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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Danny Boyle, #Robert Carlyle
Trainspotting (Danny Boyle, 1996)

Pour un vieil angliciste comme moi, le terme Trainspotting me renvoie directement aux Monty Python – encore eux ! – et leur sketch qui voyait John Cleese interviewer Eric Idle qui faisait de l’observation de chameaux – en Angleterre – mais qui en fin de compte avait plutôt observé des trains, espèce plus fréquente au Royaume-Uni.

Mais ne nous y trompons pas, le « trainspotting » dont parle le titre n’est que le titre du roman d’Irvine Welsh dont il est issu.

Quant à un quelconque train, il ne faut pas compter en voir ici, le thème le plus important étant l’héroïne et surtout son addiction.

[Le terme Trainspotting vient du fait que les lieux privilégiés d’échanges (argent contre drogue) se faisaient principalement sur les quais de gare.]

 

Mark « Rents » Renton (Ewan McGregor) est un junkie qui traîne avec une bande de copains presque aussi défoncés que lui : Spud (Ewen Bremner), Sick Boy (John Lee Miller), Tommy (Kevin McKidd) et Begbie (Robert Carlyle).

Et cette dépendance – forte – l’héroïne n’empêche bien évidemment pas les abus qui vont avec comme la délinquance, ni les périodes de sevrage plus ou moins volontaire.

 

Il est bien évident que l’intrigue – minimaliste – importe beaucoup moins que les comportements des différents protagonistes : c’est plus une chronique qu’une narration habituelle qui nous est ici proposée, le temps n’étant que distorsion, surtout dans les esprits plus ou moins ravagés – dont celui de Rents qui est le narrateur – des différents personnages.

Et d’une certaine façon, on peut déceler quelques similitudes avec le personnage d’Alex Delarge (Malcolm McDowell) dans Orange mécanique (1).

En effet, Alex est un drogué de violence (2), qui amènera la même déchéance et le conduira en prison, ce qu’évite de justesse Rents ici.


Et Danny Boyle, dont c’est le deuxième film, ne nous épargne aucun détail de ce qu’est une vie de drogué.

Il reprend d’ailleurs ici Ewan McGregor qu’il avait dirigé dans sa première réalisation : Petits Meurtres entre amis (3). Et McGregor est un Rents formidable, superbe interprète de ce jeune homme ravagé par la drogue et qui passe d’un état à l’autre ave beaucoup de conviction. Ce fut d’ailleurs le film qui lança véritablement l’acteur.

En plus des différents trips de Rents, nous avons droit à une séquence – inévitable – de sevrage avec angoisse à la clé : c’est magnifique et à mon avis peu éloigné de certaines réactions au sevrage. La pièce prend des dimensions terrifiantes et l’apparition de Dawn (Lauren & Devon Lamb), le bébé d’Allison (Susan Vidler) accentue l’effroi de Rents et donne à cette séquence une dimension surréaliste là encore inévitable.

 

Bref, c’est avec un film comme Trainspotting – plus que Petits Meurtres entre amis – que Danny Boyle va s’imposer comme un réalisateur anglais d’importance, participant grandement au renouveau du cinéma anglais qui prendra son véritable essor dans la décennie suivante.

A voir.

 

PS : Je reviens au Monty Python et leur Camel/train Spotting. Une courte séquence nous montre Rents et Sick Boy faisant de l’observation avec jumelles. Mais à la différence d’Eric Idle, ils ont une carabine à plombs qu’ils utilisent pour toucher l’arrière-train (eh oui !) d’un chien, qui va se ruer sur son propriétaire du fait de l’énervement provoqué par la douleur.

 

PPS : Bien sûr, Lou Reed apparaît dans la bande originale du film. Mais ce n’est pas avec Heroin, c’eût été trop facile…

 

  1. La fin du film (dernière intervention de Rents au public) n’est pas sans rappeler la fin du livre de Burgess, différente du film de Kubrick et qui amena une brouille entre les deux créateurs.
  2.  Il prend d’ailleurs lui-même de l’héroïne avant d’écouter le 2nd mouvement de la 9ème de Beethoven.
  3. Et aussi Keith Allen dans le rôle du dealer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sam Peckinpah
Pat Garrett & Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)

 

Alors que le western continue son lent crépuscule (1), Sam Peckinpah nous propose ici son dernier (le sixième), s’attaquant à l’une des plus grandes légendes de l’Ouest : Billy the Kid (Kris Kistofferson).

Peckinpah qui a vu la version de son aîné (de trois ans) Arthur Penn, reprend l’histoire de la fin de Billy the Kid un tout petit peu avant sa capture par Pat Garrett (James Coburn), après un court siège meurtrier de son repère.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien Pat Garrett qui nous intéresse ici, Billy devenant alors une espèce de chimère qu’il va poursuivre pendant tout le film jusqu’à l’affrontement final et définitif. Le film s’ouvre d’ailleurs par la mort de Garrett, exécuté par un de ses métayers (et ses amis), Peckinpah utilisant un montage parallèle pour nous replonger dans les derniers mois de la vie du Kid, faisant finalement basculer le temps du récit de 1909 (1) à 1881, quelques semaines avant le 14 juillet.

La période entre la capture et l’évasion de Billy est d’ailleurs assez similaire de par les personnages et les situations, et en particulier la mort de Howland (Jack Dodson) abattu par Billy d’un coup de carabine alors que ce dernier est à un balcon.

 

Mais à la différence du film de Penn, celui de Peckinpah jouit d’une liberté de ton et d’action, et surtout d’une exposition de violence fort spectaculaire.

A nouveau, Peckinpah nous gratifie de morts sanglantes au ralenti, une de ses marques de fabrique (2).

Certes, cela ajoute dans le spectaculaire, mais à la longue, c’est un tantinet lassant, cette technique devenant systématique à chaque mort, alors qu’une moindre fréquence aurait permis une gradation dans les différentes morts, selon l’importance du tué.

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une version on ne peut plus réaliste, par rapport à celles dont j’ai pu disserter ici, et la présence de James Coburn incarnant le shérif Garrett est un plus, quand on connaît les autres rôles que fit ce grand acteur dans d’autres westerns, dont surtout Britt dans The magnificent Seven.  Ce rôle lui conférant un recul qu’on va retrouver dans ces interprétations ultérieures qu’on va en partie retrouver ici.

Et cette fois-ci, Billy the Kid n’est pas présenté comme une victime des circonstances mais bel et bien pour ce qu’il est : un criminel.

Ce n’est pas un personnage qu’on peut aisément classer d’un côté des bons ou presque. La première fois qu’on le voit, il participe à un entraînement de tir au pistolet : atteindre des têtes de poulets vivants enterrés. Outre et exercice des plus cruels, son duel avec Alamosa Bill (Jack Elam, incontournable second rôle du western) ne brille pas par sa régularité, même si Bill non plus n’était pas un personnage franchement honnête.

 

Mais à la différence d’un western traditionnel, Pat Garrett n’est pas non plus le héros sans tache qu’on avait (un peu) l’habitude de voir (moins chez Penn que chez Hughes) : pas de costume blanc (Garrett/Denher) ni de costume noir (Billy/Newman). Pat Garrett est un ancien bandit et son élection de shérif est surtout due à Chisum (Barry Sullivan), le grand propriétaire qui embaucha Billy autrefois : il n’y a pas vraiment chez lui cette fibre légale qu’on pourrait retrouver même chez Wyatt Earp.

La traque devient alors question d’intérêt pour Chisum, ce que refuse Garrett malgré tout, faisant de tout cela une affaire personnelle.

Et Peckinpah donne une nouvelle raison pour laquelle Garrett ne toucha pas la récompense pour la mort de Billy the Kid, là aussi beaucoup plus réaliste que Hughes.

 

Notons pour finir que Peckinpah eut les mêmes ennuis que Penn une fois le film terminé : les studios Warner Bros sortant une version qui n’était pas vraiment celle voulue par le réalisateur. Il faudra attendre 15 ans (1988) pour que la version « standard » sorte en vidéo. La version 2005 (celle que je possède) reprend ce montage plus adéquat.

 

PS : La présence ET la musique de Bob Dylan (Alias) qui réalisé la BO, dont l’incontournable hit Knocking on Heaven’s Door. Les paroles d’ouverture de la chanson prennent tout leur sel quand elles s’entendent alors que le shérif Cullen Baker (Slim Pickens) s’écarte pour mourir sous les yeux tristes de sa compagne (Katy Jurado) :

« Mama, take this badge off of me / Maman enlève-moi ce badge

I can't use it anymore / Je ne peux plus le porter

It's getting dark, too dark to see / Il fait beaucoup trop noir pour voir

I'm feelin' like I'm knocking on Heaven's door / J’ai l’impression de frapper à la porte du Paradis. »

 

  1. 1908 serait plus juste, année de la mort de Garrett. Mais on ne peut pas toujours avoir raison…
  2. Je plaisante : western et cinéma sont si intimement liés, qu’on n’imagine plus l’un sans l’autre.
  3. Voir à ce propos Salad Days, un faux extrait de film de Peckinpah par les Monty Python. Un régal.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Arthur Penn
Le Gaucher (The left handed Gun - Arthur Penn, 1958)

14 juillet 1881.

Ce jour-là, Billy the Kid (Paul Newman) est abattu par Pat Garrett (John Dehner), alors shérif de Lincoln.

Avant, c’est l’histoire d’un jeune homme qui ne prit pas toujours les bonnes décisions, même si elles paraissaient tout de même fort judicieuses, tout du moins de son point de vue.

Tout commence dans l’Ouest sauvage, quand le jeune Billy rencontre le convoi de Mr Tunstall (Colin Keith-Johnston). Tout de suite, le courant passe très bien entre les deux hommes.

Alors quand Tunstall est tué par le shérif Brady et trois autres hommes, Billy n’a plus qu’une raison de vivre : venger cet homme bon, victime d’un assassinat.

 

Il s’agit ici de la sixième adaptation de la vie (et surtout la mort) de Billy the Kid. C’est aussi la troisième notable – après celle de Vidor et celle de Hughes – mais c’est surtout le premier film d’Arthur Penn en tant que réalisateur, et qui, malheureusement pour lui, devra patienter quatre ans de plus avant de pouvoir à nouveau réaliser un film.

Le Gaucher, c’est aussi le film qui fait entrer Paul Newman dans la légende (de l’Ouest et du cinéma), réalisant ici une belle performance dans ce rôle de hors-la-loi (à nouveau) malgré lui.

Mais à la différence du film de Hughes, ici Penn utilise de véritables éléments de la fin de la vie de Billy. Sans toutefois oublier d’enjoliver des éléments et d’en modifier pour les besoins du film.

 

Toujours est-il que Paul Newman donne une autre épaisseur à ce personnage fascinant qu’était le Kid, fascinant dans le crime du fait essentiellement de sa jeunesse (1). Nous sommes bien loin du Billy interprété par Jack Buetel, Newman donnant une impression de jeunesse et d’insouciance qui manquait à son prédécesseur.

De plus, cet aspect enfantin est accentué par les yeux clairs du grand Paul (2), qui en outre permettent un grand jeu de regards.

A ses côtés, ou en face, cela dépend du moment du film, on trouve John Denher dans le rôle de Pat Garrett. C’est un homme plus trouble que celui interprété par Thomas Mitchell, et aussi beaucoup plus dangereux (3). Denher campe un Garrett certainement plus proche de la réalité que ne le fut Mitchell.

Et on retrouve le lien qui l’unit à Billy, mais à nouveau d’une autre façon : Pat Garrett devient shérif une fois que Billy est allé trop loin. Avant ils se côtoient et s’apprécient, chacun s’occupant de ses propres affaires.

 

Bref, c’est une nouvelle adaptation beaucoup plus intéressante que celle de Hughes, avec des situations beaucoup plus réalistes et des éléments d’authenticité qui aident l’intrigue : malheureusement, ce fut un échec commercial. Echec qui peut s’expliquer par le fait que Gore Vidal était franchement déçu par le scénario que fit de sa pièce Leslie Stevens, mais surtout parce que Penn n’eut aucun accès au film à partir du moment où le tournage fut terminé : la fin qui nous est proposée n’est pas obligatoirement celle qu’il aurait voulue. De plus, Billy, s’il tue des hommes ici, n’est pas montré comme un criminel, mais plutôt comme une victime dans une quête pour la justice – la sienne, qui n’est pas obligatoirement une référence.

 

Il n’empêche, plus de soixante ans après, Paul Newman reste l’un des plus grands Billy the Kid du cinéma, réussissant de par son jeu à retrouver la jeunesse de Billy et jouant des contradictions de l’adolescence : son arrivée à Lincoln où il écoute de la musique en jouant avec un balai en est une très belle illustration. Une de ses colères va aussi dans le sens que Billy n’était pas toujours bien dans sa tête : mais comment peut-on l’être avec un tel pedigree ?

A voir, donc. Oh oui !

 

  1. Billy a 21 ans quand il est tué.
  2. Qui avait 33 ans quand le film est sorti, alors que Billy était supposé n’en avoir que 18. Quoi qu’il en soit, ça passe très bien !
  3. Cette impression tient aussi au passé d’acteur de Thomas Mitchell, qui eut aussi pas mal de rôles un tantinet plus léger.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hughes
Le Banni (The Outlaw - Howard Hughes, 1943)

Billy the Kid (Jack Buetel), Pat Garrett (Thomas Mitchell) & Doc Holliday (Walter Huston). L’affiche est prestigieuse, ce sont trois légendes de l’Ouest qui évoluent devant nous.

L’Ouest, c’est bien sûr cette région sauvage de la Frontière où la Loi n’est pas la même que dans le reste (civilisé) du pays, et où les choses se règlent à coup de pistolet.

 

Nous sommes en 1881 et Doc Holliday débarque à Lincoln où officie comme shérif son ami Pat Garrett.

Doc se déplace à diligence depuis qu’on lui a volé son cheval. Cheval qu’il retrouve avec son nouveau propriétaire – qui jure ses grands dieux qu’il ne l’a pas volé – qui répond au nom de William Bonney. Malgré cela, une amitié naît entre ces deux hommes, ce qui fait craindre le pire à Pat Garrett qui leur conseille de déguerpir.

Evidemment ils ne partent pas et un duel – inévitable – voit la mort de son responsable abattu par Billy.

Commence alors la traque de ce hors-la-loi (le titre original), lui-même épaulé par Doc Holliday contre Garrett.

Blessé, Billy est soigné par Rio McDonald (Jane Russell), petite amie – plus pour longtemps – de Doc Holliday.

 

A l’origine, c’était Howard Hawks qui devait réaliser (tout) le film. Mais en désaccord avec Hughes, c’est ce dernier qui va reprendre les rênes et compléter le film.

Seulement voilà : Howard Hughes avait beau être un producteur qui avait du nez – et surtout un homme d’affaire doué – il n’était pas vraiment réalisateur… Et si son premier (et avant-dernier) film fut un succès, c’est avant tout pour les spectaculaires scènes de combat aérien.

Et ici, que retient-on de ce western ? La plastique de Jane Russell.

Ce sont ses débuts au cinéma, elle a tout juste vingt ans quand le film est terminé (1) et il faut avouer que ses formes ne laissent pas de marbre… Surtout à une période où le Code Hays était tout puissant, autorisant ou non certaines images, expressions ou encore situations.

Cette bataille contre cette institution n’a rien d’étonnant quand on connaît le caractère de Hughes : jusqu’au bout il pensait qu’il pouvait tout régenter.

 

Evidemment, ce western est entré dans la légende, mais surtout pour la présence de Jane Russell sont les appas furent même un argument de vente : l’affiche du film ne laisse aucun doute là-dessus, tout comme les différentes photos qui servirent à sa promotion.

Parce que si on va voir du côté western, on risque d’être un tantinet déçu par cette débauche d’images. On y trouve tout ce qui constitue un western : grands espaces, duel au pistolet, poursuite, bagarre, Amérindiens (avec signaux de fumée), poker et diligence… Bref, le grand jeu !

Mais c’est aussi cette accumulation qui rend le film un brin lourd, Hughes ayant certainement voulu un western superlatif, mais c’est ce trop-plein qui altère sa qualité.

Et surtout, Hughes n’est pas Hawks.

Si le début du film, quand Holliday retrouve Garrett, nous décrit un Ouest traditionnel voire truculent – le cowboy ivre qui veut que le barman pose un verre de bière sur sa tête – l’apparition de Billy coupe court à ce ton narratif, le sérieux l’emportant (presque) définitivement. Pourtant, la présence de Thomas Mitchell avait de quoi permettre d’exploiter le filon comique, comme on peut le voir chez Ford à la même période.

 

Sans oublier l’intrigue qui se réclame comme une page d’histoire de l’Ouest.

Certes, la mort de Billy the Kid n’a jamais été prouvée par Pat Garrett, et c’est cette particularité qui sert de moteur au film, envisageant une fin – convenue – qui va à l’encontre de ce que nous avons appris de ce terrible personnage. Ce bandit notoire ne l’est plus, et la traque de Garrett ne serait qu’une forme de jalousie d’avoir perdu son ami Holliday.

Quant à la présence de Doc Holliday, elle semble incongrue quand on sait le rôle qu’il joua auprès de Wyatt Earp à OK Corral.

 

Au final, un western moyen, malgré la présence de Thomas Mitchell et Walter Huston toujours impeccables, et même les poses langoureuses de Jane Russell n’empêchent pas la moindre qualité du film.

 

(1) Il sortira deux ans plus tard du fait des problèmes avec le Code, obligeant des coupes sérieuses dans le montage final.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor
Billy the Kid (King Vidor, 1930)

 

Troisième film traitant de ce personnage, c’est aussi le premier western de King Vidor, cinéaste plutôt spécialisé dans le drame.

Il s’agit aussi du premier western parlant sur Billy the Kid, en cette année 1930 qui vit tout de même la sortie une quinzaine de jours plus tôt de The big Trail du grand Raoul Walsh. Et je dois avouer que le Billy the Kid de Vidor ne soutient pas longtemps la comparaison avec cet autre western…

 

John W. Tunston (Wyndham Standing) & Angus McSween (Russell Simpson) arrivent à Lincoln, petite localité du Nouveau-Mexique avec leur bétail et leurs possessions, décidés à s’installer dans ce coin de l’Ouest sauvage.

Mais cette bourgade est dirigée par le colonel William P. Donovan (James A. Marcus) qui cumule les fonctions de shérif et juge, ce qui est bien pratique pour diriger une communauté.

Rapidement, un affrontement se met en place, les nouveaux arrivants étant bien s^pur fort désavantagés par la situation.

C’est alors qu’intervient Billy the Kid (Johnny Mack Brown), qui prend la défense de ces paisibles éleveurs, ramenant un équilibre indispensable à la survie de ces derniers.

 

Il est très clair que cette nouvelle adaptation n’a elle non plus pas grand-chose à voir avec le vrai Billy the Kid, et c’est le gouverneur du Nouveau-Mexique de l’époque (1930) qui l’écrit dans une lettre qui est reproduite en introduction du film.

Mais ce gouverneur se garde bien de dresser un portrait réaliste de ce hors-la-loi devenu légendaire, insistant sur le côté justicier de ce personnage.

Que les choses soient bien claires : Billy the Kid n’était pas un personnage très fréquentable, et certainement pas un justicier.

 

Mais qu’importe, nous sommes au cinéma et tout est permis, même de faire passer un brigand pour un type bien (1). Mais ce qui gêne le plus, c’est que Billy s’en sort !

La vérité semble pencher pour le fait que Pat Garrett (ici Wallace Beery) ait tué Billy le 14 juillet 1881.

Ici, pas du tout : Billy s’en va vers une autre vie, comme il le fera chez Howard Hughes une dizaine d’années plus tard.

Puisque je vous dis que tout est possible !

 

Quoi qu’il en soit, ce qui frappe le plus dans ce film, c’est la violence des différentes situations.

Le Code Hays n’étant pas encore en vigueur (il faudra attendre encore quatre ans), nous sommes dans cette ère « pré-Code » où (presque) tout était encore possible d’être montré.

L’assassinat de Tunston est déjà terrible, mais le siège qui va suive le sera tout autant, avec sa résolution quand les assiégés vont être tirés comme des lapins pendant qu’ils essaieront de fuir.

Mais surtout, ce qui pouvait choquer le plus les spectateurs de 1930 (encore que…), c’est le fait que les représentants de la Loi soient les véritables méchants de l’intrigue, véritable retournement des valeurs sociales.

 

Il est bien clair que Vidor n’est pas vraiment à la fête avec ce nouveau genre pour lui qu’est le western. Surtout quand on compare avec les productions contemporaines ou antérieures à ce film : outre Raoul Walsh, John For nous avait déjà gratifié de quelques magnifiques productions (The iron Horse, Three bad Men…), sans oublier The covered Wagon de James Cruze.

Mais on trouve tout de même des éléments bien propres au genre comme les grands espaces et les incontournables échanges de coups de pistolet. Mais ces derniers ne possèdent pas encore ici la maîtrise qu’on retrouve chez les autres : Vidor fait ses armes (c’est le cas de le dire).

Outre les grands espaces, on trouve ici un microcosme intéressant avec des personnages pittoresques comme on peut en trouver chez les autres (Ford en particulier, mais chez Walsh aussi) :

  • nous avons droit à une collection de moustaches tombante auxquelles il ne manque que le jus de tabac où des haricots qui s’y seraient collés. C’est un trio pittoresque composé de Hatfield (Nelson McDowell) et Butterworth (John Beck) dont les conversations, suivies par le Danois Swenson (Karl Dane (2)), sont des plus absurdes, amenant un élément comique qui n’est pas toujours indispensable.
  • Mrs Hatfield (Aggie Herring), véritable femme-maîtresse qui dirige son monde et surtout son mari à la baguette. Le choix d’Aggie Herring dans ce rôle est très pertinent, sa gouaille et son aspect physique renforçant son personnage.

Je terminerai en signalant la présence de deux visage qu’on va être amené à voir dans les productions hollywoodiennes futures : Chris-Pin Martin (Santiago) au regard qui n’est pas sans rappeler celui e Jack Elam, et Roscoe Ates (Old Stuff), qui est déjà un ressort comique.

Mais si Old Stuff est amusant, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et en même temps tragique du fait de son sacrifice.

King Vidor fera à nouveau appel à lui dans son film suivant, aux côtés du même Wallace Beery déjà présent ici.

 

  1. Ce ne sera pas la dernière fois…
  2. Karl Dane, du fait de ses origines danoises, ne passa pas le cap du parlant à cause son accent. Ici, il n’intervient que très peu, dans un rôle sur mesure. Dane, ignoré/oublié par les studios se suicidera quatre ans plus tard. [Dane retrouve ici Vidor pour lequel il avait déjà tourné dans le magistral The big Parade.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Roger Spottiswoode
Demain ne meurt jamais (Tomorrow never dies - Roger Spottiswoode, 1997)

Un avant GoldenEye (n°17 de la série), c’était Albert Saltzman qui disparaissait. Cette fois-ci, c’est Albert R. Broccoli qui s’en va, l’année avant la sortie de ce dix-huitième opus des aventures de notre agent secret préféré (1).

Et encore une fois, James Bond (Pierce Brosnan) nous revient en force, avec moult poursuites et situations périlleuses, sans oublier les jolies filles et bien sûr un méchant mégalomane et psychopathe (comme d’habitude, quoi) : Elliot Carver (Jonathan Pryce).

 

Cette fois-ci donc, le méchant est un tantinet différent des autres puisqu’il possède un empire médiatique – un tycoon, donc – et en use (et abuse) pour faire l’actualité, dans le but ultime de déclencher un cataclysme mondial dont il retirera tous les bénéfices.

Mais heureusement James Bond veille, et à l’aide de Wai Lin (Michelle Yeoh), des services secrets chinois, elle va déjouer cette lamentable tentative et, comme d’habitude, tout se terminera bien.

Par contre, à nouveau, c’est la façon dont il va y arriver qui retient notre attention, cette fin heureuse étant indissociable des différents éléments de la série.

 

C’est Roger Spottiswoode qui a la lourde tâche de mener à bien cette nouvelle histoire, et encore une fois, on constate que Spottiswoode ne fait pas spécialement dans la dentelle, mais il reste tout de même dans la verve des productions EON (2), renouvelant (un peu) les différentes poursuites. Il faut dire que lors du dernier opus, la poursuite en char d’assaut a laissé des marques : il n’est pas facile d’envisager un engin plus encombrant, alors Spottiswoode revient à la moto, avec les variations dues à l’attachement entre Bond et Lin du fait d’une paire de menottes les reliant. De plus, tout comme Clint Eastwood et Sondra Locke dans The Gauntlet, c’est un hélicoptère qui leur fait la chasse, créant un peu de remue-ménage à Saïgon.

L’autre poursuite (antérieure à celle-ci), concerne un véhicule plus traditionnel : une voiture. Mais la grande différence tient dans le fait que James n’est à aucun moment derrière le volant, couché qu’il est sur la banquette arrière et télécommandant grâce à son téléphone portable : déjà, en 1997, on pouvait (presque) tout faire avec un GSM (3)…

 

D’une manière générale, c’est une débauche de gadgets avec pourtant une courte apparition de l’ineffable Q (Desmond Llewelyn, qui fait ici son avant-dernière apparition au cinéma mais aussi dans ce rôle), qui a donc moins de temps pour pester contre Bond.

Et comme nous sommes en Orient, nous avons droit à une démonstration d’arts martiaux par Michelle Yeoh qui n’a rien à envier à Jackie Chan pour la maestria.

Et d’une manière générale, le film est très (trop ?) rythmé, ménageant très peu de temps morts, sans pour autant nous abreuver de plans consécutifs différents comme ce sera le cas quelques années plus tard au cinéma.

 

Alors oui, c’est spectaculaire, c’est efficace, Pierce Brosnan est un interprète décidément très bien choisi, et même la relation entre Moneypenny, Bond est M (Judi Dench) est savoureuse.

Mais malgré tout, c’est peut-être un peu trop, et on aurait peut-être pu avoir un peu plus de calme et de sérénité.

Mais ça, c’est un peu le péché mignon de Spottiswoode, qui se laisse facilement emporter par l’action, délaissant parfois des éléments plus subtils.

Mais ne boudons pas notre plaisir : l’objectif premier est de passer du bon temps et c’est bel et bien le cas ici.

 

PS : A noter la présence de Vincent Schiavelli, au physique particulier (4), dans le rôle du Dr. Kaufman qui n’est pas vraiment un disciple d’Hippocrate puisqu’il a tendance à faire mal plus qu’à soulager. Son entrevue avec James Bond est une séquence agréable dans ce maelstrom de péripéties.

 

  1. Après Austin Powers, cela va sans dire…
  2. Les propriétaires de la franchise.
  3. Comme disent nos amis Belges.
  4. Il était surnommé « l’Homme aux yeux tristes ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #DC Comics, #James Wan
Aquaman (James Wan, 2018)

Nouveau-venu dans l’univers DC, voici Aquaman (Jason « Drogo » Momoa), seigneur d’Atlantis, vous savez, la cité engloutie.

On l’avait déjà aperçu dans Batman Vs Superman (2016) où il faisait une apparition, et surtout dans Justice League (2017) où il avait un rôle plus important.
Il était temps d’ailleurs que les studios DC laissent leur chance à ce personnage aquatique, surtout avec l’aura grandissante de Jason Momoa, née de sa participation à la première saison de Game of Thrones (2011).

 

Aquaman, c’est le fils d’une Atlante – la reine Atlanna (Nicole Kidman) – et d’un homme de la surface – Tom Curry (Temuera Morrison) – que ce dernier a recueillie.

Mais pendant que leur fils Arthur (Kaan Guldur, Otis Dhanji & Kekoa Kekumano) grandissait, la vie sous l’eau continuait et une fois Atlanna rappelée dans son royaume, la dynastie pouvait continuer, amenant sur le trône le demi-frère d’Arthur, Orm Marius (Patrick Wilson), qu’on appelle aussi « Ocean Master » (le Maître de l’Océan).

Bien sûr, pour e dernier, Arthur est une menace, surtout que le royaume attend son véritable roi.

Et évidemment, ce dernier n’est autre qu’Arthur…

 

Ce nouvel avatar des héros des studios DC n’échappe pas à la tradition développée par les autres films de la série : le sérieux.

Pourtant, il y avait de quoi égayer un peu cette histoire (encore une fois) trop sérieuse.

Quand Arthur « Aquaman » est dans un bar et qu’il boit pinte de bière sur pinte de bière, il est abordé par une bande de type à la mine patibulaire. La résolution de cette rencontre pouvait amener cet élément comique qui manque cruellement à ce film : seuls quelques clichés nous témoignent de cette éventualité non exploitée.

Pas étonnant qu’alors la suite reste dans cette teinte sérieuse qui fait la marque des différents produits de ces studios.

Et c’est bien dommage quand on voit le succès que peut remporter Jason Momoa sur les réseaux sociaux, et surtout son aspect costaud mais sympa qui y est développée.

 

Certes, les séquences sous-marines sont magnifiques, sans pour autant éviter de révéler l’origine numérique des effets utilisés. Cela concerne les différents décors élaborés mais aussi certaines créatures dont les habitants de la fosse (the Trench) qui vont attaquer Arthur dans sa quête vers le pouvoir suprême.

Et le combat final (inévitable) est de toute beauté, avec l’intervention d’une super créature qui n’est pas sans rappeler le Léviathan (1), même si ici elle n’a qu’une seule tête.

Bref, DC pioche dans les mythologies (gréco-romaine, la Bible) pour nous offrir ce personnage hybride appelé à une grande destinée.

 

Et ça marche. Tant qu’on reste sous l’eau. Car une fois sur la terre ferme, on n’échappe pas aux poses « spécial » super-héros avec le temps d’immobilisation nécessaire pour récupérer tous les spectateurs, et surtout ceux que se seraient laissés emportés par l’action.

Pour le reste, ça fonctionne comme n’importe quel film de super-héros (l’humour en moins) avec ouverture finale vers une suite inévitable (2).

Alors, à voir. Ou pas.

 

  1. Psaumes, 74:14 & 104:26.
  2. Est-elle vraiment nécessaire ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #George Lucas, #Ron Howard
American Graffiti (George Lucas, 1973)

1962, Modesto (Californie).

L’année scolaire est terminée. C’est la nuit d’adieu avant la prochaine année scolaire : Curt Henderson (Richard Dreyfuss) doit partir le lendemain sur la côte Est pour étudier.

C’est une nuit d’errance qui s’ouvre, chacun au volant de sa voiture, dans l’espoir de faire la rencontre, de vivre la grande aventure.

Une dernière fois avant de se perdre…

 

Nous sommes donc aux Etats-Unis dans cette célèbre année 1962 qui vit quelques grands événements – la mort de Marilyn Monroe, Crise des missiles de Cuba (etc.) – et qui a beaucoup inspiré George Lucas pour son deuxième film : il a vécu cette période et certains de ces souvenirs viennent de sa propre expérience (il avait 18 ans en août 1962).

C’est un véritable concentré des débuts des années 1960s qui nous est proposé ici, ave une reconstitution qui est surtout soutenue par une collection incroyable de voitures de cette période.

Nous sommes dans la dernière décennie de ces Trente Glorieuses  comme on les appelle en France, ces années fastes qui suivirent la Deuxième Guerre Mondiale et qui sont synonyme d’essor économique et surtout de société de (sur)consommation, illustrée ici par une utilisation effrénée (1) de la voiture : l’intrigue se déroule pendant une nuit et ce ne sont que des véhicules qui circulent à longueur de temps, dont certains sans discontinuer.

 

Mais ce film, c’est surtout la fin d’une époque : pas celle de cette société mais plutôt celle de ces jeunes gens pour qui la vie va changer. Le lycée est terminé et il faut penser à l’avenir : Curt part donc à l’Est, malgré ses inévitables doutes : va-t-il partir ?

Presque tous ces jeunes gens sont à un tournant, et l’incertitude qui en naît s’exprime de différentes façon : le doute chez Curt, la peur chez son meilleur ami Steve (Ron « Richie » Howard). Peur parce que sa relation avec Laurie (Cindy Williams) pourrait en souffrir : c’est pour eux une nuit de doute et leur couple ne cesse d’être malmené.

Deux autres personnages importants gravitent autour des deux amis : Terry (Charles Martin Smith) et John (Paul Le Mat). Si Terry est l’archétype de l’adolescent intello – les lunettes y sont pour beaucoup – puceau et qui a tout à découvrir, John est ce qu’on pourrait appeler un mauvais garçon (2) : passionné de mécanique, il a bricolé sa propre voiture, en faisant un bolide que régulièrement on vient défier à la course.

Et nous n’y échappons pas : John sera défié par un « étranger », Bob Falfa (Harrison Ford) et nous suivrons leur course, fatale (en partie) pour l’un des deux.

 

Cette course nous ramène à la décennie précédente, tout comme certaines musiques qu’on entend à la radio, omniprésente dans le film, en voiture ou dans les boutiques. Le seul endroit qui lui échappe étant la grande salle du lycée où à lieu… Un bal avec un groupe reprenant les titres du moment.

Quand John et Bob s’élancent, on repense à Jim Stark (James Dean) et Buzz (Corey Allen) et leur « Chickie Run » dans Rebel without a Cause.

Les Pharaons (Pharaohs dans la VO), ces autres mauvais garçons que rencontre Curt, ne sont pas non plus sans rappeler les membres de la bande de Johnny Strabler (Marlon Brando) dans The wild One.

Et puis George Lucas ouvre le film avec Bill Haley qui chante l’incontournable Rock around the Clock.

 

La musique, d’ailleurs, a une place prépondérante dans le film : essentiellement américaine, on y trouve quelques titres qui sont devenus depuis des standards (Louie Louie ; Surfin’ Safari ; Johnnie B. Good…) mélangeant les titres des deux décennies concernées par le rock. On retrouve d’ailleurs chez John le point de vue de Don McLean (3) : le rock, ce n’est plus ça depuis la mort de Buddy Holly.

 

Bref, c’est un film très nostalgique que nous propose George Lucas, une errance nocturne qui, malgré la pléthore de voitures n’est en rien un road movie. A la fin, pas de transfiguration, et nos différents protagonistes restent les mêmes, et même l’un d’entre eux ne bougera jamais de Modesto (je vous laisse découvrir lequel).

 

PS : Deux ans plus tard, Bill L. Norton proposera une suite au film, mais c’est surtout l’année suivante (1974) qui verra la création de la série Happy Days, dans laquelle on retrouvera, outre Bill Haley, Ron Howard dans un des rôles principaux, Richie Cunningham.

 

  1. C’est le cas de le dire.
  2. John est un mauvais garçon surtout parce qu’il n’a pas pu aller au-delà du lycée, et aussi parce que ses contraventions ne sont jamais payées !
  3. American Pie (1971). Dedans y est fait référence au 3 février 1959, le jour où Buddy Holly, Richie Valens et J.P. Richardson Jr. sont morts dans un accident d’avion : McLean parle du jour où « la musique est morte » (« the day the music died »).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Spike Jonze
Dans la Peau de John Malkovitch (Being John Malkjovitch - Spike Jonze, 1999)

Craig Schwarz (John Cusack) est marionnettiste.

Mais dans le monde actuel (celui de 1999), il n’y a pas de place pour ce métier et Craig est obligé de travailler comme archiviste. En faisant du classement, il découvre une (toute) petite porte qu’il franchit, et longe un tunnel qui l’emmène : dans la tête de John Malkovitch !

Il en parle à une « collègue », Maxine (Catherine Keener) pour qui il a un faible, et à son épouse Lotte (Cameron Diaz).

Lotte va alors tenter l’expérience et se retrouver dans Malkovitch, alors qu’il sera entrepris par Maxine.

 

Jubilatoire (1).

Le film de Spike Jonze est magnifique, alliant une maîtrise cinématographique à un scénario des plus subtiles, mêlant vaudeville et fantastique avec beaucoup de bonheur.

En effet, la présence d’un trio amoureux – en plus de John Malkovitch – fait définitivement basculer cette comédie douce-amère dans le vaudeville, renouvelant le genre avec habileté.

En effet, si nous avons un homme avec deux femmes, il s’agit avant tout d’une infidélité féminine, mais surtout cette infidélité se fait à travers un quatrième personnage (2), rendant la situation des plus singulières.

Le tout nous emmène dans une situation amoureuse et surtout familiale finale qui aurait pu déchaîner les partisans de la famille traditionnelle… Mais heureusement, il n’en fut rien !

 

S’ajoute à cela une distribution à la hauteur : John Cusack bien sûr, mais surtout Cameron Diaz qui interprète pour une fois une femme absolument pas glamour ! En effet, Lotte qui gère une animalerie, peut être qualifiée de « domestique » tant son apparence reste celle d’une femme d’intérieur. Et pire que cela, d’une femme d’intérieur qui ne sort pas.

A tel point qu’elle débarqua dans sa tenue sur le plateau et qu’on la prit pour une étrangère !

 

Bien sûr, c’est le scénario de Charlie Kaufman qui retient l’attention, avec John Malkovitch qui n’a pourtant pas le premier rôle.

Il faut dire que l’imaginer en marionnette est tout de même très drôle, surtout avec la coupe de cheveux qui va avec. Chacune de ses interventions amène le sourire, surtout quand on sait qu’il est habité !

Mais surtout, c’est toute la ramification un tantinet existentialiste qui entoure le scénario qui force l’admiration. Est-on John Malkovitch (3) quand on pénètre son esprit ? Et à part Craig, personne ne peut répondre affirmativement.

 

Bref, c’est un film brillant où la comédie ne l’est pas tant que ça, même si avons droit à quelques moments franchement comiques. En particulier le moment inévitable et en même temps la mise en abyme absolue : John  Malkovitch dans la tête de John Malkovitch.

En plus d’être un moment formidable, c’est aussi une grande prouesse technique rendue possible à ce niveau grâce aux effets numériques (4).

Cette séquence est le point d’orgue du film, véritable scène surréaliste, déclinant John Malkovitch à l’infini et où le langage lui-même lui est dédié.

Sublime.

 

Il ne me reste plus qu’une chose à ajouter : « Malkovitch ! »

 

  1. « Jubilatoire » est un mot que je déteste, mais il n’en existe pas d’autre pour décrire ce que je pense de ce film.
  2. Oui : John Malkovitch.
  3. Le titre original.
  4. Ce n’est pas la première fois qu’un acteur est démultiplié, certes, mais pas à ce point, ni dans de telles conditions. Inoubliable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Sofia Coppola
Lost in Translation (Sofia Coppola, 2003)

Seul.

Bob Harris (Bill « Phil Connors » Murray) est seul ? Désespérément seul. Seul dans sa vie – et pourtant il est marié – seul dans Tokyo où il est venu tourner un spot publicitaire pour un whisky japonais.

Il rencontre Charlotte (Scarlett « Black Widow » Johansson), autre solitaire dans cette (trop) grande ville, venue accompagner son mari (Giovanni Ribisi) photographe.

Petit à petit, une histoire d’amour – platonique – va se créer entre ces deux solitaires complètement perdus loin de chez eux.

 

Quatre ans après son premier long métrage, Sofia Coppola (la fille de) revient au long métrage avec cette longue errance de deux inadaptés à une société et une culture à laquelle ils sont totalement étrangers.

Cette inadaptation est la plus flagrante chez Bob, et s’exprime clairement dans l’une des premières séquences : Bob est dans l’ascenseur, entouré de Japonais aussi silencieux que lui (normal, nous sommes dans un ascenseur) qu’il dépasse d’une bonne tête. Charlotte elle-même d’ailleurs lui reprochera légèrement sa grande taille (1,87m).

Mais la véritable inadaptation se traduit surtout par une impossibilité de vivre normalement dans ce pays si différent. Tous deux ne se font pas au décalage horaire, passant une partie de la nuit au bar ou en fête, et la nourriture, comme ne témoigne leurs impressions du repas qu’ils partagent au restaurant.


Et bien sûr, il y a la langue.

C’est une barrière presque physique qu’elle va instaurer dans les relations entre ce couple malgré lui et les autres. Alors que dans le même temps nous croisons deux autres Américains qui semblent tout à fait s’adapter dans cette vi(ll)e : John, le mari de Charlotte, et Kelly (Anna Faris) actrice en tournée de promotion de son dernier film.

Heureusement, il existe tout de même des Japonais qui parlent leur langue, mais es derniers sont très rares, et nos deux amis se retrouvent complètement perdus dans ce flot de paroles qui parfois expriment très peu de chose : la séquence où le réalisateur (Diamond Yukai) donne ses indications e tournage à Bob est très caractéristique de cette errance verbale.

En effet, alors que les explications sont infinies et semblent d’une précision redoutable, Miss Kawasaki (Akiko Takeshita) les traduits de manière fort lapidaire, amenant le doute dans l’esprit de Bob qui ne peut croire qu’il en ait si peu dit.

Cette séquence illustre très bien ce sentiment d’être perdu dans la traduction comme on pourrait traduire le texte.

 

Mais cette barrière linguistique s’exprime aussi dans d’autres situations que va vivre Bob – et dans une moindre mesure Charlotte (à l’hôpital) – étant pris à partie dans des discussions – en fête, à l’hôpital – et essayant de s’accrocher désespérément à une quelconque sonorité familière.

Mais cette incompréhension s’accentue encore plus quand il est reçu par un animateur de télévision (Takashi Fujii) à succès, livrant alors une prestation des plus pathétiques, alors qu’il montre clairement qu’il regrette d’avoir prolongé son séjour pour ça…

 

Bref, c’est une magnifique errance de deux solitaires qui se trouvent dans une ville trop grande, perdus dans une société qu’ils ne comprennent pas où se côtoient le Japon classique (là où déambule Charlotte) et le moderne (l’environnement de Bob), mais avec toutefois cette étincelle de bonheur que représente leur rencontre.

Le tout magnifiquement cadré par Lance Acord, qui participera au film suivant de Sofia Coppola, Marie-Antoinette.

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