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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Ang Lee
Un Jour dans la vie de Billy Lynn (Billy Lynn's long halftime Walk - Ang Lee, 2016)

Billy Lynn (Joe Alwyn) est un jeune soldat découvert par hasard par une caméra qui tournait toute seule, en Irak.

On l’y voit affronter deux soldats qui essaient d’emmener son frère d’armes Shroom (Vin Diesel (1)), le sauvant mais pas complètement.

Billy Lynn est un membre du peloton Bravo qui est en tournée en Amérique avant de reprendre la route vers l’Irak, où la transition se poursuit (avec la guerre civile, bien sûr) depuis l’arrestation de Saddam Hussein.

 

Encore une fois, Ang Lee nous étonne – et nous fascine – en nous proposant un film de guerre différent. Non pas que la guerre y soit juste, belle et utile – il ne faut pas exagérer non plus – mais cette tranche de vie (à peine une journée) d’un héros malgré lui amène une réflexion autour du devoir d’un soldat et du rôle d’un héros de guerre.

Avec en prime une espèce de mise en abyme autour un éventuel film relatant l’action héroïque de ce peloton.

Enfin, Ang Lee réussit un film absolument américain, avec tous les symboles de ce pays, de l’hymne au drapeau en passant par le football et bien sûr Texas oblige, la référence à Alamo, autre fait de guerre héroïque, même si le résultat ne fut guère avantageux.

 

On retrouve dans ce film une narration qui rappelle celle de l’Odyssée de Pi (son film précédent), avec des ruptures et des fondus qui font s’interpénétrer les deux mondes de Billy Lynn : la guerre et la paix. Ou plutôt la guerre et les moments loin de la guerre, parce que ces hommes sont sans cesse dans le conflit : celui qui les concerne directement et pour lequel ils évoluent, en attendant le suivant qui ne sera ni meilleur ni pire, mais un nouveau travail à effectuer.

Le tenant de cette professionnalisation aveugle (qui l’est autant que l’obéissance qui va avec) est son supérieur, le sergent David Dime (Garrett Hedlund) qui, s’il est un militaire jusqu’au bout des ongles n’en est pas pour autant un abruti comme on peut s’en rendre compte dans certains échanges qu’il a avec les civils de Dallas qui l’accueillent, montrant que tout peut se discuter, sauf les ordres !

 

Cette journée – en français – a une chronologie très distendue puisqu’on y entre dans l’esprit de Billy : ses sentiments, ses souvenirs, ses émotions.

Et Lee joue avec cette subjectivité à longueur de film, utilisant d’ailleurs souvent la caméra subjective pour Billy ou les autres, cette histoire ne prenant à aucun moment un aspect universel si ce n’est dans quelques réflexions inévitables autour de la guerre et de l’héroïsme.

Mais je préfère l’idée du titre original : la longue marche de Billy Lynn pendant la mi-temps.

Parce que ce titre exprime beaucoup plus ce qui se joue dans le film : dans la tête de Billy mais aussi au milieu de ce Texas qui l’a vu naître.

 

Billy est à un tournant de sa vie, de son engagement. Cette mi-temps, c’est d’abord celle du match de football pendant lequel ils vont partager la scène avec Beyoncé (Elizabeth Chestang) est ses deux collègues de Destiny’s Child. Mais c’est aussi une pause dans son engagement dans l’armée, un temps de réflexion qu’il s’accorde, à la croisée de deux chemins : repartir  bien sûr, ou alors renoncer comme le voudrait sa sœur Kathryn (Kristen Stewart) qui a arrangé un rendez-vous avec un médecin.

Mais c’est aussi la mi-temps pour l’administration de George W. Bush qui vient d’être réélu : c’est ce président qui a voulu, dix ans après, finir le travail de son père. C’est bien à lui qu’on doit ce nouveau conflit qui s’enlise (pour quelques années encore) et ce malgré la chute du dictateur.

 

Et bien sûr, s’il y a des militaires, il y a des civils. Et ces derniers sont de différents horizons : on y trouve bien sûr la famille des soldats (celle de Billy qui le voit revenir avec joie comme celle de Shroom qui le voit revenir lui aussi, mais dans un cercueil) ; on trouve aussi les Texans qui sont venus célébrer leurs héros mais tous ne sont pas toujours recommandables, comme en témoigne le personnage ambigu de Norm Oglesby (Steve Martin) qui veut bien faire le film, mais avec un petit budget et cela va sans dire pour son profit personnel. Un personnage plutôt abject mais indispensable : il y en a toujours un. Hélas.

 

Et puis il y a les femmes. Passons sur la mère (Deirdre Lovejoy) pour nous intéresser aux véritables femmes de la vie de Billy : celle de toujours, sa sœur Kat qui veut son (2) bien et ne pas l’accueillir comme doit le faire la famille de Shroom au cercueil enveloppé du drapeau ; et celle de l’instant, Faison (la très belle Mackenzie Leigh) que Billy rencontre lors de cette dernière exhibition et qui semble être celle qu’il a toujours attendu.

Cette jeune femme, cheerleader pendant le match, est aussi une raison de céder à sa sœur, afin de pouvoir rester et s’occuper d’elle.

Toutes les deux aiment Billy, chacune à sa façon, selon ce qu’il représente pour elle.

Et Billy à la fin de cette longue marche va choisir celle qu’il va suivre.

 

Laquelle ? Allez voir vous-même…

 

  1. Vin Diesel, même s’il est avant tout un militaire ici sort un peu de son rôle habituel de gros bras pour interpréter un soldat assez pittoresque, adepte de la pensée orientale, en totale opposition avec le genre de personnage qu’on aurait pu attendre ici. Ce personnage est aussi improbable que celui de Dime (voir après).
  2. « son » est un pronom possessif qui s’applique aussi bien au femmes qu’aux hommes et cela permet une ambigüité impossible en VO : « son » bonheur, est-ce celui de Billy ou celui de Kat qui ne supporte pas l’angoisse de le savoir en danger perpétuellement.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Ridley Scott
La Chute du Faucon noir (Black Hawk down - Ridley Scott, 2001)

Le niveau de maîtrise d’un réalisateur se mesure aussi à son aisance à passer d’un genre à l’autre sans pour autant que sa technique en pâtisse.

Nouveau défi pour Ridley Scott, donc : un film de guerre efficace et réaliste, sans pour autant tomber dans une glorification facile et attendue.

Pari réussi, mais en doutait-on ?

 

Nous sommes en 1993, le 3 octobre pour être précis, à Mogadiscio qu’on appelle alors « Mog », et le général Aidid (1934-1996) mène le pays d’une main de fer et surtout en l’affamant.

Les Nations Unis ayant envoyé des troupes, elles vont alors combattre les milices armées d’Aidid et ce qui ne devait être qu’une opération de routine – arrêter des membres du gouvernement pour faire pression sur le dictateur – va tourner au fiasco et surtout au massacre, suite à la chute d’un « Black Hawk » (Faucon Noir), un de ces hélicoptères de transports des soldats.

 

Ce seront d’ailleurs deux Black Hawks qui vont s’écraser au sol et que les soldats américains vont tenter se sécuriser (1), repoussant alors les différentes vagues d’attaques des miliciens somaliens.

Et au final, alors que 19 soldats américains trouveront la mort (dont deux seront décorés à titre posthume (2)), on comptera plus de 800 victimes somaliennes.

Mais ici, bien sûr, ce sont les victimes américaines qui sont à l’honneur et parfois à l’horreur.

En effet, tout comme l’avait magistralement montré Spielberg dans sa vision du Débarquement (Save Private Ryan, 1998), la guerre est une entreprise mortelle et toute glorification ne tient pas  face à la citation de Platon (3) qui ouvre le film : « Seuls les morts ont vu la fin de la guerre. »

Et ici, ça en fait des gens qui ont vu la fin de la guerre. Et de quelle manière !

 

C’est un déferlement, une pluie continue de balles qui fauchent – avec discernement (19 vs 800 et plus) – avec une violence rare : des corps déchiquetés, du sang qui coule lui aussi à flot, et des situations spectaculaires mais pas toujours supportables.

Bref, c’est un film de guerre sale (la guerre, pas le film) ce qui ne m’empêche de penser qu’on a à nouveau une forme de pléonasme (4) : qu’on me présente une guerre propre, et on en reparlera.

 

De plus, la distribution est constituée de personnalités qui ont depuis (pour certains) pris une plus grande part dans le cinéma actuel

 

De plus, la distribution est constituée de personnalités qui ont depuis (pour certains) pris une plus grande part dans le cinéma actuel (Orlando Bloom, Ioann Gruffudd, ou encore Nikolaj « Jaime » Coster-Waldau…) avec en prime le vétéran (c’est le cas de le dire !) Sam Shepard : il y interprète le général Garrison qui prit l’entière responsabilité de ce demi-fiasco à son compte.

On assiste même de sa part à une image rare qui n’est pas sans annoncer les derniers intertitres : alors que le sang d’un soldat blessé coule et se répand sur le sol de l’hôpital (de fortune, comme toujours), il prend un tissu et s’en va éponger le sang dont il est, d’une certaine manière, responsable d’avoir fait couler.

Cette attitude étonnante (pour un général) va un (tout) petit peu racheter cet homme qui fit tuer près d’un millier d’hommes, sans pour autant le dédouaner de ses responsabilités.

 

Le succès – mérité à mon avis – du film tient aussi au contexte dans lequel il sortit : trois mois après le terrible 11 septembre qui vit cette fois –ci le nombre de victimes américaines autrement plus élevé que dans ce film.

N’oublions pas tout de même qu’il n’y a aucun lien de cause à effet, le film ayant été programmé indépendamment de cet événement.

 

Mais il trouve tout de même un écho dans cette histoire d’intervention américaine à l’étranger, sous couverture des Nations Unies comme ici ou non (5), et qui était l’un des arguments d’Al-Qaïda pour justifier (6) ses frappes aériennes sur le sol américain.

Et quand le film se termine, sur le bilan évoqué ci-dessus, on en revient toujours à se demander quelle fut l’utilité de cette intervention : en quoi fut-elle pertinente et salutaire pour les Somaliens – qui vont subir encore trois ans le général Aidid – et surtout pour quel résultat ? Quand on sait qu’une fois l’ONU partie, la situation en 2006 (soit 15 ans après « Restore Hope » qui avait amené » ce dispositif militaire) était peu différente de celle connue sous le régime d’Aidid.

 

Quoi qu’il en soit, Ridley Scott film au plus près cette guerre « moderne » (la deuxième partie du titre du récit de Mark Bowden dont est tiré le scénario : elle est « moderne » dans son exécution et du fait de l’évolution des armes à disposition, mais ses effets n’ont rien de modernes quand on les compare aux guerres « d’autrefois »…

 

  1. En clair : récupérer les éventuels survivants et détruire cette source de matériel potentiel pour l’ennemi.
  2. La fameuse « Medal of Honor », rappelez-vous Courage under Fire (Edward Zwick, 1996).
  3. Citation douteuse du philosophe dont on retrouve difficilement quelque trace dans son œuvre. Par contre, McArthur (le général) la lui a attribuée dans son discours d’adieu à West Point (1962).
  4. De même nature que la « guerre inutile ».
  5. De nom essentiellement : l’armée américaine avait une liberté d’action qui allait au-delà de ramener la paix dans ce pays, comme le montre le film.
  6. Comment justifier un tel acte ? On ne peut pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Arsenic et vieilles Dentelles (Arsenic and old Lace - Frank Capra, 1944)

« Des cadavres dans la cave ».

Tel était le titre de travail de Joseph Kesselring avant qu’il n’en change : ces deux éléments appartenant aux deux vieilles dames qui ont accumulé ces mêmes cadavres : Martha (Jean Adair) et Abigail « Abby » (Josephine Hull) Brewster.

Ce sont deux vieilles dames très dignes, très appréciés dans leur quartier pour leur gentillesse et leur humanité : cette même humanité qui, poussée à l’extrême les porte à empoisonner leurs contemporains afin de soulager (définitivement) leurs souffrances.

Et bien sûr, si leur neveu Mortimer (Cary Grant) n’avait pas ouvert le coffre sous la fenêtre, il n’aurait pas découvert Mr Hoskins, déclenchant cette comédie débridée de haute volée.

 

Avec cette comédie, Frank Capra s’impose encore plus comme l’un des plus grands cinéastes comiques de Hollywood, réussissant à filmer une pièce de théâtre comme peu ont pu le réussir : certes, le huis clos et l’unité de lieu sont respectés, mais Capra saupoudre ses plans de quelques extérieurs qui aèrent l’intrigue, amenant une sous-intrigue avec le chauffeur de taxi (Garry Owen) qui, lui aussi, a tendance à devenir aussi fou que son client.

Il faut dire qu’il a à sa disposition une distribution hors pair dont les deux tantes et leur frère Teddy (John Alexander) qui sont interprétés par celles et ceux qui ont créé la pièce en 1941 (1).

Et malgré les difficultés dues à Cary Grant – il n’aimait pas ce film, se trouvant un peu trop excessif – Capra déroule pour notre plus grand plaisir.

 

L’intrigue bien sûr, est le premier élément comique : comment imaginer deux aussi charmantes petites vieilles assassiner aussi froidement leurs victimes, même pour des raisons « humanitaires » ?

La présence de Cary Grant est le deuxième atout : son jeu et surtout son visage sont des ressorts comiques que Capra use avec beaucoup de bonheur, donnant à cette comédie des éléments qu’on a plus l’habitude de trouver dans le cinéma muet : Grant a la tête de l’emploi. Il allie une allure très british et donc un tantinet réservée à la frénésie comique de Capra pour notre plus grand bonheur.

Il surjoue certes, mais pour les besoins de l’intrigue qui veut que plus c’est gros et plus ça passe.

 

En face de Mortimer/Grant, on trouve un duo improbable mais irrésistible : Raymond Massey (Jonathan Brewster), et Peter Lorre (Dr. Einstein). D’un côté un criminel de haut vol mâtiné d’un psychotique extrêmement dangereux et de l’autre un docteur minable, alcoolique et influençable (surtout sous l’effet de l’alcool). Le patronyme célèbre de ce dernier n’a d’égal que son état physique lamentable : si Jonathan a un visage qui ressemble à celui de Boris Karloff dans Frankenstein n’est en aucun cas (et à double titre) un hasard : Einstein reconnaît d’ailleurs l’influence du film de Whale dans son travail.

Mais si c’est à double titre, c’est aussi parce que celui qui a créé le rôle de Jonathan : le frère psychopathe de Mortimer, n’est autre que l’acteur transformiste célèbre ! Les différentes références au grand Boris prennent alors tout leur sel dans cette comédie dans laquelle il ne put malheureusement pas participer (2).

 

Vous l’avez donc compris – si vous n’avez pas encore vu le film (3) – c’est un sommet du théâtre filmé qui nous est ici proposé : sommet par l’intrigue et les interprètes mais surtout parce que Capra arrive à nous faire oublier qu’il s’agit ici d’une pièce de théâtre, tant sa science de la caméra nous propose ce que le théâtre ne peut pas : mettre l’accent sur les éléments les plus importants, jouant sur les éclairages mêlant une soirée d’automne et l’actualité – halloween et ses connotations surnaturelles – pour donner en prime une parodie de film d’épouvante où l’énormité criminelle devient alors le principal élément comique, celui autour duquel se bâtit le film pour notre plus grande joie.

 

  1. A ce propos : le film fut tourné en 1941, soit la même année que la production de la pièce au Fulton Theater (Lancaster, Pa.). La Warner s’entendit alors avec les producteurs de la pièce pour ne pas sortir le film avant la fin des représentations.
  2. Si Jean Adair, Jopsephine Hull et John Alexander eurent la permission de s’absenter pendant le tournage pour Capra, il n’en fut pas de même pour Boris Karloff que la production refusa de prêter à Capra : qui mieux que Boris Karloff peut interpréter un personnage qui ressemble à Boris Karloff ?
  3. N’attendez plus : voyez-le !!!

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Guerre, #Don Siegel, #Clint Eastwood
Les Proies (The Beguiled - Donald Siegel, 1971)

La Guerre de Sécession, dans le Sud.

L’armée du Nord bat en retraite et un soldat blessé est recueilli dans une institution de jeunes filles.

Chacune leur tour elles vont presque toutes tomber amoureuse de John « McB » McBurney ce soldat séduisant aux manières policées, ensorcelées par l’aura de ce mâle qui a les traits de Clint Eastwood (1).

 

Ensorcelées serait une meilleure traduction du titre de ce western si particulier de Don Siegel.

En effet, s’il ne se passait pas pendant la période de la Guerre Civile américaine, on pourrait plus facilement parler d’un huis clos, qui est bien différent des grands espaces habituels des films de ce genre.

Et ces jeunes femmes sont ensorcelées, soutenues par un monologue intérieur qui accentue cet ensorcèlement qui touche Miss Martha (Geraldine Page), la plus âgée, comme Amy (Pamelyn Ferdin) qui a douze ans – bientôt treize ! – qui est le véritable instrument du destin de cet homme et de cette maisonnée.

Bien sûr, ce sont aussi des proies pour cet homme qui tâche tant bien que mal de dissimuler sa vraie nature, enrobant ses mensonges dans un ton et un regard des plus convaincants pour ces femmes avant tout en manque d’homme !

 

Eastwood, en attendant de triompher quelques mois plus tard (décembre) dans le rôle emblématique de Harry Callahan, compose ici un personnage unique dans sa carrière : un méchant aux manières suaves, aux regards séduisants et à l’âme noire, amenant un grand désordre dans cet univers féminin.

McB est un être répugnant certes, mais il n’en demeure pas moins un personnage très intéressant, calculant et manipulant l’une puis l’autre pour arriver à ses fins.

 

Et avoir transformé « ensorcelées » en « proies » fait de McB un chasseur alors qu’il n’a qu’une idée en tête : utiliser l’une ou/et/contre l’autre pour arriver à se sortir de cette prison particulière : il est avant tout un ennemi du Sud que soutiennent ces femmes, bien que la majorité d’entre elles a tendance à l’oublier.

Mais il faut dire à leur décharge que leurs propres soldats ne sont pas non plus des personnages très engageants, comme l’illustre très bien la venue d’un capitaine sudiste avec l’objectif de protéger toutes ces femmes (« femelles » serait peut-être plus dans sa façon de penser) : ce sont des hommes qui, à l’instar de McB, n’ont pas tenu de femme dans leur bras depuis un moment, surtout quand on sait que tout cela se passe en fin de conflit, soit quatre ans après le début des hostilités.

 

Mais la force de ce film, outre l’interprétation de Clint Eastwood et de la grande Geraldine Page, c’est ce huis clos qui va devenir de plus en plus pesant, à mesure que McB se rétablit avant la rechute fatale dans tous les sens du terme.

Siegel, en plus de laisser ses interprètes s’exprimer intérieurement, illustre leurs pensées, mêlant alors la réalité et les différents fantasmes de ces personnages avant tout humains, bons ou/et mauvais.

 

En outre, son film possède une forme en miroir qui voit une sorte de symétrie dans laquelle le rôle d’Amy est primordial : c’est en cherchant des champignons qu’elle tombe sur ce soldat à la jambe blessée qu’elle va amener aux autres. C’est aussi autour des champignons que se jouera la fin du film, et encore une fois c’est Amy qui en sera le personnage principal. McB repartira avec cette même jambe dans un état encore plus mauvais qu’au début, ramenant ces femmes à leur situation initiale : sans homme certes, mais cette fois beaucoup plus volontairement.

 

  1. Qui ne le serait pas, n’est-ce pas mesdames ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Merveilleux, #Tommy Wirkola
Hansel & Gretel: Witch Hunters (Tommy Wirkola, 2013)

Enfants, on nous a raconté maintes fois l’histoire d’Hansel & Gretel, transcrite par les frères Grimm au 19ème siècle. D’une certaine façon, elle ressemblait à notre Petit Poucet qu’avait lui aussi retranscrit Charles Perrault. Et si Perrault avait édulcoré les contes traditionnels, il n’en allait pas toujours de même pour les frères Grimm, gardant parfois des détails sanglants dans certaines de leurs histoires (Cendrillon en est un bon exemple).

Or depuis quelques années, on a vu apparaître sur les grands écrans des réécritures visuelles des contes de notre enfance, avec des détails qui feraient plus pencher du côté Grimm que Perrault (1), avec une volonté de narration et surtout d’intrigue adulte.

Mais reprenons.

 

Hansel (Cedric Eich) et Gretel (Alea Sophia Boudodimos) sont abandonnés dans la forêt par leur père et découvrent la maison de pain d’épice de la méchante sorcière (Monique Ganderton) et se débarrassent de cette dernière en la mettant dans le four. Bref, rien que de très normal, pour nous qui avons donc été élevés avec ce conte.

Mais c’est à partir de là que tout change : Hansel et Gretel ne retournent pas chez leur parents : ils deviennent alors de terribles chasseurs de sorcières (plus de 600 à leur actif comme annoncé à un moment) et se font appelés Hansel (Jeremy Renner) & Gretel (Gemma Arterton) : Chasseurs de sorcières (2).

Leurs chasses les emmènent à Augsburg où des enfants sont enlevés par une terrible sorcière noire : Muriel (Famke Janssen) dont les desseins sont aussi noirs qu’elle et signifient une immense menace pour notre duo de chasseurs.

 

Que les choses soient claires : ce n’est pas bien sérieux, tout ça ! En effet, alors que les différentes chasses sont des plus sanglantes et violentes, Tommy Wirkola ne peut s’empêcher d’ajouter un élément qui désamorcera le sérieux affiché de prime abord. Sans oublier certains personnages dont le shérif (Peter Stormare, que j’aime beaucoup) qui est aussi bête que méchant, et comme tout bon méchant que se respecte, sera donc châtié pour sa méchanceté.

Parce que malgré tout, on conserve les ressorts du conte traditionnel tout en donnant libre cours à la créativité.

 

Et j’irai même plus loin : cette mise à jour (3) reprend le côté intemporel du conte – un moyen-âge indéfini et troublé – et y ajoute des éléments très modernes comme le fusil à répétition où la mitrailleuse lourde…

Avec en prime quelques bagarres rythmées entre les chasseurs et leurs proies. Bref, du grand spectacle où tous les coups sont permis.

J’avoue tout de même que si le générique de présentation est assez réjouissant – les différents voyages de nos deux héros illustrés comme dans un grimoire médiéval – l’accumulation des armes et la violence qu’elles induisent deviennent à un moment un tantinet excessives et le spectateur frise alors l’indigestion.

 

Pour le reste, on comprend le succès remporté par le film lors de sa sortie, et ce malgré les critiques pas toujours bienveillantes, mais je conseille toujours ce genre de film à doses homéopathiques, la surenchère devenant alors systématique et parfois lassante.

 

Donc : c’est vous qui voyez. Ou pas.

 

PS : J’oubliais (encore). Il est quasiment impossible de voir la première séquence où on veut brûler une sorcière sans penser à la même scène dans Holy Grail.

Mais ici, c’est beaucoup moins drôle.

 

  1. D’un autre côté, c’est normal, ceux qui lisent Perrault sont francophones, tous les autres lisant les deux Allemands.
  2. Ca tombe bien, c’est le titre.
  3. Au goût du jour ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame historique, #S.M. Eisenstein
La Grève (Стачка - Sergueï Mikhaïlovotich Eisenstein, 1925)

Depuis le temps que je vous parle cinéma dans ces pages, il fallait bien qu’un jour j’aborde Eisenstein, très certainement le plus grand réalisateur russe – soviétique, ça ne fait aucun doute – et autant commencer par son premier long métrage : La Grève.

Bien sûr, il s’agit d’ »un film de propagande, dédié au régime alors en place tourné  après la mort de Lénine, pendant la NEP, avant la prise totale du pouvoir par Staline.

Et autant le dire tout de suite, il y a une maîtrise extraordinaire du cinéma chez ce jeune artiste (26 ans) qui se dégage complètement de la production de cette époque.

Certes Eisenstein filme pour le régime communiste, mais il y met la manière, et surtout, il maîtrise son sujet du début jusqu’à la fin.

 

Tout commence dans une usine de ceinture, où les travailleurs, mécontentes, cela va de soi, fomentent une action contre leur hiérarchie. Mais c’est quand l’un d’entre eux est accusé – à tort, cela va sans dire – que la grève annoncée démarre.

Jusque là, rien de bien original, mer direz-vous. Mais c’est méconnaître le grand Sergueï que de dire ça : ce premier tiers du film voit une montée en puissance de la tension qui va exploser après la mort de l’ouvrier (Mikhail Gomorov) faussement accusé.

A partir de là, Eisenstein  met en scène comme peu ont su – et savent encore – le faire la foule : avec l’idéologie communiste, c’est le rejet du héros individualiste que le cinéma russe va pratiquer dans cette première décennie révolutionnaire, d’où la nécessité de se débarrasser des éventuels « héros » (1).

 

Et cette volonté de faire la foule en tant que véritable personnage principal est magnifiquement rendue tout au long du film.

En effet, les rares prolétaires qui sont mis en avant ne le sont que peu de temps, amenant à nouveau un mouvement massif des autres.

Par contre, il n’en va pas de même des autres : les riches et les puissants. LA plupart d’entre eux sont (trop) gros et ont des positions qui vont à l’encontre du peuple, obéissant à la loi tsariste immémoriale (2).

Même le chef de la police est adipeux, tourmentant un jeune ouvrier pour essayer de le retourner.

 

Le film est donc découpé en trois parties : les causes de la grève, avec en point d’orgue le suicide de celui qui est faussement accusé ; la grève en tant que telle avec les conséquences de l’inactivité ; la liquidation de cette grève en plusieurs temps.

Bien sûr, c’est la liquidation qui retient notre attention – surtout parce que le film s’achève avec elle – mais aussi parce qu’on y voit déjà ce qui fera la renommée de son film suivant (3).

Et je vais m’attarder un peu sur le deuxième mouvement : la grève en tant que telle.

EN effet, dans le cinéma de propagande soviétique comme nous le connaissons, nous attendons une glorification et une exaltation de cette grève, transformant les grévistes en héros qui surent résister contre l’impérialisme tsariste (pléonasme).

Mais Eisenstein, ici comme dans son film suivant, va s’attarder sur les effets négatifs de cette grève sur ses grévistes : l’oisiveté, la précarité et surtout la misère grandissante due au manque d’argent (4), mâtinée à des tensions familiales inévitables.

Par contre, on n’y voit pas ici de gens critiquant ces mêmes grévistes, à moins qu’ils ne soient de l’autre côté de la barrière.

 

Et puis il y a l’intervention de la Force. J’aurais plutôt tendance à dire la Violence tant cette réponse à un combat juste et disproportionnée. Déjà, on y voit la police et l’armée réprimer la contestation avec une violence injustifiée, qui s’explique alors par un système monarchique inique dont la seule façon de se protéger est la violence.

Mais à cette répression, Eisenstein ajoute un élément de justification – pour le pouvoir, cela va sans dire – en la présence de provocateurs étrangers à cette grève et qui vont fournir un prétexte au pouvoir pour réprimer – dans le sang – cette grève.
Et pour faire bonne mesure, ce sont des truands qui sont enrôlés pour semer la zizanie et rejeter la faute sur les manifestants. Bien sur, cela amènera l’effet escompté : une répression dans le sang qui conclut le film, avec un montage parallèle terrible (5) : pendant que l’armée massacre les grévistes sans distinction – femmes et enfants ne sont pas épargnés – nous assistons à la mise à mort d’un bœuf dans un abattoir, le sang de l’animal se mêlant avec celui du peuple dans l’esprit du spectateur.

 

Au final, un film fort, comme beaucoup de ceux d’Eisenstein, mais avec une fougue et un idéalisme qui vont progressivement décliner, à mesure que le grand Sergueï va avancer dans cette Russie qui est devenue l’Union soviétique et que les exactions ne vont pas laisser de marbre.

C’est aussi un film dont la technique renvoie Dziga Vertov à l’école, sa maîtrise de la caméra étant beaucoup plus avancée que celle du propagandiste, sans avoir besoin pour autant de se mettre en avant.

Rappel : le personnage principal, même avec la caméra, c’est le peuple.

 

  1. On retrouvera la même chose dans son film suivant : Le Cuirassé Potemkine.
  2. Le tsar, s’il y est fait référence n’apparaît à aucun moment.
  3. Le Cuirassé, voir (1).
  4. Je ne peux m’empêcher de rappeler que lors d’une grève, les participants ne sont pas payés. Et même les enseignants !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Jérôme Salle
Largo Winch (Jérôme Salle, 2008)

Comme (presque) tout le monde je connais la bande dessinée de Francq et Van Hamme, mais il se trouve que je ne l’ai jamais lue, les histoires financières n’étant pas mon fort.

Par contre, je vais vous parler plus facilement du film de Jérôme Salle, qui nous montre – encore une fois – que les films français savent se montrer à la hauteur des films américains dans le genre aventures.


Nerio Winch (Miki Manojlović), l’un des hommes les plus riches du monde, vient de mourir, laissant son empire financier sans tête. Contre toute attente, on apprend qu’il a un fils (adoptif) : Largo (Tomer Sisley). Ce dernier a une vie plutôt aventureuse, et certains hauts responsables ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de cet inconnu au sommet de cette fortune. Surtout que Nerio a été assassiné.

Va alors commencer une course contre la montre pour Largo et ses adversaires, qui mènera l’un d’entre eux au sommet d’une fortune considérable.

 

Si l’intrigue semble simple au premier abord, il n’en va pas de même de la narration utilisée par Jérôme Salle, qui signe ici, en plus du scénario, son deuxième long métrage. Il faut dire que Salle est avant tout scénariste, ce qui explique beaucoup la complexité narrative du film.

En effet, On ne cesse de faire des allers-retours dans le temps, entre 1981, date à laquelle Nerio a adopté Largo et 2008, l’année de sa mort, qui est donc la date de référence pour l’intrigue présente.

 

Mais je dois avouer qu’à un moment, on a du mal à s’y retrouver, et ce malgré les indications temporelles incrustées sur l’écran. Heureusement, à un moment, les différents événements s’imbriquent les uns dans les autres, et la résolution finale se passe comme il faut, avec bien sûr, un coup de théâtre de dernière minute qui n’est tout de même pas un deus ex machina : l’intrigue se tient, et même van Hamme a ratifié le film, étant mentionné dans les crédits de fin comme conseiller technique.

 

Côté interprétation, Tomer Sisley est un Largo Winch convainquant, et les différent(e)s interprètes autour de lui composent des opposants et adjuvants tout aussi crédibles, donnant un film de facture fort honnête, où les séquences d’action menées sur un rythme fort dynamique – le montage l’étant tout autant – sans pour autant noyer le spectateur dans un nombre incalculable de plans par seconde. Ces moments très animés sont aussi contrebalancés par des séquences plus calmes mais tout de même importantes dans l’intrigue principale (1).

 

Trois ans après, suite au succès du film, Jérôme Salle tourne une suite, avec une partie des interprètes de celui-ci.

Mais nous en parlerons plus une autre fois, si ça ne vous fait rien.

 

  1. Une petite réserve tout de même : le moment quand Largo couche avec Léa/Naomi (Mélanie Thierry) était-il bien indispensable ? Quoi qu’il en soit, l’anatomie de ces deux partenaires est malgré tout fort agréable à regarder.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Wes Anderson
La Vie aquatique (The Life aquatic with Steve Zissou - Wes Anderson, 2004)

Steve Zissou (Bill Murray) est un océanographe tendance Cousteau. Depuis de nombreuses années, il présente un nouveau film sur la vie marine. Sa dernière production est marquée par la mort d’un de ses proches, dévoré par un requin-jaguar.

Il décide alors de repartir en expédition à la poursuite de ce prédateur.

Avec son équipage s’embarquent aussi Jane Winslett-Richardson (Cate Blanchett), une journaliste enceinte, et Ned Plimpton (Owen Wilson), pilote de ligne et vraisemblablement fils (non reconnu) de Steve.

 

Il y a dans ce film une dimension road-movie assez inattendue dans un film sur la mer. Mais autant le dire tout de suite, La Vie aquatique est un film totalement inattendu, servi par des interprètes qui vont complètement dans le sens de Wes Anderson, dont certains étaient déjà là avant et même reviendront dans ses films ultérieurs.

En effet nous assistons à une quête de vengeance – Steve veut tuer le requin a dévoré Estéban (Seymour Cassel, qui nous a quittés cette année) son grand ami (1) – qui va se transformer odyssée et surtout en leçon de vie, avec en prime la découverte de ce grand prédateur.

 

Il y a dans ce film un ton nouveau, une façon originale de réaliser une comédie qui se situe au carrefour de l’humour, l’absurde et le rêve, et où les personnages pensent d’une manière assez décalée par rapport à la réalité (celle de l’intrigue tout comme celle du spectateur).

Et même si ce n’est pas une comédie au sens strict du terme – la fin n’est pas totalement heureuse – nous ne sommes pas pour autant en présence d’une tragédie, mais bien sur la ligne qui démarque ces deux genres.

L’humour le plus souvent absurde nous empêche d’ailleurs de tomber dans une noirceur qui n’allait de toute façon pas du tout avec l’intrigue.

Quant au rêve, il s’exprime dans les éléments marins qui émaillent le périple du Belafonte, le bateau de Steve : on découvre des décors et des créatures étonnant(e)s pour le fond de la mer mais pas tant que ça au regard du film en lui-même. Les différents poissons ainsi que l’hippocampe sont absolument merveilleux de par leurs couleurs et leurs formes : c’est normal, ils n’existent pas.

Bien entendu, ce film n’est jamais sérieux (2), et mêmes les moments purement dramatiques sont torpillés par des éléments comiques qui font sans cesse avancer l’intrigue jusqu’au dénouement final.

 

Je parlais de Cousteau (3) en introduction et ce n’est pas anodin : Steve est une antithèse du célèbre commandant au bonnet rouge. Ce bonnet rouge que nous retrouvons sur la tête de chaque membre d’équipage avec, pour se différencier de l’autre, un pompon de la même couleur.

Mais alors qu’on trouvait un ton bienveillant et une certaine forme d’humilité dans les productions du commandant de la Calypso, Steve pour sa part possède un ego un tantinet surdimensionné, et très peu de scrupules.


Et les femmes dans tout ça ? Elles sont trois et ont des rôles indispensables, même si Anne-Marie (Robyn Cohen), la scripte, n’a pas vraiment besoin de se balader presque toujours les seins à l’air.

Eleanor Zissou (Angelica Huston) et Jane sont d’une certaine façon celles qui vont permettre à Steve d’avancer physiquement et moralement : Eleanor en finançant et en trouvant une solution pratique à chaque problème ; Jane, de par son article futur et aussi ses menaces de quitter le bâtiment, le relance en lui montrant que son expédition est significative.

Bien sûr, ces deux femmes ont raison et Steve sortira alors des différentes phases de découragement qui l’assailliront.

 

Un film, comme (presque) tous ceux de Wes Anderson, à part, comparé aux autres productions américaines.

 

[Attention : encore une fois je vais révéler une partie de la fin de l’intrigue. Revenez plus tard si vous voulez garder la fraîcheur de la découverte.]

 

Je terminerai en parlant de la relation de Zissou avec Ned, son fils putatif.

Ned remplace Estéban, cette autre partie de Steve, sur le bateau mais va finalement trouver le même destin : il mourra dans ses bras, suite à un accident d’hélicoptère.

Avec Ned, c’est à nouveau une part de lui-même qui disparaît, et à nouveau en mer.

 

  1. Estéban est le prénom espagnol de Steve : Estéban est ici une part (ou un prolongement) de Steve, ce qui accentue son désir de vengeance.
  2. Et arriver à faire rire est une entreprise très difficile et hasardeuse, comme je l’ai souvent dit ici.
  3. Jacques-Yves Cousteau (1910-1997) est mentionné à deux reprises que je vous laisser (re)découvrir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Mike Nichols
Primary Colors (Mike Nichols, 1998)

Le Stars & Stripes (1).

Des poignées de mains. Plus ou moins appuyées.

La voix de Henry Burton (Adrian Lester), un des directeurs de campagne du gouverneur Stanton (John Travolta) qui part décrocher son ticket pour la Maison Blanche.

Nous allons donc suivre la montée en puissance d’un candidat à l’investiture démocrate pour la présidence, à travers ses différents déplacements, et surtout les différentes taches qui s’accumulent sur le passé de ce candidat, presque trop bien pour être honnête.

 

Dans tous les films de Mike Nichols que j’ai pu voir jusqu’à aujourd’hui, on retrouve souvent une bonne dose d’actualité. Rappelez-vous Dustin Hoffman et Mrs Robinson dans un monde sclérosé qui n’avait pas encore connu la libération de 1968, ou encore Melanie Griffiths en publicitaire ambitieuse…

Ici, Nichols revient sur l’accession au pouvoir d’un président aux multiples conquêtes féminines. Non, ce n’est pas John F. Kennedy mais un de ses lointains successeurs : Bill Clinton.

Mais le plus impressionnant dans ce film, c’est son actualité brûlante puisque, au moment de la sortie du film, Clinton était toujours en exercice (il lui restait deux ans à faire), et surtout il était empêtré dans le scandale Monica Lewinsky.

 

Et encore une fois, il est intéressant de constater la facilité avec laquelle Hollywood traite un sujet des plus actuels, avec en prime une dose de comédie qui n’est pas négligeable.

Certes, si une comédie se termine toujours bien, on pourra ajouter un nombre signifiant de bémols, la comédie se teintant alors d’amertume voire de cynisme.

Comme Clinton, Stanton atterrira au pinacle, mais on ne peut que douter de l’intégrité de ce drôle de président.

 

Et encore une fois, John Travolta nous surprend – agréablement – en interprétant cet homme qui restera jusqu’au bout une énigme – tout comme son modèle. Son empathie et sa prise de conscience sont les deux éléments qui amènent le doute, nous gratifiant alors d’un numéro d’équilibre entre la politique et la démagogie. Et si John Travolta est magnifique, il ne faut surtout pas sous-estimer le jeu d’Adrian Lester, témoin et acteur de cette campagne qui en plus de consacrer un candidat va écrire une nouvelle page de l’histoire de ce pays. Il se retrouve plongé malgré lui dans une campagne qui a tendance à lui échapper et bouscule irrémédiablement sa vie. On ressent beaucoup de sympathie pour ce jeune homme aux dents pas très pointues, héritier malgré lui (encore une fois) d’un passé prestigieux (son grand-père fut un leader des droits civiques), et qui a du mal à bien se situer jusqu’au dénouement final.

Il faut dire que ses collaborateurs ne sont pas des plus efficaces, surtout ceux du siège de campagne : une belle collection de bonnes volontés pas vraiment à la hauteur du challenge.

 

Pourtant, si ce « job » a toujours été masculin (2), les femmes ont ici un rôle crucial, voire indispensable. Les proies du séducteur, bien sûr, mais ce sont surtout celles de son entourage de campagne : Daisy (Maura Tierney), Libby (Kathy Bates) et Susan (Emma Thompson).

Si Daisy a un rôle moindre à côté des deux autres, elle n’en demeure pas moins indispensable à la victoire de Stanton : avec Henry, elle incarne un duo dont l’image n’est pas si anodine et accentue l’ambiguïté du personnage et sa campagne : ils incarnent une sorte d’idéal américain composé d’une jeune femme blanche et d’un jeune homme noir.

Susan est un rôle-clé dans cette campagne, et Emma Thompson a l’allure physique de son modèle, avec la force morale et physique qu’on a pu découvrir pleinement lors de la campagne de 2016.

Libby enfin – ma préférée – est interprétée par une Kathy Bates au mieux de sa forme, jonglant entre la normalité et la folie, qui valut au personnage une hospitalisation lors d’une campagne précédente (en 1978). C’est un personnage haut en couleur qui lui valut une nomination – fort méritée – aux Oscars (3).

Libby montre une force de caractère exceptionnelle mâtinée d’une éthique insoupçonnée, qui va amener Henry à prendre vraiment la mesure de son « poulain ».

 

Je terminerai en parlant de l’adversaire – malheureux – de Stanton dans la course à l’investiture. Il est interprété par une vieille connaissance surtout célèbre pour sa participation à l’un des plus célèbres soaps de la télévision : Larry Hagman.

Oui, l’ignoble J.R. de Dallas. Et le fait que son personnage – Fred Picker – fut obligé autrefois d’abandonner la course pour des raisons personnelles. Si les raisons sont pertinentes en ce qui concerne l’intrigue, on peut sourire en entendant l’année concernée : 1978. C’est cette année-là que commença la diffusion du feuilleton télévisé mentionné ci-dessus.

 

Et quand le film s’achève, la victoire en poche, on reste sur cette même ambiguïté, surtout qu’on a des poignées de main, et un plan final sur ce même drapeau qui ouvrait le film.

 

  1. Ou encore : Star-Spangled Banner. Le drapeau des Etats-Unis, quoi.
  2. Vingt ans après, toujours pas de femme…
  3. Seulement nominée, mais on peut difficilement rivaliser avec Judy Dench…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Mary Pickford, #Jack Pickford, #Alfred E. Green
Par l'Entrée de service (Through the back Door - Alfred E. Green & Jack Pickford - 1921)

Comme l’indique un intertitre, Louise Bodamere (Gertrude Astor) est une femme riche et moderne : si elle élève un (petit) peu sa fille Jeanne (Jeanne Carpenter puis Mary Pickford), elle ne compte pas rester célibataire toute sa vie.

Alors quand Elton Reeves (Wilfred Lucas) lui propose le mariage, elle n’hésite pas longtemps.

Malheureusement pour elle, Elton est jaloux de sa fille et ne veut pas d’elle.

Résignée, Louise confie sa fille à sa nurse (belge), Marie Gaston (Helen Raymond) qui va s’en occuper.

Cinq ans plus tard, Louise revient chercher Jeanne. Marie, qui veut la garder, lui annonce que Jeanne s’est noyée.

Mais la guerre éclate et Marie envoie Jeanne à sa mère pour la protéger du conflit.

Mais Jeanne n’arrive pas à se faire reconnaître.

 

Cette intrigue un tantinet complexe – veuillez m’excuser d’avoir été si long – traite essentiellement de l’amour maternel. Et on y trouve deux niveaux de cet amour : celui qui liait Louise et Jeanne, et celui qui va lier Jeanne et deux enfants belges abandonnés après la mort de leur mère.

Mais ce film est avant tout une comédie (dramatique, certes) et encore une fois, Mary Pickford nous ravit dans ce rôle sur mesure écrit par Gerald C. Duffy et Marion Fairfax. Encore une fois, elle est une petite puis une jeune fille, bien que certains éléments nous montrent qu’elle n’est pas si petite que çà : je pense à la table qui trahit cette petitesse relative.

 

Et malgré le départ un peu scandaleux – abandonner son enfant – Alfred E. Green – encore lui – et Jack Pickford (le frère de) réussissent à nous amuser : par les facéties et autres péripéties qui jonchent la vie de Jeanne, mais aussi (et surtout ?) par des intertitres à l’ironie mordante. En effet, ces cartons ne se cantonnent pas à nous décrire la situation ou rapporter quelques éléments de dialogue, ils se permettent des commentaires plus ou moins impertinents qui vont faire plus que sourire les spectateurs.

On trouve dans cet humour qui n’est pas seulement visuel des prémices de ce qui deviendra dans la décennie suivante la screwball comedy : cette comédie un tantinet absurde basée la plupart du temps sur un comique de mots plutôt que visuel.

 

Et puis il y a Mary Pickford.

Encore une fois, elle est merveilleuse, alliant avec brio ses compétences comiques et émouvantes, elle campe une Jeanne irrésistible. De plus, la superbe photographie de son vieux complice Charles Rosher lui ajoute un côté magique, faisant briller ses yeux, surtout pendant les moments tristes.

Mary nous montre ainsi qu’elle peut jouer avec une grande sensibilité, comme on peut le voir dans les différentes confrontations entre Jeanne et sa mère.

 

Il faut dire, et ce sera ma dernière intervention à propos de l’intrigue, que Louise, croyant sa fille morte, ne la reconnaît pas et cela oblige Jeanne à se retrouver servante chez les Reeves : voilà l’explication de cette « entrée de service » annoncée par le titre.

Ce statut inférieur va aussi amener quelques éléments inattendus dans une telle comédie : une tension qui monte, retardant régulièrement la reconnaissance par Louise de cette fille qu’elle croit morte.

En effet, quand au bout de cinq ans, Louise vient rechercher Jeanne que Marie a envoyée chez des voisins, un élément supplémentaire éloigne la jeune enfant qui était à deux doigts de rencontrer sa mère.

Après ce sera la lettre…

 

Bien sûr, puisque nous sommes dans une comédie, la mère et la fille se retrouveront et nous assisterons à une fin heureuse. Mais c’est justement les différents obstacles que met le destin (avec les scénaristes) à les empêcher de se retrouver qui fait tout le sel de cette intrigue, amenant un suspense croissant (1), entretenu par le jeu tout en nuances de Mary Pickford.

A plusieurs reprises, le cadrage se resserre sur son visage, amenant d’une certaine façon une ellipse : pas besoin de revenir sur un plan d’ensemble, le visage a tout dit.

 

Au final, nous avons une comédie bien ficelée, avec une Mary Pickford au mieux de sa forme, même si on peut regretter qu’elle soit encore dans un rôle d’enfant. Mais son charme et son jeu font rapidement oublier cet élément, et on plonge sans hésiter dans cette comédie aux éléments un petit peu scandaleux (on n’abandonne pas son enfant !).

 

PS : Le personnage de Jeanne, interprété par Mary Pickford va donner quelques idées à Astrid Lidgren quand elle écrira les aventures de Fifi Brindacier (en VO Pippi Långstrump, littéralement «  Pippi Longues-chaussettes »), et notamment la séquence de nettoyage du sol des voisins qu’elle a sali avec ses pieds boueux.

 

PPS : à noter la présence – dans un rôle négatif – du grand Adolphe Menjou

 

(1) Et ce malgré la fin heureuse attendue !

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