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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Jérôme Salle
Largo Winch (Jérôme Salle, 2008)

Comme (presque) tout le monde je connais la bande dessinée de Francq et Van Hamme, mais il se trouve que je ne l’ai jamais lue, les histoires financières n’étant pas mon fort.

Par contre, je vais vous parler plus facilement du film de Jérôme Salle, qui nous montre – encore une fois – que les films français savent se montrer à la hauteur des films américains dans le genre aventures.


Nerio Winch (Miki Manojlović), l’un des hommes les plus riches du monde, vient de mourir, laissant son empire financier sans tête. Contre toute attente, on apprend qu’il a un fils (adoptif) : Largo (Tomer Sisley). Ce dernier a une vie plutôt aventureuse, et certains hauts responsables ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de cet inconnu au sommet de cette fortune. Surtout que Nerio a été assassiné.

Va alors commencer une course contre la montre pour Largo et ses adversaires, qui mènera l’un d’entre eux au sommet d’une fortune considérable.

 

Si l’intrigue semble simple au premier abord, il n’en va pas de même de la narration utilisée par Jérôme Salle, qui signe ici, en plus du scénario, son deuxième long métrage. Il faut dire que Salle est avant tout scénariste, ce qui explique beaucoup la complexité narrative du film.

En effet, On ne cesse de faire des allers-retours dans le temps, entre 1981, date à laquelle Nerio a adopté Largo et 2008, l’année de sa mort, qui est donc la date de référence pour l’intrigue présente.

 

Mais je dois avouer qu’à un moment, on a du mal à s’y retrouver, et ce malgré les indications temporelles incrustées sur l’écran. Heureusement, à un moment, les différents événements s’imbriquent les uns dans les autres, et la résolution finale se passe comme il faut, avec bien sûr, un coup de théâtre de dernière minute qui n’est tout de même pas un deus ex machina : l’intrigue se tient, et même van Hamme a ratifié le film, étant mentionné dans les crédits de fin comme conseiller technique.

 

Côté interprétation, Tomer Sisley est un Largo Winch convainquant, et les différent(e)s interprètes autour de lui composent des opposants et adjuvants tout aussi crédibles, donnant un film de facture fort honnête, où les séquences d’action menées sur un rythme fort dynamique – le montage l’étant tout autant – sans pour autant noyer le spectateur dans un nombre incalculable de plans par seconde. Ces moments très animés sont aussi contrebalancés par des séquences plus calmes mais tout de même importantes dans l’intrigue principale (1).

 

Trois ans après, suite au succès du film, Jérôme Salle tourne une suite, avec une partie des interprètes de celui-ci.

Mais nous en parlerons plus une autre fois, si ça ne vous fait rien.

 

  1. Une petite réserve tout de même : le moment quand Largo couche avec Léa/Naomi (Mélanie Thierry) était-il bien indispensable ? Quoi qu’il en soit, l’anatomie de ces deux partenaires est malgré tout fort agréable à regarder.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Wes Anderson
La Vie aquatique (The Life aquatic with Steve Zissou - Wes Anderson, 2004)

Steve Zissou (Bill Murray) est un océanographe tendance Cousteau. Depuis de nombreuses années, il présente un nouveau film sur la vie marine. Sa dernière production est marquée par la mort d’un de ses proches, dévoré par un requin-jaguar.

Il décide alors de repartir en expédition à la poursuite de ce prédateur.

Avec son équipage s’embarquent aussi Jane Winslett-Richardson (Cate Blanchett), une journaliste enceinte, et Ned Plimpton (Owen Wilson), pilote de ligne et vraisemblablement fils (non reconnu) de Steve.

 

Il y a dans ce film une dimension road-movie assez inattendue dans un film sur la mer. Mais autant le dire tout de suite, La Vie aquatique est un film totalement inattendu, servi par des interprètes qui vont complètement dans le sens de Wes Anderson, dont certains étaient déjà là avant et même reviendront dans ses films ultérieurs.

En effet nous assistons à une quête de vengeance – Steve veut tuer le requin a dévoré Estéban (Seymour Cassel, qui nous a quittés cette année) son grand ami (1) – qui va se transformer odyssée et surtout en leçon de vie, avec en prime la découverte de ce grand prédateur.

 

Il y a dans ce film un ton nouveau, une façon originale de réaliser une comédie qui se situe au carrefour de l’humour, l’absurde et le rêve, et où les personnages pensent d’une manière assez décalée par rapport à la réalité (celle de l’intrigue tout comme celle du spectateur).

Et même si ce n’est pas une comédie au sens strict du terme – la fin n’est pas totalement heureuse – nous ne sommes pas pour autant en présence d’une tragédie, mais bien sur la ligne qui démarque ces deux genres.

L’humour le plus souvent absurde nous empêche d’ailleurs de tomber dans une noirceur qui n’allait de toute façon pas du tout avec l’intrigue.

Quant au rêve, il s’exprime dans les éléments marins qui émaillent le périple du Belafonte, le bateau de Steve : on découvre des décors et des créatures étonnant(e)s pour le fond de la mer mais pas tant que ça au regard du film en lui-même. Les différents poissons ainsi que l’hippocampe sont absolument merveilleux de par leurs couleurs et leurs formes : c’est normal, ils n’existent pas.

Bien entendu, ce film n’est jamais sérieux (2), et mêmes les moments purement dramatiques sont torpillés par des éléments comiques qui font sans cesse avancer l’intrigue jusqu’au dénouement final.

 

Je parlais de Cousteau (3) en introduction et ce n’est pas anodin : Steve est une antithèse du célèbre commandant au bonnet rouge. Ce bonnet rouge que nous retrouvons sur la tête de chaque membre d’équipage avec, pour se différencier de l’autre, un pompon de la même couleur.

Mais alors qu’on trouvait un ton bienveillant et une certaine forme d’humilité dans les productions du commandant de la Calypso, Steve pour sa part possède un ego un tantinet surdimensionné, et très peu de scrupules.


Et les femmes dans tout ça ? Elles sont trois et ont des rôles indispensables, même si Anne-Marie (Robyn Cohen), la scripte, n’a pas vraiment besoin de se balader presque toujours les seins à l’air.

Eleanor Zissou (Angelica Huston) et Jane sont d’une certaine façon celles qui vont permettre à Steve d’avancer physiquement et moralement : Eleanor en finançant et en trouvant une solution pratique à chaque problème ; Jane, de par son article futur et aussi ses menaces de quitter le bâtiment, le relance en lui montrant que son expédition est significative.

Bien sûr, ces deux femmes ont raison et Steve sortira alors des différentes phases de découragement qui l’assailliront.

 

Un film, comme (presque) tous ceux de Wes Anderson, à part, comparé aux autres productions américaines.

 

[Attention : encore une fois je vais révéler une partie de la fin de l’intrigue. Revenez plus tard si vous voulez garder la fraîcheur de la découverte.]

 

Je terminerai en parlant de la relation de Zissou avec Ned, son fils putatif.

Ned remplace Estéban, cette autre partie de Steve, sur le bateau mais va finalement trouver le même destin : il mourra dans ses bras, suite à un accident d’hélicoptère.

Avec Ned, c’est à nouveau une part de lui-même qui disparaît, et à nouveau en mer.

 

  1. Estéban est le prénom espagnol de Steve : Estéban est ici une part (ou un prolongement) de Steve, ce qui accentue son désir de vengeance.
  2. Et arriver à faire rire est une entreprise très difficile et hasardeuse, comme je l’ai souvent dit ici.
  3. Jacques-Yves Cousteau (1910-1997) est mentionné à deux reprises que je vous laisser (re)découvrir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Mike Nichols
Primary Colors (Mike Nichols, 1998)

Le Stars & Stripes (1).

Des poignées de mains. Plus ou moins appuyées.

La voix de Henry Burton (Adrian Lester), un des directeurs de campagne du gouverneur Stanton (John Travolta) qui part décrocher son ticket pour la Maison Blanche.

Nous allons donc suivre la montée en puissance d’un candidat à l’investiture démocrate pour la présidence, à travers ses différents déplacements, et surtout les différentes taches qui s’accumulent sur le passé de ce candidat, presque trop bien pour être honnête.

 

Dans tous les films de Mike Nichols que j’ai pu voir jusqu’à aujourd’hui, on retrouve souvent une bonne dose d’actualité. Rappelez-vous Dustin Hoffman et Mrs Robinson dans un monde sclérosé qui n’avait pas encore connu la libération de 1968, ou encore Melanie Griffiths en publicitaire ambitieuse…

Ici, Nichols revient sur l’accession au pouvoir d’un président aux multiples conquêtes féminines. Non, ce n’est pas John F. Kennedy mais un de ses lointains successeurs : Bill Clinton.

Mais le plus impressionnant dans ce film, c’est son actualité brûlante puisque, au moment de la sortie du film, Clinton était toujours en exercice (il lui restait deux ans à faire), et surtout il était empêtré dans le scandale Monica Lewinsky.

 

Et encore une fois, il est intéressant de constater la facilité avec laquelle Hollywood traite un sujet des plus actuels, avec en prime une dose de comédie qui n’est pas négligeable.

Certes, si une comédie se termine toujours bien, on pourra ajouter un nombre signifiant de bémols, la comédie se teintant alors d’amertume voire de cynisme.

Comme Clinton, Stanton atterrira au pinacle, mais on ne peut que douter de l’intégrité de ce drôle de président.

 

Et encore une fois, John Travolta nous surprend – agréablement – en interprétant cet homme qui restera jusqu’au bout une énigme – tout comme son modèle. Son empathie et sa prise de conscience sont les deux éléments qui amènent le doute, nous gratifiant alors d’un numéro d’équilibre entre la politique et la démagogie. Et si John Travolta est magnifique, il ne faut surtout pas sous-estimer le jeu d’Adrian Lester, témoin et acteur de cette campagne qui en plus de consacrer un candidat va écrire une nouvelle page de l’histoire de ce pays. Il se retrouve plongé malgré lui dans une campagne qui a tendance à lui échapper et bouscule irrémédiablement sa vie. On ressent beaucoup de sympathie pour ce jeune homme aux dents pas très pointues, héritier malgré lui (encore une fois) d’un passé prestigieux (son grand-père fut un leader des droits civiques), et qui a du mal à bien se situer jusqu’au dénouement final.

Il faut dire que ses collaborateurs ne sont pas des plus efficaces, surtout ceux du siège de campagne : une belle collection de bonnes volontés pas vraiment à la hauteur du challenge.

 

Pourtant, si ce « job » a toujours été masculin (2), les femmes ont ici un rôle crucial, voire indispensable. Les proies du séducteur, bien sûr, mais ce sont surtout celles de son entourage de campagne : Daisy (Maura Tierney), Libby (Kathy Bates) et Susan (Emma Thompson).

Si Daisy a un rôle moindre à côté des deux autres, elle n’en demeure pas moins indispensable à la victoire de Stanton : avec Henry, elle incarne un duo dont l’image n’est pas si anodine et accentue l’ambiguïté du personnage et sa campagne : ils incarnent une sorte d’idéal américain composé d’une jeune femme blanche et d’un jeune homme noir.

Susan est un rôle-clé dans cette campagne, et Emma Thompson a l’allure physique de son modèle, avec la force morale et physique qu’on a pu découvrir pleinement lors de la campagne de 2016.

Libby enfin – ma préférée – est interprétée par une Kathy Bates au mieux de sa forme, jonglant entre la normalité et la folie, qui valut au personnage une hospitalisation lors d’une campagne précédente (en 1978). C’est un personnage haut en couleur qui lui valut une nomination – fort méritée – aux Oscars (3).

Libby montre une force de caractère exceptionnelle mâtinée d’une éthique insoupçonnée, qui va amener Henry à prendre vraiment la mesure de son « poulain ».

 

Je terminerai en parlant de l’adversaire – malheureux – de Stanton dans la course à l’investiture. Il est interprété par une vieille connaissance surtout célèbre pour sa participation à l’un des plus célèbres soaps de la télévision : Larry Hagman.

Oui, l’ignoble J.R. de Dallas. Et le fait que son personnage – Fred Picker – fut obligé autrefois d’abandonner la course pour des raisons personnelles. Si les raisons sont pertinentes en ce qui concerne l’intrigue, on peut sourire en entendant l’année concernée : 1978. C’est cette année-là que commença la diffusion du feuilleton télévisé mentionné ci-dessus.

 

Et quand le film s’achève, la victoire en poche, on reste sur cette même ambiguïté, surtout qu’on a des poignées de main, et un plan final sur ce même drapeau qui ouvrait le film.

 

  1. Ou encore : Star-Spangled Banner. Le drapeau des Etats-Unis, quoi.
  2. Vingt ans après, toujours pas de femme…
  3. Seulement nominée, mais on peut difficilement rivaliser avec Judy Dench…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Mary Pickford, #Jack Pickford, #Alfred E. Green
Par l'Entrée de service (Through the back Door - Alfred E. Green & Jack Pickford - 1921)

Comme l’indique un intertitre, Louise Bodamere (Gertrude Astor) est une femme riche et moderne : si elle élève un (petit) peu sa fille Jeanne (Jeanne Carpenter puis Mary Pickford), elle ne compte pas rester célibataire toute sa vie.

Alors quand Elton Reeves (Wilfred Lucas) lui propose le mariage, elle n’hésite pas longtemps.

Malheureusement pour elle, Elton est jaloux de sa fille et ne veut pas d’elle.

Résignée, Louise confie sa fille à sa nurse (belge), Marie Gaston (Helen Raymond) qui va s’en occuper.

Cinq ans plus tard, Louise revient chercher Jeanne. Marie, qui veut la garder, lui annonce que Jeanne s’est noyée.

Mais la guerre éclate et Marie envoie Jeanne à sa mère pour la protéger du conflit.

Mais Jeanne n’arrive pas à se faire reconnaître.

 

Cette intrigue un tantinet complexe – veuillez m’excuser d’avoir été si long – traite essentiellement de l’amour maternel. Et on y trouve deux niveaux de cet amour : celui qui liait Louise et Jeanne, et celui qui va lier Jeanne et deux enfants belges abandonnés après la mort de leur mère.

Mais ce film est avant tout une comédie (dramatique, certes) et encore une fois, Mary Pickford nous ravit dans ce rôle sur mesure écrit par Gerald C. Duffy et Marion Fairfax. Encore une fois, elle est une petite puis une jeune fille, bien que certains éléments nous montrent qu’elle n’est pas si petite que çà : je pense à la table qui trahit cette petitesse relative.

 

Et malgré le départ un peu scandaleux – abandonner son enfant – Alfred E. Green – encore lui – et Jack Pickford (le frère de) réussissent à nous amuser : par les facéties et autres péripéties qui jonchent la vie de Jeanne, mais aussi (et surtout ?) par des intertitres à l’ironie mordante. En effet, ces cartons ne se cantonnent pas à nous décrire la situation ou rapporter quelques éléments de dialogue, ils se permettent des commentaires plus ou moins impertinents qui vont faire plus que sourire les spectateurs.

On trouve dans cet humour qui n’est pas seulement visuel des prémices de ce qui deviendra dans la décennie suivante la screwball comedy : cette comédie un tantinet absurde basée la plupart du temps sur un comique de mots plutôt que visuel.

 

Et puis il y a Mary Pickford.

Encore une fois, elle est merveilleuse, alliant avec brio ses compétences comiques et émouvantes, elle campe une Jeanne irrésistible. De plus, la superbe photographie de son vieux complice Charles Rosher lui ajoute un côté magique, faisant briller ses yeux, surtout pendant les moments tristes.

Mary nous montre ainsi qu’elle peut jouer avec une grande sensibilité, comme on peut le voir dans les différentes confrontations entre Jeanne et sa mère.

 

Il faut dire, et ce sera ma dernière intervention à propos de l’intrigue, que Louise, croyant sa fille morte, ne la reconnaît pas et cela oblige Jeanne à se retrouver servante chez les Reeves : voilà l’explication de cette « entrée de service » annoncée par le titre.

Ce statut inférieur va aussi amener quelques éléments inattendus dans une telle comédie : une tension qui monte, retardant régulièrement la reconnaissance par Louise de cette fille qu’elle croit morte.

En effet, quand au bout de cinq ans, Louise vient rechercher Jeanne que Marie a envoyée chez des voisins, un élément supplémentaire éloigne la jeune enfant qui était à deux doigts de rencontrer sa mère.

Après ce sera la lettre…

 

Bien sûr, puisque nous sommes dans une comédie, la mère et la fille se retrouveront et nous assisterons à une fin heureuse. Mais c’est justement les différents obstacles que met le destin (avec les scénaristes) à les empêcher de se retrouver qui fait tout le sel de cette intrigue, amenant un suspense croissant (1), entretenu par le jeu tout en nuances de Mary Pickford.

A plusieurs reprises, le cadrage se resserre sur son visage, amenant d’une certaine façon une ellipse : pas besoin de revenir sur un plan d’ensemble, le visage a tout dit.

 

Au final, nous avons une comédie bien ficelée, avec une Mary Pickford au mieux de sa forme, même si on peut regretter qu’elle soit encore dans un rôle d’enfant. Mais son charme et son jeu font rapidement oublier cet élément, et on plonge sans hésiter dans cette comédie aux éléments un petit peu scandaleux (on n’abandonne pas son enfant !).

 

PS : Le personnage de Jeanne, interprété par Mary Pickford va donner quelques idées à Astrid Lidgren quand elle écrira les aventures de Fifi Brindacier (en VO Pippi Långstrump, littéralement «  Pippi Longues-chaussettes »), et notamment la séquence de nettoyage du sol des voisins qu’elle a sali avec ses pieds boueux.

 

PPS : à noter la présence – dans un rôle négatif – du grand Adolphe Menjou

 

(1) Et ce malgré la fin heureuse attendue !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Capes et Epées, #Richard Lester
On l'appelait Milady (The four Musketeers - Richard Lester, 1974)

Un an après Les trois Mousquetaires, Richard Lester, comme annoncé à la fin du film précédent, revient avec ses quatre mousquetaires (le titre original), et conclut l’adaptation du roman d’Alexandre Dumas.

Et si la première partie était assez fidèle au roman, cette suite ne l’est pas moins, même si les lecteurs scrupuleux – il y en a – peuvent lever le sourcil à certains moments. Ma réponse est la même que celle de mon très cher ami le professeur Allen John : nous sommes ici au cinéma.


Reprenons.

Suite à l’affaire des ferrets, D’Artagnan (Michael York) est devenu mousquetaire à plein temps, pendant que Richelieu fait la guerre aux protestants à La Rochelle (1). Bien sûr, notre quatuor participe à cette « christianisation » , ce qui nous donne une belle séquence de petit déjeuner batailleur.

Mais le personnage principal de cet épisode, c’est bien entendu Milady (Faye Dunaway), la méchante en titre et qui remplit toujours aussi magnifiquement son rôle. Nous allons alors assister à sa vengeance, qui doit éliminer D’Artagnan et Constance Bonacieux (Raquel Welch). Et heureusement pour nous – et de toute façon, c’est aussi dans le roman – elle n’y parviendra pas complètement.

 

La force de ce film – outre sa fidélité à l’original, c’est que les deux parties furent tournées dans le même temps, profitant alors d’une disponibilité et surtout d’un état d’esprit qu’on ne peut pas toujours quand quelques années se passent entre deux opus (opi ?).

Mais tout de même : on a beau être au cinéma, faire mourir Rochefort est une erreur, surtout quand on a l’intention de faire un troisième volet (2).

 

Pour le reste, on retrouve les mêmes ressorts et autres ficelles qui en font un divertissement agréable, même si on peut regretter que l’humour de la première partie a une part moins importante.

Quoi qu’il en soit, la distribution tient ses promesses et dans cette aventure D’Artagnan, qui fut le personnage central de la partie, s’efface au profit d’Athos (Oliver Reed) qui, une fois sa véritable identité révélée aura la dignité de son rang, allant même jusqu’à menacer D’Artagnan en cas de divergence avec lui.

 

Bref, une suite en dessous de la première partie, comme cela est – hélas – bien souvent le cas.

 

  1. Et ce malgré la politique du propre père du roi Louis XIII (Jean-Pierre Cassel, qui ne fait qu’une brève apparition) : notre bon roi Henri IV.
  2. Rochefort apparaît dans Vingt Ans après, et nous assistons alors à une relation curieuse entre D’Artagnan – qui le tuera à ce moment-là – mais n’en aura pas moins de respect pour cet homme. (Re)lisez la mort de Rochefort pour vous en convaincre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Dominic Anciano, #Ray Burdis
Final Cut (Dominic Anciano & Ray Burdis, 1998)

Jude (Jude Law) vient d’être enterré. Ses amis se retrouvent dans sa maison pour lui donner un dernier hommage, autour d’un verre, et pour pleurer une dernière fois.

Sadie (Sadie Frost) leur propose alors de regarder le film que Jude avait entrepris, afin de le terminer avec les réactions des uns et des autres tout au long de ce visionnage.

Visionnage éprouvant – en plus de la tristesse suite à sa disparition – parce que Jude a truffé sa maison de caméras, afin de révéler les secrets des uns et des autres.

 

Il y a un côté malsain dans ce film que je veux expulser de suite : nous sommes au cinéma, et cet aspect voyeur sert une narration à première vue décousue mais qui est loin de l’être.

En effet, les deux réalisateurs – qui jouent tous les deux un rôle dans le film – mêlent avec talent les différents temps de ce récit original :

  1. le présent de la narration, qui suit les obsèques de Jude, dans la maison ou de temps en temps en extérieur, afin de prendre l’air et surtout digérer les différentes révélations du film qu’il sont en train de voir ;
  2. La narration intrinsèque du film, une sorte de présent  de Jude qui exprime ses objectifs et sa démarche, avec aussi certaines réflexions qui naissent des rushes qu’il a pu obtenir à l’insu de ses « amis » dans des endroits parfois in attendus (chambre à coucher, WC)  ;
  3. Les temps des différentes séquences qui donnent matière aux réflexions de Jude, et qui sont ces révélations que chacun des spectateurs (forcés) va encaisser plus ou moins bien.

 

Autant vous le dire tout de suite : étant un grand admirateur de Jude Law, j’ai beaucoup aimé ce film qui met en abyme le genre, et donne un écho assez terrible de ce que nous appelons maintenant « téléréalité », mais avec une dimension philosophique un tantinet plus élevé : peut-on tout dire ? Et surtout, peut-on tout montrer ?

Et dans un même temps, Jude, qui est une sorte de « démiurge » dans cette intrigue, voit très bien jusqu’où il peut aller, même si à un moment la situation lui échappe et va des retourner contre lui.

On retrouve alors le mythe de Prométhée ou d’une autre déité créatrice : sa créature lui échappe et se retourne d’une certaine façon contre lui.

Mais si Prométhée était immortel, il n’en va pas de même pour Jude qui sera assassiné par l’un des protagonistes de cette after party, si on peut qualifier ainsi ce qu’il se passe entre les différents acteurs involontaires du drame qui se développe sous leurs yeux.

 

Au-delà de l’aspect voyeur, la réflexion de Jude n’est pas si éloignée que ça de celle de George Bailey : une sorte de négatif de It’s a wonderful Life (1946) alors que George a la possibilité de voir ce que son monde serait devenu sans son lui, Jude cherche à voir à travers ce film ce que ses différentes interventions ont comme impact sur la vie des autres.

Par contre, alors que le film de Capra est une célébration à la vie, il n’en va pas de même ici, le constat étant des plus pessimistes : l’amitié qui les a liés depuis leurs années d’université vole en éclat. Chacun ne peut plus voir les autres de la même façon.

Sans oublier – et c’est peut-être l’aspect le plus important de ce film – que l’un de ces personnes présentes dans la maison a tué Jude.

Et par ce film, Jude désigne son assassin, tel un Hercule Poirot posthume comme chez Agatha Christie.

 

Au final un film curieux mais qui participe au renouveau du cinéma britannique, où le montage et le montage final (1) est primordial et le travail de Sam Sneade (montage) est impeccable, sans oublier celui de John Ward derrière la caméra, utilisant les différents appareils que nous présente Jude, le grain de l’image devenant alors très pertinent, permettant au spectateur d’identifier les différents temps de la narration.

 

  1. « Final cut » peut se traduire ainsi, mais le terme « cut » désigne aussi une coupe (au cinéma par exemple) ou une blessure faite avec un instrument tranchant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Billy Wilder
Embrasse-moi, Idiot (Kiss me, Stupid - Billy Wilder, 1964)

C’est la fin de la saison à Vegas pour Dino (Dean Martin), crooner à succès. En route pour Hollywood, il doit effectuer un crochet par Climax (hum…).

Et à Climax, vivent Orville J. Spooner (Ray Walston) et Barney Millsap (Cliff Osmond) qui écrivent des chansons qui n’ont malheureusement pas de succès.

Le duo saute sur l’occasion pour essayer de vendre une de leurs chansons au crooner.

 

Voilà. Ca, c’est la trame principale. Et comme très souvent chez Billy Wilder, c’est comment y arriver qui va nous intéresser le plus. Surtout que comme l’indique le début du film, on y trouve la belle (et sulfureuse) Kim Novak (Polly the Pistol). Et croyez-moi, elle joue un rôle important dans cette histoire un tantinet de boulevard, à la morale plus que douteuse.

Enfin, pas exactement de boulevard, puisqu’on n’a pas le trio habituel mais quatuor fort hétéroclite : une femme – Zelda Spooner (Felicia Farr) et son mari, un crooner obsédé et porté sur l’alcool, et enfin une jeune femme dite « facile » et qui, même si elle est interprétée par Kim Novak, ne l’est pas tant que ça.


Alors on s’amuse de cette histoire compliquée où seuls les hommes sont eux-mêmes, avec leurs défauts inévitables, et où les femmes, bien que prétendant être ce qu’elles ne sont pas, sont tout de même les plus fortes et très certainement elles qui font que Dino, au bout du compte, sera bien obligé de repartir avec une chanson du duo de chansonniers improbables.

Mais cet échange – volontaire pour l’une (la blonde) inopinée pour l’autre (la brune) – ne sera pas du goût de certaines ligues bien-pensantes : il faut dire que sans toutefois le dire explicitement (comme dans Irma la Douce), Polly the Pistol est un peu plus qu’une serveuse de bar (1) : c’est avec la promesse de 25 dollars qu’elle accepte de se faire passer pour Zelda Spooner.

 

Et je rejoins mon ami le professeur Allen John : le rôle que chaque femme va jouer dans cet imbroglio plus ou moins sentimental a des connotations tragiques. Tout d’abord parce qu’elles doivent paraître ce qu’elles ne sont pas, mais aussi par ce qu’elles sont d’une certaine façon devenue. Et si Zelda n’est pas si malheureuse d’avoir réalisé un rêve d’adolescente, il n’en est pas de même pour Polly. Pendant une soirée et surtout une nuit, elle fut une femme respectable, découvrant alors ce que tout le monde savait : Spooner, malgré ses pullovers Beethoven, Bach et autre Tchaïkovski, est tout de même un homme formidable, mais rongé par la jalousie. Cette jalousie qu’il ne peut s’empêcher d’entretenir comme une maîtresse qu’on visite régulièrement et qui devient au bout du compte un des éléments essentiels (routiniers ?) de son mode de vie.

 

Bien sûr, Wilder s’amuse avec cette intrigue qu’il a coécrite avec I.A.L. Diamond, truffant les différentes séquences d’objets et de mots qu’on va retrouver plus tard (le demi pamplemousse et bien sûr le papier dans le goulot de la bouteille), amenant alors ce qu’outre Atlantique (et outre Manche) on appelle un comic relief (2) bienvenu qui empêche le film de sombrer dans la tragédie plus ou moins scabreuse.

Et en prime, on a droit à un petit intermède plus ou moins gratuit qui voit Zelda retourner chez ses parents : plus, parce qu’on pouvait s’en passer ; moins parce qu’on y retrouve un rappel d’une autre discussion antérieure entre Zelda et Orville (non mais quel prénom !).

 

  1. A ce propos, le brillant dans le nombril est une pique envoyée au moribond coder Hays qui interdisait de montrer l’ombilic d’une femme : et (heureusement ?) quatre ans plus tard, 1968 va définitivement sonner le glas de ce code qui, à l’instar de la prostitution au cinéma dans le même temps, n’est jamais désigné ouvertement comme un organisme de censure. En effet, les réalisateurs, (avec les « recommandations » des studios qui les embauchaient) procédaient eux-mêmes à une édulcoration de leurs films. Et certains avec une ironie voire des sous-entendus assez magnifiques.
  2. Terme difficile à traduire dont « soulagement comique » n’est peut-être pas assez clair ni précis (je vieillis, et mon anglais se rouille…) : qu’en pensez-vous, cher professeur Allen John ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Frank Beal
The Inside of the white slave traffic (Frank Beal, 1913)

George Fisher (Edwin Carewe) est un proxénète. Sa spécialité : rabatteur. Il séduit les jeunes filles et les épouse frauduleusement : un complice déguisé en pasteur officie. Il les « éduque puis les vend à d’autres « collègues » qui les exploiteront à leur tour.

Annie (Virginia Mann) est une de ses victimes : elle sera vendue puis exploitée et enfin arrêtée et « réformée. Mais fatiguée des maigres revenus de son travail honnête, elle replonge dans la prostitution pour une vie meilleure (?).

 

Le film de Frank Beal (1862-1934) est avant tout un film pédagogique. Il informe le public des conditions déplorables dans lesquelles vivent certaines femmes, et comment se met en place la « traite des blanches ».

N’espérez pas y trouver un film extraordinaire, la dimension artistique ayant disparu devant le côté édifiant induit par l’intrigue (simplissime, pour ne pas dire simpliste). De plus, le film n’est pas complet

Et il y a une véritable volonté de réalisme, afin de faire prendre conscience aux spectateurs des dangers de la grande ville. Alors évidemment, le jeu des acteurs et la mise en scène s’en ressentent.

 

Toujours est-il que ce film fit scandale à sa sortie, et la projection dans certaines salles annulée, le personnel ayant été arrêté par la police (1).

Une centaine d’années après les événements, on peut s’étonner d’une telle ampleur pour un film somme toute relativement sage et ne montrant aucune nudité, pas même dans les gravures qui ornent les murs.

Mais en 1913, aux Etats-Unis, la morale pudibonde n’a rien à voir avec celle d’autres pays, et encore moins avec ce qu’il en est maintenant, même si on peut remarquer un retour en force des ligues religieuses ou/et de vertu.

Et surtout, en 1913, la « traite des blanches » est un sujet tabou pour de très nombreuses personnes : on considérait alors que le cinéma n’avait pas à être le relais d’un thème aussi scabreux. Et pas seulement aux Etats-Unis.

 

Il faut dire que malgré l’absence de nudité, Beal et Samuel H. London (le coscénariste) se font le plus précis possible. Malheureusement, nous n’avons aujourd’hui qu’une partie du film qui comportait quatre bobines (entre 30 et 40 minutes) et nous n’avons droit qu’à une copie de 28 minutes. La continuité est donc incomplète et certains sauts n’aident pas à la compréhension. Le dernier plan, par exemple, semble presque parachuté, sans aucune véritable préparation dans la narration (actuelle).

 

Au final, nous avons un film pas si mineur que ça et qui a une importance comme témoignage de la société américaine des années 1910s, et est surtout une condamnation des principaux acteurs de la prostitution (2). Avec en prime une remarque qui prend plus de sel de nos jours : « Une loi pour les hommes… Une autre pour les femmes » comme le signale un intertitre. Annie est arrêtée (et emprisonnée) pour racolage alors que l’homme racolé est gentiment écarté par un policier.

 

Ce film fait partie de ces curiosités qui ont réussi (presque entièrement) à traverser les ans pour nous donner une image du temps passé. Une de ces curiosités qui méritent de s’y arrêter pour les visionner : c’était ça aussi, le cinéma en 1913.

 

 

PS : si vous voulez plus de précisions sur ce film ou ce thème, je vous engage à consulter le très bon livre de Kevin Brownlow, Behind the Mask of innocence, (chapitre 2, Matters of Sex, pp. 80-84). Par contre, savoir lire dans la langue est indispensable.

  1. Le Park Theater (Columbus Circle, New York City) par exemple.
  2. Comme le signale mon grand ami le professeur Allen John, à aucun moment on ne parle de « prostitution », mais le trafic montré est assez éloquent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Jonas McCord
Le Tombeau (The Body - Jonas McCord, 2001)

La docteure en archéologie Sharon Golban (Olivia Williams) a fait une découverte extraordinaire : la tombe d’un homme crucifié du temps du gouverneur du Judée Ponce Pilate.

Très rapidement, le Vatican envoie sur place un jeune prêtre qui fut un temps agent secret : le père Matt Gutierrez (Antonio Banderas).

Bien sûr, le gouvernement israélien s’intéresse de très près à cette découverte, tout comme les Palestinien.

La question est donc : sont-ce les restes du Christ qui gisent dans cette tombe ?

 

Il y a dans le film de Jonas McCord une intrigue qui s’annonçait très intéressante. EN effet, la possibilité que ce soit le tombeau du Christ ouvre des possibilités théologiques (et en même temps en ferme d’autres) qui peuvent amener un chaos à l’échelle planétaire : le Christ qui ressuscité ne le serait finalement pas, annihilant quasiment la religion chrétienne dont cette résurrection est la pierre angulaire.

Sans oublier les tractations et autres simili-complots afférant à une telle découverte.

 

Alors oui, on a ça. Mais ça ne suffit pas à faire un bon film. Certes les différents interprètes sont à peu près dans le ton, mais on a tout de même du mal à croire à cette intrigue prometteuse. Banderas n’est pas vraiment la personne qu’il fallait pour son personnage, et le fait qu’il fût un ancien agent secret ajoute dans l’invraisemblance.

Mais surtout, McCord reste dans le superficiel, et à aucun moment on ne sent vraiment la menace qui pèse sur le christianisme.

 

L’intrigue était-elle trop présomptueuse ? Je le pense pour une durée de 109 minutes (seulement). De plus, on aurait aimé avoir plus de détails sur les tractations en sous-main dans les trois religions concernées : Jérusalem étant la ville sainte des trois religions principales, l’enjeu devenant alors un moyen d’augmenter la puissance des deux qui n’étaient pas concernées (directement) par cette découverte.

 

D’ailleurs, le tournage ayant en partie eu lieu sur place, on peut en profiter pour faire une (légère) visite de cette ville très particulière. Et les différentes prises de vue générales nous permettent un peu de nous faire une idée de l’étendue de cette cité, même si à la longue on peut se lasser de ces plans.

 

Au final, on a un développement (très) convenu et une résolution des plus consensuelles. Et on en arrive à la conclusion inévitable : tout ça pour ça ?

Bref, un film qu’on peut oublier, et si vous recherchez une intrigue avec du religieux, du complot et de l’action (comme ici, mais en mieux), je vous renvoie à Dan Brown et son Da Vinci Code. Ou à la limite à l’adaptation qui en fut faite par Ron Howard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Steven Spielberg
Artificial Intelligence: A.I. (Steven Spielberg, 2001)

L’an 2000 fut longtemps considéré comme une date symbolique, prétexte à toute sorte de visions futuristes qui s’estompèrent en même temps que l’année approchait.

Et c’est cette année-là que Spielberg tourna l’un de ses plus beaux films, l’un de ses plus adultes, et surtout l’un de ses plus noirs.

 

Nous sommes dans un futur plus ou moins proche où le professeur Hobby (William Hurt), avec une armée de collaborateurs va mettre au point un robot doté d’amour. Pour le reste, tout a déjà été inventé (1).

Quelques années après, Monica (Frances O’Connor) et Henry (Sam Robards), dont le fils Martin (Jake Thomas) est cryogénisé le temps que sa maladie se résorbe, vont acquérir un enfant-robot, David (Haley Joel Osment), qui va peu à peu remplacer ce fils endormi, jusqu’au réveil de ce dernier qui va entraîner l’abandon de David et le livrer à un monde corrompu, sale et impitoyable, surtout pour les robots.

 

Bien sûr, l’analogie est évidente avec le Pinocchio de Carlo Collodi, et Spielberg ne s’en cache pas, structurant son film en reprenant librement la structure du roman et en partie sa chronologie.

Mais si ce n’était que cela…

En effet, derrière cette histoire (pessimiste) de science-fiction se trouve une réflexion très intéressante sur l’homme et son devenir : sa descendance physique (ses enfants) et morale (son humanité).

 

Et il faut l’avouer, la critique est féroce et fort pertinente.

Dès le début, le narrateur nous prévient : la fonte des glaces a amené des inondations terribles, rayant des villes de la carte, dont New York (2).

Les humains restants sont conditionnés ou livrés à leurs bas instincts (par exemple : Rouge City est la ville des plaisirs), et la haine que portent une partie de cette humanité aux robots amènent des réactions d’une violence et d’une cruauté incroyables. Les robots, bien qu’étant des êtres artificiels sont sacrifiés avec une sauvagerie terrible.

Alors quand David se retrouve au milieu d’un de ces sacrifices, on assiste à un des climax du film : le public, dans un sursaut après cette débauche de violence, va prendre fait et cause pour David. Pourquoi ? Parce qu’il est un enfant.

 

Mais c’est justement cet état qui donne tout son sens au film. Et la séquence d’introduction ou Hobby (3) est primordiale : en introduisant l’amour dans une intelligence artificielle, c’est compléter définitivement l’androïde. « Le rire est le propre de l’homme », disait le truculent Rabelais. Et n’oubliez jamais qu’amour ne rime pas avec toujours mais avec humour. Et le basculement de David du robot à l’humain a lieu pendant le repas, alors que Monica se bat avec un spaghetto trop long déclenchant le rire de David, rire communicatif qui va totalement changer la maison où la tristesse due au fils éloignée était permanente.

David devient alors un fils idéal : toujours aimant, jamais malade, toujours obéissant.

 

Et cette trop grande humanité va causer sa perte. Parce que le professeur Hobby a négligé un aspect primordial dans ce qu’est l’enfant : la cruauté. David va alors se confronter à cette cruauté par l’intermédiaire de Martin d’abord puis par ses camarades, amenant à chaque fois une situation tragique certes, mais dont les parents ignorent la cause et concluent hâtivement à la dangerosité de cet enfant-robot.

S’ensuit alors une errance où David-Pinocchio va se retrouver, accompagné par un Jiminy-Cricket (la voix de sa conscience dans le film Disney) inattendu en la personne de Gigolo Joe (Jude Law, toujours magnifique), un robot sexuel pour femmes délaissées (ou déçues).

Joe-Cricket va alors accompagner Davide dans ses épreuves les plus éprouvantes qui sont analogues à celles du pantin jusqu’à la fête foraine : Coney Island (inévitablement), engloutie où un espace Pinocchio l’attend, avec la fée bleue, objet ultime de la quête du garçon.

 

Après, David devient-il un petit garçon ? Bien sûr que non, mais il n’empêche que la fin – encore plus pessimiste – amène une séquence des plus belles, où le trop-plein amour de David va pouvoir se déverser.

Bref, Steven Spielberg ré »alise ici l’un de ses plus beaux films, traitant avec beaucoup d’adresse ce sujet existentiel primordial – l’humanité – par le prisme de son personnage préféré : l’enfant. Nous restons presque toujours au niveau de David, la caméra se plaçant souvent à sa hauteur, donnant une impression de découverte partagée par David au spectateur.

Mais malgré tout, il réussit aussi à nous montrer les limites de l’invention de Hobby : la rencontre, chez ce dernier d’un autre robot identique à lui-même.


Je ne vous en dirai pas plus, sinon la dernière réplique de Gigolo Joe, ouvrant un débat sans fin que je ne développerai pas ici : « Je suis… j’étais. »

 

 

PS : la voix de Dr Know est celle de Robin « Peter Pan » Williams.

 

  1. Même des robots sexuels, c’est vous dire.
  2. Le film étant sorti en juin, nous pouvons alors voir les Tours Jumelles en partie émergées (le Chrysler Building, lui, est totalement englouti).
  3. En français : occupation, loisir. On peut se demander en quoi son nom reflète ce qu’il est, et ce qu’il a cherché à faire en créant ce nouveau genre de robot.

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