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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #S.M. Eisenstein
Le Cuirassé Potemkine (Броненосец «Потёмкин - Sergueï M. Eisenstein, 1925)

Fort du magnifique La Grève, Eisenstein revient, cette même année avec ce nouveau film qui va devenir le symbole de toute son œuvre, l’histoire de ce cuirassé rebelle qui amena la révolte à Odessa et surtout l’une des séquences les plus célèbres et les plus magnifiques du cinéma : les marches d’Odessa (quatrième partie).

A nouveau, nous sommes dans la Russie tsariste, et bien entendu, nous assistons à une oppression meurtrière des forces de l’ordre (ancien), qui se déchaînent face à une foule pacifique qui n’a pour seul tort que d’acclamer la révolte des marins du cuirassé.

Petite cause, grands effets : alors que les marins refusent de consommer de la viande avariée – on y voit des asticots – une partie d’entre eux est condamnée à être fusillés, pour l’exemple cela va de soi. Mais l’exécution n’a pas lieu et les marins sont sauvés. Jusqu’à ce qu’un haut gradé s’empare d’un fusil et tue le brave et vaillant Grigory Vakoulintchouk (Aleksandr  Antonov) qui mena la révolte.

C’est pendant l’hommage rendu par la population d’Odessa à ce marin qu’ont lieu les exactions de l’armée tsariste sur les marches.

 

Voilà une soixantaine d’années (1958), ce film fut sélectionné parmi les 12 meilleurs films du monde. Certes, le montage est magnifique, mais je pense que beaucoup des jurés avaient oublié (voire ne connaissaient pas) le film précédent d’Eisenstein dont j’ai déjà parlé ici.

En effet, alors qu’il avait réussi un premier long métrage formidable, donnant une dimension universelle à son propos, j’ai l’impression que traiter un sujet historique a bridé le grand Sergueï, empesant son film malgré la séquence choc des escaliers.

Pourtant, on retrouve ici toute sa science du montage et sa direction de la foule, deux composantes indissociables de son cinéma. De plus, la photo d’Edouard Tissé propose de très beaux plans des individus qui composent cette foule en mouvement, accentuant les différents éléments tragiques de l’intrigue : des gros plans de visage dont celui de la femme touchée par une balle restent inoubliables. Eisenstein, encore une fois, réussit à doser la proportion collective et individuelle de son scénario – Vakoulintchouk, véritable leader bolchévik opposé à la foule innombrable qui vient se recueillir devant le corps de ce dernier – confirmant définitivement que la seule star de ses films – de cette époque – c’est bien la foule, ce peuple qui a porté les communistes au pouvoir. Et Eisenstein lui rendra à nouveau hommage dans son film suivant : Octobre.

 

Il est clair que Le Cuirassé Potemkine est un film inoubliable, mais je trouve tout de même sa réputation un tantinet surfaite. En effet, son film précédent avait les mêmes qualités que celui-ci pais avec un élément universel flagrant. Ici, nous sommes prisonniers du temps et si les récriminations de Vakoulintchouk et des autres marins sont bien entendues dans la droite ligne de l’idéologie dominante en URSS en 1925, l’aspect daté freine le souffle épique qu’on ne trouve vraiment que pendant la grande scène (1). Et même la photo de Tissé (et Popov) n’empêche pas un dose d’ennui devant cette intrigue propagandiste.

Mais surtout, Eisenstein qui s’est inspiré du récit de Nina Agdjanova-Choutko, arrête son intrigue à la réunion des vaisseaux tsaristes. Ce n’est pas une erreur historique, loin de là, mais il faut tout de même savoir que l’unité trouvée au final ne durera pas longtemps, et tout retournera comme avant : la révolution est pour 1917, pas avant !

 

Reste tout de même cette extraordinaire séquence de foule sur les marches d’Odessa avec les Cosaques qui descendent l’escalier en tirant pendant que la foule s’égaye au milieu des cadavres qui ne cessent de tomber, et surtout le landau qui dévale les marches pendant que le bébé pleure,  avant de se renverser. La caméra est toujours au bon endroit et c’est absolument magnifique, mais c’est aussi une séquence d’une grande violence, atténuée par l’âge du film et le format en noir et blanc. Cette séquence rappelle une autre vérité historique : les soldats du tsar étaient des criminels endurcis qui étaient capable de tuer sans beaucoup d’hésitation pour faire régner l’ordre.

Près de 100 ans après, on remarque que cette violence se retrouve toujours dans les rues, en Russie comme ailleurs. (2)

Hélas.

 

  1. Toujours la même !
  2. L’actualité nous le montre trop souvent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Nikolaj Arcel
La Tour sombre (The dark Tower - Nikolaj Arcel, 2017)

Stephen King est de retour au cinéma.

Encore une fois.
Il faut dire que le grand Stephen est un auteur rêvé pour n’importe quel réalisateur. Ses histoires – extraordinaires, à plus d’un titre – sont très souvent impressionnantes et une garantie pour le spectateur de passer un bon moment.

Et c’est le cas ici, dans ce film de Nikolaj Ancel où on trouve une intrigue mêlant science-fiction paranormal et action, servi par un duo Idris Elba/Matthew McConaughey très convaincant.

 

Mais malgré tout, il manque un je-ne-sais-quoi qui aurait pu faire de ce film un grand moment de cinéma. Qu’on ne s’y trompe pas, je ne me suis pas ennuyé pendant ce film, loin de là, le rythme du montage nous tient en haleine, mais il manque une dimension presque métaphysique pour le parachever. Mais reprenons.

 

Depuis quelques temps, New York est le témoin de tremblements de terre à répétition – d’habitude, c’est plus San-Francisco – et le jeune Jake Chambers (Tom Taylor) fait des cauchemars à répétition dans lesquels une sorte de pistolero – Roland (Idris Elba) – combat un homme en noir – Walter (Matthew McConaughey) – qui s’attaque au fondement de l’équilibre de l’univers : la tour sombre qui empêche le Mal de s’introduire et de transformer ce même univers en enfer.

Bien sûr, et malgré l’incrédulité de son entourage, les rêves de Jake sont une réalité et ce dernier va donc s’échapper de sa réalité pour rencontrer Roland et donc combattre Walter.

 

Si le film fut un semi-échec – surtout aux Etats-Unis – ce n’est pas faute d’avoir appliqué le principe hitchcockien du méchant : Matthew McConaughey campe un Walter détestable à souhait, un de ces affreux au sang-froid à toute épreuve et qui tue comme d’autres vont travailler. Son statut magique – il est sorcier, mais pas vraiment dans la même lignée qu’Harry Potter – ajoutant à son art mortifère.

Mais comme je le disais, il manque une dimension plus spirituelle – le format du film, 95 minutes étant peut-être une des raisons – qui aurait pu être un plus. En effet, la première séquence voit des enfants jouer puis être interrompus par un signal sonore auquel répondent certains d’entre eux qui rejoignent un centre plutôt bizarre, participant alors à une expérience étrange qui fait naître de leur esprit un rayon puissant qui va attaquer la fameuse tour. Et bien sûr, tout ceci n’est expliqué qu’au fur et à mesure que le film avance. Mais il manque réellement une justification plus solide de ces expériences, les deux intertitres initiaux étant des plus obscurs pour le spectateur qui découvre cet univers – comme moi.

N’est pas Kubrick qui veut. En effet, le maître a lui aussi adapté – magistralement, évidemment (1) – Stephen King, et ici, il est fait référence ouverte à ce film et son intrigue : Jake est un autre enfant qui possède un don paranormal qui est ici appelé (en VO) « Shine ». Dois-je poursuivre cette analogie ?

 

Au final, je dirai que ce film est « pas mal ». Pas un chef-d’œuvre absolu, bien sûr, mais qui mérite tout de même le coup d’œil, rien que pour ses décors plus ou moins naturels. Certes, la fin est un tantinet convenue, mais peut-il en être autrement pour ce genre d’histoire ?

En prime, vous pouvez vous amuser à repérer les différentes allusions à l’univers de King, elles ne manquent vraiment pas, et pas seulement à propos du film de Kubrick…

 

  1. J'adore pléonasmer...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Drame, #Ridley Scott
Duellistes (The Duellists - Ridley Scott, 1977)

Entre 1800 et 1816, en pleines guerres napoléoniennes (et même après), deux hussards se sont livré un combat sans merci dès que l’occasion se présentait. En quel honneur (1) ? On ne sait pas trop. Il se trouve que Gabriel Féraud (Harvey Keitel) a été contrarié par une démarche de D’Hubert (Keith Carradine) à son encontre suite – déjà – à un duel au résultat funeste.

AU gré des occasions, les deux hommes vont donc se rencontrer et s’affronter, à m’épée puis au pistolet, pour laver un affront plus ou moins réel, alors que le monde autour d’eux change, ramenant la monarchie en France pendant que l’Ogre (2) s’en va à Sainte-Hélène.

 

C’est curieusement dans sa quarantième année que Ridley Scott est révélé au public avec ce film en costumes situé au début du 19ème siècle. En effet, Scott vient de la publicité où il travaille depuis une vingtaine d’années. C’est d’ailleurs avec des spots publicitaires qu’il fait ses débuts derrière une caméra. Mais de là à passer au long métrage, ce fut un pari osé et parfaitement réussi.

Pour le scénario étonnant, il s’appuie sur le travail de Gérald Vaughn-Hughes qui adapte une nouvelle de Joseph Conrad, elle-même inspirée d’une histoire vraie : les différents duels qui virent s’affronter Fournier (Féraud) et Dupont (D’Hubert) à la même période. Le tout est vu selon de point de vue de D’Hubert, avec de très rares incursions du point de vue de Féraud.

 

Et malgré le titre, les duels ne sont pas des plus spectaculaires, comme on a pu en avoir l’habitude pendant les décennies précédentes. Certes, on assiste à des assauts impressionnants, mais on n’y retrouve pas la touche chorégraphique habituelle. Au contraire, Scott filme avec un souci d’authenticité voire de réalisme qui détonne par rapport canons du genre. Mieux : l’un des affrontements qu’il nous est donné de voir montre les deux adversaires dans un état d’épuisement très avancé, les différents témoins devant interrompre les assauts devant le spectacle devenu lamentable qui leur était offert.

Et d’une manière générale, mis à part le premier et le dernier affrontement, on sent que les différentes rixes ne sont pas les éléments les plus importants du film. Le premier parce qu’il pose les bases des autres rencontres, et le dernier parce qu’il solde définitivement les comptes, même si ce n’est pas de la manière dont on aurait pu l’imaginer.

 

Féraud, pour D’Hubert, fonctionne comme une sorte de scrupule, dans le sens premier du terme (3) : D’Hubert vit sa vie militaire normalement mais est à chaque fois gêné par l’intervention de Féraud ou ses seconds qui remettent sur le tapis la querelle originelle.

Quelle querelle ? Trois fois rien, mais Féraud est un être fruste et borné qui ne se complaît que dans le duel, comme le montre sa première apparition dans le film.

Mais si Féraud est une espèce d’abruti vindicatif, il ne faut pas non plus considérer D’Hubert seulement comme une victime. En effet, ce dernier, bien que conscient de l’absurdité sur laquelle repose leur opposition, semble apprécier cet antagonisme, ou tout du moins ne fait pas grand-chose pour l’éviter, et ce malgré le danger évident que représente son adversaire.

A propos de cet adversaire, il y a une analogie entre Féraud et Bonaparte, à mesure que le film avance. Comme l’empereur, le soldat est tenace et revient sans cesse à la charge, jusqu’à la résolution finale qui possède quelques similitudes entre les deux hommes. De plus, le fait que Féraud est coiffé d’un bicorne accentue cette ressemblance.

 

Je terminerai en parlant de la photographie de Frank Tidy qui faisait lui aussi ses débuts au cinéma. Les images sont vraiment très belles et rappellent celles de Barry Lyndon (et donc John Alcott, le chef-op’) sorti deux ans plus tôt. On y retrouve la même lumière et les mêmes références à la peinture britannique du 18ème siècle : Hogarth bien sûr, mais aussi Constable Reynolds ou encore Gainsborough. L’influence est là, mais de là) à dire que Scott a copié Kubrick, je n’ose même pas l’imaginer. Scott a d’ailleurs reconnu l’influence de Kubrick et de son film, mais il faut en rester là : c’est avant tout le travail des artistes du 18ème et 19ème siècle qui est la véritable source d’inspiration iconographique.

 

  1. C’est le terme qui convient.
  2. Surnom de Napoléon par les royalistes.
  3. Du latin scrupulum qui signifie « petit caillou » : celui qu’on avait dans la chaussure et qui gênait la marche.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Mike Nichols
Le Lauréat (The Graduate - Mike Nichols, 1967)

Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) revient chez lui après quatre années d’université, diplômé. Il est reçu en héros et est même le roi de la fête organisée par ses parents en son honneur.

Mais Benjamin semble absent, incapable de participer à ces réjouissances.

Parmi les invités, Mrs Robinson (Anne Bancroft) qui va tenter de séduire le jeune homme après lui avoir demandé de le ramener.

Après avoir refusé, Benjamin va tout de même céder aux avances de cette femme mûre et surtout mariée.

Puis revient Amy (Katharine Ross), la fille des Robinson.

Benjamin en tombe – réellement – amoureux.

 

Il y a chez Mike Nichols (dont c’est ici le second film) une faculté d’analyse incroyable. En effet, il arrive à chaque fois à synthétiser l’état d’esprit de son pays dans ses films. J’ai déjà parlé ici des années Reagan-Bush (Sr.) avec Working Girl, et il en va de même ici avec l’histoire de ce jeune homme un tantinet paumé, en décalage avec ses parents et surtout la société qu’ils lui proposent.

C’est une voie toute tracée qui s’offre à lui, que les jeunes gens de l’époque résumaient ainsi : avoir une éducation, un métier, élever des enfants et mourir.

Mais en 1967 (1), l’Amérique (le reste du monde aussi) est en pleine mutation et la jeunesse a d’autres envies, d’autres idéaux. On assiste à un rejet des valeurs de l’après-guerre avec en point d’orgue la guerre du Vietnam qui est en train de s’enliser et de tuer de plus en plus d’autres jeunes gens.

 

Et Mike Nichols, à travers un Dustin Hoffman formidable, exprime très bien le mal-être de cette partie de la population. A cela s’ajoute la relation sexuelle avec Mrs Robinson qui accentue le malaise de Benjamin.

De plus, on retrouve une notion forte de l’interdit voire du tabou dans cette relation : non seulement elle est plus âgée mais en plus elle est mariée. Et céder à cette femme, c’est s’enfoncer encore plus dans la contestation de cet héritage parental.

Dans le film, il me semble que la meilleure illustration du décalage entre Benjamin et cette société qui lui est imposée se situe dans l’hôtel Taft – là où il retrouve Mrs Robinson – quand il doit céder le passage à une troupe de vieux (2) : ils n’en finissent pas de passer, et en outre leur attitude, leurs regards et leur apparence ne donnent pas envie de devenir comme eux.

On retrouve d’ailleurs le même genre de regards dans le bus qui emmène Benjamin et Amy dans la séquence finale.

 

Et puis il y a le révélateur, l’événement qui va faire basculer Benjamin de l’autre côté (3). En effet, Benjamin n’arrive pas à se situer avant l’arrivée de la jeune fille, et le fait de coucher avec sa mère n’était qu’une façon d’exprimer son refus latent de cette société qu’il ne comprenait plus. Avec l’arrivée de la jeune femme, c’est un nouveau monde qui s’offre à lui, dont le maître mot est l’amour et où l’avenir n’est pas tracé ni balisé.

D’une certaine façon, l’irruption d’Amy dans la vie de Benjamin correspond à son passage à l’âge adulte. En effet, bien qu’il ne sache pas de quoi sera fait l’avenir – ils s’en vont dans le premier bus qui passe – il prend – enfin – sa vie en main. Il décide par lui-même et surtout pour lui-même. Une sorte d’adolescence qui se termine bien.

 

Si Dustin Hoffman fut la révélation du film, il ne faut pas minimiser le rôle d’Anne Bancroft : c’est pour elle la confirmation qu’elle fut une très grande actrice, assumant ce rôle – difficile – de femme mûre (4) un tantinet couguar dirait-on aujourd’hui, mais surtout assez scandaleux dans une époque où les mœurs n’étaient pas encore libérées. Elle possède un côté femme fatale qui sied à son personnage et qui pourrait nous faire croire qu’elle se range du côté de Benjamin, comprenant son mal-être. Mais la séquence de l’église va nous montrer le contraire : sous des abords un petit peu scandaleux, elle n’est pas différente des autres parents. Elle s’ennuie, c’est tout.

Autre moment très juste du film : la découverte du corps nu de Mrs Robinson par Benjamin : Mike Nichols utilise un montage ultrarapide et une alternance avec une caméra subjective pour traduire le trouble du jeune homme face à cette femme nue : le dialogue est entre coupé de visions très fugitives (presque à la limite du subliminal) du corps d’Anne Bancroft, pendant leur échange oral, ne permettant pas de distinguer vraiment les parties de son anatomie montrées. On se retrouve vraiment à la place de Benjamin qui oscille entre la fascination de ce corps qui s’offre à lui et une notion morale qui l’empêche d’en jouir pleinement, comme une idée de péché issue de ce monde qu’il est en train de refuser.

 

Beaucoup de jeunes gens se sont reconnus dans les personnages de Benjamin et Amy, qui retransmettaient fidèlement l’état d’esprit de la jeunesse américain de 1967. Mais je poserai toutefois un bémol : les deux jeunes gens sont issus de familles très aisées. En fut-il de même pour les jeunes de milieux (beaucoup) moins fortunés ?

 

  1. Le film fut tourné, monté et distribué cette même année, entre avril et décembre.
  2. On n’utilisait pas encore l’euphémisme « personnes âgées » à cette époque.
  3. Dix ans plus tard, on aurait pu parler de « côté obscur »…
  4. Elle n’avait pourtant que 6 ans de plus que Dustin Hoffman.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Rupture de Stocks

« Il y a eu une doctrine restrictive pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui je pense était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée, et nous n’avons jamais été en rupture. » Emmanuel Macron (BFMTV, 18-5-2020)

On a beaucoup glosé sur cette déclaration de notre chef de l’Etat, cette assertion relevant pour la majorité de ses détracteurs d’une volonté de prendre les gens pour des imbéciles.

Et cela se comprend puisque le matériel de protection dont il est question n’était disponible nulle part, pour la population (qui était confinée) et encore plus pour le personnel soignant qui se retrouvait « à poil » pour reprendre l’expression d’un médecin atterré qui s’exprimait sur une autre chaîne de télévision.

Je m’étonne tout de même que personne n’a pris le parti du président et de se dire qu’il disait la vérité quant aux stocks de masques.

 

En effet, en pleine prolifération des célèbres « fake news » (1) mises au goût du jour par un président blond américain, on se doit de se poser la question de la vérité de l’affirmation. Non pas pour savoir s’il y avait vraiment des masques, faire une enquête n’est pas de mon ressort ni dans mes capacités, mais au moins imaginer qu’il ait pu nous livrer une vérité, à défaut de LA Vérité que nous sommes tous en permanence en train de rechercher.

Mais prendre le parti de reconnaître que le président Macron a dit la vérité me fait beaucoup plus peur qu’autre chose.

En effet, si, comme il le dit, il n’y a jamais eu rupture de stock, où étaient les masques nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux, services et entreprises indispensables qui en en avaient un besoin vital (2) ?

Cela conduirait à penser que des stocks furent sciemment mis de côté en plein cœur de l’épidémie, laissant des infirmières, médecins, caissières et tout autre personnel indispensable dans une situation dangereuse voire mortifère.

J’en déduis une responsabilité criminelle de la part de ceux qui savaient qu’il existait ces masques et qui ont laissé une forme de pénurie s’installer.

Certes, la population a montré qu’elle savait être solidaire et a participer à la confection du matériel manquant (surblouses, etc.) mais cela n’enlève aucunement les responsabilités aux différents niveaux de l’Etat (jusqu’au plus haut qui assume au niveau national). Responsabilités qu’il faudra établir et responsables qu’il faudra d’une manière ou d’une autre juger : plus de 29.000 personnes sont mortes (3) !

 

En conclusion, je pense que notre cher président, ce 18 mai dernier, aurait mieux fait ne rien déclarer concernant les stocks de matériel, puisque de quelque côté qu’on se place – vérité ou mensonge – on en arrive à une situation inextricable :

-          Soit le président nous ment (est-ce envisageable de la part d’un aussi haut serviteur de l’Etat ?) et on peut en outre lui reprocher une gestion de crise des plus minables ;

-          Soit il dit la vérité et dans ce cas c’est sciemment qu’on a laissé le virus se propager, envoyant à la mort des milliers de personnes.

 

Effrayant, non ?

 

(1)    Ca sonne mieux que « mensonges » !

(2)    Dans un tel contexte, ce terme est on ne peut plus pertinent et effrayant.

(3)    Au moment où j’écris (10-6-2020)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Yanne
Tout le Monde il est beau, tout le monde il est gentil (Jean Yanne, 1972)

Christian Gerber (Jean Yanne) est reporter pour Radio+, chaîne nationale, propriété du riche président Thulle (Bernard Blier).

Revenant d’Amérique du Sud, il constate que la radio vient de changer de ton : elle ne parle que de Jésus.

Passés la surprise et surtout l’agacement, Gerber se met à cette nouvelle tendance, ce qui n’est pas du goût de tout le monde et surtout en haut lieu : il est renvoyé.
Mais la qualité déclinante des émissions le remet en selle : il va pouvoir diriger sa radio, celle de la vérité…

 

Bien sûr, ce film a vieilli. Près de 50 ans après, on s’amuse des différents styles rencontrés : les vêtements, les coiffures et les différents éléments de décor – les couleurs aussi – fleurent bon les années 1970.

Mais sur le fond, le propos a beaucoup moins progressé en âge.

En effet, à une époque où l’information est omniprésente de quelque nature qu’elle soit, on peut encore voir que le propos développé par Yanne n’a pas beaucoup évolué. Et si l’ORTF – véritable organe d’état de l’information publique – est toute puissante, il n’y a plus de Ministère de l’Information (il reviendra l’année suivante), mais un Comité Interministériel pour l’Information (CII) qui maîtrise cette dernière.

C’est bien sûr contre cet organe que s’élève Jean Yanne dans cette comédie (très) acide sur le monde radiophonique.

Et Jean Yanne sait de quoi il parle : il intervient de nombreuses fois dans ce medium depuis près d’une dizaine d’années.

 

C’est donc une critique en règle qui nous est ici proposée, mais avec l’humour caustique de Jean Yanne, aidé de Gérard Sire au scénario. Là encore, il s’agit d’un témoin privilégié de cette période puisque Sire travaillait pour France Inter à la même époque (1).

Et pour monter ce projet, Yanne s’est entouré des comiques de son époque dont très peu sont aujourd’hui encore en vie : Daniel Prévost (Sylvestre Ringeard), Maurice Risch (Un rédacteur)...

Et Yanne ne fait pas dans la dentelle : la critique est acerbe et très souvent bien vue, avec une bonne dose d’humour indispensable pour mieux atteindre la cible.
Avec en prime une très belle déclaration de Gerber à Plantier (Jacques François, toujours magnifique) dans laquelle le premier explique au second avec pertinence la différence entre la grossièreté et la vulgarité. Un must !

Et le résultat fut à la hauteur de ses espérances : le film fit scandale et fut un immense succès, de quoi décider Yanne à renouveler l’expérience dans les douze années qui suivront.

 

Bien sûr, l’information est égratignée, mais c’est aussi le cas de la religion, le tout dans la mouvance qui suivit la sortie du film Jesus Christ Superstar, comme en témoigne la comédie musicale montée par Gerber et Jolin (Michel Serrault) qui en est directement inspirée.

Sans oublier le ton employé tout le long du film dans lequel souffle un vent de liberté.

Mais nous sommes en 1972, et cela ne reste que du cinéma : l’information et la parole sont muselés et il faudra attendre encore près de dix ans (1981) avant que les medias se libèrent (un peu).

 

Et quand on voit l’état actuel de medias, on se dit que ce film est toujours d’actualité : entre les émissions de télévision idiotes (euphémisme) et les informations trafiquées voire carrément fausses (2), on se dit qu’on aurait bien besoin d’un Gerber pour aider l’information et ramener l’intelligence.
Au final, c’est une comédie bine acide mais qui fait mouche, et si le comique ne fonctionne plus autant qu’à la première fois, il reste tout de même le plaisir de retrouver quelques grands seconds rôles du cinéma français.

Par contre, on peut regretter une omniprésence masculine ravalant les femmes essentiellement à des rôles d’agréments (sauf Marina Vlady et Jacqueline Danno) : le comité de rédaction de n’est constitué que d’hommes, et la réunion du programme futur (une belle reconstitution statique) ne contient aucune femme. C’était aussi un reflet de cette époque.
 

Six ans plus tard, Jean Yanne s’attaquait à l’autre grand media de l’époque avec un titre tout autant à rallonge : la télévision. Mais vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire.

 

PS : je n’y peux rien, l’envie de pratiquer le tacatac me prend toujours après avoir visionné ce film…

 

  1. Il fait même une apparition… A l’entrée de l’ORTF !
  2. « Fake news », dit-on de nos jours…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Philippe de Broca
Le Magnifique (Philippe de Broca, 1973)

Bob Saint-Clar (Jean-Paul Belmondo) est un agent secret extraordinaire (1). Grand, fort, séduisant et d’une grande sagacité, c’est à lui que fait appel la France quand le chef des services secrets Albanais, l’immonde Karpov (Vittorio Caprioli), a des prétentions maléfiques mondiales.

Dans sa mission, Saint-Clar est assisté de la belle Tatiana (Jacqueline Bisset), et ensemble, ils arrivent – bien sûr – à déjouer les plans machiavéliques de leur terrible adversaire.

Jusqu’à l’intervention de madame Berger (Monique Tarbès), la femme de ménage, qui passe l’aspirateur sur la plage où viennent de débarquer toute une escouade de méchants Albanais…

 

Ca commence comme n’importe quel film de James Bond avec une séquence choc : ici, c’est un type enlevé dans une cabine téléphonique et relâché dans l’océan avant de finir mangé par un requin. Et jusqu’à l’intervention incongrue de la femme de ménage, Philippe de Broca continue de dérouler son intrigue un tantinet parodique du film d’agent secret, servi par un Jean-Paul Belmondo en pleine forme, comme dans la plupart de ses films des années 1970.

La femme de ménage, c’est le retour à la réalité : le magnifique Saint-Clar n’st rien d’autre qu’un personnage de fiction, créé et développé au gré de ses humeurs par François Merlin (Jean-Paul Belmondo), écrivain – à succès – de roman de gare.

 

Bien sûr, c’est là que se concentre le comique du film : le passage d’un univers à l’autre. Et il se fait dans les deux sens : Si certains faits « réels » interviennent dans l’intrigue romancée, Merlin va de son côté intégrer les gens qu’il côtoie dans les aventures de son héros. En effet, Tatiana n’est autre que la jeune Christine (Jacqueline Bisset), une étudiante en sociologie qui habite le même immeuble et l’infâme Karpov n’est autre que Georges Charon (Vittorio « Trouscaillon » Caprioli), son éditeur. De plus, ses déboires avec l’électricien (Jean Lefebvre) ou les plombiers (André Weber & Philippe de Broca) vont lui inspirer de nouveaux méchants qui, contrairement aux Albanais, conservent leur tenue de travail que nous leur connaissons.


On s’amuse beaucoup de ce constant va-et-vient entre le bureau de Merlin et Acapulco (l’intrigue du livre se déroule au Mexique), et il semble que nous ne soyons pas les seuls. Belmondo s’en donne à cœur joie dans ce rôle sur mesure où il peut exhiber, en plus de son talent, son corps d’athlète dans des poses esthétiques absurdes et bondir dans tous les sens au gré de l’inspiration de son double réel.

On a même droit à une parodie de Peckinpah quand Merlin décide de faire dans le sanglant : le sang coule à flot, au ralenti, cela va de soi !

 

Petit bémol toutefois : de Broca, en allant jusqu’au bout du concept n’évite pas l’outrance qui a tendance à atténuer la portée du film. Certes, ses interprètes – et surtout Belmondo – sont à la hauteur mais une telle accumulation a tendance à lasser, voire à faire décrocher. Le final du roman – spectaculaire certes – sort carrément du cadre établi dans la première séquence.

Mais de Broca a pour lui l’intrigue et dedans la toute puissance de son auteur (Merlin) : après tout, c’est lui qui décide de ce qui doit se passer !

 

 

  1. C’est lui, le « Magnifique » !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
Brazil (Terry Gilliam, 1985)

Sam Lowry (Jonathan Pryce) est un doux rêveur. Sauf qu’il vit dans un monde plutôt déshumanisé et qu’il n’y a pas de place pour le rêve dedans.
Son rêve ? Il vole. Et il croise une jeune femme qui flotte dans l’air, recouverte d’un voile.

Enfin ça, c’est au début, quand tout va bien. Parce qu’à mesure que la situation de Sam va évoluer, son rêve aussi et dans le même sens, tournant de plus en plus au cauchemar.
 

Terry Gilliam n’est pas ce qu’on peut appeler un réalisateur prolixe, puisqu’en une quarantaine d’années on ne lui compte que 12 longs métrages. Mais à de très rares exceptions, ce sont des films de très bonne facture dont certains sont même inoubliables. Et Brazil est de ceux-là.

J’irai même plus loin en disant que Brazil est très certainement le film fondateur du cinéma de Terry Gilliam, débarrassé (presque) totalement de la période Monty Python (1). Certes, on retrouve une bonne dose d'absurde de cette époque, mais le côté foutraque a disparu, Gilliam semble avoir mûri.

Tout d’abord, et c’est la grande différence avec ses deux premiers films, il ne s’agit pas d’une comédie. L’histoire racontée ici est tragique et se base sur un postulat vérifié : on ne gagne jamais contre l’Administration.

Et Sam, qui est pourtant un membre de cette administration, aura beau tout faire pour la saper de l’intérieur, il n’y arrivera pas et elle restera toute puissante.

 

Mais Brazil, c’est aussi un magnifique hommage au cinéma, empruntant ici et là certains plans caractéristiques dont ceux de Stanley Kubrick lors de la présentation du service où travaille Lowry (Les Sentiers de la gloire) ou encore Eisenstein dans la séquence finale au Ministère de la Récupération de l’Information (2). Pour le reste, je vous renvoie à internet où on explique cela mieux que moi. J’ajouterai seulement que la rencontre de Sam avec le personnage du standardiste Dawson (Antony Brown) au ministère n’est pas ans rappeler celle de Jack Torrance avec Floyd dans la salle de bal dorée de Shining.

 

Pour le reste, on va trouver dans Brazil les bases des films qui vont venir, que ce soient pour certains interprètes (Jonathan Pryce, Charles McKeown, Jack Purvis…) ou certains plans qui seront repris plus tard : quand Sam est dans son bureau et que la caméra nous le montre en plongée annonce James Cole emprisonné dans L’Armée des 12  singes.

Mais surtout, il y a ce jeu qu’on retrouve presque toujours entre le rêve et la réalité. Ici, les rêves de Sam sont identifiables, et si nous avons parfois droit à une incursion dans la vie « réelle », elle ne s’explique que par le fait que Sam dort. Ce sera différent pour Parry qui vivra réellement ses cauchemars (The Fisher King).

Et bien sûr, l’un des moments les plus impressionnants est l’apparition des gratte-ciels dans la campagne anglaise. C’est absolument fabuleux. Et d’une manière générale, le travail des décors de John Beard et Keith Pain couplé avec les effets spéciaux de George Gibbs et Richard Conway donnent une dimension extraordinaire au film, rehaussé par l’utilisation de lieux existants qui accueillent parfaitement cette intrigue semi-futuriste (Marne-La-Vallée).

 

Et puis il y a 1984, le roman de George Orwell. Le film aurait certainement pu sortir cette même année, tout comme le film éponyme de Michael Radford, si le producteur Sid Sheinberg avait autorisé sa sortie plus tôt (3). Au lieu de cela, il sort un an plus tard, ce qui lui donne un aspect analogique avec le roman d’Orwell : 1985 est le titre d’un essai d’Anthony Burgess autour du roman d’Orwell et de celui de Huxley (Le Meilleur des mondes), dans lequel il termine par une réécriture de l’intrigue en prenant en compte des éléments mis à jour. Alors que George Orwell décrivait un monde qui ressemblait beaucoup à celui de 1948, Burgess pour sa part en tire une histoire beaucoup plus actuelle et peut-être plus effrayante.

Il en va de même pour le film de Radford et celui de Gilliam : Radford adapte le livre sans vraiment en sortir alors que Gilliam – et il l’explique lui-même – n’est plus en 1948 mais bien dans son temps, et ce malgré les nombreuses références visuelles des années 1940 : l’habillement des hommes (dont Sam) avec longs manteaux et chapeaux mous, l’intérieur de chez Mme Lowry (Katherine Helmond)...

Jusqu’aux militaires qui ne sont pas sans rappeler ceux qu’on pouvait trouver dans les systèmes totalitaires de la même époque, en particulier en Union Soviétique.

 

Donc Gilliam est sorti de sa phase Monty Python et sans pour autant oublier ses anciens partenaires, il propose un film basé essentiellement sur le rêve où la portée esthétique joue un très grand rôle.

Normal, avant il était dessinateur. Il a même travaillée chez MAD (4).

 

  1. Les amis sont toujours là : Michael Palin ici, Eric Idle dans le suivant…
  2. « Information  Retrieval» en VO qu’on a traduit dans le film par « Recoupement de l’information. »
  3. Je vous laisse découvrir le différend qui opposé Gilliam et ce monsieur sur IMdB ou ailleurs.
  4. Où a travaillé aussi un certain Harvey Kurtzman, immense scénariste de bandes dessinées et dont le nom apparaît ici dans le rôle joué par Ian Holm, avec un N en plus, toutefois. A propos de nom : l’autre chirurgien esthétique s’appelle Chapman (Jack Purvis). Comme Graham.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Joseph de Grasse, #Lon Chaney
The scarlet Car (Joseph de Grasse, 1917)

Deux banquiers père et fils : Cyrus (Howard Crampton) et Ernest (Sam « Richelieu » de Grasse) Peabody.

Un caissier et sa fille : Paul Revere Forbes (Lon Chaney) et Beatrice (Edith Johnson).

Deux autres banquiers père et fils : Samuel (Al W. Filson) et Billy (Franklyn Farnum) Whintrop.

Une voiture rouge écarlate.

Dans la voiture : un cadavre.

 

Une fois que vous avez tous es ingrédients, vous mélangez et cela donne un film de moyen métrage au scénario plutôt complexe où Lon Chaney n’est pas encore la vedette que nous connaissons, mais joue tout de même un rôle central, presque autant que la voiture. Je plaisante : si la voiture est l’instrument du destin qui amorce la résolution de l’intrigue, c’est bel et bien Forbes-Chaney qui amène la fin heureuse. Ce qui est à noter puisque Lon Chaney aura de moins en moins de rôles positifs dans les années qui suivront.

 

Mais reprenons. Les Peabody sont deux banquiers escrocs (1) avec une avance dans la rouerie chez le père, ce qui est tout à fait normal : il est le plus âgé.

Sous leurs ordres travaille Forbes qui remarque un trou dans la caisse de 35.000 dollars dû à des spéculations hasardeuses du duo présenté ci-dessus. Suite à un accrochage, Peabody fils frappe Forbes qui se tue dans sa chute. Ils décident alors de se débarrasser du cadavre et demandent à leur complice de le faire. Quelques temps plus tard, on retrouve une voiture rouge accidentée avec un cadavre à l’intérieur. Mais ce n’est pas Forbes…

Parallèlement, le jeune Billy Winthrop se reprend en main et voudrait épouser la fille de Forbes. Après avoir repris les affaires de son père qu’il a fait fructifier, ce dernier gagne à la loterie la même voiture rouge. Dedans, Billy trouve un indice qui indique que Forbes n’était peut-être pas le voleur qu’on a pu décrire : son absence a fait de lui le voleur des 35.000dollars…

Je vous avais prévenu : l’intrigue n’est pas simple. Par contre, une fois la voiture revenue à l’avant-scène, la résolution devient irrémédiable et heureuse.

 

Si on connaît plus Sam que Joseph de Grasse, c’est avant tout parce qu’on voit plus un acteur qu’un réalisateur : Sam ici est le frère de Joe qui dirige. De plus, Sam a beaucoup collaboré avec Douglas Fairbanks dans les années qui ont suivi ce qui lui donna encore plus l’occasion d’apparaître. Par contre, Joseph, une fois le parlant arrivé, va arrêter de tourner en tant que réalisateur, ne faisant que de très rares apparitions en tant qu’acteur (de second plan, cela va de soi.

Et puisque je parlais de Douglas Fairbanks, on peut noter une parenté » entre le personnage de Billy et ceux interprétés par le grand Douglas.

Physiquement d’abord, la coupe de cheveu et l’allure de Farnum rappellent celles de Fairbanks dans ses rôles de citadins. Ensuite, son personnage est lui aussi plein de ressources. Bien sûr, la grande différence tient surtout dans son interprétation : il n’a pas le sourire aussi facile que Doug, mais avant tout, il ne bondit pas autant. Même la « séquence d’action » qui le voit se réfugiant dans un arbre pour échapper à un chien plutôt menaçant n’a pas le rythme que l’on connaît chez l’autre.

 

Certes, ce film de Joseph de Grasse ne fait pas partie des listes d’incontournables qu’on peut trouver un peu partout (sur le net essentiellement), mais il n’en demeure pas moins une curiosité qui mérite l’attention du fait de la présence du grand Lon Chaney. Bien sûr, il est maquillé et affublé de postiches, et déjà, son personnage n’est pas ce qu’on peut qualifier de normal : à force de passer son temps à admirer avec un soupçon d’orgueil une reproduction de son ancêtre Paul Revere dans sa chevauchée qui devenue depuis légendaire (2), le choc brutal va lui faire perdre la tête.

Et c’est dans ces rôles désespérés que Chaney était le meilleur, ce qui est déjà le cas ici.

 

On notera aussi l’influence de Griffith dans le sauvetage de (toute) dernière minute, mais avec un détail pittoresque : la foule déchaînée n’a pas l’intention de lyncher Billy suite à des accusations mensongères des Peabody : on a amené le goudron et les plumes.

Je terminerai enfin en regrettant l’état incomplet de la copie qu’il m’a été permis de visionner. En effet, il manque quelques éléments de séquences qui s’ils n’empêchent pas la bonne compréhension de l’intrigue (elle est déjà assez complexe comme ça) imposent des ellipses un tantinet incongrues.

 

  1. Non, ce n’est pas un pléonasme. Encore que…
  2.  « Midnight Ride » (18-4-1775). Plongez-vous dans l’histoire de la Guerre d’Indépendance américaine (1775-1783), vous comprendrez.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Casse, #Sofia Coppola
The bling Ring (Sofia Coppola, 2013)

Entre 2008 et 2009, dans la banlieue de Los Angeles, une équipe de jeunes gens a écumé les propriétés des stars en vue – essentiellement des mannequins – en s’introduisant dans leurs maisons et raflant une partie de leurs possessions (argent, bijoux, vêtements…) pour environ 3 millions de dollars. Rapidement, et suite aux plaintes des différentes stars visitées, con les surnomma « The bling Ring », soit le « cercle bling-bling » pour reprendre un qualificatif présidentiel.

C’est l’histoire de ces jeunes gens que Sofia Coppola a choisi de raconter : comment ils en sont venus là et surtout comment cela s’est terminé, avec de la prison, bien entendu.

 

Après une séquence d’introduction qui présente les différents protagonistes et leur méthode, annonçant déjà la conclusion fatale, Sofia Coppola prend le temps de nous montrer comment ils en sont arrivés là, un an plus tôt. Le personnage central – mais pas obligatoirement le plus intéressant – c’est Marc (Israel Broussard). Il fait office de narrateur visuel, étant certainement celui qui n’entre pas complètement dans le jeu : il lui reste un semblant de conscience qui lui fait un petit peu appréhender une issue malencontreuse.

A ses côtés, on trouve de jolies jeunes filles pour lesquelles ce qui se passe n’a pas vraiment d’importance. Seuls comptent le butin et les noms de leurs cibles.

 

A nouveau, nous retrouvons une forme de vide qui étreint les différents personnages de Sofia Coppola. Ces jeunes gens sont malheureux et tentent d’accéder à une forme de bonheur (illusoire, bien sûr) en copiant leurs modèles : les mannequins qui portent des tenues extraordinaires issues de très grands couturiers, et qui font l’actualité essentiellement par leurs frasques, comme Paris Hilton qui fait d’ailleurs une apparition dans le film (1).

Il s’agit d’une jeunesse insouciante dont les familles ne vivent pas dans le besoin (loin de là) et qui est essentiellement à la recherche de sensations fortes, mâtinées d’une dose de frime – le côté bling-bling. Tout est dans le paraître et cela s’exprime par une utilisation exclusive des éléments du butin exhibés sans vergogne, se vantant même de leur origine.

 

Si on a pu reprocher à Sofia Coppola un regard un peu complaisant vis-à-vis de ces délinquant·e·s, il est clair qu’elle dépeint très bien l’aspect adolescent de ses personnages. J’ai déjà parlé d’insouciance, mais c’est quand les choses tournent mal qu’on retrouve vraiment les ados. On retrouve ce sentiment d’impunité voire d’immortalité chez les différents protagonistes. Quand la police les retrouve et les embarque, tout s’écroule et ils redeviennent les petits enfants qu’ils croyaient ne plus être : ils ont voulu jouer aux grands mais ils ont perdu. Tout.

Et bien sûr, les grands absents sont les parents qui, même s’ils semblent être là, ne voient pas ce qu’il se passe sous leur nez, faisant confiance à leur progéniture pour ne pas s’embêter et surtout avoir la paix.

 

Bref, un film étrange mais qui laisse tout de même un certain malaise au spectateur quand les lumières se rallument : une atmosphère malsaine dont il est difficile de se débarrasser.

L’interprétation, par contre, est très juste, avec en vedette Emma « Hermione » Watson dans un rôle inhabituel (2).

 

  1. Les autres ne sont présentes qu’à travers les images d’archives.
  2. Il faut dire qu’après avoir joué dans les 8 Harry Potter, tout autre rôle semble inhabituel, non ?

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