont le terrain de jeu est similaire à une arène. Les spectateurs viennent se repaître de la violence générée par ce drôle de sport comme les Romains venaient voir mourir des gladiateurs. Et cet appel à la mort s’exprime encore plus clairement lors de la finale qui voit s’affronter Houston et New York, le public new-yorkais appelant sans équivoque à la mort du champion Jonathan.

Et ce parallèle romain est exploité hoirs de l’arène : la soirée à laquelle sont conviés Jonathan et son coéquipier Moonpie (John Beck) (1) : c’est une soirée de plaisir (boisson, drogue, sexe) où s’ébat une société de désœuvrés dont l’amusement suprême est de mettre le feu à des arbres.

 

Et comme beaucoup de films d’anticipation de cette période (Soleil Vert, Orange mécanique…), c’est avant tout le monde dans lequel sort le film qui reste la base de cette anticipation. Les décors sont ceux qu’on peut trouver dans les films « actuels » de l’époque, les bâtiments ne sont pas des maquettes (ici on reconnaît le village olympique de Munich) et cette société n’est qu’un avatar possible de ce que peut devenir celle de 1974-75, où le choc pétrolier n’a pas encore eu les répercussions qu’on connaît, et la crise ne s’est pas encore installée.

 

Le film reçut un accueil mitigé, ce qui peut se comprendre : la violence y est omniprésente et à la différence de l’Orange mécanique de Kubrick, n’est pas chorégraphiée. Mais surtout, le monde totalitaire (2) qui est proposé est beaucoup plus insidieux que celui de Soleil vert, voire plus réaliste, au vu de la véritable situation de 2018.

Un film à (re)découvrir.

 

  1. Il est amusant de noter aussi la présence de John Beck dans le film de Woody Allen.
  2. Autre indicateur de ce régime, la police de caractère unique qu’on retrouve sur n’importe quelle inscription, des noms de lieux, de direction ou les chiffres utilisés sur les maillots des joueurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Henry Koster
Harvey (Henry Koster, 1950)

Harvey (Harvey) est un pooka. Un esprit celtique de grande taille qui prend le plus souvent la forme d’un animal et qui apparaît ici et là. Il a aussi tendance à faire des petites plaisanteries anodines et comment allez-vous Mr. Wilson ?

Tel est la présentation « sérieuse » qui nous est fait de Harvey, bien que je préfère celle d’Elwood P. Dowd (James Stewart) : un lapin d’un peu plus d’un mètre quatre-vingt-dix qui est son meilleur ami.

Sauf que ce meilleur ami, personne ne le voit. Pourtant…

Est-il imaginaire ? C’est la conviction de Veta Simmons (Josephine Hull) qui veut faire interner son petit frère dont l’attitude fait fuir les rares invités qu’elle réussit à amener chez elle. Ou plutôt chez lui.

 

 Il y a dans cette pièce de Mary Chase des éléments qu’on retrouve habituellement (au cinéma) chez Frank Capra, et ces mêmes éléments sont accentués par la présence d’un de ses acteurs fétiches : James Stewart. Elwood P. Dowd ressemble à un cousin de la famille Sycamore-van der Hof (1) tant il paraît dégagé des contingences matérielles de la société américaine. Sa première intervention sociale du film le voit accepter une lettre qu’il s’empresse de déchirer une fois le facteur parti.

 

Certes, l’héritage (financier) maternel lui permet de mener une vie oisive qu’il partage entre sa maison et chez Charlie, son bar attitré.

Mais sa philosophie de la vie n’en demeure pas moins séduisante et pleine de bon sens : pour être heureux, il faut soit être intelligent soit être aimable.

Et si Elwood a choisi l’amabilité, il ne faut pas en conclure que c’est par manque de l’autre alternative : bien au contraire, c’est un personnage attachant dont l’intuition est salutaire pour tous. Il faut le voir distribuer cette amabilité pour s’en rendre compte : Dowd est un altruiste pur, capable de tout donner pour le bonheur des autres.

 

Et James Stewart est un Dowd extraordinaire : le sourire continuellement aux lèvres, il a l’amabilité contagieuse. De plus, sa performance avec Harvey est absolument magnifique : sa sincérité nous ôte tous les doutes nés de notre première rencontre avec lui : il sort de chez lui et laisse passer quelqu’un d’invisible. Et les différentes situations dans lesquelles Dowd s’entretient – à haute voix – avec Harvey amènent des situations comiques irrésistibles.

Mais cette folie apparente n’est qu’un leurre et nous, spectateurs nourris aux mamelles de Capra savons que les apparences sont trompeuses : il suffit de repenser à Longfellow Deeds (2) et son comportement, différent des autres, qui n’est pas sans similarités avec celui de Dowd. Et d’une certaine manière, la réaction de Veta et sa fille n’est pas sans rappeler celle de la société face à Deeds : pas de procès mais une volonté de le mettre « hors d’état de nuire ».

Cela nous amène à l’autre grande interprète du film : Josephine Hull. Habituée de la scène, sa dernière apparition sur grand écran était justement avec Capra et c’était déjà une adaptation théâtrale : Arsenic et vieilles Dentelles (1944). Elle est ici une Veta Simmons elle aussi fabuleuse, une personne saine qui arrive à faire croire qu’elle est folle (3) sans pour autant tomber dans l’hystérie : un tour de force.

On notera alors deux grands morceaux d’anthologie dans ce film : Veta expliquant au docteur Sanderson (Charles Drake) la folie de son frère et qui amènera son propre internement ; Elwood décrivant au même Sanderson et à Miss Kelly (Peggy Dow) sa rencontre avec Harvey et ce que cela a changé dans sa vie.

 

Une grande comédie, un tantinet douce-amère, sur la différence et la facilité d’enfermer les gens dans des cases, alors qu’ils sont tout bonnement – et réellement, sans euphémisme – différents. Le film préféré de James Stewart. Pas étonnant.

 

  1. Vous ne l’emporterez pas avec vous (1938) dans lequel joue d’ailleurs James Stewart.

  2. L’extravagant Mr. Deeds (1936) avec Gary Cooper dans le rôle-titre.
  3. Certes, Sanderson est psychiatre, alors c’est plus facile, mais tout de même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Jérôme Salle
L'Odyssée (Jérôme Salle, 2016)

1949-1979

Trente ans de la vie de Jacques-Yves Cousteau (Lambert Wilson), océanaute patenté qui révolutionna – mais pas tout seul – la vision du fond des océans et contribua, dès 1960 (1) à la protection de ces derniers en montrant les beautés que recèlent les différents fonds marins.

Ces trente ans couvrent la période de son émancipation de l’armée jusqu’à la mort de son fils cadet Philippe (Pierre Niney), à bord de son hydravion Calypso II.

 

Le souhait de Jérôme Salle était de faire découvrir aux nouvelles générations ce personnage haut en couleur (2) et qui a presque complètement disparu du paysage français en moins d’une vingtaine d’années (3) : longtemps il fut l’une des personnalités les plus plébiscitées par l’opinion publique.

Et la crainte que j’avais par rapport à ce film était la dérive hagiographique inhérente à ce genre de personnage : on ne retient que les bons côtés, histoire de ne pas trop abîmer le mythe.

 

Mais Jérôme Salle ne tombe pas dans ce piège et brosse un portrait sans concession de cet homme ambigu : sa relation houleuse avec ce même fils et ses différentes conquêtes féminines ne sont pas passées sous silence.

Certes, ce dernier point concernant les relations avec sa femme Simone (Audrey Tautou) est un tantinet erroné, mais ce n’est pas là l’aspect le plus important du film, et surtout cela permet à Audrey Tautou (4) d’avoir un rôle un peu plus étoffé que celui de son modèle, effacée publiquement malgré sa plus grande longévité à bord du bateau mythique du commandant.

N’oublions pas que ce film n’est pas un documentaire sur JYC mais avant tout un film, reflet de la vision de son réalisateur. Surtout que Jérôme Salle s’est en plus impliqué dans l’écriture du scénario (avec Laurent Turner). Les approximations sont alors normales, même si la base de l’intrigue résulte de biographies solides dont celle de Jean-Michel Cousteau (Benjamin Lavernhe), l’autre fils.

 

Et puis il y a la mer. Si la Côte d’Azur a été recréée en Croatie, l’équipe du film s’est tout de même déplacée dans différents endroits du monde dont l’Antarctique qui nous offre des images sous-marines aussi magnifiques que celles de la Méditerranée.
On y retrouve l’aspect merveilleux qui sera développé dans les films du marin pendant toutes ces décennies. Mais avec une thématique aérienne particulière.

En effet, il est fait référence au passé d’aviateur de Cousteau dont Philippe va reprendre le flambeau et qui amènera sa disparition : Cousteau-Wilson fait le parallèle pertinent entre l’apesanteur spatiale et celle de l’eau. Pertinent parce que les différents astro/cosmo/spationautes se sont tous un jour (et même plusieurs) entraîné·e·s dans l’élément aqueux.

 

On va alors retrouver cette idée dans les images de ces scaphandriers immergés qui évoluent librement au milieu de l’eau limpide qui disparaît alors. Le bleu de cette eau devient alors le ciel où le plongeur devient aérien, évoluant librement dans cet élément qui de tout temps a été le symbole de la vie.

 

  1. Ce n’est pas suggéré dans le film.
  2. Et pas seulement le rouge de son bonnet
  3. Cela faisait 19 ans qu’il était mort quand est sorti le film.
  4. Comment pourrait-elle devenir « vieille et moche » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Ridley Scott
Black Rain (Ridley Scott, 1989)

Nick Conklin (Michael Douglas) est un policier de New York, impliqué dans une affaire de détournement d’argent de la drogue.

Témoin d’une agression dans son restaurant, il poursuit et met la main sur le tueur, un yakuza : Koji Sato (Yusaku Matsuda).

Il va l’extrader avec son collègue Charlie Vincent (Andy Garcia) au Japon mais le remet par erreur à ses complices.

Nick et Charlie vont alors prêter main-forte à la police japonaise, chapeautés par l’inspecteur Masahiro « Mas » Matsumoto (Ken Takakura).

 

La pluie noire don parle le titre est celle qui a suivi le largage de la bombe atomique d’août 1945. Laquelle ? Peu importe : c’est le « parrain » local Sugai (Tomisabura Wakayama) qui le raconte à Nick lors d’une entrevue.

Et cette pluie noire qui fut amenée par les Américains est le nœud de l’intrigue si on se place du point de vue de Sugai : dons cette histoire de fausse monnaie (des dollars), il est question de rendre la monnaie de sa pièce (1) à l’Oncle Sam en inondant le marché de devises vertes.

Mais pour Nick, il s’agit avant tout de réparer son erreur (ses erreurs).

Oui, encore une histoire de rédemption, même si elle ne dit jamais son nom.

 

Quatre ans après Year of the Dragon (Michael Cimino), Ridley Scott nous propose à nouveau un policier en butte  une culture qu’il ne connaît ni ne comprend pas. Il y a la barrière de la langue, certes, mais aussi la méthode et surtout cette notion d’honneur qui fait beaucoup défaut à Nick comme il le raconte à Mas.

Et cette collaboration internationale qui va lier les deux hommes va leur profiter çà tous les deux, amenant à Mas la reconnaissance et à Nick la rédemption attendue. Mais pour se faire, il va falloir passer par des moments de découragement voire de crise, avec des morts à la clef.

Et de ce côté-là, Scott ne fait pas dans la dentelle, puisqu’on a même droit à une décapitation sous les yeux effarés de Nick.

 

Bref, c’est un film policier qu’on peut qualifier d’efficace tout en restant un film de Scott, tant on retrouve l’atmosphère du réalisateur. La séquence qui a lieu près des forges n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’atmosphère de Blade Runner : sombre et étouffante, telle est l’ambiance qui règne dans toute cette partie. Et n’oublions pas que Deckard (Harrison Ford) mange asiatique quand nous le rencontrons…

Certes, Ridley Scott a fait de meilleurs films, mais celui-ci se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, le choc de cultures et surtout l’héritage latent de la seconde Guerre Mondiale donnant une dimension particulière à cette histoire qu’i n’aurait pu qu’être une banale intrigue policière, ou une resucée du film de Cimino, tant certains aspects sont communs.

 

Alors, ne boudons pas notre plaisir…

 

PS : c’est le dernier film de Yusaku Matsuda qui mourut un mois et demi après la sortie du film.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Road Movie, #Sam Mendes, #Tom Hanks
Les Sentiers de la perdition (Road to Perdition - Sam Mendes, 2002)

Michael Sullivan Jr. (Tyler Hoechlin) vit dans une famille américaine tout à fait normale : entre son père Michael (Tom Hanks) et sa mère Annie (Jennifer Jason Leigh), et auprès de son frère Pete (Liam Aiken). Ils ont une belle maison, une voiture et un garage, ce qui est bon signe dans l’Amérique de 1931, en pleine Dépression.

Il faut dire que Michael – le père – travaille pour l’un des hommes les plus riches de l’Illinois : John Rooney (Paul Newman).

Son emploi ? Tueur à gage. Oui, Rooney est ce qu’on pourrait appeler un « parrain » s’il était sicilien.

Un soir que Michael Sr. se rend à un rendez-vous avec Connor Rooney (Daniel Craig) – le fils de l’autre - ce dernier abat son interlocuteur (Ciarán Hinds). Jusque là, rien de plus normal. Sauf que Michael Jr. a assisté au meurtre. Il devient alors un témoin gênant pour Connor qui ne peut se contenter de la parole du père.

 

C’est seulement le deuxième film de Sam Mendes, mais quel film ! Il recrée avec bonheur l’Amérique de la grande Dépression, qui coïncide aussi avec la Prohibition et donc les gangsters devenus mythiques. Et si Frank Nitti (Stanley Tucci) apparaît à plusieurs occasions, Al Capone – il capo di tutti capi (1) – a été coupé au montage.

Qu’importe puisque c’est l’errance des deux Michael Sullivan qui nous intéresse ici, racontée essentiellement du point de vue du fils, comme c’est le cas dans le roman graphique de Max Allan Collins (scénario) et Richard Piers Rayner (dessins) qui sert de base à l’intrigue du film.

 

Et l’enjeu du film tient dans son titre : Road to Perdition. La traduction qui nous est proposée en français insiste plus sur l’aspect road-movie du film alors qu’à l’origine, « Perdition » est à double sens. Comme il s’agit d’un titre, il est normal que le nom perdition gagne une majuscule. Mais cette majuscule légitime cache un double sens très important : Perdition, c’est l’endroit où vi la tante du jeune Michael, au bord du lac Michigan. Cette perdition/Perdition devient alors l’enjeu véritable du film : y arriveront-ils ? Si oui, à laquelle ?

En effet, si Michael Sr., de par son activité professionnelle est déjà un homme « perdu », son fils a encore le choix de bien tourner et de ne pas être « comme son père », ainsi que le redoute ce dernier.

 

Avec bien sûr l’inévitable Rédemption, d’autant plus importante que Michael Sr. est un gangster très redoutable. Rassurez-vous, il y aura droit, et sans échappatoire possible : à nouveau, Tom Hanks disparaît avant la fin du film (c’était le cas dans Saving Private Ryan). Mais avant cela, il nous gratifie d’une très belle interprétation un tantinet à contre emploi – on le voit rarement dans un  rôle de méchant, même si ici Michael Sullivan n’est pas le pire de tous. C’est un tueur redoutable et froid – normal, c’est son boulot – mais la relation qu’il développe – enfin – avec son fils le rend plus humain et donc faible, permettant au spectateur de se ranger de son côté. On notera encore une fois une belle prestation de Paul Newman, dans son dernier rôle physique à l’écran (le vrai dernier sera une voix). Et je ne suis pas loin de rejoindre mon ami dessinateur Jean qui m’expliquait qu’Hollywood avait tendance à « recycler » ses vieux acteurs en les faisant passer du côté sombre. C’est le cas de Paul Newman ici, ce sera aussi le cas de Robert Redford dans Captain America : The winter Soldier.

 

Quoi qu’il en soit, Road to Perdition reste un film de gangster superbe, servi par quelques pointures dont certaines allaient se révéler dans les années suivantes (Daniel Craig), et soutenu par une très belle reconstitution qui nous ramène dans cette période terrible qui vit se côtoyer une grande misère ainsi qu’une richesse indécente et où les gangsters avaient aussi tendance à faire eux-mêmes la loi : ici, un seul policier dans tout le film. Et encore, il aurait mieux fait d’être ailleurs. Ou tout du moins ne rien oublier…

 

  1. Le grand Manitou

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Reginald Barker
La Galère infernale (Godless Men - Reginald Barker, 1920)

Black Pawl (Russell Simpson) est le rude capitaine d’une goélette qui évolue dans le Pacifique. A son bord, on trouve son second qui est aussi son fils, Red Pawl (Jim Mason) qui n’a qu’un seul désir : se débarrasser du vieux pour prendre a place, quitte à user de moyens extrêmes.

Lors d’une escale, ils prennent à bord un missionnaire – le révérend Sam Poor (Alec B. Francis) et la jeune Ruth Lytton (Helene Chadwick).

Cette dernière est le centre d’attention de tous, et surtout du second lieutenant Dan Darrin (John Bowers) qui tombe amoureux d’elle (et c’est réciproque). Le vieux Black Pawl lui-même se sent attiré inexorablement vers cette jeune femme.

 

Encore une fois, nous avons un titre mal traduit et qui occulte tout un pan de l’intrigue (1). Le titre original – « des hommes sans Dieu » – résume beaucoup mieux la situation sur le rafiot : c’st un univers rude – autant que la capitaine – où la faiblesse n’a aucune place et où le seul maître à bord est le plus fort, et Black Pawl est vraiment le plus fort, et le restera jusqu’au bout. On pourrait presque dire que Dieu les a abandonnés, mais la vérité est autre : il n’y a aucune place pour une quelconque divinité que le bateau.

Cet état de fait va amener une relation forte avec le pasteur Poor qui n’est pas le prêcheur qu’on attendait. A aucun moment il ne va imposer sa vision religieuse du monde au marin comme on a tendance à le voir habituellement dès qu’un clergyman arrive dans un lieu désolé.

Au contraire, Poor est patient et va laisser les choses se décanter : en faisant parler Black Pawl, il arrivera au même résultat que n’importe quel exalté religieux qu’on a l’habitude de voir. Mieux même, Black Pawl gagnera lui-même sa rédemption (2), Poor n’étant que le catalyseur de cette transformation.

 

Encore une fois (3), Reginald Barker traite d’un sujet familial où le destin a sa part. Et à nouveau, il fait preuve de la même maîtrise cinématographique pour raconter cette histoire maritime : le recours aux flashbacks et l'utilisation répétée de l’iris pour isoler un personnage où une situation donnent une épaisseur à cette intrigue et du relief aux différents personnages.

On peut toutefois regretter de ne pas assister au point de rupture entre le père et le fils : les explications que donne Black Pawl ne sont pas suffisantes et on ne comprend pas vraiment comment ils en sont arrivés là.

Certes l’océan n’est qu’un décor de l’intrigue et même la tempête n’a pas la portée symbolique qu’on aurait pu attendre : si l’orage gronde (surtout entre le père et le fils), le passage à l’acte n’aura pas lieu pendant le coup de tabac.

 

Reste un film de bonne facture d’un réalisateur aujourd’hui oublié, servi par une distribution à la hauteur des enjeux, avec en tête le duo Simpson-Francis absolument remarquable. Russell Simpson n’est pas encore dans la catégorie second (voire plus) rôle comme on le verra souvent chez John Ford, et il interprète un capitaine fort crédible, tout en subtilité quand il s’agit des séquences avec Helene Chadwick.

Quant à Alec B. Francis, son physique débonnaire est en parfaite adéquation avec ce rôle de pasteur singulier. Ses confrontations avec Simpson-Pawl n’en sont que plus plausibles : il reste à tout moment au niveau humain du capitaine, tout en faisant avancer ses convictions auprès de cet homme désespéré.


Une réussite.

 

  1. Dont je n’ai pas parlé plus haut, vous comprenez aisément pourquoi.
  2. Cette sempiternelle rédemption…
  3. Cf. The Italian (1915)

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