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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road Movie, #Michael Cimino
The Sunchaser (Michael Cimino, 1996)

Michael Cimino est décidément un réalisateur atypique. Il a beau avoir fait très peu de films (7 longs métrages, encore moins que Kubrick), il n’en demeure pas moins un personnage de premier plan dans le cinéma américain, réalisant lui aussi à chaque fois un film particulier, voire unique, sondant toujours plus loin l’âme humaine.

C’est encore en cas ici avec ce Sunchaser, son dernier long, dont le titre évoque un personnage de légende indienne, qui va lier le destin des deux protagonistes, à la vie, à la mort.

 

Le docteur Reynolds (Woody Harrelson) est un oncologue émérite promis à de très grandes choses jusqu’à l’arrivée d’un patient bien singulier : Brandon « Blue » Monroe (Jon Seda).
Ce jeune homme (16 ans) est un criminel enfermé pour homicide, atteint d’un cancer incurable. Blue va alors profiter d’un transfert pour s’évader, emmenant avec lui comme otage le docteur Reynolds, vers une destination mystique : une montagne sacrée en haut de laquelle se situe un lac guérisseur.

 

Nous sommes ici dans un formidable road movie qui, comme son nom l’indique va amener les personnages d’un endroit à l’autre et surtout d’un état à un autre, ce changement amenant une amélioration de ces deux hommes que rien ne reliaient, si ce n’est la maladie.

En effet, qu’y a-t-il de commun entre un oncologue distingué qui roule en Porsche 911 et un métis meurtrier qui a grandi dans les bas quartiers ? Rien, si ce n’est cette terrible maladie qui tue à petit feu le jeune homme.

Mais cette association déséquilibrée à différents niveaux va rapidement se révéler bénéfique et amener l’équilibre nécessaire à la résolution d’une intrigue et amener la transfiguration inévitable (rédemption ?) des deux protagonistes.

 

En effet, nous assistons à une sorte de principe de vases communicants : chacun des deux hommes est rempli d’une chose et vide d’une autre, et quand leur expérience va se terminer, chacun aura vidé son trop-plein et rempli son vide, amenant une égalité entre eux deux.

Reynolds est plein d’espoir (surtout celui de devenir chef de service de l’hôpital prestigieux dans lequel il travaille), mais il vide de qualités humaines : ses patients se sont que des patients, pas des êtres humains qui souffrent et ont leurs difficultés. C’est aussi un homme très rationnel, imperméable aux croyances de quelque nature qu’elles soient.

Blue a lui un trop-plein de violence, hérité de son enfance malheureuse et pauvre, et surtout d’un beau-père terrible qu’il va tuer pour l’empêcher de nuire. Et pour l’espoir, entre la prison et la maladie, il ne reste pas beaucoup de place.

 

Et ces deux hommes vont progressivement se vider, l’un de la violence, l’autre de certains espoirs, et se remplir avec ce que l’autre aura abandonné : c’est Reynolds qui va relancer le jeune homme quand tout semble perdu ; c’est Blue qui va amener Reynolds à sortir de la utiliser la violence et voler pour lui, pour le maintenir en vie (1).

Et pour arriver au final à un même niveau de plénitude pour ces deux hommes, partis pour affronter une nouvelle vie, fort différente pour les deux hommes. Cette plénitude s’exprime très bien dans le dernier échange entre les deux fugitifs. Quant au visage radieux de Reynolds quand il retrouve sa femme, il se passe de commentaire.

 

J’ai dit que rien ne les reliait si ce n’et la maladie. C’et un peu erroné parce que tous les deux ont tué. Et tous les deux pour une raison qu’on pourrait qualifier de « valable », même s’il n’existe aucune justification pour la mort de quelqu’un, même le pire des bourreaux.

Ces morts données ont façonné les vies des deux hommes, amenant l’un vers le haut et l’autre vers le bas : l’expérience commune qu’ils vont vivre va les mettre tous les deux au même niveau (encore les vases communicants) et les libérer de ces morts encombrantes.

Une rédemption, en quelque sorte.

 

  1. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir… 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marc Caro
Dante 01 (Marc Caro, 2008)

 

Dante, à part être l’un des plus grands auteurs italiens est ici une planète volcanique autour de laquelle tourne un satellite très particulier : il s’agit d’une base spatiale qui abrite des condamnés de droit commun hautement dangereux.

Leurs lourds passés les obligent en outre à être utilisés comme cobaye dans quelque expérience scientifique prévue par l’autorité supérieure qui gère – de très loin – cette unité spéciale.

Un jour, un nouveau détenu arrive. Il ne parle pas, il ne fait que trembler et il possède un tatouage sur l’épaule droite : Saint-Georges terrassant le dragon. Il sera donc surnommé ainsi, Saint-Georges, et va devoir vivre avec quelques rebuts de l’humanité aux noms évocateurs : Attila (Yann Collette), Bouddha (Bruno Lochet), César (Dominique Pinon), Lazare (François Levantal), Moloch (François Hadji-Lazaro) et Raspoutine (Lotfi Yahya-Jedidi), sous la garde de Charon (Gérald Laroche) et la supervision de Perséphone (Maria Maicanescu).

 

Unique.

Il est difficile de classer ce film de Marc Caro, qui réalise ici son premier – et pour l'instant dernier – long métrage tout seul, tant il ressemble à peu d’autres films.

Certes, on y retrouve un cadre de science-fiction bien établi et sur certains points, on retrouve des allusions à certains classiques dont je parlerai plus loin.

Mais à cela s’ajoute une dimension métaphysique très importante, voire religieuse, ou encore mystique peu habituelle dans le genre.

Et surtout, on retrouve quelques éléments visuels qu’on avait déjà découvert dans l’association que Caro avait menée avec Jeunet lors de leurs deux premiers films. Il règne à de nombreux moments cette atmosphère glauque et étouffante due aussi à l’enfermement des différents protagonistes : les criminels sont dans une prison, mais leurs gardiens et médecins ne sont pas mieux lotis puisqu’ils ne peuvent quitter la station comme ils le voudraient.

 

Bien sûr, cette station spatiale nous invite à penser à Alien, et les virus mutants qui sont inoculés nous ramènent à la créature qui sème la terreur et la mort dans le film de Ridley Scott. De plus, ici aussi il est urgent de faire quelque chose pour survivre, l’orbite de la station amenant progressivement cette dernière vers Dante. Peut-on en outre voir un clin d’œil au vieux complice Jeunet dans l’épreuve que doit passer César : il doit encore une fois traverser un passage rempli d’eau, comme ce fut le cas dans l’opus AlienResurrection de son vieux camarade.

L’autre référence peut se trouver chez Kubrick, dans son incontournable 2001, a space Odyssey. En effet, le sacrifice final de Saint-Georges rappelle le voyage vers l’infini de David Bowman (Keir Dullea) dans la dernière partie du film (là aussi), ce déferlement d’images amenant un changement pour le protagoniste comme c’est aussi le cas ici.

 

Bref, c’est un film à part, même s’il reprend quelques codes connus. A part parce que le propos est différents des autres et la façon de traiter cette « aventure » spatiale est en décalage avec les différents traitements de la survie dans l’espace que nous avons pu voir ces dernières années.

Et surtout, c’est toute la dimension métaphysique qui brouille les cartes, avec le personnage central de Saint-Georges, véritable figure christique. C’est lui qui, comme celui qu’on appelle le Rédempteur, va soulager ses compagnons d’infortune et prendre leur mal. De plus, on peut remarquer différentes images qui rappellent la Croix : la forme de la station qui peut représenter une croix, tout comme elle peut faire songer à une forme humaine, les bras écartés. Ces bras écartés se retrouveront d’ailleurs quand Saint-Georges sera étendu pour examen, alors qu’il est déjà considéré comme mort par l’autre scientifique de la base, Elisa (Lin Dan-Pham).

De la même façon, le dernier plan de Saint-Georges, laisse-t-il quelque doute quant à sa dimension messianique ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Martin Campbell
Casino Royale (Martin Campbell, 2006)

Et de 6 !

Après Sean Connery (six films), George Lazenby (un film), Roger Moore (sept films), Timothy Dalton (deux films) et Pierce Brosnan (quatre films), voici le nouveau venu dans la série d’EON: Daniel Craig.

On pouvait croire avoir tout vu de cette série, surtout après le battage festif autour du dernier opus quatre ans plus tôt, résumé ainsi : quarante ans, vingt films.

On se doute bien qu’EON ne pouvait en rester là, et sur l’idée de relancer la série en reprenant à l’origine, on engagea un acteur plus jeune (Pierce Brosnan avait passé les 50 ans).

 

 James Bond, quand le film commence, est un jeune agent du MI6 qui n’a pas encore l’appellation « double zéro ». Mais suite à l’exécution de deux personnes, il gagne ses galons et devient celui que nous connaissons tous sous le pseudonyme de 007.

Sa mission – qu’il accepte toujours – est de mettre fin à un trafic d’armes dont un des organisateurs se fait appeler Le Chiffre (Madds Mikkelsen), spécialiste des mathématiques et immense joueur de poker.

Pour l’aider dans ses aventures, le MI6 met à sa disposition une jeune femme (superbe) mystérieuse : Vesper Lynd (Eva Green).

 

C’est un véritable coup de fraîcheur qui débarque sur les écrans avec cette nouvelle ( ?) aventure de l’espion le plus célèbre (1) du Septième Art. Mais il reste tout de même un lien avec les aventures précédentes : l’immuable M (Dame Judi Dench) (2).

Mais c’est tout : ni Q, ni Moneypenny pour une pause humoristique ! L’intrigue est resserrée sur la mission, et seules de rares occasions permettent un sourire, l’humour british étant limité au minimum.

Et ce n’est pas si gênant qu’on aurait pu le croire, les traits comiques ayant tendance à se systématiser dans les derniers opus (3). Et au bout du compte, ce recadrage un tantinet plus sérieux ne nuit pas au film.

 

Pour le reste, nous retrouvons les ingrédients qui ont fait le charme et la réputation de la série : jolies femmes (indispensable), tables de jeu (deux), voitures de luxe (dont une Aston Martin) ainsi l’éternel Martini-vodka dont la préparation est le cadet des soucis de notre ami James quand il le demande !

Sans oublier la réplique inévitable : « My/the name is Bond. James Bond. »

Bien entendu, nous avons droit à des scènes d’actions musclées et spectaculaires, et une partie de poker « hold’em » d’anthologie où s’affrontent deux esprits supérieurs dont l’un d’eux est un formidable mauvais perdant.

 

Au final, c’est un très bon retour de notre agent secret préféré (1), dirigé par un spécialiste des films d’action et qui avait déjà fait ses preuves dans la série avec GoldenEye, servi par un montage qui donne un équilibre entre les scènes d’actions intenses et les pauses indispensables, sans pour autant être des séquences sans relief – la tension de la partie de cartes en est une belle illustration.

 

James Bond est de retour et pas seulement aux origines !

 

  1. Après Austin Powers, bien sûr…
  2. Il y a une relation très particulière entre ces deux personnages, comme on avait pu le voir depuis que M était devenue une femme, mais qui est renforcée par le regard tellement bleu de Daniel Craig.
  3. Cela ne m’empêche pas de considérer Pierce Brosnan comme un James fort acceptable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Zabou Breitman
Se souvenir des belles Choses (Zabou Breitman, 2001)

D’un côté Claire (Isabelle Carré) ; qui a été victime d’un coup de foudre (1) et qui a tendance à oublier des choses.

De l’autre, Philippe (Bernard Campan), qui a tout oublié suite à un accident de voiture qui a tué sa femme et son fils (2).

Ils se rencontrent. Ils s’aiment.

Philippe a la mémoire qui lui revient.

Claire oublie de plus en plus.

 

Vingt ans après son premier rôle au cinéma, Zabou Breitman passe derrière la caméra. Et pour un premier essai, c’est une belle réussite qui nous est proposée ici. A partir d’un scénario difficile – la maladie d’Alzheimer – elle réalise un film tout en subtilité, filmant avec beaucoup de retenue deux destins qui vont se croiser, l’un qui monte pendant que l’autre descend.

C’est un film très touchant, où Zabou prend le temps de filmer cette lente progression vers l’inéluctable oubli. Parce que nous savons très vite que Claire va décliner : sa mère a été emportée par cette maladie terrible et même son jeune âge ne pourra pas l’empêcher de suivre ses traces. On en vient alors à se demander s’il y a vraiment eu un coup de foudre.

 

Mais cet accident sert l’intrigue et la rapproche alors de Philippe, autre accidenté de la vie. Et c’est ce rapprochement qui fait tout le sel de cette histoire tragique mais très belle : c’est la mémoire qui les lie et qui est l’enjeu de leur aventure amoureuse qui prend son essor au moment où ils quittent l’institution qui les a rassemblés pour vivre ensemble.

C’est cette installation qui fait basculer le film dans la tragédie, sans pour autant tomber dans le pathétique. Si l’état de santé de Claire se détériore de plus en plus, ce n’est pas pour elle une tragédie : elle reste heureuse et semble apprécier ce qu’est devenue sa vie, entre réalité et fantaisie.

 

Et la force de ce film est de nous montrer cette détérioration progressive, et ce malgré les différents artifices mis en place pour lui permettre de continuer à avoir une vie normale : pense-bêtes, alarmes régulières qui rythment son programme de journée… Mais même malgré ces différentes dispositions, la maladie progresse toujours et va finir par la rattraper définitivement : l’achat de la baguette est l’illustration parfaite des limites de ce que Philippe peut faire pour l’enrayer. Quant à la dernière séquence après l’orage, elle conclut avec encore beaucoup de subtilité cette histoire hautement tragique qui n’est jamais véritablement présentée comme telle : jamais on ne plaint ce des êtres qui s’aiment malgré tout.

 

Et le film est servi par une très belle interprétation, le duo Carré-Campan en tête. Isabelle Carré est – encore une fois – magnifique dans cette composition difficile où le piège aurait été de tomber dans le surjeu : c’est par petites touches qu’elle va nous montrer le déclin de Claire, de ses absences passagères jusqu’à l’oubli total de ce qu’est (était ?) vraiment sa vie. Et l’utilisation ponctuelle d’une caméra subjective accentue le décalage entre ce que nous voyons et ce qu’elle peut ressentir.

Quant à Bernard Campan, il est là où on ne l’attendait pas : cantonné à des rôles comiques du fait de son passé aux Inconnus, on n’aurait pas imaginé qu’il fût capable d’émouvoir autrement qu’en faisant rire (3). Il campe un « beau homme » tout en nuance qui comprend, à ses dépens l’enjeu de sa relation avec Claire : ce qu’il gagne en mémoire et qui va lui ramener sa véritable identité, c’est ce que Claire est en train de perdre. Et surtout, il comprend bien qu’il n’y aura pas de retour en arrière possible pour elle.

Et c’est là qu’est la véritable tragédie.

 

  1. Un vrai, pendant un orage.
  2. Qui les a tués ? Philippe ou l’accident ?
  3. Je sais, il est plus facile de faire pleurer que de faire rire. Il n’empêche.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #George A. Romero
La Part des ténèbres (The dark Half - George A. Romero, 1993)

Un écrivain (1).

Son double.

Des oiseaux.

Et du sang.

 

George Romero, vétéran du film d’horreur se décide enfin à adapter un livre de son ami Stephen King : La Part des ténèbres (1).

Bien sûr, on y retrouve un écrivain en mauvaise posture. Il faut dire que Thaddeus Beaumont (Timothy Hutton), professeur de littérature qui écrit sous le pseudonyme de George Stark des romans populaires à succès, est visité par un maître-chanteur qui menace de révéler sa véritable identité.

Thad, en accord avec son épouse Liz (Amy Madigan) va donc faire son « coming out » et enterrer ce double qui commence à être encombrant.
Seulement voilà, ce double (Timothy Hutton) ne l’entend pas de cette oreille et fait irruption dans la vie de l’écrivain, supprimant progressivement l’entourage de l’original. Et bien sûr, comme il s’agit d’un double dont seule la conscience est différente, les soupçons se portent de suite sur Thad…

 

Si on retrouve encore une fois un écrivain dans le personnage principal, c’est aussi parce que cette histoire de double littéraire s’appuie sur une histoire vraie : celle de Stephen King lui-même, qui écrivait sous un pseudonyme avant d’être démasqué et devoir assumer totalement ses propres livres.

Mais on devait s’attendre, de la part du maître de l’horreur littéraire, à une histoire de double maléfique, et de ce côté-là, pas de déception.

Non, la déception viendrait du film lui-(même qui, s’il n’est pas entièrement raté n’a pas la force qu’on peut trouver dans d’autres adaptations de King par d’autres réalisateurs. Je pense bien sûr à Stanley Kubrick et son phénoménal The Shining mais pas que (3).

Certes Romero réussit quelques séquences de véritable horreur, mâtinées du suspense adéquat (histoire de faire sursauter les spectateurs), mais il y manque tout de même la surprise : c’est à chaque fois très prévisible.

 

Question interprétation, Timothy Hutton est encore une fois impeccable, poussant le vice jusqu’à demander deux caravanes pendant le tournage (une pour lui et une pour le double), servi par un maquillage qui arrive à nous faire douter qu’il s’agit du même interprète pour les deux rôles.

Mais même ce maquillage montre ses limites et en voyant le visage de Stark dégénérer, on ne peut s’empêcher de penser à celui d’Alma Terrain (Barbara Hicks) charcuté par les soins du docteur Chapman (Jack Purvis) dans Brazil.

 

Dommage.

 

  1. Normal, nous sommes dans l’univers de Stephen King.
  2. Ca a plus d’envergure que « la moitié obscure ».
  3. Rob Reiner a montré qu’il savait lui aussi le faire (Misery, Stand by me).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape et Epées, #André Hunebelle
Le Capitan (André Hunebelle, 1960)

C’était au temps de l’âge d’or du film de cape et d’épées en France, à la fin des années 50 et au début de la décennie suivante, du temps où Jean Marais était un éternel jeune homme et bondissait avec enthousiasme, quand André Hunebelle dirigeait ces superproductions adaptées des plus ou moins grands classiques de la littérature française.

Nous sommes un an après Le Bossu, et on retrouve aux côtés de Jean Marais (François de Capestang dit « Le Capitan ») l’ineffable Bourvil dans le rôle du faire-valoir de ce chevalier, le saltimbanque Cogolin.

 

Nous sommes cette fois en 1616, pendant le règne du jeune roi Louis XIII (Christian Fourcade), et le maréchal D’Ancre, l’infâme Concini (Arnoldo Foà), est le véritable maître du Louvre, éliminant tous ceux qui se dressent sur son chemin. Et bien sûr, notre Capitan se trouve un de ceux-là : il devra se battre contre l’âme damnée de Concini, le plus infâme encore Rinaldo (Guy Delorme) pour déjouer les complots visant le roi.

Et bien entendu, il y arrivera, et le règne de Concini s’arrêtera comme cela est écrit dans les livres d’histoire.

 

Encore une fois, Jean Marais s’en donne à cœur joie, réalisant les prouesses les unes a)près les autres dont l’ascension de la tour du château de Val (appelé Clairefont dans le film) à l’aide de poignards pas toujours très solides. Et comme d’habitude, il n’est pas doublé, augmentant sensiblement l’inquiétude d’Hunebelle…

A nouveau, il est un personnage sans peur et sans reproche (1), loyal et courageux, et bien sûr amoureux de la plus jolie femme de la distribution (2).

Mais malgré tout cela, et le succès remporté par le film dans les semaines qui ont suivi sa sortie, on n’arrive pas au même résultat que dans le film précédent. Pourtant, la présence de Guy Delorme dans le rôle du méchant – rôle qu’il va continuer à entretenir dans ces films-là – ne réussit pas à relever le niveau : il manque la fraîcheur du Bossu dans ce Capitan !

Même l’immense Bourvil n’arrive pas à son niveau de l’an passé, même s’il a un rôle un peu plus étoffé (il chante deux fois).

 

Bref, si on retrouve les ingrédients du film précédent, on n’y trouve pas le même plaisir (3). Jean Marais a beau se démener comme Douglas Fairbanks, le résultat n’est pas là. On n’est pas loin de s’ennuyer devant ces aventures rocambolesques sur fond de châteaux prestigieux.

Et je pense que cela tient plus à André Hunebelle qu'à ses interprètes : dès l’année suivante, Jean Marais reviendra dans une nouvelle adaptation du Capitaine Fracasse qui n’aura pas à rougir de la comparaison du Bossu.

 

Alors, à revoir ? Ou pas !

 

  1. Refrain connu…
  2. Elsa Martinelli dans le rôle de Gisèle d’Angoulême.
  3. « Bis repetita non placent… »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #René Clément
Jeux interdits (René Clément, 1952)

La guerre dans les yeux des enfants. Ou plutôt les conséquences de la guerre.
Parce que Paulette (Brigitte Fossey, encore 5 ans quand le film sort) est une de ces orphelines de la guerre : ses parents sont morts d’avoir couru après elle pendant un raid aérien, tout ça parce que son chien Jock s’est enfui.

Seule, elle trouve refuge chez les Dollé dont le fils aîné (Jacques Marin) a été blessé par un cheval rendu fou par ces mêmes bombardements.

Rapidement, Paulette est adoptée par cette famille rustique et rurale, et surtout par le fils cadet Michel (Georges Poujouly).

 

Après plus de trente ans passés à côtoyer des enfants (et ayant été un enfant moi-même), je trouve que le titre n’est absolument pas adapté à l’intrigue du film, et surtout à ses interprètes-protagonistes. En effet, le terme de jeu implique chez les adultes une idée peu sérieuse par opposition à leur monde rationnel (1). Alors la mort, vous imaginez le degré de sériosité que cela inclut…

Mais ces « jeux » enfantins n’ont rien de frivoles et ont une importance cruciale chez ces deux enfants livrés à eux-mêmes. Livrés à eux-mêmes de deux façons : Paulette est seule après la mort de ses parents ; Michel doit s’élever tout seul dans une ferme où le travail est la valeur première et laisse donc peu de temps de s’occuper de sa progéniture, sans oublier l’accident qui arrive au fils aîné qui laisse encore moins de temps de prendre soin des plus jeunes.

 

Et cet abandon laisse le temps de se concentrer sur les choses importantes : la mort. C’est là que se situe l’interdit du titre : on ne plaisante pas avec la mort, surtout quand on la vit directement, par les parents pour Paulette et par le frère pour Michel.

Mais à aucun moment les enfants ne prennent tout ceci pour un jeu : la situation est grave et va le rester jusqu’au bout, à leur niveau. Et les différentes actions qu’ils vont entreprendre, tout en ayant un aspect dérisoire à notre niveau d’adultes reste des plus sérieuses et primordiales dans leurs yeux d’enfants.

 

Et René Clément réussit ce que peu de réalisateurs ont réussi avant lui : nous livrer un monde à hauteur d’enfants, qui ne soit ni comique (cf. Our Gang aux Etats-Unis) ni artificiel comme c’est le cas dans les adaptations littéraires habituelles. Il y a une dimension naturelle dans l’évolution de ces deux enfants – les acteurs tout comme leur prestation – qu’on retrouve rarement de manière si véridique. La petite Brigitte Fossey est formidable de bout en bout, servie par un scénario qui s’est adapté à elle (à moins que ce soit la direction de René Clément). On ne se demande à aucun moment quel doit être l’âge de son personnage comme on peut le faire des adaptations littéraires « du répertoire » (Oliver Twist, David Copperfield…) : on retrouve dans la direction de la petite fille la même inspiration que celle de Charles Chaplin dans The Kid. Et il en va de même pour le (moins) petit Georges Poujouly (six ans de plus) qui campe un Michel totalement vrai : ses différentes attitudes quant à ce qui lui arrive, et surtout par rapport à la religion sentent le vécu et prennent vraiment en compte ce qu’est un enfant (2) : ses prières se mêlent parce qu’il est contraint de les réciter pour son frère (qui est en train de mourir), voire sont déformées (répétition de « crotte » à la place des vraies paroles), mais redeviennent bonnes quand ce même frère meurt, amenant une réelle émotion à cet enfant qui semblait (presque) indifférent au sort des adultes.

 

Mais Jeux interdits, c’est avant tout une magnifique histoire d’amour, là encore au niveau d’enfants. Il faut voir les immenses yeux émerveillés de la petite Paulette quand elle regarde son Michel pour s’en rendre compte. Tout comme l’attitude bravache et courageuse de ce dernier pour plaire à cette jeune « demoiselle en détresse », parce que Paulette, pour Michel, n’est pas autre chose.

C’est par amour qu’il va tenter de voler la croix du maître-autel, et par amour qu’il va lui reprocher d’être embrassée par les autres au moment de se coucher. Et on s’amuse de son argument pour l'être sur la joue par la petite fille : c’est là qu’il a pris une taloche (3).

 

A l’origine, c’était un court-métrage illustrant la guerre vue par des enfants.

Heureusement pour nous, ce fut un long.

 

PS : vous remarquerez que je n’ai pas parlé de la BO inoubliable de Narciso Yepes. Reiser, dans On vit une Epoque formidable (1976) exprime très bien ce que je pense de cette belle suite d’accords de guitare sortis de leur contexte…

 

  1. D’ailleurs, quand les adultes jouent, c’est avant tout pour gagner de l’argent (loterie, paris, cartes… Rien de bien vraiment ludique !
  2. La prochaine fois que nous aurons une belle illustration du monde de l’enfance, ce sera avec La Guerre des boutons d’Yves Robert (1962).
  3. On pourra, tout comme moi, faire un parallèle avec notre ami Indiana Jones (Harrison Ford), perclus de douleur, que Marion (Karen Allen) va embrasser là où ça ne fait pas (trop) mal… (Les Aventuriers de l’Arche perdue).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Ron Howard, #Mel Gibson
La Rançon (Ransom - Ron Howard, 1996)

Depuis l’affaire du bébé Lindbergh (1932), les rapts d’enfants (avec ou sans mort) ont toujours eu un traitement particulier dans l’information : la bassesse et la lâcheté d’un tel crime ont toujours suscité une émotion vive auprès de l’opinion publique. Bien entendu, le cinéma devait croiser la route de ce genre de fait divers propice au suspense, avec des résultats plus ou moins intéressants.

Ici, Ron Howard, sur un scénario de Richard Price et Alexander Ignon, va bouleverser l’ordre habituel des choses, mêlant une petite dose d’immoralité à une intrigue forcément convenue, pour en faire un film fort et un brin réaliste.

Mais reprenons.

 

Tom Mullen (Mel Gibson) dirige une compagnie aérienne. Au cours d’une Fête de la Science, son fils Sean (Brawley Nolte, le fils de Nick) est quasiment enlevé sous ses yeux et ceux de son épouse Kate (Rene Russo) et sera rendu contre rançon.

Après une première tractation qui se solde par un échec, Tom décide ne pas verser l’argent : au contraire, il propose de la donner à la personne qui récupérera son fils des mains des ravisseurs.

Mieux. Il va doubler le montant de la rançon exigée par ces mêmes ravisseurs.

 

A partir d’une intrigue simple, donc – un kidnapping qui amène le versement d’une rançon – Ron Howard renouvelle le genre en faussant les données habituelles. Certes, on a droit aux tractations habituelles – qui n’aboutissent pas – mais c’est bien entendu quand les règles changent – totalement- - que le film prend toute sa saveur : les ravisseurs, qui mènent le jeu, sont pris de vitesse et se retrouvent en position faible, à la merci des conditions de leur propre victime, l’argent étant un excellent facteur motivant pour créer un héros d’un jour.

Bien sûr, cette attitude est peu raisonnable, voire un tantinet immoral : encourager, à coup de millions de dollars, des gens à récupérer son fils par n’importe quel moyen, si ce n’est pas un appel au meurtre, ça y ressemble tout de même beaucoup.

Sans oublier la position de ce même fils aux mains de ravisseurs dont les conditions – on ne peut plus favorables – évoluent dans le mauvais sens et peuvent amener à des positions radicales et donc tragiques.

 

C’est un phénoménal coup de bluff que joue Tom Mullen en se retournant contre ses bourreaux, à l’encontre de la raison, incarnée par l’imposant agent du FBI Lonnie Hawkins (Delroy Lindo) : les statistiques parlent en faveur de la solution négociée et ce retournement inattendu rend les choses décidément très compliquées, voire inédites.

Et il est presque dommage que les objections morales aient été abandonnées au profit de l’intrigue principale consistant à récupérer cet enfant malmené. Mais là encore, ce qui nous est offert à voir est aussi intéressant que les reproches moraux qui sont – brièvement – faits à Tom à travers la télévision.

Parce que Ron Howard mène son film sur un ton réaliste rarement employé. Les conditions de détention de l’enfant sont sordides, comme le témoigne son sweat-shirt envoyé aux parents à un moment des négociations. Et la performance du jeune Brawley Nolte est à saluer tant son personnage est criant de vérité.

 

Et puis il y a le méchant de l’histoire : James Shaker (Gary « Lieutenant Dan » Sinise). Bien sûr, en lisant le nom de cet acteur formidable au générique, on se l’imagine du côté obscur et la surprise est là quand on apprend qu’il est policier. Mais dès sa première intervention, on peut commencer à avoir des doutes : son regard croise celui du véhicule des ravisseurs.

Quand son véritable rôle est – rapidement – dévoilé, on n’en est que plus ravi, ses différentes prestations de « méchant » parlant en sa faveur.

Quant aux « gentils » de l’histoire, on appréciera à sa juste valeur le duo Gibson-Russo qu’on avait découvert avec beaucoup de plaisir dans Leathal Weapon 3, dans des interprétations plus sérieuses mais tout de même dans la même verve réaliste que le film (1).

 

A voir !

 

  1. Je sais : il est plus facile de faire pleurer que de faire rire, mais quand une interprétation est juste, il ne faut pas s’empêcher de la souligner.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #John Huston
Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre - John Huston, 1948)

De l’or.

Une montagne d’or.

Voilà le trésor de cette Sierra Madre que trois aventuriers américains vont aller chercher, misant leur maigre fortune sur cette expédition formidable.

Mais l’or est capricieux, il monte rapidement à la tête, transformant les hommes, toujours plus cupides à mesure que le temps passe et que le capital s’amasse.

Et ces trois hommes ne font pas exception : l’or va progressivement les métamorphoser, surtout l’un d’eux – Fred C. Dobbs (Humphrey Bogart) – les amenant vers une fin tragique inévitable.

 

Troisième véritable film de John Huston (1), ce dernier s’entoure de deux valeurs sûres : Humphrey Bogart avec qui il avait tourné Le Faucon maltais, et son père Walter (Howard, le vieux prospecteur). Au jeu sobre (au moins au début) du premier, s’oppose la truculence du second, ces deux caractères étant modérés par le dernier membre du trio, Curtin (Tim Holt).

Nous sommes ici au croisement des films d’aventure, dramatiques et du western, même si ce dernier genre peut englober les deux autres.

Certes, ce n’est pas le western traditionnel qui arrive à son apogée dans ces années d’après-guerre, mais les différents éléments qui composent le film n’en sont pas très éloignés, voire en font partie : grands espaces plus ou moins sauvages, bandits de grand chemin, et bien sûr les échanges de coups e feu indispensables, surtout quand le trio, rejoint par un quatrième – Cody (Bruce Bennett) – est assiégé par un groupe de bandidos mexicains, sans oublier la soirée au coin du feu où Howard sort régulièrement son harmonica pour interpréter Swanee River (1851), qui nous ramène au temps des westerns, quand la Frontière n’était pas encore définitive.

 

Nous sommes donc ici devant un monument dans l’œuvre de John Huston. Son film est construit en partie comme un huis clos entre ces trois hommes qui, même s’ils sont en extérieur, sont prisonniers de leur soif de l’or et dont la mentalité va – malheureusement – mal évoluer, comme l’avait pourtant prédit Howard bien avant l’idée de partir en expédition.

Et le jeu des trois acteurs principaux va grandement participer à son succès – mérité.

Bogart est encore une fois éblouissant de justesse, interprétant cet esprit rongé par l’or et la cupidité, devenant toujours un peu plus fou à mesure que la richesse se précise, développant une paranoïa qui l’étonnerait s’il se souvenait de ses propos quand Howard parlait de ses expéditions passées et des dangers liés à l’or.

Et bien sûr, la performance de Walter Huston est phénoménale, interprétant un de ces personnages haut en couleur comme on en trouve dans les westerns plus classiques, ceux de John Ford en particulier : Howard semble tout droit sorti de cet univers fordien. Il fut récompensé par un Oscar, et même si je rejoins mon ami, le professeur Allen John à propos de ces récompenses, je ne peux m’empêcher de penser que cette récompense fût amplement méritée.

 

Et puis il y a le contexte de ce film. Nous sommes en 1925, soit quelques années seulement après la révolution mexicaine, du temps où les campagnes grouillaient encore de ces bandits, d’anciens soldats démobilisés qui attaquaient les prospecteurs isolés, américains de surcroît.

Mais ce sont surtout les trois hommes  en vedette qui retiennent notre attention : ils n’ont rien des canons habituels des héros hollywoodiens : sales, hirsutes, sans le sou, obligés de mendier pour survivre, ils font partie de ce qu’on appelait alors la lie de l’humanité. La rencontre de Dobbs et de l’homme riche américain (John Huston) est typique de la pensée – alors – en cours au pays : il serait temps qu’il se prenne en main plutôt que de mendier, lui dit (en gros) cet homme impeccable. Bien sûr, cette conception est toujours d’actualité.

Et Bogart est magnifiquement dirigé à contre-emploi, lui qui fut ce héros magnifique de la période de guerre (Casablanca, To have and have not…), est ici dans un rôle absolument pas glamour, sombrant peu à peu dans la folie. Inoubliable.

J’ai lu récemment qu’il s’agit d’un des films préférés de Stanley Kubrick. Pas étonnant alors d’y voir plus qu’une résonnance dans la fin de son propre film L’ultime Razzia (the Killing) huit ans plus tard.

Dernier clin d’œil (?) : l’une des dernières répliques de Howard à Curtin n’est pas sans faire écho à la participation de ce dernier dans le film de Michael Curtiz, La Bataille de l’or (Gold is where you find it).

 

  1. Après the Maltese Falcon (1941) et Is this our Life ? (1942), les deux autres sont des films qu’on peut qualifier de propagande, suite à l’entrée en guerre des Etats-Unis.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Emerson, #Douglas Fairbanks, #Erich von Stroheim
Amour et Publicité (His Picture in the papers - John Emerson, 1916)

Prindle est une marque de produits végétariens dont on dit beaucoup de bien. Dans les journaux végétariens.

Par contre, on ne parle pas de Pete Prindle (Douglas Fairbanks), le fils du magnat du même nom (Clarence Handyside). Et pour cause : ce rejeton est un jeune homme oisif, incapable et plus intéressé par la boxe que les affaires. Et surtout, le régime végétarien, il en a soupé !

Mais son avenir n’est pas brillant : s’il ne réussit pas à faire parler de lui (en bien) et avoir sa photo dans les journaux (1), il peut dire adieu à son héritage : le végétarisme est peut-être contraignant à son niveau, mais il paye bien !

Pete va donc tout tenter pour se distinguer. Et bien sûr, il va y arriver.

 

Si l’intrigue est convenue et de temps un temps un tantinet brouillonne, le film n’en demeure pas moins un repère dans la filmographie de Douglas Fairbanks. C’est alors seulement son troisième film en vedette, mais c’est surtout sa première collaboration avec John  Emerson avec qui il tournera six autres longs métrages en deux ans qui le mèneront, avec l’aide aussi d’Allan Dwan au premier plan du cinéma américain. La légende de Douglas Fairbanks se met en place, mêlant comédie et prouesses athlétiques pour le plus grand bonheur des spectateurs.

 

Ici, à nouveau il est un homme de la haute bourgeoisie, un de ces jeunes oisifs qui ne savent pas trop quoi faire pour se dérider. Mais il est surtout le fils (indigne) du roi du végétarisme : dès qu’il le peut, il s’en va déguster d’immenses steaks !

Cette opposition paternelle est un des thèmes du film et s’exprime par une conduite à l’opposé des valeurs prônées par le vieil homme. Dans le même temps, on découvre Christine Cadwalader (Loretta Blake) dont le père (Charles Butler) est un autre farouche végétarien, associé de Prindle. Christine, tout comme Pete a une légère tendance à rejeter le régime alimentaire paternel et préfère, au fiancé mièvre (Homer Hunt) et végétarien que son père lui a choisi, le même Pete avec qui elle s’offre quelques repas pantagruéliques et surtout bien fournis en viande.

Mais nous retrouvons la même équation : pour épouser Christine, Pete doit devenir l’héritier indiscutable de son opère, et donc avoir sa photo dans les journaux !

 

Douglas Fairbanks est donc en train de monter (et pas seulement à la façade de la maison de Christine) et on commence à trouver ce qui fera sa marque de fabrique : un personnage athlétique de la bonne société, plein de ressources qui est entraîné dans des aventures rocambolesques avec une histoire d’amour (vrai) qui se termine bien. Ici, outre les végétariens décrits ci-dessus, on trouve une bande de hors-la-loi, les bien nommés Weazels (2) dont un élément est un jeune acteur et futur immense réalisateur : Eric von Stroheim. On appréciera son personnage « différent » : il est borgne.

Bien entendu, on s’amuse autant que Douglas à suivre les pérégrinations de ce jeune homme un brin truqueur qui essaie par tous les moyens de faire parler de lui et on se dit que de tout temps, ce genre de personnage a existé.

 

Mais on se dit aussi que ce film aurait beaucoup de mal à être tourné aujourd’hui. En effet, les végétariens ne sont pas à la fête dans le film, en témoigne le personnage de Melville (le « fiancé » de Christine), qualifié de cinglé (« nut »), tout comme son hypothétique futur beau-père.

De la même façon, il faut voir ce que pense des produits Prindle le fils héritier pour comprendre que ce mode alimentaire n’a pas le vent en poupe à cette époque.

C’était un temps où on se riait de tout et de tous, mais pas toujours avec la main heureuse.

Quoi qu’il en soit, le film reste très plaisant et Fairbanks est irrésistible (même Christine se laisse prendre) et on passera sur les maladresses de l’intrigue et certains de ses raccourcis un peu limites : ça foisonne un peu trop pour les 62 minutes (seulement) que dure le film.

 

  1. Le titre original.
  2. Le mot « weasel » désigne habituellement la fouine, la belette ou tout autre personnage sournois

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