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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mack Sennett, #Charles Chaplin, #Mabel Normand
Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie's punctured Romance - Mack Sennett & Charles Bennett, 1914)

Quel titre.

Décidément, les traducteurs d’avant-guerre (et d’après) n’ont pas vraiment brillé par leur rigueur. Alors qu’on pourrait traduire ce film par La Romance percée de Tillie (Marie Dressler) nous avons cette intrusion de Lolotte, dénomination excentrique due à l'habitude des distributeurs français de franciser les personnages américains de comédie (1).

 

Quoi qu’il en soit, ce n’est ni Mabel (L’autre femme) ni Chaplin (L’étranger) qui sont en haut de l’affiche mais bien  Marie Dressler, en contre –emploi par rapport à ce que nous avons l’habitude de voir. Et c’est là qu’est l’intérêt du film. On a très souvent vu Marie Dressler en rombière ou autre rôle un brin sérieux pour se réjouir de la voir dans un rôle comique de premier plan, même si elle doit partager la vedette avec deux pointures de l’époque. De plus, avec Chaplin à la réalisation, on ne peut s’attendre qu’à du grand spectacle.

 

Sauf que nous sommes en 1914 et que Chaplin est encore sous contrat chez Mack Sennett et qu’il n’a pas encore pris son envol. Certes, on trouve déjà certains éléments qui vont composer son humour dans les années qui vont venir, mais l’influence Keystone est encore très présente, pour preuve le nombre incalculable de coups de pied au cul qui sont échangés, et ans distinction de sexe : Marie Dressler en reçoit autant qu’elle en donne !

Parce que Tillie, c’est Marie Dressler, et si Chaplin et Normand sont les stars éprouvées de Sennett et des studios Keystone, c’est bien Marie Dressler qui tient le haut de l’affiche.

 

Marie Dressler est magnifique en face de ces deux monstres comiques. Bien sûr, elle n’a pas les arguments physiques pour rivaliser avec la belle Mabel, mais elle compense par une prestance imposante et surtout elle assume son physique : certes, elle n’est pas glamour, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec son physique dans l’esprit de la comédie de Chaplin. Elle atteint le côté aérien des personnages du grand Charles, atteignant la légèreté que nous connaissons, et ce malgré une stature plutôt imposante.

Il est d’ailleurs rare de voir la grande Marie Dressler dans une telle disposition, alors il faut en profiter : elle possédait ce qui fait d’une actrice une comique, mais ne fut malheureusement pas utilisée dans ce registre.

 

J’ai déjà eu l’occasion ici de parler des premiers films de Chaplin et tous ne concernent que la période qui va suivre ce film : il est alors sous contrat et n’a pas une très grande autonomie de travail. Pour preuve, nous avons droit au déploiement de la police (dans une mesure fort restreinte par rapport à ce que nous avons pu voir antérieurement) pour essayer de régler un problème (2). Mais nous trouvons déjà la propension de l’étrange (qui n’est pas encore « vagabond ») à marcher sur ses adversaires à terre. Et ce sans distinction du sexe : il ne se gêne pas pour marcher sur Tillie-Marie Dressler.

 

Alors, un Chaplin avant Chaplin ?

Pas vraiment. Nous sommes en plein dans la mouvance Sennett avec des gags plus ou moins faciles où les coups de pied au cul sont la base du comique et où la subtilité n’est pas encore de mise. Nous trouvons en outre un complice qui va jouer un grand rôle dans les films Chaplin quand il se sera démarqué de son mentor (Sennett), Chester Conklin, qui a déjà une magnifique (et fausse) moustache.

 

Alors oui, on s’amuse, et on rit. Mais avec le recul, on se rend compte que Chaplin a tout gagné en quittant Sennett et en montant ses propres films : son comique y a gagné progressivement en subtilité, que nous pouvons apprécier avec toujours plus de plaisir à chaque nouvelle projection.

 

PS : on notera la présence de Mack Swain au physique beaucoup moins imposant que dans The gold Rush

 

  1. Keaton était Malec ou Frigo...
  2. Tillie est tombée à l’eau. Bien sûr, ces policiers en servent à rien, sinon à ajouter dans le comique de la situation. Encore que…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Sacha Gervasi, #Alfred Hitchcock, #Anthony Hopkins
Hitchcock (Sacha Gervasi, 2012)

Tout juste sorti de North by Northwest, Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins) se lance dans un nouveau film, et ce malgré certains journalistes qui lui conseillent de se retirer alors qu’il est arrivé à son plus haut niveau.

Certes, ce film était son plus haut niveau… En 1959.

Un an plus tard, il montrera qu’il pouvait encore aller plus haut : Psycho.

 

Ce film est celui de la genèse et de la réalisation de l’un des plus grands films du cinéma (1), et très certainement le meilleur de son auteur. Nous assistons à l’élaboration de cet immense chef-d’œuvre, avec ses moments d’exaltation, tout comme ceux de doutes et de découragement, avec en point d’orgue l’attaque qu’essuie le maître qui va l’éloigner quelques jours du tournage, au profit de son épouse Alma (Helen Mirren) qui va le remplacer le temps qu’il se remette (2).

 

Sacha Gervasi nous propose ici un très bel hommage à l’un des plus grands cinéastes de tous les tons, le maître incontesté du suspense (3), nous plongeant dans l’univers créatif de son chef-d’œuvre absolu (ça, c’est mon point de vue). Et comme nous sommes au cinéma, tout est possible, même d’inventer quelques épisodes, voire carrément faire d’Hitch celui qui fait semblant de poignarder Janet Leigh (Scarlett Johansson) pour les besoins du tournage.

Inventé ? Oui, pour les besoins de l’intrigue et une de ses créations : Ed Gein (Michael Wincott). Gein serait le véritable modèle de Norman Bates (Anthony Perkins – James d’Arcy), mais là encore, la vérité est ailleurs.

 

Si nous suivons avec beaucoup de plaisir les affres du tournage et retrouvons une magnifique adaptation de ce qu’il fut, c’est encore une fois ailleurs qu’il faut regarder, dans les relations – compliquées plus ou moins pour les besoins du tournage – entre Hitch et sa complice et épouse Alma. Et comme nous chez le grand Alfred, il faut ‘attendre à le voir réellement : ‘est chose fait à un moment : je vous laisse le découvrir.

 

Sacha Gervasi nous livre une vision – sa vision ? – de ce qui a(urait) dû se passer pendant le tournage, stimulant l’intérêt des fans de cet immense réalisateur dont je fais partie, mais le fait de façon toute britannique – c’est normal Hitch et Alma, tout comme lui viennent de Grande Bretagne – avec l’humour qui va avec et rappelle celui des films. Bien entendu, aucun suspense, nous savons que le film fut réalisé et le succès qu’il remporta, mais qu’importe : passer un peu plus de temps auprès de ceux qui l’ont créé est inappréciable. ON en redemande.

 

Question interprétation, Anthony Hopkins est presque méconnaissable – les yeux sont bine les siens ! – et campe un Alfred Hitchcock très convenable, même si on remarque une propension à jouer de son profil un tantinet exagérée. Ca peut lasser…

Helen Mirren est encore une fois magnifique dans ce rôle de femme de l’ombre qui, comme c’est toujours le cas, est la véritable patronne : la séquence où elle vient remplacer son mari sur le plateau est un magnifique exemple de l’aura que le réalisateur (Gervasi) a pu lui donner pour les besoins de son film.

Quant à Scarlett Johansson et James d’Arcy, il y a un véritable travail de ressemblance avec leurs modèles originaux qui va au-delà de l’aspect physique. Et d’une manière générale, la diction et la démarche (l’attitude) sont privilégiés dans ce biopic particulier, dont la structure n’est pas sans rappeler celle des épisodes de la série Alfred Hitchcock presents. Avec même la musique (4) !

 

Nous sommes de retour chez Hitchcock, et ça, ça n’a pas de prix !

 

  1. Je l’ai déjà dit ici…
  2. Bien sûr, ceci n’est jamais arrivé. Mais comme toujours, ça aurait pu…
  3. Hitchcock-Hopkins y fait référence de manière fort pertinente, d’ailleurs.
  4. Faut-il préciser que celle du film, signée par Danny Elfman est formidable ? Tiens, c’est fait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Fantastique, #Disney, #Tim Burton, #Danny de Vito
Dumbo (Tim Burton, 2019)

Petit, comme beaucoup, j’avais appris le poème de Robert Desnos, La Fourmi :

« Une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête,

Ça n’existe pas, ça n’existe pas. […] »

Ce poème, après une liste de choses semble-t-il impossibles se termine par un dernier vers rempli d’espoir : « Et pourquoi pas ? »

Ici, on pourrait facilement paraphraser le grand Robert en énonçant :

« Un éléphant qui vole avec l’aide de ses oreilles,

Ca n’existe pas, ça n’existe pas !

Et pourquoi pas ? »

 

C’est le parti qu’avaient pris Disney en 1941 quand le petit éléphanteau (pléonasme ?) était apparu sur les écrans grâce aux pattes magiques de John P. Miller, Martin Provensen, John Walbridge, James Bodrero, Maurice Noble & Elmer Plummer (1).

Et c’est ce qu’a confirmé Tim Burton à son tour en réalisant ce très beau film mélangeant images de synthèse et prises de vues réelles, exclusivement coloré (2), porté par la musique enchanteresse de Danny Elfman (3).

 

C’est à nouveau une histoire hautement improbable que Burton filme ici, mais avec le savoir-faire qu’on lui connaît – mais qui n’a pas toujours été au rendez-vous par le passé, hélas – et la dose indispensable de réalisme qui nous fait accroire finalement que « pourquoi pas ? »

Bien entendu, on pense à Big Fish, qui se passe lui aussi dans un cirque et cela est renforcé par la présence de Danny de Vito (Maximilian Medici) à nouveau directeur de ce petit monde.

Et avec Danny de Vito, ce sont d’anciennes connaissances du monde de Burton qu’on retrouve tout au long du film : Eva Green (Collette Marchant), Michael Keaton (V.A. Vandervere), Alan Arkin (J. Griffin Remington) n’en sont pas à leur première collaboration avec le réalisateur.

 

Dumbo se situe dans une tendance Disney à adapter ses dessins animés en images réelles : après La Belle et la Bête ou encore Le Livre de la jungle, c’est au tour de ce « grand classique » d’être adapté avec les limites habituelles. Comme le disait Tex Avery, on peut tout se permettre dans un dessin animé. Beaucoup moins dans un film en images « réelles ». Et Tim Burton nous prouve que les deux peuvent s’accorder et donner un très beau résultat. Certes, la part merveilleuse subsistant concerne le vol de l’éléphanteau. Faire parler les animaux aurait été complètement incongru et n’aurait pas eu l’effet escompté : on n’aurait pas pu vraiment y croire. Il reste toutefois quelques emprunts au film de 1941 comme l’œil de la mère à travers la fenêtre du wagon ou la séquence entre Dumbo et cette même Jumbo avec leur échange de caresses de trompes (4).

Mais comme on ne pouvait adapter totalement le film de 1941, il a fallu créer de nouveaux personnages : les enfants sont à l’honneur – Disney oblige – mais et surtout ce sont de véritables méchants qui apparaissent, ingrédients indispensables à la réussite d’un film.

 

Le premier, c’est Rufus Sorghum (Phil Zimmerman), un homme de cirque au fouet facile et qui voit – justement – sa méchanceté se retourner contre lui. Mais c’est son caractère mauvais qui va entraîner l’intrigue principale du film : Dumbo ne va voler qu’à la condition d’être réuni avec sa mère une fois le cirque renfloué.

L’autre, c’est V.A. Vandervere qui confirme le passage du côté obscur de Michael Keaton après Spider-Man : Home coming.  A nouveau, on a une illustration de la théorie qui veut que les acteurs américains passent de l’autre côté (le côté sombre !) en vieillissant.

Et pour notre plus grand plaisir, Keaton est à la hauteur (pouvait-il en être autrement ?), devenant un autre méchant qu’on aime détester.

 

Avec Dumbo, Burton confirme son retour au premier plan qui avait été amorcé avec Big Eyes et conforté par Miss Peregrin’s Home for peculiar children, sortant de son univers sombre et gothique qui fit sa réputation (5). ON y respire plus librement, sans pour autant y perdre du point de vue merveilleux.

Tant mieux (pour nous !).

 

PS : n’y a-t-il que moi qui trouve que la mère des enfants qu’on peut voir sur une photo ressemble (beaucoup !) à Thandie Newton, la mère de Nico Parker ?

 

  1. Choisissez le bon. Une suggestion, professeur Allen John ?
  2. Aucun costume seulement noir et blanc !
  3. Toujours fidèle au rendez-vous.
  4. Pas terrible comme expression…
  5. Merci professeur Allen John.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Monta Bell, #Norma Shearer
La Dame de la nuit (Lady of the Night - Monta Bell, 1925)

Norma Shearer n’a pas seulement été la femme d’Irving Thalberg : elle a avant tout une très grande actrice dont le talent sera révélé tard mais nous permet de voir de très beaux films dont celui-ci, nouvel avatar du double au cinéma.

 

Un homme (Lew Harvey) quitte sa femme et sa fille qui vient de naître pour aller en prison. Dans le même temps, le juge qui a condamné cet homme a eu lui aussi une fille.

Dix-huit ans après, les deux jeunes filles terminent l’école : l’école de jeunes filles « select » pour Florence (Norma Shearer), la fille du juge ; l’école de redressement pour Molly (Norma Shearer), l’autre.

Toutes deux vont alors évoluer dans leur milieu respectif et ne devraient pas se rencontrer s’il n’y avait David Page (Malcolm McGregor), inventeur de génie, dont elles vont toutes les deux tomber amoureuses.

 

C’est une très belle performance que nous livre ici Norma Shearer dans ce rôle double qui, pour une fois n’a rien de véritablement comique (1). En effet, aucune intrigue de dédoublement de personnalité : Molly et Florence n’ont rien en commun si ce n’est la relation « professionnelle » de leurs pères. Et à aucun moment on ne joue sur une quelconque ressemblance entre les deux femmes.

Et c’est là qu’est le tour de force du réalisateur et de son équipe : à aucun moment il n’est question d’une similitude entre les deux femmes et David, qui les aime toutes les deux mais pas de la même manière ne relève aucun point commun entre elles.

Pour le spectateur, averti qu’il s’agit de la même actrice dans les deux rôles, il est plus facile de pointer des ressemblances – les yeux surtout – mais il faut reconnaître que le maquillage de miss Shearer est tout bonnement bluffant.

Il faut dire aussi qu’on n’a pas beaucoup l’habitude de la voir interpréter un personnage aussi mal né : habituellement, elle interprète des jeunes femmes de bonne famille, alors cette fille du peuple aux mœurs qu’on pouvait qualifier de libres (2) détone complètement dans sa filmographie.

Et pourtant c’est un rôle magnifique qui lui et offert. Bien sûr, le maquillage de cette femme – celui qu’elle s’applique pour les besoins de l’intrigue – est outrancier et accentue la différence avec l’autre femme, mais elle n’en demeure pas moins un personnage attachant qui sera le véritable adjuvant du scénario, amenant la résolution finale : peut-être pas complètement heureuse, mais très honorable (3).

 

En plus du jeu superbe de Norma Shearer, il faut souligner le rôle des deux techniciens principaux du film : les prises de vue d’André Barlatier et le montage Ralph Dawson.

Barlatier filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire signée Adela Rogers St. Johns (4), utilisant avec bonheur l’éclairage - plusieurs séquences se passent la nuit – d’autant plus que ‘il s’agit ici d’une copie teintée où les bleu nuit dominent. On a même droit à un jeu d’ombre avec celle de Chunky. Bien entendu, la rencontre des deux jeunes femmes est le clou du spectacle et le travail d’incrustation est à la hauteur de nos espérances : c’est au tout dernier moment que nous avons droit à l’entrevue qui n’est d’ailleurs pas la première fois que les deux femmes se rencontrent : la première fois, c’est à l’atelier de David – peu de temps avant qu’elles se retrouvent dans la voiture de Florence – et Monta Bell résout le problème du dédoublement en faisant tourner la tête à Florence, la remplaçant alors par une doublure. Mais pas n’importe quelle doublure tout de même puisqu’il s’agit de personne d’autre que Lucille LeSueur alias Joan Crawford !

Quant à Dawson, il réalise un montage très précis et lui aussi très réussi : à plusieurs occasion, le plan d’une des deux jeunes femmes s’enchaîne à celui de l’autre dans une même situation : regard par la fenêtre, devant un miroir…

 

Un mot enfin sur le travail de Monta Bell : il y a un souci de réalisme qui baigne le film du début à la fin. Bell ne veut rien dissimuler et ouvre le film sur une image forte : un policier sur un palier d’étage qui attend. Il attend que le jeune père le suive vers la prison. Dans l’escalier, une commère un tantinet mafflue qui ramène de la bière dans un seau et se repait de ce spectacle malheureux.

Et ce réalisme va s’épanouir dans la partie de l’intrigue qui concerne Molly, le milieu protégé de Florence étant beaucoup moins spectaculaire. On retrouve les bas-fonds avec la salle de danse où il est interdit de danser joue contre joue, et l’inévitable bagarre qui émaille ce même milieu : il s’agit ici de défendre Molly d’un importun qui s’est (facilement) débarrassé de Chunky (normal, il est petit). Et le chevalier servant n’est autre que David…

 

  1. A part le personnage de Chunky Dunn (George K. Arthur), nous restons dans un ton relativement sérieux.
  2. Par les esprits les plus modernes de 1925
  3. Dans le sens noble du terme.
  4. D’abord journaliste, Adela a longtemps interviouvé les stars pour Photoplay. On peut la voir et l’entendre dans l’indispensable série-documentaire Hollywood: The Pioneers de Kevin Brownlow (1980).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Thomas H. Ince, #Reginald Barker
Civilization (Thomas H. Ince - Reginald Barker - Raymond B. West , 1915)

La petite ville de Nurma vit en paix depuis bien longtemps quand éclate la guerre déclarée par son roi (Herschel Mayall). Les villageois valides (ceux qui tiennent debout) sont enrôles de force et partent mourir pour leur patrie.

A un niveau plus élevé, le comte Ferdinand (Howard Hickman), inventeur pour e même roi, va conduire une expédition pour prouver la réussite de sa nouvelle trouvaille, un sous-marin. Sa mission : couler un navire de ligne qui transporte du matériel de guerre pour l’ennemi, le Propatria.

Mais entre-temps, ses yeux se sont ouverts et il refuse d’utiliser son invention pour tuer des innocents : sur l’instigation de sa fiancée (Katherine Haldemann), il est devenu un soldat de la paix.

 

Si cette intrigue vous rappelle quelque chose, c’est tout à fait normal : le scénario de C. Gardner Sullivan s’inspire du conflit qui fait rage au même moment en Europe, la première Guerre Mondiale. Le paquebot Propatria est même une référence claire au Lusitania qui coula quelques mois plus tôt (7 mai 1915) et dont le souvenir est tenace puisque qu’on comptait des Américains parmi les victimes.

Mais curieusement, ce film n’est pas un plaidoyer en faveur d’une quelconque intervention américaine vengeresse dans ce conflit puisqu’il s’agit avant tout d’un film pacifiste, étayé par une présentation engagée dont un intertitre conserve aujourd’hui encore une force intacte : « Si seulement ceux qui prétendent Le [Jésus] suivre, mettaient en pratique ce qu’ils prêchent, nous verrions enfin l’aube naissante de la Civilisation. » (1)

Ce film pacifiste fut, dit-on, l’un des éléments qui permirent au président Wilson d’être réélu l’année suivante grâce à sa ligne politique non-interventionniste.

 

Mais si le film rejette totalement la guerre, il dénonce tout de même le Kaiser Wilhelm II comme le responsable de ce conflit, sous les traits de ce personnage très décoré dont l’habit rappelle plus un roi d’opérette que le chef de l’Allemagne. Mais surtout, Ince et ses collaborateurs vont très loin dans la dénonciation de ce conflit : le budget colossal pour l’époque (1 million de dollars) et le long tournage (près d’un an) donnent à la guerre un cachet réaliste formidable.

Bien sûr, les soldats tombent comme des mouches, mais on a aussi les victimes collatérales du conflit : les civils tués, femmes et enfants, la famine qui s’installe dans les régions sinistrées par la guerre. Sans oublier les différentes composantes de la guerre : coups de feu et explosions diverses qui accentuent le propos pacifiste du film.

 

Et la « Civilisation » ?

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une civilisation particulière mais bien d’un état : la civilisation en opposition à un état barbare caractérisé par la haine née de l’envie. Et cela nous emmène dans des considérations religieuses inévitables (2). On peut s’étonner de l’interaction entre le roi et Jésus (George Fisher), voire la regretter, mais cela reste tout de même une très belle séquence de surimpression, nourrissant avec beaucoup d’images fortes le propos pacifiste.

 

Reste que ce film ambitieux et édifiant est une de ces superproductions de la période muette qui a traversé les âges sans perdre beaucoup de son propos. Certes, la dimension mystique apparaît un tantinet déplacée une centaine d’années plus tard, mais cette séquence possède malgré tout un bel éclairage élaboré ainsi que des messieurs tout nus !

De plus, le trio de réalisateurs nous propose un très beau spectacle dont on retrouvera la patte de chacun, et on peut regretter que deux d’entre eux n’aient pas vécu bien longtemps (3).

 

  1. « If only those who profess to follow Him, would practice what they preach, we would at last see the rising dawn of Civilization. »
  2. Aux Etats-Unis en 1916, on ne pouvait pas éviter l’aspect religieux de la paix, annoncé dès les intertitres de présentation.
  3. West est mort en 1923 et Ince en 1924.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Guerre, #Jim Abrahams
Hot Shots! Part deux (Jim Abrahams, 1993)

Topper Harley (Charlie Sheen) est de retour !

Et encore une fois, ça va faire mal. IL faut dire que des petits gars américains sont retenus prisonniers par l’infâme Saddam Hussein (Jerry Haleva). Le colonel Denton Walters (Richard Crenna) veut envoyer notre héros les délivrer, mais Topper, qui s’est retiré dans un monastère bouddhiste, refuse.

Pourtant, il va accepter, Walters ayant lui aussi été capturé.

Va alors se dérouler une opération commando en Irak où Topper, en plus de délivrer les hommes, retrouvera Ramada (Valeria Golino), l’amour de sa vie qui était déjà là – elle aussi – dans l’opus précédent.

 

Jim Abrahams et Pat Proft sont de retour, deux ans après le premier volume qui voyait déjà Topper Harley et la belle Ramada, ainsi que Benson (Lloyd Bridges) devenu ici président des Etats-Unis. Et à nouveau, rien de tout ceci est sérieux, Abrahams reprenant les mêmes ressorts comiques qua dans le film précédent et les autres tournés avec les frères Zucker. Alors évidemment, il faut avoir l’œil sur tout ce qui se passe : non seulement l’intrigue en elle-même, mais aussi les différents éléments de l’écran qui se passent en arrière-plan et qui parasitent l’action principale.

 

Encore une fois, nous avons droit à de très nombreuses références cinématographiques, certaines évidentes – le combat entre le président Benson et Saddam Hussein tout droit sorti de Starwars – mais aussi des éléments plus subtiles comme la séquence d’adieux de Casablanca entre Topper et Ramada à défaut d’avoir Bogart et Bergman : là encore, au moment du dernier au-revoir, une hélice se met en marche, mais c’est celle d’un hélicoptère (il faut bien renouveler le genre).

Mais la plus belle référence reste, à mon avis celle d’Apocalypse Now avec l’intervention de Martin Sheen qui se trouve ne plus être le père de Charlie/Topper et qui fait une référence à Wall Street dans lequel jouent les deux acteurs. Martin Sheen n’est d’ailleurs pas mentionné lors du générique final qui est encore une fois truffé de gags pour les spectateurs qui ont la patience de rester jusqu’au bout (1).

 

Mais ce film a deux handicaps sévères : le premier, c’est une répétition systématique d’un système comique qui a fait ses preuves mais qui a tendance à lasser, même si on ne peut s’empêcher de rire à quelques trouvailles bien vues – la référence aux Aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz, par exemple (2) – et la seconde que nous sommes dans une suite qui, comme la majorité des cas, ne s’imposait pas.

Et i faut convenir que l’expression d’Horace – bis repetita placent – n’est pas toujours valable, surtout quand on parle de suite cinématographique.

 

Alors on s’amuse – un peu – certes, mais on se dit qu’il y avait peut-être autre chose à faire.

Lire un livre, par exemple.

Ah mais non, j’oubliais, les livres ne sont pas « essentiels ».

 

PS : bien sûr, le fantôme de Rambo (II) plane sur le film, d’autant que Richard Crenna apparaît ici, lui qui interpréta trois fois le supérieur du soldat stallonien.

 

  1. Il ne faut jamais partir avant la fin avec ce réalisateur !
  2. Le jeu d’ombres du duel sur le mur

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western
Martyrs of the Alamo (Christy Cabanne, 1915)

23 février – 6 mars 1836 : siège de Fort Alamo.

La mission de San Antonio (Texas) devient le lieu d’une guerre sans merci entre les troupes régulières du général Santa Anna (Walter Long) du Mexique à une poignée d’insurgés américains menés par le colonel Travis (John T. Dillon) lui-même soutenu par deux légendes de l’Ouest américain : Davy Crockett (Allan Sears) et Jim Bowie (Alfred Paget).

Bien sûr, Santa Anna, avec ces milliers d’hommes va venir à bout de la résistance des 180 insurgés, mais quelques semaines plus tard (21 avril) la bataille de San Jacinto, sera remportée par le général Houston (Tom Wilson) et verra l’indépendance de l’état par rapport au Mexique, première étape avant son annexion par les Etats-Unis qui aura lieu neuf ans plus tard.

 

Depuis ses débuts, le cinéma est un vecteur didactique important. Nombreux sont les réalisateurs qui ont usé ce medium pour relater de grands épisodes de l’histoire (L’Exécution de Marie, Reine des Ecossais, 1895 ; L’Assassinat du Duc de Guise, 1908, ou encore Naissance d’une Nation, la même année que ce film), ceci afin de retracer ces grands événements et leur donner une réalité pour les spectateurs de l’époque.

Avec ces Martyrs d’Alamo, il en va de même : la narration est univoque là-dessus, il s’agit avant tout de célébrer la résistance et le sacrifice de cette poignée d’Américains qui ont contribué à la libération du Texas.

 

Bien sûr, Christy Cabanne n’a pas la maîtrise que pouvait avoir Griffith (1) à la même période, mais son épopée possède tout de même de beaux moments et une volonté réaliste claire. De la même façon, le format du film – 71 minutes – oblige Cabanne à resserrer son intrigue, résumant certains éléments ou utilisant des ellipses temporelles pour faire tout tenir dedans.

Mais dans l’ensemble, tout est là : la rivalité Bowie-Travis, la maladie du premier et la troupe de trappeurs qui accompagne ces hommes.

Parce que, à défaut de reprendre les gravures officielles qui nous montrent un Travis blond dans un uniforme impeccable, nous avons ici un petit homme portant lui aussi une toque en peau de castor. Et de la même façon, alors que Travis était le plus jeune – il a 26 ans contre 39 à Bowie – ici il semble être le plus âgé du trio de commandement. Tout comme Crockett qui a 49 ans quand débute le siège et qui est interprété par un Allan Sears qui est le plus jeune des trois acteurs.

 

On sent l’influence de Griffith (Birth of a Nation est sorti en février précédent) dans les différentes séquences de combat mais Cabanne a encore du chemin à faire pour rattraper le maître : les combats sont âpres mais il leur manque la vision d’ensemble griffithienne servie par la caméra de l’indéfectible Billy Bitzer.

On aura alors droit à quelques scènes un tantinet empesées qui vont marquer les événements de ce siège, avec tout de même l’utilisation de plans rapprochés – voire gros – sur certains personnages afin de dégager leur importance par rapport aux autres.

On n’évite pas non plus un certain surjeu dans quelques séquences, surtout celle avec Silent Smith (Sam de Grasse) qui espionne chez Santa Anna.

 

Santa Anna est d’ailleurs l’un des personnages les plus réussis – il est l’un de ceux qui sont les plus mis en avant – et l’interprétation de Walter Lang n’y est pas étrangère : encore une fois, il campe un personnage peu recommandable (2), un général d’opérette qui se prend pour Napoléon 1er mais a toutes les apparences de l’empereur Smith (3), le côté débonnaire en moins. La réussite du personnage indiquant là encore le succès du film, qui veut qu’un méchant soit réussi pour que le film le soit aussi.

Par contre, les « héros » d’Alamo sont moins réussis, la forme du film ne laissant pas la place, par exemple, d’exposer avec plus de détails les dissensions entre Bowie et Travis (4).

Et le grand perdant est Davy Crockett, légende absolue de l’Ouest américain qui passe après les deux autres. Cela est d’autant plus étonnant que Crockett aura même sa minisérie à la télévision quelques décennies plus tard (1954) !

 

Au final, Cabanne nous livre ici un épisode important de l’histoire américaine, gommant la légende pour se concentrer sur les faits tels qu’ils étaient relatés par la Texas State Historical Association, cédant parfois au grandiloquent mais sans en abuser, insistant bien entendu sur la vaillance des Texans face à des Mexicains peu éduqués et veules, leur chef en tête.

On vibre avec ces colons assiégés face à cet ogre mexicain qui sera finalement vaincu et on termine impressionnés par les dernières scènes immobiles de la fin des combats, dont la mort de Bowie est peut-être l’image la plus marquante.

 

Bref, du cinéma !

 

  1. Il est arrivé à ola réalisation cinq ans après le Maître Griffith.
  2. Santa Anna, en outre, était un véritable incapable : son succès (relatif) à Alamo en est un exemple flagrant : réussir à mater 180 personnes avec 3000 soldats…
  3. L’Empereur Smith - Morris & Goscinny, 1976.
  4. Rassurez-vous, John Wayne s’en chargera 45 ans plus tard.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Essayez la Dictature, vous verrez...

« Une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c'est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c'est cela, essayez la dictature et vous verrez ! »

Emmanuel Macron (Le Point, 24-01-2020)

 

Notre cher Président s’exprimait alors qu’on lui reprochait de s’appuyer un peu trop fortement (voire violemment) sur la police pour faire régner (1) l’ordre.

Il semblerait que cette exhortation du chef de l’Etat a fait son chemin pendant ces quelques mois, surtout avec l’arrivée (programmée ?) du coronavirus qui, lui aussi, a été importé de Chine, comme beaucoup de produits ces derniers temps.

Je ne reviendrai pas sur la gestion sanitaire (lamentable) de la Covid-19, j’en ai déjà parlé ici. Mais je reviendrai sur la gestion humaine de cette même épidémie, depuis le confinement qui a commencé le 17 mars 2020 et qui est toujours d’actualité aujourd’hui, après une trêve estivale indispensable (2).

 

Mais depuis la fin du déconfinement, c’est une surenchère sécuritaire qui s’est abattu sur ce « beau pays de France », le faisant ressembler de plus en plus à une de ces dictatures que ce même président nous encourageait à essayer. En effet, du fait des gestes barrières et autres distances de sécurité obligatoires, les rassemblements de plusieurs personnes, qui avaient beaucoup empoisonné l’action du gouvernement ces derniers mois, sont maintenant beaucoup plus compliqués à organiser (3). Mais ce n’était pas suffisant, et il a fallu renforcer les mesures déjà en place.


Alors on a demandé aux étudiants de rester chez eux.

Certes, l’enseignement était toujours dispensé, mais distillé en visioconférences, très loin les uns des autres. Mais pourquoi interdire les cours d’université sur place et dans le même temps autoriser les autres élèves (4) à se rendre dans leurs établissements, avec en prime un passage par les transports en commun dont l’application des distances de sécurité sont un modèle du genre (5).

Mais pourquoi interdire aux étudiants ce qu’on autorise à (presque) tous les autres ?

Pour une raison toute simple : les universités ont toujours été des foyers de contestation, et ce bien avant 1968. N’oublions pas que les universités ont été déplacées hors des centres-villes pour éviter les régulières manifestations plus ou moins pacifiques.

Mais cet isolement individuel ne suffisait pas et nos gouvernants pont trouvé une nouvelle mesure pour museler un peu plus les étudiants : la pénalisation de l’occupation des campus. Finies, toutes ces veilles nocturnes dans les amphis, à guetter le reflet d’un bouclier ou d’une matraque de CRS. Fini les assemblées générales plus ou moins houleuses où la parole se libère et l’espérance d’un monde meilleur se construire s’élabore, et toute cette sorte de choses.

 

Mais l’autre menace pour le gouvernement, c’est l’information. A défaut d’user de fake news comme un futur ex-président américain, il a été décidé de s’attaquer à la source de l’information : les journalistes. Et les débordements de la manifestation du 17 novembre n’ont pas apaisé les tensions. A nouveau, nous avons eu droit à des violences policières – qui n’existent d’ailleurs pas, si on en croit le gouvernement – et des intimidations envers ces mêmes journalistes.

Après le contrôle de la jeunesse (contestataire), c’est le contrôle de l’information (libre), base de toute bonne dictature qui se conçoit. A quand le retour du Ministère de l’Information, tombé en désuétude depuis 1974 ?

 

Une réflexion vient de me venir.
Outre les étudiants, ces gauchistes contestataires, les autres victimes de ce confinement sont les personnes âgées, réputées fragiles face à ce virus, qui n’ont le droit de sortir que parcimonieusement.

Or que remarque-t-on quand on visionne les images de propagande tournées par les différents régimes autoritaires des XXème et XXIème siècles ? Une absence totale (ou presque) de personnes âgées(6).

Pourquoi ? Parce que ces gens montrent l’inéluctable : la vieillesse, cette dégénérescence cellulaire naturelle  inévitable qui amène vers une issue encore plus inévitable, la mort.

De tout temps, les dictateurs ont voulu paraître plus jeunes, afin d’incarner un idéal de force et de santé, et ont toujours écarté les différentes images qui rappellent cet inéluctable universel.

D’où la volonté de cacher ces « vieux » qui sont un outrage à l’essor dynamique plus ou moins impulsé par le(s) dirigeant(s).

 

Alors, essayer la dictature ? Non merci, c’est tout vu.

 

  1. Terme, semble-t-il, pas usurpé.
  2. Il ne faut pas compromettre les rentrées financières touristiques.
  3. Mais pas impossibles comme le confirment les dernières manifestations contre la dérive (ultra) sécuritaire de ce même gouvernement.
  4. Les étudiants, malgré leur statut, restent des élèves.
  5. Modèle de ce qu’il ne faudrait pas faire, cela va de soi.
  6. Les plus âgés sont en général les dirigeants…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Ruben Fleischer
Venom (Ruben Fleischer, 2018)

Plaisant.

La dernière fois (et aussi la première d’ailleurs) qu’on avait vu Venom au cinéma, c’était dans le troisième opus de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi. Venom (Topher Grace) était un être maléfique qui s’ajoutait aux ennemis (légions) de l’Araignée.

Ici, Venom n’est pas un véritable personnage maléfique, même si sa tendance le pousse à dévorer la tête de ses ennemis.

Mais reprenons.

 

Eddie Brock (Tom Hardy) est un super-reporter (1) qui se retrouve viré de la chaîne qui l’employait après une interviouve du docteur Carlton Drake (Riz Ahmed), génie de la génétique et visionnaire et milliardaire, qui a l’intention de coloniser l’espace. (2)

Une de ses fusées de prospection revient avec des échantillons de vie extraterrestres qu’il va exploiter pour ses projets expansionnistes.

Mais Eddie Brock est remis en selle par une collaboratrice du « génie » et s’introduit dans le complexe de recherche. (Mal)heureusement pour lui, il en ressort porteur d’une des entités extraterrestres, Venom.

La cohabitation est alors fort compliquée…

 

Oubliez donc tout ce que vous aviez vu chez Sam Raimi – dont le Venom était proche du personnage initial de chez Marvel – et acceptez Venom comme une nouvelle entité un brin déviante mais dont le rôle reste tout de même du bon côté, le côté obscur étant occupé par Drake/Riot (3), dans la lignée des autres super-méchants de la franchise.

On retrouve tout de même le côté peu scrupuleux de Brock ici puisque sa déchéance est avant tout due à une trahison envers sa petite amie, la belle Annie Weying (Michelle Williams).

Et le choix de Tom Hardy (qui est aussi producteur) se trouve judicieux au vu de la prestation de l’acteur, très à l’aise dans ce personnage un tantinet nonchalant, et surtout qui ne possède aucun aspect véritablement exceptionnel comme on peut le voir chez les différents Avengers déjà décrits ici.

 

Au final, nous avons un nouvel épisode Marvel avec son lot d’action, d’humour et de merveilleux, qui n’apporte certes pas grand-chose à l’univers déjà exposé depuis quelques décennies mais on passe tout de même un bon moment avec ce super-héros pas si super que ça.

Certes, l’aspect « méchant mais quand même gentil » de Venom peut lasser (4), et la poursuite en voiture, pour spectaculaire qu’elle soit, est un peu longuette et amène un sentiment de déjà vu.

Il n’empêche, on s’amuse bien et c’est bien là l’essentiel. On peut même se dire qu’on pourrait en rester là après cette aventure. Mais vous connaissez Marvel, et on ne va certainement pas passer à côté d’une trilogie comme chez les autres…

Et la séquence post-générique ne nous détrompe pas : Brock s’en va visiter la prison de San Quentin (CA), et en particulier un détenu qu’on est appelé à revoir, Cletus «  Carnage » Kasady (Woody Harrelson).

 

PS : Stan Lee était encore en vie quand le film a été tourné, alors évidemment, il intervient…

 

  1. Chez Marvel, il n’y a que des super-quelque chose.
  2. Toute ressemblance avec Elon Musk ne peut être que fortuite…
  3. Riot est l’autre entité E.T. qui va s’emparer du corps du milliardaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Thriller, #Alfred Hitchcock
Psychose (Psycho - Alfred Hitchcock, 1960)

Unique.

Hitchcock au sommet de son art.

Dans son film précédent – North by Northwest (1959) – il était déjà arrivé à un très haut niveau, mais avec ce « petit film » (1), il arrive au sommet (2), réalisant l’un des plus grands films du cinéma mondial, merveille de direction et de cadrages, autour d’une intrigue proprement diabolique (3), servi par des interprètes à la hauteur de l’événement, Anthony Perkins en tête.

 

« A boy’s best friend is his mother. (4) » (Norman Bates)

Cette réplique pourrait presque résumer le film à elle toute seule tant la relation entre Norman (Anthony Perkins) et sa mère est fusionnelle, jusqu’à l’impensable. Mais ce n’est- pas Norman que nous suivons au début du film, c’est Marion Crane (Janet Leigh), secrétaire d’un agent immobilier qui vient de conclure une transaction de 40.000 dollars (une somme en 1960 !). La tentation est trop forte : Marion, au lieu d’aller déposer l’argent à la banque s’enfuit rejoindre son amant Sam Loomis (John Gavin). En chemin, exténuée, elle s’arrête dans un motel à l’écart de la grand route ; le motel Bates, tenu par Norman (Anthony Perkins) qui y vit avec sa mère.

 

Je le répète : ce film est extraordinaire. Pas un seul élément à enlever. Tout est pensé, planifié et exécuté avec une incroyable précision, maintenant un suspense des plus impressionnants, mettant les nerfs des spectateurs à rude épreuve, dans une période où le cinéma d’horreur et d’épouvante avait encore du chemin à faire avant d’arriver à une telle tension.

Comme toujours chez Hitchcock, c’est une accumulation de détails qui vont accompagner une intrigue parfaite, le réalisateur se concentrant sur chacun d’entre eux pour lui donner l’importance nécessaire pour l’insérer à son scénario, comme un immense puzzle qu’il va ensuite assembler sous nos yeux et qui sera ensuite corroboré par la séquence d’explication finale un tantinet agathachristien (5).

 

Un journal de Los Angeles, une page de carnet, des oiseaux empaillés : tels sont les accessoires indispensables de cette intrigue que le réalisateur met à notre disposition pour résoudre ce mystère. Ajoutez à cela un sens du cadrage fantastique, alternant travellings et plongées et vous aurez tous les éléments nécessaires pour comprendre ce qu’il se passe au motel Bates. Parce que tout est là : Hitchcock ne cache rien au spectateur. Ou plutôt si : la poitrine de Janet Leigh. En effet, la seule fausse note de ce film, et Hitchcock est longuement revenu dessus, c’est la présence de ce soutien-gorge dans la séquence d’ouverture. Certes, le Code Hays est encore en vigueur et surtout, mademoiselle Leigh n’a pas l’intention de dévoiler ses charmes au monde entier !

 

Et au-delà de ce détail pittoresque, il faut aussi voir dans cet interdit qu’Hitchcock va enfreindre onze ans  plus tard (pas avant !). La séquence incontournable de la douche est marquée par cette volonté de l’actrice de ne rien révéler : chaque plan est conçu pour ne rien montrer et quand cela aurait pu être possible, une main ou/et un bras se place devant la partie interdite. Bref, Hitchcock nous montre tout sans jamais rien dévoiler : du grand art !

Quant à la performance d’Anthony Perkins, elle tout bonnement admirable : il possède l’allure du jeune homme comme on peut en croiser à cette époque, au contact facile et au sourire charmant, mais dès qu’on commence à gratter la surface, il se met à perdre ses moyens. On découvre alors un autre personnage, inquiétant et lié maladivement à une mère impotente mais tyrannique.

On sent des pulsions chez ce jeune homme qui arrive presque à la cacher, amenant seulement une méfiance chez ses interlocuteurs mais pas beaucoup plus : vivre seul, à l’écart, dans une grande maison avec une mère invalide n’engendre pas la joie de vivre. Bien sûr, on retrouve des pulsions sexuelles – chez Hitchcock, le sexe est très présent – mais si Norman a tout du voyeur, il n’ira pas au-delà de ce qu’il aura pu apercevoir dans le trou qu’il a percé entre son bureau et la chambre de Marion. Est-ce de l’impuissance ?

Quoi qu’il en soit, Perkins joue avec beaucoup de brio sur son visage, servi par un éclairage parfait, mis en valeur par le noir et blanc du film (6).

Parce que le format noir et blanc amène beaucoup au film, créant une atmosphère inquiétante comme le souhaitaient les studios Universal dans les années 1930.

Mais la terreur qui se dégage de ce film est sans comparaison avec ces films d’avant : non seulement Hitchcock mène la tension à son paroxysme, mais il réussit à surprendre – et effrayer – les spectateurs de manière plus efficace que les réalisateurs de Universal.

 

On a, depuis, fait d’autres films d’horreur, avec un suspense haletant, mais jamais dans de telles proportions. Et surtout, ceux qui vont venir après vont se souvenir de ce que fit Hitchcock. A nouveau on sursautera, mais la force du maître, c’est d’avoir été le premier et surtout, d’avoir créé un suspense époustouflant sans jamais tomber dans le grandiloquent, ni utiliser une forme d’humour pas toujours bienvenu comme on peut le voir chez certains spécialiste de l’horreur. Oui, cette histoire est horrible et la violence est forte, Hitchcock n’épargnant pas le spectateur en lui proposant des images choc. Mais il le fait à bon escient, gardant toujours la bonne distance, étant spectaculaire sans devenir outrancier, et en restant sérieux sans toutefois se prendre lui-même au sérieux.

La classe, quoi.        

 

  1. Seulement 806.947 dollars.
  2. Même son film suivant, Les Oiseaux, n’atteindra pas cette perfection : quand on arrive au sommet, il ne reste plus qu’une chose à faire, descendre.
  3. « La meilleure amie d’un garçon, c’est sa mère. ».
  4. A l’instar du film du même nom de Clouzot, il est demandé aux spectateurs de ne pas raconter la fin après la projection. On comprend pourquoi.
  5. Je sais, je néologise : que voulez-vous, on ne se refait pas…
  6. Pour deux raisons : le sang est moins choquant et surtout, ça coûte moins cher !

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