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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Philippe de Broca
Le Magnifique (Philippe de Broca, 1973)

Bob Saint-Clar (Jean-Paul Belmondo) est un agent secret extraordinaire (1). Grand, fort, séduisant et d’une grande sagacité, c’est à lui que fait appel la France quand le chef des services secrets Albanais, l’immonde Karpov (Vittorio Caprioli), a des prétentions maléfiques mondiales.

Dans sa mission, Saint-Clar est assisté de la belle Tatiana (Jacqueline Bisset), et ensemble, ils arrivent – bien sûr – à déjouer les plans machiavéliques de leur terrible adversaire.

Jusqu’à l’intervention de madame Berger (Monique Tarbès), la femme de ménage, qui passe l’aspirateur sur la plage où viennent de débarquer toute une escouade de méchants Albanais…

 

Ca commence comme n’importe quel film de James Bond avec une séquence choc : ici, c’est un type enlevé dans une cabine téléphonique et relâché dans l’océan avant de finir mangé par un requin. Et jusqu’à l’intervention incongrue de la femme de ménage, Philippe de Broca continue de dérouler son intrigue un tantinet parodique du film d’agent secret, servi par un Jean-Paul Belmondo en pleine forme, comme dans la plupart de ses films des années 1970.

La femme de ménage, c’est le retour à la réalité : le magnifique Saint-Clar n’st rien d’autre qu’un personnage de fiction, créé et développé au gré de ses humeurs par François Merlin (Jean-Paul Belmondo), écrivain – à succès – de roman de gare.

 

Bien sûr, c’est là que se concentre le comique du film : le passage d’un univers à l’autre. Et il se fait dans les deux sens : Si certains faits « réels » interviennent dans l’intrigue romancée, Merlin va de son côté intégrer les gens qu’il côtoie dans les aventures de son héros. En effet, Tatiana n’est autre que la jeune Christine (Jacqueline Bisset), une étudiante en sociologie qui habite le même immeuble et l’infâme Karpov n’est autre que Georges Charon (Vittorio « Trouscaillon » Caprioli), son éditeur. De plus, ses déboires avec l’électricien (Jean Lefebvre) ou les plombiers (André Weber & Philippe de Broca) vont lui inspirer de nouveaux méchants qui, contrairement aux Albanais, conservent leur tenue de travail que nous leur connaissons.


On s’amuse beaucoup de ce constant va-et-vient entre le bureau de Merlin et Acapulco (l’intrigue du livre se déroule au Mexique), et il semble que nous ne soyons pas les seuls. Belmondo s’en donne à cœur joie dans ce rôle sur mesure où il peut exhiber, en plus de son talent, son corps d’athlète dans des poses esthétiques absurdes et bondir dans tous les sens au gré de l’inspiration de son double réel.

On a même droit à une parodie de Peckinpah quand Merlin décide de faire dans le sanglant : le sang coule à flot, au ralenti, cela va de soi !

 

Petit bémol toutefois : de Broca, en allant jusqu’au bout du concept n’évite pas l’outrance qui a tendance à atténuer la portée du film. Certes, ses interprètes – et surtout Belmondo – sont à la hauteur mais une telle accumulation a tendance à lasser, voire à faire décrocher. Le final du roman – spectaculaire certes – sort carrément du cadre établi dans la première séquence.

Mais de Broca a pour lui l’intrigue et dedans la toute puissance de son auteur (Merlin) : après tout, c’est lui qui décide de ce qui doit se passer !

 

 

  1. C’est lui, le « Magnifique » !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
Brazil (Terry Gilliam, 1985)

Sam Lowry (Jonathan Pryce) est un doux rêveur. Sauf qu’il vit dans un monde plutôt déshumanisé et qu’il n’y a pas de place pour le rêve dedans.
Son rêve ? Il vole. Et il croise une jeune femme qui flotte dans l’air, recouverte d’un voile.

Enfin ça, c’est au début, quand tout va bien. Parce qu’à mesure que la situation de Sam va évoluer, son rêve aussi et dans le même sens, tournant de plus en plus au cauchemar.
 

Terry Gilliam n’est pas ce qu’on peut appeler un réalisateur prolixe, puisqu’en une quarantaine d’années on ne lui compte que 12 longs métrages. Mais à de très rares exceptions, ce sont des films de très bonne facture dont certains sont même inoubliables. Et Brazil est de ceux-là.

J’irai même plus loin en disant que Brazil est très certainement le film fondateur du cinéma de Terry Gilliam, débarrassé (presque) totalement de la période Monty Python (1). Certes, on retrouve une bonne dose d'absurde de cette époque, mais le côté foutraque a disparu, Gilliam semble avoir mûri.

Tout d’abord, et c’est la grande différence avec ses deux premiers films, il ne s’agit pas d’une comédie. L’histoire racontée ici est tragique et se base sur un postulat vérifié : on ne gagne jamais contre l’Administration.

Et Sam, qui est pourtant un membre de cette administration, aura beau tout faire pour la saper de l’intérieur, il n’y arrivera pas et elle restera toute puissante.

 

Mais Brazil, c’est aussi un magnifique hommage au cinéma, empruntant ici et là certains plans caractéristiques dont ceux de Stanley Kubrick lors de la présentation du service où travaille Lowry (Les Sentiers de la gloire) ou encore Eisenstein dans la séquence finale au Ministère de la Récupération de l’Information (2). Pour le reste, je vous renvoie à internet où on explique cela mieux que moi. J’ajouterai seulement que la rencontre de Sam avec le personnage du standardiste Dawson (Antony Brown) au ministère n’est pas ans rappeler celle de Jack Torrance avec Floyd dans la salle de bal dorée de Shining.

 

Pour le reste, on va trouver dans Brazil les bases des films qui vont venir, que ce soient pour certains interprètes (Jonathan Pryce, Charles McKeown, Jack Purvis…) ou certains plans qui seront repris plus tard : quand Sam est dans son bureau et que la caméra nous le montre en plongée annonce James Cole emprisonné dans L’Armée des 12  singes.

Mais surtout, il y a ce jeu qu’on retrouve presque toujours entre le rêve et la réalité. Ici, les rêves de Sam sont identifiables, et si nous avons parfois droit à une incursion dans la vie « réelle », elle ne s’explique que par le fait que Sam dort. Ce sera différent pour Parry qui vivra réellement ses cauchemars (The Fisher King).

Et bien sûr, l’un des moments les plus impressionnants est l’apparition des gratte-ciels dans la campagne anglaise. C’est absolument fabuleux. Et d’une manière générale, le travail des décors de John Beard et Keith Pain couplé avec les effets spéciaux de George Gibbs et Richard Conway donnent une dimension extraordinaire au film, rehaussé par l’utilisation de lieux existants qui accueillent parfaitement cette intrigue semi-futuriste (Marne-La-Vallée).

 

Et puis il y a 1984, le roman de George Orwell. Le film aurait certainement pu sortir cette même année, tout comme le film éponyme de Michael Radford, si le producteur Sid Sheinberg avait autorisé sa sortie plus tôt (3). Au lieu de cela, il sort un an plus tard, ce qui lui donne un aspect analogique avec le roman d’Orwell : 1985 est le titre d’un essai d’Anthony Burgess autour du roman d’Orwell et de celui de Huxley (Le Meilleur des mondes), dans lequel il termine par une réécriture de l’intrigue en prenant en compte des éléments mis à jour. Alors que George Orwell décrivait un monde qui ressemblait beaucoup à celui de 1948, Burgess pour sa part en tire une histoire beaucoup plus actuelle et peut-être plus effrayante.

Il en va de même pour le film de Radford et celui de Gilliam : Radford adapte le livre sans vraiment en sortir alors que Gilliam – et il l’explique lui-même – n’est plus en 1948 mais bien dans son temps, et ce malgré les nombreuses références visuelles des années 1940 : l’habillement des hommes (dont Sam) avec longs manteaux et chapeaux mous, l’intérieur de chez Mme Lowry (Katherine Helmond)...

Jusqu’aux militaires qui ne sont pas sans rappeler ceux qu’on pouvait trouver dans les systèmes totalitaires de la même époque, en particulier en Union Soviétique.

 

Donc Gilliam est sorti de sa phase Monty Python et sans pour autant oublier ses anciens partenaires, il propose un film basé essentiellement sur le rêve où la portée esthétique joue un très grand rôle.

Normal, avant il était dessinateur. Il a même travaillée chez MAD (4).

 

  1. Les amis sont toujours là : Michael Palin ici, Eric Idle dans le suivant…
  2. « Information  Retrieval» en VO qu’on a traduit dans le film par « Recoupement de l’information. »
  3. Je vous laisse découvrir le différend qui opposé Gilliam et ce monsieur sur IMdB ou ailleurs.
  4. Où a travaillé aussi un certain Harvey Kurtzman, immense scénariste de bandes dessinées et dont le nom apparaît ici dans le rôle joué par Ian Holm, avec un N en plus, toutefois. A propos de nom : l’autre chirurgien esthétique s’appelle Chapman (Jack Purvis). Comme Graham.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Joseph de Grasse, #Lon Chaney
The scarlet Car (Joseph de Grasse, 1917)

Deux banquiers père et fils : Cyrus (Howard Crampton) et Ernest (Sam « Richelieu » de Grasse) Peabody.

Un caissier et sa fille : Paul Revere Forbes (Lon Chaney) et Beatrice (Edith Johnson).

Deux autres banquiers père et fils : Samuel (Al W. Filson) et Billy (Franklyn Farnum) Whintrop.

Une voiture rouge écarlate.

Dans la voiture : un cadavre.

 

Une fois que vous avez tous es ingrédients, vous mélangez et cela donne un film de moyen métrage au scénario plutôt complexe où Lon Chaney n’est pas encore la vedette que nous connaissons, mais joue tout de même un rôle central, presque autant que la voiture. Je plaisante : si la voiture est l’instrument du destin qui amorce la résolution de l’intrigue, c’est bel et bien Forbes-Chaney qui amène la fin heureuse. Ce qui est à noter puisque Lon Chaney aura de moins en moins de rôles positifs dans les années qui suivront.

 

Mais reprenons. Les Peabody sont deux banquiers escrocs (1) avec une avance dans la rouerie chez le père, ce qui est tout à fait normal : il est le plus âgé.

Sous leurs ordres travaille Forbes qui remarque un trou dans la caisse de 35.000 dollars dû à des spéculations hasardeuses du duo présenté ci-dessus. Suite à un accrochage, Peabody fils frappe Forbes qui se tue dans sa chute. Ils décident alors de se débarrasser du cadavre et demandent à leur complice de le faire. Quelques temps plus tard, on retrouve une voiture rouge accidentée avec un cadavre à l’intérieur. Mais ce n’est pas Forbes…

Parallèlement, le jeune Billy Winthrop se reprend en main et voudrait épouser la fille de Forbes. Après avoir repris les affaires de son père qu’il a fait fructifier, ce dernier gagne à la loterie la même voiture rouge. Dedans, Billy trouve un indice qui indique que Forbes n’était peut-être pas le voleur qu’on a pu décrire : son absence a fait de lui le voleur des 35.000dollars…

Je vous avais prévenu : l’intrigue n’est pas simple. Par contre, une fois la voiture revenue à l’avant-scène, la résolution devient irrémédiable et heureuse.

 

Si on connaît plus Sam que Joseph de Grasse, c’est avant tout parce qu’on voit plus un acteur qu’un réalisateur : Sam ici est le frère de Joe qui dirige. De plus, Sam a beaucoup collaboré avec Douglas Fairbanks dans les années qui ont suivi ce qui lui donna encore plus l’occasion d’apparaître. Par contre, Joseph, une fois le parlant arrivé, va arrêter de tourner en tant que réalisateur, ne faisant que de très rares apparitions en tant qu’acteur (de second plan, cela va de soi.

Et puisque je parlais de Douglas Fairbanks, on peut noter une parenté » entre le personnage de Billy et ceux interprétés par le grand Douglas.

Physiquement d’abord, la coupe de cheveu et l’allure de Farnum rappellent celles de Fairbanks dans ses rôles de citadins. Ensuite, son personnage est lui aussi plein de ressources. Bien sûr, la grande différence tient surtout dans son interprétation : il n’a pas le sourire aussi facile que Doug, mais avant tout, il ne bondit pas autant. Même la « séquence d’action » qui le voit se réfugiant dans un arbre pour échapper à un chien plutôt menaçant n’a pas le rythme que l’on connaît chez l’autre.

 

Certes, ce film de Joseph de Grasse ne fait pas partie des listes d’incontournables qu’on peut trouver un peu partout (sur le net essentiellement), mais il n’en demeure pas moins une curiosité qui mérite l’attention du fait de la présence du grand Lon Chaney. Bien sûr, il est maquillé et affublé de postiches, et déjà, son personnage n’est pas ce qu’on peut qualifier de normal : à force de passer son temps à admirer avec un soupçon d’orgueil une reproduction de son ancêtre Paul Revere dans sa chevauchée qui devenue depuis légendaire (2), le choc brutal va lui faire perdre la tête.

Et c’est dans ces rôles désespérés que Chaney était le meilleur, ce qui est déjà le cas ici.

 

On notera aussi l’influence de Griffith dans le sauvetage de (toute) dernière minute, mais avec un détail pittoresque : la foule déchaînée n’a pas l’intention de lyncher Billy suite à des accusations mensongères des Peabody : on a amené le goudron et les plumes.

Je terminerai enfin en regrettant l’état incomplet de la copie qu’il m’a été permis de visionner. En effet, il manque quelques éléments de séquences qui s’ils n’empêchent pas la bonne compréhension de l’intrigue (elle est déjà assez complexe comme ça) imposent des ellipses un tantinet incongrues.

 

  1. Non, ce n’est pas un pléonasme. Encore que…
  2.  « Midnight Ride » (18-4-1775). Plongez-vous dans l’histoire de la Guerre d’Indépendance américaine (1775-1783), vous comprendrez.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Casse, #Sofia Coppola
The bling Ring (Sofia Coppola, 2013)

Entre 2008 et 2009, dans la banlieue de Los Angeles, une équipe de jeunes gens a écumé les propriétés des stars en vue – essentiellement des mannequins – en s’introduisant dans leurs maisons et raflant une partie de leurs possessions (argent, bijoux, vêtements…) pour environ 3 millions de dollars. Rapidement, et suite aux plaintes des différentes stars visitées, con les surnomma « The bling Ring », soit le « cercle bling-bling » pour reprendre un qualificatif présidentiel.

C’est l’histoire de ces jeunes gens que Sofia Coppola a choisi de raconter : comment ils en sont venus là et surtout comment cela s’est terminé, avec de la prison, bien entendu.

 

Après une séquence d’introduction qui présente les différents protagonistes et leur méthode, annonçant déjà la conclusion fatale, Sofia Coppola prend le temps de nous montrer comment ils en sont arrivés là, un an plus tôt. Le personnage central – mais pas obligatoirement le plus intéressant – c’est Marc (Israel Broussard). Il fait office de narrateur visuel, étant certainement celui qui n’entre pas complètement dans le jeu : il lui reste un semblant de conscience qui lui fait un petit peu appréhender une issue malencontreuse.

A ses côtés, on trouve de jolies jeunes filles pour lesquelles ce qui se passe n’a pas vraiment d’importance. Seuls comptent le butin et les noms de leurs cibles.

 

A nouveau, nous retrouvons une forme de vide qui étreint les différents personnages de Sofia Coppola. Ces jeunes gens sont malheureux et tentent d’accéder à une forme de bonheur (illusoire, bien sûr) en copiant leurs modèles : les mannequins qui portent des tenues extraordinaires issues de très grands couturiers, et qui font l’actualité essentiellement par leurs frasques, comme Paris Hilton qui fait d’ailleurs une apparition dans le film (1).

Il s’agit d’une jeunesse insouciante dont les familles ne vivent pas dans le besoin (loin de là) et qui est essentiellement à la recherche de sensations fortes, mâtinées d’une dose de frime – le côté bling-bling. Tout est dans le paraître et cela s’exprime par une utilisation exclusive des éléments du butin exhibés sans vergogne, se vantant même de leur origine.

 

Si on a pu reprocher à Sofia Coppola un regard un peu complaisant vis-à-vis de ces délinquant·e·s, il est clair qu’elle dépeint très bien l’aspect adolescent de ses personnages. J’ai déjà parlé d’insouciance, mais c’est quand les choses tournent mal qu’on retrouve vraiment les ados. On retrouve ce sentiment d’impunité voire d’immortalité chez les différents protagonistes. Quand la police les retrouve et les embarque, tout s’écroule et ils redeviennent les petits enfants qu’ils croyaient ne plus être : ils ont voulu jouer aux grands mais ils ont perdu. Tout.

Et bien sûr, les grands absents sont les parents qui, même s’ils semblent être là, ne voient pas ce qu’il se passe sous leur nez, faisant confiance à leur progéniture pour ne pas s’embêter et surtout avoir la paix.

 

Bref, un film étrange mais qui laisse tout de même un certain malaise au spectateur quand les lumières se rallument : une atmosphère malsaine dont il est difficile de se débarrasser.

L’interprétation, par contre, est très juste, avec en vedette Emma « Hermione » Watson dans un rôle inhabituel (2).

 

  1. Les autres ne sont présentes qu’à travers les images d’archives.
  2. Il faut dire qu’après avoir joué dans les 8 Harry Potter, tout autre rôle semble inhabituel, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Woody Allen
La Rose pourpre du Caire (The purple Rose of Cairo - Woody Allen, 1985)

Cecilia (Mia Farrow) est mal mariée à Monk (Danny Aiello). Pour fuir e mariage malheureux, elle va au cinéma. En ce moment passe La Rose pourpre du Caire, avec Gil Shepherd (Jeff Daniels). C’est une histoire de riches oisifs qui vont en Egypte pour se changer les idées et y rencontrent Tom Baxter (Jeff Daniels), et l’emmènent avec eux en Amérique.
Pendant ce temps, Cecilia est de plus en plus malheureuse : son mari est lui aussi un oisif qui en plus passe du bon temps avec d’autres femmes.

Cecilia se réfugie au cinéma pour oublier sa condition.

C’est alors que Tom Baxter la remarque et sort de l’écran pour la rejoindre.

 

Woody Allen est en pleine mutation. Après sa période burlesque, il s’était lancé dans des comédies plus sophistiquées un tantinet bavardes (1) et revient depuis trois ans avec une nouvelle forme de comédie qui allie un peu les deux, mais dont cette Rose pourpre sort du lot.

En effet, il s’agit d’une magnifique mise en abîme sur le cinéma, l’intrigue se situant en plein essor du cinéma parlant (années 1930). C’est la chanson Cheek to Cheek qui ouvre le film et qui le termine, nous laissant avec la douce voix de Fred Astaire.

Entre les deux, une histoire absolument absurde mais tellement cinégénique.

 

L’histoire de Cecilia, tiraillée entre son amour pour un personnage fictif et son acteur est celle que rêve toute femme qui se rend au cinéma (2), surtout quand c’est pour fuir un quotidien éprouvant. Et Cecilia a de quoi : entre un mari un tantinet alcoolique et surtout coureur d’un côté et un boulot mal payé et prenant dont elle est d’ailleurs renvoyée, ne reste que peu de moyen de s’évader.

Et surtout, la magie du cinéma se met à opérer.

Pour Cecilia, bien sûr, qui se retrouve à côtoyer celui (et aussi celles et ceux) qu’elle admire, mais il en va de même pour le spectateur qui se retrouve plongé dans cette intrigue absurde à grand coefficient jouissif. C’est le rêve absolu du spectateur de cinéma que Cecilia vit et nous de même à travers elle.

Mais comme nous sommes chez Woody Allen, on ne peut passer à côté de ses marottes : tous ces thèmes métaphysiques qui peuplent son œuvre, surtout depuis War & Death.

Nous retrouvons alors les interrogations sur Dieu (dans une église) mais pour être tout de suite torpillées par Baxter qui est totalement étranger à cette croyance : il est avant tout un personnage fictif dont seule la survie et surtout le script sont importants !

 

Reste alors Mia Farrow dans un rôle magnifique, dirigée par celui qui l’aime (et qu’elle aime), interprétant cette jeune femme malheureuse avec beaucoup de justesse et (bien sûr) de conviction. On s’amuse beaucoup de ce renversement inattendu (3) et de Baxter, ce personnage complètement inadapté à l’Amérique de la Grande Dépression : il est un homme de papier dont les caractéristiques sont avant tout des stéréotypes, et donc inutiles voire dangereuses dans le monde réel.

Bien sûr, nous avons droit à la confrontation entre les deux prétendants de Cecilia, mais la comédie a disparu et le choix – rationnel – de Cecilia est souverain. En refusant Tom pour Gil, elle abandonne toutes ses espérances d’un amour vrai et passionné que pouvait lui offrir Tom.

 

Mais de toute façon, aurait-elle pu réellement le vivre ?

 

PS : J’oubliais. Woody Allen n’apparaît pas. C’est seulement la deuxième fois, la première c’était Interiors (1978).

 

  1. Euphémisme, voire pléonasme : oui, je sais professeur Allen John !
  2. Pour les hommes c’est la belle et jeune héroïne…
  3. Sauf qu’au moment de la sortie (quand j’ai vu le film la première fois), on nous rebattait les oreilles avec cette histoire de traversée d’écran, la surprise n’étant alors que très limitée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #John Woo, #Ben Affleck
Paycheck (John Woo, 2003)

Michael Jennings (Ben « Batman » Affleck) est un génie. Doté d’un cerveau hors du commun, il offre ses services contre une très forte rétribution (1). La raison de son salaire (1) surdimensionné ? Après avoir travaillé pendant huit semaines à un projet ultrasecret, on lui efface tout souvenir de cette période.

Quand son vieil ami James Rethrick (Aaron « Two-Face » Eckhart) lui propose de travailler pendant trois ans pour une gratification (1) mirobolante (un nombre à 8 chiffres !), il accepte presque sans hésiter.

Mais quand il sort de cette période, la mémoire effacée et qu’il récupère ses affaires, il sent que quelque chose ne va pas : ce ne sont pas les siennes. Son compte en banque n’affiche pas le nombre à huit chiffres annoncé.

 

Nous sommes ici au croisement du film d’espionnage et de science-fiction, bien que la science-fiction soit le thème le plus important. On retrouve aussi un élément qui était central au magnifique Eternal Sunshine of the spotless mind de Michel Gondry (2004) : la mémoire.

Mais alors que le film de Gondry concernait une relation amoureuse catastrophique, ici, nous sommes dans le domaine de la haute technologie et du secret industriel.

De plus, tout ce qui relève de la philosophie et du souvenir en tant que partie de l’homme n’est pas évoqué ici, le procédé d’effacement de la mémoire étant considéré comme tout à fait normal, même si bien cadré car dangereux pour la santé, et ce même au niveau du FBI.

 

D’ailleurs, ce n’est pas cela qui intéresse John Woo dans cette intrigue, mais plutôt la façon dont Michael Jennings va se sortir du guêpier dans lequel il est tombé. Parce que vous vous en doutez : Son « vieil ami » ne l’est plus vraiment (un ami). Pour cela, une enveloppe contenant 20 objets qui seront déterminants dans les heures qui suivent le « retour à la vie » de son héros.

Chacun des objets va alors servir à lui permettre non pas de retrouver sa mémoire – de ce côté-là, c’est irrémédiable – mais de se sortir d’épreuves qui le mènent droit à sa propre mort.

Oui, nous sommes dans une histoire de machine à voyager dans le temps, ou plutôt de machine temporelle, parce que personne ne voyage. Mais je n’en dirai pas plus.

 

John Woo nous balade autant que son personnage d’un lieu à l’autre, d’une situation dangereuse à une autre qui l’est encore plus pour notre plus grand plaisir, l’enveloppe devenant le fil rouge de tout ceci : le recours à ses objets n’est pas sans me faire penser au sac à dos de Dora….

Bien sûr, les méchants le sont juste assez pour assurer le succès du film et les scènes d’action sont spectaculaires.

Bref, on ne s’ennuie pas, mais on peut se demander ce qu’aurait fait de Michael Jennings celui qui fut le premier choix : Matt Damon…

Parce que Ben Affleck ne semble pas aussi à l’aise que dans un rôle réaliste.

 

  1. Une traduction possible du titre
  2. Qui refusa, l’intrigue rappelant un peu trop pour lui celle de La Mémoire dans la peau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Sam Wood
Pour qui sonne le Glas (For whom the Bell tolls - Sam Wood, 1943)

1937.

Voilà maintenant un an que la guerre civile a commencé quand Robert « Roberto » Jordan (Gary Cooper) rencontre le général Golz (Leo Bulgakov). Ce dernier va l’envoyer détruire un pont stratégique en vue d’une attaque massive (1) contre les forces rebelles de Franco.

Jordan va donc vivre quelques temps avec la bande de Pablo (Akim Tamiroff) et Pilar (Katína Paxinoú), dans les montagnes.

Il va aussi rencontrer Maria (Ingrid Bergman) qui fut secourue alors qu’elle était aux mains de rebelles.

Entre Maria et Jordan, une histoire d’amour, précaire, va se tisser progressivement. Mais le conflit ne faiblit pas et l’heure de l’assaut approche.

 

J’ai déjà parlé ici des films de Sam Wood, et pas spécialement en bien, ses films étant d’une médiocrité flagrante. Il n’en va pas de même de ce film, sorti en plein conflit mondial et surtout porté par ses deux têtes d’affiche : Gary Cooper et Ingrid Bergman.

Certes, ce n’est pas non plus un chef-d’œuvre absolu, le scénario de Dudley Nichols mais surtout le roman d’Ernest Hemingway assurant seuls le succès. Mais on peut tout de même lui trouver quelques qualités, essentiellement dans l’interprétation qui est d’une très grande qualité, surtout les quatre interprètes cités ci-dessus.

 

C’est la deuxième fois que Gary Cooper se retrouve dans une histoire d’Hemingway (2), et à nouveau, c’est un destin tragique qui l’attend, malgré toutes les péripéties qui semblent éloigner cette fin inévitable : nous sommes dans une tragédie classique où quoi que fassent nos héros, un sort funeste les attend.

On retrouve d’ailleurs dans le film le moment d’espoir indispensable au genre et qui nous fait croire qu’ils s’en tireront.

Mais deux facteurs primordiaux veillent à l’accomplissement malheureux annoncé :

  • Nous sommes du côté républicain pendant la Guerre d’Espagne : ce sont les perdants ;
  • Il est normal de mourir pour la cause qu’on défend, surtout pendant une période de guerre.

En effet, quand le film sort, les Etats-Unis sont bien entrés dans le conflit et commencent à regagner progressivement dans le Pacifique, pendant que l’Europe va bientôt voir débarquer les Alliés en Italie et en France.

Il est clair que ce film est aussi un instrument de propagande en faveur des Alliés, l’Américain Jordan s’étant enrôlé dans les Brigades Internationales pour défendre la démocratie, et lutter contre les forces fascistes et nazies qui s’étaient invitées dans ce conflit. Et Jordan explique ce qu’il a fait et pourquoi, insistant bien sur ces deux formations étrangères (Italie et Allemagne) pour les relier au conflit qui préoccupait alors les spectateurs au cinéma.

On notera d’ailleurs la présence de soldats franquistes aux casques qui en sot pas sans rappeler ceux des Allemands à la même époque.

 

Alors oui, c’est un beau film, mais il y manque tout de même un souffle épique qui en aurait fait une fresque légendaire, comme le fit Victor Fleming pour Gone with the Wind, et l’année précédente Michael Curtiz et son immense Casablanca (avec déjà la belle Ingrid Bergman).

Mais ici, c’est Sam Wood…

Heureusement pour nous, il y a Gary Cooper, toujours aussi grand, en taille comme en talent.

 

  1. L’offensive de Ségovie, du 30 mai au 2 juin.
  2. A Farewell to arms (Frank Borzage, 1932)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Maurice Cloche
Monsieur Vincent (Maurice Cloche, 1947)

1617.

Monsieur Vincent de Paul (Pierre Fresnay) arrive à Châtillon-sur-Chalaronne où il vient d’être nommé curé. Il y est reçu par des jets de pierres par les habitants cloîtrés chez eux (1), l’une d’entre eux étant pestiférée.

Aidé de son sacristain (Marcel Pérès), il va enterrer dignement cette femme et révéler qu’elle n’est pas morte de la peste.

C’est le début d’une grande vocation auprès des petits et des pauvres qui commence et qui l’amènera à Paris créer la Compagnie des Filles de la Charité (qui perdurera jusque dans les années 1970), qui accueillera les indigents de Paris et alentour.

 

Bien sûr, il s’agit d’un film édifiant à la gloire de celui qu’on appelait d’abord Monsieur de Paul, dont le parcours fortement atypique méritait tout de même un film (2). Et le Vatican l’a même qualifié parmi les 45 plus importants films religieux.

Mais c’est avant tout le jeu d’acteur de Pierre Fresnay qui est remarquable, Maurice Cloche – obscur réalisateur français qui réalisa tout de même jusqu’en 1983 (pour la télévision) – réalisant un film très honnête (3) qui se concentre essentiellement sur la véritable vocation de M. Vincent de s’occuper encore et toujours des indigents.


Pierre Fresnay y est comme à son habitude magnifique dans ce rôle d’homme humble. De plus, le maquillage d’Igor Keldich est remarquable : dans les dernières séquences du film (en 1660, l’année de sa mort) la ressemblance est frappante entre l’acteur et les diverses reproductions qu’on peut consulter du saint homme (4).

Une affiche de l’époque annonçait que sa prestation serait une grande date dans sa carrière : ce fut le cas. En plus d’interpréter avec beaucoup de justesse ce personnage fascinant, il fut récompensé à Venise pour sa prestation et salué un peu partout dans le monde entier.

 

Et la religion dans tout ça ?

Eh bien nous sommes bien loin de ce que nous proposaient les réalisateurs américains de cette époque voire après (voyez chez Cecil B. DeMille, par exemple). Il n’y a rien de grandiose dans cette histoire, seulement la foi de ce petit curé qui accomplit de grandes choses. Et les dialogues d’Anouilh (excusez du peu) se contentent du minimum religieux nécessaire. Il n’y a aucune volonté prosélyte affirmée, seulement un hommage appuyé à un prêtre qui s’éleva contre les mentalités fatalistes de l’époque (qui perdurent, malheureusement chez certains) : si les pauvres sont pauvres et malheureux, c’est la volonté de Dieu.

 

Et en plus, cet homme fit des émules à travers le monde. Cela valait tout de même bien un film, non ?

 

  1. Déjà !
  2. C’est le mécréant qui vous parle !
  3. Normal quand on aborde la religion, non ?
  4. Il fut canonisé en 1737.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Drame, #Bertrand Tavernier
La Princesse de Montpensier (Bertrand Tavernier, 2010)

Madame de Lafayette est surtout célèbre pour La Princesse de Clèves, roman primitif français de grande qualité que même un petit président emportait en vacances ; mais c’est aussi synonyme d’ennui chez les lycéens de première que cette histoire d’un autre âge a tendance à dépasser (1).

Madame de Lafayette, c’est aussi l’auteure de Madame de Montpensier, autre histoire d’amour malheureux·se beaucoup plus noire que la précédente, écrite une quinzaine d’années plus tôt, dans laquelle elle peint des amours impossibles dans le milieu des grands, pendant les guerres de religion.

 

Nous allons donc suivre le destin – tragique est-il besoin de le préciser – de Marie de Mézières (Mélanie Thierry), mariée contre son gré au prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet), alors qu’elle aime le Duc de Guise (Gaspard Ulliel).

A cette histoire d’amour compliquée s’ajoute le duc d’Anjou (Raphaël Personnaz), futur roi Henri III, qui en pince pour la dame, et surtout un mentor désabusé, le comte Philippe de Chabannes (Lambert Wilson), qui tombe lui aussi sous le charme de la princesse.

Et tout ceci dans la période qui va de 1567, quand la guerre entre les protestants et catholiques reprend, jusqu’aux lendemains de la nuit de la Saint-Barthélemy (25 août 1572), cinq ans plus tard.

 

Tavernier retourne dans le film en costumes, seize ans après La Fille de d’Artagnan, mais surtout 35 ans après Que la Fête commence, dont on retrouve l’aspect tragique d’une période troublée. A cela s’ajoute une réflexion sur la condition féminine au seizième siècle qui était franchement peu reluisante, comme nous pouvons le voir dans le scénario de Jean Cosmos, vieux complice de Tavernier, et dont ce sera la dernière participation au cinéma (il va sur 87 ans quand le film sort).

Nous sommes bien loin des films de cape et d’épée habituels où la jeune héroïne va finalement épouser celui qu’elle aime : Marie doit se soumettre et épouser un étranger, avec l’éventualité de l’aimer à un moment. Et on aurait presque pu y croire s’il n’y avait autour du couple ces personnalités fortes et importantes de l’époque : Guise et Anjou. Et Tavernier se veut prémonitoire dans la relation qu’il présente entre ces deux hommes : Anjou menace à plusieurs reprises Guise de l’éliminer. Doit-on y voir d’ailleurs une pointe d’ironie dans l’avant-dernière séquence qui se passe à Blois où Guise va sceller son destin en épousant Catherine de Clèves (2) : c’est là que les Quarante-cinq l’assassineront sur ordre d’Anjou devenu Henri III.

Toujours est-il qu’en plus de sa condition misérable de femme, elle doit en plus affronter un mari jaloux – comment ne pas l’être face à de tels prétendants – qui ajoute à son tourment.

 

Bien sûr, Mélanie Thierry est admirable de bout en bout, son regard bleu pâle accentuant le côté tragique de sa vie malheureuse. A ses côtés, on trouve un Lambert Wilson impeccable en témoin de cette histoire – ce personnage a été inventé par Madame de Lafayette – qui se retrouve au carrefour de tous ces destins : il fut le maître de Montpensier quand il était jeune homme ; il enseigne à la jeune princesse ; et il se retrouve malgré lui entremetteur dans ces histoires d’infidélité. Quant aux deux autres « grands » de l’histoire, Gaspard Ulliel, même s’il n’est pas aussi grand que l’était Henri de Guise (il lui manque une vingtaine de centimètres semble-t-il), possède tout de même le charme du Balafré, et on pardonnera à Raphaël Personnaz d’avoir les yeux bleus quand son personnage les avait très sombres (et même pas bleus !), il est un Henri de France lui aussi très séduisant, qui rappelle celui qui nous est présenté par Robert Merle dans Fortune de France.
Face à ces deux personnages de haute lignée, Grégoire Leprince-Ringuet réussit tout de même à s’imposer dans cette histoire complexe, devenant l’instrument du destin de Chabannes qui se retrouvera au mauvais endroit et au mauvais moment à cause de lui.

 

Au final, c’est un beau film qui nous est ici proposé, reconstituant une période troublée et peu glorieuse de l’histoire de France : la guerre en toile de fond rythme le film et les rares incursions qui nous sont offertes restituent très bien la sauvagerie de cette époque de fanatisme religieux, qui s’est répétée (malheureusement) de nombreuses fois depuis, jusqu’à aujourd’hui.

 

  1. J’ai fait partie de leur nombre.
  2. Bien que nous sommes dans une histoire de Madame de Lafayette, c’était son vrai nom !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Steven Soderbergh
Erin Brockovich (Steven Soderbergh, 2000)

La vie n’est pas simple quand vous êtes une femme seule, avec trois enfants issus de deux maris qui se sont sauvés : en plus de les élever, vous devez travailler afin au moins de les nourrir. Mais quand on les a eus (trop) tôt, avoir un travail stable et bien payé relève de la gageure. Si en plus d’essuyer refus sur refus, un type riche (il roule en jaguar) vous rentre de dedans et vous blesse et que votre avocat n’arrive pas à vous faire obtenir gain de cause, vous vous pouvez vous dire que la vie est bien injuste.

C’est un (gros) peu ce qui arrive à Erin Brockovich (Julia Roberts, magnifique). Quant à son avocat, Ed Masry (Albert « Big Fish » Finney), il va peut-être regretter d’avoir croisé le chemin de cette drôle de cliente.

En effet, alors qu’il ne répond à aucun de ses appels, elle décide de s’imposer à lui et se fait donc engager comme assistante.

Mais bien sûr, il ne va pas le regretter.

 

Si cette présentation possède un caractère un tantinet primesautier, il ne faut pas en conclure que nous avons ici un film léger. En effet, le thème abordé, les ravages de la pollution industrielle sur la population, est des plus graves et surtout toujours d’actualité. Et en plus, tout ceci s’appuie sur une histoire vraie, celle d’Erin Brockovich (qui fait une apparition dans le film) qui amena au grand jour le scandale du chrome 6 à Hinkley (Californie).

Mais bien sûr, c’est avant tout cette jeune femme qui va se battre pour une cause on ne peut plus juste qui nous intéresse avant tout.

 

Ce qui nous frappe le plus dans ce destin particulier, c’est l’attitude volontaire qui ne quitte jamais notre héroïne, et ce malgré les coups du sort (malheureux, cela va de soi) qui s’acharne sur elle. Cette volonté inébranlable se double d’un courage sans faille, même si cette nouvelle vie est plutôt compliquée.

Comme pour toutes les femmes, la société demande à Erin de choisir : sa vie professionnelle ou sa vie familiale. Ce choix qui ne s’impose jamais aux hommes, Erin le subit de plein fouet, même par son nouveau compagnon, George (Aaron « Two-Face » Eckhart). Certes, ce n’est pas abrupt, mais le résultat est le même : elle doit changer de boulot pour être plus présente pour ses enfants !

Ce qu’elle ne va pas faire, fort heureusement, réussissant tout de même à conjuguer les deux aspects primordiaux de sa vie, même si parfois c’est très dur. J’en veux pour preuve la séquence quand Erin apprend que sa fille Beth (Ashley & Britanny Pimental) prononce son premier mot : toute la dimension du dilemme s’expose sous nos yeux.

 

Et Julia Roberts campe une Erin Brockovich formidable, parfait équilibre entre l’intelligence (supérieure) et la beauté. Son jeu subtil nous fait balancer de son côté dès le début : on ne peut résister à une telle femme. Face à elle, Albert Finney est à la hauteur (qui en aurait douté ?) et nous propose un partenaire à la mesure du personnage principal : les rapports sont houleux mais n’en demeurent pas moins empreints de respect, comme le confirme la séquence finale.

Bref, nous sommes dans une comédie (ça se termine bien) dramatique (vous avez besoin d’explication) menée de main de maître par Steven Soderbergh, alliant sourire et larmes sans pour autant tomber dans le pathos, et surtout avec – et c’est aussi cela qu’on vient chercher au cinéma – une bonne dose d’émotion(s).

 

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