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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Diable au corps (Claude Autant-Lara, 1947)

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. » (Arthur Rimbaud)

17 ans, c’est l’âge de François Jaubert (Gérard Philipe), en cette année 1917 qui voit Nivelle mener une grande offensive (inutile). C’est donc la Guerre et le lycée de François abrite aussi un hôpital. Dans cet hôpital officie Marthe (Micheline Presle, 101 ans le 22 août dernier), sur la demande de sa mère (Denise « Poupette » Grey).

Ils se rencontrent. Deux fois. Ils s’aiment. Pour toujours.

Sauf que Marthe est fiancée. A un Poilu (Jean Lara).

Et malgré son mariage avec ce soldat toujours absent, elle continue d’aimer François, le recevant à la nuit tombée chez elle.

 

Bien sûr, Gérard Philipe n’a pas 17 ans, mais c’était son âge quand la guerre a éclaté, tout comme Micheline Presle, alors cette histoire de jeunes gens pendant la guerre, cela aurait pu vraiment être la leur. On retrouve dans ces deux personnages l’insouciance de la jeunesse, ainsi que le sentiment d’amour éternel qui caractérise cette période (1). Et comme son aîné (1), cet amour est tragique : pas question qu’il survive (l’amour) à la période. En effet, qu’on soit en 1917, en 1923 (quand sort le livre de Raymond Radiguet) ou 30 ans après (quand le film sort sur les écrans), il est inconcevable de célébrer l’adultère : non seulement elle est mariée, mais en plus son mari est sur le Front ! Bref, ce sera tout une histoire, la sortie de ce film, qui consacre deux jeunes interprètes : Gérard Philipe et Micheline Presle.

Et c’est vrai qu’ils sont magnifiques, tous les deux. Elle, très belle, avec ses grands yeux tristes, et lui, adolescent éternel.

 

Et Claude Autant-Lara, qui n’est plus un novice dans le métier, dirige avec beaucoup de brio ce couple qui va à contre-courant de la morale de l’époque (celle que vous voulez : 1917, 1923 ou 1947). Mais pas seulement eux. Le personnage du père de François (Jean Debucourt) n’est pas si obtus qu’on pourrait le penser, un tantinet tiraillé par la morale et le bien-être de son fils. C’est très certainement le personnage le plus proche de François, plus certainement que son ami René (Michel François qui, lui, a l’âge de son rôle !). Par contre, le personnage le plus ambigu est celui de la mère de Marthe : Denise Grey interprète ici une femme qui semble veuve et ne voit pas d’un bon œil l’apparition de ce jeune homme si séduisant. Et son ambiguïté tient dans le fait qu’elle sait que sa fille couche avec François et surtout ne fait rien pour les séparer tant que le troisième homme est à la guerre (2).

Et la morale de cette époque va surtout être illustrée par le couple de logeurs de Marthe (et son mari : ce sont deux de ces petites gens que Gabin-Grandgil fustigera dans l’inoubliable Traversée de Paris presque dix ans plus tard. Il faut dire qu’ils sont caractéristiques : entre elle (Jeanne Pérez), commère inévitable du fait de sa position (concierge), et lui avec son casque colonial, on sent tout de suite que la médisance va voler bas, ce qui est, bien entendu, le cas.

 

Et puis il y a la guerre qui est omniprésente, bien qu’on n’en voie aucune phase. Et le fait de commencer l’intrigue par la fin de cette guerre est une formidable idée : pendant que canon tonne et que le tocsin résonne, saluant les premiers instant de l’Armistice, avec les scènes de liesse de la population, un cortège se met en route vers l’église, accompagnant un cercueil marqué de la lettre L comme Lacombe (3).

François va bien sûr suivre ce cortège, mais de loin, continuant a égrener ses souvenirs : trois longs flash-back vont donc nous conter cette histoire – tragique.

 

Et cette opposition entre la joie de la victoire et la douleur de la mort va se poursuivre à chaque fois que nous reviendrons au 11 novembre, dans l’église ou ailleurs : alors que la cérémonie revêt un caractère très solennel, on entend toujours sonner le tocsin et les personnes qui ne sont pas vraiment proches de la personne qu’on enterre n’ont pas spécialement l’attitude adéquate pour des obsèques. ON peut d’ailleurs imaginer aisément que ces mêmes personnes représentent la morale de cette époque et que la liaison entre Marthe et François les aurait fait réagir assez véhémentement.

De plus, pendant que la cérémonie se déroule, le sacristain (Albert Rémy) installe les drapeaux des vainqueurs aux piliers de l’église, totalement étranger à ce qu’il se passe alors.

Et si vous n’avez pas vu le film, je vous laisse savourer sa dernière réplique à l’adresse de François. Un bijou de Jean Aurenche et Pierre Bost (et Autant-Lara, bien évidemment), comme plusieurs autres répliques qui émaillent le film.

 

Saurez-vous reconnaître Jacques Tati ? On l’aperçoit trois fois en quelques minutes.

 

  1. On n’a rien inventé depuis Roméo & Juliette
  2. La bonne sœur de l’hôpital (Marthe Mellot) non plus, même si on voit très bien qu’elle désapprouve !
  3. Le mari de Marthe s’appelle Jacques Lacombe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
L'Homme de la rue (Meet John Doe - Frank Capra, 1941)

John Doe, c’est le nom qu’on donne à une personne non identifiée aux Etats-Unis, en général un homme mort (1).

John Doe, c’est ici le nom que choisit Ann Mitchell (Barbara Stanwick), pour signer un article anonyme dénonçant les dérives de la société : il a décidé de se suicider la nuit de noël par contestation de cet état de fait.

Mais reprenons.

Le journal The Bulletin a été racheté et on y fait le ménage. Parmi les licenciés se trouve donc Ann Mitchell. Avant de partir, elle lance une bombe journalistique : la lettre du fameux John Doe. Non seulement c’est une révélation, mais le public veut rencontrer ce personnage. Le New Bulletin va organiser un casting et choisir « Long » John Willoughby (Gary Cooper) pour incarner ce laissé pour compte.

Et en acceptant, Willoughby met le doigt dans un engrenage : la supercherie se met en branle.

 

Décidément, Frank Capra n’aimait pas l’administration Roosevelt (2). Encore une fois, il revient sur l’état de l’Union (comme on dit, là-bas) et en dresse un tableau peu flatteur : une myriades d’abandonnés pendant qu’une poignée se remplit les poches… Et à nouveau, Capra prend le parti des petits contre ces mêmes gros, représentés par D.B. Norton (Edward Arnold) : Norton n’est pas le philanthrope qu’il voudrait faire croire, comme le montre la résolution de l’intrigue (3). Et Ce John Doe est de la même trempe que Smith (James Stewart), mais sans les mêmes moyens (blocage parlementaire). Et on retrouve cette idée de l’individu contre la société qui baigne de nombreux films du réalisateur.

 

Autre thème récurrent chez Capra, la presse. Et le film commence plutôt abruptement : le journal a été repris et sa ligne éditoriale va changer. Et Capra ne fait pas dans le détail pour le montrer puisque la première chose qui est effacée du mur est « liberté de la presse ». Et comme dans Mr. Deeds goes to town, on retrouve l’aspect manipulateur de cette presse sur un individu. Et encore une fois, c’est Gary Cooper qui interprète cet individu utilisé par des gens sans beaucoup de scrupules. Cet apparentement est renforcé par la présence de John Riskin, autre collaborateur de Capra au scénario. Mais alors que la journaliste (Jean Arthur) de M. Deeds est malhonnête avec son olibrius, ici, il y a un fonds d’honnêteté chez Ann Mitchell : elle croit vraiment à ce qu’elle écrit et son soutien à John Doe et son mouvement est sincère.

 

Et bien sûr, pour que le film marche vraiment, il faut un méchant à la hauteur : Edward Arnold est – encore une fois – un personnage franchement ignoble comme le montre sa dernière manœuvre à la Convention des John Doe. Sa dernière démarche est tout de même honnête, même si elle n’a plus vraiment d’importance : la messe est dite, il va s’en sortir !

Mais le dernier  mot reste tout de même aux petits, avec ce même optimisme qui caractérise ce réalisateur.

Toutefois, Capra enfonce le clou contre Norton et sa clique en faisant mentionner l’idée d’« ordre nouveau » quant à leur position politique : n’oublions pas que dans le même temps, la guerre en Europe voit s’affronter la démocratie et les tenants de cet « ordre nouveau ».

 

Quoi qu’il en soit, Capra signe ici son dernier film avant d’être employé au service de propagande de l’Armée des Etats-Unis. Il ne reviendra que trois ans plus tard – une fois que la Victoire sera en bonne voie – au cinéma et encore pour une pièce filmée (mais savoureuse).

On y retrouve, en plus des éléments énoncés plus haut, le microcosme composé de ses personnages étonnants, dont beaucoup sont interprétés par quelques vieilles gloires et autres seconds rôles truculents. Parmi eux, J. Farrell McDonald (Smithers) pour ne citer que lui.

Sans oublier Walter Brennan (Le Colonel), pas encore vieux, mais déjà ronchon !

Bref, un autre film à la Capra comme je les aime.

J’espère que c’est aussi votre cas !

 

  1. Pour les femmes on dit « Jane Doe ».
  2. Roosevelt vient d’être réélu (novembre 1940, investiture moins de 2 mois avant la sortie du film) pour la deuxième fois. Et ce n’est pas la dernière…
  3. Nous, spectateurs, le savons bien avant, et de toute façon, comme c’est Edward Arnold qui interprète ce personnage répugnant, on s’en doutait un peu dès le début (cf. Mr. Smith goes to Washington)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Lætitia Colombani
La Tresse (Lætitia Colombani, 2023)

[Encore une fois, il y a des éléments de résolution de l’intrigue. Lisez à vos risques et périls !]

 

Trois femmes. Courageuses. Chacune à sa manière.

Entre elles, une tresse : celle d’une autre femme (en devenir) qui la sacrifie à sa divinité pour toutes les faire vivre…

La première, c’est Smita (Mia Maelzer), une Indienne Intouchable qui descend dans le Sud avec sa fille Lalita (Sajda Pathan), pour que cette dernière échappe à sa condition de caste et aller à l’école.

La seconde, c’est Giulia (Fotini Peluso), fille d’un teinturier de cheveux (Mimmo Mancini) : ce dernier a un accident fatal et sa famille se rend compte qu’il leur a caché sa banqueroute prochaine.

La troisième, c’est Sarah Coen (Kim Raver), avocate en vue qui devrait succéder à son patron. Seulement voilà : elle a un cancer, et se retrouve poussée sur la touche…

 

Trois destins qui s’accomplissent, trois Amazones qui se débrouillent dans un monde hostile.

Smita parce qu’Intouchable alors méprisée – si ce n’est plus – par ceux qui l’entourent, et qui doit se démener dans un pays hostile et inégal où être une femme Intouchable et seule est une circonstance aggravante : seules les femmes mariées sont considérées, comme l’explique une autre femme rencontrée sur le quai de la gare.

Giulia parce que son père n’est plus là pour la protéger ainsi que sa famille et a accumulé les dettes. Et parce que sa mère préfère la solution de facilité pour régler cette histoire.

Sarah enfin parce qu’elle voit s’effondrer sa vie après tous les efforts qu’elle a consentis pour en arriver là : brillante avocate, mais en plus mère de trois enfants de deux pères différents.

Et s’il y a une Amazone parmi elles, c’est bien Sarah. Mais cela ne minimise en rien les deux autres femmes qui possèdent une même force, un même courage. Disons que pour Sarah, c’est plus physique que pour les deux autres.

 

Parce que ces trois femmes incarnent trois états qui font d’elles trois une sorte de super-femme, mais sans pour autant être une femme fantasmée : chacune a sa particularité et c’est seulement si on pouvait faire de ces trois femmes une seule qu’on aurait un être encore plus formidable. Mais je m’égare.

Avec Smita, c’est avant tout l’aspect spirituel qui est mis en avant et qui baigne constamment ses différentes décisions et actions. Pas étonnant alors de voir où elle est arrivée (à la fin).

Giulia, c’est l’aspect matériel : il faut survivre malgré cette adversité qui lui tombe brutalement dessus.

Quant à Sarah, comme écrit plus haut, c’est le physique, l’aspect visuel qui domine : sa lente décadence due à la maladie, qui la marque de plus en plus jusqu’à la défigurer, à la rendre moins femme.

 

Et pourtant, ces trois femmes sont liées, physiquement et moralement. Et chacune, à sa manière, va tenter de surmonter cet obstacle qui semble inaccessible parce que tellement déstabilisant et inattendu : aucune n’était prête à subir cette épreuve.

Et Lætitia Colombani va nous montrer que si, tranquillement et en donnant à chacune des trois femmes la même importance, introduisant un catalyseur inattendu qui va faire le lien entre elles : Kamal (Avi Nash). C’est un Sikh qui vient du Pendjab, et qui va permettre à Giulia de sauver l’entreprise familiale. C’est lui le Lien qui rassemble ces trois femmes, les rendant indispensables l’une à l’autre.

Et ces trois femmes sortent du film avec quelque chose d’inimaginable au début : un autre avenir. Et en plus, il n’est pas sombre.

Merci, Lætitia Colombani, pour cette belle œuvre.

 

PS : petit bémol toutefois. Le film n’est présenté qu’en version doublée. Et en plus, à Montréal, Sarah est anglophone.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Biopic, #George Tillman Jr., #Robert de Niro
Les Chemins de la dignité (Men of Honor - George Tillman Jr., 2000)

Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un jeune homme qui a passé ses loisirs – enfant – à plonger dans le lac d’à côté désire devenir plongeur-sauveteur (scaphandrier) en mer. C’est à ça que rêve Carl Brashear (Cuba Gooding Jr.). Alors quand il a l’âge de postuler, il le fait. Mais nous sommes en 1950 et il n’y a que trois possibilités pour un soldat noir sur un navire : cuisinier, valet d’officier ou tout simplement démissionner et rentrer chez lui. Parce que Carl Brashear est noir.

Mais pour Brashear il n’en est pas question : il veut devenir Major scaphandrier, tout comme Billy Sunday (Robert De Niro) qui laisse sa place suite à une plongée qui a mal tourné.

A force de persévérance, il parvient à intégrer l’école de plongée de la Navy. Et à nouveau, il se heurte au racisme ambiant de ce corps d’armée. Et comme si cela ne suffisait pas, l’instructeur n’est autre que Sunday, un homme exigeant. Et encore plus pour un soldat de couleur.

 

Non seulement George Tillman Jr. réussit un brillant biopic, mais en plus il réussit à nous montrer des soldats qui ne tirent pas un seul coup de feu : ils sont forts ces Américains ! Mais surtout, il montre le courage et l’abnégation (ainsi qu’un peu d’entêtement) d’un homme qui a dû batailler ferme pour arriver à son but. Parce que bien sûr, Brashear va devenir plongeur pour la Navy, malgré le racisme affiché des autres postulants ainsi que du grand chef de l’école, Pappy (Hal Holbrook).

Mais une fois son statut en poche, le film n’est pas encore fini : parce que Brashear n’est pas seulement célèbre (et célébré) pour avoir été le premier Afro-Américain à devenir scaphandrier, il a un autre fait d’arme à son palmarès. Il est en plus le premier plongeur handicapé (amputation d’une jambe) à servir dans la Navy.

A chaque fois, son combat s’est modifié, le laissant à chaque fois endosser le (mauvais) rôle du paria : noir quand tous les autres étaient blancs, handicapé quand tous les autres étaient valides.

 

Et Cuba Gooding Jr. interprète avec beaucoup de justesse ce personnage hors du commun, qui a toujours dû en faire plus que les autres pour arriver au même niveau. Et même une fois arrivé, nous savons très bien que ce n’est pas pour autant gagné. Il suffit de voir la séquence où le postulant Rourke (Hoolt McCallany) est honoré par la hiérarchie militaire (médaille pour bravoure) pour comprendre le gouffre qui sépare Brashear des autres.

Cette séquence est aussi celle du basculement de Sunday en faveur de ce jeune homme lésé. Et De Niro nous gratifie d’une très belle performance dans le rôle de cet instructeur qui n’a rien à envier à Hartman (R. Lee Hermey) dans Full Metal Jacket, ou Highway (Clint Eastwood) dans Heartbreak Ridge. Sunday est sévère mais tout de même juste, allant même à l’encontre des ordres de Pappy (ce qui lui vaudra sa place, bien entendu). Et surtout, dans cet univers très codé, il est l’un des rares à ne pas céder au racisme ambiant : aucune réflexion sur sa couleur, ni geste déplacé de ce genre. Mais il n’empêche pas l’attitude des autres jeunes recrues.

 

De plus, son personnage est un homme très particulier : interdit de plonger, il en souffre et se réfugie dans l’alcool. Et comme nous sommes dans un film américain, il ne faut pas oublier la rédemption. Parce que c’est lui qu’elle va concerner et de très belle manière – enfin de manière soldatesque quand même. Toujours est-il qu’il va contribuer à la réussite finale de Brashear, gagnant par là-même ce salut qui lui faisait défaut.

Bref, une happy end. Attendue certes, mais méritée. Surtout quand on sait que le scénario s’inspire de faits réels…


Et les femmes là-dedans ? Elles sont deux et pas spécialement effacée. La première, c’est Jo (Aunjanue Ellis-Taylor), celle qui va devenir la femme de Brashear : elle est volontaire et elle aussi doit se battre pour être quelqu’un. Quand ils se rencontrent, elle veut devenir médecin.

L’autre, c’est Mrs. Sunday (Charlize Theron), la femme de l’instructeur. Et sa vie est tout sauf amusante avec un tel mari : s’ajoute à la frustration de Billy une différence d’âge flagrante entre les deux époux qui n’est pas pour faciliter leur vie.

 

Et George Tillman Jr. réussir à diriger tout ce beau monde, gardant De Niro dans ce qu’il sait faire le mieux – c’est-à-dire jouer son rôle sans faire du De Niro (le sourire inversé est tout de même là, rassurez-vous, sinon ce ne serait plus DeNiro !) – et nous emmène jusqu’au bout de cette fabuleuse histoire.
Une bonne surprise (1).

 

  1. Pour moi en tout cas !
Carl Maxie Brashear (1931-2006)
Carl Maxie Brashear (1931-2006)

Carl Maxie Brashear (1931-2006)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Spike Lee, #Denzel Washington
He got Game (Spike Lee, 1998)

Jake Shuttleworth (Denzel Wahington) est en prison pour meurtre : il a tu sa femme. Pendant ce temps, son fils Jesus (Ray Allen) et sa fille Mary (Zelda Harris) continuent à vivre.

Quand l’administration lui propose une remise de peine pour les aider à faire signer son fils dans l’équipe de basket-ball de l’état, Jake accepte sans (presque) condition. Seulement voilà, Jesus a plus que du ressentir envers son père.

Normal, il a tué sa mère…

 

Spike Lee continue son introspection. Encore une fois, nous sommes dans une intrigue où les personnages principaux sont noirs et doivent se sortir d’un dilemme pas si évident que ça. Certes, pour Jake, rien n’a été plus simple – surtout depuis qu’il a été incarcéré :faire signer son fils dans l’université d’état. Mais quand on a goûté au meilleur (le secteur privé ?), il est difficile de se faire une idée objective…

Pour Jake, cela signifie aussi une réduction de peine : en clair, un cas de conscience…

 

Bien entendu, rien de cela n’arrivera (voir juste au-dessus) : le père et le fils vont trouver un terrain d’entente et se rabibocher (1). Mais bien sûr, encore une fois,c’est dans cette résolution que tout réside. Et si Jesus est interprété par un véritable basketteur, c’est encore une fois Denzel Washington qui fait tout le travail (2),d’un autre côté, c’est quand même ce qu’on attend de lui ! Quoi qu’il en soit, on se plonge avec délectation dans ce milieu du basket avec d’autant plus de plaisir que Spike Lee ne nous met (enfin ses interprètes, vous m’avez compris) en véritable situation de compétition : nous sommes avec des gens comme vous et moi (enfin plus vous que moi) et si nous voyons de véritables situations de match, elles ne concernent pas l’intrigue.

Le basket-ball est alors un vecteur qui permet à Jake de reprendre contact avec son fils à un moment crucial, pour tous les deux : pour Jake, si son fils signe, il aura(peut-être) une réduction de peine, et pour Jesus, c’est sa carrière professionnelle future qui est engagée. Là encore, les deux ne s’accordent pas spécialement…

 

Et Spike Lee s’appuie (c’est normal !) sur Denzel Washington pour mener à bien cette intrigue, avec en gage d’authenticité Ray Allen : autant avoir un véritable basketteur pour une telle intrigue. Et la confrontation entre ces deux professionnels est des plus bénéfiques. Washington est encore une fois formidable, mais Allen lui tient tout de même la dragée haute, interprétant un grand frère on ne peut plus convaincant – ce qui est la moindre des choses, non ?

C’est d’ailleurs ce domaine qu’on aurait aimé voir un peu plus développé (moi en tout cas…) : la relation entre Marie et les deux membres de sa famille. D’un côté un père absent (normal,il est en prison) et de l’autre un frère qui est (presque) trop présent parce que (trop) conscient de ses responsabilités.

 

En conclusion, nous avons un film sportif pas si simple que ça (étonnant pour du sport non ?) et surtout un Denzel Washington au top niveau. Et en plus, nous avons le privilège de retrouver la formidable Lonette « Rosa » McKee.

Au final, qui est le pus talentueux (3) ?

 

  1. Je ne révèle aucun secret : ayant vu quelques films américains ces dernières années, je n’ai aucune difficulté à comprendre comment va évoluer l’intrigue…
  2. Attention : si Ray Allen est avant tout un basketteur de (très) haut niveau, son jeu ici n’est pas insipide.
  3. Traduction (possible) du titre : « quelqu’un de talentueux ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mabel Normand, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman, #Mack Sennett
L'étrange Aventure de Mabel (Mabel's strange Predicament - Mabel Normand, 1914)

Bien que sorti deux jours après Kid auto Races at Venice, il s’agit réellement du second film de Chaplin – en tant qu’acteur et accessoirement co-scénariste avec Henry Lehrman – dans lequel il a trouvé l’allure de celui qui sera son personnage fétiche. Mais seulement l’allure, parce que pour les reste, on en est encore loin : chapeau melon un tantinet trop petit, chaussures beaucoup trop grandes et costume élimé, mais pas encore troué. Pour le reste, ses moustaches sont encore trop fournies, et il est encore en phase avec le monde qui l’entoure. Pire, il possède de l’argent puisqu’il en distribue aux grooms qui l’ont relevé (il a un peu trop bu, mais nous ne sommes pas encore en 1919).

 

Reprenons.

Mabel (Normand !) séjourne à l’hôtel et son fiancé (Harry McCoy) doit la rejoindre dans sa chambre. Dans ce même hôtel, on peut rencontrer un petit homme (Chester Conklin), ami du fiancé et marié à une femme plantureuse (Alice Davenport). Mais surtout, on y croise une espèce d’ivrogne (Charles Chaplin) qui tourne autour des femmes (1), dans le hall. Suivant l’une d’elles au premier étage, il surprend Mabel en pyjamas, enfermée dehors et décide de la séduire. Cette dernière n’est pas d’accord (étonnant, non ?) et va se cacher dans la chambre der l’ami de son fiancé. Bien sûr, ce dernier arrive. Et puis la femme de son ami… Et bien entendu le poivrot !

 

Comme nous sommes chez Mack Sennett, et même si c’est Mabel qui dirige, ça ne vole pas bien haut, mais on ne retrouve tout de même pas les longueurs de Mabel at the Wheel : les situations s’enchaînent rapidement tout comme les gags, avec des effets plus ou moins réussis. Et Chaplin travaille son personnage, jouant du chapeau et de la canne comme il le fera très souvent dans les années suivantes. A nouveau, si Mabel est le personnage principal du film, c’est la prestation de Chaplin qui retient notre attention tant il est plus spectaculaire que la jeune femme. Mais comme annoncé plus haut, ce qui lui manque par rapport au vagabond, c’est son aspect inadapté. Certes, son alcoolisme le rend étranger au monde qu’il fréquente, mais cela n’apporte pas la dimension comique qui va suivre.

A leurs côtés, du fait du format du film (à peine 12 minutes), Alice Davenport et Chester Conklin sont bien entendu sous employés, ce qui est bien dommage parce qu’ils montreront qu’ils ont capables de beaucoup mieux : là encore, Chaplin, de par son numéro, leur laisse très peu de place...

 

Quoi qu’il en soit, on regarde toujours avec attention les débuts d’un personnage aussi mythique, même si on sait qu’il y aura mieux à venir. Alors on sourit, parce qu’il y a quand même matière, et on se dit que la prochaine fois, ce sera mieux.

Enfin un peu mieux…

 

  1. « On sait jamais, sur un malentendu… »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #William Beaudine
The Canadian (William Beaudine, 1926)

Ce « Canadien », c’est Frank Taylor (Thomas « Crichton » Meighan), un ouvrier agricole qui travaille pour Ed Marsh, un Anglais venu s’installer dans l’Ouest (au Canada, donc). Mais Frank a sa propre exploitation qu’il va démarrer grâce au travail chez Marsh. Un jour, Nora (Mona Palma), la sœur du même Marsh vient s’installer chez son frère, n’ayant plus où aller. Mais ses manières précieuses ne sont pas du goût de Gertie (Dale Fuller), la femme d’Ed. Et comme Frank a besoin d’une femme pour s’occuper de sa maison, la mort dans l’âme, Nora lui propose d’être celle-ci.

Mais une fois le mariage prononcé, Nora rend à Frank son alliance. Ils vont vivre ensemble, mais chacun pour soi…

 

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je retrouve William Beaudine, qui fut un très grand réalisateur essentiellement pendant la période muette. Et ce Canadien ne fait pas exception : Beaudine nous raconte certes une histoire convenue – on sait qu’ils finiront ensemble, malgré les airs de pimbêche de Nora et l’aspect un tantinet bourru de Frank – mais il le fait avec beaucoup de subtilité et les plans impeccables d’Alvin Wyckoff, qui eut une longue et fructueuse collaboration avec Cecil B. DeMille (1). Bref, visuellement, c’est impeccable, et c’est bien ce que nous voulons.

 

Quant à l’interprétation, Meighan est encore une fois admirable, amoureux éconduit de cette femme distante, habituée à une vie facile et même pas  capable de faire cuire du riz ! Et Mona Palma, éphémère actrice du muet (7 films seulement en 4 ans !), réussit quand même à se hisser à un niveau très acceptable – moindre que celui de son partenaire – même si elle est plus convaincante en femme distante qu’en amoureuse.
Et puis il y a Dale Fuller qui campe une patronne magnifique, bourrue elle aussi – Gertie est une vraie Canadienne farouche – et on regrette qu’elle fut aussi peu mise en valeur dans sa (plutôt) longue carrière (2).

 

Mais encore une fois, c’est bien dans la réalisation que se trouve la clé du film : Beaudine mêle avec bonheur et savoir-faire la comédie et la tragédie, donnant à cette histoire dramatique quelques touches de comique, telles des couleurs chatoyantes discrètes dans un tableau gris. Et puis il y a le tournant de cette histoire d’amour : le fusil.

C’est une trouvaille formidable que ce fusil chargé qui est donné à Nora par son mari : un peu plus tôt elle n’avait pas hésité à lui tirer dessus avec (heureusement, il était déchargé). Cet instrument de mort devient alors instrument d’amour, consolidant alors l’antagonisme entre ces deux états, voire démontrant que l’amour est plus fort que la mort ?

Et ce sont des détails comme celui-ci qui vont amener la happy end attendue : le chapeau de Frank, le contrat de mariage sur la table, la montre de Pop (Charles Winninger)…

 

Bref, du grand art, et en 80 minutes seulement.

Encore une fois, on en redemande !

 

  1. C’est pour dire que ce n’est pas le premier venu.
  2. 81 films.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Biopic, #Woody Allen
Prends l'Oseille et tire-toi (Take the Money and run - Woody Allen, 1969)

Virgil Starkwell (Woody Allen) est un braqueur de banques. Un vrai. Mais pas vraiment un dur. Et surtout il est très maladroit ce qui ne lui permet pas de vivre de son métier (d’un autre côté, c’est tant mieux).

Et puis il rencontre Louise (Janet Margolin) et c’est le grand amour. Mais à encore, la vie n’est pas rêvée et avec la naissance d’un enfant, c’est encore plus compliqué. Virgil prend la seule décision qui restait : il va reprendre son activité criminelle.

 

Après avoir détourné un film japonais en y greffant ses propres images et en remaniant complètement l’histoire (What’s up, Tiger Lily?), Woody Allen passe à la mise en scène totale, en plus du scénario (coécrit avec Mickey Rose). Et le résultat est efficace : on rit du début à la fin, confirmant le potentiel comique de ce « jeune » réalisateur. Bien sûr, c’est avant tout un comique burlesque qui nous est offert ici, les maladresses de Virgil étant irrésistibles, et d’une manière générale, c’est avant tout un hommage au cinéma comique américain qui nous est offert. Et on pense aussi bien au muet qu’au parlant.

On revoit Keaton, ou Lloyd et même un plan qui fait directement référence au Lumières de la Ville quand Virgil sort le soir avec Louise : une histoire de monte-charge… Et quand on voit les parents de Virgil (Ethel Sokolow & Henry Leff), c’est à Groucho Marx qu’on pense (1).

 

Mais les hommages ne s’arrêtent pas là. Alors qu’on doit assister à une mise en abyme dans le cadre d’un braquage, un certain Fritz (Marcel Hillaire) fait son apparition : c’est un gangster lui aussi mais il a eu son heure de gloire pendant la période muette. Ce personnage, non seulement parle allemand (Marcel Hillaire était allemand), mais ressemble à s’y méprendre à Fritz Lang (d’où son prénom, évidemment !).

Et puisqu’on en est aux hommages, on a aussi droit à la scène de plage qui n’est pas sans rappeler une Palme d’Or française de en 1966… Et là encore, la maladresse de Virgil fait toute la différence.

 

Malgré tout, on sent que Woody Allen n’est pas encore tout à fait à l’aise. Parfois, les prises de vue sont un peu brouillonnes et le montage peut laisser à désirer. Allen essaie différents plans, différentes techniques… Mais surtout, le film n’est pas présenté vraiment comme un film. C’est plutôt une émission de télévision qui retrace la vie de Virgil, mélangeant quelques éléments autobiographiques de Woody Allen (date de naissance, photos) et un aspect documentaire avec interview de gens qui l’ont croisé pendant ses années de délinquance, avec toujours en voix off celle de Jackson Beck, narrateur infatigable qui égrène les différents éléments de cette vie de turpitudes.

Avec un gag récurrent (« running gag », comme ils disent à New York) autant qu’emblématique : les lunettes du réalisateur-acteur.

 

Alors oui, c’est très drôle, c’est réjouissant, et en plus, c’est quand même bien fait. Alors ne boudons pas notre plaisir : Take the Money and run est le premier d’une série marquée par le burlesque, qui va augmenter en puissance jusqu’au formidable Love & Death (1975).

Attention toutefois, la tendance au bavardage qui va se développer plus tard est déjà là…

Qu’importe, on savoure ce premier vrai film comme il se doit : avec gourmandise !

 

  1. Je ne vous explique pas, voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Olivier Dahan
Simone, le Voyage d'une vie (Olivier Dahan, 2022)

Cinq ans après sa mort, voici – enfin – un film qui met (encore plus) en lumière celle qui fut l’une des plus grandes dames françaises du XXème siècle : Simone Veil (Elsa Zylberstein & Rebecca Marder). De sa déportation à Auschwitz à son dernier mandat de ministre de la Santé, en passant par les élections européennes de 1979, sans oublier son magnifique combat pour l’IVG, c’est toute la vie d’une femme singulière, rescapée de l’enfer et qui va passer une grande partie de sa vie pour les autres : les femmes, bien sûr, mais pas seulement.

Nous allons donc la suivre dans ses souvenirs pendant presque toute sa vie, de son enfance – heureuse – à son retour à Auschwitz pour les 60 ans de la Libération du camp, avec ses joies et surtout ses peines, ses moments de découragements, mais aussi ses luttes humaines, humanitaires et humanistes.

Oui, une très grande dame.

 

Dahan, dès la séquence d’ouverture, entre dans le vif du sujet en nous présentant la lutte âpre qu’elle dut mener pour faire voter la légalisation de l’IVG (1974), alors qu’elle est toute nouvelle ministre de la Santé. Et comme ce fut le cas alors, c’est un déferlement de bêtise et de préjugés qui viennent heurter nos oreilles, fruit des élucubrations de misogynes complètement en décalage non seulement avec leur époque mais aussi avec le propos : quand est-ce que les hommes vont définitivement laisser les femmes disposer librement de leur corps ? C’est donc un incroyable bal des aigris qui sous couvert d’un mandat électif vont s’acharner – pas trop longtemps pour nous, heureusement – contre cette femme qui a en plus, selon eux, le défaut d’être juive. C’est absolument abject, mais heureusement, elle a tenu bon et une partie de ces détracteurs, hypocrites, ont tout de même voté sa loi.

 

Il était (presque) naturel de commencer le film par cet épisode tant il est symbolique pour la société française comme pour sa principale protagoniste : si Simone Veil est entrée dans l’Histoire – et au Panthéon – c’est avant tout pour cet exploit. Mais la réduire à cet épisode serait faire bien peu de cas de son parcours ô combien admirable (1). De Drancy à Bruxelles, elle ne cesse de porter plus loin ses combats, participant même à différents ministères, et toujours avec en toile de fond cette expérience traumatisante que fut la déportation et que chacun de ses adversaires va lui rappeler inexorablement.

Et la force du film d’Olivier Dahan, c’est de prendre le point de vue de son héroïne, égrenant ses souvenirs à mesure qu’ils lui reviennent en tête. Alors évidemment, ils ne sont pas dans l’ordre et surgissent de sa mémoire pour nous être montrés dans toute leur dimension, malheureusement essentiellement tragique.

 

Bien sûr, Elsa Zylberstein est une Simone Veil superbe, digne (et tout et tout) comme il sied à une telle personne, mais c’est pour ma part Rebecca Marder qui m’a le plus impressionné : sa ressemblance avec la jeune Simone Jacob (son nom de naissance) est époustouflante (2). On a vraiment l’impression de voir revivre la jeune femme dans son enfer concentrationnaire.

Ces deux actrices rendent une image de madame Veil des plus authentiques. On revit ce qu’elle a pu subir dans toute sa (belle et longue) vie. Mais encore une fois, ces actrices sont formidables parce que celles et ceux qui les entourent le sont aussi. De Mathieu Spinosi & Olivier Gourmet (Antoine Veil) à Elodie Bouchez (Yvonne Jacob, mère de Simone) en passant par Esther Valding & Sylvie Testud (Marcelline Rozenberg), ce sont des personnages et personnalités qui ont une immense place dans la vie de cette femme hors du commun : chacune d’entre elles lui a apporté la vie et le courage de l’affronter.

 

Bref, un film indispensable pour comprendre qui fut cette femme extra-ordinaire, cette rescapée des camps qui va finir au Conseil Constitutionnel, avant d’être la cinquième femme à entrer au Panthéon.

 

  1. Que les choses soient claires. Je n’ai pas obligatoirement les mêmes positions politiques que cette grande dame, mais je ne peux que m’incliner devant son œuvre.
  2. Il fallait tout de même 4 heures de maquillage pour y parvenir…
Simone Jacob ép. Veil (1927-2017)

Simone Jacob ép. Veil (1927-2017)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Cédric Jimenez, #Gilles Lellouche
BAC Nord (Cédric Jimenez, 2020)

Greg Cerva (Gilles Lellouche) est incarcéré. Jusque là, rien de bien spectaculaire. Ca le devient quand on sait que ce même Cerva est policier. Brigadier, même. IL travaille en équipe avec Yass (Karim Leklou) et Antoine (François « D’Artagnan » Civil) à la BAC Nord (d’où le titre). Ce sont de bons flics, sauf que la hiérarchie en a marre de la casse : à chaque intervention dans une cité, ils sont insultés et surtout agressés, leur(s) voiture(s) portant les marques de la violence générée. Et ça coûte cher.

Mais finalement, le préfet décide d’une opération de prestige et c’est Cerva qui va s’en occuper, sous couvert de sa hiérarchie.

Enfin jusqu’à un certain point…

 

« Faudra que je vous raconte un jour tout ce que j’ai été obligé d’inventer pour pouvoir faire normalement mon boulot de flic. » C’est Verjeat (Lino Ventura) dans Adieu Poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975) qui parle. Et ce qu’on peu dire des méthodes de Cerva, c’est qu’elles ont un petit goût de déjà entendu…

Parce que pour faire son métier, Cerva n’est pas toujours regardant, tout comme ses deux collègues. Mais ils savent s’arrêter à temps, ne franchissant pas la limite de la corruption. Et le film de Cédric Jimenez montre très bien le non franchissement de cette frontière pourtant ténue. Il filme des flics ordinaires, dans des situations quotidiennes qui leurs sont routinières : ils font leur boulot et c’est tout. Et le basculement aura lieu quand le préfet va vouloir faire un coup de com’.

 

Alors oui, ils vont franchir un peu plus la ligne, mais pour quels résultats ? Ces résultats viennent en deux temps : l’opération avec sa mise en place puis les conséquences qui vont déborder largement au-delà des quartiers nord de Marseille.

On notera la très bonne utilisation des archives en rapport à cette affaire de 2012, mais surtout, on appréciera les prestations du trio vedette, avec surtout un Gilles Lellouche formidable (encore une fois), dans le rôle de ce flic désabusé, dont la vie personnelle semble vide une fois qu’il se retrouve seul chez lui. Les deux autres policiers ont quelqu’un qui les attend : pour Yass, c’est Nora (Adèle Exarchopoulos) qui est enceinte et va bientôt accoucher, et pour Antoine, c’est son chien. Pour Greg, on ne sait rien. Ou alors un paquet de cigarettes. On comprend mieux alors son engagement dans la police et surtout sa désillusion.

 

Et bien sûr, quand les choses vont se compliquer, ces trois policiers vont se sentir bien seuls face à l’IGPN (1) et son inspecteur (Jean-Yves Berteloot) : une solitude qui n’est pas sans rappeler celle d’autres fonctionnaires face à leur hiérarchie… D’autant plus qu’on utilise la célèbre expression « pas de vague » qui nous ramène bien sûr à l’actualité de ces derniers.

Et ce qu’on peut dire de ce film, c’est qu’il nous a présenté une vision plutôt réaliste de ce métier, n’évitant hélas pas les récupérations nauséabondes habituelles. Et si on doit rapprocher le film de Jimenez, c’est Polisse (Maïwen, 2011) qui vient en tête tant le réalisme est présent dans cette intrigue. D’ailleurs, nous avons droit très souvent à une caméra au cœur de l’action, sur l’épaule ou non, ce qui accentue beaucoup le travail de ces hommes.

 

Bref, un film solide et bien ficelé, mené tambour battant sans pour autant faire tourner la tête, et surtout un Cédric Jimenez qui ne refait pas ses erreurs du film précédent et reste au plus prêt de son sujet. C’est bien filmé, et toujours près de l’action, ne laissant – cette fois-ci – aucune zone d’ombre dans cette histoire pas si simple que ça.

Comme quoi, la police, ce ne sont pas toujours des hommes qui matraquent des manifestants…

 

  1. Inspection Générale de la Police Nationale.

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