Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Sydney Pollack
L'Interprète (The Interpreter - Sydney Pollack, 2005)

« L’interprète », c’est Sylvia Broome (Nicole Kidman), qui travaille aux Nations Unies (New York). Un soir, elle surprend une conversation qui laisse entendre qu’on va assassiner un chef d’état africain lors de sa venue dans ce lieu prestigieux.

Seulement voilà : Silvia est originaire du même pays d’Afrique (l’imaginaire Matobo qui n’est pas sans rappeler le Zimbabwe), où elle prit les armes dans sa jeunesse contre ce même président. De plus, son frère (Hugo Speer) est resté et continue la lutte. Et comme si cela ne suffisait pas, les autres membres de sa famille sont morts dans l’explosion de l’une des innombrables mines semées par le régime dictatorial en place

Ces dernières informations laissent sceptiques les services secrets américains quant aux motivations de Sylvia…

 

Avec cet avant-dernier film (1), Sidney Pollack renoue avec le thriller, mais mâtiné d’une dimension politique. On retrouve dans le personnage de Sylvia un peu du Condor interprété par Robert Redford trente ans plus tôt (2).

En effet, tout comme Joseph Turner, Sylvia est seule dans un milieu plutôt hostile et sa vie est menacée. Mais alors que Turner ne comprenait pas ce monde qui l’entourait, Sylvia elle sait très bien quels en sont les enjeux.

Alors que dans Les 3 Jours du Condor, le spectateur découvrait avec Turner les manœuvres des services secrets, ici ce sont les services secrets qui découvrent avec le spectateur les différents éléments de l’intrigue, comme une sorte de négatif du film plus ancien.

 

A nouveau, Nicole Kidman interprète une femme forte et déterminée, ici sur fond de crise démocratique et à ses côtés – la plupart du temps en face plutôt que près d’elle (3) – on trouve un Sean Penn tout en nuance, sorte d’inverse de Sylvia : elle est une femme, il est un homme ; elle met à jour un complot, il appartient aux services secrets… Mais ces différences s’estompent à mesure que le film avance : ils sont tous les deux désespérément seuls et se consacrent à leur travail pour ne pas devoir se lamenter sur leur sort. Tous deux portent un deuil terrible et la philosophie du Matobo est d’un grand secours dans leur détresse.

 

Mais ces différents deuils sont un frein à une histoire d’amour qui ne dit jamais son nom : le caractère récent l’empêche de se développer alors que tout semble là pour qu’elle s’épanouisse. On retrouve bien là une des caractéristiques des films de Sidney Pollack dans lesquels les amours sont très souvent compliquées. Outre le Condor, j’ai traité ici de deux autres films qui illustrent bien ce fait : Out of Africa où l’amour naît entre une femme mariée et un aventurier au début du 20ème siècle (ce n’était pas très bien vu…) ; Tootsie où le travestissement était la base des complications, mais ave toutefois une forte dose comique.

 

Ici, rien n’est drôle et on sent présent le souvenir du 11 septembre (4 ans plus tôt), surtout quand un bus est la cible d’un attentat. Il y a dans cette séquence une dimension actuelle double : actuelle quand le film est sorti, rappelant ce qui s’était passé dans cette même ville de New York en 2001, mais actuelle pour nous spectateurs quinze ans plus tard (4) : les médias n’ont cessé de nous montrer nombre de situations similaires des hommes seuls ont pu tuer sans hésiter au nom d’idées politiques ou/et religieuses, faisant d’innombrables victimes, innocentes, hélas.

 

  1. Sidney Pollack mourra trois ans plus tard.
  2. Les 3 Jours du Condor (1975)
  3. « Kepéla » comme on dit en ku, le dialecte du Matobo.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Cecil B. DeMille
Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman - Cecil B. DeMille, 1936)

Wild Bill Hickok (Gary Cooper), Calamity Jane (Jean Arthur) et Buffalo Bill (James Ellison) sur une même affiche! Il n’y a qu’à Hollywood qu’on peut voir ça.

Et en plus, c’est le grand Cecil B. DeMille qui est aux commandes, alors il n’y a plus qu’à se laisser faire…

 

Certes, DeMille, épaulé par Waldemar Young, Harold Lamb et Lynn Riggs au scénario, eux-mêmes chapeautés par la fidèle Jeanie Macpherson, a pris quelques libertés avec la vérité historique, mais que voulez-vous : nous sommes au cinéma !

Nous avons donc cet « homme de la plaine » (1), légende de l’Ouest qui côtoie d’autres légendes du même acabit dans une période alors troublée par la mort de Lincoln (2) et le retour de guerres indiennes, ranimées par un trafic d’armes à répétition que va combattre Bill Hickok et surtout son patron : l’infâme John Lattimer (Charles Bickford).

Mais si DeMille (and C°) a pris des libertés par rapport à la vérité historique, n’en demeurent pas moins quelques éléments véridiques comme son amitié avec Buffalo Bill et Calamity Jane, sa mort d’une balle ans le dos par Jack McCall (Porter Hall) et la dernière « main » qu’il a jouée : « Dead man’s hand ». (3) Là encore, le scénario prend des libertés ave la mort de notre héros, ais je vous renvoie à la troisième ligne du deuxième paragraphe.

 

Je suppose que les spectateurs français (et surtout les plus jeunes) ont eu un sentiment de frustration quand ce film est sorti (le 7 mai de l’année suivante) : en effet, le titre nous annonce une aventure de la superstar de l’Ouest américain, qui avait même fait quelques apparitions à Paris  en 1905, alors que l’intrigue est plus resserrée autour de son compagnon Wild Bill. Certes, « L’homme de la Plaine » aurait été un titre des plus appropriés, mais peu vendeur, Hickok étant fort inconnu – même aujourd’hui des spectateurs français (4). Et en plus, il n’est pas question de tuer des bisons ! J’ajouterai même que le chef Yellow Hand (Paul Harvey) reproche aux hommes blancs de tuer ces mêmes bisons, leur source de nourriture.

D’ailleurs, le film ne s’appesantit pas sur le rôle joué par les deux cowboys vedettes dans les guerres indiennes, la légende y aurait pris une belle écorne.

 

Autre légende présente dans le film : le général Custer (John Miljan). Mais ne vous attendez pas à y voir le vrai, l’acharné qui mourut à Little Bighorn avec ses hommes, mais plutôt un homme assez bon – pas trop tout de même, il est général – et qui déplore cette nouvelle guerre indienne qui arrive du fait du trafic.

Nous avons même droit à la bataille de Little Bighorn, racontée par un jeune acteur d’origine mexicaine : Antonio Rodolfo Quinn Oaxaca, qu’on connaît mieux sous le nom d’Anthony Quinn. Nous assistons essentiellement à la fin de Custer, aussi héroïque que le voulait la légende à l’époque et qui ne sera pas démentie par Raoul Walsh cinq ans plus tard (They died with their Boots on). Là encore, il faudra attendre Little big Man pour avoir une autre vision de ce héros si décrit et décrié…

 

Alors ce film ?

Et bien nous avons ici un western tout à fait classique avec duel final – mais pas au soleil couchant – dans un décor traditionnel, alternant les grands espaces (indispensables, surtout quand il s’agit de parler d’un « homme de la plaine ») et les intérieurs rustiques (chez Cody) ainsi que l’incontournable saloon qui est tenu ici par Calamity Jane.

L’interprétation est à la hauteur de l’événement (autant de légendes d’un coup ne pouvait supporter une distribution mièvre) et si Gary Cooper est toujours impeccable, on notera qu’il s’agit d’un des rares films où il meurt à la fin.

Mais si Cooper est magnifique (pourrait-il en être autrement ?), c’est le personnage de Calamity Jane qui retient l’attention : Jean Arthur est formidable dans le rôle de cette femme masculine qui répond avec un fouet à ceux qui regrette qu’elle en soit une !

Ses rapports avec Wild Bill sont parfois prétextes à quelques situations comiques mais aussi à une belle histoire d’amour, contrariée, cela va de soi.

L’arrivée de Jane dans le film est inoubliable : Jean Arthur fait tout pour la faire ressembler à un homme –avec la gouaille et l’accent qui vont avec ! – mais fond tout de même devant la garde-robe de Mme Cody (Helen Burgess).

 

Bref, un western comme on les aime où si les Indiens sont tués sans vergogne, ils ne sont pas pour autant montrés comme des bêtes sanguinaires mais plutôt comme les victimes de agissements des « colons » blancs. Les mentalités vont mettre du temps à évoluer et changer pour cesser de penser qu’« un bon Indien est un Indien mort. »

 

PS : on notera la présence de quelques habitués u western dans la distribution (pas toujours créditée) dont le célèbre Francis Ford, frère de John. Et on remarque à nouveau qu’il sait parler. En effet, dans les films e son frère, il se cantonne à des rôles quasiment muets : il est là, mais on ne l’entend pas beaucoup, voire pas du tout.

 

  1. Le titre original.
  2. Le film commence le 14 avril 1865, juste avant que le président américain se rende au théâtre Ford où il sera abattu.
  3. « Main de l’homme mort » : une paire d’as et une paire de huit noirs.
  4. Sauf ceux qui ont vu Little big Man.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Harry Potter, #Alfonso Cuarón
Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban (Harry Potter and the Prisonner of Azkaban - Alfonso Cuarón, 2004)

Troisième année à Hogwarts School of Witchcraft and Wizardry pour notre jeune ami Harry Potter (Daniel Radcliffe), « le garçon qui a survécu ». On y retrouve le même château, les mêmes professeurs, et bien sûr les mêmes ennuis pour notre héros. Enfin presque tous les professeurs puisque de nouveau le professeur défense contre les forces du mal est remplacé. Cette fois-ci, c’est Remus Lupin (David Thewlis) qui officie. Ce dernier a la particularité d’avoir été un très grand ami des parents de Harry, tout comme un autre nouveau venu dans l’univers de J. K. Rowling : Sirius Black (Gary Oldman). Black est un évadé de la terrible prison d’Azkaban où il a été enfermé pour meurtre.

On dit qu’il est venu tuer Harry après avoir trahi ses parents.

 

C’est bien sûr Sirius Black le prisonnier du titre et son histoire n’est pas si simple qu’elle paraît, pour notre plus grand plaisir.

En effet, ce troisième opus du sorcier le plus connu au monde (après Merlin, cela va de soi) est un véritable plaisir total. Cinématographiquement parce qu’il est mené d’une main de maître par Alfonso Cuarón, photographié et monté avec beaucoup d’intelligence, le tout rythmé par la musique du grand John Williams qui s’amuse avec les œuvres de ses aînés.

Evidemment, on retrouve la structure mise en place par Chris Columbus avec un prologue chez les Dursley, la famille moldue de Harry (1). Mais Cuarón va rapidement se démarquer de Columbus. Et si on a même droit au match de quidditch, c’est plus d’un point de vue anecdotique : l’enjeu est abandonné au profit des créatures terribles que sont les gardiens d’Azkaban, les Démenteurs.

Mais le grand absent de l’histoire, c’est bien sûr Voldemort qui n’est que mentionné par moments.

Et pourtant, Cuarón réussit à en faire l’un des meilleurs films de la série (2).

 

Et comme le livre de Rowling paru cinq ans plus tôt, c’est avant tout la narration qui retient l’attention, avec un élément fédérateur : le voyage dans le temps. Le grand Alfonso connaît ses classiques et va jouer avec bonheur sur les paradoxes temporels et nous proposer une intrigue haletante de la même veine que Retour vers le Futur II, mêlant les deux instants revécus par Harry et Hermione (Emma Watson).

Et comme toujours dans ces cas-là, rien n’est laissé au hasard, amenant une intrigue dédoublée qui se résoudra avec bonheur (bien entendu) en se réunifiant.

 

Par contre, ce qui change beaucoup des deux premiers films, c’est le ton de la narration. On trouve ici une noirceur qu’il n’y avait pas avant. Le temps atmosphérique est aussi de la partie, accentuant cette noirceur. Certes, les Détraqueurs (3)  sont des personnages sinistres, mais cela n’explique pas tout. Avec Harry Potter Le Prisonnier d’Askaban, la série prend un tournant dans le ton : le côté enfantin disparaît à mesure que nos trois héros grandissent et se rendent compte du monde qui les entoure.

 

[Attention : je vais parler de la résolution de l’intrigue, alors si vous n’avez pas vu le film ni n’avez lu l’œuvre de Rowling, je vous conseille de revenir plus tard…]

 

Avec Voldemort, le mal avait son représentant tout trouvé : un magicien noir archétype du Méchant. Ici, celui qui s’approche le plus d’un méchant, c’est Peter Pettigrew (Timothy Spall) qui n’a rien d’une menace (ne pas s’y fier, tout de même…) et serait plutôt risible. Mais son passé parle pour lui et on découvre que cet être insignifiant n’est pas vraiment inoffensif.

Et c’est en ça que Harry, Hermione et Ron (Rupert Grint) commencent à sortir de l’enfance : Pettigrew est un méchant ordinaire qu’on ne distingue pas des autres comme Voldemort. Le monde n’est pas si manichéen que ça.


 

Et ce tournant noir va s’accentuer à mesure que la série va s'étoffer : l’opus suivant verra le premier mort de la série.

Mais ceci est, bien sûr, une autre histoire.

 

  1. Belle illustration du précepte : « on ne choisit pas sa famille ».
  2. Pour moi, c’est le meilleur. Quant au livre, je crois que c’est mon préféré…
  3. Dementors en VO : littéralement ceux qui défont l'esprit (« mens » en latin qui signifie esprit)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Billon, #Drame
L'Homme au chapeau rond (Pierre Billon, 1946)

« On peut faire des choses terribles, quand on est terriblement amoureux. »

C’est la dernière réplique du film, prononcée par l’homme au chapeau rond avant de s’en aller définitivement.

 

L’homme au chapeau rond, c’est Nicolas Pavlovitch (Raimu). C’est un ancien magistrat ruiné qui vit seul avec sa fille Lisa (Lucy Valnor) depuis la mort de sa femme.

Depuis quelques temps, il tourmente Michel (Aimé Clariond) qu’il a connu autrefois, avant la naissance de sa fille. Et la petite Lisa est née (seulement) huit mois après le départ de Michel dans la vie de Nicolas et sa femme.

Coïncidence ? Je ne crois pas. Et Nicolas non plus d’ailleurs.

 

C’est une histoire terrible que nous raconte ici Pierre Billon, réalisateur français de seconde zone, dans cet après-guerre qui vit le renouveau du cinéma français après quatre années troubles. Histoire terrible mais peu étonnante quand on connaît l’auteur qui l’a inspiré : Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski. On y retrouve l’aspect sordide qu’on connaît de l’auteur de Crime et Châtiment et c’est d’ailleurs à une équipe de Russes blancs que fit appel Billon pour le tournage : parmi eux Georges Wakhévitch à la caméra et Nicolas Toporkoff (Le Brasier ardent, Michel Strogoff…) aux décors et Olga Choumansky pour les costumes.

C’est noir, c’est terrible, et en plus il y a Raimu.

 

Ce dernier est – encore une fois – extraordinaire, mais dans un registre différent. On se souvient surtout de lui dans la Trilogie marseillaise, interprétant un César haut en couleur toujours la gueule ouverte. Ici, Nicolas est un personnage (presque) réservé, un de ces petits qui peuplent l’univers de Dostoïevski, et qui, à l’instar de Raskolnikov, n’est pas tout blanc.

Parce que Pavlovitch est ce qu’on peut appeler un salaud : il va laisser mourir sa fille sans en paraître très affecté, se réjouissant d’ailleurs des différentes situations mortuaires qui se présentent.


Face à lui, on trouve un Aimé Clariond au diapason, ancien amant tourmenté par le cocu auquel il était attaché, jonglant sans cesse entre son passé de séducteur (et donc d’amant) et de père possible de la jeune Lisa. C’est la conjugaison de ces deux états qui fait de la relation qui se renoue avec Nicolas un véritable enfer pour lui.

Et au final, c’est Clariond qui se lâche – justement – face à un Raimu tout en sobriété (1). Aucun coup de gueule ni emportement comme on a pu lui en voir avant guerre. Raimu nous montre – encore une fois – qu’il était un grand acteur.

Mais ce film, c’est avant tout l’adieu de ce dernier au cinéma et aux spectateurs : Raimu mourut quelques semaines après sa sortie, d’une complication opératoire.

Son départ dans le film en tant que Nicolas Pavlévitch prend alors une dimension exceptionnelle car l’analogie est frappante.

On retrouvera une même émotion à la fin de Soleil Vert quand le personnage interprété par Edward G. Robinson est euthanasié : Robinson mourut avant la sortie du film.

 

Avec Nicolas Pavlévitch qui s’en va, c’est un monstre sacré du cinéma et de la culture populaire française qui disparaît, et seulement après 15 ans de tournage !

 

  1. Cela ne concerne que son jeu : son personnage est un alcoolique !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty Bistro (Out West - Roscoe Arbuckle, 1918)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est passager dans un train vers l’Ouest américain.

Chassé, il est poursuivi par des Indiens un tantinet cannibale et se retrouve dans un hameau perdu de e même Ouest un brin sauvage. Il y fait la connaissance de Bill Bullhorn (Buster Keaton), propriétaire du Saloon de la dernière Chance (1), ainsi qu’une belle jeune femme de l’Armée du Salut (Alice Lake). A ce trio s’ajoute l’infâme Wild Bill Hiccup (Al St John), bandit notoire qui tente de régenter cette ville champignon.

 

Nous sommes ici en territoire conquis : on retrouve Roscoe Arbuckle et ses collaborateurs habituels (Keaton et son neveu St John) ainsi qu’Alice Lake dans le rôle de la jeune première. Et bien sûr, c’est Arbuckle qui a le rôle du jeune premier, ce qui contraste avec les canons habituels. Mais il en va toujours ainsi chez le grand Roscoe.

Avec Out West, c’est à un monument du cinéma que s’attaque le trio comique : le western.

Et je dois avouer que nous ne sommes pas déçus.

En effet, on y retrouve quelques stéréotypes indispensables – grands espaces, personnages rudes, Indiens et coups de pistolets – ainsi que les codes habituels de l’humour de nos trois vedettes : chutes et cascades, débrouillardise et en guise de tarte à la crème (difficile à justifier dans ce monde hostile) des bouteilles que Fatty casse sur la tête de Hiccup (2).

C’est bien sûr un festival de gags menés tambour battant par Arbuckle et ses compères, sans toutefois éviter de tomber dans certains travers au goût très douteux comme on en trouve à foison dans le cinéma américain de cette époque.

 

En effet, on ne passe pas à côté de références racistes ordinaires (pour ce milieu) qui s’expriment contre les Amérindiens et un jeune homme noir.

Les Indiens sont tout d’abord présentés comme cannibales puisqu’ils comparent Fatty à un grand stock de nourriture pour l’hiver, et seront abattus sans problème par leur cible quelques temps plus tard.

De son côté, le jeune homme noir est harcelé par les cowboys qui le font « danser » dans le saloon : ils tirent par terre et le jeune homme sursaute pour éviter les balles.

Parmi ces tireurs, on retrouve notre Fatty et Bullhorn, qui avait défendu un joueur contre un tricheur auparavant, ne trouve rien à redire contre cette pratique des plus humiliantes.

Il faudra l’intervention de la jeune femme pour que cet « amusement » cesse.

 

Et puisqu’on en est à parler pistolets, on remarque que la violence est très présente dans ce film. En effet, Bullhorn/Keaton n’hésite pas à abattre de sang-froid un tricheur de poker dans le dos, l’évacuant dans le sous-sol de façon malgré tout comique comme il le fera pour d’autres importuns.

D’une manière générale, cet Ouest est hostile et il faut avoir le cœur – et l’estomac – bien accroché pour y survivre. Et même si c’est le cas…

Bref, un petit western (une vingtaine de minutes) qui n’a rien à envier au grand, où le trio vedette s’en donne à cœur joie pour le plus grand plaisir des spectateurs, même si on peut reprocher quelques débordements racistes qui nous paraissent aujourd’hui des plus incongrus et déplacés, surtout avec les événements que nous venons de connaître (3).

 

PS : Encore une fois, quelle traduction du titre...

  1. Last Chance Saloon
  2. Le nom Wild Bill Hiccup fait référence à Wild Bill Hickok, véritable cowboy et tueur de bisons pendant les guerres indiennes. « Hiccup » signifie hoquet.
  3. La mort de George Floyd, tué par la police américaine parce qu’il était noir.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Percy Nash
Hobson's Choice (Percy Nash, 1920)

 

Le vieux Hobson (Arthur Pitt) tient un magasin de chaussure, aidé par ses trois filles, Maggie Joan Ritz), Vickey (Joan Cockram) et Alice (Phyllis Birkett). Mais ses filles sont grandes, et il est temps qu’il leur trouve un mari. Le problème, c’est qu’il passe le plus clair de son temps au Moonraker, un pub des alentours.

C’est Maggie qui va prendre les choses en main et faire évoluer la situation en épousant son cordonnier vedette, le timide Willy Mossop (Joe Nightingale) – sans oublier de lui forcer la main, cela va de soi.

 

Alors que le cinéma américain est en train de prendre son envol – grâce à certains maîtres comme Griffith ou DeMille – le cinéma anglais commence à accumuler un certain retard. Et cette réalisation de Percy Nash rend bien compte du décalage qui est en train de se creuser entre le nouveau et le vieux continent. Bien sûr, la Première Guerre Mondiale a laissé des traces, mais dans ce cas-là, comment expliquer l’essor du cinéma allemand à la même période ?

Et en plus, Hitchcock n’en est qu’à ses balbutiements…

 

Il faut tout de même reconnaître que le scénario de Harold Brighouse tient la distance, mais c’est avant tout dû à la pièce originale (et originelle) de W. Courtney Rowden : une trentaine d’années plus tard, une nouvelle adaptation se fera avec Charles Laughton dans le rôle du père Hobson et surtout le grand David Lean à la réalisation.

Mais nous ne sommes qu’en 1920 et l’influence théâtrale de l’intrigue est des plus présentes, jusqu’à doubler exactement les répliques des différents protagonistes : nous sommes en présence d’un théâtre filmé où les intertitres jouent le rôle des phylactères dans les bandes dessinées.

 

Pourtant, les différentes interprètes ont de quoi faire de ce film autre chose que du théâtre filmé, et surtout Joe Nightingale et son Willy Mossop à l’air ahuri. On sent aussi du potentiel chez Arthur Pitt (le père Hobson), tout comme chez Maggie/Joan Ritz, mais rien n’est vraiment exploité.

Du point de vue du montage, et du cadrage, on reste dans une gamme très raisonnable et à part quelques plans rapprochés (peut-on parler de gros plans ?) on reste dans le plan d’ensemble ou américain, avec un (tout) petit montage parallèle que je vous laisse découvrir.

 

Conclusion, on reste sur sa faim devant cette comédie prometteuse, engoncée dans un format théâtral qui la dessert, bridant les différents interprètes et empêchant ce qui aurait pu être une comédie débridée, si elle avait été confiée à quelqu’un comme Frank Capra.

Seulement voilà : en 1920, Frank Capra n’a pas encore commencé à travailler au cinéma. Et surtout, il y a 8765 kilomètres qui séparent Londres de Los Angeles…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Banque de France

Avec un ancien banquier devenu président de la république, ça devrait arriver…

 

Je lisais la semaine dernière les articles de Charlie Hebdo sur la privatisation progressive de la France par ce gouvernement, autour de trois grands services emblématiques: la Santé, la Police et l'Ecole.

Et qu'apprend-on ? Que ce que nous appelons encore service public est en voie de disparition au profit d'une prestation de service, privée bien sûr, qui permettra à l'Etat de se désengager et surtout de moins payer, évitant alors de dépenser un « pognon de dingue » plus utile ailleurs (1).

Ca avait commencé dans les années 1980-90 quand on avait doucement privatisé partiellement de grandes entreprises et de grands services publics emblématiques comme La Poste ou Renault (2). On se souvient aussi des privatisations mises en place par Edouard Balladur alors ministre des finances de Jacques Chirac (Paribas, BNP, Saint-Gobain) qui furent des opérations juteuses, et pas seulement pour l'Etat : je me souviens d'un copain qui était élève en terminale économique  et qui avait décidé de se faire un peu d'argent de poche en achetant du Paribas...

Mais avec le président Macron, on passe aux choses sérieuses.

Les rares préceptes constitutionnels qui subsistaient dans les services publics encore ne activité vont eux aussi disparaître. Après la liberté qui prit un méchant coup sous couvert d'une crise sanitaire gérée au jour le jour sans véritable plan d'action, mais j'en ai déjà parlé ici.

C'est maintenant à l'égalité et à la fraternité que s'attaquent nos dirigeants, en dézinguant l'hôpital public et l'école.

 

Je rejoins tout à fait Yann Diener (Charlie Hebdo du 24-6) quand il; déclare que les riches ne veulent pas se faire soigner avec les pauvres. Et beaucoup d'entre eux passent déjà par des cliniques privées pour soigner leurs bobos. Avec ce que veut le gouvernement, tout le monde sera obligé d'aller se faire soigner dans le secteur privé. En effet, nos amis riches en ont assez de système où  tout le monde peut être soigné même (surtout !) sans payer.

Le système de sécurité sociale n'aura donc plus de raison d'être, et ça tombe bien, c'est une source de gouffre financier. Sauf que récemment, la Sécu s'est retrouvée positive. Et curieusement, les médias n'en ont pas fait leurs choux gras... Heureusement, on a trouvé rapidement une utilisation à cet excédent exceptionnel (?) et on a retrouvé cette dette sociale si confortable pour ceux qui nous gouvernent.

Et les pauvres?  Ils iront dans ces établissements qui fleurent bon la misère et qu'on a connus jusqu'au siècle dernier : des dispensaires. Vous imaginez bien que le matériel ne sera pas toujours à la pointe du progrès. Parce qu'il ne faut pas oublier que pendant que les pauvres ne se soigneront plus, les riches profiteront des dernières avancées technologiques.

 

Quant à l'école, encore une fois, ce système coûte tellement que le gouvernement a régulièrement délégué les missions pour s'en désengager. En effet, ce sont les collectivités locales qui ont déjà pris le relai de l'Etat pour tout ce qui relève de la logistique. La prochaine étape ?  On demandera à ces mêmes collectivités de rémunérer les enseignants. Encore une fois, on assistera à une inégalité flagrante entre les communes, départements, régions riches et les plus pauvres. C'est déjà le cas quand on voit la  notoriété de certains établissements publics par rapport à d'autres. Mais avec ce qui arrive, ce sera systématique. Et en plus, ce sera payant.

Il restera toujours une école publique et gratuite (3). Mais comme elles seront entièrement à la charge des collectivités locales – qui reçoivent toujours moins d'aides de l'Etat – l'enseignement prodigué ne sera pas au niveau des établissements privés financés par les familles mais aussi les organismes privés. Ces organismes auront aussi la mainmise sur les programmes – normal, ce seront les payeurs – amenant un appauvrissement des savoirs humanistes au profit des savoirs pratiques, amenant dans le même temps une baisse du niveau de réflexion : on aura ainsi des travailleurs dociles qui se laisseront exploiter par des patrons sans scrupule (ce seront le même qu'aujourd'hui) sans se poser de question.

 

Et donc nous en arriverons à la disparition du service public tel que nous le connaissons. Mais ce ne sera pas pour autant la disparition des impôts et autres taxes qui le financent encore.

Mais alors, s'il n'y a plus de service public, que restera-t-il de l'Etat ?

Comme maintenant, il financera le secteur privé qui se sera emparé des pouvoirs régaliens. Et en plus, il n'y aura plus cette fameuse (et fumeuse) dette. Par contre, il n'aura que très peu de pouvoir décisionnaire – ce qui est déjà un peu le cas actuellement – se contentant d'accorder ou non des crédits aux différents secteurs privatisés.

En clair, l'Etat sera devenu une banque.

Normal, le président actuel est un banquier.

 

(1) Pour qui ? La réponse plus loin.

(2) Nationalisé à la fin de la 2ème Guerre Mondiale pour fait de collaboration.

(3) Laïque ? Ca m'étonnerait, vu les poussées communautaristes qui ne cessent d'augmenter et qu'on ne veut « pas de problème »...

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Michael Apted, #Robert Carlyle
Le Monde ne suffit pas (The World is not enough - Michael Apted, 1999)

Et dire qu’on est passé à côté de Peter Jackson ou Joe Dante !

En effet, Barbara Broccoli, la fille d’Albert R., avait envisagé la présence de l’un ou de l’autre pour la réalisation de ce dix-neuvième opus des aventures de notre espion préféré (après Austin Powers, cela va sans dire…).

Mais c’est Michael Apted qui a décroché la timbale. Remarquez, on aurait pu avoir pire. Je ne donnerai pas de nom, il suffit d’aller voir dans la liste de ses prédécesseurs…

 

Donc James Bond (Pierce Brosnan) revient en pleine forme pour une nouvelle aventure, l’avant-dernière en ce qui concerne l’acteur, mais ceci est une autre histoire.
Enfin en pleine forme, c’est vite dit puisque  sa dernière mission lui a laissé une épaule endolorie et qui se révélera un sérieux handicap en pleine action, mais n’anticipons pas.

La nouvelle James Bond Girl – enfin l’une des deux – est à nouveau française : à Carole Bouquet (For your Eyes only) succède Sophie Marceau dans un rôle ambigu avant sa résolution.

Mais surtout, c’est ce film qui voit les adieux de Desmond Llewelyn à la série : il s’éclipse de manière tout à fait pertinente, come un vieil acteur qui quitte la scène sur une plateforme qui descend. Cet adieu est à double sens : Desmond Llewelyn participe ici à son dernier film puisqu’il meurt un petit peu plus d’un mois après la sortie du film dans un accident de voiture.

Son remplaçant n’est autre que le grand John Cleese (en talent et en taille) que Bond va surnommer « R » : normal, il vient après « Q ».

 

Pour le reste, on retrouve une histoire un tantinet convenue avec une histoire de suprématie économique qui passe par la domination pétrolière et pétrolifère, avec un tueur psychopathe qui a la particularité d’avoir une balle de révolver dans la tête et qui détruit petit à petit son système nerveux (Robert Carlyle). Ajoutez à cela la présence (ou le retour) de Robbie Coltrane (Zukowsky) qu’on avait déjà rencontré dans GoldenEye.

Mais dans l’ensemble, il ressort une impression de lassitude chez Pierce Brosnan qui, à son tour ne peut lutter contre le temps qui passe, même s’il n’a pas encore atteint l’âge canonique de Roger Moore qui gardera longtemps le record d’âge avancé de l’interprète de JB.

Notons tout de même que pour une fois le film fait la part belle à M (Judi Dench) qui nous montre qu’elle n’est pas arrivée à ce poste-là par hasard, ni par souci de compensation (1).

 

Autrement, et malgré une séquence d’introduction toujours aussi spectaculaire, c’est une aventure en demi-teinte, voire en sous-régime. Tous les ingrédients sont là mais on n’y retrouve pas spécialement la verve des plus grands épisodes.

Peut-être était-il temps de passer la main ?

 

Dommage.

 

(1) Ce qu’on appelle chez nous la « parité femme-homme ».

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963)

Il existe une analogie entre le bon vin et Les Tontons flingueurs : tous les deux se conservent très bien et chaque nouvelle dégustation apporte son lot de plaisirs supplémentaires.
Mais à la différence d’un bon vin, le stock des Tontons ne diminue pas une fois consommé. Le film reste intact pour chaque nouvelle séance de visionnage.

 

Bien sûr, ce sont d’abord des dialogues d’Audiard dont on se souvient : jamais le grand Michel n’aura été en verve. Il faut dire que les interprètes sont à la hauteur de leurs répliques, avec en tête Bernard Blier (Raoul Volfoni) qui n’avait pas son pareil pour balancer les répliques de son ami dialoguiste.

 Lino Ventura (Fernand Naudin), quant à lui, passe du côté de la comédie, lui qui jouait déjà les gros durs auparavant se retrouve dans une histoire pas sérieuse pour deux sous mais son passé de truand « sérieux » confirmé va tout d’abord nous faire croire à un film de gangsters habituel. Ce n’est pas sa première prestation chez Audiard, puisqu’on l’avait vu deux ans plus tôt dans Un Taxi pour Tobrouk, où il enchaînait les bons mots dans une atmosphère plus tragique.

Ici, sa première grande réplique – « pourquoi pas de la quinine et un passe-montagne, on croirait vraiment que je pars au Tibet » - ne nous laisse pas encore présager du ton véritablement comique que va prendre le film.

 

Ce ton, d’ailleurs, va mettre du temps à s’imposer, essentiellement quand les premiers bourre-pifs vont tomber (1). Certes, les premières interventions des frères Volfoni (Blier & Jean Lefebvre) nous donnent une indication quant au comique à suivre : le « nervous breakdown » de Lefebvre avec accent français à couper au couteau est absolument savoureux (2).

D’une manière générale, les Volfoni, et surtout Raoul, seront le ressort comique du film, accumulant bons mots et coups de poing dans la figure.

 C’est d’ailleurs cette dernière réplique qui donne tout son sel au film et en fait un témoignage précieux de la France du début des années 1960. Outre ces « crises de nerfs » anglicisées qui fleurissaient sur les lèvres des contemporains, on retrouve dans ce film de nombreux éléments de la vie sociale et politique française, voire certaines références à son histoire récente.

 

Du point de vue social, c’est l’explosion du phénomène jeune qui nous est ici présenté. En effet, depuis quelques années, les jeunes gens sont devenus une cible privilégiée des publicitaires et les adolescents sont – enfin – reconnus dans la société. Europe 1, radio phare de l’époque leur consacre même une émission quotidienne : S-L-C Salut les Copains.

On retrouve ces jeunes pendant la fête donnée par Patricia. Cette « petite dinette au coin du feu » est en fait ce qu’on appelle alors une « surprise-party » avec ses débordements inévitables dus à l’alcool (incursion de Béatrice Delfe dans la scène culte de la cuisine). Cette charmante soirée est l’occasion aussi pour l’équipe de se moquer gentiment de cette jeunesse tellement décalée avec les aînés qui nous intéressent : la musique (formidable) de Michel Magne enchaîne la mélodie habituelle avec des paroles on ne peut plus primaires – « yé yé la la » (ad lib) – pendant que les corps des adolescents se trémoussent en rythme. On retrouvera cette même propension à la danse dans le final de Ne nous fâchons pas.

Nous sommes aussi en pleine société de consommation et on peut remarquer certains éléments qui étaient en train d’envahir les ménages français : le frigo et la télévision. Mais ces deux appareils emblématiques ne sont pas encore totalement démocratisés (le frigo oui, mais pas la télévision) et le fait qu’Antoine Delafoy (Claude Rich) soit d’une bonne famille qu’on devine facilement aisée explique la présence de ce récepteur.

 

Politiquement, c’est le premier mandat du général de Gaulle et la situation algérienne est réglée (en principe) depuis les accords d’Evian l’année précédente.

C’est le Mexicain (Jacques Dumesnil) qui fait référence le premier à De Gaulle à propos de sa succession : « j’aurais pu organiser un referendum. »

C’est par ailleurs Madame Mado (Dominique Davray) qui recadre le paysage politique de ce microcosme pendant la séquence sur la péniche : « Il avait l’esprit de droite. […] Quand tu parlais augmentation ou vacances, il sortait son flingue avant que t'aies fini. Mais il nous a tout de même apporté à tous la sécurité. » N’en concluons tout de même pas que Raoul était de gauche, et de toute façon, ce n’est pas notre propos ici.

Une deuxième allusion au Général est du fait de monsieur Fernand pendant cette même séquence : « […] vous êtes des hommes d’action  je vous ai compris [...] ». Et puisque j’évoquais la Guerre d’Algérie…

 

Le contexte historique enfin.

S’il n’y a aucune référence directe à l’année 1963 (le tournage a eu lieu au début de l’année pour sortir en octobre en Allemagne de l’Ouest), on peut tout de même avancer que le film est contemporain de cette date du fait des éléments exposés ci-dessus.

Les quelques références temporelles ne sont qu’à demi précises, mentionnant des nombres d’années (15 ans, 10 ans) ou une époque particulière (« les années terribles » ; « sous l’Occup’ ») voire un lieu géographique (« Biên Hòa, pas tellement loin de Saïgon »).

Mais malgré tout, une histoire dans l’Histoire se dégage de ces quelques indications.

Tout d’abord on peut dire que le Mexicain a été exilé en 1947-48, les quinze années antérieures dont parle Fernand en début de film. Mais ce sont les déclarations de Maître Folasse (Francis Blanche) et Raoul Volfoni – voir plus haut – qui nous renseignent sur le passé de tout ce beau monde. Pendant l’Occupation, il semble que ces messieurs ont participé activement aux opérations en France.

On peut supposer qu’ils étaient du bon côté et que ça leur a servi un temps : une forme d'amnistie. En effet, Fernand Naudin n’est pas ce qu’on pourrait appeler un tendre et on peut concevoir que son passé de truand était bien chargé. Mais nous apprenons qu’il dirige une société d’engins agricoles tout ce qu’il y a de plus régulière : « Moi aussi j’ai mes affaires, tu comprends ? Et les miennes en plus, elles sont légales. »

On peut alors aisément imaginer que son raccrochage fut obtenu en contrepartie de ses activités patriotiques pendant la guerre. A moins que ce soit suite à la guerre d’Indochine, puisque le futur Vietnam semble connu de ces messieurs.

En effet, Volfoni, quand il mentionne Biên Hòa, nous ramène à cette guerre d’indépendance. Il semble donc que nos héros y aient participé, dans leur jeunesse.

 

Bref (4), si les Tontons flingueurs ont toujours le même succès – populaire parce que question critiques, ce n’était pas vraiment ça à la sortie – c’est bien sûr grâce à l’interprétation magistrale et une réalisation sérieuse sans pour autant s’y prendre trop (au sérieux). Et aussi grâce aux répliques ciselées de Michel Audiard, au sommet de son art. Mais pas seulement.

Si le film continue inlassablement à plaire aux spectateurs français, c’est avant tout parce qu’il fait partie de leur histoire et qu’il leur ressemble.

 

(1)   Léon (Marcel Bernier), le marin prolixe puis Freddy (Henri Cogan).

(2)   [nƐrvusbrƐkdon] (« nervousse braiquedaune » pour ceux qui ne lisent pas l'alphabet phonétique)

(3)   Parlez-vous Franglais d’Etiemble paraîtra l’année suivante.

(4)   Terme pas spécialement adapté après cette tartine...

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Oliver Hirschbiegel
Invasion (The Invasion - Oliver Hirschbiegel, 2007)

Carol Bennell (Nicole Kidman) est psychanalyste, vit seul avec son fils Oliver (Jackson Bond) depuis son divorce d’avec Tucker Kaufman (Jeremy Northam).

Ce dernier, suite à une catastrophe aérienne – une navette spatiale qui a explosé en plein vol – a contracté un virus déshumanisant.

Mais ce virus n’en est pas un: il s’agit d’une tentative de domination de la terre par des extra-terrestres qui se sont introduits sur la planète à travers la navette. Progressivement, ils vont prendre possession des humains qu’ils rencontrent en leur inoculant leur soi-disant virus. Ensuite, il suffit de s’endormir : quand on se réveille, on ne se rend compte de rien et il est trop tard…

 

Bien sûr, on pense à l’Invasion des profanateurs de sépultures, la première version de Don Siegel du roman de Jack Finney. Et c’est tout à fait normal : le générique de fin nous annonce qu’il s’agit d’une nouvelle version (la troisième depuis 1956) de cette intrigue on ne peut plus angoissante (1). Mais ce qui faisait – un peu tout de même – le sel des différentes versions antérieures, c’étaient les cosses géantes. Ici, elles ont disparu au profit d’un virus très agressif dont on peut voir la progression dans le corps de Carol à mesure qu’elle s’endort.

Mais la grande différence, c’est le sexe du narrateur qui devient une narratrice. Ou tout du moins, c’est du point de vue d’une femme que se place l’intrigue. Mieux même, du point de vue d’une mère. Elle est le centre de l’attention et ce sont les hommes qui gravitent autour d’elle. Outre son fils et son ex, on trouve deux autres hommes importants : Ben Driscoll (Daniel Craig) et le docteur Stephen Galeano (Jeffrey Wright). On notera par ailleurs que ces deux derniers acteurs sont aussi ensemble à l’affiche des deux James Bond qui ont encadré ce film : Casino Royal un an avant et Quantum of Solace l’année suivante. Et encore une fois, c’est Jeffrey Wright qui se contente du second rôle.

 

Mais bien sûr, c’est Nicole Kidman qui prend – fort justement – toute la place, montrant qu’on n’a pas besoin d’être un homme pour sauver la situation – il y a encore des gens qui ne l’ont pas compris – et surtout le monde entier. Parce qu’encore une fois, c’est l’Amérique qui sauve le monde, ou en tout cas, c’est ainsi que cela nous est présenté. La fin ouverte de Siegel ou la tragique de Kaufman (1978) ont disparu pour revenir à un dénouement heureux comme l’avait imaginé Finney originellement, mais sans tout ce qui concerne les cosses (2).

 

Le film est bien rythmé, le montage est dynamique sans pour autant nous abreuver de cadrages surmultipliés ni de ralentis briseur de tempo. Bref, c’est efficace et bien enlevé. Malgré tout, je reste un grand fan du film de Siegel et de son aspect beaucoup plus naturel et donc bricolé, les quelques séquences numériques montrant l’évolution du virus dans le sang de Carol n’apportant pas grand-chose à l’intrigue : on aurait très bien pu s’en passer, surtout que les explications de Galeano sont claires et précises. Autant les placer à ce moment d’explications et se concentrer sur la situation externe de nos personnages.

 

Quoi qu’il en soit, on passe un moment fort agréable avec Carol et Ollie (Oliver) et toute cette histoire de virus a un écho fort actuel aujourd’hui, alors que continue de se propager le Covid-19. On retrouve les mêmes files interminables de gens qui attendent et des autorités – à la solde des extra-terrestres – qui rassurent la population en minimisant les risques encourus.

Pour le reste, rien de bien nouveau. On retrouve le même couplet tantinet pessimiste sur ce qui fait que l’homme est homme et donc, bien entendu, ses imperfections…

Je reste tout de même convaincu que la version Siegel avec ses aspects de propagande anticommuniste reste la plus pittoresque et par là-même la plus intéressante.

 

  1. Sur les quatre films je n’ai manqué – pour l’instant – que celui de 1993, réalisé par Abel Ferrara.
  2. Hélas ?

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog